Interview : Titouan Puyo
Titouan Puyo est un champion français de pirogue, de paddle, et de Va’a. Il nous parle de sa carrière, de ses entrainements et de ses objectifs dans cet épisode des Secrets du Kayak.
Ceci est la retranscription écrite du Podcast enregistré avec Titouan Puyo au moins d’octobre 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Titouan Puyo : Ça va bien merci !
Les Secrets du Kayak : C’est le tout premier podcast sur le paddle, pour moi c’était un sport loisir pour M et Mme tout le monde pour passer le temps. J’ai découvert que c’était un sport à part entière. Quels sont tes débuts sportifs ?
Titouan Puyo : J’ai surtout fait beaucoup de Va’a (pirogue polynésienne) et de pirogue. Le Stand Up je l’ai découvert en 2012-2013. C’est dès lors que les planches étaient plus profilées que je m’y suis intéressé.
J’ai commencé le Va’a au collège, j’ai grandi en Nouvelle Calédonie. Mon frère en faisait donc j’ai essayé, et j’en ai fait en UNSS. J’en fais toujours aujourd’hui. En France c’est le canoë et le kayak, en Nouvelle-Calédonie c’est le Va’a.
On a fait rapidement des compétitions avec les copains. On y allait même en dehors des heures. Si on était bon on avait droit à un déplacement par an pour faire des compétitions internationales donc ça permettait de voyager un peu.
C’est en cadet que j’ai commencé à bouger, en 2006 en Nouvelle Zélande pour le championnat du monde de Va’a en 500m en vitesse. Et en alternance il y avait les mini-jeux du Pacifique ou les Jeux du Pacifique.
Je m’entraînais tous les jours dans mes souvenirs. C’était à côté, je pouvais y aller à pieds.
Moi j’ai grandi sur un voilier principalement. Donc je n’ai commencé qu’au collège le sport en structure.
Les entraînements n’étaient pas vraiment structurés mais ça le devient de plus en plus. L’entraîneur venait avec nous sur l’eau. A partir du moment où il voyait qu’on était autonome et qu’on connaissait les règles de sécurité, on était autorisé à partir seuls. Et de toute façon il faut être deux pour porter une pirogue donc tu n'es jamais vraiment seul au sens propre.
Quand j’ai commencé il n’y avait pas de pirogue adaptée aux enfants, maintenant oui il en existe des plus courtes. La V1 on devait être deux, la V6 impossible ça pèse plus de 200 kg.
Plus le flotteur est éloigné latéralement plus c’est stable. Mais ça tire davantage donc plus difficile à manier. Donc le balancier tire à fond.
Je suis déjà tombé en pirogue une seule fois. Je me suis fait surprendre par la levée de la pédale sur un OC1 (pirogue pour aller sur la mer). Ça ressemble plus à un surfski avec un balancier et un gouvernail. Mais c’est plus francophone.
En pirogue, il existe plusieurs distances : 250m en benjamin minime. Et 500m en cadet. 1500m en V6 ; puis le marathon. Parfois tu peux aussi avoir des équipages de neuf comme l’Hawaiki nui ou le Molokai.
Moi j’ai commencé par la vitesse, il n’existait que ça. Tu fais davantage de longues distances quand même. Et tu peux faire soit de la V1 ou de la V6, on faisait de tout. En V1 tu vas à plus de 10km/h.
Donc le paddle, je l’ai découvert à la fin de mes études en venant en France à Brest. Je suis rentré ensuite à Nouméa. J’avais pris du poids et donc j’ai essayé le paddle sur le conseil de copains.
J’ai rencontré Jean-Louis Colmas qui faisait venir les premières planches de windsurf. Donc fin 2012 je m’y mets, je gagne une compétition à Nouméa. Une école de Stand Up se crée, comme j’ai fait STAPS j’ai encadré à l’école dès 2012-2013.
Mais dès que je suis en Nouvelle Calédonie, je m’entraîne plutôt en Va’a qu’en StandUp. Et maintenant j’ai un sponsor en Va’a et une pirogue en France. Donc c’est plus facile d’en faire.
Mes choix de compétitions, je les ai axées sur le StandUp, et en fonction du calendrier je cale des compétitions de Va’a.
Le windsurf est aussi spécifique et différent, pour les gens du windsurf l’intérêt était de partager le savoir du coup de pagaie.
Professionnellement, d’office j’ai eu une proposition d’emploi dans le Stand Up paddle dès que je sortais de mes études sur une structure privée. Donc c’était top. On faisait du fitness le matin, les cessions d’entraînement, des stages vacances, des sorties découvertes, et c’était la mode.
Et en Va’a, ça n’existait pas. Et je pouvais m’entraîner comme je le voulais, et je passais mon temps à encadrer les gamins. Le magasin de Nouméa me prêtait le matériel. Je participais par la même occasion aux compétitions.
C’était des 10km. Tu avais aussi des boucles de 6 km avec des franchissements et des passages à terre, comme du sauvetage côtier en Australie. C’est une grosse discipline de surfski, tu pars de la plage, tu fais un parcours dans la zone de surf. Et culturellement tu fais des descentes vent dans le dos.
En Nouvelle Calédonie, tout le monde débutait donc c’était facile de gagner. Et le gagnant partait en championnat de France pour du Stand Up paddle. Moi, je venais de faire le championnat du monde de surfski au Portugal. Donc je n’avais plus de vacances. J’ai fais du forcing, et du coup j’ai démissionné, je voulais y aller.
J’ai fais les championnats de France, mon frère était en France. Je gagne la longue distance, 15 km. Et de là j’avais une proposition de sponsor le soir même pour un budget annuel. Je devais faire des compétitions dans l’année, on me fournissait des planches.
Moi je trouvais ça génial, et donc là je deviens professionnel. Je devais rentrer, mais du coup on m’a sollicité pour faire d’autres compétitions. Et je me qualifie en équipe de France.
Je suis rentré en Nouvelle Calédonie pour bosser en tant que moniteur pendant l’hiver. En 2014, c’était ma première saison professionnelle.
Les Secrets du Kayak : Comment on s’entraîne en paddle ?
Titouan Puyo : Jusque fin 2014, je m’entraînais tout seul.
Depuis j’ai Vincent Guillaume, mon entraîneur qui me prépare mes séances on travaille à la semaine. C’est similaire aux entraînements du kayak. On garde une grosse partie de l’entraînement pour rester performant sur de la longue distance en aérobie toute l’année.
Mon aérobie se fait parce que je vais plusieurs fois sur l’eau par jour. Et parce qu’en début d’année je fais beaucoup de Va’a sur des cessions de plus d‘une heure.
Si je fais trois séances par jour d’au moins une heure, je n’ai pas besoin de partir pour des séances de trois heures. Mais de temps en temps avec le club je fais des séances de deux heures le week-end.
Ça m’arrive de faire des séances de sprint en paddle mais c’est tout récent. J’essaye de devenir plus explosif sur des dix secondes. J’ai rencontré Claudine Leroux qui m’a fait découvrir ce types de séances.
Je la connais parce qu’elle a fait une intervention auprès de la sélection de Va’a pour les Jeux du Pacifique en tant que responsable de l’Outre-mer. Je l’avais aussi rencontrée en début d’année. De plus comme je suis CTAPS en Nouvelle Calédonie, le concours conseiller territorial des APS, je l’ai rencontré sur l’un des postes auxquels je pouvais prétendre, mais là avec le Covid c’est compliqué donc plus d’actualité.
Bref, j’ai vu qu’il y avait des choses que je ne savais pas faire. Moi je préfère savoir tout faire, le sprint est un nouveau challenge.
Et dans la pratique on va certainement finir en couloirs comme au kayak du fait de l’existence de mauvais comportements, alors qu’aujourd’hui on n'a pas de couloirs pour courir.
Mes débuts de saison je les passe à Nouméa, je fais un entraînement Stand-up le matin au CTE. Je pars travailler ensuite. Le midi je nage ça me permet de me rafraîchir, et si je suis en période de mi-temps l’après-midi je fais un Downwind, une descente vent dans le dos sur 8-10 km. En Foil c’est plus long. Et le soir je vais en Va’a s'il n’y a pas de vent.
Et en salle, on y va deux à trois fois par semaine. Et je n’ai pas encore fait de musculation. Moi je faisais plus de la prévention de blessure et de l’appui, mais pas dans un objectif du développement de la puissance. Il me reste des axes de progression.
Les Secrets du Kayak : A côté de tout ça tu suis une alimentation particulière ?
Titouan Puyo : Je fais toujours attention. En compléments alimentaires, je prends des BCAA pour la récupération. Pour les compétitions je prends des pastilles de sel et des BCAA. Les boissons énergétiques, je n’arrive pas à les boire. Je tourne à la compote, beurre d’amande, des choses que je peux manger tout le temps sans problème d’estomac.
Et en nutrition, je me suis intéressé un peu cette année à la chose, et grâce à tes podcast, j’ai contacté Edwin Lucas. Tu vois ça sert, on fait des séances ensemble de temps en temps. Et je vois que je suis à peu près dans ce qu’il fallait faire.
En Nouvelle-Calédonie, j’ai des moments où je suis bien KO. Je devrais peut être faire plus attention à l’alimentation. Le reste de l’année je suis sur de l’entretien physique, je fais une séance par jour seulement.
J’ai une routine d’étirements mise en place avec mon entraîneur qui a une approche davantage physiologique. Il est entre le métier de kiné et de coach sportif. J’essaye de le faire tous les deux jours.
La logistique et les déplacements prennent du temps. J’ai un camion avec quatre ou cinq planches sur le toit. On regarde pour développer le matériel. J’aide en testant les planches pour les rendre plus performantes.
2014-2015, j’étais sponsorisé par Starboard, j’ai aidé à développer en donnant mes retours.
Donc quand il y a quatre ou cinq philosophies différentes qui font la même planche, ça peut marcher mais il fallait plaire à tout le monde et moi mon style de navigation ne collait plus avec la planche.
On était une grosse team, j’ai eu des planches en retard, ou bien qui n’étaient pas à ma taille. Donc je suis allé voir à NSP. Je connaissais l’athlète sponsorisé, et le designer. Je voyais que ça matchait davantage. Nos marques de planches sont nos sponsors. Donc je participe au développement des planches.
Nous on a des planches plus rondes, donc plus rapides mais elles vont être davantage instables. Pour moi une planche ronde est plus saine, le comportement va être plus facile à anticiper. Il existe tout de même un peu de rails sur certaines planches. Il n’existe pas comme en kayak ou en canoë une forme unique mais on commence à y tendre. Il y a des styles différents comme des façons de pagayer différentes.
Moi je navigue en 14 pieds, on n’a pas le choix. On a un aileron fixe. Et la direction se fait avec les appuis et la pagaie. Sinon il existe du 18 pieds pour faire la course à Hawaï.
En largeur, ça va être 20 pouces. Et mes planches font 21 pouces quasiment. C’est la forme de la planche qui joue sur la stabilité. Donc au final j’utilise deux planches. Mais notre gamme est plus élargie j’ai au total quatre planches.
Il arrive souvent de descendre le centre de gravité sur les planches. Et comme les pieds sont plus bas, je vais avoir une pagaie plus courte. La différence entre les deux tailles est de 5 cm. Ma pagaie est sur manche fixe. Mais au début une vario ce n’est pas mal.
Par la suite j’ai été sponsorisé par Quikblade en pagaie, donc j’ai mes pagaies, et c’est James Terrell un champion de JO de canoë qui les fait.
Moi la hauteur de pagaie, je ne sais pas à combien je règle, je réponds souvent que ça dépend de la planche, de la technique. Je vais être à taille +10 et je fais 1,81m. Certains pagayent avec des pagaies courtes qui font quasiment leur taille.
Sur la taille de la pale ça dépend des marques. Au début c’était des pagaie de Va’a avec des manches plus long. Et aujourd’hui les pales ont diminué, les bras de leviers ont assez diminué, c’est plus petit qu’en canoë. Ça fonctionne en largeur longueur qu’on donne la taille, pas en cm³. Moi je suis en 24/48/80. En Stand up, ce n’est pas encore codifié sur toutes les marques mais ça va venir.
Les Secrets du Kayak : 2014, tu intègres l’équipe de France, comment ça se passe ?
Titouan Puyo : Je suis resté en équipe de France jusqu’à aujourd’hui. Je gagne les championnats du monde en 2014 en longue distance parce qu’aux championnats du monde, il y a deux athlètes par pays.
Ça ne fait que deux ans que l’ICF s’occupe du stand up. Il n’y avait pas de mondiaux ICF, maintenant les deux fédérations ont le droit d’organiser un mondial. Pour nous, c’est un peu le bordel.
En fait personne ne me connaissait, c’était au Nicaragua, et personne ne s’est méfié de moi. J’ai rapidement fait des podiums. Faire champion du monde dès le début, ça a fait un buzz directement.
Pourtant j’ai gagné d’autres courses plus dures mais qui ne vont pas te parler, alors que les championnats du monde ça parle à tout le monde. J’ai fait tous les mondiaux et j’ai refait champion du monde en Technical Race en 2019.
Dès la deuxième année, je gagnais plus d’argent avec mon sponsor. Mon budget a augmenté. Et de 2015 jusqu’à avant le Covid, j’avais pas mal d’autres sponsors que le stand up. En Nouvelle-Calédonie j’ai pu avoir des sponsors par une librairie, une marque de voiture, de vêtements. Mais c’est toujours la marque de planche qui me permet de vivre sans travailler.
Entre 2014 et maintenant, les entraînements ne sont plus les mêmes. Je manquais d’explosivité. Il me fallait déléguer la chose. Donc quand j’ai gagné en 2019 en Technical Race, c’était l’objectif à atteindre quand on s’est connu avec mon entraîneur.
Les Secrets du Kayak : Tu as pu observer des différences entre les compétitions de la fédération de surf et celle de canoë-kayak ?
Titouan Puyo : Pour moi, c’était la première fois que je faisais un championnat avec l’ICF en Hongrie, j’ai gagné la longue distance au mondial. Et c’est un autre Calédonien, Noïc Garioud qui a profité du CTE depuis sa création qui gagne en sprint et en Technical Race.
La différence s’était déjà vu dans un mondial en Chine, il y avait la guerre entre les deux fédérations et des athlètes en pâtissent.
Et sinon, c’était hyper professionnel. Je pense retourner au mondial de l’ICF l’année prochaine. Et en plus, il y avait un Price-money. C’est ouvert à tout le monde. Alors que le championnat du monde ISA, c’est bien aussi mais ce sont des sélections nationales, il faut être pris dans les deux athlètes français pour pouvoir partir.
Et c’est bien aussi il y a une véritable équipe de France avec un staff, avec de vrais déplacements.
Pour moi, la FFCK ne s’est pas encore soucié du Stand up, la preuve tu as vu qu’on avait gagné en Hongrie mais on n’a pas été sollicité en équipe de France. Je pense que rajouter un sport ce n’est pas facile.
Mais on est autonome, donc le championnat de l’ICF c’est juste une compétition de plus dans l’année pour nous. On fait une vingtaine d’événements dans l’année. Donc vingt compétitions de 15km. Si tu veux, tu fais des compétitions tous les week-end.
Après ça doit gêner un peu ma progression, mais il y en a des plus faciles, je les fait juste parce que c’est magnifique. Et puis tu en as ce sont de réels objectifs. On va passer sportif de haut niveau avec la fédération de surf.
Pour moi c’est rigolo, je suis depuis toujours dans les deux ligues, mais ça sent la petite guerre fédérale. Et de plus de la part de la FFCK il n’y a eu aucune course organisée encore en France en Stand up Paddle.
Être sportif de haut niveau, ça m’aurait changé la donne dès le début pour les points retraites et le suivi médical. Mais en fait moi je me suis créé mon propre système. Donc c’est bien pour les générations futures. Pour moi ça arrive un peu tard. On rentre dans le système organisé.
Après mon modèle, on l’a généralisé par le CTE en Nouvelle-Calédonie, pour que les quelques jeunes aient une structure similaire aux pôles que tu connais. Les jeunes avaient accès aux séances de mon entraîneur, ils avaient accès à la salle pour faire du renforcement musculaire, ils avaient des séances encadrées sur l’eau avec quelqu’un pour les entraîner.
Comme une vraie ambiance de club, alors qu’il n’y a toujours pas de pôle de performance de Stand up Paddle.
J’ai des potes kiné et ostéopathes qui me suivent.
Avec le Va’a, je suis considéré en Nouvelle-Calédonie comme un sportif de haut niveau. Donc j’ai accès au centre médicaux sportifs, et les personnes qui gèrent le haut niveau ont fait abstraction au fait que, certes je ne suis pas sur les listes ministérielles mais j’ai été en équipe de France. Donc ils m’ont considéré en tant que tel. Maintenant en passant en sport de haut niveau, on va être dans le bon cadre pour prétendre aux subventions etc.
Les Secrets du Kayak : Tu as dis avoir fait un peu de surfski ?
Titouan Puyo : Oui, c’est arrivé assez tard chez nous. Mon frère en avait acheté un directement.
C’était facile en direction, on allait où on voulait, alors qu’en pirogue c’est plus compliqué. Ça nous a bien plu.
On a fait des déplacements sur des mondiaux de surfski. Mais attention, je n’ai pas le bon coup de pagaie en kayak. Sur du plat, je suis à la rue. Moi j’aime bien quand c’est agité et technique donc en Hongrie c’était top pour nous.
En revanche au Monténégro, la mer n’a pas bougé c’était plat. Parfois ça peut être un joyeux bordel. Comme à Paris, la compétition à venir, ça ne va pas être si simple.
Quand je voyais les athlètes sur les opens, dire que ça bougeait alors que c’était assez lisse, ils devraient faire des cessions dans des conditions qui bougent vraiment !
Même Annecy c’est instable, limite c’est plus facile dans l’Océan parce que les vagues arrivent dans le même sens, au même rythme. A Annecy tu as un bateau qui passe dans un sens, puis un autre dans l’autre. C’est illisible et tu es paumé.
Nous c’est un sport qui se fait dans les vagues.
Les Secrets du Kayak : Tu fais pas mal de stages, comment ça fonctionne ?
Titouan Puyo : En fait ce sont des intervention au coup par coup, sur deux heures. Je leur apprends ce que moi je fais pour dégrossir un peu la pratique pour faire progresser les gens.
C’est quelque chose que je fais quand je suis en France, ce sont des cours particuliers en fait. C’est la structure que j’ai monté pour mon métier d’athlète. Ce sont des petits cours à droite et à gauche pour mieux finir les mois.
J’aimerais faire des stages sur plusieurs jours, sur une semaine c’est plus intéressant de voir les gens plus longtemps. Au CTE à Nouméa je prends les séances quand je suis sur place, et suivre la progression au jour le jour ça apporte plus.
Mais ça permet de partager et d’aider des personnes qui rament seuls dans leur coin, parce qu’il n’y a pas encore de club comme en kayak. Ça commence à se développer.
Les Secrets du Kayak : C’est quoi la suite pour toi, pour ta carrière ?
Titouan Puyo : Comme je fais de bonnes places, je vais continuer. Le problème c’est que comme tout a été décalé, on va se retrouver à tout faire au mois de novembre.
On a trois étapes du tour professionnel qui arrivent, en Caroline du Nord, aux Canaries et à Paris. Et puis j’ai vu qu’il y avait le marathon de l’Ardèche. Je me suis retrouvé avec l’équipe para Va’a là-bas au printemps, donc ça me tente de la faire en novembre. J’ai vu que ça se fait déjà en stand up.
Et pour les années suivantes, j’avais le projet de travailler pour la ligue de Va’a en Nouvelle Calédonie. Mais c’est en train de capoter. Donc je poursuis ma carrière en parallèle, j’ai essayé de m’inscrire en VAE pour le DEJEPS d’eau calme par validation des acquis, mais on m’a refusé le truc parce que je ne suis pas eau calme.
Je tente des choses comme ça. Mais l’année prochaine sera encore une année de stand up et j’en suis content. D’autant plus qu’avec le Covid ,ce n’était pas une saison complète. J’espère donc pouvoir en faire une complète à bouger partout.
Et c’est moi qui paye en fonction de ce que me donne les sponsors. Avec le Covid, certes j’ai perdu des sponsors, mais comme on bougeait peu, on s’en sortait pas mal.
Et j’aimerais vraiment bosser pour le stand up et le Va’a en Nouvelle-Calédonie. La para Va’a je m’y intéresse, il y a du potentiel. Et ensuite je vais essayer le canoë.
J’en ai testé à Orléans en escale, c’était rigolo.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que la taille du gouvernail sur le paddle influence la vitesse ?
Titouan Puyo : Oui, il existe des ailerons différents. Un gros sera plus stable car profond. Plus tu mets un petit, moins il y a de traînées mais il faut réussir à aller droit. Comme la planche est courte, et assez ronde, l’aileron est nécessaire.
Plus on est technique en coup de pagaie, plus on peut bénéficier d’un aileron plus petit. Et sinon on peut le régler un peu soit tout à l’avant ou tout à l’arrière du boîtier pour aller plus ou moins droit.
S’il est plus à l’arrière tu vas davantage droit que s’il est à l’avant. Si tu le mets plus à l'avant, la planche est plus maniable mais va moins droit.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as un livre ou un film qui t’a inspiré ?
Titouan Puyo : Quand j’étais jeune, je regardais les courses à Tahiti en DVD. J’ai des jeunes qui m’en parlent encore. Aujourd’hui tu peux revisionner beaucoup de choses.
Vous pouvez retrouver Titouan Puyo sur son compte Instagram.
Interview : Claire Bren
Claire Bren est une championne de kayak de descente, mais aussi membre de l’équipe de France de course en ligne. Elle nous parle de sa carrière, ses entrainements et de ses objectifs.
Ceci est la retranscription écrite du Podcast enregistré avec Claire Bren au moins d’octobre 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Claire Bren : Ça va bien, c’est dimanche, il fait beau. Je suis en récupération donc c’est une super journée.
Je suis en récupération parce que je vais aller participer à la coupe du monde de descente de rivière à Treignac la semaine prochaine en tant qu’ouvreuse, parce que je n’ai pas fait les sélections. Je vais en profiter pour m’amuser et le faire en mode chrono.
Du coup je ne serai pas classée en kayak dame senior, mais je serai classée avec toutes les autres ouvreuses. On part les premières sur ce schéma de course contre la montre.
En fait il y avait les sélections de France de descente de rivière. Cette année je ne les aient pas passées pour me consacrer à la course en ligne. La saison de course en ligne vient de se terminer, donc j’en profite.
Cette saison s’est super bien passée, c’était mes premiers championnats du monde en course en ligne. Super expérience, très bonne ambiance avec les filles, qui pour la plupart rentraient des JO et donc étaient bien fatiguées.
J’ai fait du K2 et du K4. On a fait des courses pleines pour les finales. En K2 on fait deuxième de la finale B donc onzième, et en K4 on fait sixième de la finale. On a bien progressé, on est contentes.
Les Secrets du Kayak : Tu es quelqu’un qui vient de la descente, mais comment et par quoi as-tu commencé le kayak ?
Claire Bren : J’étais au club de Chartres, au nord de la région Centre. On y faisait de tout. J’ai commencé par la descente et le slalom (beaucoup moins) en benjamine. Puis j’ai fait un peu de course en ligne en cadette.
Je me suis plutôt dirigée vers la descente parce qu’au niveau de mon club on nous emmenait sur les compétitions en descente, donc je suivais. Et puis être tout seul dans le bateau c’est sympa.
Dans la descente il y a plusieurs disciplines. Il existe deux formats de course, une dite classique avec des courses longues entre dix et vingt minutes, et il y a le format sprint avec deux manches de qualifications et de finales. Ça dure environ une minute.
Chaque format de course existe en individuel en international, et aussi par équipe. En équipe, on est engagé en trois bateaux, on doit faire la course ensemble pour arriver le plus vite possible. Souvent on se suit avec une distance de sécurité en fonction des bassins. Il faut avoir une stratégie.
Au niveau des entraînements, j’ai l’impression qu’on fait beaucoup moins de musculation que pour les athlètes de course en ligne. Sinon au niveau de l’entraînement c’est pareil, sauf qu’il nous faut aller sur les rivières pour pouvoir pratiquer en eaux-vives.
Le plus souvent en club, l’eau est calme. Donc les 3/4 de l’entraînement se fait sur eau calme comme pour la course en ligne, et ensuite on fait des stages et des week-end en eau-vive pour appliquer.
Cette répartition permet de travailler la technique du coup de pagaie et le foncier. Et d’un point de vue logistique ça prend moins de temps de naviguer de la sorte. L’eau-vive demande beaucoup d’organisation, c’est chronophage.
Mais faire un maximum d’eau-vive ça aide c’est certain. Et chaque rivière est différente. Il faut les connaître sur le bout des doigts.
Les rivières sont classées en fonction de leur difficulté. Pour te dire il existe une classification « infranchissable ». Je ne sais pas qui fait cette cotation des rivières, mais ça permet de jauger la difficulté.
En plus, il y a des pagaies de couleur en kayak, un peu comme au judo. Il y a une pagaie couleur associée à la difficulté de la rivière. D’autant plus que pour participer aux compétitions, ton niveau de pagaie est demandé.
Ma première compétition de descente, je l’ai faite en bateau plastique. C’était ma première année, en plus dans mon club, et ils voulaient que tout le monde participe. Ça été un peu long, ça n’avance pas très vite dans ce type de bateau. C’est un super souvenir.
Par la suite je suis montée en bateau de descente, au début je n’étais pas stable donc pas rassurée, mais c’était sur de l’eau calme. Je faisais des courses départementales et régionales, j’étais sur les podiums.
En descente il y a différentes formes de bateaux mais il n’en n’existe pas de plus stable que d’autres. Ce qu’on nous donne au début ce sont de vieux bateaux qui ne craignent rien, des incassables. Il y a plein de formes différentes.
Les plus simples, ce sont les wave hopper, il sont en plastiques, assez solides mais hyper lourds à manoeuvrer. Un bateau de descente c’est 11 kg, à l’international et c’est moins long qu’un bateau de course en ligne.
Donc tu vas moins vite, mais tu pars plus vite sur un départ arrêté. Tu sens vite le kilo de différence. Parfois tu t’entraînes en rajoutant des poids pour lester le bateau. Ça pouvait aller jusqu’à 7kg je crois, mais c’est plutôt entre deux et cinq kilos. C’est pour faire comme des séances d’appuis.
Les Secrets du Kayak : A partir de quel moment tu t’es distinguée par tes performances ?
Claire Bren : En junior j’ai fait troisième en championnat de France de descente. J’ai vite fait une pause pour mes études en classe prépa. J’ai repris en étant en école d’ingénieur, à vingt ans. J’ai toujours eu de bon résultats avant ça. Je suis revenue, j’étais en bas de tableau.
Pendant ma pause je continuais le sport, il me fallait une pause dans mon rythme d’étudiante.
Je n’ai pas fait les régates nationales minimes parce qu’en minime je ne faisais pas de course en ligne, je n'ai commencé qu’en cadette. Au début c’était la catastrophe. Ensuite j’ai fait les deux disciplines.
Mon premier bateau de course en ligne c’était un Orion, dans mon club il n’y avait rien de plus petit. J’ai commencé sans le siège pour être stable, puis à force je l’ai ajouté. Ça a été long à venir, mais ça reste que quelques séances d’adaptation.
Depuis 2018 où je fais beaucoup de course en ligne, je vois que la technique est plus importante en course en ligne qu’en descente. Je me suis pris la tête sur des choses comme gîter à l’inverse de mon coup de pagaie. La position des mains qui me faisait perdre du temps.
En descente, il y a la rotation des hanches et du buste également, mais on a plus de calage qu’en course en ligne.
Les Secrets du Kayak : Tu n’as pas eu de parcours scolaire aménagé ?
Claire Bren : Le club était à 500m de chez mes parents, donc c’était facile d’y aller au collège et lycée. En prépa, non plus pas d'aménagement.
Et en école d’ingénieur à Poitiers, où j’ai fait trois ans, la première année non plus pas d'aménagement. Ensuite je suis entrée au centre d’entraînement à Poitiers, et j’ai eu des facilités pour aller m’entraîner. J’avais la confiance du directeur. Je ne me prenais pas la tète si j’étais en retard. Mais j’avais vingt ans.
En fait au début je m’entraînais seule sur la rivière, un jour j’ai croisé les athlètes et l’entraîneur du centre d’entraînement. L’entraîneur m’a proposé de faire une séance avec eux, de faire un chrono en descente. Et de là il m’a proposé d’intégrer le centre d’entraînement.
Tout à commencé en 2009-2010, j’ai énormément progressé. J’ai fait ma première compétition internationale en 2012. Cela a pris du temps j’étais souvent en bas de tableau en sélection équipe de France. C’est en 2011 que je fais podium en équipe de France.
En fait, tu peux être champion de France et pour autant louper tes piges. Mais je pense que c’est aussi le cas à cause du calendrier des compétitions. Les sélections ont lieux avant le championnat de France. Tu peux être champion du monde et ne pas être champion de France.
Les Secrets du Kayak : En terme d’entraînement pour la descente, c’est beaucoup d’aérobie ?
Claire Bren : Oui, majoritairement, comme en course en ligne. On n’utilise juste pas les mêmes termes en descente.
On va parler d’aérobie et non pas d’EB1. On parlait de capacité et puissance aérobie. Tout comme on pourrait le dire pour la course en ligne. Les filières énergétiques me parlent davantage.
Les Secrets du Kayak : Lorsque tu participes à ta course de kayak, dois-tu choisir entre la classique ou le sprint ?
Claire Bren : Souvent le descendeur ne choisit pas. Il fait les deux. Il y a des petites exceptions, des personnes meilleures en sprint qui n’aiment pas la classique. Même aux sélections les deux sont fixées, ça s’alterne.
Depuis quelques années, ça a tendance à se spécialiser. Il existe des championnats de sprint tous les ans. Alors que la classique c’est tout les deux ans. Regrouper les deux ça fait de très beaux événements.
Ma première compétition internationale en descente c’était une coupe du monde, en Bosnie. Je n’avais pas fait un super résultat, ce n’était pas fameux. Et la même année, en 2012, il y a eu le championnat du Monde à La Plagne.
Donc on faisait classique et sprint, ça a été dur pour moi de gérer mon stress. Je suis la première à m’élancer, le favoris part en dernier. En fait j’ai fait ma descente sans pression, et à la fin je suis championne du monde de sprint.
Quand tu rentres en équipe de France, l’objectif c’est d’être au top. Mais pendant l’événement je n’étais pas dans cet objectif, j’avais besoin de gérer mon stress.
En plus pour rentrer en liste ministérielle haut niveau, il faut avoir fait déjà un bon résultat au niveau international. Donc à ce moment là, je ne suis pas sur les listes. J’y suis l’année suivante.
Après au niveau des médias et des partenaires c’est plus facile lorsque tu es champion du monde pour avoir des retombées. Je n’ai pas eu de sponsors en 2012 parce qu’il faut faire le premier pas vers les entreprises. Par contre au niveau des partenaires institutionnels, on est plus aidé par les régions et le département.
Je n’ai pas travaillé tout de suite après mon diplôme d’ingénieur. J’ai fait un service civique au comité départemental de kayak, sur le thème de l’environnement. On devait faire 20h semaine, ce qui m’a permis de me préparer pour les compétitions.
Je n’ai pas travaillé en tant qu’ingénieur parce que ce n’était pas conciliable avec le sport de haut-niveau. Je crois que je me suis trompée de voie, du coup j’ai fait le professorat des écoles en 2014. Entre 2012-2014, je travaillais à Décathlon.
Être professeure des écoles m’a permis d’obtenir un mi-temps annualisé. Je travaillais plein temps de septembre à février. J’étais payée à mi-temps. Il a fallu que je fasses des démarches pour obtenir une décharge, donc pour être payée à plein temps pour être déchargée à mi-temps. C’était top.
Même si je n’étais pas championne du monde tous les ans, je faisais quatrième, cinquième. Donc je restais en liste senior, et je conservais le mi-temps avec la décharge.
Du coup j’ai pu faire davantage de stages dès le mois de mars de chaque année, je n’avais pas de contraintes. Mais de septembre à février j’étais coincée, je devais m’organiser pour glisser les entraînements le soir ou le midi.
Après, on fait toujours une coupure l’hiver. On va faire des stages de ski de fond. On en revient mi janvier pour faire du volume bateau. On a des séances de musculation, de course à pied ou vélo ou natation.
Après, je ne me suis jamais entraînée énormément en faisant beaucoup de séances par semaine. J’étais entre dix et onze séances par semaine. Il fallait faire du qualitatif. Maintenant, je vais jusqu’à trois séances par jour.
Les Secrets du Kayak : Après 2012 est-ce que redevenir championne du monde est un objectif qui te motive pour continuer ?
Claire Bren : Le but était de ré-obtenir mon titre en sprint mais aussi en classique. Moi c’est la course longue que j’aime, je ne l’ai pas encore atteint.
Le but de tout ça c’est qu’en 2017,j’avais quasiment tous les titres, il me fallait un autre défi, la course en ligne.
Je ne sais pas ce qu’il aurait pu me manquer pour y arriver. J’avais fait de la préparation mentale mais je ne l’ai pas encore optimisé.
Après je ne suis pas fan des séances longues, une heure de séance me convient. Je ne sais pas si faire plus d’aérobie m’aurait aidé.
Avec la musculation, j’ai pu faire un travail de rééquilibrage de posture générale. Les tests que j’ai pu faire profil / force / vitesse m’ont aidé pour savoir comment axer les séances au cours de l’année. Il me fallait gagner en force, je suis à la traîne par rapport aux autres. Ensuite il me fallait axer sur la vitesse.
Après on s’entraîne en groupe. C’est une émulation. Rester seule c’est difficile.
Poitiers était un pôle France par le passé, donc je continue de m’entraîner dans mon club, et on se retrouve souvent avec les filles en stage. En course en ligne il y a des stages quasiment tout le temps, et on peut choisir son stage. On s’organise pour bouger.
Mon entraîneur de descente, Laurent Urvois, qui m’a détecté, m’a accompagné pendant ma carrière de descente, et pour la course en ligne il ne pouvait pas tout m’apporter.
Donc il m’a mis en lien avec Sabine Kleinheinz, ça fait deux ans qu’on travaille ensemble, elle a révolutionné mon coup de pagaie. Elle intervient à distance par visio et téléphone, et de temps en temps on se voit pour faire de la technique, et le mental. Elle entraîne également d’autres athlètes. Elle ne s’occupe pas de ma planification d’entraînement, ça ce sont les entraîneurs fédéraux.
Le staff en 2017 était composé du kiné, la préparation mentale, Sabine, un préparateur physique du temps du CREPS. Mon suivi était spécifique.
Aujourd’hui, je suis avec le préparateur de la fédération Audric Foucaud, j’aimerais me reformer un staff pour le coup. Ça aide, depuis le Covid tout a été éclaté.
Les Secrets du Kayak : Tu gères ton alimentation seule ?
Claire Bren : Je gère seule. J’ai vu une spécialiste pour Pau en 2017. Elle me disait que ce que je faisais c’était ce qu’il fallait.
Je prends des compléments alimentaire avec un partenaire, Juice plus+, ce sont des fruits et des baies encapsulés. J’ai remarqué que je récupérait mieux. Ça fait parti de ma routine alimentaire.
Les Secrets du Kayak : As tu développé d’autres pratiques complémentaires pour optimiser ton entraînement ?
Claire Bren : Depuis 2015, je fais de la préparation mentale et de la sophrologie, je fais de la visualisation. Ce sont des choses qui m’apportent beaucoup.
Et j’ai travaillais avec un hypnothérapeute suite à des blocages que j’ai eu, et j’ai trouvé ça pas mal.
Depuis le confinement, j’ai accentué ma pratique du yoga et de la méditation, notamment avec l’application « petit bambou ». Je trouve que ça joue sur la concentration.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe en 2017 pour recommencer la course en ligne ?
Claire Bren : En fait, je n’ai jamais arrêté même si je faisais de la descente, les pratiques sont complémentaires. Et puis j’y suis allée progressivement.
J’ai commencé en Nelo, et j’ai essayé un Cinco. Ensuite, je suis passé en Plastex bullet 2020.
Je restais toujours assez loin des premières, et je me rapprochais au fur et à mesure. Ça me demandait du travail. Manon avait ouvert le chemin du passage de la descente vers la course en ligne. C’était plus facile pour moi.
Je me voyais davantage faire du 500m et 200m. En 2019, je ne fais pas de descente. Que de la course en ligne. Je ne vois pas de bond de progrès chrono, mais en terme de technique j’ai clairement évolué.
A force, j’ai changé ma pagaie par rapport à la descente. J’ai onze centimètres de plus en course en ligne. Elle est longue par rapport à mon gabarit. Pour les pales, j’ai aussi un peu oscillé. Je me sens mieux avec plus d’appuis. La musculation m’a permis d’utiliser des pales plus larges.
Quand tu regardes les pagaies, il y en a pour tout le monde.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand tu rentres en équipe de France en course en ligne ?
Claire Bren : En 2019, c’était ma première expérience en K1 sur du 500m. Je ne suis pas allée en finale, mais j’ai fait de bonnes courses, une bonne première expérience. Pour y participer j’ai du faire une sélection.
Sinon, j’ai commencé avec des K4 en moins de 23 ans sur des coupes du monde. On s’est apportée chacune des expériences complémentaires.
L’objectif des Jeux se profilaient dès 2018. Je savais que ça serait compliqué. J’étais remplaçante aux JO de Tokyo. Il me faut progresser plus vite que les autres pour atteindre mon but.
Les Secrets du Kayak : Tu fais de l’ergomètre ?
Claire Bren : En course en ligne, en période de crues, c’est compliqué d’aller sur l’eau. Donc je l’utilise.
Et pendant le confinement, comme on ne pouvait pas se voir avec Sabine, ça nous arrivait de faire des visios pour me voir pagayer.
Ça m’a bien aidé pour ne pas perdre la technique pendant le confinement. Je n'en ai pas refait vraiment depuis. C’est dur physiquement quand même l’ergomètre.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que d’être cinquième pour les JO et donc remplaçante c’était frustrant ou une réussite pour toi ?
Claire Bren : Un peu des deux. C’est comme quand tu es au pied du podium. Mais c’était bien dans le sens où j’ai pu bénéficier des stages. Pour progresser c’était sympa. Donc une réussite.
Ça aide à la récupération, et à progresser plus. Et il y a l’aspect de l’équipage, ça apporte beaucoup aussi dans le dynamisme. J’arrive à mieux m’investir en équipage qu’en mono.
J’ai encore des choses à trouver pour ne pas m’effondrer en mono. Il me faut entretenir ma vitesse.
Les Secrets du Kayak : Quelle est la suite pour toi aujourd’hui ?
Claire Bren : Une pause après la coupe du monde à venir. Puis me remettre un peu en question.
Continuer la course en ligne pour progresser. J’aimerais participer aux championnats du monde de descente de Treignac l’année prochaine. Il faut en discuter avec la fédération. Et voir pour faire les Jeux de Paris pour terminer ma carrière.
Fin de carrière ne veut pas dire que j’arrêterai de naviguer, mais je ne serai plus une acharnée des entraînements.
Je pense que j’aurai toujours besoin de faire du sport. Rien n’est figé. Je vois les années les unes après les autres. Il ne faut pas se prendre la tête.
Les Secrets du Kayak : As-tu de la littérature qui t’as inspiré ?
Claire Bren : oui, c’est lié au sport, la méthode de Gasquet pour les abdominaux. Et la Bible du Yoga.
Vous pouvez retrouver Claire Bren sur son compte Instagram.
Interview : Olivier Boivin
Retrouvez tout sur Olivier Boivin dans cet épisode des Secrets du Kayak. Il nous partage ses débuts en kayak et en canoë, sa carrière d’athlète de haut niveau puis d’entraîneur.
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Olivier Boivin en septembre 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Olivier Boivin : Salut Rudy, très bien merci.
Les Secrets du Kayak : Il me semble que tu es en Martinique, qu’est-ce que tu y fais ?
Olivier Boivin : Je suis conseiller d’animation sportive à la DRAJES (Direction Régionale et Départemental de la Jeunesse) de la Martinique.
Ne pouvant pas assumer pleinement mon métier de CTR suite à des problèmes de santé, j’ai choisi une voie professionnelle plus sage. Je connais bien les Antilles pour avoir travaillé sur le développement du département ultra marin au sein de la Fédération de canoë-kayak jusqu’à aujourd’hui.
Mais j’ai déjà travaillé en Guadeloupe aussi par le passé. J’ai sauté le pas. Moi qui aime la mer, passer des hivers agréables, avoir une pratique annuelle du kayak et la qualité de vie font que j’accepte la rupture avec la métropole, et j’aime bien, c’est tout récent. Je viens d’arriver.
J’étais CTR dans les pays de la Loire avant ça.
Les Secrets du Kayak : Comment as-tu commencé le canoë ?
Olivier Boivin : Je l’ai commencé par hasard, mais pas que. Mon père avait eu une mutation sur Pontivy, donc on a quitté la région parisienne pour la Bretagne.
J’avais 12-13 ans, j’avais toujours fait du sport à Fontainebleau. Il y avait le bataillon de Jointville, et tu pouvais y pratiquer du sport même en tant que civil. J’y ai donc fait du basket, de l’athlétisme, de la gymnastique, du tennis de table….
Lors de vacances j’ai essayé le kayak juste comme ça, j’ai trouvé ça sympa de flotter sur l’eau et de pouvoir se déplacer et glisser sur l’eau. En arrivant à Pontivy, j’ai vu qu’il y avait un club.
J’avais été accueilli par Jean-Pierre Laffont qui s’occupait du développement du canoë-kayak en course en ligne. Je suis rentré en CATS au club en 1978.
Au début j’ai commencé par le kayak. J’ai commencé par un bateau plat avec une pagaie double, c’est comme cela qu’on commence. J’ai fait deux séances pour apprendre à aller droit.
Puis on me fait essayer le canoë, en même temps Jean-pierre Laffont n’a pas une culture de kayak, il vient de l’athlétisme. Bref il me fait essayer, et là commence le cycle de la galère pour aller droit. Je l’ai pris comme un défi pour manœuvrer cette embarcation surdimensionnée assez compliquée.
J’ai bien aimé la pagaie simple. Le problème majeur n’était pas l’équilibre, mais aller droit sans changer de côté et sans déborder. Il a fallu en tout deux séances pour le manœuvrer.
On passe de bateau d’initiation à « un bateau de compétition ». Comme je n’y connaissais rien, pour moi c’était génial, un kayak de CATS. Le nouveau défi c’était : quoi mettre en oeuvre pour faire avancer mon bateau convenablement et sur la durée.
Je suis passé dans un canoë dès un mois. Ça n’a pas été drôle, c’était des paquebots. J’ai commencé dans un C1, la difficulté c’était la position tchèque. Les appuis sont assez inconfortables. Mais ils étaient stables. Double problématique qui se pose à nouveau : aller droit dans un bateau CATS, mettre en place mes acquis du bateau de slalom pour aller droit, et le problème d’équilibre ne s’est pas vraiment posé.
Je ne me suis jamais baigné, je n’ai jamais vécu la situation d’échec. J’étais le seul à pratiquer le C1 CATS donc je ne savais pas ce que je valais. J’ai progressé à mon rythme sans comparaison. Je ne me suis posé aucune limite. Je me suis toujours protégé de l’avis des gens extérieurs. J’ai toujours abordé les choses à mon niveau sans être influencé par les autres.
A la fin des années 1970, je pense que l’entraînement a évolué. Moi j’ai eu une formation assez polyvalente. J’ai fait de la course en ligne tôt, mais je me suis vite arrêté. Je suis vite passé à l’eau-vive, en sport d’hiver. Et surtout la descente de rivière principalement en canoë.
Je ne pense pas que l’apprentissage en soi ait changé. Et puis on construisait nos bateaux dans les moules. J’ai participé à la construction de mon premier kayak. Il y avait une dimension autour de son matériel.
J’ai fait du kayak d’eau vive sur mon propre kayak. Je suis ensuite passé sur des tubes, c’est à dire des vieux canoë. Puis arrive mars-avril, fin de l’eau-vive, du coup on fait de la course en ligne.
Pourquoi ? Toujours par rapport à l’athlétisme. Pour Jean-Pierre Laffont, il existait un lien entre les deux pratiques.
Donc on attaquait le C1 de course en ligne. Sont arrivées les régates de l’espoir, j’étais dans le C4 minime. Pour moi c’était ma première grande compétition internationale donc c’était magique. On fait troisième. Ça a été mon point de départ pour le goût de la compétition, dès ma première année de pratique vers 13-14 ans.
Pendant deux trois ans j’ai continué la compétition, je progresse, je passe dans les bateaux de compétition de tout le monde. On a construit mon bateau de course que j’ai gardé jusqu’en junior.
En cadet 2, je suis à fond compétition canoë de course en ligne. Il existait quand même la bivalence slalom/descente. C’était une obligation quand tu étais en cadet que de faire deux pratiques.
Le club était réputé, on avait de bons résultats. Donc j’ai fait à la fois les championnats de France de course en ligne à Mulhouse, à la fois les championnats de slalom/descente à Barcelonnette en 1981.
On partait vraiment à l’aventure dans des camions d’un autre temps. En course en ligne, première médaille dans les bateaux de compétition pour le club, j’ai fait vice champion de France. Et on fait troisième en descente, et troisième en combiné avec mon frère en eau-vive. Le bassin de Mulhouse est difficile pour les céistes. Mais l’eau-vive m’a bien servie pour ça.
Moi je viens de la Bretagne, je n’étais pas identifié course en ligne comme peuvent l’être les régions d’Île-de-France, le Nord-Pas de Calais, ou la Bourgogne. Donc je n’étais pas dans les petits papiers.
Mais arrive la saison junior, et je suis repéré par Bernard Bouffinier, le CTR en Île-de-France, il détectait les jeunes sportifs pour le championnat du monde junior en 1983. On faisait un test début mars, sur du fond : un 6000m pour les juniors, un 9000m pour les seniors, en contre la montre. Ça déterminait la participation aux stages de printemps à Mâcon.
Je participais à une action dans l’équipe de France junior, c’était une étape supplémentaire. Je suis retenu pour une première compétition internationale en Pologne, pour les pré championnats du Monde.
Je faisais déjà un peu de C2. Je restais dans ma logique de réussite personnelle. Moi j‘étais en structure club mais mes parents habitaient tout près du canal. Donc j’amenais mon bateau le soir dès junior, pour faire 5km après le lycée de 18h30 à 20h30, je m’entraînais sur le canal tout seul dès mi-mars.
Je m’étais informé sur les programmes, j’avais des trames, je faisais des séances d'aérobie. Je n’ai jamais été avare d’efforts. Je recherchais l’efficacité dans ma progression. Je me suis construit ma propre technique. J’essayais de reproduire les séances de personnes qui pouvaient m’inspirer.
J’ai rapidement compris cette notion d’efficacité parce que je m’entraînais avec des kayaks hommes. J’allais quasiment aussi vite qu’eux. Ce qui me faisait un bon référentiel.
Pour faire les championnats de France il fallait faire les sélectifs nationaux, un peu comme les opens. L’objectif c’était être sur le podium. Tout s’est fait progressivement. Je n’étais pas un talent. J’ai évolué grâce à de belles rencontres.
Bernard Bouffinier m’a fait confiance, il m’a invité à m’entraîner avec eux, il m’associe à Didier Labat pour faire un C2. Il m’invite à tous les stages parisiens. Les tests de mars, je suis dans les meilleurs, je gagne les sélections internationales.
Première compétition internationale qui arrive, on fait une tournée. On gagne en C2 en junior, on fait troisième sur le 1000m , on gagne le 500m. On rentre pour les championnats de France, la progression continue.
Championnat du monde junior ensuite, et on accède en finale, on fait huitième. Puis première année senior difficile, on se retrouve jeté dans la cour des grands, et je fais quand même des finales en championnat de France dès ma première année. Je n’ai rien lâché.
Pour ma deuxième année on fait quelques coupes du Monde, je fais deux régates en finale en C1. Je fais même un podium en C1 j’avais 20 ans. Je pouvais me projeter pour mon futur. Je décide d’intégrer le bataillon de Joinville en 1985-1986.
L’année est assez moyenne, je fais mon année d’armée. Je me mets dans des conditions optimales pour performer. J’y rencontre un ancien équipier Pascal Sylvoz, sa progression m’a impressionné. Je voulais faire pareil. Je rencontre Daniel Boucheret, l’entraîneur de l’époque, ancien militaire.
J’avais cerné le système de copinage des grands clubs qui placent leurs gamins en priorité en faisant pression sur le système pour que les gamins accèdent à l’équipe de France. Daniel Boucheret se foutait royalement de l’origine des sportifs. Il voulait des athlètes, la relation de confiance est bien passée.
Je m’engage totalement dans le projet, on fait du sport de 9h au matin jusque 17h le soir. La fatigue était bien présente. Notre priorité c’était de performer au kayak, on faisait de la PPG. Tous les matins on faisait 1h de course à pied, ensuite 2h de musculation, l’après-midi 2h de bateau. Et cela tous les jours. L’organisme a du s’adapter. J’ai explosé.
Et je rencontre ensuite Alain Lebas, l’entraîneur national des canoë, il voulait construire une équipe, il voulait des bons athlètes sur du 10000m et en équipage. Pour lui le mono était compliqué, l’équipage était une porte d’entrée.
Il fait donc deux équipages. On s’entraîne, tous les jours j’étais détaché sur Paris pour m’entraîner avec Daniel Aubert, à Choisy-le-Roi. Je rentrais chez ma sœur en région parisienne, trois mois comme ça. On coure en C2, arrive la régate de Choisy-le-Roi, une coupe du monde, on fait cinquième, mais on est devant les titulaires du C2 1000m. Ça nous met en confiance pour les piges 3000m.
Du coup on est sélectionné pour les championnats du monde 1987. On intègre le collectif de l’équipe de France canoë.
Sur le 10000m championnat du monde, on était sur un podium virtuel, on mène la course. On a voulu donner le relais aux autres, et à l’avant dernier virage on est à six bateaux, on se fait déborder, et du coup on fait cinquième. J’étais déçu du résultat mais avec le recul pour un premier championnat du monde, c’était pas tant mal, mais je sentais que c’était accessible.
Je finis mon service militaire, je fais un doublé en mono 500m et 1000m. J’assoie mon statut, je rentre dans les standards des meilleurs français. Je vais sur Angers et je commence les entraînement biquotidiens.
Je participe à des actions avec le collectif de l’équipe de France olympique. Je suis invité aux stages, arrivent les sélections, je les gagne, je fais un podium sur les distances de fond. Pour la première fois, ça se finissait au sprint.
Ma coupe du monde continue, je fais des finales, et je demande au DTN de l’époque de me confirmer si ça peut le faire pour les Jeux. On me répond que l’équipe est faite, que je n’irai pas aux JO, peu importe le résultat !
Je ne me démonte pas, j’intègre quand même les actions équipes de France. Je gagne les France sur 500m, je fais deuxième sur le 1000m. Je considérais que je me faisais du mal tout seul à poursuivre mon but de sélection alors qu’on m’a refusé de participer aux JO, je ne voyais pas de finalité.
J’étais la cinquième roue du carrosse, alors que j’avais largement le niveau.
1989 arrive, je décide de monter à l’INSEP et à Paris. Je m’entraîne avec le groupe des médaillés. Je m’entraîne de façon engagée avec des objectifs ambitieux. Alain Lebas décide de m’associer à Didier Hoyer, le C2 marche correctement, on règle des problèmes, puis arrive la régate de Paris.
Sur le 1000m on fait deuxième. Mais en fait Didier m’a fait découvrir l’entraînement nécessaire pour gagner. Et donc j’ai appliqué. On refait un autre podium ensuite, et deuxième sur le fond, donc double podium sur une coupe du monde.
Toutes les nations y étaient, je suis rentré dans la cour des grands, il me fallait continuer le plus longtemps possible. On déchire tout là bas. On est propulsé dans la cours des grands. On avait explosé les chronos. On était devant l’URSS !
Les gars faisaient 15 kg de plus que nous. Il y a eu un profond respect des nations du bloc de l’Est envers nous. On a continué avec des hauts et des bas sur les années suivantes.
Puis au championnat de Vaires-sur-Marne, on domine, on gagne un peu partout. On éjecte les anciens médaillés de leur distance de prédilection.
Les JO de Barcelone arrivent, après une année assez difficile. C’est à dire que je suis quelqu’un de très exigeant, Didier je l’ai vraiment beaucoup poussé. J’étais vraiment dans une démarche de tout faire pour gagner. Il y a des régates où on ne fait pas de podium, ça remet en question notre bateau.
Didier s’était cassé cinq côtes, juste avant les JO, notre capital confiance était au plus bas, et c’est là qu’Alain Lebas nous a démontré ce qu’était un coach. Il a réussit à reconstruire l’impossible à deux mois des JO. Et on est allé chercher une médaille.
On n'y va pas pour faire de la figuration. On est sélectionné pour gagner. Moi la mise en action qui est le plus important. C’est bien beau d’avoir un projet de faire des discours pour se projeter, mais la vérité c’est l’engagement personnel dans l’élaboration, tout ce qu’on va mettre en place pour gagner. Ce qui fait triper c’est notre histoire. Le futur est un néant en construction.
Les Secrets du Kayak : Quand tu finis troisième au JO, pour toi c’est un aboutissement ?
Olivier Boivin : Pour moi c’est l’histoire qui continue à ce moment là. Le capital confiance était de retour pour nous deux. Il revenait d’une blessure de cinq côtes cassées.
La course était construite pour aller chercher un podium. C’est très important un podium olympique. Moi ce qui m’a toujours intéressé c’est tout le travail effectué pour y arriver. C’était un clap de fin pour Didier qui a arrêté ensuite sa carrière, mais aussi à une aventure de quatre ans ensemble.
Alain Lebas a arrêté également. C’était une période extrêmement importante, j’y ai puisé énormément de choses. Ça m’a permis plus tard d’accéder au métier d’entraîneur assez facilement par la suite.
Les Secrets du Kayak : Comment tu fais la transition pour devenir entraîneur ?
Olivier Boivin : J’ai vécu un échec avec les JO d’Atlanta. Il me fallait reconstruire quelque chose avec l’arrêt de Didier. L’entraîneur a changé. Je m’étais auto formé donc j’étais assez autonome.
J’avais un niveau de production d’entraînement assez élevé. J’étais en décalage de maturité sportive avec le nouvel entraîneur. Tu es toujours à la recherche de la manière de te renouveler, ce qui veut dire que tu dois accepter de perdre. Et à un moment donné tu n’acceptes plus de perdre. Tu veux te rassurer, te reposer.
Donc cette olympiade a été compliquée même si on fait vice-champion du Monde en 1993. Je ne suis pas le meilleur athlète en terme de résultat brut, mais j’ai eu le plus de podium en championnat du monde en course en ligne, en France.
Donc Sylvain remplace Didier, ça ne se passe pas très bien. On fait les quotas les internationaux, mais la fédération décide de ne pas nous retenir pour Atlanta. Au bout du compte, ils avaient raison.
Ça a été un arrêt brutal et violent, d’autant plus qu’on t’oublie du jour au lendemain après dix ans de carrière. Le désert, zéro relation de la fédération, jusqu’à ce que la personne en charge du suivi des sportifs de haut niveau me contacte et me propose un bilan de compétence.
Donc là je pars aux Antilles et je deviens conseiller technique fédéral pour la ligue de Guadeloupe qui était en pleine construction. Je fais ça deux ans. Puis j’ai été recontacté par mon DTN de l’époque Hervé Madoré, il avait un très haut poste à la fédération. Il me propose de contacter Antoine Goetschy, DTN, pour intégrer la fédération en tant qu’entraîneur.
Donc je prépare le concours de prof de sport en 2000 pour accéder ensuite à ce poste. Je reviens donc sur l’INSEP à Paris pour intégrer la formation. Je l’ai dès la première année par la voie externe.
J’ai toujours été autodidacte dans la démarche de compréhension des processus, et j’ai beaucoup lu. Donc les oraux sont passés facilement.
Et en parallèle, je suis recruté par la fédération sur un poste d’entraîneur national responsable du collectif dames. Ça ne me dérangeait pas de m’occuper d’elles. Je me donnais pour mission de monter un vrai projet. Elles étaient des athlètes davantage en fin de carrière.
L’objectif c’était Athènes 2004, Pékin 2008. Je leur donne les règles. Je savais que pour la fédération, limite elles n’avaient pas des qualités de championne. Ce qui faisait qu'elles avaient une perception de l’environnement très masculin négatif.
La première étape c’était construire un collectif, redonner la confiance aux filles. Donc j’ai détaché les filles du collectif kayak, pour leur permettre de s’exprimer et d’être en confiance.
Et j’avais une génération de jeunes sportives également. Donc je leur explique ce qu’on va mettre en place et comment on va fonctionner. J’ai priorisé les objectifs. Donc on a mis en place des stages types commando objectifs larges.
On travaillerait principalement l’équipage, le deux places. Relever le standard de l’entraînement.
Toutes étaient déjà en structure. Il fallait monter d’un cran dans l’investissement et l’engagement. J’ai aussi tenté de créer du lien avec les responsables de club. Ça a bien fonctionné la première année, l’effectif a été réduit à deux filles pour courir en 2001 au championnat du Monde.
J’ai pris les meilleures. Je ne voulais pas de résultats moyens. Aux Europe les filles font six et six. Par exemple avec Marie Delattre, qui voulait faire du mono mais qui n’avait pas le bon niveau, à mes yeux elle collait dans l’équipage. J’ai tout fait pour amener un collectif de jeune, et en 2003 révélation !
On associe Marie avec Anne-Laure et les résultats sont là. Puis ça a été la crise au sein du collectif global de l’équipe de France, et les filles en ont payé les frais. Il n’y avait pas de résultats donc bras de fer entre la commission nationale et le haut niveau chez les hommes et le canoë.
Leur politique, c’était d’emmener du monde et non pas les meilleurs. Pour ma part moi les règles étaient rappelées, le programme d’entraînement n’était pas discutable. J’étais l’architecte de leur réussite. Je leur expliquais les enjeux.
Leur niveau était en construction donc elles n’avaient pas à discuter. J’étais convaincu qu’elles en étaient capables. Et donc au moment de la crise je n’avais plus la main sur le projet des filles alors qu’on avait déjà réalisé de belles choses, et on était à deux doigts de remporter une finale avec Marie Delattre si on avait suivi mon plan. Mais hélas ça n’a pas été le cas.
Ensuite Pascal démissionne, et le dispositif mis en place par la suite fait qu’on était tout le temps en déplacement. Quinze jours à la maison, quinze jours en stage d’octobre jusqu’à Athènes.
J’ai donc composé un nouveau collectif l’année suivante, mais la perte de confiance était réelle. Les filles ne s’entendaient plus. Elles n’ouvrent pas les quotas. Donc on fait une réunion, pour rappeler le projet à nouveau et poser mon engagement, en leur disant que je n’irai pas aux JO parce que les résultats n’étaient pas là.
J’ai continué jusqu’en 2008, Marie et Anne-Laure ont commencé à être médaillées. Moi je me suis occupé un peu des dames, un peu des hommes dont Mathieu Goubel, il a fait une année exceptionnelle.
2008, je décide de m’arrêter pour raisons personnelles. Donc je quitte la fédération, pour partir en tant que conseiller d’animation sportive. Et je suis revenu à la fédération en 2011 sur un poste de CTR. J’ai retrouvé le contact avec le haut niveau par le régional puis avec le para en 2017 et Eddie depuis deux ans.
J’essaie d’apporter des réponses dans les problèmes que les athlètes rencontrent dans leur projet. Il ne faut pas tout jeter, ce qui est difficile c’est de voir les erreurs arriver, les voir se répéter tout le temps.
Il faut s’interroger sur l’héritage des précédents, même si parfois ça peut faire mal, il faut accepter de se tromper, on a le droit de se tromper, il faut rebondir.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu peux préciser pourquoi ça ne marche pas actuellement ? Alors que ça marche plutôt bien chez les paralympiques.
Olivier Boivin : Les paralympiques n’ont pas fait de bruit, ils étaient tranquilles. Pas de mise sous pression, ce n’est pas une discipline olympique, mais paralympique.
Moi je trouve qu’il faudrait déjà un réel projet de la part des entraîneurs qui se présentent au poste. Il faut être capable de comprendre ce qui n’a pas marché. Pourquoi aujourd’hui l’équipe de course en ligne n’a pas fonctionné dans cette dernière olympiade. Il faut se faire violence, le staff a merdé.
La fonction d’entraîneur c’est d’être entre la hiérarchie (le marteau) qui épuise à avoir des résultats, et les sportifs qui les produisent (l’enclume). On est des acteurs fondamentaux, on est le fusible.
Donc si on remet en question tout le temps l’entraîneur, à tout point de vue, s’il n’y a pas de confiance, ça ne fonctionne pas. Il faut créer un climat de confiance.
Aujourd’hui Eric a fait une vraie équipe de France en para-canoë. Ce qui n’est pas le cas chez les kayakistes de course en ligne. Au lieu de faire du ménage chez les entraîneurs, rien de bouge chez la tête pensante.
Ça fait 50 ans qu’il n’y a pas eu de médaille française. En 2019 on a eu des prémices, mais depuis ça s’est complètement effondré. Il suffit de reprendre les statistiques. On a clairement reculé. Il y a eu un abandon total des jeunes en course en ligne. On ne s’occupe plus des jeunes !
Tout ne vient pas des entraîneurs. Il faut que les règles, le projet soit clair. Et ça pendant quatre ans je ne l’ai pas vu. On a été que dans du réactionnel. On a fait de la construction puis de la déconstruction. C’est le chaos complet. Je n’ai pas tous les codes, je suis un peu dans l’émotion.
C’est comme le principe de l’enthropie. Il faut arrêter de mettre de la communication sur ce qui ne fonctionne pas. Il faut revenir aux fondamentaux, au lieu de se perdre dans trop d’actions pour faire de l’énergie perdue. Ça reste ma vision des choses mais elle n’est pas partagée par d’autres.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que dans le programme que tu proposes aux athlètes que tu encadres, il y a des choses que d’autres n’ont pas ?
Olivier Boivin : L’ossature c’est déjà ce que moi même je suis capable de proposer. Mais c’est aussi la capacité à pouvoir absorber.
Mon baromètre c’est l’état de mon athlète. L’objectif c’est d’être le plus en phase avec ce qu’est l’athlète pour qu’il puisse progresser. Ça ne sert à rien de charger comme un mulet si derrière il ne peut pas encaisser.
Il faut d’abord échanger avec le sportif et savoir comment se sent l’athlète. Il me fait un retour pour savoir comment ça s’est passé. L’année dernière on faisait beaucoup de vidéos, on échangeait les statistiques via une plateforme mais j’ai vite vu les limites.
Donc cette année on a fait très peu de vidéos je n’ai pas embêté Eddie sur les cadences, j’ai voulu qu’il se recentre sur l’objet montre / vitesse. Se recentrer sur lui car au moment de la course il n’est pas appareillé.
Les Secrets du Kayak : Avec le recul, toute ta carrière d’entraîneur ne s’est pas passée comme tu l’aurais souhaité ?
Olivier Boivin : C’est le jeu. Pour moi 2000-2004 est un période extrêmement positive. Les filles ont été médaillées derrière. Donc tout ce travail mis en place a payé.
Tout ce processus de collectif a permis aux filles de reprendre confiance en elles. Ça faisait 20 ans qu’on les prenait pour de la merde.
Pour moi le projet a fonctionné car en 2006 malgré la crise entre Marie et Anne-Laure qui allaient à en casser leur kayak, hé bien les kayaks hommes en sont arrivés à leur expliquer à quel point elles étaient importantes pour eux même ! Ils avaient besoin d’elles.
Et nous entraîneurs, on n'était pas convié à ça. Les filles se sont remobilisées et on connaît la suite. Ça c’est de la réussite ! Créer des situations, créer les conditions de la médaille, être dans l’action c’est plus important.
Aujourd’hui je navigue pour moi, je fais du kayak, de la pirogue, du surf-ski, de la régate. Ok, on est confiné, mais je fais du sport loisir pour moi.
Pour moi la fédération a été particulièrement incompétente et ce sont les athlètes qui en pâtissent aujourd’hui. Mais c’est mon point de vue. Je ne le clame pas sur tous les toits. Il y a quand même trop de copinage et de réseau. L’objectif c’est d’être au rendez-vous dans trois ans. Il ne faut pas faire des copier-coller, on est une équipe, il ne faut pas l’oublier.
Interview : Matthieu Toulza
Retrouvez tout sur Matthieu Toulza dans cet épisode des Secrets du Kayak. Expert sur le sujet des préférences motrices. Il nous explique en quoi cela consiste, et comment elles peuvent nous aider à performer.
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Matthieu Toulza en septembre 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Matthieu Toulza : Très bien et toi ?
Les Secrets du Kayak : Moi ça va toujours. Aujourd’hui est un podcast un peu particulier puisqu’on va parler de préférence motrice. Pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Matthieu Toulza : Avec plaisir, je suis podologue du sport sur la région parisienne, j’ai 42 ans, ancien champion sportif dans le karaté il y a une vingtaine d’années.
Je suis formé aux préférences motrices depuis six ans. Ce qui occupe une grande partie de ma pratique tant sur la prophylaxie, sur le traitement des blessures en cabinet, que sur la prévention au travail avec des préparateurs physiques ou des coachs divers et variés avec lesquels je peux travailler.
Les Secrets du Kayak : Comment en es-tu venu à t’intéresser aux préférences motrices ?
Matthieu Toulza : C’est récent, j’ai commencé à me former en 2015 par le biais d’une association de podologues du sport à laquelle j’appartiens.
Un week-end de formation, on a été amené à parler de la chaîne musculaire et on a commencé à me parler des préférences motrices. C’était fascinant, ça a bousculé tout mes acquis trop accès sur la biomécanique pure.
Le coté cognitif, cérébral était très peu envisagé. Il n’y avait pas d’individualisation. Et là je me rend compte que l’humain a chacun une manière préférentielle d’utiliser ses bras et ses jambes.
Dans ma pratique du sport de haut niveau il y a 20-25 ans, on n’en parlait pas. On voyait que même si tu répétais des mouvements, pour être efficace ce n’était pas forcément ces mouvements que tu travailles le plus qui ressortent, mais c’est souvent des mouvements que tu as peu travaillé, ou que tu as travaillé d’une certaine manière et qui en fait sortent d’une manière différente, beaucoup plus fluide et facile.
Donc quand j’ai découvert ce domaine d’expertise ça a fait sens. Ça a répondu à plein de mes questions. Tout comme j’avais acheté les livres de Bruce LEE, qui ne parlaient pas à l’époque de préférence motrice, mais qui quelque part avait compris le concept.
C’est à dire qu’il faut tout essayer, que tu vas voir qu’il y a des choses qui te conviennent, donc tu gardes ce qui te convient et tu rejettes ce qui ne te convient pas. Ne te formate pas à ce qu’on t’enseigne.
Et en fait c’est ça les préférences motrices, il faut tester voir comment tu te sens dans le mouvement, et ensuite tu te rends compte que les choses se mettent en place toutes seules quand tu as trouvé ta manière à toi de bouger.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça signifie qu’il n’y a pas une seule et unique bonne technique ?
Matthieu Toulza : C’est exactement ça. Tu peux être bon, être sur un continuum des extrêmes, et tu peux être bon quelque soit ta manière de bouger.
La seule différence c’est qu’il faut être capable de tenir compte du contexte, parce que c ‘est dépendant de l’environnement dans lequel tu évolues. Du coup il faut adapter ta manière de bouger à l’environnement qui est le tient si cela est possible.
Parfois ce n’est pas possible donc tu vas devoir performer différemment. Pour te permettre de progresser, il faut amener ta motricité dans cet environnement qui est bien donné.
Il n’y a pas une meilleure motricité plutôt qu’une autre, c’est comme être droitier ou gaucher, ça n’empêche pas d’écrire ou de conduire. On peut être bon peu importe sa préférence, il n’y a pas de limite.
Les Secrets du Kayak : Que signifie la motricité ?
Matthieu Toulza : C’est une manière de bouger, c’est le mouvement par sa biomécanique, c’est l’étude du fonctionnement des structures du vivant. Comment ça bouge.
Donc c’est une manière qu’on a de bouger. On peut bouger de façon complètement différente et opposée.
Dans les préférences motrices on constate qu’il y a deux grands opposés les terriens ou les marches par le bas contre les aériens ou les marches par le haut. Il n’y a pas que deux motricités mais deux extrêmes.
Pour bouger par définition on crée un déséquilibre, le cerveau a une manière préférentielle pour le corriger. Si on est sur l’avant on est aérien, on utilise des chaînes musculaires plutôt postérieures, qui tapissent le dos la partie postérieure du corps pour équilibrer l’espace avant.
Alors qu’un terrien c’est quelqu’un qui va plutôt s’équilibrer sur l’espace arrière qui va produire davantage de flexion, en utilisant ses chaînes musculaires antérieures.
L’aérien bouge plutôt les épaules, le terrien bouge plutôt le bassin et les jambes. Après il y a une pluralité de profils qui vont nourrir ces deux pôles de terrien ou d’aérien.
Les Secrets du Kayak : Donc si on est terrien, on est très mauvais au saut en hauteur ?
Matthieu Toulza : En fait être bon soit en terrien ou en aérien vient de la manière dont tu vas impulser ton mouvement.
Si on prend l’exemple du saut en longueur, Jonathan Edwards le recordman du monde, sa manière d’impulser son saut, il le fait comme un aérien.
Si tu prends Zango, recordman indoor du triple saut, c’est un terrien, il va exercer une force vers l’avant donc plus horizontale que verticale.
Les deux vont très loin, sauf que la manière d’enclencher, le mouvement de l’impulsion est différent. Donc il y a des prérequis structurels et biomécaniques, musculaires à respecter pour pouvoir exprimer ta motricité.
Les Secrets du Kayak : Ce sont des choses naturelles, ou bien faut-il les forcer ? Toi qui avait fait mon analyse à l’époque, si je suis aérien ai-je intérêt à essayer de travailler uniquement sous un angle aérien en délaissant mon côté terrien peu exprimé ?
Matthieu Toulza : Il faut toujours connaître le contexte, l’environnement. Est-ce que dans la discipline que tu veux exercer cela nécessite de maîtriser ton opposé ? As-tu besoin d’être terrien à un moment donné ou à un autre dans la pratique de ton sport ?
Si on reprend l’exemple du saut en longueur, la réponse est non. Rien ne t’y contraint. Tu peux travailler que de l’aérien. Certes il faut en faire un peu de temps en temps pour reposer ta force.
Du coup la vraie question c’est « est-ce que mon contexte m’oblige à être pluriel dans ma manière de bouger, ou bien puis-je exprimer que ma préférence ? »
Si tu prends un sport de combat il faudra être beaucoup plus adaptatif. L’environnement c’est l’adversaire qui va t’emmener dans des zones dans lesquelles tu ne seras pas forcément à l’aise, mais tu n’as pas le choix. Il te faut t’adapter.
Il faut essayer donc de travailler la pluralité de ta motricité de manière à fournir une réponse plus adaptée à la contrainte qui t’est soumise.
Les Secrets du Kayak : Dans mon domaine de la musculation j’ai tendance à penser que on a plus intérêt à mettre l’emphase sur ses points forts que sur ses points faibles, parce qu’on a beaucoup plus de potentiel et qu’on prend beaucoup plus de plaisir à travailler ses points forts. Dans ce que tu dis, en fonction du contexte, on peut avoir un intérêt de travailler la partie terrienne qu’on a moins, pour être certainement plus complet, mais est-ce qu’on a autant de marge de progression dans cette partie terrienne , n’y a-t-il pas un sentiment de malaise quand on se retrouve en terrien ?
Matthieu Toulza : La réponse est totalement individuelle. On peut avoir des profils extrêmement marqués, et souvent ce sont des gens qui ont du mal à aller chercher leur opposé. Donc il faut les emmener petit à petit à le travailler.
Certains vont être très malléables, super performant quelque soit sa manière d’enclencher le mouvement. A l’inverse tu vas avoir des profils très marqués, ce qu’on appelle des profils adaptés, mais qui sont très peu adaptables.
Et là tu as d’autres paramètres qui interviennent avec les préférences motrices, ton vécu, ton histoire, tes blessures, ta morpho-anatomie, ce qui fait ton entité, ta personne.
Et tu as enfin tes préférences cognitives qui vont aussi impacter ta façon de bouger.
On n'a pas de réponse préconçue, cela dépend des personnes. A force de travail spécifique, il est possible d’aller chercher ton opposé, tu vas l’améliorer. Mais je te rejoins, la différence se fera avec tes points forts, pas avec tes points faibles.
Si tu reprends l’exemple de l’UTMB la course du Mont Blanc, tu as de la montée et de la descente. Si tu es aérien, tu es plus à l’aise en penchant ton corps vers l’avant. Mais quand tu montes une montagne, il faut la redescendre et donc là tout le monde est terrien, tu te mets sur l’arrière pour ne pas tomber vers l’avant.
L’environnement t’y contraint. Ça va demander une dépense énergétique, neuromusculaire accrue, versus un individu qui lui serait terrien et qui a plus de faciliter pour descendre. Alors que l’aérien est plus à l’aise pour monter.
Cet exemple est une caricature pour montrer la différence selon le contexte.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’on peut définir de manière non-exhaustive les différentes préférences ?
Matthieu Toulza : En gros, le cerveau doit gérer le mouvement. Si tu veux interagir avec ton environnement, tu vas avoir besoin de bouger. Bouger suppose de créer un déséquilibre.
Soit le cerveau préfère le faire dans l’espace avant, en avant de lui et utiliser sa chaîne musculaire postérieure pour s’équilibrer dans cet espace avant.
Il est aérien parce qu’il déclenche le mouvement en se laissant tomber vers l’avant et présente donc une certaine rigidité par rapport à un individu de type terrien.
Alors que le terrien c’est quelqu’un qui va s’équilibrer sur son espace arrière. Il va laisser tomber ses masses sur l’arrière et c’est le bassin et les jambes qui vont avancer en premier. Il va utiliser ses chaînes musculaires antérieure. Et il y a plus de composantes de flexion au niveau de la cheville, le genou ou la hanche.
Le terrien est plutôt en rase-mottes, qu’un aérien qui exprime une force plus verticale que le terrien qui exprime une force plus orientée vers l’avant donc horizontale.
Être droitier ou gaucher est quelque part une préférence motrice. Si on regarde l’histoire du vivant, la main aujourd’hui pour nous individus bipèdes alors qu’à l’origine nous étions quadrupèdes, le côté droit ou gauche permettait de lutter avant tout contre la gravité. Maintenant que nous sommes bipèdes, la main est libérée pour s’en servir debout, donc elle permet d’interagir avec notre environnement.
La main a souvent un lien avec la zone du cerveau du langage cérébral. C’est aussi ce qui permet à l’individu dans sa période préhistorique d’indiquer la direction dans laquelle il voulait aller, vers l’avant, le futur, le passé.
C’était aussi un moyen avant l’apparition du langage, de retranscrire des informations via les dessins dans les parois, on constate qu’il y avait déjà des droitiers ou des gauchers. La main est devenue une préférence motrice d’expression.
L’œil moteur, on part du principe qu’il existe des cellules baronnets qui tapissent ton œil, qui permettent de capter le mouvement. Ça ne permet pas d’avoir une netteté visuelle.
Donc on a un œil qui capte le mouvement mais plus rapidement. Plus vite on le capte, plus vite on s’adapte pour réagir en conséquence. Un œil moteur est annexé à un profil moteur. C’est à dire que si on masque ton œil moteur tu vas devoir regarder ton environnement avec ton autre œil. Sauf que quand tu changes l’œil moteur, tu inverses tout ton profil. C’est un hémisphère cérébral qui travaille, grâce à des schémas nerveux qui s’entrecroisent, ça abouti à des hémisphères cérébraux opposés.
Il y a d’autres préférences.
Il y a des individus verticaux et d’autres qui sont horizontaux. Les verticaux sont des gens qui aiment se positionner dans l’axe de leur corps par rapport à ceux avec quoi ils interagissent.
Les horizontaux au contraire vont avoir tendance à agir et à se décaler par rapport à ce avec quoi ils interagissent. Par exemple avec le kayak, quand tu tiens ta pagaie, un horizontal aura d'avantage d’équilibre pour mieux coordonner le geste, on regardera la largeur de ses bras pour mieux tenir sa pagaie.
En revanche un vertical, pour un individu de la même longueur de bras, on va certainement lui demander de rapprocher un peu plus ses bras l’un de l’autre pour qu’il se rapproche de l’axe de son corps, pour qu’il se coordonne mieux.
Il existe aussi les chaînes d’inspire et les chaînes d’expire. Quand on a besoin d’être coordonné sur sa pleine puissance, certains vont être meilleurs en chaîne d’inspiration et d’autre seront meilleurs en chaîne d’expiration.
Au niveau visuel c’est indexé à des gens qui préfèrent parfois voir l’environnement de façon globale ou périphérique, c’est à dire qu’ils ne fixent rien et qu’ils balayent sur la largeur leur environnement.
D’autres ont une vision focale, ils aiment fixer un point fixe pour pouvoir percevoir l’information.
Les deux sont efficaces, il faut savoir ce qu’il convient le mieux pour toi.
Il n’y a que la verticalité et l’horizontalité et ce qu’on appelle les individus associés et dissociés qui eux ne sont pas impactés par les versants moteurs.
Associés dissociés quand on a besoin de bouger, dans le kayak ça peut faire sens ! Tu vas avoir besoin de pagayer donc de pousser avec tes bras. Certains vont le faire plus facilement en dissociant la ligne d’épaule par rapport au bassin, ce sont des chaînes musculaires qui se croisent.
Ils sont dissociés parce que ça se joue au niveau de l’articulaire de la huitième dorsale. Ils dissocient les épaules du bassin sans problème. Ça leur donne de la puissance. A l’inverse, tu as des individus dit associés qui bougent un peu la ligne d’épaule par rapport au bassin.
En revanche l’amplitude est moindre à la fois parce que, structurellement parlant, ils ne sont pas fait pour fonctionner comme ça, et aussi parce que les chaînes musculaires qui s’expriment le mieux ne leur permettent pas de se dissocier facilement. Du coup leur point mobile se fait au niveau de la cinquième lombaire. Ceux là seront beaucoup plus frontaux ou associés dans le plan frontal, que les dissociés.
Les Secrets du Kayak : En fonction d’être associé ou dissocié, ne sommes nous pas prédisposé à un risque différent de blessure en kayak ?
Matthieu Toulza : L’associé par son profil musculaire, a besoin que sa vertèbre L5 soit mobile.
Donc s’il veut bouger que le haut de son corps, il bouge sa L5 qui est rattaché à son bassin, et tout le reste de son rachis, sauf que les chaînes musculaires avec lesquelles il fonctionne ne sont pas celles-ci, donc il va forcer sur sa cinquième lombaire avec un risque potentiel de blessure.
Tout comme en PPG avec le twist abdominal par exemple. Il y a un risque lésionnel.
Donc les préférence motrices c’est une manière qu’on a de bouger au moment de se mettre en action. Ce mouvement est couplé à plein de paramètres.
Il y a ce qu’on appelle les réflexes primitifs, ce sont des petits réflexes qui se mettent en place à la naissance pour le nouveau né, qui se situent au plus profond de notre système cérébral, qui lui permettent d’interagir immédiatement avec son environnement, pour subvenir à ses besoins primaires.
Si ce n’est pas le cas, qu’ils ne s’expriment pas, ils vont perturber le fonctionnement des motricités.
C’est ce qui fait que parfois tu ne pourras pas exprimer ta préférence motrice parce que ton réflexe de survie t’y oppose. On appelle ça le réflexe archaïque.
Tu as également les motivations profondes, c’est une manière qu’on a préférentiellement de se mettre en action. C’est un peu comme un starter, une bougie d’allumage, tu es plus ou moins motivé à l’idée de bouger d’une certaine manière.
Ces motivations profondes ont un réel impact sur l’expression de ton tonus postural, qui va dynamiser ou éteindre ton profil. C’est complexe à expliquer en quelques minutes.
Une motivation profonde pour simplifier, c’est quelqu’un lorsqu’il se met en action peu importe la raison, c’est quelque chose qui va te dynamiser par la manière dont tu vas percevoir ton environnement.
On dit qu’il y a cinq grandes motivations profondes. Tu as des gens qui ont besoin de comprendre leur environnement avant de se mettre en action, d’autres de le ressentir. On dit qu’ils sont dans l’ancrage.
Si tu ne nourris pas ta motivation profonde, tu seras éteint au moment d’exprimer le mouvement. Si tu ne le fait pas tu ressens une frustration qui génère un surplus d’énergie alors que si tu le fais en adéquation avec ta motivation c’est plus efficient.
Donc nous on appelle ça le ressenti au niveau des tripes. Ces personnes ne peuvent pas exprimer le pourquoi du comment, mais elles ressentent cette chose avec appétence. Et lorsqu’elles vont se mettre en action pour réaliser la consigne demandée, ça sera en harmonie pour elle puisque ce pourquoi elles bougent aura nourri leur motivation. Ça les dynamise dans leur performance.
Les autres motivations profondes sont :
- comment j’aime percevoir le monde, le comprendre ou le ressentir.
- comment je vais dispenser mon action. Est-ce que je la projette vers de la compétition ? Est-ce que je vais dispenser et diffuser mon action dans un projet sur du long terme.
- j’aime me mettre en mouvement mais avec de l’échange avec des partenaires ou autres.
Donc tu en as une pour percevoir le monde, une autre qui va s’y associer pour dispenser ton action.
Après ça tu as les préférences motrices qui entrent en ligne de compte. Ça s’associera sur la morpho-anatomie, avec des réflexes archaïques, et l’histoire de la personne.
Et on a encore plein d’autres choses à découvrir.
Les Secrets du Kayak : En tant qu’inspirateur, j’active tout ce qu’il faut d’un point de vue physique. Est-ce que si je nourris ma motivation profonde qui est le besoin de comprendre, est-ce que ça active aussi toutes ces préférences motrices physiques ? Ou est-ce dissocié et finalement je dois travailler les deux ?
Matthieu Toulza : Ça dépend comment c’est entremêlé. Aujourd’hui il n’y a pas d’études scientifiques validées sur le lien entre les motivations profondes et les préférences motrices.
On passe plutôt sur de l’empirisme. On voit qu’il y a des choses qui fonctionnent mais on ne peut pas faire de généralités.
Si ta motivation profonde et tes préférences motrices sont en adéquation tu vas naturellement aller vers ce qui est bon pour toi. En revanche, si ta motivation profonde est nourrie mais que ton système nerveux est fatigué, tu vas peut être devoir aller chercher ton opposé, ce qu’on appelle la petite boucle, mais ça restera moins performant.
Les motivations profondes sont stables dans le temps, c’est un constat fait par Ralph Hippolyte. En revanche les préférences motrices peuvent être changeantes car elles dépendent de la personne, de son état de fatigue etc.
Donc naturellement j’ai tendance à te dire oui, mais je n’ai pas de réponse scientifique à t’apporter.
Les Secrets du Kayak : Dans les préférences motrices, on voit des lettres pour déterminer des profils. A quoi ça correspond ?
Matthieu Toulza : Les préférences motrices ont été initiées en Europe avec Ralph Hippolyte, Bertrand Téraulaz entraîneurs de volley des années 90. Ils sont les créateurs d’une approche Action Types.
Ils ont fait des parallèles en regroupant des études basées sur les neurosciences pour déterminer un lien entre notre manière de bouger et la manière qu’on a de percevoir le monde. Ce qu’on appelle les préférences cognitives.
Ils ont basé ça sur un système le MBTI, lui même issue d’études sur les types psychologiques déterminés par Carl Gustav Jung. Dans les années 1950-1960 le système MBTI vient de deux femmes qui ont travaillées sur la base de Carl Gustav Jung., et qui ont développées un système de casting psychologique regroupant quatre lettres pour détacher 16 profils cognitifs de base.
La première lettre te donne l’indication de ta manière de prendre l’énergie lors de l’action, introverti/extraverti.
La deuxième lettre traduit la manière que tu as de percevoir le monde, si tu es plutôt un sensing donc plutôt terrien, versus N pour intuition donc plutôt aérien.
La troisième lettre traduit la manière dont tu as pour te décider avec un T pour thinking ou avec un F pour feeling via l’affect et l’émotion.
La dernière lettre c’est soit P ou J pour déterminer lequel des deux hémisphères de ton cerveau va traiter l’information, est-ce plutôt le rationnel soit l'hémisphère gauche avec un œil moteur droit ou bien est-ce un irrationnel soit l’hémisphère droit avec un œil moteur gauche.
Ça permet de délivrer tout un profil. Ces seize profils de bases s’associent aux motivations profondes qui impactent l’expression des profils cognitifs, pour donner 192 profils cognitifs différents.
Si tu vas dans le physique c’est infini. L’intérêt c’est de comprendre comment fonctionnent tes partenaires pour communiquer et donc s’entendre. L’humain lorsqu’il est confronter à un avis divergent rejettent la chose, on va moins naturellement vers la personne qui ne nous ressemble pas.
Le fait de savoir comment fonctionne la personne, quant tu vas lui parler tu as tout intérêt à essayer de lui diffuser l’information telle qu’elle la perçoit, pour qu’elle puisse mieux te comprendre.
Si je ne fait pas ça, pour cette personne et pour son cerveau, mon discours ou mon information ne lui ai pas évidente à comprendre parce que son fonctionnement cognitif préférentiel n’est pas enclenché.
Donc au kayak en K4 si tu n’as pas envie de te disputer avec tes partenaires, tu as tout intérêt à connaître leur profil cognitif, afin d’être performant au moment de pagayer, ou de vous entraîner.
Les Secrets du Kayak : Je me rends compte que c’est un sujet super vaste, que c’est hyper compliqué de tout débroussailler. Est-ce que tout cela ne se fait pas naturellement ? On dit souvent que qui se ressemble s’assemble.
Matthieu Toulza : Dans l’idée d’être plutôt vertical qu’horizontal , il faut tester. Deux cas de figure, tu as soit un coach qui a eu l’habitude de faire du kayak d’une certaine manière, ça a marché pour lui, soit il n’a pas fait beaucoup de kayak mais on lui a enseigné comme ça.
Du coup il va te demander de faire comme on lui a appris parce que la théorie fait que les meilleurs mondiaux font comme ça. Si tu as de la chance et que ta manière de bouger est proche de ce qu’il te propose de faire, tu as de fortes chances pour que ça marche.
En revanche si le coach te dit fais comme si et que ta motricité n’est pas celle-ci, tu vas quand même réussir à faire ce qu’il de demande de faire, mais c’est moins naturel pour toi, et tu n’auras pas une motivation au top parce que c’est une vraie contrainte, tu ressens une fatigue neuromusculaire et cognitive.
Tu vas avoir tendance à t’essouffler, à te blesser. Et surtout tu ne vas pas performer comme tu le devrais. Donc si tu n’as pas le coach tu vas regarder ce que font les meilleurs et tu essaies de t’en inspirer.
Pour l’idée de se rassembler naturellement vers des personnes qui nous ressemblent ou pas, ça dépend des individus. Naturellement quand tu arrives dans une salle où tu ne connais personne, à moins d’être super extraverti tu vas peut être parler un peu avec tout le monde.
Mais c’est vrai qu’en général tu te rapproches de gens avec qui tu as l’impression que ça matche bien. Ça peut faire sens pour rentrer dans un groupe. Maintenant pour vivre dans un groupe pluriel où il y a plein de profils, il va falloir apprendre à comprendre comment les autres fonctionnent pour t’intégrer.
Sinon le risque c’est que tu risques d’être rejeté. Il va te falloir modifier un peu ta façon de faire pour comprendre comment ils fonctionnent.
Si tu montes une entreprise, la question c’est est-ce que tu recrutes que des gens comme toi ? Donc tu vas avoir une armée de NPP, c’est ni bien ni mal. Ou bien est-ce que tu veux recruter de temps en temps des gens qui ont un profil opposé au tien ? Ce qui va apporter une nuance à ce que tu fais toi, et proposer d’autres choses dans la construction de l’entreprise.
Tu peux réussir dans les deux choix. Maintenant dans le sport de haut niveau, ne prendre que des terriens ou que des aériens, je pense que ça peut être dangereux. Comme tu as besoin d’être adaptable dans certains sports, certaines actions demandées ne seront pas naturelles ce qui impactera la performance.
Les Secrets du Kayak : Quelle est la part des préférences motrices et la part de l’habitude dans un mouvement ? Est-ce que les habitudes ne biaisent pas les préférences motrices, mais est-ce que les habitudes ne sont pas nos préférences naturelles ?
Matthieu Toulza : Je n’ai pas la réponse absolue mais j’aurais tendance à dire que ce qu’on va appeler être une habitude résulte d’une part de ton éducation, par de la rigueur par exemple dans l’apprentissage.
Donc moi je ne pourrais pas faire la différence de la part quant à ton caractère naturel ou une habitude enseignée par tes parents.
Les préférences motrices se testent, il existe entre 200-300 tests qui permettent d’identifier cela. Le testing moteur me donnera la vérité parce que c’est ancré en toi.
Des fois une habitude peut être une préférence et des fois non.
Le deuxième élément sera l’observable. Chez quelqu’un de très structuré, je vais regarder comment c’est chez toi, je vais chercher à comprendre ton environnement de vie, discuter avec toi, ça va me donner des informations pour distinguer ce qui est une habitude et ce qui est plus naturel pour toi.
Et il y a la part de ton histoire de vie, avec le temps je pense que les gens ont tendance à devenir moins adaptables et par la force des choses deviennent plus organisationnel. Donc c‘est un mélange entre ce que tu es, ce que tu as vécu et ce que l’environnement te demande de faire.
Les Secrets du Kayak : Moi j’ai connu les préférences motrices avec Volodalen, puis j’ai lu “A chacun son cerveau”, chacun sa réussite, puis Action Types, avec la partie plus psychologique. Toi qui a fait les deux formations, existe-t-il des similitudes entre les deux, des choses qui sont opposées ou ça se complète parfaitement ?
Matthieu Toulza : Il y a des similitudes. Pour faire simple ce n’est pas strictement identique. Toutes les grandes composantes citées précédemment sont assez proches.
Cependant il y a des nuances dans la manière d’appliquer les consignes, dans la manière de percevoir l’équilibre. Il y a des divergences sur certains points tout de même. Ils ne développent pas forcément dans le détails les mêmes aspects.
Ce n’est ni bien ni mal, je ne les opposeraient pas parce que pour ma pratique personnelle les deux m’ont énormément apportés. Il y a des nuances. Ça se teste. Au cabinet, ça m’arrive de faire un coup un testing Volo, puis pour un autre patient un testing Action Types. Parfois j’adapte un testing parce que ça ne marche pas pour moi. A 80 % ils se ressemblent. De mon point de vue il faut les additionner et c’est ce qui fait sens.
Les Secrets du Kayak : Quelle est selon toi la meilleure porte d’entrée pour une personne novice voulant faire son apprentissage sur les préférences motrices ?
Matthieu Toulza : On a différentes façons de percevoir le monde. J’ai essayé dans mes réponses de te donner un peu de côté terrien et d’aérien, pour que ça parle au plus grand nombre.
Il y a des personnes qui vont avoir besoin de tester. Ces personnes pourraient être intéressées d’aller en cabinet pour voir concrètement ce que ça donne.
D’autres avant de tester vont avoir besoin de prendre des informations, ils vont lire. Donc je conseillerais soit de tester en cabinet, soit de regarder des conférences. Il y a tout de même beaucoup de précautions à prendre dans le testing, et essayer de trouver l’information seul risque de devenir contradictoire.
Tu peux lire les ouvrages déjà cités, mais aussi celui de Frederic Marquet, premier formateur Action Types, il s’attarde énormément sur le côté cognitif et un peu moins sur le moteur parce que ce n’est pas son métier.
Tu peux regarder les conférences de Cyril Gindre.
Pour ma part moi je suis sur Paris, pour tout ce qui est personne formée ActionTypes, formée Volodalen tu peux aller directement sur le site et trouver la base des praticiens. Il en existe dans beaucoup de corps de métiers, ça se développe de plus en plus.
On a bien creusé le sujet mais ça reste qu’une introduction en la matière et j’invite les gens à creuser si ça les intéresse.
Vous pouvez retrouver Matthieu Toulza sur son compte Linkedin.
Interview : Eddie Potdevin
Eddie Potdevin est un athlète handisport de pirogue VA’A. Il nous raconte son parcours, son accident, sa reconversion. Comment fait-il pour s’entrainer aujourd’hui ? Quelles sont ses ambitions ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Eddie Potdevin en septembre 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Eddie Potdevin : Bien je te remercie. Je rentre de l’entraînement. J’avais une petite course à faire pour préparer les mondiaux qui arrivent.
Ça fait une semaine que je suis rentré des Jeux. J’ai récupéré du décalage de 7h, ça va mieux.
C’est plus dur quand tu vas à Tokyo que lorsque tu en reviens.
Les Secrets du Kayak : Tu es quelqu’un qui a un parcours atypique, tu pratiques une discipline trop peu popularisée en France : la pirogue.
Eddie Potdevin : Oui c’est davantage populaire dans l’hémisphère sud. J’avais essayé le kayak après mon accident mais c’est la pratique de la pirogue qui m’a plu, et qui m’a beaucoup apportée en reconstruction physique et mentale.
Au début, c’était plus pour me changer les idées. Moi qui vient du motocross, c’était une activité alternative. Ça se rapprochait plus de mon mouvement.
Enfant j’ai commencé par faire du football, j’en étais dingue. Mais mes parents ont vite divorcé, je suis parti vivre en région parisienne. Je me voyais devenir footballeur professionnel.
Mon père était passionné de motocross, et quand je suis reparti vivre dans les Ardennes, vers douze-treize ans, j’ai sauté sur ma moto puis j’ai enchaîné avec les courses, jusqu’aux courses nationales.
C’est devenu une passion partagée avec mon papa, c’était une histoire de famille. Je suis passé d’une 80cm3 puis 125cm³, comme on est frontalier avec la Belgique et la Hollande j’y faisais des courses.
Malheureusement mon père a eu un grave accident lorsque j’avais dix-sept ans. Il en est décédé. J’étais un des petits espoirs régionaux, et donc son décès a mis un frein à ma carrière.
Je te laisse imaginer la suite. La moto était bannie de la maison. Je n’avais plus trop le droit d’en faire.
Il a fallu que j’attende de finir mes études. J’ai repris la moto vers mes vingt ans. Mais c’était trop tard pour faire une carrière. Je conservais tout de même de très bon résultats régionaux et nationaux.
Je faisais avec les moyens du bord.
Je cumulais deux boulots pour m’en sortir. Quand j’ai vu que je ne pouvais pas rivaliser financièrement, j’ai tout vendu et je suis parti aux USA pour y tenter ma chance. J’y ai rencontré des gens formidables, ça m’a ouvert plein de portes. C’est un sport magnifique mais aussi cruel. Il y a très peu d’élu et ça coûte très cher, ça te ruine réellement.
En kayak, j’ai participé à la professionnalisation de la pratique. Le prix des kayaks et de l’équipement même pour le transport, c’est de la rigolade comparé aux coûts générés dans le motocross. Pour moi, le kayak est accessible à tout le monde.
Les Secrets du Kayak : Comment on s’entraîne au motocross ?
Eddie Potdevin : A l’ancienne école ! On nous disait de ne pas faire trop de musculation, comme dans plein de sport. Mais en réalité la musculation est devenue incontournable. Dans certains sports en terme de préparation physique elle est même plus importante que d’aller courir.
Moi j’avais un rameur et je faisais mon footing, je m’entraînais comme ça. Je faisais des pompes, des tractions, mais c’est tout. Il ne fallait pas avoir les bras qui tétanisaient.
Si je devais entraîner des gars au cross, je leur ferai faire de la musculation l’hiver, avec des exercices spécifiques genre du bulgare. Aujourd’hui quand tu vois les vidéos d’entraînements des professionnels, les mecs tapent de la musculation.
Moi ma carrière était plutôt amateur, mais lorsque je m’entraînais vraiment fort, je m’entraînais deux à trois fois par semaine. Mais la moto, ce n’est pas comme un kayak que tu laisses dans un club. Il faut un camion, une remorque, de la logistique. Tu passes beaucoup de temps à la laver, à la graisser, la lubrifier.
Je n’ai pas du tout fait d’études de mécanique, j’ai très tôt arrêté l’école. J’ai vite compris que l’école ne m’apporterait pas grand-chose. Mon père était antiquaire, j’ai eu l’école de la vie et du commerce. J’ai très vite été indépendant.
J’ai juste fait de la mécanique générale en Belgique. A la base je voulais être menuisier ébéniste. La mécanique c’était le choix de ma mère. Mais je me suis vite rendu compte que tout ce que l’on fait dans la vie sert un jour.
Vers mes 24 ans j’ai ouvert un magasin de moto, j’ai commencé à bosser avec les USA. Ensuite je suis parti faire de l’import-export en Asie. Donc j’ai quand même concilié ma passion et mon travail. Je me suis donné les moyens d’y parvenir.
Ensuite j’ai arrêté puisque mon meilleur ami et associé a eu un grave accident de cross, sans tomber, peu avant moi. Il est passé pas loin de l’amputation.
On avait prévu de vendre la magasin fin 2011, on voulait passer à autre chose. Du coup on l’a liquidé de nous même.
Moi j’ai continué la moto. A 31 ans je me suis lancé dans l’immobilier, un concours de circonstances. Mais après la vente du magasin j’avais pour projet de faire l’enduro du Touquet, donc je m’entraînais tous les jours.
Et un jour en rentrant je suis allé passer l’entretien, ça a matché direct. On m’a demandé si j’étais capable de vendre une maison, j’ai dit que je ne savais pas que je n’y connaissait rien. Je me suis vite pris au jeu, sans prétention, j’ai même gagné les concours régionaux d’agents immobiliers.
Le 2 novembre 2014 j’ai eu mon accident, j’ai été amputé. L’ambulance qui s’est enlisée, mauvais diagnostique dans le premier hôpital. Dans le deuxième j’arrive tard sur la table d’opération. La meilleure des solutions, c’était de couper.
Du coup quand ma direction est venue me rendre visite à l’hôpital, ils étaient émus. Ils ont compris que je reviendrais. Et six mois après ils m’ont proposé la direction des agences du groupe dans mon département. J’étais encore mieux placé après l’accident.
J’ai un fort tempérament. J’y suis resté trois ans. Il y avait ce projet sportif qui me tendait les bras. Mon deuxième fils arrivait. L’immobilier n’est pas compatible avec le sport, j’avais pris trop de poids.
J’ai perdu 35 kg en me reprenant. Ça nous a pris comme un coup de tête avec mon pote, il m’a dit qu’on pourrait être champion de France en pirogue. J’ai acheté la pirogue et on s’est lancé.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe pour toi psychologiquement quand on t’annonce qu’on va te couper la jambe ?
Eddie Potdevin : Je te remets dans le contexte : j’ai 34 ans, je suis en pleine apogée juste après ma séparation avec la mère de mon premier enfant, j’étais déjà avec mon épouse d’aujourd’hui, ça été compliqué.
Surtout après ce que j’ai vécu 17 ans après le décès de mon père, et après tout ce que j’ai fait dans le domaine de la moto. J’étais un passionné. Je ne comprenais pas pourquoi. J’ai relativisé. Je me suis estimé heureux d’être là pour mon fils.
Moi j’avais compris que je n’avais pas le choix. Je cherchais déjà une prothèse avant qu’on me la coupe.
J’ai volé à 3 mètres de haut à 100 km/h dans le sable, je suis reparti sur la moto. Je n’avais pas un bleu, pas une égratignure. J’avais promis à ma mère et à Camilia qui est devenue mon épouse, que pour Noël je marcherai. Je souffrais le martyre, mais le 24 décembre je marchais avec une canne, un mois après.
Un mois après l’accident j’ai eu l’initiation au centre de réadaptation. On m’avait proposé de faire du canoe-kayak après m’avoir vu sur un rameur. L’eau n’était pas mon élément. J’ai fait de l’handi-kayak.
Le but c’était de la reconstruction physique et mentale. Ils m’ont fait toucher quelques barres. Je suis allé jusqu’au championnat de France à Gérardmer, dans un lac démonté. Je suis tombé dans le lac. Grâce à Antoine, j’ai pu remonter dans le bateau, et finir mon 200m.
Ensuite j’ai eu la proposition de gérer la direction des agences immobilières. Donc j’ai repoussé le projet. Et j’avais déjà pris du poids.
En 2017, j’ai repris une licence au club. J’avais fait fabriquer un kayak sur-mesure. Je suis allé faire un stage de « détection » j’ai été livré de mon kayak sur le lieu de stage. Il y avait Mathieu Goubel qui était là, et qui a halluciné de me voir me faire livrer mes deux pirogues. Et en plus de ça : mes fesses ne passent pas dedans ! Je faisais 108-110 kg...
Donc je la prête à Mathieu, et c’est lui qui la prend tout le long du stage. J’avais déjà des ambitions en tête. Je pouvais me permettre de me consacrer uniquement au sport, ensuite il y a eu les sponsors quand j’ai intégré l’équipe de France.
Ensuite j’ai perdu du poids en 15 jours, j’ai pu rentrer dans la pirogue. Ma première séance, tout le monde était venu me voir, et en fait en 15 jours j’avais cassé le bateau. J’avais une sensation de liberté.
J’avais regardé des heures et des heures de vidéo pour pouvoir en faire. Mes premières pirogues faisaient plus de sept mètres. Ensuite je suis passé sur des modèles italiens, c’est comme si c’était des bateaux de courses.
J’avais perdu beaucoup de poids, j’ai enchaîné les courses, jusqu’aux piges/open sélection de France. On était que deux en pirogue, et j’ai couru contre Ronan. Je me suis beaucoup inspiré de lui, il n’y avait que lui en France qui allait vite.
Il m’a battu de trois ou quatre secondes. Un mois après il y avait d’autres piges et je l’ai battu, il m’a rebattu derrière. Et là Eric Leleuch sélectionneur de l’équipe de France me prend pour la coupe du Monde à Szeged.
J’étais déjà à fond dans l’entraînement. Je faisais 95 kg, je faisais de la musculation, je m’entraînais deux à trois fois par semaine en bateau. Le lendemain de la naissance de mon deuxième fils, j’étais déjà à l’entraînement.
En mai 2018, je suis le seul français en finale A. Puis on part aux championnats d’Europe en Serbie un mois après. Je fais cinquième. Ensuite championnat du monde en 2018 au Portugal, et je gagne la série.
Et je fais la rencontre d’une personne important dans ma vie, Olivier Boivin. Un médaillé olympique de Barcelone, médaille de bronze C2. On n’a pas tout de suite travaillé ensemble.
Je suis reparti faire les championnats du monde à Szeged, mais je me suis surentraîné. J’ai payé la perte de poids énorme que j’ai faite, et fin 2019 j’ai oublié le principal, le quota.
Il fallait faire dans les six. Je me suis trop focalisé sur le résultat de la première place, je fais huitième parce que je suis rincé, j’ai fait trop d’erreurs techniques. Et c’est depuis ça que je me suis rapproché d’Olivier Boivin, qui me fait tous mes programmes, et Eric qui supervise.
Moi qui vient d’une autre discipline, c’est fréquent le surentraînement. Alors qu’aujourd’hui je sais très bien qu’il vaut mieux sauter une journée.
Tony Estanguet dit dans son livre quelque chose de très juste lorsqu’il dit qu’il ne s’est pas entraîné de la même manière lors de ses différentes olympiades.
Au début, on veut trop faire de la quantité. Dans la moto même un amateur est pro. Parce que le mec met sa vie en danger, il entretien sa machine, il dépense tellement d’argent.
Et quand tu arrives dans une discipline neuve, j’ai revécu de nouvelles montées d’adrénaline. Je brillais à nouveau. Ce que j’aime dans la discipline, c’est qu’on n'a même pas l’impression d’être des handisports, et rien que pour ça, merci à la fédération.
On est que trois dans le collectif, Rémi, Nélia et moi. On est considéré comme des athlètes à part entière.
J’ai su créer ma team, au bout d’un moment j’ai su demander des choses et je ne les ais pas eu. Donc il y a Olivier Boivin qui est préparateur, Antoine Mousquet qui m’accompagne et Eric Leleu qui supervise. J’ai mon camion, ma remorque, je fais tout tout seul.
J’ai des sponsors privés qui m’accompagnent. Depuis le retour des jeux, beaucoup de gens veulent soutenir mon projet, beaucoup me tannent pour Paris 2024. Mon épouse me pose toujours la question : « mais pourquoi tu ne demandes pas », mais moi je ne demande pas, je me suis toujours débrouillé tout seul.
Puis la Team Grand Est m’a soutenu. Puis le conseil départemental, alors que je n’ai rien demandé et qui m’aide énormément. Il y a eu des sponsors privés qui sont à la base des amis ou des connaissances de personnes avec qui j’ai beaucoup travaillé.
D’autres veulent se greffer et je n’ai pas encore pris de décision. Je n’ai pas de problème pour en trouver. Pour en vivre, oui c’est possible si je fais Paris 2024. Mais j’ai aussi cette envie de transmettre, d’accompagner, d’aider. Je suis à un tournant de ma vie. Je ne prends pas de décision dans l’immédiat.
Les Secrets du Kayak : Tu te professionnalises avec ta Team, quels en sont les résultats ?
Eddie Potdevin : Je me professionnalise avec ma Team mais je fais des choix de parcours. Surtout ne pas oublier Guillaume, qui est très important.
Je décide de ne pas aller en Guadeloupe, on fait notre truc à nous. On revient de notre stage de remplacement et malheureusement le Covid arrive. Forcément tu prends un coup de massue.
Les jeux sont d’abord annulés, puis reportés. Il faut faire des choix. Le championnat de France est tout de même organisé, je rafle tout.
Puis la coupe du monde à Szeged en Hongrie, j’en suis, je fais troisième sur le 200m et deuxième sur le 500m. On n'était pas nombreux, tout le monde n’était pas là.
Et on apprend que les quotas se feront en mai 2021. Donc il faut se ré-entraîner, se battre pour son quota. J’ai failli ne pas l’avoir, j’ai pensé à mes gamins, j’ai relancé le bateau, je fais troisième et me voilà partis aux JO.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que la pagaie c’est la même que pour le canoë ?
Eddie Potdevin : En 2018-2019, je courais avec des pagaies de pirogue, de VAA, qui sont en gouttes d’eau. Et Olivier m’a proposé de passer sur des pagaies droites de canoë. Ce sont les mêmes que pour Eugénie ou Laura, les meilleures céistes françaises.
Pour le stabilisateur, tu peux le changer de côté. Moi aujourd’hui je coure sur des pirogues Nelo qui sont beaucoup plus courtes et réactives, elles font 5,42 m. J’ai le flotteur à droite. C’est moi qui ai choisi ma préférence pour le placer.
La force du vent va jouer en fonction du côté du stabilisateur. C’est terrible parce que par exemple aux JO, je gagne la série. J’accède à la finale sans passer par la demie, on avait le vent de face. Et en fait le matin de la finale, le vent venait de gauche. J’en suis encore frustré, je n’ai pas pu pagayer mieux qu’à 70 % et ça m’a rincé.
Quand tu as du vent ça pousse sur la pirogue, c’est comme pour le céiste parce qu’on pagaye que d’un côté. Donc pour ceux qui pagayent du bon côté c’est gagné, pas pour les autres. Très peu de personnes pagayent à droite comme moi.
Pour les tahitiens c’est incompréhensible, pour eux le flotteur doit se placer à gauche côté coeur. Pour eux, c’est l‘arbre de la vie.
Les Secrets du Kayak : Tu es sur-motivé une fois après avoir eu ton quota ?
Eddie Potdevin : Avec Olivier, on a fait de la haute-couture pour se préparer. Comme le dit Tony Estanguet, c’est une question d’équilibre. Il faut concilier la vie de famille, le projet, je n’ai pas de regret sur le travail et la préparation.
Et j’avais eu aussi le championnat d’Europe entre deux.
Pour l’acclimatation quand on est arrivé il faisait une chaleur de malade. Mon coeur à l’entraînement ne montait pas. La chaleur y est fatigante.
Les japonais sont vraiment incroyablement gentils. Ils ont le sens du service. Que la France en prenne bonne note pour Paris 2024.
Il faisait entre 45 et 50°C en moyenne, et d’un coup il a fait 18°C, j’étais béni des dieux.
Plus tu es puissant mieux, c’est avec un vent de face. Et j’ai eu le vent de face, une série de rêve que j’ai à nouveau gagné. A la finale, le vent venait de gauche. J’ai pensé à ce que tous les grands champions m’ont dit, je me suis remobilisé pour trouver des solutions.
Après j’étais peu être trop costaud et les vêtements ne m’allaient pas. J’ai trouvé une solution. Mais ce vent était puissant, j’ai essayé de ne pas y penser, et j’ai vu le brésilien à ma gauche devant moi, il restait dix mètres, je n’ai pas pagayé comme je voulais sur la fin.
Je ne regrette pas ma course, mon niveau technique et physique, j’estime que c’est fait, le temps ne se remonte pas. Je n’ai pas à rougir de mon parcours. J’ai professionnalisé le para-canoë.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’en musculation tu fais un travail spécifique pour rééquilibrer ?
Eddie Potdevin : Non pas spécialement. Je n’ai pas spécialement de déséquilibre, pas au point qu’on me le fasse remarquer. Et même si tu pagaies d’un côté, tu fais beaucoup de tirage. J’ai même un tirage planche à la maison, un ergomètre VAA, un rameur concept 2.
Faire beaucoup d’ergomètre m’a apporté beaucoup cet hiver, ça m’a permis de travailler quelque chose de différent. Rémi en fait beaucoup aussi.
Et moi je navigue toute l’année peu importe le temps. Pour te dire cette année, je suis parti dans le brouillard faire de la pirogue, on ne voyait pas à 3m. Résultat une plaque de verglas en plein milieu, et j’y pose le flotteur, j’étais sur la glace, je ne contrôlais plus rien. J’ai réussi à casser la glace et je suis reparti. Si je tombais, j’étais littéralement mort.
Les Secrets du Kayak : Quels sont tes objectifs pour les championnats du Monde ?
Eddie Potdevin : Je te dirais que si je fais une course c’est pour la gagner. J’irai avec les moyens du bord. Il faudra voir comment ça se passe là bas.
Pleins de paramètres peuvent jouer sur le résultat. Déjà se qualifier pour la finale, et après on verra.
Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui tu as 41 ans, qu’est-ce que te motiverait à participer à Paris 2024 ?
Eddie Potdevin : Comme le dit Olivier ça reste du sprint, mais ça reste une sorte de force endurance. Ça demande beaucoup de puissance. Ce n’est pas parce que j’ai 41 ans que je suis à la ramasse. Après ça ne fait que trois ans et demi que je fais du bateau.
Je sais que je peux y aller, mais c’est tellement contraignant. Il me faudra tout concilier. C’est une discussion que je dois avoir avec mon épouse.
Les quotas sont déjà acquis parce qu’on organise. Et ensuite j’avoue adorer le bassin de Vaires-sur Marne, et je n’ai que 1h50 de route pour y arriver. Dans un sens j’y réfléchis, mais ça serait dommage de ne pas pouvoir les faire. J’en ai envie, c’est chez moi. Ce bassin m’a toujours réussi.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui te ferait passer du côté entraîneur ?
Eddie Potdevin : Je n’ai pas la prétention de dire que je pourrais être entraîneur, mais je connais mon parcours, j’ai vécu plein de choses.
Que ce soit management ou analyste comportemental ou même en tant que sportif, en plus de toute ma pratique en VAA, je trouve que la fédération de canoë-kayak est une entreprise formidable, elle pourrait être améliorée et ça me plairait de pouvoir transmettre des choses.
Moi j’écoute beaucoup de podcast sur culture boxe, notamment j’en ai un qui me vient en tête sur des boxeurs, ça inspire. Mais à côté de ça j’ai encore la caisse, et je suis certain de pouvoir gagner.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a un livre, un documentaire, un film qui t’a inspiré ?
Eddie Potdevin : Dans ma culture cinématographique il y a le parcours de Pierre Durand, j’aime beaucoup Guillaume Canet avec l’équitation, et j’aime beaucoup Daniel Auteuil. J’aime beaucoup lorsqu’ils évoque le fait qu’on a le choix soit de devenir un petit bourgeois avocat bordelais à gagner plein d’argent soit de partir à la quête olympique, il faut choisir.
C’est le type de moment que j’aurais aimé vivre avec mon père, qu’il m’aide dans mes futurs choix.
Sinon la saga incontournable des Rocky que je ne cesse de citer. Je ne sais pas combien de fois je les aient vu.
J’invite les gens à écouter les podcasts sur culture box où la saga est vraiment bien expliquée. Ils étaient avant-gardistes.
En livre, j’ai lu l’histoire de Tony Estanguet, le boss du canoë français. Mais j’ai lu aussi Martin Fourcade, Teddy Riner, et plein d’autres sportifs.
J’aimerais beaucoup que tu contactes Olivier Boivin.
Et je voudrais préciser que j’ai une épouse formidable, et deux petits qui m’inspirent et me motivent.
Vous pouvez retrouver Eddie Potdevin sur son compte instagram.
Interview : Aymeric Guillot
Aymeric Guillot est un expert reconnu sur le sujet de l’imagerie motrice. Il nous explique en quoi consiste cette pratique, la différence subtile avec la visualisation, et comment cette imagerie motrice peut être bénéfique à la pratique du sport de haut niveau.
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Aymeric Guillot en septembre 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Aymeric Guillot : Bonjour ça va super bien. Je te remercie de me contacter pour discuter de quelque chose qui nous passionne tous les deux.
Les Secrets du Kayak : Exactement, à chaque podcast je découvre de nouvelles choses. J’ai fait un podcast avec Boris Maret préparateur mental de certains athlètes de kayak de l’équipe de France, et j’ai découvert le terme d’imagerie motrice (ou visualisation). Il s’avère que tu es expert sur le sujet. Peux-tu te présenter rapidement ?
Aymeric Guillot : Je suis enseignant chercheur à l’Université de Lyon I. Je travaille dans le domaine de la neurophysiologie.
Ça fait vingt ans que je m’intéresse à l’entraînement mental et plus en particulier à la visualisation, l’imagerie motrice et à leurs bénéfices pour amener à l’amélioration des performances d’une part, et au recouvrement des fonctions motrices lorsqu’on est blessé d’autre part.
Mon travail c’est de comprendre les fondements et les processus qui sont liés et mis en jeux lorsqu’on imagine quelque chose. Une fois qu’on a compris comment ça fonctionne et pourquoi ça permet de progresser, il suffit donc de faire la transposition sur le terrain avec les praticiens.
Le but étant de déterminer les principales règles de pratique, les consignes qui font que le travail sera optimal afin d’améliorer la performance.
Les Secrets du Kayak : Comment as-tu fait pour en arriver à cela ?
Aymeric Guillot : J’ai fait un parcours STAPS à l’université de Lyon. Puis lors de la Licence je me suis intéressé à la recherche. Je suis parti sur un domaine peu étudié à l’époque qu’est l’imagerie mentale.
Les premiers articles que j’ai lu et les échanges que j’ai eu avec les enseignants, j’ai vite fait le lien avec les neurosciences, l’analyse du cerveau et du contrôle moteur.
Et naturellement j’ai fait une filière entraînement sportif, sous la forme d’un DEA.
Derrière cela j’ai été embauché en tant qu’enseignant chercheur pour poursuivre. J’ai eu la chance de rester dans la même université, donc ça fait vingt ans que je développe une équipe autour de moi sur le sujet, à savoir comprendre ce qu’il faut faire, pourquoi et comment il faut le faire ?
J’étais sportif à la base, je faisais du tennis de table, du foot, puis je me suis spécialisé dans les sports de combat, sport dans lequel j’ai entraîné pendant quelques années.
Je me suis intéressé tardivement sur le renforcement musculaire, la préparation physique, et la musculation. Je fais un peu de tout cela encore aujourd’hui plus pour le fun que la performance.
Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui on parle beaucoup de visualisation, mais cela me semble être un terme incomplet. Pourrais-tu donner la définition de l’imagerie motrice ?
Aymeric Guillot : C’est la représentation mentale d’un mouvement, sans que cela ne débouche sur l’exécution de ce mouvement. On va donc revivre mentalement ce mouvement dans ses moindres détails.
Cette représentation mentale d’un geste est multimodale. On combine tous les sens dont on dispose y compris le sixième sens, la proprioception.
Paradoxalement, la différence avec la visualisation elle est tout d’abord sémantique. Visualisation envoie à visuel, c’est la reine des sens, on a du mal à s’en défaire.
Mais lorsqu’on imagine un mouvement, on va dépasser un visuel. On ne va pas chercher à le remplacer, mais on va venir l’enrichir. Donc il y a aussi une notion de conceptualisation du travail.
Mais le terme visualisation est davantage employé car il est plus lisible que le terme d’imagerie motrice.
Dans mon ouvrage j’ai bien parlé de visualisation car c’est mieux compris par les praticiens. Mais l’imagerie motrice est beaucoup plus riche que la visualisation.
Les Secrets du Kayak : Est-il possible de se représenter ou d’imaginer quelque chose qu’on a jamais fait ?
Aymeric Guillot : L’imagerie du geste est sur une sorte de continuum qui va sur l’extrémité à de l’imaginaire. L’imaginaire, on imagine ce que l’on veut, comme quelque chose qu’on n'a pas vécu ou bien qui n’existe pas.
L’inconvénient c’est que c’est très approximatif et donc ça peut devenir très vite contre productif. On va construire sur des repères qui sont faux, donc c’est pire que si on n’en faisait pas.
Quand on ne l’a jamais fait ce mouvement, c’est rare de se lancer dans ce travail d’imagerie ou de visualisation. Il vaut mieux faire quelques essais pour avoir des traces perceptibles sur lesquelles on va construire l’implantation du geste.
Maintenant quand tu maîtrises certains éléments mais que tu ne maîtrises pas les éléments suivants, ou l’enchaînement de différentes séquences, tu peux utiliser l’imagerie pour faire la transition.
Pour autant tu n’as jamais fait le mouvement, mais tu as les repères. Ça peut faciliter la correction du geste, l’appropriation et l’intégration de ce schéma là, parce que ce sont deux éléments séparés que tu maîtrises malgré tout. Ça peut amener une sorte de facilitation.
On façonne le cerveau dans une sorte de plasticité cérébrale progressive qui fait émerger les réseaux neuronaux qui sont les plus efficaces, et qui sont ceux que l’on active lorsqu’on exécute et que l’on contrôle le mouvement.
On construit donc un cerveau expert qui reflète notre capacité à imaginer correctement le mouvement.
Les débutants, les mauvais imageurs, ou ceux qui n’ont aucune expérience dans le mouvement ou dans l’imagerie, vont allumer plein de zones différentes, pas forcément les plus pertinentes, et ça les amènent à une mauvaise représentation et donc à une mauvaise automatisation du mouvement, un manque de justesse sur la technique du mouvement, et donc ce n’est pas efficace.
Les Secrets du Kayak : Existe t-il des facteurs pouvant gêner cet apprentissage ? Comme avec l’âge, plus on vieillit plus il est difficile d’apprendre ? Cela pourrait être un frein à l’imagerie motrice ? Est-ce que l’imagerie motrice peut profiter à tous, même au débutant ?
Aymeric Guillot : Souvent les experts dans l’activité vont avoir plus de faciliter à imaginer leur mouvement, ça va être riche et beaucoup plus efficace parce qu’ils ont une mémoire sensorielle énorme. Ils bénéficieront d’autant plus du travail mental.
Mais leur marge de progression va être réduite parce qu’ils ont déjà un très grand niveau de pratique. Ça va leur permettre de peaufiner leur technique, de l’ajuster.
Quand on est débutant, le mouvement est imparfait, on a moins de repères. On aura moins de bénéfice à tirer d’un point de vue de la qualité mais on aura une marge de progression énorme.
Donc le travail mental va être efficace parce qu’il va accélérer la courbe d’apprentissage et d’automatisation, même si les repères sont relativement incomplets.
Donc en fonction de son niveau de pratique on ne vise pas la même chose. On peut l’utiliser pour tous les niveaux de pratique.
Quant à l’âge, on remarque que de 7 à 70 ans on peut faire un travail mental parce qu’on est capable de faire un mouvement de qualité, y compris pour les enfants qui ont des problèmes de temporalité du mouvement.
Pour l’âge la théorie demanderait d’être prudent, mais la pratique montre que le travail est efficace à tout âge. Il faut l’adapter pour les enfants avec quelque chose de ludique.
Pour moi un des facteurs important est la capacité d’imagerie. C’est à dire que c’est déconnecté du niveau d’expertise. Les experts ne sont pas les meilleurs imageurs, et les débutants ne sont pas toujours les moins bons.
Avoir une bonne capacité d’imagerie c’est pas mal d’atouts pour bénéficier du travail. Certains n’arrivent pas du tout à avoir d’images, et là il faut mettre en place un travail d’éducation de développement de capacité cognitive de représentation, parce qu’il y a une base manquante qui complique la mise en place du travail.
C’est une dimension importante et négligée dans la pratique. Ça demande un certain nombre de connaissances et d’outils difficiles d’accès afin de les aider.
Les Secrets du Kayak : Cette incapacité d’imagerie mentale est-elle mesurable en laboratoire par des électrodes ?
Aymeric Guillot : Oui, on a des outils qui permettent de mesurer la qualité de la représentation du geste, de savoir si la personne s’engage dans une activité mentale, voir comment elle se rapproche du mouvement réel.
On n'est pas sur le simple ressenti ou la simple verbalisation de l’athlète.
Il faut garder à l’esprit que ça restera toujours une référence, une hypothèse d’explication liée au travail mental. Mais ce sont des marqueurs mentaux témoins d’une activité mentale en quelque sorte.
On ne peut pas avoir la certitude que la personne ne pense pas à autre chose qu’à la chose demandée. On n'aura jamais la certitude absolue de ce qui se passe dans la tête de l’individu.
Les Secrets du Kayak : Quelles sont les différentes formes de l’imagerie motrice ?
Aymeric Guillot : Intrinsèquement on peut utiliser les modalités visuelles. On peut se voir de l’intérieur ou de l’extérieur en caméra embarquée. On peut percevoir ou sentir le mouvement c’est l’imagerie kinesthésique. On a de l’imagerie tactile, auditive, olfactive.
On combine toutes les modalités sensorielles. Derrière on va pouvoir décliner des formes de travail différentes comme verbaliser en même temps pour expliciter ce qu’on imagine et cela développe la sémantique de la personne.
Au même titre on va pouvoir faire de l’imagerie dynamique en bougeant.
L’observation, la visualisation et l’imagerie pendant fort longtemps ont été étudiées de façon séparée.
Observer peut faciliter l’imagerie, on parle d’amorçage et chez les enfants ça marche très bien il y a un phénomène d’imitation et de motivation par dessus. Ils ont une meilleure représentation de ce qu’ils doivent faire et ils y arrivent mieux.
La tendance actuelle est de combiner les deux de manière spécifique, on demande à la personne d’observer et d’imaginer en même temps. Ce qui pose de nouvelles questions : est-ce que j’imagine exactement ce que je suis en train d’observer ? Est-ce que j’imagine quelque chose de partiellement différent de ce que j’observe ?
Parfois on se retrouve dans des conflits où ce que j’observe et ce que j’imagine deviennent concurrents, et là ça pose problème au niveau neuronal.
Il y a aussi une sorte de sonification, c’est à dire par exemple en escalade associer des sons aux mouvements et du coup, les athlètes mémorisent et imaginent des enchaînements de mélodies plutôt que des enchaînements de motricité. Cela leur permet d’améliorer la rythmicité notamment en escalade de vitesse.
Donc il y a différentes formes de travail qu’on décline, qui ont toutes des avantages et des inconvénients, mais qui sont toutes intéressantes à explorer.
Les Secrets du Kayak : Quelles sont les conditions pour une bonne imagerie motrice ?
Aymeric Guillot : Il faut garder à l’esprit que la forme de travail de l’imagerie va dépendre de l’objectif. Il y a quatre grandes directions que l’on peut prendre.
La première : envisager le travail d’un point de vue psychologique, par la confiance en soi, la motivation, la régulation de l’anxiété dans un souci de performance. On travail sur l’athlète. La marche de manœuvre est beaucoup plus large. La consigne absolue c’est l’efficacité, la réussite, le côté positif. Finalement le côté technique devient très secondaire.
La deuxième par contre, le perfectionnement technique ou l’apprentissage de la performance, là on doit être hyper rigoureux. On doit respecter énormément de règles de pratique. Imaginer à la vitesse réelle du mouvement, on est dans la position la plus proche possible du mouvement. Donc on le fait plutôt en l’intégrant dans l’entraînement, pas en s’allongeant. Soit juste avant ou juste après l’exécution réelle. On va chercher un niveau d’activation assez proche de celui de la pratique réelle.
La troisième forme de travail est un peu intermédiaire, c’est plutôt de la dimension tactique, stratégique, où là on peut travailler un peu dans deux directions, on essaie de trouver un compromis entre les deux.
Et le dernier cas de figure qui peut aider c’est lorsqu’on est blessé pour continuer malgré tout l’entraînement et favoriser la récupération psychologique et physiologique. On va limiter la perte de force, la perte de d’amplitude articulaire, on va récupérer un peu mieux, éventuellement plus vite. Il faut garder à l’esprit qu’en fonction du mode de travail choisit on va vraiment avoir des contenus et des moments de travail très différents.
Les Secrets du Kayak : Comment se fait-il que l’imagerie motrice fonctionne dans les cas de blessure ? Comment cela nous aide à maintenir notre niveau et à revenir plus vite ?
Aymeric Guillot : Il y a trois types d’effets lorsqu’on est blessé. Les effets psychologiques, mais aussi physiologiques ou fonctionnelles.
C’est comme le protocole du miroir, le fait de travailler face à un miroir. On va entretenir l’activation des programmes moteurs par le biais de la plasticité cérébrale. On va continuer à activer le circuit neuronal responsable du mouvement. Et comme on ne peut pas le faire suite à la blessure, ça évite que les neurones soient recrutées pour aller faire autre chose sur un nouveau réseau, surtout si la blessure et l’incapacité sont longues.
Du coup on entretient ce réseau là, et on fait en sorte de revenir avec un niveau de pratique qui est un peu plus élevé.
Parallèlement, lorsqu’on imagine le mouvement, il va y avoir une plasticité cérébrale. C’est à dire que je vais augmenter la surface dédiée au niveau du cortex moteur, et donc au contrôle des muscles en question.
C’est ce qu’il se passe dans le développement classique. Lorsque je suis blessé il faut éviter que cette surface ne rétrécisse. Donc la plasticité cérébrale va entretenir les facteurs nerveux du développement de la force et donc limiter la perte de force.
Certes il y aura une fonte musculaire, une perte de performance, mais je vais entretenir par la synchronisation des unités motrices le programme moteur et je vais donc limiter la perte de force et le perte d’amplitude articulaire.
Et cela on arrive à le mettre en œuvre relativement vite, et très simplement par le fait d’imaginer des contractions musculaires, simples au départ, puis plus complexes. Du coup je vais partir avec un niveau de force beaucoup plus élevé que si je m’étais contenté d’un repos classique.
Les Secrets du Kayak : Peut-on renforcer son programme moteur par l’imagerie motrice, est-il possible d’arriver à un surentraînement nerveux ?
Aymeric Guillot : Oui on pourrait améliorer notre programme moteur parce qu’en réalité on va continuer à s’entraîner de façon différente.
Je nuance tout cela parce qu’il y a beaucoup de travaux sur le développement de la force pour voir si l’imagerie permet de gagner en force musculaire. C’est possible mais sur certains muscles seulement et sur des mouvements analytiques, donc on est loin de gagner en performance et en force musculaire sur des mouvements polyarticulaires.
Ce n’est pas très clair à ce jour. C’est plus intéressant d’orienter le travail sur la technique et la récupération inter-série, plutôt que sur le gain musculaire lui même.
On peut donc revenir d’une blessure avec un niveau supérieur. C’est tout de même très exigent en terme de concentration nerveuse, ça peut générer une fatigue mentale qui peut impacter les performances à l’entraînement, alors que lorsqu’on est blessé, on est démuni et donc on est plus ouvert et capable d’enchaîner ces séances.
Ça reste assez rare de fatiguer un athlète blessé, on a plutôt du mal à les canaliser. Il faut contrôler le côté qualitatif et l’excès de sensation que de ne pas avoir des résultats autant rapides qu’espérés.
Les Secrets du Kayak : Sait-on déterminer les substrats responsables de cette fatigue nerveuse ? Est-il possible de booster ses capacités cérébrales pour faire de l’imagerie motrice ?
Aymeric Guillot : Je n’ai pas en tête des travaux allant jusque là.
Nous même avons fait des études à savoir si on peut en faire en état de fatigue musculaire, ou bien si l’imagerie induit une fatigue. Je ne saurais donc pas te répondre.
Mais il y a des travaux qui montrent que lorsqu’on fait de l’imagerie il peut y avoir une perception de fatigue, alors qu’en réalité les marqueurs objectifs d’une fatigue neuromusculaire ne sont pas là.
Il y a un décalage entre le ressenti, le perçu et l’état dans lequel on pense être. C’est encore obscure.
Les Secrets du Kayak : En théorie on consomme moins d’énergie, donc moins de glucose que de faire l’effort. Est-ce ce qui permet de récupérer ?
Aymeric Guillot : Encore une fois il n’y a que très peu de données qui permettent de répondre. Ça ne génère pas de modification physiologique, il n’y a pas de fatigue physique.
Tout se passe sur un état de vigilance, la capacité de se concentrer, de rester lucide. Mais dès qu’on a la perception d’une fatigue, immédiatement ça joue et ça interfère avec la réalisation qu’on va avoir du mouvement.
Sur la récupération ce qu’on a montré par une séance de musculation : la musculation active ou passive, le fait de s’imaginer soit un travail de relaxation musculaire, soit un travail de très légère activation musculaire des muscles concernés, ça avait pour effet d’avoir une quantité de travail et un effort plus intéressant à l’échelle d’une séance.
Ça contribuait à mieux récupérer entre les séries, et d’être un peu plus performant. Mais il n’y a pas d’autres travaux à ma connaissance pour le moment. Mais ça va venir.
Nous même avons une étude en cours pour laquelle on ne peut pas encore trop rentrer dans le détail, on n'a pas encore de données révélatrices. L’idée est de comprendre pourquoi on a un gain de force par l’implantation du geste et comment ça se traduit par l’activité neuromusculaire.
Les Secrets du Kayak : Dans l’activité sportive pour performer on apprend le mouvement, et plus on le répète, plus il s’automatise. Est-ce possible de trop automatiser son geste ? L’imagerie motrice permet-elle d’automatiser davantage pour que le geste demande de moins en moins d’effort nerveusement ?
Aymeric Guillot : Oui. On va observer une plasticité cérébrale qui va traduire de la réalisation d’un mouvement équivalente qu’on s’entraîne mentalement ou physiquement.
Plus on s’entraîne moins c’est coûteux cognitivement et plus c’est efficace. Donc quand on combine les deux on accentue ce processus. Et on automatise plus rapidement.
Mais quand l’imagerie est imparfaite on n'est pas à l’abri de l’automatiser de façon imparfaite, et là plus il sera coûteux de désapprendre pour réapprendre pour corriger le mouvement. Mentalement c’est très facile à faire.
Donc dans l’apprentissage moteur il y a quelque chose qu’on identifie très bien quand on passe d’un mouvement qu’on est en train d’apprendre à un mouvement qu’on a automatisé, on a une attention diffuse qui permet de regarder ce qu’il se passe autour.
On l’illustre facilement dans le basket. On passe d’un contrôle conscient à intra-conscient. On descend des structures corticales les plus supérieures dans le cortex pour descendre à un niveau sous-cortical. Du coup on libère le cortex pour qu’il fasse autre chose, c’est la marque de l’expertise.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a une limite à l’apprentissage moteur ?
Aymeric Guillot : Pour schématiser on va basculer d’une circuiterie à une autre.
Au bout d’un moment les circuiteries ne sont plus du domaine de l’apprentissage et de la planification du geste.
La différence va surtout se faire sur de la prise d’information, de la lecture de la situation, de l’anticipation…
Les circuits de mémorisation et d’automatisation sont relativement bien connus maintenant.
Les Secrets du Kayak : Tu connais certainement la règle qui dit qu’il faut pratiquer une activité dans la joie pendant 10 000 heures pour devenir un expert, dans le cadre de tes recherches existe-t-il un temps défini moyen pour passer du statut débutant au statut expert ?
Aymeric Guillot : La limite des 10 000 heures j’ai vu des scientifiques devenir hystériques quand ils entendaient ça.
Donc je ne sais pas sur quels critères cette étude a été établie, et je ne sais pas si on peut fixer cette limite là.
Dans l’idée c’est qu’il faut une pratique suffisamment importante pour être capable de lire la situation dans sa globalité. De là à la chiffrer je ne saurai pas dire.
Pour moi c’est un compromis entre le qualitatif et le quantitatif. Je n’ai pas aujourd’hui de seuil qui permet de déterminer le seuil d’un expert.
Ce qui est vrai en revanche, c’est qu’on ne peut pas se passer d’une certaine quantité de pratique. On ne remplacera jamais du physique par du mental sauf en cas de surentraînement ou de blessure. C’est la combinaison des deux qui est intéressante.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’en cas de fatigue physique avérée on peut remplacer une séance sur l’eau par une séance d’imagerie motrice ?
Aymeric Guillot : Oui, ça peut être intéressant même si c’est ponctuel.
Ça en devient intelligent par l’écoute de l’organisme et du corps, et on lui évite un processus pouvant courir à la blessure, à terme être contre productif.
Il ne faut pas prévoir de s’entraîner un tiers de moins que prévu pour à la place faire du travail mental. Toutes les études montrent que le travail physique pur reste plus intéressant que le travail mental pur.
Et que la combinaison des deux est toujours le meilleur compromis. Et quand on transpose cela, ça devient efficace.
Les Secrets du Kayak : Comment fonctionne une séance d’imagerie motrice ? Quelles sont les règles de bonne pratique ?
Aymeric Guillot : La question du dosage et de la fréquence est encore compliquée, ça par dans tous les sens.
Si on fait une séance pure d’entraînement il ne faut pas en faire de trop longue. D’un point de vue de la performance de la gestuelle technique, on va faire des séances de 15-20 min pour rester concentré, et il ne faut pas en faire trop d’affilé, toujours pour rester concentré.
On observe que dix douze essais successifs chez les bons imageurs, c’est un seuil à partir duquel on détecte une détérioration. Maintenant si le mouvement est très court, on peut en faire plus. S’il est complexe et coûteux à se représenter on en fait moins, on va moduler.
Si on fait une séance intégrée il vaut mieux identifier les ateliers sur lesquels travailler et placer une ou deux représentations du geste juste avant ou juste après l’exécution réelle.
Au final on va faire 10 min de travail effectif sur une séance d’entraînement. Mais le fait qu'elle soit proche de l’exécution réelle, ça va être beaucoup plus qualitatif et largement suffisant et efficace.
Pour moi c’est une très bonne préconisation. Du coup ne se pose plus la question de la durée de travail.
En terme de fréquence, c’est variable. Pour des novices deux fois par semaine c’est déjà pas mal, et lorsqu’on est plus aguerri jusqu’à quatre séances par semaine c’est bien. Il n’y a pas vraiment de littérature scientifique claire sur le sujet.
Si on en revient à la pratique du kayak, on parle d’essai soit un mouvement ou une séquence de mouvements. En kayak tu es obligé de séquencer sinon c’est trop long.
Et sur des séquences plus longues, tu vas réduire le nombre d’essais. C’est compliqué parce que le mouvement est continu, mais tu trouves cela également dans le cyclisme ou pour les sports automobiles. Pour autant ça s’y prête très très bien le kayak.
Les Secrets du Kayak : Est-ce quand on débute on a tout intérêt à combiner l’entraînement physique et l’entraînement mental ?
Aymeric Guillot : Oui, c’est une bonne idée pour accélérer la pente de la courbe d’apprentissage. Même s’il y a des choses imparfaites.
Ou bien en imaginant quelqu’un d’autre, un modèle, jusqu’à devenir sa propre référence. On va ainsi naturellement bénéficier de l’imagerie pour différentes raisons à différents stades de l’apprentissage.
Pour conclure ce sur quoi j’aimerais insister, c’est d’avoir à l’esprit qu’en fonction des objectifs de travail il y a vraiment des règles de pratique.
Il y a trop d’idées répandues comme quoi le travail mental se fait au feeling ou en fonction de ce qu’on pense sur des idées reçues. Alors qu’en fait c’est aussi rigoureux dans la planification, dans l’établissement des cycles d’entraînement. Il faut respecter les règles.
A mon sens pour éviter les contre performances, il faut être vigilent quant à la vitesse du mouvement imaginé.
Quand on est expert, on confond vitesse et précipitation. Et là par exemple les études faites auprès des judokas de bon niveau sont très claires, c’est à dire qu’à partir du moment où on s’imagine le mouvement moins vite ou plus vite, c’est beaucoup plus souvent contre productif que bénéfique.
Ralentir un mouvement ce n’est pas intéressant et ça casse le schéma moteur de l’exécution réelle, ça le ralentit. Et à l’inverse si on l’accélère, on devient plus approximatif. Il faut vraiment être expert dans la temporalité pour bénéficier d’effets positifs.
Vous pouvez retrouver Aymeric Guillot sur son compte Linkedin.
Interview : Maxime Beaumont
Maxime Beaumont, champion de kayak de course en ligne, nous parle de ses débuts sur l’eau, de son parcours sportif. Il se confie également sur ses succès, ses échecs ; et nous livre les secrets de sa réussite.
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Maxime Beaumont en aout 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Maxime Beaumont : Salut, écoute ça va super !
Les Secrets du Kayak : C’est un vrai plaisir de t’avoir sur le podcast, je te suis depuis mes débuts en kayak. J’ai suivi ton évolution sur les cinq dernières années. Je voulais revenir sur tes débuts en kayak, est-ce que tu te souviens de tes débuts ?
Maxime Beaumont : Tout d’abord le plaisir est partagé.
Pour mes débuts j’ai commencé par hasard à l’âge de neuf ans. Ma grand-mère m’emmenait à la plage de Boulogne-sur-Mer. Comme la plage n’est pas très grande et qu’on tournait en rond, je m’ennuyais.
Il y avait une extension du club qui proposait des sorties en kayak de mer. J’y suis allé avec un copain et j’ai commencé comme ça.
Première sortie je suis tombé à l’eau. Je n’étais pas content mais j’y suis retourné, et mes parents m’ont inscrit en septembre de cette année là. C’est le côté familial et convivial qui m’a plu. On était une bonne bande de potes.
Quand j’ai commencé c’était surtout axé course en ligne et beaucoup de compétitions. Il y avait peu de place pour d’autres activités. Aujourd’hui il y a davantage de choix.
Le bassin de Boulogne-sur-Mer est agité quand il y a du monde en nombre de bateaux. Les berges sont bétonnées. Quand tu es seul à naviguer, c’est un miroir.
Le bassin de compétition on n’y navigue jamais, c’est plutôt réservé à l’aviron. Nous on va plus haut à l’abri du vent.
Ma première compétition c’était fin septembre. A l’époque c’était les boucles de Saint-Quentin. Elles n’existent plus. Il fallait faire le tour d’une île, passer un relais à son coéquipier qui lui aussi faisait le tour de l’île, et à la fin on faisait le classement. C’était toutes catégories en même temps.
La deuxième compétition était en janvier. Donc j’ai rapidement été mis dans un bateau de compétition et j’ai vite intégré les entraînements.
A cet âge là je faisais parti des plus grands mais je n’étais pas le seul.
La première compétition je n’ai jamais eu les résultats, j’étais poussin, il n’y avait pas de remise de récompense. En janvier c’était un championnat de ligue, donc régional, là je l’ai gagné sur 2000m. J’étais sur un CAPS.
Cette première victoire m’a fait plaisir, une fois que tu as la médaille autour du cou tu ne la quittes plus !
J’ai toujours aimé être le meilleur dans ce que je pratiquais. Petit j’ai fait du foot, mais je n’avais pas bien compris le système, je voulais le ballon. Donc j’ai vite été mis sur le banc.
Ensuite j’ai fait de la gym, ça m’a servi de base pour les aptitudes sportives.
Et ensuite c’était le sport à l’école, mais il me fallait être le premier en sport avec la meilleure moyenne. Pour mes parents c’était différent.
Les Secrets du Kayak : Quand tu es poussin tu t’entraînes deux fois par semaine ?
Maxime Beaumont : Oui c’est le mercredi et le samedi. Tu ne montes qu’une seule fois, et s’il y a tempête tu fais une activité de substitution. Soit un sport-co sur la plage, soit on allait courir, c’était plutôt des jeux.
Les Secrets du Kayak : Quelles ont été tes étapes au niveau des bateaux ?
Maxime Beaumont : Après le CAPS, c’était les bateaux club ce qui se rapproche des freelancer. Sauf que c’était tout fabriqué par le club, tu avais envie de passer rapidement cette étape.
Ensuite on avait des bateaux qu’on appelait allemand de l’est, des formes type Joker en bois. Mais ils étaient en résine.
Puis c’était le Orion, l’américain, et puis les formes d’aujourd’hui.
J’étais capable de monter dans des Orion dès benjamin et minime, mais en fait le club stoppait la progression pour m’apprendre à pagayer sur un socle stable, avant d’avoir un bateau plus instable.
Cette stratégie d’apprentissage que d’être sur un bateau stable pour performer et apprendre à pagayer est importante. Même si les jeunes veulent un beau bateau. Ce que tu apprends quand tu es minime est important quand tu arrives en haut-niveau.
Il faut prendre le temps de bien construire sa technique.
Les Secrets du Kayak : Jean-Pascal Crochet t’avait cité à la fin d’un podcast au sujet de la technique, tu lui aurais dit qu’il n’y avait pas de bonnes techniques, qu’il y a des fondamentaux, mais que tu cherchais toujours la meilleure technique pour toi ?
Maxime Beaumont : Oui. Il y a des bases comme la perpendiculaire de ta pagaie, mais il y a aussi des styles.
Regarde Guillaume Burger, Francis Mouget et moi même, on est tous les trois à une demie-seconde en K1 400m, donc on va quasiment à la même vitesse, mais techniquement on est différent. Par contre on a tous eu les mêmes bases.
Mon style est difficile à définir. Le style dépend de la souplesse de chacun, de nos capacités physiques.
Le touché d’eau est plus développé et fin chez Cyril Carré que chez quelqu’un qui est plus musculaire, qui compense par la puissance au lieu de la finesse et la dextérité.
Les Secrets du Kayak : Tu avais des personnes qui te motivaient au club ?
Maxime Beaumont : Moi j’ai commencé en septembre 1991, et en août 1992 il y avait un certain Didier Hoyer, médaillé de bronze aux Jeux de Barcelone. Donc ça a été moteur.
Ensuite il a basculé en tant qu’entraîneur, donc quand il me conseille et qu’il me pousse vers le haut, je bois ses paroles !
Du coup je rêve de devenir champion olympique, mais je ne réalise pas encore tout le travail à fournir. La médaille d'or olympique c'est l'événement du canoë-kayak qui prouve que tu es le meilleur.
Mais en benjamin-minime je n’ai pas forcément gagné les compétitions. A ces âges là parfois tu as de grandes différences de gabarit et de puissance. Benjamin 2 c’était plus facile.
Par exemple je n’avais aucune chance face à Christophe Jacaton, il avait un an de plus que moi. Par la suite j’ai rattrapé mon retard.
Les régates minimes j’ai fait huitième. J’étais bon au niveau régional seulement en K1. En K4 oui, on avait fait quatrième. Je n’ai jamais fait de France junior non plus.
Sur mes quatre années cadet-junior je fais série remorque. En cadet je fais demi-finale, et hop remorque. Junior 1 série remorque à nouveau. Junior 2 je fais troisième, mais les sélections équipe de France étant plus tôt dans la saison, j’avais fait sixième ex aequo on a été départagé à la musculation, et du coup j’ai fait neuvième. Comme ils en prenaient huit, j’avais les boules.
Mes parents n’ont jamais voulu que je sois en sport étude. Ils étaient plutôt sur l’école privé. Donc je n’ai jamais intégré le système avant junior 2.
En junior 1 je faisais mercredi samedi et un ou deux soirs par semaine. Mais en junior 2 j’ai forcé auprès de mes parents pour aller au club tous les soirs, mais il fallait que mes résultats à l’école suivent.
Et comme tous les ans je progressais dans les chronos, je faisais mes stats, je gagnais des secondes tous les ans, c’est ce qui m’a aidé à continuer.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que dans ta famille la persévérance était de rigueur ?
Maxime Beaumont : Mes parents n’ont jamais été dans le sport, mais quand on commence quelque chose, on va au bout pour le finir, donc quelque part oui.
C’est difficile de comparer le domaine du sport avec un autre, mais par exemple ma sœur a fait du kayak en équipe de France un peu, mais elle a fait l’équipe de France junior. Elle a quatre ans de plus que moi donc elle a progressé rapidement dès minime.
En moins de six mois elle était cadette, et elle a de suite intégré le système avec les championnats de France…
Mais elle a stoppé pour ses études. C’était l’inverse de moi.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe pour toi après junior 2 donc après le BAC ?
Maxime Beaumont : Je fais une première année sur Boulogne-sur-Mer à la Fac, je m’entraîne tout seul, c’est galère. Ma sœur avait fait des études sur Lille, et je voulais faire pareil puisqu’il y avait un pôle espoir à Lille.
A Boulogne c’est un club très canoë. Donc les retours techniques kayak plus fins n’étaient pas là. Je suis arrivé à Lille en Licence 2 et j’ai intégré le pôle de Lille avec Emmanuel Voynet l’entraîneur de l’époque et ça a matché. J’ai été en équipe de France dès cette année là.
On était une dizaine avec trois ou quatre kayaks homme. J’avais un entraîneur avec moi, Emmanuel était quasiment mon voisin sans le savoir, donc on était complice.
Donc je me suis qualifié en équipe de France en moins de 23 et j’avais fait des sélections correctes. Tu partais directement le soir après les piges pour l’aventure. Moi j’étais arrivé à l’arrache et quand il a fallu partir c’était comique.
Mes modèles à cette époque c’était des gens à l’international.
Donc quand je suis pris je fais ma première compétition internationale en Belgique sur du K4. C’était plus ou moins comme je l’imaginais. Comparé à Boulogne-sur-Mer c’était structuré. Au niveau de la performance ce n’était pas dingue non plus.
Être en équipe de France c’était une marche de l’objectif rempli.
En rentrant de cette compétition tu te prends une petite claque dans la tête, tu mesure les secondes qu’il te manque pour être au top. Ensuite il faut préparer son plan de bataille pour savoir comment performer.
Soit tu es prêt à aller chercher cette différence de niveau, soit tu passes à autre chose. Moi il me manquait une approche qualitative de l’entraînement. Jeune j’étais très quantitatif, je ne réfléchissais pas à la technique.
J’ai eu une deuxième phase en mettant du qualitatif, puis une troisième phase où j’ai mis de la quantité de qualité. Et c’est ce qui est le plus important.
Mais la qualité devrait s’apprendre dès le plus jeune âge, du moins y être plus vigilant. Tout comme en musculation, ne pas faire de concours au kilo mais apprendre le geste parfait pour ensuite charger. Ça éviterait les blessures, les déconstructions pour reconstruire quelque chose de bien. Moi j’ai du déconstruire ma façon de pagayer.
Les Secrets du Kayak : Te souviens-tu de ta première blessure et pourquoi c’est arrivé ?
Maxime Beaumont : Ma première blessure grave c’était une grosse entorse en stage, blessure bêtement arrivée en courant dans les escaliers.
Je ne me suis jamais blessé gravement en kayak. Toujours sur les activités annexes. L’année dernière c’était les ligaments de l’épaule en vélo. L’année d’avant c’était une cheville en marchant et en glissant. Un jour en sport-co je me suis fracturé le coude.
Sinon c’était plus jeune en junior avec des tendinites aux épaules avec les tests « 2min à 50 kg ». Moi ça me tuait les épaules, c’était trop lourd pour moi à l’époque.
Je continue de compléter ma préparation physique avec des activités annexes. J’essaie d’identifier des périodes plus propices si ce sont des activités à risque. Le ski de fond avec la préparation pour le 200m je l’ai arrêté mais je n’ai pas fait beaucoup de ski non plus par rapport aux autres.
Ces derniers temps j’ai essayé de ne pas couper complètement le kayak l’hiver, garder une EB1 et une EB2 sur un mois de pratique. Depuis quelques années en décembre et janvier on met l’accent sur la musculation, mais j’essaie sur deux séances de garder ce rythme avec un petit travail en vitesse et en puissance aérobie pour garder le contact sur l’eau. Je voulais perdre moins de temps à retrouver les sensations au retour de la saison.
Les Secrets du Kayak : Comment tu progresses en junior 2 après les compétitions internationales ? Comment ça s’enchaîne ?
Maxime Beaumont : Soit c’était des progressions niveau chrono, soit des progressions dans la hiérarchie.
En 2003 je me re-sélectionne en équipe moins de 23 ans, sur une coupe du monde on bat le K4 senior et du coup ça a foutu la merde.
A cette époque il y avait le Test Event d’Athènes, c’était l’échéance terminale des moins de 23 ans. Du coup ils nous ont envoyé là bas, les seniors aussi, et on était en piges les deux K4. Et comme on les a rebattu on s’est retrouvé aux championnats senior, un mois plus tard aux championnats du monde senior à l’arrache. On n'était pas censé y être programmé. Donc là il y a eu une réelle progression.
L’année d’après je n’ai pas fait de senior, je suis descendu en moins de 23 ans mais on est médaillé en K4.
Mes premières compétitions internationales en K1 sur 1000m ou 500m, c’était en 2010. Je suis le dernier pris sur le 1000m en équipe de France en 2010.
Christophe Rouffet le directeur des équipes de France de l’époque, me propose le K1 1000m à l’international avec l’esprit de dire d’aller chercher de l’expérience pour devenir meilleur en mono pour progresser et me spécialiser. Et ça a été une réussite, même si pour moi au départ je l’ai pris comme une punition.
Avec François During on avait bien bossé, j’avais aussi fait de la préparation mentale, et j’ai bien progressé jusqu’à devenir finaliste en championnat du monde. A la fin je suis huitième mondial et je deviens élite sur les listes ministérielles, et ça m’ouvre des portes pour les stages. C’est là que le très haut niveau a commencé.
De 2003 à 2005 donc j’étais au pôle espoir de Lille.
2006 je suis allé au pôle de Vaires-sur-Marne, ça été une catastrophe parce que j’étais étudiant à l’INSEP, il y avait très peu d’étudiants. J’avais des horaires à respecter et quand j’avais fini les cours il fallait que j’aille à l’entraînement à Vaires soit à 25 km de l’INSEP et je n’avais pas de voiture, et tous les autres étaient déjà partis.
J’étais tout seul, je ne pouvais pas vraiment m’entraîner et il n’y avait pas de système de navette comme aujourd’hui. Du coup je suis revenu sur Lille mais je n’ai pu faire qu’un an, donc je suis retourné en club.
Et de 2007 à 2010 j’étais en club, mes parents ne pouvaient plus suivre financièrement donc j’ai commencé à travailler en 2007. Tout d’abord aux char-à-voile en tant que moniteur grâce à mon BE kayak.
Au bout de deux ans le club m’a proposé un poste. Au début c’était du 35h. Donc j’essaie de m’entraîner le midi et après 18h. J’étais le dernier pris en équipe de France à cette époque là.
Et ensuite Didier Hoyer devient président du club, et j’ai négocié un mi-temps de septembre jusqu’aux piges. Si je passe on reste sur du mi-temps, sinon je rattrape mes heures sur l’été.
Je n’étais plus le dernier et j’ai pu m’exprimer à l’international, et obtenir des sponsors. On a réussit à monter une CIP locale avec toute les collectivités et quelques partenaires.
Les Secrets du Kayak : Tu as commencé par te spécialiser sur le 1000m et le 500m ?
Maxime Beaumont : Oui. Il n’existait pas de 200 m olympique avant 2010. On avait une dominante 1000m en K1 K2 K4, alors que le 500m c’était K1 K2. Avec le bateau phare en K4.
Je l’ai tenté et j’ai été K1 1000m en 2010, 2011 je fais deuxième français en K1 1000m donc ça m’ouvre la porte du K4 français qui été champion du monde cette année là.
En 2011 en K4 ça ne marche pas si bien, avec un peu d’incompréhension des équipiers qui n’étaient pas reconduis. On se plante, je me fais débarquer en milieu de saison, je suis remplacé par le cinquième, et moi soit je repartais en 1000m ou bien en 200m.
En sélection nationale j’y vais en me disant c’est moi le boss et en fait en 500m j’explose complet, je suis septième, je voulais tout claquer. Le coach avait su me rassurer. Et au final j’ai réussi à gérer ensuite.
Avec ses conseils je suis parti en K1 sur le 200m. En plus les quotas arrivaient avec les championnats du monde. On a amené de plus en plus de sprint avec des séances spécialisées en gardant la trame du 1000m avec François During.
J’ai toujours bien aimé la vitesse, j’ai toujours été curieux d’essayer des nouvelles techniques de laboratoire, d’expérience d’entraînement. J’étais très acteur à cette époque, je me documentais, j’étais force de proposition.
Mes championnats du monde en 2011 en 200m je fais quatrième et j’ouvre le quota. Et en demi-finale je fais troisième, je me retrouve en finale. Les JO c’était en 2012, on s’est spécialisé sur le 200m avec François et je fais quatrième. Ça passait à pas grand chose pour la médaille.
Je me suis remis en question, je cherche encore ce qui a raté. Mais on ne peut pas la refaire donc bon...
Quatrième olympique tu restes anonyme, tu n’as pas de sponsors. Par contre quatre ans plus tard, ce sont les JO de Rio, je vais chercher les partenaires et j’entre dans le monde économique qui me permets d’avoir des partenaires.
Grâce au montage de la CIP comme le niveau augmente les subventions augmentent et ça enlève des heures de travail à faire. Je ne gagne pas ma vie du kayak mais ils participent à mon salaire.
J’ai tout donné pour les Jeux de Rio. C’est un brainstorming permanent, toujours en recherche d’améliorations techniques ou physiques. Je lisais les études sur le kayak ou la musculation dans le cadre du kayak.
J’essaie d’être au top partout à un point obsessionnel. J’ai trop voulu tout contrôler et être trop perfectionniste. Mais du coup pour Tokyo j’ai voulu l’être moins, mais je l’ai été un peu trop encore.
Peut être que les blessures peuvent venir de l’alimentation, du sommeil, du fait d’être moins obsessionnel, moins exigeant et ça peut faire la différence.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu fais des podiums pour les courses internationales avant les JO de Rio ?
Maxime Beaumont : Cette olympiade est formidable, sur chaque finale je suis médaillé.
2013 on est médaillé aux Europe, au championnat du monde, je me prépare sur le K2 200m avec Sébastien Jouve. Je laisse le mono de côté, on fait quatrième, on fait le 500m aussi et on fait troisième.
2014 c’était Moscou on fait troisième sur le 200m K2. Puis on fait le relais quatre fois 200m en K1 et on est médaillé. Et je me rend compte qu’en K1 je le passe en tête et que je suis dans le coup.
On a fait deux coupes du monde sur lesquelles je gagne le K1 200. Du coup je fais les championnats du monde K1 200m.
On fait quatrième en K2 et je fais deuxième en K1 au championnat du monde, donc on ouvre les quotas.
L’année des Jeux a été plus compliquée avec Sébastien Jouve, on voulait faire des médailles, on s’est un peu perdu en route. On termine septième aux JO.
On avait fait des trucs de dingues comme aller en piscine tester le nombre de coups de pagaie qu’on mettait dans les starts, on travaillait avec Ralf Hyppolyte sur les préférences motrices, on avait fait une vidéo sur les réflexes archaïques. On allait chercher tous les petits détails pour faire la différence.
J’avais fait du yoga après les JO de Rio, c’était le côté gainage souplesse qui m’intéressait. J’aime aussi le discours du Pilate qui pour moi est important pour le transfert de la force dans le bateau. Pour les jeunes et pour les enfants en EPS, pour moi c’est génial pour apprendre à utiliser ses muscles.
Je me suis fait des petits outils pour rester concentré sur moi, lié à la préparation mentale. De la visualisation j’en ai fait lorsque je me suis blessé. Je le couplait à la proprioception pour garder les stimuli.
Le but c’était avec le brainstorming de tout faire pour perdre le moins de temps possible, aussi essayer de développer d’autres choses que je n’ai pas l’habitude de faire en temps normal. Me renseigner sur mon matériel, creuser les choses. Tu prends le temps de faire toute ces petites choses procrastinées.
Les Secrets du Kayak : Comment tes bateaux ont évolué au fil des années ?
Maxime Beaumont : Depuis que je suis chez Nelo, je suis resté chez eux. J’ai évolué avec eux.
Et en terme de pagaie j’ai commencé sur une Bracia IV et ensuite c’est juste la longueur et la taille de pale qui ont augmenté.
Aujourd’hui je suis sur une Bracia I min une 805. Et je suis sur le Nelo Sete.
Je ne sais pas si c’est grâce au bateau, mais j’ai progressé. En 2019 sur le 200 j’ai fait un mini-max, mon best-time de tous les temps : 33'85''.
Ma Vmax de tous les temps doit être autour de 6,55 m/s. Donc ça doit faire un peu plus de 23 km/h.
Les données récoltées par le mini-max sont ultra précises, diverses et permettent vraiment de relever tous les paramètres possibles et inimaginables pour mesurer ta progression.
Le motionize est similaire je l’ai aussi testé. Je le trouvais intéressant. Je me suis aperçu que mon coup de pagaie n’est pas symétrique. Mais la puissance dégagée est symétrique.
Pour revenir aux Jeux de Rio quand je fait deuxième c’est la déception, j’étais venu pour la médaille olympique. J’ai mis un petit temps à trouver le sourire. Après quand tout arrive tu savoures, mais sur le coup c’était la déception. J’ai du me remotiver quasiment presque de suite lorsque je suis monté sur le podium en voyant mon fils en face de moi.
Après ces JO j’ai eu des sponsors, mais j’en fait trois-quatre gros et ensuite ce sont des petits. Mais je suis allé les chercher. Stratégiquement, je me suis fait inviter sur un match de foot et de basket et c’est là que je me suis aperçu du vivier de sponsors qu’il y a dans le sport pro.
Et on accroche facilement et il n’y a pas le filtre de la secrétaire. Tu sympathises directement avec eux. Du coup je me suis pris un abonnement et je me suis fait recommander pour intégrer la partie VIP afin de rencontrer des gens et me faire aider par un réseau.
Ça a été très facile dans les deux ans de la médaille. Mon parcours les touchait. Mais après la notoriété s’efface un peu avec le temps. Maintenant j’ai des gens qui sont là pour vendre ton image en se prenant un pourcentage sur ce qu’ils te décrochent.
Entre Rio et Tokyo, ça été un peu plus compliqué du fait de blessures, de difficultés personnelles et professionnelles. J’ai commencé à douter de mes capacités à être bon sur le 200. J’ai fait plein de tests pour savoir quelle discipline serait la plus propice à décrocher une médaille.
Lorsque les JO ont été reporté d’un an, au moment de l’annonce ça été un soulagement. Je ne me voyais pas préparer les JO avec le confinement strict tel qu’on l’avait connu.
Ensuite je me suis dit que ça nous laissait plus de temps pour nous entraîner. Ensuite je me suis blessé, et je n’ai pas retrouvé de bonnes sensations comme avant la blessure.
Les Secrets du Kayak : J’ai entendu dire que tu avais un ergomètre KayakPro ?
Maxime Beaumont : Oui, et je vais être franc avec toi il est encore dans le carton. J’avais eu un Dan’s Sprint avant le confinement, et je n’ai pas trop aimé.
C’est surtout le fait qu’il n’y avait pas le petit chariot qui bouge. L’objectif c’est de faire avancer le bateau, et pour moi tu pouvais vite tomber dans des travers.
Et c’était compliqué que de tendre les cales pour avoir un bon retour.
J’avais essayer la machine à pagayer de Franck Le Moel, et j’avais bien aimé. Je l’avais acheté en vue d’un nouveau confinement, mais je préfère naviguer sur l’eau même en cas de tempête.
Les Secrets du Kayak : Comment as-tu vécu les Jeux de Tokyo ?
Maxime Beaumont : Je les ai bien vécu, mais ils étaient particuliers. Il n’y avait pas de public, pas de média présent, des protocoles sanitaires quotidiens, une vigilance importante.
Après moi je n’ai pas de psychose liée au covid. Je me sentais en sécurité, les japonais avaient vraiment mis en place des process rassurants.
Les JO c’est un événement énorme mais ça reste huit bateaux qui s’affrontent dans huit couloirs.
Au réfectoire tu avais une vitre entre chaque personne, à la salle de musculation tout était bien séparé. Les visites se faisaient en bus mais je trouvais que ça a été bien géré, c’était génial mais tout a été fait pour que tous se passe bien.
Les gens étaient extraordinaires pour ceux qui étaient contents que les Jeux aient lieux. Mais tu avais aussi des personnes prêtes à dégainer une photo si tu avais le malheur de dégager ton nez de ton masque. Il y avait de tout. Mais ça ne m’a pas stressé plus que ça.
Les Secrets du Kayak : Quelle suite pour toi à présent ?
Maxime Beaumont : C’est la question du moment !
Le 200m ne sera plus aux Jeux, je vais me laisser le temps de réfléchir, faire le bilan de cette olympiade pour une neuvième place aux JO.
Si je repars c’est pour prendre du plaisir sur l’eau, avoir un entraînement et une vie écologique en matière sanitaire. Et puis avoir une performance à la fin. Le projet m’attire, mais je veux voir s’il est viable.
Aujourd’hui je suis formé entraîneur et pour en avoir discuté avec le staff ça peut les intéresser. Il faut que je réfléchisse. Il faut s’investir et le faire dans un système dans lequel je ne me retrouve pas à tous les niveaux, ça dépend de ce qu’on me propose si c’est en adéquation à mes valeurs et ceux en quoi je crois.
Donc pour le moment je termine la saison avec les championnats du monde fin septembre. Ensuite je vais faire un break jusqu’à la nouvelle année en kayak, mais je vais continuer à m’entraîner.
Et j’ai envie de courir un marathon, le faire une fois dans ma vie. Peut être début novembre à Barcelone. L’idée c’est de le finir, sans prévoir de temps. Je pense que ça devrait tourner sous les quatre heures.
Les Secrets du Kayak : Quels conseils tu donnerais à ton toi de vingt ans ?
Maxime Beaumont : C’est une bonne question. Je lui dirais que chaque détail compte.
Quand j'étais plus jeune : la préparation mentale ne servait à rien, le kiné non plus, tout ce qui était dans le détail de la performance je n'étais pas dedans.
C’est un tout au contraire, il faut aller chercher tout, tout le temps. Si tu travailles tout, à la fin la progression sera plus importante.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a un film, un livre, un documentaire qui t’a inspiré ?
Maxime Beaumont : Moi j’aime bien la saga Rocky, c’est quelque chose qui résonne en moi au niveau des valeurs véhiculées dans le film. Savoir se relever. Et le côté du système quand tu as gagné qui fait qu'on te met sur un trône et tu perds l’envie de te battre.
Et moi suite à Rio, c’était un peu ça. Plus personne ne me contredisait, ou bien ne me donnait un conseil sous prétexte que j’étais champion. Tout tourne autour de toi et c’est là où tu perds la niak et la folie que tu avais.
Vous pouvez retrouver Maxime sur son compte Instagram.
Interview : Yves Prigent
Yves Prigent nous parle de son parcours sportif, de ses ambitions, de sa pratique du canoë slalom et du kayak.
Comment s’entraine-t-il ? Que met-il en place pour être performant ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Yves Prigent en aout 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Yves Prigent : Ça va très bien, je suis en vacances après une année en tant que prof et une saison sportive plutôt intéressante puisque je finis quatrième des France élite, ma meilleure performance.
Mon double objectif de vie me rend satisfait de cette saison.
Il est l’heure de se ressourcer sur d’autres choses telles que la course à pied, le bateau de sortie en mer, le golf et de passer du temps en famille.
Les Secrets du Kayak : C’est le premier podcast où on va parler de slalom et je voulais que tu m’expliques comment tu as découvert cette pratique.
Yves Prigent : Mes parents, mes grands parents pratiquaient le canoë-kayak à Rennes. Mes parents me l’ont fait découvrir très tôt, j’ai des souvenirs datant de mes cinq ans. Tout le temps à jouer dehors, regarder les gens pagayer.
Ma première licence j’avais neuf ans en 2002, à Rennes. Ensuite j’ai choisi le slalom par instinct familial, et c’est ma vie aujourd’hui.
C’est un sport où on apprend à se débrouiller, on fait des rencontres, on voyage, et on vit avec son environnement naturel.
Je pense que vers 13-14 ans il y a ce face à face avec le danger, où je n’étais pas rassuré mais mes parents m’ont mis en stage club. Ça m’a donné goût à l’activité.
Ma grande sœur elle n’a pas aimé. Donc il n’y avait pas d’obligation familiale. Je ne me suis pas du tout senti forcé. Pour tout dire j’ai du choisir entre le football et le kayak.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand tu as fait des compétitions en slalom ?
Yves Prigent : Ma première compétition c’était à Servon-sur-Vilaine à dix ans. Je pense que très tôt l’adrénaline d’avant le départ et le côté technique de l’analyse de parcours ça m’a plu.
Il y a la préparation jusqu’à l’échéance, et le jour J ça te tient en haleine. Sans compétition c’est compliqué pour moi de m’entraîner, et je ne me sens pas capable d’aller à entraînement tous les jours.
Plus jeune j’ai fait beaucoup de descente. En Bretagne on avait des courses populaires régulières. C’était des épreuves composées de ces quatre activités : de la course en mer, course en ligne et du slalom. A la fin il y avait un classement général.
Tu avais aussi les régates de l’espoir, même avec le bras dans le plâtre.
J’ai juste fait moins d’Ocean racing. Pour de l’entraînement faire de l’endurance, être polyvalent et performant, je pense que c’est complémentaire. J’en ai fait tous les ans en poussins, benjamin et minime.
Après en course en ligne tu es en confrontation directe sur de l’eau calme, donc tu te prépares pour une trajectoire que tu connais à l’avance. En slalom c’est très variable en fonction du bassin, du parcours, ce sont des sports différents qui apportent d’autres plaisirs.
Je n’étais pas très bon en bateau long mais c’est toujours un plaisir pour faire de l’endurance.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand la pratique du slalom est devenue plus importante pour toi au point de l’avoir privilégiée ?
Yves Prigent : Je pense que c’est en cadet 1 que je me suis spécialisé avec les participations pour les championnats de France.
Notre bassin en Bretagne c’est les Roches du Diable, et à partir de là j’étais davantage accès tous les hivers sur le slalom. Tous les hivers je passais un cap. Je me suis vraiment spécialisé vers quatorze ans.
A ce moment là je ne m’entraînais pas forcément tous les jours sur l’eau mais plutôt quatre fois par semaine : lundi, mardi, vendredi et samedi. Et ensuite on faisait du renforcement musculaire, des circuits training. Mais on était déjà à une séance par jour, et dès juniors on faisait deux séances par jour.
Je m’entraînais plus à l’époque qu’aujourd’hui. J’avais une scolarité aménagée au lycée Sévigné à Cesson. Il y avait un état d’esprit d’entraînement soutenu par la proviseur du Lycée. C’était un certain rythme de vie. Je n’étais pas à l’internat.
Des gens y venaient de partout même d’Île-de-France. C’était normal de s’entraîner tous les jours. Non seulement le rythme m’a fait progresser mais le groupe aussi, par la confrontation.
On sortait des médailles aux championnats de France tous les ans.
En junior 1 j’étais seizième, et en junior 2 j’ai gagné les championnats de France, c’était une surprise.
Par exemple à Metz j’étais arrivé trois semaines avant l’échéance, et tous les jours j’étais sur l’eau. Et avec mon équipier en C2 on est parti pour nos premiers championnats d’Europe en Bosnie. C’était original, sur une rivière naturelle.
C’est un bon souvenir, il y avait des très bons amis, on y est allé en toute insouciance et on s’est retrouvé propulsé directement dans le top 3 dès les qualifications. Donc c’était jouable. On a fini deuxième au final, derrière un équipage polonais imprenable.
A l’époque le C2 faisait envie, il y avait les JO. Mais tu te rends compte que Junior, tu es très loin du niveau senior. A mon sens il y a deux à trois ans de travail qui séparent les deux catégories, à moins d’être un virtuose.
J’avais l’ambition de performer au niveau mondial en C2. Parce qu'avec mon équipier ça matchait bien, et au pôle France on avait Thierry Saïdi qui avait fait les JO en C2. Donc quand tu as une médaille aux Europe tu ne réfléchis pas de trop.
J’ai longtemps fait à la fois du canoë et du kayak sur une vingtaine de compétitions nationales. Les avis étaient assez partagés entre les gens qui me conseillaient plutôt de me concentrer sur le C2, d’autres me disaient que c’était intéressant de doubler.
En fait il n’y a pas de règles. J’ai longtemps suivi les performances de Sébastien Lefebvre qui m’inspirait beaucoup, et ensuite il y a eu d’autres personnes comme chez les dames qui doublaient.
L’avantage c’est que si tu fais qu’une seule embarcation, tu es obligé de faire une pause certains moments dans la saison. Dès que je rentrais d’une compétition de canoë, directement je partais m’entraîner pour le kayak. J’enchaînais directement.
C’était mon plaisir de retrouver mon embarcation monoplace. Le canoë c’est une embarcation où tu débriefe tout le temps, il n’y a pas de place au hasard. Parfois c’est super, mais dès fois c’est lourd.
Donc le kayak me permettait de me retrouver seul après tout ça. Avec le recul, ça serait intéressant de compter le nombre d’heures passées dessus.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui a fait que tu as arrêté le C2 ?
Yves Prigent : Premier facteur, le fait d’être un sport amateur. Mon équipier a favorisé ses études et son travail.
On avait mis beaucoup l’accent sur la compétition et financièrement au bout d’un moment tu dois choisir si tu bosses ou si tu fait partie de l’équipe de France.
A moins d’avoir des parents qui puissent t’aider financièrement, tu dois choisir. Et puis c’était la fin du C2 aux JO, donc c’était le bon moment pour lui.
La fédération du coup soutient moins, il y a moins de concurrents. On ne sait pas si le C2 sera encore dans les pôles…
On a quand même récupéré pas mal de médailles. Donc on a fait un beau parcours.
Les Secrets du Kayak : Comment tu as fait pour concilier tous les entraînements avec tes études, et ton métier ?
Yves Prigent : Ça relève un peu du miracle mais ça vient surtout du fait d’être dans un environnement facilitateur, qui puisse te le permettre.
Mes parents ont assumé financièrement, ce qui m’a permis de faire études et du bateau.
Et ce sont aussi les structures comme les pôles, la section sportive au niveau de la Fac on pouvait passer les examens en différé. Ça m’a aussi mis en difficulté notamment l’année du concours pour devenir prof, c’était une année très dure mais sans hésiter je le referais.
Avec le recul, le sport soit disant amateur est professionnel. C’est difficile de briller dans son travail et dans son sport.
Ou alors il faut faire des cycles en mettant des accents pour certaines saisons. Là j’ai travaillé et j’ai fait quatrième. Donc c’est bien mais pas assez pour être en équipe de France.
La satisfaction est beaucoup plus grande qu’à l’époque où je ne travaillais pas. Le juste milieu n’est pas facile à trouver. Il y a l’exemple de Martin Thomas qui a réussi ces dernières années sans être à fond dans son travail, il avait des projets à côté. Ça équilibre les ambitions sportives. Si tu n’as que le kayak, ça peut péter.
Moi j’ai la chance d’avoir un travail avec des vacances, après le mi-temps pour moi c’est le meilleur compromis.
Mais le kayak ça coûte cher à très haut niveau, il faut trouver des financements et moi c’est grâce à mes parents si j’ai pu y arriver. Pour se faire aider et trouver des sponsors, il faut être finaliste aux championnats du Monde. Ou alors ce sont des petits sponsors mais ça ne paie pas une saison.
Cette année j’ai pu m’entraîner tous les jours et je me suis fait battre par des gens qui ont un peu plus d’expérience que moi. J’ai profité et savouré mes résultats.
Après il faut bien communiquer avec les gens qui t’entourent que ce soit à l’entraînement, avec tes collègues afin d’être efficace partout. La prochaine étape pour moi c’est d’être un peu plus haut au niveau sportif, peut être mettre un peu moins d’énergie dans mon travail, avec des missions moins élargies, trouver le bon compromis.
Si je me sélectionne j’abandonne mon métier parce les sélections se feront au mois d’avril. La satisfaction serait très différente mais je deviendrais 100% kayakiste de mai à septembre.
C’est ce que fait ma petite sœur ou beaucoup de sportifs. Le sport est devenu professionnel en kayak. Donc quand tu te lèves le matin tout ce que tu feras dans ta journée sera pour optimiser ta performance, de ton petit déjeuner en passant par l’entraînement, par ton repos, tout ça pour rentrer dans la sphère du professionnel.
Tous les pays progressent : les slovènes n’avaient jamais eu de médailles, aujourd’hui ils en ont. Nous la France on n'en a pas ! Il faut remettre en question le système, même si on a des super places, on n'est pas sur le podium.
A trois ans des Jeux chez nous je pense que ça va nous remettre un peu d’humilité. Notre système n’est pas parfait. Il va falloir réussir à partir sur du respect vis à vis d’autres nations, de la concurrence, du travail à fournir. Il faudra absolument être sur les podiums.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il faut détenir plusieurs bateaux en fonction du bassin sur lequel on navigue ?
Yves Prigent : A très au niveau oui. Les bassins sont très différents et si tu veux être performant tu dois être capable de t’adapter. Mais ce n’est pas toujours possible, il faut avoir un constructeur, il faut en avoir envie, et c’est aussi une prise de risque. Ça dépend vraiment des athlètes.
Aujourd’hui ce sont le plus souvent des bassins artificiels. Sur l’eau salée ton bateau flotte davantage, donc il faut enlever du volume pour faire des rotations. C’est un facteur d’analyse qui entre en jeu.
Afin de performer j’ai sorti une forme de casque pour être au plus près des piquets parce que ça m’énervait d’avoir un casque où je devais mettre de la mousse. Donc faire du matériel c’est essentiel.
Tu as l’exemple du tchèque qui a fait sa pagaie, il n’a jamais été aussi facile pour passer les piquets.
Les innovations progressent, c’est toujours plus léger et rigide, il y a toujours des trouvailles. Ça va avec la performance.
Aujourd’hui je n’ai plus de bateau il est en commande, mais il y a eu des saisons où j’avais trois bateaux. Le budget c’est 7000€ de bateaux.
Et en pagaie la base c’est d’en avoir trois. En général il en faut une démontable, sinon tu joues d’un demi centimètre en longueur. Entre 2,01 m et 2,02 m ça va changer en fonction de ton état de forme. En canoë tu peux facilement les casser, donc si tu n’en as pas trois tu es mal.
Les Secrets du Kayak : Comment ça fonctionne l’entraînement en slalom ?
Yves Prigent : Je pense que c’est différent en fonction des nations et selon l’âge et l’évolution de ta carrière, ta progression.
Pour moi la règle d’or c’est de passer beaucoup de temps sur l’eau. Pour moi c’est proportionnel au résultat. Pour s’approprier le matériel, les techniques, les automatismes. Il faut que ça deviennent normal et non pas incroyable. C’est comme un musicien.
Mais pour ne pas devenir complètement fou la course à pied et la musculation sont les deux activités faciles à mettre en place, et ce sont celles que j’ai le plus pratiqué.
La musculation j’en ai fait pour compenser un manque physique. Je suis passé de faible à correct en terme de force. Les activités de plein air comme le trail, le ski de fond, c’est vraiment pas mal pour la notion de prise de risque et de glisse, d’engagement, de douleur, pour se mettre dans le rouge.
En slalom c’est 1min30 donc tu es toujours sur du lactique. Si tu n’as pas le cardio et que tu ne t’es pas fait mal, les dernières secondes tu ne peux pas les assumer, ou bien tu perds du temps sur tes concurrents.
Les Secrets du Kayak : Quand tu fais une séance en bateau, est-ce cadré au niveau de tes objectifs d’un point de vue quantitatif, ou bien t’entraînes-tu à l’instinct ?
Yves Prigent : Non, c’est très structuré dans les pôles. Il y a des cycles d’endurance, de puissance aérobie. Lorsque tu te rapproches des compétitions tu fais des séances plus courtes, des séances de vitesse, l’hiver c’est du foncier, l’été c’est plus tonique.
Il y a aussi une part de créativité lorsque tu encadres. Si tu te réduis à un planning tu ne peux pas être le meilleur, il faut ajouter quelque chose en plus, de personnel, une technique, une innovation.
Il faut avoir la capacité pour chaque séance d’avoir des nouvelles pistes de travail.
Après avoir fait de la préparation mentale je pense que des cycles de jeux avec l’eau sont très important à mon sens.
Il faut travailler sous forme de jeux le gainage, la tenue du bateau, le timing. Sur des séances techniques tu vas travailler des stops et des décalés, mais le mental est important.
Une séance en moyenne dure 1h à 2h30 sur l’eau.
Et pour faire mes séances d’endurance je garde de plus en plus mon bateau de slalom. Pour travailler mon appui, c’est intéressant de le faire en bateau de course en ligne mais il faut du matériel.
Pour moi un bateau long c’est intéressant sur une sortie qui en vaut le coup.
Avec mon bateau de slalom je travaille le plaisir de l’appui de transmission. Je ne fais jamais de la ligne droite. Il me faut du tracté, de la rotation. C’est un sport de précision. Sinon je m’ennuie, il me faut de la créativité.
Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui tu ne vis plus en Bretagne ?
Yves Prigent : J’ai déménagé il y a un an pour m’installer à Torcy à côté du bassin de Vaires-sur-Marnes. Pour le travail et pour l’entraînement. Je veux être au cœur de l’action pour Paris 2024.
Et je ne regrette pas du tout, je suis au contact des meilleurs français pour mes sélections. Mon projet c’est d’aller à fond pour les JO de 2024.
Pour y parvenir je mange de façon variée, sainement et en grande quantité. Pour moi c’est très important. C’est comme pour le sommeil ou l’équilibre mental.
J’ai démarré en 2018 la préparation mentale quand j’ai choisi de ne faire que du bateau. Je n’en fait pas tout le temps. J’en ai fait ne serait-ce que pour savoir pourquoi tu fais de la compétition, comment, avec qui, est-ce que tout est en place pour que ça marche ? Ça aide à comprendre tes victoires ou tes loupés.
En terme de coach j’ai eu Gérard Vaillant, ensuite cette année je n’en ai pas repris, mon esprit était toujours trop occupé par mon travail.
Donc cette année ma préparation mentale c’était mon rythme, ma rigueur. J’ai eu la chance d’être avec Viven Colober sur les sélections, et mon père qui me suit.
Donc je ressentais moins le besoin d’en faire. Mais le fait de faire de la préparation mentale, tu apprends des techniques que tu peux mettre en place plus tard.
Les Secrets du Kayak : Pour performer il faut un staff autour de soi ?
Yves Prigent : Je ne vais pas dévoiler tous mes secrets mais ma stratégie de préparation nécessite d’être bien entouré. Je dis ça pour rire mais chacun a sa façon de faire, mais ça fait 90 % de la réussite.
Pour un travail individuel tu as au moins sept personnes derrière toi, dont le conjoint, parents, frères et sœurs, préparateur mental, kiné, entraîneur. Souvent on valorise un athlète, mais c’est un travail d’équipe.
D’un point de vue de ma vie sociale, j’ai eu une jeunesse assez profitable. J’ai mes périodes où le plaisir c’est de s’entraîner. C’est une chance de pouvoir faire ça.
Dans certains pays les gens ne savent pas ne serait-ce s’ils peuvent manger, se loger. Je ne peux pas me plaindre. Ça reste un luxe que de pouvoir pratiquer. J’ai une vie sociale même si cette année j’avais l’impression d’être un soldat boulot-kayak et je suis heureux de le faire.
Ma copine ne fait pas de kayak, c’est une sportive qui me soutient beaucoup. Elle est dans un autre domaine. C’est une force et c’est ressourçant de pouvoir discuter des doutes etc. c’est motivant et ça donne envie de continuer ne serait-ce pour elle.
J’ai déjà connu les arrêts pour cause de blessure lorsque j’étais plus jeune vers 22 ans. Je ne me connaissais pas assez, je ne savais pas dire non sur des rythmes d’entraînement.
Les blessures c’était beaucoup pec-biceps quand je faisais du C2. Sinon ce sont des tensions dans le dos, le cou, de la fatigue dans le poignet et le dos.
Dans ma carrière sportive je déplore l’inexistence de bassin comme à Prague. Si je le pouvais je resterais sur l’eau un maximum de temps. On a quand même la chance d’être le pays où nous avons le plus de bassin, c’est ce qui nous permet d’être très fort.
Pour m’entraîner à Vaires-sur-Marne je paie un créneau de 1h15 pour environ 15€. Mais ça fait parti de ton budget à prévoir. Il y a quand même des créneaux collectifs qui te permettent de ne pas payer trop cher.
J’ai déjà fait des stages à l’étranger notamment l’été depuis que je suis cadet, un peu partout, c’est l’occasion de passer beaucoup de temps sur l’eau.
L’hiver je ne fais pas de coupure, c’est risqué. Il n’y a que cette année que j’en ai fait. Il faut en faire, mais au bon endroit dans la saison. Soit après les piges ou les championnats du monde.
Une coupure ne veut pas dire ne pas faire de sport pour moi, ne pas en faire c’est une corvée. Je préfère faire des randonnées par exemple. Ma coupure après un programme complet, c’est deux semaines sans toucher un bateau.
Après des JO ça peut aller jusqu’à six mois, mais chacun jauge, ça reste émotionnel pour ne pas tomber dans le burn-out.
Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui qu’est-ce qu’il te manque pour gagner ?
Yves Prigent : Bonne question, mais je pense que si j’avais la réponse ça ne serait pas si drôle. Ça pourrait être un facteur que je ne connais pas encore, comme une forme de sagesse. Je me cherche un peu de ce côté là.
J’ai déjà gagné des médailles, là il me faudrait une victoire en kayak homme en France élite mais ça resterait un ticket d’entrée pour les équipes de France kayak.
Après il y a des petites victoires comme faire une interview Les Secrets du Kayak.
Pour moi tu peux faire cinquième et être hyper heureux. Il n’y a pas de petites victoires.
Là je vois les jeunes arriver, mais j’espère ne plus être là dans cinq ans ! Voir la concurrence arriver comme ça, ça annonce de gros combats.
J’ai du faire environ 1000 compétitions et la seule course où vraiment je ne pouvais pas faire mieux, c’était en kayak. Je n’ai pas de souvenir d’une course parfaite, il y a toujours quelque chose à corriger.
L’analyse de course se fait toujours à chaud, mais elle est toujours différente à froid. La vraie analyse se fait en différé. En slalom c’est toujours de la vérification de pénalité à chaud. Elle fait place à l’émotion qui reste importante.
Vous pouvez retrouver Yves Prigent sur son compte Instagram.
Interview : Lucile Maffre
Lucille est spécialiste du sommeil. Elle aide les sportifs de haut-niveau à améliorer leur sommeil et donc leur récupération. Retrouvez tous ces précieux conseils pour vous aussi avoir un sommeil de qualité.
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Lucile Maffre en aout 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Lucile Maffre : Bonjour, ça va très bien.
Donc je suis Lucile, j’ai 27 ans et je suis spécialiste du sommeil de sportif de haut-niveau.
J’ai un Master en chimie, pas de rapport avec le sommeil mais j’ai la chance d’être passée par l’INSEP et le laboratoire de recherche.
Mon sujet de recherche était tourné vers le sujet de la mélatonine, l’hormone du sommeil. Je devais trouver une méthode d’analyse de cette hormone. On la retrouve dans le sang, la salive et les urines des sportifs.
J’ai eu la chance de regrouper le sport, la chimie et le sommeil dans une même activité professionnelle.
Les Secrets du Kayak : Tu avais des difficultés à trouver le sommeil ?
Lucile Maffre : Oui, ça m’est arrivé adolescente. Moi j’ai un sommeil très très profond : je me réveillais parfois alors qu’il avait plu et qu’il avait fait des orages, je regardais mes parents surpris que je n’ai rien entendu.
La maison pouvait s’écrouler, moi je continuais à dormir. C’était une source d’angoisse pour moi.
Petit à petit j’ai trouvé des méthodes d’endormissement pour ne plus avoir ces angoisses, par la musique classique et partir dans un sommeil hypnagogique.
C’est comme des petites hallucinations que tu peux avoir au moment de l’endormissement. Ensuite, c’était davantage de la cohérence cardiaque, donc avoir une respiration de plus en plus régulière pour qu’elle soit de plus en plus calme.
Je suis une personne qui rêve beaucoup. Certaines personnes ne vont pas se souvenir de leurs rêves, et d’autres y sont attachés.
Donc tout le monde rêve, mais tout le monde ne s’en rappelle pas. Pour se rappeler il faut des micros éveils, ou des éveils soit pendant ou après.
Donc les personnes qui ne s’en rappellent pas, ce n’est pas mal parce que ça veut dire que leur sommeil est continue. Les personnes qui s’en souviennent, il y a un réveil qui provoque la mémorisation du rêve.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qu’un bon sommeil ?
Lucile Maffre : Bonne question, pour moi le bon sommeil est un sommeil efficace ou de qualité.
Souvent on a tendance à se dire que lorsqu’on dort 10h on est d'avantage KO que si on n'avait dormi que 7h. Le nombre d’heures n’est pas synonyme de qualité du sommeil.
Ce n’est pas parce qu’on dort 10 heures, qu’on dort réellement 10 heures. Mais si on n'a que 7 heures devant nous, psychologiquement on va optimiser ce temps là.
L’efficacité du sommeil c’est le temps qu’on dort vraiment par rapport au temps passé au lit. Une bonne efficacité de sommeil c’est au dessus de 90 %.
Il existe différentes phases dans le sommeil. A l’état de veille il n’y a qu’un seul état, on est réveillé.
Pendant le sommeil il se passe différentes choses, avec différents stades qui évoluent tout au long de la nuit : stade léger, stade profond, stade paradoxal.
Au début de la nuit on a tendance à faire du sommeil profond, et plus vers la fin de la nuit on tend vers le sommeil paradoxal. C’est pendant ce stade qu’on fait 90 % des rêves. Le reste du temps ils sont beaucoup moins précis.
Tous les stades de sommeil sont importants. Si on supprime un stade de sommeil, ou bien si on réduit un stade de sommeil, il y a forcément des problèmes de santé qui se jouent sur du moyen terme, comme des problèmes de concentration, de réflexe, de blessures etc. ou sur le long terme davantage de problèmes cardiovasculaires, maladies neurodégénératives…
Il est vrai que lorsque tu es dans uns phase de sommeil lent profond, tu as énormément de mal à t’en sortir. Le sommeil le plus facile pour se réveiller c’est à la fois le stade lent léger, le N1, ou le sommeil paradoxal car l’activité cérébrale est très proche de l’activité de veille. La seule différence, c’est l’absence de tonus musculaire.
Au sujet des siestes souvent on dit que ce n’est pas plus de trente minutes pour ne pas passer dans le sommeil lent profond, et ne pas devoir en sortir.
Souvent c'est ce que je préconise, mais tout dépend de votre activité physique, de votre vie professionnelle, de votre vie familiale… Sachant qu’une sieste ne rattrape pas le temps d’endormissement de votre nuit.
Donc pour une personne qui fait des horaires de bureau, dormir plus d’une demi-heure après le repas, c’est risquer de prendre du retard dans son travail et se réveiller dans ce sommeil lent profond, et ne pas être productif.
Contrairement aux personnes qui travaillent de nuit, ou aux sportifs de haut niveau, il peut avoir des siestes compensatrices, c’est à dire qu’on est en dette de sommeil ou on a fait un entraînement conséquent avec une intensité forte, on va avoir tendance à dormir un peu plus longtemps l’après midi, c’est souvent un cycle complet de sommeil, soit entre 1h30 et 2h.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a un temps universel, moyen de sommeil incompressible ?
Lucile Maffre : Personnellement je suis une grande dormeuse.
Il y a plusieurs choses qui entrent en compte, parfois le temps du sommeil et le chronotype, c’est à dire si les personnes sont plutôt du matin ou du soir.
On connaît tous quelqu’un qui à partir de 22h ne peut plus rien faire, et on connaît tous quelqu’un qui à minuit ou 1h du matin est toujours en forme.
Tous les 24h notre cycle se répète. Il y a des personnes qui vont dormir cinq ou six heures et être en forme, parce que leur efficacité du sommeil est quasi égale à 100 % ou bien, elles ont un sommeil très réparateur, c’est à dire quasi absence de micro-éveil.
Un micro éveil c’est entre 3 et 10s. Notre corps s’en rend compte, de part l‘augmentation de la fréquence cardiaque, de part les mouvements de jambes et des bras. Et donc notre sommeil se fragmente et le corps ne peut pas faire le travail de récupération, de tri ou de régénération des muscles.
Après cela dépend de tout à chacun que d’être du matin ou du soir, à savoir combien d’heures de sommeil est optimal pour chaque personne, et à quelle heure il est mieux pour une personne ou une autre pour se réveiller.
Les Secrets du Kayak : Comment on fait pour ne pas avoir de micro-éveil ?
Lucile Maffre : Il y a plein de choses. La première, faire attention à l’environnement du sommeil où l’on se trouve. Donc sa chambre, la couleur des murs. Il faut des couleurs douce. Si on a une chambre trop chargée, notre regard se tourne vers ce surplus d’informations et notre cerveau ne se repose pas.
Il y a aussi le confort de la literie. C’est primordiale.
La lumière parasite peut interférer. Il faut limiter la présence des écrans dans les chambres, ne pas aller vers ses écrans nuisibles.
En cas de présence d’animaux domestiques, ne pas leur permettre de rentrer dans la chambre.
Le bruit c’est toujours délicat, puisque ça peut être le voisinage, les pompiers, la police qui passe dans la rue, les avions, ou aussi le conjoint qui ronfle.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’on dort mieux seul ou à deux ?
Lucile Maffre : Je pense que la règle d’or pour dormir à deux et avoir un sommeil réparateur, c’est de respecter le sommeil de l’autre, si certains ont des rythmes en décalé. Il faut aussi toujours échanger sur ce qui convient ou pas aux personnes.
Certaines personnes ne sont pas sujettes à la lumière, elles vont avoir tendance à laisser les volets ou rideaux ouverts, alors que la deuxième personne se réveille à la moindre lumière.
Il faut mieux tendre vers la personne sensible que celle qui l’est moins.
Les Secrets du Kayak : Quel est ton regard sur les matelas et oreillers ergonomiques ?
Lucile Maffre : Si on veut, la problématique du sportif c’est le fait d’être rarement chez lui et souvent dans des endroits très différents.
Ça peut être pour un stage, un tournois, une compétition... A chaque fois l’environnement sera différent, la literie également. Le plus c’est de pouvoir développer les matériaux et la structure des matelas, sur quelque chose d’approprié aux sportifs et d’amener facilement ce matelas sur le lieux de déplacement.
C’est là où je tire mon chapeau aux entreprises qui ont compris l’enjeu du sommeil pour le sportif qui se déplace très souvent.
Un bon matelas ça va être un matelas qui va éviter les engourdissements musculaires, faire en sorte que la position du corps soit alignée dans le lit.
Faire en sorte qu’il n’y ait pas de contractions que ce soit dans le cou, dans le dos, dans les épaules etc. Je vais travailler avec une ergothérapeute sur le rôle de la position dans le lit. Sachant qu’à chaque position, il y a une problématique différente.
D’un point de vue de la récupération le plus souvent la meilleure position pour dormir c’est sur le coté, peu importe lequel, car au niveau respiratoire l’air passe plus facilement.
Si on se met sur le ventre avec la tête de côté, au niveau respiratoire et des cervicales, ce n’est pas optimal.
Et sur le ventre les gens ont tendance à ronfler car au niveau respiratoire on a la bascule de la langue vers l’arrière, ce qui fait une légère obstruction. Aussi les tissus de la gorge ont tendance à vibrer car ils n’ont pas assez de place. Et notamment pour la respiration thoracique, le poids sur les poumons les empêche de prendre l’air nécessaire pour respirer pendant la nuit.
Donc suivant la position dans laquelle on dort, il y a des oreillers de formes et de tailles différentes à adopter. Et selon les personnes, c’est la distance entre le cou et l’épaule qui fait un oreiller optimal. Il faut respecter un angle certain.
Les Secrets du Kayak : Remarques-tu que tous ces facteurs du sommeil sont négligés à ton niveau ?
Lucile Maffre : Oui, il y a de plus en plus de gens qui s’y intéressent, même chez les sportifs. Et ils sont nombreux pendant les JO actuellement à témoigner d’un mauvais sommeil.
Je trouve dommage que les performances soient altérées par ce facteur sommeil. D’un côté on ne peut pas leur en vouloir parce que je les comprends et que j’y suis sensible.
Mais à chaque fois que j’en parle dans mon entourage, ma famille ou mes potes, ils apprennent à chaque fois quelque chose quand on aborde le sujet.
Il y a donc aussi une question d’éducation. On n’apprend pas à l’école l’importance du sommeil et pourtant ça me paraît tellement important.
Souvent j’ai tendance à faire face à des sportifs assez curieux de base, qui se documentent pour chercher les méthodes d’une meilleure performance. Ils me demandent un peu plus de détails. Ce que je fais moi, c’est un état des lieux et je leur demande leurs objectifs. Certains partent de zéro, d’autres sont déjà bien avancés sur le sujet.
Les Secrets du Kayak : Tu parlais de l’impact du décalage horaire sur les athlètes, actuellement ce sont les Jeux. Comment on s’adapte au décalage horaire pour s’adapter aux horaires de Tokyo? Comment dormir quand tu as l’excitation, l’adrénaline de la compétition quand c’est parfois l’objectif de vie pour certains ?
Lucile Maffre : Gérer un décalage horaire, on pourrait en parler des heures. On peut le préparer en amont, et c’est ce qui est préconisé. On essaie un mois avant d’anticiper sur les horaires en se décalant petit à petit.
On peut aussi porter des lunettes de sommeil pour la sécrétion de mélatonine, via les récepteurs présents dans nos yeux. Donc il existe des techniques.
Pour bien dormir la veille d’une compétition, c’est possible d’être performant avec seulement 4-5 h de sommeil à condition d’avoir eu une bonne préparation et une bonne hygiène de sommeil en amont, et si c’est ponctuel.
Mais s’il existe une dette de sommeil la veille de l’échéance, cela ne sera pas la bonne stratégie.
Nous spécialistes du sommeil, nous travaillons en réseau, on travaille sur la physionomie et la physiologie de la personne : combien d’heures, quelle efficacité…, et ensuite le travail sur l’aspect mental et sa prise en charge se fait par une autre personne.
Les Secrets du Kayak : Si on a des difficultés à dormir, qu’est-ce qu’on doit mettre en place ? Quelles sont les techniques propices au sommeil ?
Lucile Maffre : Il existe beaucoup de techniques. Ce qui est important pour le corps c’est de comprendre ce qui se produit lors de la journée.
Si on a une alternance d’activité et de non-activité, si on fait du sport, notre corps comprend cette différence d’activité motrice. Si on a tendance à rester dans la même position ou activité plate dans la journée, le moment où on va se coucher notre corps va se demander pourquoi se coucher alors que toute la journée tu as fait la même chose.
C’est ça qui est important, il faut que notre corps ait un besoin de sommeil.
La fatigue c’est bien, il ne faut pas la voir négativement. Ce qui est plus problématique, c’est la somnolence. C’est ce sentiment de ne pas émerger de son sommeil et d’avoir une somnolence continue tout au long de la journée. Pour sortir de cette somnolence on peut faire des pics d’activité pour booster un peu notre corps.
Pendant la journée je préconise l’activité physique, on va avoir tendance à boire suffisamment mais si on boit trop en soirée ça va procurer des micros éveils.
Également s’exposer à la lumière toute la journée, pour que notre corps comprenne que c’est le jour.
Ce qu’on peut faire le soir c’est manger tôt pour ne pas mélanger la digestion et le sommeil. La digestion est une activité de jour. Il est mieux de manger deux à trois heures avant l’heure du coucher.
Ne pas manger trop gras le soir. La mélatonine est issue d’un acide aminé, le tryptophane, qui se retrouve dans plusieurs aliments, donc on peut favoriser son taux. Il y a le saumon, les brocolis, les noix, les œufs, le chocolat noir, etc.
Au sujet des écrans, les applications de réduction de lumière et de filtrage, c’est fait pour rassurer les gens et leur permettre de passer plus de temps sur les écrans le soir.
Pour moi les écrans le soir ça a un double effet. La lumière, joue sur nos récepteurs. Si on continue de recevoir de la lumière et qu’on continue à rester statique sur notre canapé, notre corps est perturbé, c’est une mauvaise préparation au sommeil par un message contradictoire.
Le deuxième point dépend de ce qu’on regarde sur notre écran qui génère différentes émotions pour lesquelles il faudra plus ou moins de temps pour s’endormir.
Le mieux c’est d’arrêter les écrans au moins 1h avant d’aller se coucher.
Les compléments comprenant de la mélatonine m’enragent. La mélatonine n’est pas un somnifère, c’est un marqueur, c’est une hormone qui nous règle pour nous endormir tous les jours quasiment à la même heure. Elle est prescrite pour des gens qui veulent recaler leur rythme biologique après avoir eu plusieurs décalages horaires.
Les Secrets du Kayak : D’après certains témoignages, les personnes qui prennent de la mélatonine sont les personnes qui se souviennent le plus de leurs rêves.
Lucile Maffre : Je ne sais pas trop. Après elle a une grosse fonction sur la récupération et la structure du sommeil. Si les gens avaient tendance à avoir un mauvais sommeil et ne pas se rappeler de leurs rêves, forcément que lorsque ça devient le cas c’est un facteur marquant d’un bon sommeil pour eux.
Pour ces personnes se souvenir de ses rêves c’est qu’elles veulent progresser ou qu’elles ont des tourments pendant une période. C’est le cerveau qui lance des messages subliminaux, des angoisses aussi chez les sportifs.
Les Secrets du Kayak : Que penses-tu des tisanes pour dormir ?
Lucile Maffre : Oui le passiflore ou d’autres, moi je les aime bien. Mais toujours penser que ça peut provoquer des réveils nocturnes. Ce qui nuit au travail de récupération. Mais tout dépend du type de personne.
De façon générale être dans l’obscurité et dans le silence peut aider au sommeil.
Mais il y a aussi une part d’éducation et de génétique dans tout cela : si on a été traîné à droite et à gauche lorsqu’on était petit, et qu’on réussissait à dormir en toute circonstance. Ou si ce sont des parents qui ont toujours eu la vigilance de nous placer dans une chambre dans le noir etc, il y aura une tendance à être plus sujet au bruit et à la lumière.
L’adaptation à son environnement est importante, tout en conservant des constantes comme le matelas.
Les Secrets du Kayak : J’aimerai comme beaucoup, moins dormir et être en forme. Il y a quelque chose à la mode depuis pas mal de temps, ce sont les Power Nap, donc les micros sieste. Peut-on réduire son niveau de sommeil global ?
Lucile Maffre : Une sieste ne récupère pas le temps non dormi pendant la nuit. Power nap c’est du marketing. Tout dépend des personnes, de ton activité professionnelle, de ta situation sociale, si tu travaille de nuit ou de jour.
Il y a une tendance qui dit que la sieste a un pouvoir de redynamiser, c’est un moment de répit dans la journée. Il y a des techniques pour se réveiller avant que le tonus musculaire se retrouve à zéro.
En ce moment je travaille avec des médecins qui sont spécialistes dans l’apnée du sommeil. Ce phénomène crée des pauses respiratoires pendant notre nuit, qui ont tendance à fragmenter le sommeil.
Le sommeil est moins réparateur. On a un sommeil léger, fragmenté par des micros éveils. Et lorsqu’on se réveil le matin on est fatigué, notamment par l’augmentation de notre fréquence cardiaque au cours de la nuit.
Moi même j’enregistre le sommeil des gens, et j’utilise la polysomnographie. On a des électrodes sur la tête, des sangles sur le thorax, les abdos, un oxymètre au niveau du doigt pour mesurer la fréquence cardiaque et la saturation en oxygène. On a un capteur de ronflement, un autre de position. On a un actimètre au poignet qui mesure les mouvements.
C’est un peu perturbant, mais on arrive à dormir et ça donne un réel aperçu du sommeil des gens.
On équipe les gens dans l’après-midi pour qu’ils s’habituent avant de s’endormir. Il existe aussi les lunettes nasales.
Donc les montres c’est seulement l’équivalent de l’actimétrie. Donc leur résultats donnent une tendance, mais ce n’est pas aussi complet qu’un test.
Le test dure en moyenne une nuit. Pour faire un diagnostique le sommeil se mesure la nuit, mais on peut aussi l’enregistrer la journée.
C’est plus la somnolence qui est mesurée. Soit une latence d’endormissement, on va garder les capteurs sur la tête pour savoir combien de temps une personne s’endort. Si elle s’endort en moins de cinq minutes, à 9h, 12 h ou 16h, on peut bien comprendre que la dette de sommeil est assez importante et qu’il y a un petit problème de régulation du sommeil.
Si la personne ne s’endort pas ou peu dans la journée, alors sa régularisation de sommeil est efficace.
Le deuxième test c’est le maintien d’éveil, c’est ce qu’on fait pour les chauffeurs routiers. On leur demande de rester 40 minutes le plus éveillé possible dans des conditions similaires à de la conduite.
Statique, peu de lumière, sans stimuli extérieurs. En fait le sommeil a énormément de répercussion dans la journée. Donc les gens qui disent avoir des problèmes de sommeil ont davantage tendance à mettre un point sur ce qu’il se passe dans leur journée, que pendant la nuit.
Ça peut être des problèmes de concentration, de l’irritabilité, des pertes de performance, des problèmes de mémorisation, de l’endormissement au volant.
Il existe aussi la polygraphie pour analyser son sommeil. C’est surtout une technique respiratoire, tu n’as pas les électrodes sur la tête.
Souvent, si c’est un examen du sommeil justifié, ça peut être remboursé par la sécurité sociale. Tout dépend du motif.
Les Secrets du Kayak : Dans une optique de prévention d’un manque de sommeil et une optique de performance, est-ce que ça vaut la peine de faire analyser son sommeil pour savoir si tout va bien lorsque tu es athlète de haut niveau ?
Lucile Maffre : Moi je suis la première à vouloir les aider.
Il y a le côté subjectif, mais c’est un ressenti personnel. Ensuite il y a ce que nous dit l’enregistrement du sommeil.
Ma démarche c’est de contacter les sportifs de haut-niveau qui sont reconnus à l’échelle internationale, et qui font aussi attention à leur sommeil et leur hygiène pour les aider que ce soit pour une séance chez eux, lors d’un stage, etc. que ce soit pour mieux gérer leur entraînement ou un décalage horaire.
Ou pour des athlètes qui ont de l’endormissement tardif à cause des matchs en soirée. Ça crée un décalage horaire pour la semaine.
Moi je fais un état des lieux, puis un travail sur plusieurs mois pour optimiser les réponses à la problématique, pour arriver ensemble à atteindre leurs objectifs.
Avec le temps tous les problèmes du sommeil peuvent se régler. Une grande partie vient de l’éducation au sommeil. Donc je passe par une phase de sensibilisation et de l’hygiène de vie. Et s’il faut aller plus loin, c’est là que le travail en réseau est important et se fait avec des spécialistes en médecine.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des livres ou des documentaires que tu pourrais conseiller ?
Lucile Maffre : Il existe plein de livres sur le sujet. Je pense à Damien Leger 'Le sommeil dans tous ses états', ou Pierre Philip 'Antifatigue', et il y a aussi mon site internet dans lequel il y a pas mal d’informations : lucilemaffre-sommeil.com.
Mon objectif c'est mettre cela sous forme de fiches thématiques, c'est accessible à tout le monde.
Chez les sportifs de haut niveau les problématiques sont autres, comme la forme physique et une bonne hygiène de sommeil réduit le risque de blessure et favorise la récupération musculaire.
Il faut pouvoir encaisser et mémoriser les entraînements.
Pour moi le sommeil et la performance physique sont indissociables.
Les Secrets du Kayak : Est-ce quand on baille cela veut dire qu’on est fatigué ?
Lucile Maffre : Oui, et c’est surtout un signe de fatigue. Il faut faire attention à ces signes de fatigue comme les yeux qui piquent, qui se ferment un peu tout seul, le relâchement musculaire, un ralentissement de la respiration, qui fait qu’on rentre dans le premier stade de sommeil.
Je leur donne un agenda du sommeil pour répertorier nuit par nuit la qualité de leur nuit, et noter dans la journée quels sont les moments pendant lesquels ils sont le plus performant.
Si ça revient à des heures régulières, en profiter pour faire des choses moins contraignantes, pour repartir de plus belle dans l’après-midi.
Interview : Claude Bénézit
Retrouvez tout sur Claude Bénézit. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Qu’a-t-il fait pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Claude Bénézit en aout 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Claude Bénézit : Ben écoute très bien.
Les Secrets du Kayak : C’est un plaisir de t’avoir avec moi aujourd’hui en tant que légende du kayak. Je voulais donc revenir sur ton parcours, sur ce que tu faisais et ce que tu fais aujourd’hui. Comment as-tu commencé la kayak ?
Claude Bénézit : Un peu bizarrement, j’ai débuté tardivement à 19 ans et mon entraîneur de l’époque était garde chasse.
Mes premiers déplacements en kayak c’était pour aller voir des oiseaux, des traces de sangliers, des panières de ponte de canard sur l’Allier. C’était un mode de déplacement pour découvrir la faune et la flore.
Auparavant j’avais fait du football, j’avais même fait les sélections pour rentrer à l’INF Institut National de Football. J’étais un passionné de football, mais je n’étais pas très satisfait de l’activité de sport en équipe, et je m’étais mis à faire du judo.
J’ai été jusqu’au passage de la ceinture noire. Je ne l’ai pas obtenu suite à des erreurs de carnet, mais j’ai fait mon kata ceinture noire.
Je faisais aussi beaucoup de vélo naturellement, et comme j’ai grandi à coté d’une station de montagne je faisais du ski de fond dès le début. J’ai connu les prémices des ski de fond. Mes premiers étaient en bois.
Donc pour mes débuts en kayak, en tant qu’assistant garde chasse, j’avais un entraîneur qui avait fait les championnats du Monde de slalom en 1949 à Genève, et les premiers championnats du Monde de descente en 1959 sur la Vézère.
Il avait de l’expérience dans le domaine de la descente, donc j’étais dans le bain de suite. J’ai fait un championnat de France en slalom. Mes premiers championnats c’était en junior 1 et en senior première année j’étais champion de France en descente à Bourg-Saint-Maurice.
Je n’avais pas d’appréhension parce qu’en fait en descente quand on maîtrise son bateau on recherche la trajectoire la plus rapide, la perfection au niveau de son parcours, on doit prendre des risques pour trouver la passe qui va bien pour ne pas perdre de temps.
Ensuite sur des rivières différentes, type Massif Central, c’est de la mémorisation de chacun des passages pour pouvoir aller très vite.
Les parcours de compétition sont définis par des sites qui se proposent d’organiser les championnats en fonction des saisons. Donc ça tourne un petit peu.
A mes début on avait un gros circuit de descente assez traditionnelle, on commençait sur l’Eyrieux du côté de l’Ardèche, ensuite on allait sur les débuts de l’Allier en Haute-Loire, puis sur la Dordogne sur des rivières mythiques.
Tous les ans on faisait ce circuit pour monter en charge pour les championnats de France. Maintenant on a des saisons où les rivières proposées sont d’un niveau un peu plus faible.
Les Secrets du Kayak : Tu pensais devenir champion de France au bout d’une année ?
Claude Bénézit : Je ne connaissais pas mon niveau mais ce que je savais : c’est que ma première rivière pour me sélectionner aux Championnats de France, mon entraîneur m’avait dit que ce n’était pas la peine d’aller faire cinquante rivières pour me sélectionner, on allait n'en faire qu'une.
On est allé sur l’Allier supérieur, on y est resté quatre jours pour avoir le parcours parfait.
Effectivement il avait raison et j’ai gagné la sélection ce jour là. J’ai vu que j’avais quand même des prédispositions.
Et sur toutes les rivières type Massif Central, ce sont des successions de ruptures de pente, avec une partie beaucoup plus plate. J’ai toujours mieux réussi sur ce type de rivière que sur des rivières de type alpestre.
Donc oui avant on était assez forcé et contraint d’aller sur les rivières difficiles, il fallait apprendre son parcours. Maintenant les gens font un repérage, et puis ils font leur course. Nous on passait beaucoup de temps pour apprendre le parcours, avoir une connaissance de la rivière par tous les débits.
Aujourd’hui ce n’est plus le cas parce que l’entraînement est plus global, la base de l’entraînement se fait sur l’eau calme, et ensuite ils vont sur les rivières de compétition.
Dans ma génération on a introduit un gros travail de préparation physique donc sur eau plate, et on a introduit le travail de musculation, de footing, etc.
Je m’entraînais trois fois par jour, mais je n’étais pas le seul à le faire. Il fallait structurer l’entraînement pour performer au plus haut niveau. La génération avant moi allait sur les rivières, mais ne faisait pas une préparation physique aussi poussée pour performer.
En 1975 j’ai eu mon premier titre de champion de France, de suite après j’ai été incorporé au bataillon de Joinville, et ensuite les choses se sont enchaînées. J’ai pu bénéficier d’un contrat d’insertion professionnelle.
J’ai pu me reconvertir dans le sport. Donc j’ai laissé mon travail à l’usine et je suis allé à l’INSEP avec mon ami Gilles Zok. On a quitté nos emplois pour se reconvertir et faire du sport de haut-niveau.
Les choses se sont enchaînées, on a pu progresser énormément grâce à un entraînement bien plus poussé. La tendance avant voulait de s’entraîner une fois par jour et encore pas tous les jours. C’était surtout le week-end.
Une fois que j’étais champion de France les progrès ont fait que l’on se voyait progresser petit à petit. Ma référence c’était un sportif belge, Jean-Pierre Bunry, cinq fois champion du Monde qui avait fait aussi les JO en course en ligne.
A mes débuts il y avait de gros écarts, puis ces écarts se sont réduis jusqu’au moment où j’ai compris que je pouvais le battre. D’idole il est devenu un ami. On se téléphone pratiquement toutes les semaines, c’est quelqu’un qui m’a énormément apporté.
Et donc je l’ai battu en 1981, mon premier titre de Champion du Monde. Sur chaque compétition on jouait au chrono tous les deux jusqu’à ce que je passe devant lui.
Donc moi j’étais prof de gym en 1982, j’avais un poste aménagé pour m’entraîner, à mi-temps prof de collège. Et ensuite j’ai postulé pour des postes en jeunesse et sport, et j’ai continué en tant qu’entraîneur et conseiller technique.
Dès 1983 j’étais entraîneur des équipes de France espoir, et responsable du centre d’entraînement et formation à Lyon. Je formais mes futurs concurrents !
J’ai formé Antoine Goetschy, Yves Masson, Philippe Graille et plein de sportifs qu’on a retrouvé dans les palmarès suivants. Au total j’ai fait dix-sept ans en équipe de France, malgré tout.
Les Secrets du Kayak : En 1983 tu changes de carrière professionnelle en devenant entraîneur ? C’est un choix de ta part ?
Claude Bénézit : Un choix contraint et forcé puisqu’en 1983 j’ai fait une très mauvaise saison, j’ai fait beaucoup trop d’entraînements et surtout de ski de fond, donc on est passé au travers des championnats du monde.
On n'avait pas le bon bateau, je n’étais pas en bonne forme. Donc c’était soit repartir dans le milieu scolaire, soit ouvrir un centre d’entraînement à Lyon.
Je faisais déjà des compétitions de ski de fond l’hiver. Ça m’a sans doute nuit. Je courais après la neige, mais je me déplaçais souvent dans les Alpes. Je faisais environ 250-300 km par semaine.
Et puis entraîner ça m’a toujours motivé, que ce soit au niveau initial jusqu’à les emmener aux championnats du Monde.
Selon moi pour performer il ne faut pas dépasser un certain seuil de dépense énergétique, sinon tu as une fatigue générale qui intervient et tu n’es plus performant. Et quand tu as de l’occupation tu as d’autant plus de motivation à l’entraînement, ça devient du travail quand tu n’as que ça à faire.
Nous on a apporté de la rigueur sur l’entraînement, et on a introduit un gros travail en musculation. Ça aidait sur l’eau pour la transmission, le renforcement et le gainage, c’est important dans la performance de haut niveau.
Les Secrets du Kayak : Comment on quantifiait ses progrès à l’époque, en l’absence d’outils technologiques ?
Claude Bénézit : On avait déjà des cardiofréquencemètre, certes artisanaux. Ensuite on avait les GPS.
Dès les années 1980 on avait déjà les matériaux d’aujourd’hui pour les bateaux. Ils étaient même beaucoup plus sophistiqués puisqu’on n'avait pas de normes de poids. Il y a eu des normes de poids parce que c’était la course à l’armement, le but c’était d’avoir le bateau le plus léger possible et le plus solide aussi.
C’était la course aux matériaux pour gagner le moindre gramme. Et il a fallu arriver au moment où entre la rigidité et la solidité du bateau, ça coûtait très très cher, ce n’était pas accessible à tout le monde.
La fabrication de son propre bateau était possible par les compétiteurs. Ils achetaient la matière première pour construire leur bateau. Mais le temps que les derniers moules sortent, il y avait des écarts avec les meilleurs, qui les achetaient directement déjà construit.
A l’époque il te fallait un bateau différent entre faire de la descente et de la rivière. Le plus souvent, ils étaient construits pour la rivière du Championnat du Monde, donc ça ne correspondait pas à l’ensemble des rivières.
Il fallait plusieurs bateaux et il fallait faire évoluer les formes.
On ne changeait pas trop les pagaies.
Les Secrets du Kayak : Comment on était encadré à ton époque, est-ce que c’était déjà comme aujourd’hui ?
Claude Bénézit : Dans les années 1980 on était accompagné par des personnes qui nous apportaient chacun dans leur domaine quelque chose. On avait les kinés, les médecins, le préparateur physique.
En 1987 j’avais un sophrologue qui m’avait suivi toute l’année.
Moi je me suis beaucoup entraîné seul, je ne suis pas allé souvent dans les structures. Là où j’ai beaucoup progressé, c’est lorsque j’ai eu ma période à l’INSEP en 1978-1979 où j’étais en contact avec les gens de la course en ligne de l’époque.
Avec le recul je ne pense pas que quelqu’un qui s’entraîne seul peut émerger dans le haut niveau.
A mon époque c’était possible, on avait des stratégies comparables qui nous permettaient de progresser. On avait des relations adversaire-amitié.
J’ai eu des entraîneurs qui m’ont accompagné pour faire des championnats dans de très bonnes conditions : René Trigaro, Marc Moulin, Michel Baudry, je les remercie. Mais ils ne m’ont pas apporté d’éléments techniques ou de PPG. Je suis allé les chercher en m’entourant des personnes qu’il fallait.
Les Secrets du Kayak : On allait de plus en plus vite avec toutes ces évolutions qui sont arrivés à ton époque ?
Claude Bénézit : Je n’ai pas vu les évolutions des kayaks, j’ai fait évoluer le matériel ! J’ai participé à l’élaboration de six kayaks dans ma carrière, avec plusieurs constructeurs.
Avec Marc et Gilbert Guillard, puis Gilbert Guillard pour l’ensemble de ma carrière sportive, puis avec la société Prijon qui est en Allemagne.
Le but, adapter le kayak qu'il me fallait par rapport à mes objectifs de performance.
Parfois on s’est complètement planté comme en 1983. Avec le recul, il faut choisir le bon compromis parmi tout ce qui existe, c’est à dire essayer plusieurs bateaux, plusieurs pagaies.
Choisir en fonction de ce qu’on a besoin. Mais on parle bien des personnes de haut-niveau. Ce n’est pas vulgarisé pour tous les compétiteurs, mais c’est possible.
Sur les pagaies on n'a pas travaillé dessus. J’ai beaucoup testé, mais je n’ai pas cherché à participer à leur évolution.
J’ai connu les pagaies plates et les creuses, et en descente l’adaptation de la pagaie creuse à été assez longue car les premières pagaies creuses, les Wing, nécessitaient une gestuelle spécifique, difficilement adaptable en descente.
Ça ne permettait pas de donner de l’orientation au bateau dans la propulsion.
Les dimension et les surfaces ne sont pas les mêmes entre une pagaie de descente et une de course en ligne. On a une surface plus petite puisqu’on va beaucoup plus vite, il faut s’adapter aux changements de rythme. Et il y a la composante direction qui est importante. On joue toujours avec son bateau pour donner de l’orientation pour suivre la trajectoire souhaitée.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui a fait que tu as pris ta retraite en descente ?
Claude Bénézit : Suite à une non sélection en 1991, je me suis fait sortir de l’équipe par les jeunes que j’avais entraîné. Et c’était une suite logique, après seize ans en équipe de France, sept championnats du Monde.
J’étais conseiller technique sur l’Auvergne, je m’étais investi sur un centre d’entraînement. J’ai travaillé normalement. Je suis passé d’un rythme d’entraînement de trois fois par jour à beaucoup moins.
Il a fallu faire le deuil de la pratique de haut-niveau pour faire une pratique normale.
Après je me suis investi sur les activités de marathon, c’était plus facile pour s’entraîner, et un bateau qui glisse comme j’aime bien et j’ai toujours aimé les efforts longs.
J’ai performé par deux fois vingt-deuxième en championnat du monde. On va dire que je me suis fait plaisir. L’équilibre nécessaire pour un marathon n’a pas été déstabilisant pour moi. Après j’utilisais ce bateau pour faire la traversée de l’Ardèche, donc ça allait.
Au niveau de mon activité d’entraîneur je suis allé entraîner pour de la course en ligne auprès d’un équipage composé de Pascal Boucherit et Philippe Boccara 1991-1992 pour les JO de Barcelone. Et ensuite je suis resté dans cet environnement course en ligne marathon.
J’étais conseiller technique, donc je m’occupais de développement du canoë-kayak dans une région. Mais j’étais plus orienté sur la formation des jeunes, pour les faire performer. J’ai eu des champion de descente, dont Félix Bouvet et Pierre Jean. Les derniers jeunes pour lesquels je suis intervenu.
En marathon j’ai fait deux championnats du monde, puis des coupes du Monde en master, c’est irrégulier mais je le faisais quand c’était possible. Et aujourd’hui je suis à la retraite.
Je garde une grosse activité sportive et j’ai gardé une responsabilité au niveau du comité national en course en ligne, plutôt sur la partie marathon et développement de la short race, qui est en voie de développement.
De toute façon il y a une relation entre ces trois pratiques. Il faut être rapide pour faire du marathon. Pour s’entraîner en marathon, c’est assez similaire que pour la course en ligne.
La short race c’est moins de 4 km avec deux portages. Ça intéresse beaucoup le public qui voit toujours la course dans son ensemble. C’est une discipline en voie de développement.
Au niveau olympique il y a eu une tentative d’essayer d’introduire le marathon, mais pour l’instant je ne pense pas que ça se rajoute au programme olympique. Mais les prérequis au travers de la short-race, on a de quoi intéresser les jeunes et de les former.
Les Secrets du Kayak : Quand tu étais jeune il y avait deux courants de pensée. La première qui disait qu’il fallait faire toutes les activités de kayak pour performer plus tard, l’autre qui disait que tu choisis une seule discipline ou presque pour performer plus tard. Qu’en penses-tu ?
Claude Bénézit : Il y a des pays qui ne se posent pas la question et qui forment très tôt les gens en les spécialisant.
Une formation polyvalente permet d’être plus complet. Mais il faut une spécialisation plus précoce, avec des bateaux adaptés, je pense.
Dans le parcours de formation d’un jeune, on devrait leur faire pratiquer des activités de slalom ou de descente pour sa formation globale, mais il ne faut pas que ce soit un objectif, c’est pour avoir des prérequis.
Le kayak de slalom ne propose pas tant de transferts avec la course en ligne. Mais pour performer il faut se spécialiser. On a quand même des exemples de champions français qui ont fait les deux disciplines et qui ont performé au plus haut-niveau.
Depuis 2004 je n’ai pas refait de descente ayant été blessé, je touche du bois aujourd’hui je me porte bien. Les tendons des épaules qui ont trop reçus, j’ai été opéré deux fois. Ça a lâché deux fois. Et depuis je n’ai rien eu d’autres.
Du coup je n’ai plus de long biceps, la greffe n’a pas tenu. Ça ne me gêne pas pour la musculation. Je ne fais plus trop de course à pieds, plutôt du VTT, vélo de route et ski de fond.
Les Secrets du Kayak : Quels sont tes objectifs aujourd’hui ?
Claude Bénézit : Bien me porter, me faire plaisir. Je prépare les championnats de marathon, sans recherche de performance, juste le plaisir d’être en compétition.
Au niveau des projets j’ai animé un groupe de travail pour proposer aux compétiteurs ce format de course de la short race.
Ça permet sans préparation particulière pour les compétiteurs d’aller sur un format séduisant.
Les Secrets du Kayak : Avec le recul est-ce que tu aurais du modifier quelque chose dans ton entraînement ?
Claude Bénézit : La question est difficile, je pense que chaque année on a un potentiel à dépenser. Un potentiel motivation. Et quand il a été utilisé, la motivation se dégrade, et on performe moins.
Il faut bien planifier ses activités pour arriver en forme au bon moment.
Si je pouvais me donner un conseil à mon moi de 25 ans, je lui dirais de moins en faire. Parfois j’en ai fait trop, il aurait fallut garder de l’énergie pour autre chose.
Mais est-ce que je me serais écouté ? Ce n’est pas sur ! Je voulais être le meilleur et je voulais faire le maximum dans tous les domaines pour ne pas avoir à regretter.
Pour mon âge je suis encore bien, donc je ne regrette rien. J’ai fait une super carrière sportive et professionnelle.
Je suis à la retraite depuis le 1er avril 2019. Je découvre toujours des choses nouvelles.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des sources d’information, des films, des livres qui t’ont influencé et aidé ?
Claude Bénézit : Oui il y a eu des publications de Christophe Rouffet sur la course en ligne qui restent d’actualité.
Mais peut être que maintenant il faudrait se pencher sur la question de l’environnement culturel pour que les jeunes puissent s’approprier les choses un peu plus vite.
La question des stages à l’étranger, ça fait parti de l’ouverture d’esprit que d’aller se frotter à d’autres sportifs de même niveau, qui peuvent avoir des approches un peu différentes.
Je pense que c’est nécessaire d’avoir des périodes un peu choc pour franchir des paliers dans sa pratique.
Pour répondre à ta question de qui j’aimerais entendre sur ton podcast, je trouverais sympa d’entendre des athlètes aux portes du haut-niveau pour comprendre ce qui leur manque, afin de les aider à passer le cap du haut-niveau.
Je pense qu’il y a des sportifs qui ne trouvent pas forcément les bonnes personnes facilement et que peut-être il faudrait les aider à les trouver. Aller chercher les compétences là où elles sont.
En France il y a des entraîneurs qui forment très bien les jeunes, je pense qu’il faut que les jeunes soient orientés vers ces gens là ; et sortir de la logique club pour une logique compétence.
Vous pouvez retrouver Claude Bénézit sur son compte Facebook.
Interview : Anne-Laure Viard
Retrouvez tout sur Anne-Laure Viard. Comment a-t-elle débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Qu’a-t-elle fait pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Anne-Laure Viard en juillet 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Anne-Laure Viard : Salut, moi ça va très bien je te remercie.
Les Secrets du Kayak : Je voulais faire ce podcast parce que j’ai interviewé ta partenaire de l’époque avec qui tu avais fait une médaille de bronze aux Jeux de Pékin. Et tu as inspiré pas mal des filles qui sont aujourd’hui en équipe de France, qui ont grandi avec cet exemple de la médaille. Comment as-tu fait pour aller aussi haut ?
Anne-Laure Viard : J’ai commencé le kayak j’avais dix ans. J’ai commencé grâce à mon voisin qui pratiquait déjà depuis quelques mois. Un jour il me propose d’essayer, à Auxonne, petite ville à 30-40 km de Dijon.
Ça m’a plu tout de suite. C’était le sport que je voulais faire !
J’avais fait un peu de basket, sinon rien d’autre. J’étais plus grande que la moyenne.
Mon club était principalement axé sur l’eau plate, c’était sur la Saône. De temps en temps on allait dans le Jura faire la descente de la Loue pour découvrir un peu d’autres pratiques.
Je ne me suis pas forcément rapidement trouvée meilleure que les autres. On avait un bon petit groupe avec des jeunes assez doués, c’était motivant.
Au début c’était un peu compliqué j’étais dans les bateaux en plastique, de découverte et d’initiation. J’ai passé plus de temps à faire des ronds sur l’eau que du kayak.
Je suis vite montée dans le bateau de course en ligne pour suivre les autres. J’ai du faire quatre cinq séances dans les bateaux plastiques, les CAPS, c’était très stable. Et ensuite j’ai dû mettre un an pour passer sur des bateaux moins stables, mais je ne m’en souviens pas vraiment.
Ma première compétition de course en ligne devait être à Nevers, j’étais plus grande que les autres et tout le monde me regardait, j’ai été vite remarquée.
Le kayak a vite pris de l’importance dès que j’étais en minime, en monoplace. J’ai fait des médailles sur le 500m et le 2000m sur les deux années. Et j’ai fait championne de France en minime 2, en K1 500m.
A cette époque je découvrais l’animation nationale, les championnats de France et le haut niveau viendra plus tard. Tu y penses un peu, mais je continuais mon petit bonhomme de chemin.
Je m’entraînais le mercredi et le samedi. La fréquence d’entraînement augmente dès cadette. Ensuite j’ai intégré le pôle espoir de Dijon toujours en cadette, c’était quatre-cinq séances par semaine.
J’ai commencé à découvrir la musculation, ensuite les entraînements étaient plus durs, plus réguliers avec davantage de confrontation. J’étais athlétique à cette époque, je me débrouillais bien.
Les Secrets du Kayak : Tu fais quelles études en parallèle du pôle espoir ?
Anne-Laure Viard : J’ai fait un lycée sport étude en lien avec le CREPS de Dijon. J’ai bénéficié d’horaires aménagés dès la Première. On faisait une séance le matin et le soir.
A cette époque je n’étais pas championne de France mais j’étais sur le podium. Dès cadette 2 j’étais dans les meilleures. J’ai intégré l’équipe de France en junior 1 en 1992, il y avait deux piges : une première sélection pour faire les coupes du Monde et une autre pour pour les championnats d’Europe.
Moi j’ai intégré l’équipe de France à la deuxième sélection. Cette première expérience internationale s’est bien passée, on a du faire huitième en K4 en finale.
Et l’année d’après c’était notre première course ensemble avec Marie. On a fait les coupes du Monde et les championnats du Monde en K2. Et dès junior on a fait sixième en championnat du monde.
J’ai toujours eu un peu de qualités de sprinteuse, on ne le travaillait pas vraiment.
Ma première compétition internationale en K1 je pense que ça devait être les championnats d’Europe moins de 23 ans en 2004. Beaucoup commence en équipage, seule la toute meilleure pouvait faire du K1, il fallait se détacher du lot. Mais il n’y avait pas vraiment de K1 c’était plutôt K2-K4.
En sport-étude, on a un entraîneur dédié au pôle espoir, il nous suivait sur toutes les séances. Pour ce qui est d’un préparateur physique, je ne crois qu’il y en avait déjà à ce moment là. Ce n'était pas comme maintenant.
Les Secrets du Kayak : Avec la confrontation qui existe, comment peut-on rester motivé et encourageant pour les autres si tu veux être devant eux ?
Anne-Laure Viard : C’est vrai que c’est un peu bizarre, mais même si on fait beaucoup d’équipage le plus gros de l’entraînement c’est en monoplace.
C’est un peu ambiguë oui, mais au final dans le bateau il faut avancer ensemble, mais ce n’est pas mal. Ça fait travailler plusieurs domaines.
Mais oui, on fait un sport collectif dans un sport individuel.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu trouves que l’équipage t’a fait progresser en monoplace ?
Anne-Laure Viard : Oui ça apporte, l’équipage te pose des problèmes que tu n’aurais pas forcément eu en monoplace et ça peut te faire réfléchir sur l’évolution technique, comment placer la pagaie, comment pagayer.
C’est une bonne école. Tu essaies de faire des efforts, compenser c’est compliqué, il faut travailler ensemble, être sur la bonne gîte. Il faut composer avec « les défauts de l’autre » et prendre conscience de ses défauts pour les gommer.
Donc je suis senior 1, pour passer mon Bac, et ensuite je pars en fac de langue, j’ai vite abandonné. Je me suis réorientée sur un DUT GEA (gestion des entreprises). J’ai pu le faire en quatre ans au lieux de deux ans.
J’ai eu la chance d’avoir un directeur de DUT passionné de sport, il m’a aidé en acceptant de dédoubler mes années. Et il a tout fait pour que ça marche.
Ma vie sociale à cette époque, mon entourage, c’était principalement des gens du kayak. Je rencontrais les autres élèves, mais pas tout le temps. Je changeais souvent de groupe, j’ai retrouvé un copain du collège, mais oui, ça s’est bien passé. Même quand je partais en stage, on me faisait parvenir les cours.
Je faisais régulièrement des stages de deux-trois semaines. Des stages de ski de fond, des stages au Maroc, à Temple-sur-Lot. Il fallait jongler, être un minimum organisée.
C’est arrivé de faire des stages avec des étrangères une année, mais on ne s’entraînait pas avec elles. On était parti en 2004 en Floride, on s’entraînait avec les canadiennes.
La dernière année j’étais partie m’entraîner au Portugal. Autrement, il y a des lieux comme Séville, où on allait souvent faire des séances ponctuelles. C’est toujours sympa d’échanger sur les séances et les contenus. Avec les portugaises, j’étais en immersion dans leur fonctionnement.
Par rapport à nous françaises, ils ne coupaient pas forcément le bateau l’hiver. Mes premiers jours ont été un peu compliqué, moi c’était ma reprise de bateau, ce n’était pas simple. Sur les contenus, il y avait beaucoup plus d’intensité que nous.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que de ne pas avoir fait beaucoup d’eau-vive ça t’a gêné dans ta carrière pour ta stabilité ?
Anne-Laure Viard : Non je ne crois pas, mais dans mon club on faisait un peu de rivière dans le Jura, j’en ai fait un peu sur le pôle de Toulouse, j’ai fait un peu de slalom.
Je ne crois pas que ça me manquait, j’étais à l’aise en cas de vague.
Les Secrets du Kayak : Où es-tu allée t’entraîner après le sport étude ?
Anne-Laure Viard : Je reste à Dijon mais sur le pôle France, je change juste d’entraîneur et de partenaires d’entraînement. Ces changements ne sont pas perturbants, c’était la continuité.
A ce moment là je « rêvais » des JO. Dès 1992 sur une petite compétition il y a Philippe Aubertin qui vient me voir, et pour le coup il est très grand donc moi toute jeune c’était impressionnant, il nous partageait son expérience mais à cette époque ce côté trop cool que d’aller aux JO c’était une réflexion de gamine.
Je crois que c’est quand même resté dans un coin de ma tête. Et au bout d’un moment, oui c’est devenu un objectif. J’avais 23 ans quand j’y ai participé la première fois, pour les JO d’Athènes.
On a été sélectionné tardivement avec Marie. En 2003 on était déjà alignées en K2 pour les premiers quotas, on a fait troisième de la finale B, donc on le loupe.
Aux rattrapage de l’année d’après c’est pareil. Et c’est avec la détermination du DTN de l’époque, Antoine Goetschy qui maîtrisait la libération de quotas, il était sur le qui-vive et c’est cinq jours avant qu’il a su que des places se libéraient, donc on continuait de s’entraîner pour les JO, on était prêtes.
Il nous y emmenait pour qu’on se rende compte de la dimension des Jeux. C’est un monde à part.
Au final on a fait plus que voir, on a participé, sans pression sans objectif, pour nous ce n’était que du bonus.
On s’est fait plaisir, on a fait de belles courses et ça a été le déclencheur pour Pékin.
On a finit dixième à Athènes et on a réussi à aller voir l’athlétisme, en plus on était logé au cœur de l’événement. On croisait les grands champions.
Donc on rentre d'Athènes et moi mon objectif c’est la médaille à Pékin.
Et pour y parvenir dès ce moment là je me suis donné les moyens de réussir pour atteindre mon objectif, donc m’entraîner un peu plus, intégrer des paramètres autres, comme la diététique.
Je me suis bagarrée pour perdre du poids. La préparation mentale n’est pas venue de suite, mais je l’ai intégré un peu.
Dès 2005 ça a commencé à payer avec une première médaille aux Mondiaux. On faisait des gros volumes d’entraînements, beaucoup d’EB1, beaucoup de kilomètres. Et toutes les années d’après c’était l’endurance aussi. Le but aussi de l’EB1 c’était de placer sa technique, la maîtriser pour bien l’appliquer en course.
Donc après les Jeux, le pôle France de Dijon ayant fermé, je décide de partir au pôle France de Toulouse qui venait d’ouvrir. J’avais envie de changer d’air, je tournais en rond dessus.
A Toulouse au final avec le recul, ce n’était pas la meilleure idée en fait. Je pensais qu’il y ferait beau mais en fait il faisait trop chaud l’été, la rivière était souvent en crue. Je ne regrette pas complètement.
J’ai assumé mon choix, j’y suis restée jusqu’à la fin de ma carrière et puis j’y avais mon premier emploi que j’aimais beaucoup, dans un cabinet d’expert comptable, c’est pour cela que j’y suis restée.
Et puis j’étais la seule fille, il y avait Boris Saulnier qui est arrivé en premier, puis Sébastien Jouve quelques temps après. On n'était pas nombreux mais on partait souvent en stage.
En 2006 aux championnats d’Europe, K1 200m : je ne sais pas si ça vient de moi ou si on me l’a proposé, mais j’étais contente puisque j’ai fait une médaille. On avait fait le K2 500m aussi.
2007 c’est l’année des quotas, la qualification se passe bien, c’est tout l’avant qui a été un peu compliqué, dans notre K2 on s’est fortement disputée.
Du coup les quelques semaines avant les mondiaux n’ont pas été simple. Aux championnats d’Europe c’était individuel, notre relation était très compliquée, ça a clashé très fort. Tout d’un coup on a décidé de ne plus faire de K2.
Mais toutes les deux on s’est rendue compte qu’on avait un objectif commun. On a tout mis au clair, sur des bonnes bases, on a décidé de se faire confiance et quelques semaines plus tard aux mondiaux on fait une médaille de bronze, inespérée !
Donc oui c’est d’abord un sport individuel, qui se fait en sport collectif. Il faut composer, s’entendre techniquement. On avait ce respect mutuel l’une pour l’autre.
L’année d’après c’est les Jeux, donc on touchait l’échéance du doigt. On était les deux meilleures, donc pas de doute même si le K2 lui est sélectionné. Tu ne vis plus que pour ça.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ce coup ci, vous aviez la pression pour les Jeux de Pékin ?
Anne-Laure Viard : Oui et non. Aux Mondiaux de 2007 on fait troisième, et en fait l’attention des média était basé sur le K1 qui a fait champion du Monde la même année. Donc ça été une chance pour nous de ne pas être le bateau phare.
On a été assez expérimenté par rapport aux JO d’Athènes, et ça nous a servi.
Cette fois ci, on n'était pas dans le même état d’esprit, on était là pour performer. Et à Pékin on n'était pas dans le village olympique mais dans un hôtel tout proche du bassin. On était loin du village, et donc le staff avait fait ce choix, on est restée isolées et focus.
C’est vrai qu’avec le village olympique, tu peux vite être distrait.
Donc on a atteint notre objectif de décrocher une médaille. On vise toujours l’or mais le bronze me satisfaisait. On a fait une de nos meilleures courses. Cette médaille c’était un objectif de carrière.
L’après JO tu restes un moment sur un petit nuage. Tu dors avec au début. Tu es invitée partout, à des soirées, des spectacles. Tu vis pleinement ce qui t’arrive. En revanche quand ça s’arrête c’est un peu compliqué. Il a fallu le gérer. Il faut savoir passer à autre chose et te remettre à l’entraînement.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des retombées quand tu gagnes une médaille, comme des sponsors ?
Anne-Laure Viard : Des sponsors, non. Pas plus que ça.
Des médias oui, tu es invitée partout. Après c’est de la satisfaction personnelle, c’est un peu de l’égoïsme pour le coup.
Les Secrets du Kayak : Comment tu fais pour te remobiliser après ça ? Tu vises les JO de 2012 ?
Anne-Laure Viard : Compliqué ! Moi je m’étais programmé pour la médaille à Pékin. La saison 2009 je l’ai faite sans but, je m’entraînais parce qu’il le fallait.
Je fais quand même troisième aux championnats du monde sur 200m. Mais il n’y existait pas de spécialiste à cette époque puisque cette distance n’était pas olympique.
Marie, elle fait une pause pour faire un bébé. Et moi je me retrouve en K1, la seule fille de l’équipe. Mais cette médaille ne suffit pas à me remotiver. Je n’ai pas retrouvé la même envie.
Tout 2009 je ne me projetais pas sur les JO de 2012. Décider d’arrêter sa carrière c’est un processus beaucoup plus difficile qu’on pourrait l’imaginer. Au final je crois que c’est à ce moment là que je me suis faite aider à passer le cap par la préparation mentale.
Je ne voulais plus aller à l’entraînement. Mais entre se le dire et le dire aux autres, il y a un cap à franchir. Donc je me suis faite aider par Christian Ramos. François m’a beaucoup aidé aussi.
Il a fallu l’annoncer au président de club, aux entraîneurs, et à la famille. J’avais en plus fait toute la saison hivernale et j’ai arrêté juste avant les piges. Je savais que je ne serai pas au rendez-vous pour décrocher une médaille.
J’ai voulu arrêter avant la course de trop. Je me suis arrêtée à 29 ans. Du coup j’ai travaillé à temps plein dans le cabinet dans lequel j’étais. Et ensuite je suis partie de Toulouse pour venir en région parisienne pour rejoindre François, vivre avec lui.
On s’est rencontré en 2005-2006 quand il a intégré le collectif senior, en tant qu’entraîneur.
Les Secrets du Kayak : Quand tu prends ta retraite, est-ce que tu arrêtes de faire du sport d’un coup ? Ou tu continues à naviguer un peu, à faire des footings… ?
Anne-Laure Viard : Je coupe complètement du jour au lendemain, je ne fais plus du tout de sport.
Après je tombe rapidement enceinte, donc forcément je me suis arrêtée. Et ensuite j’ai repris la navigation après mon accouchement, juste pour le plaisir.
Je me suis mise à courir un peu plus, tout simplement avec mes collègues de bureaux, je me suis prise au jeu. On s’est même mis à faire des petites courses, ensemble. Et on se challengeait ensemble sur de chronos. Du coup ça motive.
Et ensuite j’ai repris les compétitions de kayak en 2014.
Aujourd’hui je participe aux championnats de France tous les ans. Je suis loin des chronos que je faisais. Mais je suis double championne de France cette année en vétéran, sur 500m et 200m. Je continue de me faire plaisir avec les bateaux récents.
Je suis sur un Nelo Sete. Il me plaît beaucoup, je me fais plaisir dedans. J’y vais quand il fait beau et chaud.
Pour ma pagaie je crois que je reste dans les mêmes tailles, je varie en fonction de la force du vent. Je n’ai jamais eu une grande taille de pagaie.
Je ne fais plus du tout de musculation, le bateau me suffit. Je n’ai pas de douleurs d’épaule, et je n’ai eu que très peu de blessure au kayak. Un peu de tendinites aux épaules, c’est tout. Je n’ai jamais eu à m’arrêter plusieurs mois.
Aujourd’hui je m’entraîne à Créteil au club. Je vais de temps en temps à Vaires.
A Créteil c’est la Marne, tu navigues en fonction des intempéries et de la pluie. Même s’il y a du courant tu as des endroits protégés. Je suis souvent seule la semaine, sinon le week-end on fait de l’équipage. J’aimerai l’année prochaine faire un K4 vétéran.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ton enfant fait du kayak ?
Anne-Laure Viard : Pas du tout non. Elle doit voir comme c’est galère. Elle en fait en Bretagne en vacance l’été. A côté de ça elle fait du tennis. Elle choisit son sport, mais le kayak c’est un non catégorique.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des choses que tu aurais voulu faire différemment dans ta carrière ?
Anne-Laure Viard : Non pas forcément, tout ce que j’ai fait ça a contribué à mon évolution et à ma performance. Peut être que si j’avais un peu plus réfléchi je ne serais pas allée au pôle de Toulouse.
Mais ce n’est pas non plus un regret et ça ne m’a pas desservi. Il ne faut pas regretter ses choix. Il y a sans doute des choses que j’aurais pu faire mieux ou différemment mais on ne le saura jamais.
Les Secrets du Kayak : J’ai l’impression qu’après toi et Marie, ça a ouvert la porte à la possibilité d’être performante en tant que femme ? Avant vous il n’y avait pas vraiment de femmes performantes, et maintenant on en voit qui ont de très bon niveau. Est-ce que toi , il y a eu des françaises qui t’ont motivé ?
Anne-Laure Viard : Il y avait des françaises, mais effectivement avant nous je ne saurais pas te dire qui ont été les médaillées aux JO, c’est sur que non parce qu’on a été les premières.
Mais en championnat du Monde je pense qu’il y a du en avoir, mais je ne saurais pas te dire qui.
Quand j’étais en pôle espoir ou en pôle France, il y avait des filles qui avançaient et c’était Anne Michaut, Isablelle Boulogne (Jegoux), Nathalie Koenders, Emmanuelle Tibault etc, les meilleures du moment.
Je ne connais pas assez bien leur palmarès, donc je ne sais pas quelles médailles elles ont pu avoir. Elles ont toutes arrêté dans les années 2000, il y a eu d’autres filles entres elle et nous. Mais oui on a un peu montré le chemin aux filles et aux garçons, puisque ça faisait quelques années qu’il n’y avait pas eu de médailles en championnat du monde, le dernier c’était Bâbak.
Donc oui on a ouvert la voie des podiums internationaux avec Marie. Et oui il y a un bon groupe, se dire qu’on a été à l’initiative de tout ça, c’est plaisant.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des séances que tu préférais à d’autres ?
Anne-Laure Viard : Plus c’était court, plus je préférais. L’EB1 j’arrivais à me faire plaisir. L’EB2 c’était un peu plus compliqué. J’avais plus de mal à maîtriser. Mais dès qu’on repassait sur de la vitesse, c’était plaisant. Après c’était un ensemble.
Aujourd’hui s’il fait beau, je peut faire quatre à cinq séances par semaine mais ça ne dure pas longtemps. Je coure encore un peu, cet hiver j’ai plus couru que faire du bateau mais c’est très très irrégulier.
Je n’ai pas de manque quand je n’en fait pas. Après la période d’aujourd’hui n’est simple pour personne, j’ai fait beaucoup de télétravail. Après j’aurais pu avoir le temps mais c’était un peu dur à gérer tout ça. François été encore pas mal parti en stage aussi.
Les Secrets du Kayak : Je me permets une question personnelle. François est entraîneur, donc il n’est pas souvent là, c’est comme une relation à distance ?
Anne-Laure Viard : Oui on peut dire ça. Je ne suis pas certaine que ça lui fasse plaisir d’entendre ça. Effectivement, il est beaucoup parti. C’est une organisation à avoir. Ce n’est simple ni pour lui ni pour moi.
Parce que ne pas voir sa fille grandir la moitié de l’année, j’imagine que ce n’est pas facile. Moi toute seule à la maison avec elle, il faut gérer.
Aujourd’hui elle est un peu plus grande, c’est un peu plus facile. Mais bébé, c’était un peu compliqué mais je m’en suis sortie.
Aujourd’hui je suis dans un service comptable à la RATP. Et cette vie parisienne, je m’y fais.
Et c’est rigolo parce que j’avais choisi Toulouse parce que je ne voulais pas de la région parisienne. Et au final j’y suis. Et au final je m’y fait.
On n'est pas à plaindre. Bon il n’y a pas que des bons côtés. Dès que tu veux bouger en voiture tu ne maîtrises pas ton temps de trajet. Sinon c’est agréable.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as eu un défaut technique que tu as gardé tout au long de ta carrière ?
Anne-Laure Viard : Sûrement. Peut être ma poussée de jambes.
C’est le directeur de l'équipe de France de l'époque qui a mis en place tout ce qui est préparation physique, musculation, course à pieds. Il y avait énormément de tests de musculation tous les deux mois. Il fallait faire le plus de répétitions en deux minutes.
Et c’est certain, ça m’a aidé pour tout le reste de ma carrière pour développer le force et la puissance. Mais il n’y avait pas de test pour les cuisses.
En bateau il y avait des tests de 200m à faire et les stages de préparation physique, notamment le ski de fond et ces tests servaient de base aux sélections. Je n’étais ni forte en musculation ni forte en course à pieds, donc je n’étais pas souvent sélectionnée les premières années.
Les Secrets du Kayak : Et ça ne te manque pas ce rythme d’entraînement intensif ?
Anne-Laure Viard : Pas du tout. Absolument pas ! Ce qui peut me manquer un peu c’est la partie compétition, l’ambiance, le stress, savoir si on va réussir ou pas.
Il existe pourtant des compétitions internationales pour vétéran, il faudrait que je me penche sur la question. Ça pourrait être sympa.
Vous pouvez retrouver Anne Laure Viard sur son compte Instagram.
Interview : Sarah Troël
Retrouvez tout sur Sarah Troël. Comment a-t-elle débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-elle pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Sarah Troël en juillet 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Sarah Troël : Tout va bien, c’est mon premier jour de vacances, il fait beau.
Je pars en fin de semaine pour la Bretagne chez mes parents du côté de Guérande, j’ai un surfski là-bas donc c’est certain que je ferai un petit tour. Mais ça ne sera pas ma priorité.
C’est un vieux surfski qui n’est même pas référencé.
Les Secrets du Kayak : Au cours de mes recherches j’ai pu voir que tu avais fait un peu d’ocean-racing ?
Sarah Troël : Un tout petit peu, j’avais fait les France en K2 mixte avec Edwin Lucas.
On avait gagné, c’était il n’y a pas longtemps à Toulon, c’était vraiment sympa.
Les Secrets du Kayak : Pour en revenir à tes débuts, tu as commencé vers tes 10 ans le kayak, c'est ça ?
Sarah Troël : Oui, par hasard, je cherchais mon sport.
J’ai fait de la natation, puis du handball ; je me suis retrouvée qu’avec des garçons. Je suis allée à la journée des associations à Saint-Grégoire et j’ai essayé le kayak.
Je me souviens vaguement de ma première séance, je me souviens surtout que les premières années on se donnait des défis.
D’abord dans des bateaux plastiques, ensuite monter dans des bateaux de descente, puis dans un lanceur donc clairement moins stable, on est monté dans un allemand c’était l’exploit, et ensuite dans un américain et là c’était le Graal !
Aujourd’hui on parle d’un Plastex ou d’un Nelo.
Je pense que pour réussir à être stable dans un américain ça m’a pris un ou deux ans. Donc vers douze ans.
A Saint-Grégoire il y avait une règle à l’époque, notamment pour les cadets, il fallait faire deux disciplines au niveau régional pour accéder au championnat de France.
Du coup j’avais fait de la descente, il y avait aussi du polo, du slalom, il y a eu René et Gillette Trégaro qui ont été champion du monde en C2 mixte en 1969 ; les créateurs du club.
Aujourd’hui c’est un club orienté course en ligne, il y a aussi du surfski. C’est multi disciplinaire.
Et moi donc je faisais course en ligne et descente. J’ai fait du slalom une fois mais j’ai fini la course à l’envers.
La descente j’avais fait les sélections et ensuite j’ai fait les championnats de France de descente en cadet 2. Les championnats de course en ligne c’était une semaine après de souvenir.
A mes débuts on ne se posait pas la question avec les copains de ce que c’était que de côtoyer des champions tout au cours de l’année.
Au fur à mesure tu fais une petite compétition, puis une un peu plus grosse, tu te prends au jeu, tu progresses, et ensuite tu veux toujours aller plus loin.
Il faut dire que je suis de la même génération que Vincent Lecrubier, Edwin Lucas, Morgan Lecoq. On s’entraînait ensemble et je pense que c’est surtout Gilbert Lecrubier, le papa de Vincent, qui nous entraînait. Il ne nous poussait pas, par contre si on voulait faire parti du groupe, il n’y avait aucun problème.
Il y a eu une émulation globale des jeunes. Ça me paraissait possible. Chacun mettait un frein en fonction de son niveau.
Parallèlement aux entraînements de kayak je faisais un peu de course à pied de gainage, mais ça va avec l’entraînement de kayak. Sinon j’avais arrêté les autres activités sportives avant de faire du kayak.
J’en faisais les mercredi et les samedi, jusqu’à mes 13 ans. Puis ça s’est accéléré progressivement, dès cadet 2 je suis passée à cinq-six entraînements semaine.
Et du coup je suis rentrée en pôle espoir en junior, les horaires étaient bien adaptés. J’allais au pôle une à deux fois par semaine, mais à l’époque il n’était pas aussi bien organisé, on s’organisait plus au club.
Les premières compétitions en course en ligne, je devais avoir 12 ans. Il y avait toutes les disciplines au niveau régional et en national, j’étais en admiration devant les champions de France en minime, je me souviens de Joséphine Farineaux, la sœur de Martin Farineaux.
Passée de vingtième à dixième je me voyais progresser, ça m’a bien motivé pour la suite.
Donc moi j’étais dans un lycée où il y avait des sportifs, je finissais souvent le soir à 16h. Mais ce n’était pas de gros aménagements d’horaires.
Ça m’arrivait de m’entraîner seule mais c’était assez rare, mais c’était davantage au pôle espoir qu’au club. Au club on était souvent en groupe.
Les Secrets du Kayak : Quand as-tu commencé à intégrer le haut niveau ?
Sarah Troël : J’ai intégré l’équipe de France en junior 2. On avait fait neuvième en K4 aux championnats d’Europe.
En junior 1 je n’avais pas été sélectionné parce qu’il y avait eu des test physique avec des minima qui t’empêchaient d’accéder aux sélections en bateaux. Il fallait d’abord réussir les tests en musculation afin de pouvoir accéder à la course à pied et aux bateaux.
Ça a été un mal pour un bien, ça nous a permis d’aider pour la suite, mais sur le coup ça été sévère. J’ai commencé la musculation vers 15 ans.
Entrer en équipe de France pour moi, c’était le début de quelque chose.
Par la suite je suis allée en prépa kiné, j’ai eu la chance de rentrer en école de kiné pour athlète de haut niveau. Ensuite j’ai tout le temps été sélectionnée en équipe de France.
Les Secrets du Kayak : J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de kayakistes qui font des études de kiné ?
Sarah Troël : Je pense que ça se rapproche beaucoup du corps humain et nous y sommes sensibilisés. On a aussi une facilité pour intégrer les études et le double projet.
Je ne dis pas que c’est tout le temps facile ! On a accès à ces aménagements. Moi j’ai toujours voulu faire kiné, dès mes 10 ans du fait d’avoir une scoliose à cet âge.
J’ai toujours travaillé pendant ma carrière sportive. J’avais un contrat d’aménagement, je travaillais à mi-temps à l’hôpital pour m’entraîner le reste du temps.
Alors pour ma carrière j’ai fait un petit passage en senior 1, et je suis vite retournée en moins de 23 ans avec Amandine Lhote. Ils ont privilégié le K2 d’Anne-Laure et Marie, on était un peu loin d’elles.
On n'a pas fait de podium en moins de 23 ans. On a progressé un peu, mais certainement pas assez. Avec les études à côté ce n’est pas toujours évident. On était souvent à fond, et donc moins concentrées sur le kayak. Mais je ne le regrette pas.
A cette période là, je m’entraînais d’avantage au pôle qu’au club.
Par rapport au club, les entraînements étaient un peu différents. On avait beaucoup de rituels au club de St Grégoire en musculation, en kayak. Au pôle il n’y avait pas vraiment de rituel, mais beaucoup plus de confrontation avec les filles. J’aimais bien varier.
Lorsque je passe senior, donc après les jeux de Pékin, avec le retour de Marie après son premier enfant, il y a eu le projet K4 avec une nouvelle génération de filles.
On avait fait neuvième aux championnats du monde. On avait nous les filles la sensation d’être la seconde roue du carrosse. Cette performance nous a permis de continuer.
Après j’étais toujours au pôle (de Cesson) jusqu’aux Jeux de 2012 que je n’ai pas fait parce que j’ai loupé mes sélections à deux centièmes près. Ça n’a pas été évident à digérer, mais ça m’a permis de me remettre en question.
Juste après ça j’ai été invitée à faire les championnats d’Europe, et j’ai fait ma première finale en K1 500m.
Cette année là j’avais confiance, tout se passais bien et mais quand je me suis retrouvée sur la course ça ne matchait pas, je ne comprenais pas. Je pense que je me suis dit que je pouvais avoir confiance en ce que je fais, mais jamais en le résultat.
Je pense avoir eu un excès de confiance ce jour là. J’ai perdu mes moyens, je n’ai pas réussi mentalement et techniquement à faire les courses comme je le souhaitais.
Pendant cette remise en question mon entraîneur, Nicolas Mayotte, qui m’a suivi pendant neuf ans, entraîneur à Rennes, partait aussi pour Paris. J’avais envie de changer de structure, découvrir autre chose. Donc j’ai rejoins le pôle de Vaires, l'INSEP.
Les Secrets du Kayak : J’ai vu que ton compagnon était athlète de haut niveau en canoë, est-ce que vous vous êtes rencontrés sur un bassin ?
Sarah Troël : Oui. On s’est rencontré en 2005, j'avais entendu parler de lui car il plaisait déjà à d’autres ! C’était en coupe du monde à Duisburg, du coup on s’est retrouvé en stage à Bédoin, ça a matché.
Partie à Vaires, ça changeait. J’ai eu du stress pour retrouver un emploi aménagé et il y avait les contraintes du transport. L’organisation était différente, fatigante, borderline aussi. Mais c’était intéressant.
La différence entre les deux pôles c’était des grandes infrastructures un peu sombre, le bassin, c’était un vrai bassin de course, c’était parfait.
Mes entraînements ont changé mais de façon progressive, avec des nouveautés au fil de l’eau. Quand tu es jeune tu cherches à gagner en vitesse, plus tu vieillis plus tu recherches la technique.
Il y avait des séances que naturellement j’aimais, j’avais d'avantage de prédispositions aérobies que de vitesse, alors que je courrais les 200m et 500m.
Il a fallu du temps pour que ça se mette en place. Ensuite j’adorais les séance d’EB2. Et toutes les séances que je n’aimais pas jeunes en fin de carrière je les aimaient beaucoup.
Quand j’ai rejoint le pôle de Vaires il n’y avait pas de filles. Je connaissais les athlètes. Mais mes racines étaient à Rennes. Mais j’étais à fond, William était avec moi donc ça allait.
D’être allée à Vaires avec Adrien et Sarah c’était intéressant et ça m’a vraiment tiré vers le haut.
Souvent je faisais une à deux séances le matin, puis j’allais travailler, et ensuite une séance le soir. Pas que du bateau, ça dépendait aussi de la période de l’année. La musculation n’était pas mon point fort.
En vieillissant ça a été beaucoup mieux. En course à pieds, ça allait je n’étais ni la meilleure ni la plus nulle.
J’ai commencé à accorder de l’importance à l’alimentation, notamment grâce à un livre disponible à l’INSEP qui m’a vraiment aidé. À l’INSEP on avait accès à des préparateurs mentaux, des diététiciennes, à tout ce qui était récupération avec par exemple la cryothérapie. C’était un plus par rapport à Rennes.
J’ai commencé la préparation mentale un an après être arrivée à l’INSEP et ça m’a apporté à différents niveaux. Quand tu te poses des questions ça accélère le processus, et du coup sur les objectifs ça permet d’avoir un temps dédié.
Comme pour aborder une compétition cette histoire de confiance, comment se concentrer et être focus sur soi.
Je me suis mise à la cryothérapie, de façon ponctuelle. Moi ça me faisait dormir, je récupérais vraiment bien. Il y avait tout l’accès à la visio avec les kinés. Il y avait la balnéo.
J’ai fait de la méditation type petit exercices de 10 minutes où je devais me concentrer sur ma respiration sans la forcer. Pour apprendre à rester concentrée. Ensuite je l’ai retranscris sous forme de deux minutes pendant lesquelles j’imaginais ma course.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu avais des sponsors ?
Sarah Troël : J’ai eu un peu d’aide régionale à un moment, ensuite c’est la région et la fédération qui finançaient mon CAE (contrat d’aménagement d’emploi).
Je n’ai pas eu de sponsors. C’était compliqué d’avoir des sponsors, on n'avait pas les réseaux sociaux d’aujourd’hui pour se mettre en avant.
Et puis quand ils sont apparus pour moi c’était plutôt une contrainte. Je préférais aller travailler plutôt que me préoccupais des sponsors.
Les Secrets du Kayak : Comment se sont passées les qualifications pour les Jeux de 2016 ?
Sarah Troël : En 2016 j’ai gagné la sélection en monoplace, l’année d’avant en K4 on a fait huitième aux championnats du Monde. Ça s’est bien passé.
Les Jeux ont été exceptionnels, et du coup ce n’est pas simple à gérer au niveau sportif. C’est le Disneyland du sport, donc tu en as plein les yeux. Il faut savoir que ce n’est pas toi qui a toute les manettes, tu n’es pas maître de ton projet, c’est ce que je n’ai pas aimé.
Par exemple le K4 n’est pas figé. On avait Claudine qui nous encadrait mais pas seulement. Je suis un peu déçue de cette olympiade. J’ai des meilleurs souvenir sportif du championnat du Monde en 2017.
Je n’ai jamais cherché à me positionner sur le K1, je n’avais pas les résultats pour y accéder. Sarah était bien meilleure. Mais c’est surtout qu’il n’y avait pas de projet de K1. Je pense que j’aurais bien aimé faire un K2 quand même.
En 2017 j’ai fait K2 et K4, je voulais progresser individuellement pour moi. Il y a eu une période ou le K4 ça été dur, mais en 2017 on était toutes sur la même longueur d’onde.
Quatrième place en 2017 en K4, et 2018 je me mets au 5000m. C’était ma discipline de prédilection, et j’ai fait vice championne d’Europe en 5000m.
J’ai fait les championnats du Monde de marathon une année, mais c’est une discipline qui n’est pas olympique. Et j’aimais bien la vitesse quand même.
Donc on poursuit en K4 en 2018. C’était une année un peu blanche, on n'a pas performé.
Entre 2016 et 2020 pour préparer les Jeux j’ai revu des petites choses qui ont été modifiées au fur et à mesure. Travailler les jambes, des stages à l’étranger, c’était intéressant de voir les différences entre les pays comme en Nouvelle-Zélande avec des approches différentes, et au final on pioche des idées à droite et à gauche.
Par exemple en côtoyant Natasha Janics la hongroise, j’ai repensé le volume d’entraînement et l’approche technique, sur la transmission par exemple. Ils ont une fluidité de la force et du gainage, ils sont très fort sur ça en Hongrie.
Ils font beaucoup de force endurance. J’ai fait plusieurs stages avec elle, elle était mon idole et en 2013 elle m’a accueilli en stage, du coup j’y suis retournée plusieurs fois.
Les Secrets du Kayak : Du coup 2019, comment ça se passe ?
Sarah Troël : On fait un super championnat du Monde avec le K4, avec Sarah Manon et Léa, on fait cinquième.
Et pour moi ça commencé a être compliqué depuis un an avec mon mode de vie. J’avais envie d’arrêter. J’en avait parlé à François During, mon entraîneur. J’étais très motivée à l’entraînement, mais en dehors, je n’avais plus envie de partir en stage, j’avais envie d’une vie calme.
Il m’a rassuré, j’avais sa confiance, l’entraînement j’étais à fond quand même. J’ai quand même repris, fait un stage en février, objectif préparer les Jeux. Mais j’avais pas envie d’être là bas.
Ensuite il y a eu le Covid et je savais qu’il y aurait un report, je savais que je m’arrêterai. J’étais soulagée.
Je ne suis pas si jeune pour arrêter. Il y a une époque où à partir de 26 ans tu étais considéré comme vieux, tu n’étais plus forcément sélectionné en équipe de France. Aujourd’hui ça fait assez jeune.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu fais maintenant, tu as la vie dont tu rêvais ?
Sarah Troël : Oui. Et tu vois, j’ai eu l’occasion de voir des vidéos des filles, de leur course, et au final je suis bien contente de voir les fleurs dans mon jardin, d’être avec William et une copine. Je soutiens à fond les filles dans leur projet, mais ce n’est plus pour moi.
Quand j’ai pris ma retraite, je savais qu’on allait quitter Vaires-sur-Marne rapidement, j’ai fait de l’intérim sur la région parisienne et ensuite j’ai trouvé mon poste.
Et aujourd’hui je me lève tranquillement le matin comme tout le monde, je prends mon vélo électrique et je vais au travail. Je finis mon poste à 17h15, on fait des travaux, parfois on prend le van en week-end pour profiter…
Une vie paisible.
Passer de deux entraînements à rien ça va parce ce que je suis active toute la journée, bon sauf pendant le confinement. Mais je faisais encore trois séances de sport par semaine l’année dernière, là j’en fait un peu moins.
Et parfois on s’occupe de kayakistes en tant que kiné comme par exemple Martin, et aussi sur des séances de bateau, j’ai beaucoup aimé le suivre sur ses séances. C’était un beau projet que de le voir progresser.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que toi tu avais des problèmes techniques en particulier, que tu as du travailler souvent en bateau ?
Sarah Troël : Oui, notamment au niveau des mouvements avant/arrière du tronc. Je pense que j’avais du mal à rester gainée pour fixer tout ça.
Au niveau de l’accélération de la pagaie aussi, mon geste était un peu lourd, j’avais du mal à accélérer pour progresser en vitesse.
Avoir ce punch avec la musculation et la concentration par la préparation mentale ça m’a aidé.
J’étais longtemps en Plastex et à la fin en Nelo. Au début les Nelo je ne les aimais pas de trop c’est venu avec le temps. J’ai eu beaucoup de Jantex en pagaies, et à la fin une Gamma.
Je continue de monter, mais pas de façon régulière. Et je suis étonnée parce que je ne perd pas la stabilité. Techniquement je sens que je n’ai plus de force et que c’est très dur, mais je compense avec mes jambes et mes abdos. Donc ça va.
Et d’ailleurs j’ai arrêté la musculation. C’est bien aussi les petits bras pour une fille.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des livres qui t’ont influencé dans ta carrière ?
Sarah Troël : Oui, Le guerrier pacifique, que ce soit le livre ou le film. Je l’ai vraiment apprécié ce livre. Et je n’ai pas lu ses autres livres, juste quelques passages sur des extraits.
Les Secrets du Kayak : Tu continues à te déplacer et à faire des compétitions ?
Sarah Troël : Oui j’ai fait les France dernièrement, c’était super chouette de voir les filles mais super dur de faire les courses, je n’étais plus assez entraînée.
Ce n’était pas pour la performance, c’était pour l’effort. Et là je suis passée en vétéran et donc je ne sais pas encore ce que je ferai. Ce qui me fait plaisir c’est de courir les équipages avec mes équipières de club.
Les Secrets du Kayak : J’ose aujourd’hui te demander quels sont tes objectifs ?
Sarah Troël : Personnel ? On vient d’emménager chez nous, c’est un objectif accompli. Je dirais profiter, prendre des vacances, partir en van, voir la famille.
Vous pouvez retrouver Sarah Troel sur son compte Facebook.
Interview : Boris Maret
Retrouvez tout sur Boris Maret. Comment accompagne-t-il la performance de haut niveau ? Quel est son parcours ? Qu’est que la préparation mentale ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Boris Maret en juillet 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Boris Maret : Très bien, merci.
Les Secrets du Kayak : Pour ceux qui ne te connaissent pas, que fais-tu exactement pour le canoë-kayak et d’autres sports ?
Boris Maret : Je suis coach mental et préparateur mental. Mais aussi formateur dans le cursus de formation des entraîneurs.
Le coaching mental est basé sur l’expertise du questionnement avec une visée à faire émerger. Faire émerger des ressources, des talents, des propres solutions de l’accompagné.
Travailler sur des problématiques inconscientes. Le but c’est une transformation systémique plus globale.
Lorsqu’on parle de préparation mentale on est plus sur des outils, leurs mise en place, la mise en place des habilités comme la respiration, la visualisation, le renforcement positif. On est beaucoup sur une optimisation des savoir-faire.
C’est la nécessité du niveau de changement qui va déterminer si la personne a besoin d’un coaching ou d’une préparation mentale.
Est-ce que le changement va être davantage sur un changement d’outils ? Ou bien est-ce que c’est une transformation un peu plus globale ?
Aujourd’hui il y a davantage de coach mentaux qui sont formés à la préparation mentale, et il y a beaucoup de préparateurs mentaux qui sont formés sur certains outils du coaching.
Les Secrets du Kayak : Comment tu en es arrivé à faire du coaching et de la préparation mentale ?
Boris Maret : J’ai eu une première partie de vie où j’ai évolué dans l’industrie du spectacle visuel en tant que chef électricien régisseur lumière.
Je travaillais beaucoup en tournée avec de grosses équipes. Et j’ai eu la chance d’évoluer au niveau mondial lorsque je suis parti en Angleterre. Mais j’ai aussi fait des tournées en France pour Alain Souchon, Etienne Daho, Les Dix Commandements.
Donc je travaillais sur le développement d’une autre performance que celle du sport, mais il faut également y jouer le spectacle.
L’idée qui m’a toujours plu c’est le développement des compétences de l’équipe. La performance technique ne m’a jamais vraiment attiré. J’en avait fait le tour et je me suis rendu compte que c’était l’accompagnement de la performance qui m'intéressait, et le développement humain dans le cadre de développement de performance.
Ensuite j’ai intégré l’exécutif master accompagnateur des acteurs du sport de haut niveau à l’INSEP, pour deux ans de formation, notamment par Richard Ouvrard, un de mes mentors.
Puis j’ai monté mon cabinet et je me suis formé sur le clean langage, la modélisation symbolique, puis j’ai développé d’autres outils afin d’agir sur le terrain, donc je me suis formé sur la technique d’optimisation du potentiel, technique issue de l’armée.
Il faut savoir que très jeune, je voulais être professeur de sport, puis prof de maths, puis psychologue à l’âge adulte, donc là je suis dans l’idée de résoudre les équations mentales dans le domaine du sport.
Cependant je ne suis pas psychologue, il existe des psychologues du sport. C’est une tout autre dynamique, ce sont des personnes qui ont fait des études universitaires. Leur mission étant de diagnostiquer des pathologies, ce qui n’est pas mon domaine.
Coach et préparateur mental ne sont pas codifiés par la loi. Néanmoins il y a quelques formations qui donnent des diplômes validés RNCP ou alors il y a des DU de préparateur mentaux.
Les Secrets du Kayak : Comment tu fais pour entrer à l’INSEP ?
Boris Maret : Il a fallu montrer patte blanche. Je pense que le fait d’appartenir à un domaine de haut niveau leur a plu.
Mon ambition n’était pas définie, je n’avais pas d’idée en tête. C’est la beauté et l’émotionnel qui m’intéressait. Il n’y avait pas de passe-droit, c’est ton travail qui prime, ça m’a beaucoup plu. La notion d’équité et de justesse qu’on retrouve dans le sport me parlait.
Moi je ne suis pas sportif de haut niveau, j’ai fait du sport passion notamment dans le domaine de la glisse. A une période de ma vie j’aurais aimé intégrer un sport-étude de ski. J’ai beaucoup pratiqué le surf, le ski, le snowboard.
Je n’habitais pas dans la vallée, donc je n’avais pas accès aux clubs. Mais quand j’ai voulu être prof de sport j’ai commencé l’aviron, et je me suis retrouvé dans une école avec beaucoup de cours. J’ai aussi fait beaucoup de natation.
Les Secrets du Kayak : Et comment tu t’installes après ton diplôme de coach mental ? Tu ouvres un cabinet ?
Boris Maret : J’ai posé ma plaque. Après le plus dur est de créer sa patientèle.
A l’INSEP, il y avait des acteurs de haut niveau, des entraîneurs de haut niveau. Et j’ai pu démontrer mes compétences. Quand ils ont eu besoin, il ont fait appel à moi.
J’ai d’abord eu des athlètes de natation. J’ai commencé à me lier à la fédération de canoë-kayak en accompagnant des athlètes de sprint, et quand Jean-Pascal Crochet, le headcoach, a voulu développer ça, il m’a appelé.
Ma croyance, ma vérité, ça n’engage que moi, je pense que plus on le travaille jeune mieux c’est. Sur le fond l’approche est similaire lorsque je travaille avec des très jeunes, c’est sur la forme que ça va être différent.
Ce qui est intéressant dans la posture du coach c’est de partir de l’athlète, lui seul peut résoudre ses propres problèmes. Le but est de faire émerger ces problématiques et de faire émerger les ressources qui mènent aux solutions.
Mon expertise c’est le questionnement et le développement des habilitées mentales. Les habilitées mentales sont la gestion du stress, des émotions, la confiance en soi, la capacité à être dans l’instant présent.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que dans tous les cas on arrive à résoudre les problèmes avec les outils de la préparation mentale ?
Boris Maret : A un moment ça ne va pas suffire, d’où la casquette de coach. Tu as l’exemple d’un champion du monde à l’entraînement, c’est à dire que ses performances sont dignes d’un champion mondial.
Mais aux compétitions, il n’a pas accès au podium. Et en creusant avec le questionnement arrive la question « mais après le podium, qu’est-ce qui se passe pour toi ? » et la réponse c’est « ce n’est pas possible, parce qu’après ce sont les médias et moi les médias, je ne peux pas ».
En fait il a fallu travailler sur une capacité de pouvoir répondre aux médias pour pouvoir atteindre l’objectif.
Donc les outils de préparation mentale n’auraient pas suffit. L’idée c’est que l’athlète se saborde inconsciemment pour être sur de ne pas rencontrer les médias. C’était une protection inconsciente.
Pour moi les outils mis en place par l’athlète sur le terrain vont demander une action consciente ou d’être intégrés à une routine, pour faire en sorte qu’il ne les oublient pas.
Mais s’il existe un blocage inconscient, inconsciemment il va oublier de mettre en place ce qu'il doit mettre en place. Que ce soit au niveau mental, technique ou même physique.
Il y a une confidentialité totale.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’on peut détailler les outils de la préparation mentale ? Est-ce qu’il y a des incontournables ?
Boris Maret : Oui, pour moi le premier c’est la respiration, la visualisation avec l’imagerie mentale.
J’invite à regarder le reportage « Dans la tête des champions » en replay sur Arte.
L’idée c’est que le cerveau ne fait pas vraiment la différence entre le faire vraiment ou imaginer de le faire.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il peut exister un sur-entraînement à trop visualiser ?
Boris Maret : C’est une question intéressante, je dirais non pas spécialement mais c’est à creuser.
Il ne faut pas que ce soit rébarbatif, il faut garder le plaisir et l’émotion de la performance.
Les études démontrent la nécessité pour que le cerveau crée des neurones, de faire les choses au ralenti. Par exemple faire un départ de 200m au ralenti ce n’est pas cohérent, par contre être dans la visualisation de ce départ en slowmotion permettrait d’intégrer un nouvel apprentissage.
L’idée c’est de basculer dans une position d’observateur mas aussi d’acteur. Il y a aussi la nécessité de descendre dans un état de relaxation.
Il existe aussi les routines, le travail sur les pensées parasites, la méditation de pleine conscience, travailler sur du renforcement positif, sur la motivation. Et il y a un grand outil, c’est le travail sur les objectifs. Pour moi c’est le plus important la détermination des objectifs.
L’objectif va dépendre de la personne. Il y a des personnes qui vont vouloir un résultat et d’autres plutôt des process de mise en place d’objectif. La question c’est « quel est l’endroit où tu voudrais aller ». La réponse peut être différente en fonction de l’individu.
L’objectif n’a pas le même goût, la même odeur, la même envie de s’investir, la même motivation chez les uns et chez les autres.
L’objectif, le stress et la motivation sont liés. Avoir un objectif trop ambitieux va générer énormément de stress. Avoir un objectif trop accessible, ne va pas générer assez de stress.
Il y a la nécessité du stress pour mobiliser le côté physiologique. Il faut de la motivation, le bon niveau de stress pour faire plaisir, se faire plaisir et faire rêver.
Dans mon travail, il y l’idée de ton rêve. Sur la route de ton rêve, il y a des étapes à réaliser. D’où les techniques de questionnement.
Et dans chaque étape de ton rêve à réaliser, il y a une étape probablement accessible et ambitieuse. Les étapes suivantes sont pour le moment trop ambitieuses, et peut être des étapes avant trop accessibles.
Donc l’idée c’est que ton objectif c’est l’endroit sur la route de ton rêve qui est accessible et ambitieux. Jusqu’à ce qu’un jour ton rêve devienne ton objectif puisqu’il devient accessible et ambitieux.
Et une fois que tu as ton objectif, tu peux le redécouper sur des étapes qui vont te mener sur une échéance. Accessible et ambitieux permet d’intégrer que tu as les compétences pour le faire, ou que si tu travailles tu peux le faire.
Donc ça va construire la confiance en toi, et ça va te permettre d’avoir une motivation parce que tu es sur quelque chose que tu peux atteindre.
On le voit dans le reportage, dans les process d’entraînement on se rend compte que le temps passé sur le questionnement avec l’athlète est extrêmement réduit.
Et avec certains entraîneurs de haut niveaux, on se rend compte que quand on est sur douze entraînements sur sept jours, avec deux entraînements par jour, quand on prends deux heures d’entraînement sur ces douze fois par semaine, et qu’on le ramène sur passer simplement deux heures deux fois par an avec un athlète, ce qui est rarement fait, on est sur 0,01-0,05 % du temps investit dans la détermination de l’objectif et sur tout le process.
Sachant que tout part de là. C’est ce qui va servir de base pour tous les entraînements. La qualité de l’investissement de l’athlète dans l’entraînement va être supérieure.
Les Secrets du Kayak : Ne vaudrait-il pas mieux supprimer une séance par semaine de physiologie pour mettre en place cette communication ?
Boris Maret : Ça va dépendre aussi des entraîneurs, certains prennent un temps avant et/ou après l’entraînement pour le faire, et donc privilégier la multitude de petits temps.
Il y a des périodes où il faut déterminer et clarifier, et il y a ce travail de retravailler le questionnement et les objectifs.
Beaucoup développent le pilier mental de cette façon, et donc parfois certains athlètes n’ont pas d’entraîneur mental parce que leur entraîneur utilise l’écoute et le questionnement, et casse des croyances limitantes.
C’est juste qu’aujourd’hui il y a des méthodes plus développées. Là est en train d’émerger la notion d’expertise et ce besoin d’expert pour développer la compétence physique un peu plus loin.
Les Secrets du Kayak : Tu parlais de la respiration, comment on s’en sert dans la préparation mentale ?
Boris Maret : Il existe des respirations types qui aident à performer. Je vais t’en parler que de deux, mais il en existe beaucoup. On va parler de la respiration relaxante et la respiration dynamisante.
Ça peut déjà servir sur le niveau de stress pour la zone d’activation maximale. A un moment donné tu vas être en hypo-stress, avant la course tu te sens un peu mou.
Donc je peux faire une respiration dynamisante, ou bien tu vas te sentir un peu surexcité comme si tu étais en train de faire ta course alors que tu n’as même pas encore démarré. Et là tu es peut être en hyper stress, et donc pour redescendre sur le bon niveau de stress adapté il faudra faire de la respiration relaxante.
Les deux assez simples à mettre en place sont la respiration carrée pour conscientiser sa respiration, pour la respiration dynamisante, on va être sur deux ou quatre temps à l’inspiration, un petit temps d’apnée, et un temps d’expiration.
Le relaxant on va être sur un temps à l’inspiration, un petit blocage, et deux ou trois temps d’expiration. Et pour ça il y a un moment donné la nécessité de le travailler pour voir ce qui nous convient le mieux.
Une fois que les outils sont mis en place, au jour le jour, c’est quelque chose qui peut ou pas prendre du temps. Tout le monde n’a pas les mêmes besoins.
Tous les athlètes n’ont pas de préparateurs mentaux, mais seront dans une dynamique de développement mental par leurs entraîneurs, ou des personnes ressources. Ils vont avoir un regard extérieur, et sont capables de remettre en question certaines de leurs croyances.
Les croyances permettent de catégoriser les choses, d’évaluer les choses, et donc de nous repérer dans le contexte et l’environnement qui nous entourent.
On sait maintenant que une des fonctions premières de notre cerveau c’est de valider nos croyances. Si on a la croyance qu’on peut performer qu’en étant préparé mentalement, du coup le cerveau va être habitué à souligner beaucoup plus tous les athlètes qui se seront préparés mentalement.
Si j’ai la croyance qu’il ne faut pas être préparé mentalement pour réussir, mon cerveau va être beaucoup plus attiré par toutes les informations qui viennent valider le fait que tu n’en as pas besoin.
Le cerveau vient trier tout ce qui va à l’encontre de nos croyances. D’où la nécessité de souligner les croyances de l’athlète et de le pousser à voir comment font les autres athlètes.
Tout le monde a des croyances, donc c’est savoir se remettre en question pour les passer au crible et voir s’il n’y a pas de croyances limitantes.
Je pense qu’il y a des moments de le faire, ne pas le faire avant la course par exemple, en revanche sur un débriefing de course, en début d’année, en milieu d’année, ça peut être utile. Que ce soit pour les valider, ou les questionner, les transformer.
Et pour les pensées parasites d’avant course il existe des outils permettant de venir les remplacer. Très souvent quand c’est la même pensée qui revient, très probablement le système a quelque chose à gagner avec ces pensées.
Dans la gestion de l’échec, ou dans la stratégie de l’échec. Ne pas réussir, ne pas échouer, échouer est plus cohérent pour le système que réussir. Comme avec l’exemple des médias tout à l’heure.
Chez des athlètes très talentueux échouer est cohérent pour eux. Parce qu’à un moment donné, ils pouvaient faire encore mieux, ça permet de ne pas valider son vrai niveau de performance au plus haut.
Du coup d’être toujours dans la croyance d’être d’avantage talentueux que ça. Donc il faut prendre conscience de son réel niveau de performance, et l’accepter. Ça peut être un axe de travail.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe une séance de préparation mentale, ou de coaching mental ?
Boris Maret : Ça dure entre une heure et une heure trente, en cas de baisse d’énergie on peut arrêter avant.
Il y a une fréquence de consultation que je pense être d’une fois par mois au début, pour avoir une sorte d’habitude. Si un axe de travail se dégage, passer à deux-trois séances par semaine.
Il y a des moments ça peut être une fois tous les deux mois. Il y a des moments où il y a une co-construction par le développement de l’autonomie de l’athlète sur la nécessité et son ressenti.
Il développe sa capacité de besoin. Et sinon je relance au bout de deux mois.
Et pour moi il y a une croyance à casser sur la préparation mentale ou le coaching mental, ça serait l’idée de se faire accompagner mentalement que quand on est dans le problème.
C’est comme aller voir le psy parce que tu es malade. Les anglo-saxons se font accompagner mentalement pour passer un palier. On va souvent attendre que le problème arrive. On ne peut pas parler de séances de prévention, en revanche faire de la préparation mentale pour essayer pourrait faire du bien au plus grand nombre.
C’est surtout de valider que ancrer un succès avec de la préparation mentale, c’est ancrer une forte ressource. Ça va avoir un impact sur la confiance en soi et la capacité à reproduire cette performance. Aller voir quelqu’un en situation de réussite est aussi très intéressant.
Je vais mettre en parallèle quatre piliers de la performance de façon sémantique : le pilier physique-physio, le pilier technique, le pilier stratégique-tactique, et le pilier mental.
Tous ces piliers sont inter-connectés. Prend l’exemple de Florent Manaudou, qui s’exprime dans le reportage d’Arte, la conséquence de son pilier physio a interagit sur son pilier mental.
Le développement de la technique te permet de mieux tirer dans l’eau la pagaie, tu te sens plus fort, tu développes ton pilier mental. Ton pilier technique interagit sur ton piler mental, tu as plus confiance en toi.
Stratégie-tactique, exemple, tu as cette petite douleur en ce moment, mes relances c’est pas trop ça, du coup je vais modifier ma tactique, pour être plus proche de mes capacités du moment. J’interagis sur mon pilier mental.
Et c’est pareil pour le mental, à un moment donné pour un athlète je sens qu’il n’y a pas assez de coordination entre le haut et le bas, donc dans le questionnement et dans la prise de conscience qu’il peut y avoir une meilleure communication, ça veut dire qu’on va travailler mentalement et du coup, on va permettre peut être de passer un palier au niveau technique.
Donc là c’est comment en développant le pilier mental on interagit sur la technique.
Donc parfois on pratique des ancrages, un entre-deux la préparation mentale et le coaching. C’est un outils de PNL, beaucoup plus sur une systémique de coaching.
Pour Florent Manaudou, c’était par le mot « puissant », le mental va donc ramener dans tout le corps l’état physio dans lequel il était lorsqu’il a poussé sa barre, et donc aussi son état émotionnel.
Les Secrets du Kayak : Quand je t’écoute j’ai l’impression que c’est illimité dans les outils à mettre en place, et qu’on peut toujours s’améliorer. Est-ce qu’il y a une limite au développement mental ?
Boris Maret : On en est au début. Il faut vraiment voir ce reportage, il explique bien l’histoire de la préparation mentale, son évolution, son ancrage, avec l’imagerie mentale.
On ne connaît pas encore tout le potentiel de la préparation mentale. Il y a une phrase que j’aime bien d’Olivier Crumbles qui dit « le prochain siècle dans le sport sera mental ».
On atteint les limites du physiologique, on va atteindre les limites de la technique. Le corps humain a des limites. Il y a deux courants qui s’affrontent dans le sport, ceux qui pensent que tu l’as ou tu ne l’a pas, et ceux qui pensent que le mental ça se travaille.
Tant qu’on ne les aura pas repoussé on ne sera pas jusqu’où on pourra aller.
Ce qui est intéressant c’est l’idée que la personne avec qui l’individu travaille, doit être en lien avec l’entraîneur. L’entraîneur c’est le chef d’orchestre de la performance. Si l’entraîneur le désire, qu’il puisse échanger.
Et il faut prendre un temps pour évaluer, voir si réellement, mentalement la personne a évolué. Il faut des points de comparaison au fils du temps, ce seront des critères d’évaluation.
L’athlète a aussi à charge d’évaluer avec l’entraîneur l’évolution et les bienfaits de la préparation mentale.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’une séance de préparation mentale c’est accessible à tout le monde ? Il existe un prix moyen de coaching, d’accompagnement de la préparation mentale ?
Boris Maret : Il existe des tarifs, parfois les tarifs peuvent être différents en fonction de la personne, si c’est une fédération qui paie, un club, l’athlète qui paie... est-ce qu’il a des revenus, ou pas...
On est sur une moyenne entre 80€ et 120 € hors taxe pour une séance en moyenne d’une heure et demie. Ce n’est que mon tarif.
Il m’arrive d’avoir encore de la place. J’ai un site internet avec des réponses à la plupart des questions pour ceux que ça intéresse.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as des livres à conseiller sur le sujet pour débuter sur le sujet ?
Boris Maret : Oui, mais ils sont plutôt à destination des préparateurs mentaux. Il existe « Un champion dans la tête », moi je suis plutôt sur des reportages.
Je recommanderais d’aller faire un tour sur la chaîne Youtube « Et tout le monde s’en fou ». C’est deux coach, c’est ludique. Les épisodes sur la vérité, le bonheur. Celui sur l’estime de soi aussi. C’est bien documenté et sur le ton de l’humour. Ça pousse à la réflexion.
Et ce que j’aimerais partager pour finir, c’est je que j’avais partagé avec Michel Blondel également l’entraîneur de Jean-Philippe Gatien, mon tuteur, il m’avait dit quelque chose qui m’a toujours marqué, et que j’aime à répéter :
« Ce n’est pas parce que tu t’es entraîné que tu vas avoir ton résultat, ce n’est pas en pensant à ton résultat que tu vas avoir ton résultat. C’est simplement en étant présent ici et maintenant au départ de ta course, prêt à la créer, à créer ta performance, que tu pourras obtenir ton résultat. »
On peut dire que c’est grâce à tout le travail que tu as fait avant que tu es maintenant là quelque part dans les meilleures conditions pour créer ta performance.
C’est là qu’on voit l’intérêt de l’instant présent.
Vous pouvez retrouver Boris Maret sur son site personnel.
Interview : Vincent Olla
Retrouvez tout sur Vincent Olla. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Qu’a-t-il fait pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Vincent Olla en juillet 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Vincent Olla : Ça va super bien, comme un lundi.
Mais tu sais, je suis content tous les jours. Ma vie me convient, tous les jours je trouve un petit bonheur.
Les Secrets du Kayak : Pour ceux qui ne te connaissent pas pourrais-tu te présenter rapidement dans le milieu du kayak ?
Vincent Olla : Je suis un ancien kayakiste, je ne suis pas un ligneux ni un descendeur.
J’ai pratiqué l’eau-vive et la course en ligne à haut niveau. J’ai toujours été ouvert à toutes les disciplines.
Au niveau des pratiques, il est vrai que c’est la performance qui m’attire. Donc parfois j’ai réalisé mon potentiel et d’autres fois j’ai essayé d’apprendre de tout ça.
Ensuite j’ai été dans l’encadrement dans des missions régionales et nationales. Aujourd’hui je suis toujours dans l’univers de la performance, mais dans différents sports.
J’ai commencé le kayak à 12 ans puisque j’avais un grand frère qui en faisait. Il avait cinq ans de plus que moi. Et un jour en regardant des enfant à la télé faire du kayak, j’ai compris que je pouvais en faire à 12 ans.
Donc je me suis inscrit au club de Saint-Étienne. On n'y faisait pas de course en ligne car cette pratique n’était pas très développée au sud de Dijon.
Il y avait le club de Roanne, un grand club de course en ligne. À Saint-Étienne c’était loisir et compétition, et dans le domaine de la compétition il y avait des descendeurs médaillés, pour certains aux championnats du monde et qui m’ont beaucoup apporté, Yves Masson surtout, et les frère Calliet. Ils ont été internationaux en descente.
Au début je n’étais pas passionné, je faisais juste une activité sportive de gamin. C’est un âge où tu te cherches, j’étais assez réservé.
Et petit à petit j’ai pris confiance en moi. Il m’a fallu du temps avant d’avoir confiance, j’ai mis deux ans pour vraiment accrocher. C’est une activité difficile, il a fallu savoir esquimauter, j’ai pris confiance.
Avant ça j’ai fait du foot, du judo. J’avais deux grands frères donc on était souvent dehors, je me débrouillais.
Les Secrets du Kayak : Tu te souviens de tes premières compétitions ?
Vincent Olla : Il me semble que j’en ai fait assez rapidement, c’était une sortie club. Donc 12 ans tu es en benjamin et rapidement je me suis vite orienté sur le groupe compétition du club.
Je me suis vite entraîné, presque dès le collège je m’entraînais tous les jours, donc j’ai vite pris et vite progressé à cet âge là.
On faisait de la course à pied, du bateau, du ski de fond, du vélo, c’était un jeu. Début lycée j’ai du commencer la musculation.
Et rapidement j’ai été sélectionné en descente, et comme il fallait aussi être sélectionné au slalom pour être sélectionné aux championnats de France, j’avais fait juste ce qu’il fallait pour le slalom.
Donc en cadet 1 je fais les sélections de championnat de France je fais cinquième. Et dans les trente quarante en slalom.
En cadet 2 j’ai fait un podium en championnat de France, en descente troisième.
A cette époque je ne me vois pas vivre du kayak mais je me voyais devenir champion du Monde de kayak. Mais parce que je côtoyais des champions du monde.
Il y avait à l’époque des CPEF, centre de permanents d’entraînement et de formation comme parcours aménagé. Il faut savoir qu’en France le sport est essentiellement amateur, certes il y a des pros comme au foot mais tous les autres sports olympiques, il faut faire des études à côté.
Donc il y avait des sport-étude au lycée et collège. Je n’en ai pas bénéficié au début donc j’ai redoublé au lycée.
Je m’entraînais une dizaine de fois par semaine, le kayak était mon projet de vie.
Mon premier championnat du monde en junior c’était en Suisse, une rivière compliquée et il y avait un pré-championnat du monde. J’étais allé avec des juniors 2 qui connaissaient un peu la rivière, j’ai mal navigué, j’ai fini onzième.
On avait gagné par équipe. C’est un super souvenir, paysages magnifiques.
J’adorais aller m’entraîner, me comparer aux autres. J’étais tout seul à Saint-Étienne. Pour la réussite d’un entraînement je n’avais que mon chrono. Si je l’améliorait c’était une bonne séance, sinon ça ne l’était pas.
Tu construis des qualités de motivation, de détermination. Mais tu passes à côté de fluidité de souplesse d’observation d’environnement et d’éléments techniques, et ça je vais le porter toute ma carrière.
Au départ mon entraîneur était Gilles Calliet, qui a fait les championnats du monde de 1993. Il est parti et le club a fermé, donc je suis allé dans un autre club à Saint-Étienne. Il n’y avait plus de compétiteurs donc je m’entraînais tout seul.
Et après j’ai eu comme entraîneur, Yves Masson, vice champion du monde en 1991. Il me faisait mes programmes, il me voyait une fois tous les deux mois.
J’ai redoublé ma seconde puis ma première, et là avec mes parents on s’est dit qu’il fallait que je parte à Lyon pour rentrer dans le CPEF, et il y avait un groupe d’entraînement avec Jean-Pascal Crochet, Xavier Keim, Pierre-Michel Crochet. Mais j’ai arrêté avant le BAC, j’ai fait trois mois d’école, je ne voulais que m’entraîner.
J’ai basculé sur un brevet d’État, le BE kayak. Je ne me voyais pas entraîneur, mais c’était un choix d’étude pour continuer le haut niveau.
Du coup on s’entraînait beaucoup. C’était Michel Doux l’entraîneur, nous on était un peu tout fou. On avait pas de soucis, on faisait des études, on travaillait l’été quand on pouvait. On s’entendait bien, on était adversaires mais aussi coloc, on partageait beaucoup.
Les Secrets du Kayak : A quoi ça ressemble des entraînements de kayak en descente ?
Vincent Olla : A l’époque on ne faisait quasiment pas de course en ligne. On faisait beaucoup de musculation, ski de fond l’hiver, course à pied.
Et en bateau tu as une partie eau-vive nécessaire. Sur le plat, tu fais des choses qui ressemblent à de la course en ligne. Les séances d’EB1 EB2 sont arrivées en 1997 en France en course en ligne, donc nous on faisait de l’endurance fondamentale, de l’aérobie.
Et pour de la descente en période de compétition, c’est comme en course en ligne. L’hiver tu fais de la PPG, de l’endurance et dès février-mars tu fais de l’eau-vive, et ensuite tu as des phases d’affûtage.
Il y a des similitudes, c’est pour ça qu’il y a des athlètes qui viennent de la descente.
Les Secrets du Kayak : En descente, est-ce qu’il y avait des stages comme pour la course en ligne ?
Vincent Olla : Oui, on faisait des stages plus ou moins à chaque vacances, sauf à Noël.
On faisait des rivières, des grands classiques. Ou sur des rivières pour préparer des compétitions. Et, souvent, on s’organisait des stages entre nous. Pour tester le terrain avant le jour J. On s’organisait en autonomie.
Et comme ce n’est pas simple à organiser, ce projet c’est le tien, tu sais pourquoi tu pagaies. Tu le fais pour toi.
Les Secrets du Kayak : Comment se sont passées tes années après Lyon, tu as réussis à performer au championnat du Monde ?
Vincent Olla : Ça a été difficile, en junior c’était tous les deux ans. Donc en junior 2 c’était en Norvège j’ai fait troisième, j’étais déçu.
Senior 1 et 2 ça a été difficile. On est avec les grands. Tu t’entraînes beaucoup. J’étais au bataillon de Joinville, on s’entraînait tous ensemble avec les descendeurs et le ligneux. Et c’est cette année là que j’ai découvert la course en ligne.
Sur mon projet descente je savais que je ne serais pas champion du monde du jour au lendemain. La progression n’est pas linéaire, donc des fois c’est dur, ça ne paye pas de suite. Et parfois tu passes un cap sans comprendre pourquoi.
Les premières fois que je suis monté dans un bateau de course en ligne, on naviguait au BJ, ce qui m’a plu de suite c’est la confrontation directe.
En descente tu fais face à un chrono. L’idée des Jeux ça fait rêver, en descente ça n’existait pas.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu sentais une différence en terme de stabilité entre la descente et la course en ligne ?
Vincent Olla : Par exemple enlever son t-shirt dans un bateau de course en ligne c’est compliqué. En descente ça passe mieux.
Donc en course en ligne c’est beaucoup plus instable. La conduite est différente en descente avec des courants et des marmites ça demande de l’anticipation, de la lecture de la rivière, il faut aller vite savoir gérer les éléments. C’est très différents de la course en ligne où il faut battre le voisin.
Et moi en tant que descendeur je ne savais pas bien lire la rivière, j’avais un besoin d’exprimer mes qualités physiques et c’est en course en ligne que j’y arrive le mieux.
J’ai commencé la course en ligne en 1992-1993 et en 1994 j’ai fait un podium en championnat de France en course en ligne en kayak 1000 m, et deuxième en championnat de France.
Les Secrets du Kayak : A ce moment là quand tu t’exprimes en course en ligne, tu continues parallèlement la descente avec cet objectif de championnat du Monde ?
Vincent Olla : Oui en 1993 j’ai fait les deux disciplines, j’étais en liste jaune descente, on était en stage j’ai pris un short sur le rapide de la pile, j’ai nageais, j’ai explosé le bateau, je me suis fait mal à l’épaule.
En revenant du stage je me suis consacré à la course en ligne. A cette époque j’ai aussi rencontré la mère de mes enfants, Sabine Kleinhenz, qui était dans un projet similaire de course en ligne.
En 1994 j’ai basculé en course en ligne. Et on habitait à Vaires-sur-Marne. Donc je me suis donné les moyens d’y arriver.
Après l’armée j’ai fait mon DE1 un an à la fac, et j’ai fait un an à l’école de police de Paris. Cette école permettait d’être détaché à plein temps pour t’entraîner et te former.
Il y avait cette année là les championnats du Monde à Vaires-sur-Marne. Je me souviens aussi qu’à l’époque, pour faire un K4 senior il fallait candidater par écrit. Donc en 1995 j’y suis rentré avec Maxime Boccon , François During, Christophe Rouffet.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça été difficile de quitter ton groupe de descente pour intégrer un nouveau groupe en course en ligne ?
Vincent Olla : Non parce que j’étais focus sur mon projet, mais c’est la culture de cette discipline qui m’a déstabilisé. C’est différent, il y a plus de logistique, les élus ont plus de poids, c’est une discipline olympique.
Et la confrontation directe, c’est moins naturel.
En 1995 l’entraîneur national c’était Patrick Masson. Il y avait un programme fédéral, un cahier des charges à respecter. On s’est pris une rafale aux championnat du Monde en K4...
Ce K4 était construit pour deux ans, et moi je m’en suis retiré. J’ai démissionné pour me focaliser en K1. Je me suis bien fait chambrer. Mais j’étais en accord avec moi même, et pour moi c’était faisable quitte à me rater au moins c’était mon plan, mon projet, j’étais mon entraîneur.
De temps en temps, je consultais Patrick Masson.
A cette époque là il y avait moins d’outils de mesure. Dans la performance il n’y avait pas de nutritionniste, et la préparation mentale commençait à apparaître, on parlait d’architecte mental en 1996. Ça faisait un peu sourire.
Aujourd’hui un entraîneur national c’est le manager entre le préparateur mental, le diététicien, le préparateur physique. Aujourd’hui tous les aspects techniques et les programmes d’entraînement tu les trouves sur internet.
Par contre manager une équipe, il faut être former pour le faire.
Les Secrets du Kayak : En 1995 tu as du faire des rattrapages pour les jeux pour te sélectionner, un peu comme aujourd’hui on peut l’observer ?
Vincent Olla : Oui parce que le K1 1000m n’avait pas été qualifié, il a fallu gagner les piges. Et les rattrapages c’était à Séville et il fallait arriver dans les deux premiers. J’ai donc récupéré le quota, donc je suis allé aux Jeux.
C’était super, une bonne surprise. L’expérience olympique du fait de ma faible expérience de compétition de haut niveau, il y a une dimension émotionnelle super forte pour laquelle je n’avais pas l’habitude.
Il n’y avait pas une super ambiance, j’ai été déçu de ma performance. Je ne suis pas allé en finale. Il faut savoir gérer le déplacement, le matériel, il faut savoir jauger tes adversaires, je me suis fait bouffer par ma gestion des émotions positives et ou négatives. C’était une première pour moi.
On était à une heure de voiture d’Atlanta, donc je n’ai pas vraiment vu grand-chose des JO. Je n’ai pas perdu d’énergie à ça.
Après ça je me suis mis au travail pour les JO de Sydney. J’étais impressionné par les qualités physiques, et je trouvais qu’à l’époque l’encadrement ne me convenait pas.
Donc le DTN lance un appel d’offre à l’international et il recrute un directeur des équipes de France, Kersten Neumann de1997 à 2000. Il a amené une dimension athlétique plus prononcée.
Il a apporté du positif et moins positif. Il a amené les tests en musculation, l’EB1 et EB2, la quantité à outrance… pour moi c’était génial.
En 1997 j’étais pas trop mal et là un martien d’Alsace arrive, il s’appelle Bâbak ! Super fort, jeune, déstabilisant pour les anciens comme moi, et il a bousculé les codes.
Cela dit, je progresse dans mes points forts avec Kersten, en revanche mes problèmes de fluidité de souplesse et d’élasticité que j’identifie seul, j’ai beau travailler dessus j’ai du retard.
Et c’est la technique qui me limite. Je pense que le fait de m’entraîner seul et ne pas faire des exercices de prise de vague, tout ce que tu travailles quand tu t’entraînes avec quelqu’un. Après ça n’aurait peu être rien changé, j’ai aussi ma personnalité.
En 1997, on était en K4 avec Bâbak, on fait une finale. J’étais dans les deux-trois premiers français, Bâbak premier.
1998 on est allé aux championnats du Monde en K4. Le K1 c’était Bâbak, ça revenait au plus fort. Ce qui est normal.
J’avais quand même fait des finales de coupe du Monde. 1998 Bâbak est le leadership incontestable, et 1999 je ne me sélectionne pas aux championnat du Monde.
J’ai trois garçons qui sont nés l’été, et à chaque naissance je ne suis pas sélectionné au championnat du Monde. Ce n’est pas volontaire de ma part. Ce qui est marrant.
Du coup les JO de Sydney s’envolent pour moi. Je suis suppléant, je suis déçu mais mon gamin arrivait. En 2000 j’ai eu mon professorat de sport. Je n’étais pas malheureux, et je repensais ma motivation. Bâbak, m’a bien perturbé quand même.
Dès 2000 il fallait que ça claque sinon j’allais m’arrêter. Je travaillais à l’INSEP à côté pendant deux ans. J’étais tuteur de sportifs.
En 2002 j’ai déménagé en Ardèche, j’étais à la DDJS. Je me suis fait battre cette année là pendant les piges, du coup j’ai arrêté. Je travaillais à l’époque sur la dimension mentale, et je pense que ce travail m’a permis d’accepter ma retraite sportive.
Du coup j’arrête le kayak du jour au lendemain. Je travaille à la DDJS à Privas. Je suis dans la vie active. Ma vie a changé, ça m’a allégé, ça m’a fait du bien. J’étais épanoui dans ma vie.
Les Secrets du Kayak : Comment se passent les années qui suivent, au kayak mais dans une autre sphère ?
Vincent Olla : Jusque 2004, j’apprends mon métier. Et parallèlement je ne suis plus trop en contact avec le monde du kayak.
2004 il y a Benoit Peschier et Nicolas Peschier qui se sélectionnent pour les JO, j’étais licencié dans leur club et avec le maire on a monté un projet pour les suivre à la télé, j’ai repris contact à la fédération.
Et puis Christophe Rouffet en 2005 est arrivé directeur des équipes de France de course en ligne, et il m’a demandé de l’accompagner dans une équipe de soutien pour les grandes échéances : championnat du Monde, championnat d’Europe et championnat olympique.
La DDJS m’y autorise. Il y avait de la logistique, du soutien moral, je faisais le lien entre les entraîneurs, je faisais de la relation humaine. Je n’avais pas trop de contact avec les athlètes. J’ai fait ça de 2005-2012.
En 2007, j’ai quitté la DDJS en Ardèche pour entrer à la Fédération en tant que cadre technique, CTR dans la région Rhône-Alpes. Donc je partais un mois et demi tous les étés.
En tant que CTR j’étais chargé du champ sportifs : organisation des stages, organisation des entraîneurs, tu répares des remorques, tu déplaces des bateaux, tu vas à des réunions de Préfectures.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça te convient ce rôle à la fédération ?
Vincent Olla : CTR c’était super auprès de Christophe, puis les deux dernières années j’avais bien envie de le remplacer, je savais qu’il partirait en 2012.
Je sentais que ça m’intéressait. Je pensais pouvoir apporter à la fédération. On était plusieurs à se présenter, et j’ai eu le poste. Moi j’ai voulu apporter une vision globale de l’individu, avec sa dimension émotionnelle.
On a pris une coach pour le projet centré autour la dimension mentale et pour le staff et pour moi, et pour les athlètes. C’était nouveau, l’idée était d’être juste, ce qui ne veut pas dire sympa.
La collaboration était importante entre tous les membres du staff, être solidaire les uns des autres c’est hyper important. Toutes mes décisions ont été dans l’intérêt de l’équipe, en lien avec mes valeurs et dans le respect du cadre réglementaire.
Par exemple j’ai du me séparer d’un entraîneur très compétent individuellement mais qui dans l’intérêt de l’équipe ne convenait plus, et qui plus est un ami proche. J’ai du lui expliquer très longuement ma décision et pour lui permettre de retrouver une place.
Chez les athlètes c’est pareil, si ce n’est que dès que tu fais une sélection le premier sous la ligne trouve toujours que c’est injuste. Je ne me suis pas fait des amis, ce qui m’embête le plus c’est quand les gens ne comprennent pas les décisions.
Ce qu’il faut savoir c’est que ce sont des cadres d’État qui font les sélections et qui n’ont aucun intérêt à sélectionner un tel plutôt qu’un autre. Ce qui m’intéressait en tant que DEF, c’est l’athlète qui semble être le plus fort en analysant les résultats, en regardant les règles de sélections etc. C’est mathématique.
Donc quand tu es DTN, tu sélectionnes sereinement. Tu ne peux pas être juge et parti. Dans certains pays il existe des pressions politiques, et pas que de la politique sportive. Donc on ne se rate pas souvent.
Je suis resté DEF quatre ans jusqu’à Rio. J’ai hérité d’une génération assez forte, brillante et riche qui est arrivée à maturité à la fin 2012. C’est la génération ouverte par Marie Delattre, et Anne-Laure Viard. Bâbak lui nous avait autorisé à gagner.
Les filles ont donné de la confiance aux athlètes suivants. C’était agréable, une belle équipe. J’étais sur les juniors, moins de 23 ans et seniors. Et c’est surtout avec les senior que j’ai beaucoup partagé.
Les Secrets du Kayak : Ça ressemble à quoi une journée de DEF ?
Vincent Olla : Tu n’entraînes pas. Ce n’est pas le job. Moi j’étais beaucoup en déplacement sur le siège fédéral ou en stage. Au siège c’est de l’administratif, beaucoup de préparation pour les déplacements, pour les coupes du Monde.
Les hôtels, notre base à Vaires, faire le point sur le matériel, toute la communication. Tu gères toute la vie de l’équipe, tu anticipes. Et puis toutes les relations avec les élus, la commission et tu as le management de l’équipe des entraîneurs qui te font part des difficultés rencontrées avec les athlètes ou même entres-eux.
Et avec les athlètes c’est différent, c’est un suivi social. Il faut tout mettre en musique.
J’ai arrête car familialement c’était compliqué, et avec le DTN Philippe Graille j’avais eu les mains libre, mener à bien le projet.
Il y a eu un changement d’équipe et je sentais bien que je n’étais pas en accord avec eux. Ça s’est confirmé par la suite.
Ce qui a changé, je dirais qu’il faut toujours innover pour progresser mais tu ne peux pas non plus brusquer les choses. Tu ne peux pas tout changer, les athlètes ont besoin d’être dans un univers qu’ils maîtrisent un peu.
Tu ne peux pas tout changer du jour au lendemain. Il faut du temps pour apprivoiser l’environnement. Si tu brises la confiance, le temps de la reconstruire il faut des années.
Certes il faut du sang neuf dans une équipe régulièrement, mais il faut un juste milieu pour la transmission de compétence et d’expérience.
Le sport, c’est simple : à un moment donné il y a une échéance, tu regardes les résultats. Je souhaites pour les athlètes que ça fonctionne.
Les Secrets du Kayak : En 2016, tu arrêtes ton poste de DEF et là c’est quoi le plan professionnel ?
Vincent Olla : Je suis retourné CTR en Auvergne-Rhône-Alpes, et on a monté un pôle espoir de slalom à Oyonnax.
Et en tant que cadre j’ai eu la chance d’encadrer à la fois des minimes, des juniors, jusqu’aux JO. Ça me plaît ces expériences.
Les Secrets du Kayak : Qu’est ce qui t’a amené à Antibes ?
Vincent Olla : J’avais envie de voir autre chose. J’ai voulu quitter la fédération de kayak, je ne m’y retrouvais plus. Du coup je voulais aller dans un CREPS dans un département de haut niveau pour découvrir d’autres sports, d’autres pratiques.
En plus j’y avais des amis descendeurs. Je ne suis pas venu pour Antibes, je suis venu pour la mission.
Je découvre des sports collectif comme le basket, des sports professionnels avec des centres de formation, des agents autour des joueurs. Il y a aussi de la natation, la voile, les sports de nature, du golf, du trampoline, de la gymnastique.
Et donc je gère l’équilibre de vie des sportifs. Surtout des collégiens et des lycéens, en internat. De par mon parcours, je suis assez sensible au développement du sportif à long terme et au fait que pour être performant en senior il y a des fenêtres de développement, que ce soit mental ou physique, etc, il y a des fenêtre propices à ces développements.
Pour faire tout ça dans le bien-être et l’épanouissement de l’individu, puisqu’on parle tout le temps du double projet sportif et scolaire, les ado sont en plein volcan hormonal donc comment faire pour qu’ils soient épanouis ?
Le haut niveau ne doit jamais être régressif ou amenant de la souffrance.
Au CREPS je suis référent sur tout ce qui est violence dans le sport. Je suis assez sensible à ce qu’on respecte les individus. Il faut de la bienveillance et j’y suis intransigeant. On apprend tous les jours.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu es remonté en kayak depuis ta retraite sportive ?
Vincent Olla : Au début j’ai fait un peu de kayak de mer et de rivière. Je n’ai plus fait de course en ligne en compétition, je n’avais plus de sensation.
Le seul truc qui me plairait c’est du kayak d’eau-vive, tranquille.
Mais je fais du vélo, de la montagne, ski de fond, ski de randonnée. Si à l’occasion je dois en faire, j’en ferai.
Si j’en fais c’est pour amener des gens qui vont en faire. Mais à titre perso j’ai préféré m’ouvrir à d’autres cultures, d’autres sports, d’autres géographies.
Ensuite en kayak il ne faut pas oublier que la logistique est lourde, si demain je peux en faire en claquant des doigts je le ferai.
Je continue de regarder les résultats sur les réseaux sociaux, mais j’ai quand même coupé.
Les Secrets du Kayak : Tes enfants ont fait du kayak ?
Vincent Olla : Oui mes trois enfants en ont fait. Ils ont fait du slalom, de la descente, de la course en ligne, du canoë.
Ils ont eu une activité polyvalente, au plus tu vas avoir une base large de pratiques sportives au plus tu es dans une dynamique de compétition, ce qui fait qu’au moment de se spécialiser il ne reste plus qu’à régler des problèmes moteur et le développement harmonieux musculaire, et plus tu seras performant.
C’est un enjeu super important la polyvalence sportive qui te permet d’aller beaucoup plus haut dans la performance sportive.
Mes enfants ont flirté avec les podiums au championnat de France, j’en ai un qui s’est blessé à l’épaule, mais ils ont trouvé qu’il y avait autre chose que le canoë-kayak.
J’en ai un qui fait encore de la descente.
Vous pouvez retrouver Vincent Olla sur son compte Linkedin.
Interview : Audric Foucaud
Retrouvez tout sur Audric Foucaud. Comment est-il arrivé dans le milieu du kayak ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour encadrer ses athlètes ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Audric Foucaud en juin 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Audric Foucaud : Ça va très très bien merci, et toi ?
Les Secrets du Kayak : Oui ça va j'ai une meilleure météo que toi au Temple a priori. Pour ceux qui ne te connaissent pas dans le monde du kayak, pourrais-tu te présenter ?
Audric Foucaud : J'ai 26 ans et je suis préparateur physique au sein de la Fédération Française de Canoë-Kayak.
Je suis en contrat depuis janvier 2021, et ça fait deux ans que j'interviens pour la course en ligne et auprès de Martin qui vient du canoë-slalom.
Les Secrets du Kayak : En te suivant j'ai pu voir que tu avais fait de nombreux sports. Tu as commencé par lequel ?
Audric Foucaud : J'ai grandi dans une famille très sportive, sport de fond course à pied et vélo. Moi j'ai commencé vers 5-6 ans par la natation, j'en ai fait pendant 10 ans.
Vers 10-12 ans j'ai commencé le judo, pour une période de dix ans aussi. J'ai passé ma ceinture noire première dan. Et dans le cadre de mon STAPS j'ai validé ma carte d'entraîneur de judo.
Vers 15-16 ans, quand c'était le moment de faire de la préparation physique, j'étais plus intéressé par la partie musculation que cardio. C'est plus devenu une fin qu'un moyen, j'ai lâché les compétitions de judo.
Je n'était pas amoureux du judo, j'ai fait mes études : bac S, STAPS, MASTER, puis Doctorat.
J'ai donc basculé sur la musculation de base pure et dure, dans un but esthétique. Se développer physiquement comme certains acteurs connus, mais j'ai quand même été lucide pour me rapprocher de professionnel pour m'encadrer.
A 15-16 ans j'avais tout à apprendre, que ce soit pour les mouvements ou pour construire une séance. Et petit à petit, j'ai été intéressé par ce côté architecture de la performance et de la construction. J'ai souvent débattu avec les entraîneurs pour y arriver.
Puis via mes différents sports et ceux de mes amis, je me suis rapproché de l'aspect performance plutôt que sur l'aspect physique et esthétique.
A 15-16 ans on se laisse vite submerger par le rêve que c'est facile, mais si on se penche sur ce côté performance on obtient la satisfaction d'avoir fait une performance et de désacraliser des étapes, et an fur et à mesure devenir assez fort.
Le développement physique va de paire. Un physique qui ne développe pas de performance ressemblera rarement à quelque chose de fonctionnel et inversement.
Donc vers mes 15-16 ans j'étais déjà intéressé par la préparation physique.
Mon seul but après le bac c'était STAPS. Souvent c'est une voix prise par défaut, mais il y a aussi des passionnés qui la prennent.
Ce cursus m'a plu et déplu. Il y avait beaucoup de matières scientifiques qui m’intéressaient, biomécanique, physiologie, etc. on se rend compte que le corps humain est une horloge très précise et très performante. On devient autant scientifique que praticien.
Pour être cohérent et correct dans ce qu'on propose, il faudra avoir un bagage scientifique de connaissances cohérentes, sinon on est un charlatan et on fait de l'empirisme.
Et il faut ne pas se cacher derrière les connaissances et les références scientifiques pour justifier son inactivité ou son manque de pratique. Il faut avoir touché quelques barres et un peu de sport pour savoir comment bat un cœur.
Pour moi c'est tout ça qui a participé à la construction de ma personnalité : le sport et les études. Pas question de rater le sport à cause des examens, mais pas question non plus de prendre le sport comme excuse pour ne pas continuer les études.
On va dire que vers 18-19 ans je me suis tourné vers la partie force, c'était plus sympa, et j'étais plus fort pour ça que d'avoir un développement physique exceptionnel.
J'avais de bonne aptitudes nerveuses, et au niveau biomécanique et musculaire j'étais très bon sur des muscles de la chaîne postérieure : ischios, fessiers, lombaires.
Pour des mouvements de base, ils sont très importants. Ce sont des muscles invisibles qui permettent d'avoir une grosse architecture et d'être solide sous la barre.
J'ai concouru en GPC, j'étais donc spécialisé sur le soulevé de terre en niveau national et Europe, en junior. Et j'étais moins bon sur le couché, je préférais être très très bon sur le soulevé de terre en force athlétique.
Plus récemment depuis un an deux ans, je me suis mis pour plusieurs raisons aux sports fonciers : course à pied, vélo route et le triathlon par la force des choses étant nageur.
Sans aucune prétention ni résultat, avec un grand plaisir de découvrir ces activités et de m'y jeter à fond dedans.
Les Secrets du Kayak : Tu disais qu'à tes débuts, tu as rapidement pris un entraîneur. Est-ce que quand tu es passé en STAPS et que tu as commencé à t’intéresser à la théorie, est-ce que tu as continué à avoir un entraîneur attitré notamment pour la force ? C'est assez compliqué d'être objectif avec soi-même et de s'entraîner.
Audric Foucaud : J'ai toujours été suivi, on n'est jamais objectif c'est vrai.
Ton entraîneur te donne souvent des choses à faire que tu n'as pas envie de faire. Mais il faut faire ces séances car elles sont bonnes et bénéfiques.
Alors quand je suis entré en STAPS je n'estimais pas avoir la science infuse. Et je n'avais pas la capacité de faire mes entraînements de façon exceptionnelle, mais je pouvais me construire quelque chose de pas trop mal.
J'étais suivi et tu le vois dans le kayak, il y a des personnes qui adorent se reposer sur l'entraîneur, ne pas penser à la séance, juste la faire.
Et moi c'est tout l'inverse, j'étais trop dans la réflexion de la construction de la planification, de l'entraînement, de la séance avec la personne que j'avais en face de moi. C'était une construction commune orientée. Je m'inspirais des remarques qu'on me soulevait.
Les Secrets du Kayak : J'ai vu que tu avais fait un stage au Gold’s Gym, ça me parle beaucoup pour l'avoir fait aussi, mais c'était récemment ?
Audric Foucaud : Oui il y a trois ans. Les USA c'est un endroit où je suis allé à plusieurs reprises, et c'est un endroit mythique des gens qui aiment la musculation.
C'était sur la fin de mes années force athlétique à fond. Donc j'ai profité de congés pour sanctuariser la séance.
Quand tu te balades sur les chaînes Youtube…, tu vois que c'est là-bas où tu peux faire des rencontres sympathiques et vivre l'instant, pas le vivre via Youtube.
Là-bas c'est magique. C'est la même fonte qu'ailleurs mais ce n'est pas pareil. Comme il fallait avoir la majorité pour faire une séance là-bas, soit 21 ans, il me fallait y retourner.
C'est un coin pour les passionnés de musculation, c'est le Disneyland de la musculation. Ce n'est pas fait pour tout le monde.
Les Secrets du Kayak : Qu'est-ce qui a fait que tu as lâché la musculation au fil des années ?
Audric Foucaud : Bonne question. Je dirais d'abord que quand on est mono-activité pour moi c'est une seule qualité physique parmi les cinq grandes : force, endurance, vitesse, agilité, souplesse.
D'autres diront « il a oublié l'explosivité, l'endurance de force, la puissance » tout ça se sont des sous produits de ces qualités physiques.
Donc quand tu es mono-activité et que tu y as passé du temps, tu sens que tu a fortement exploité ton potentiel et à un moment tu te demandes « qu'est-ce que ça m'apporte ? » « est-ce que je ne tourne pas en rond ».
Surtout dans un sport autant mis à l'écart en France. Dans la rue, tout le monde va te parler de leur préparation d'un dix kilomètres de course à pieds ou d'un marathon , peu vont te te parler de leur préparation pour un championnat de soulevé de terre. Ça été mon premier raisonnement.
Le second ça été l'impact santé, au niveau ostéoarticulaire et ligamentaire. Je n'ai jamais eu de grosses blessures mais j'avais testé des programmes russes à bouriner sur un seul mouvement.
J'ai quand même de longs fémurs donc des zones de cisaillement, et lors de préparations lourdes en mouvement traditionnel ça reste lourd 250 kg.
Est-ce que j'allais vraiment faire ça pendant dix-vingt ans ?
J'étais entouré par des sportifs de tous horizons. Malgré mon gabarit, j'adore le vélo. Je me suis toujours dit : c'est dommage c'est un sport que je ne ferai jamais...
Ça fait perdre ton muscle mais tu vois du paysage, et ce sont des efforts assez intenses. Mais après quelques sorties vélo, tu ne te transformes pas en Armstrong ou Pantani. Ça te fait une super activité cardiaque, comme la course à pieds…
Donc je me suis dit que je pouvais toujours faire de la musculation à côté, quatre fois par semaine si j'ai envie en ayant toujours une planification dans un coin de la tête, mais je relâche la pression et je fais quelque chose de plus diversifié.
Le kayakiste incarne fortement l'athlète. C'est quelqu'un qui sait pousser des charges lourdes, courir vite et longtemps, multi-activités. Quand ils sont en semaine de récupération, il te font des trails et ultra-trails, ils touchent à tout.
Les Secrets du Kayak : L'idée c'est que parfois en musculation tu te bats, tu t'entraînes pour ne pas faire la même perf alors que tu es à fond, un an d'effort pour 5kg sur un squat... est-ce que ça vaut le coup ? Et comme tu l'as dit ça limite beaucoup, dans les sport d’endurance il y a d'avantage de marge de progrès. Et si tu ne fais que de la musculation et pas d'effort cardio, à un moment tu as le look d'un athlète sans en avoir les capacités, parce qu'effectivement tu peux te développer différemment.
Audric Foucaud : Il faut avoir de l'humilité et il faut savoir se remettre en question. Avec le recul, parfois certaines choses que j'ai faites, c'était ridicule.
J'étais jeune donc ça passe, mais certainement que dans quelques années les choses que je fais aujourd'hui me paraîtront ridicules, mais c'est comme ça qu'on grandit et qu'on mûrit.
Et être quelqu'un de sain, c'est savoir se remettre en question lorsque les choses dérivent. A cette époque là j'étais le dieu de la salle. Je me disais que je devais pousser jusque 300 kg !
Le youtube-game et le fitgame battaient plein pot. Il y avait un entrain et une émulation pour cette barre symbolique chez les plus forts.
Mais les deux fois où j'ai fait ma barre à 250 kg, j'ai senti une sensation assez incroyable que c'est moi qui m'enfonçait dans le sol et non pas que je soulevais la barre, et j'ai saigné du nez.
J'étais fier, j'avais versé le premier sang. Et à froid je me suis dit que j'étais complètement con. Ce n'était pas santé que de saigner du nez pour soulever une charge.
Aujourd'hui je suis plus accès cardio et je suis toujours aussi énorme, pourquoi ? Parce que je n'ai pas adapté un comportement alimentaire totalement lié au sport d'endurance : je mange en sur-quantité.
Je garde toujours des séances de musculation. Et quand tu as passé plusieurs années à peser plus de 100kg, tu ne pèses pas 70 kg du jour au lendemain. Mais ça ne me dérangerait pas de faire 90-85 kg dans les années à venir.
Je prends les choses tranquillement sans pression, et mes objectifs futurs d'Ironman ou autre c'est pour mon épanouissement personnel.
Le très bon athlète n'a pas besoin de se montrer, mais les mecs exceptionnels ils sont cool, ils ne vont pas te faire sentir que tu pues la merde, ils vont te tirer vers le haut.
Il y a un partage, un échange. Ils te font passer un bon moment.
Les Secrets du Kayak : Au final quel est ton parcours STAPS ? Tu es en thèse sur l’hypoxie? Qu'est-ce qui t'amène à être préparateur physique ?
Audric Foucaud : Bac Scientifique SVT, Licence 1 STAPS tronc commun, L2-L3 spécialité entraînement sportif. Elle permet d'avoir une carte professionnelle de préparateur physique et d'être entraîneur dans sa discipline.
Moi je me suis compliqué la tâche, j'ai remis le kimono pendant deux ans sans faire de compétitions, et j'ai fait une double licence en me coltinant deux stages de front : au judo et en force athlétique et haltérophilie.
J'ai eu ma licence, ma carte pro et ma carte d'entraîneur sportif pour ces deux disciplines. Dans la foulée, j'ai fait le MASTER EOPS expertise optimisation de la performance physique et sportive. Il était assez intéressant et complet.
A la fin de la L3 je travaillais déjà en tant que préparateur physique. En M1 c'est la première année classique, et ma M2 accès recherches. Là où j'avais fait mon stage il y avait une cabine hypoxique, qui reproduit les effets de l'hypoxie.
L'hypoxie c'est le manque d'oxygène c'est ce qu'on retrouve en montagne. En réalité c'est plus la difficulté d'assimilation du dioxygène par le corps humain. En fonction si c'est de l'hypobare ou normobare. Si c'est de la réelle ou simulée.
Ce sont des méthodes d'entraînement qui m’intéressaient vraiment pour tous types d'athlètes. J'ai donc fait mon mémoire de master sur ce sujet.
J'ai été recruté en CDI dans le centre dans lequel j'étais, et j'ai fait ma candidature pour être recruté en thèse. On ne valide pas des années de thèse de la même façon qu'on valide des années de Licence ou de Master.
Tu passes un suivi scientifique chaque année. Et le covid n'a pas permis de mettre en place une liste de patients conformément au protocole. Du coup j'ai démissionné de mon poste et la thèse est en suspend.
La question se pose quant à la continuité, je ne me mets pas de pression. C'est un plus, ce n'est pas ce qui me fait vivre.
Je continue toujours de me former, je viens de valider un DU nutrition. Il ne te fait pas devenir nutritionniste, mais il te donne des bases.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que quand tu souhaitais devenir préparateur physique, tu souhaitais préparer certains athlètes dans certains sports ?
Audric Foucaud : J'étais touche à tout que ce soit pour le perso ou pour l'entraînement.
Je ne viens pas de Toulouse mais de Castres, à une heure de Toulouse. Cette ville est un peu connue, qui a un bon club de rugby. J'étais en stage de 2013-2018 avec eux.
J'étais au centre du Toulouse football club. J'étais sur des sports de combat, boxe anglaise, pancrace, boxe-thaï.
Je ne me suis jamais arrête sur un sport en particulier, mais je savais que je ne serai pas fan d'entraîner pour de la force haltéro. Je voulais vivre d'autres choses, d'autres sports.
Le kayak m'a vite intéressé. J'ai vite analysé la tâche, pour comprendre à qui je m'adresse, à qui je parle.
Ça prend de 5 min à des années. Je suis toujours en plein dedans. Avant de me dire expert d'une discipline, il faut y passer un sacré moment.
Moi j'aime les casses-têtes, et le kayakiste doit être bon en tout. Donc sur de la préparation physique, c'est assez marrant parce qu'ils poussent 150 kg au couché et ils font un 10 km en 40 minutes, et leur sport c'est le kayak.
Tu dois être l'architecte de la performance. Il faut être bon dans la manière d'imbriquer les séances. Il faut aimer faire un puzzle. Il faut travailler à rebrousse temps, faire l'analyse de la personne ou du groupe.
Qu'est-ce qu'on va faire pour y arriver ? Mais il doit rester bon partout.
Les Secrets du Kayak : Beaucoup ont dit depuis que tu es arrivé, qu'il y avait eu une diversification des mouvements. Moi j'étais resté sur des vieux documents que j'avais retrouvé sur le net avec des séances très basiques : développé couché, tirage planche, tractions, développé épaules, un exercice de cuisse, un exercice d'abdos... Sous la forme de circuit training plus ou moins long, à faire plusieurs fois par semaine. J'avais du mal à comprendre la logique de tout ça. Dès que tu es arrivé les choses ont drastiquement changé. Tout à l'heure on évoquait Yann, que j'ai interviewé, on parlait en kayak des cycles sur l'eau de trois semaines avec une semaine de récupération active. Ou deux semaines de travail et une semaine de récupération active. Est-ce que toi tu découpes la musculation en fonction de ces cycles ?
Audric Foucaud : J'ai envie de te faire une réponse énorme tellement ça me passionne.
Le développé couché, tirage planche, tractions, moi personnellement j'adore. Les athlètes en ont eu encore hier. Tout n'est pas à jeter. On parle de champion, donc ça marche pour eux.
Ce n'est pas pour ça qu'il faut faire de la merde, basique et sans réflexion.
Il faut faire la différence entre athlète débutant et confirmé.
On est sur le groupe élite senior. Ils ont connu beaucoup de fois le même type de stimulation. Et il faut partir sur le principe que l'organisme s'adapte. Le corps humain réagit à un stress.
Le but de l'entraînement c'est de générer un stress pour déclencher une adaptation nerveuse, hormonale, musculaire. Pendant la zone de récupération derrière, réussir à générer un développement, cardiaque, musculaire ou les deux.
Ce sont des personnes qui ont connu beaucoup de fois le même type de stimuli, et je pense que ça peut être intéressant d'apporter de la diversité, pour aller chercher des axes différents.
Mais également, on parle trop peu du côté mental et psychologique. Il y en a qui veulent de la diversité, ils vont vouloir un travail par chaîne et c'est pertinent que de leur proposer des choses pertinentes.
Ça leur relance l’œil du tigre. Je ne pourrais pas rendre tout le monde fou de musculation comme je l'ai été.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'il y a aujourd'hui d'autres mouvements qui sont devenus des mouvements de base ?
Audric Foucaud : J'ai essayé d'intégrer des mouvements d'haltéro, des mouvements semi-techniques d'haltéro. Comme l'épaulé, le tirage bas ou le tirage haut d'épaulé ou les tirages d'arraché.
Ça peut être intéressant pour le kayakiste en général, parce que contrairement à un soulevé de terre qui a un vitesse d'accélération régulière, là tu vas devoir pour déplacer la charge créer une accélération progressive. Tu vas devoir générer de la vitesse dans ton mouvement.
L'autre point intéressant, c'est l'idée d'avoir conscience de son corps pour générer une transmission du mouvement. La plupart du temps en musculation tu restes sur des appuis donc tu n'as pas conscience de ton corps.
Le fait de générer la vitesse et d'avoir une transmission bas-haut passant par la zone abdominale, lombaire et toute cette zone de gainage, sert à transférer de la force dans la pagaie et dans le bateau.
Les mouvements de tirage sont intéressants mais pour reprendre le cas du squat overhead, la plupart des gens n'ont pas la souplesse nécessaire pour faire un mouvement propre. Rien que barre à vide, cet exercice me donne une indication sur la santé en terme de coordination et d'agilité de l'athlète.
Donc si les athlètes ont la conscience corporel et le schéma moteur d'accélérer en plus de pousser lourd avec la souplesse nécessaire et la capacité physique nécessaire, c'est gagner.
Autre précision, pousser 180 kg au couché ce n'est pas un obligation. Mais ce qui est sur c'est que quand tu débloques certains paliers, tu te mets des chances de ton côté et tu rajoutes une corde à ton arc pour transmettre des watts.
Le dernier point, c'est que je pars du principe qu'une chaîne est aussi forte que son maillon le plus faible. Si on parle des mollets ou des ischios, on entend que c'est pas important pour un kayakiste.
Si la personne n'a pas eu de stimuli pour cette zone et qu'elle fait un footing et qu'elle se blesse le tendon d’Achille ou se déchire les ischios, le bateau ce n'est plus possible...
Donc tout est lié. Le but c'est de faire face à un maximum de situations. Il faut être préparé à la charge d'entraînement. Il leur faudra un temps d'adaptation avec de la technique et du volume, pour réussir à tenir ce qu'on appelle la capacité d'entraînabilité.
Si la personne ne survit pas à la préparation, elle n'aura pas le bagage nécessaire pour se présenter sur la compétition.
Et pour répondre à la question des semaines, on va catégoriser deux grands moments. La priorité au bateau, et les moments où il y a la priorité sur la musculation.
Tu te doutes bien que plus on se rapproche d'une échéance plus le bateau est mis à l'honneur. Plus on sera dans une période hivernale plus on sera dans une période où la force va être importante.
Mais pour être bien sur un bateau il faut que l'athlète ait ses capacités musculaires au top. C'est une question de vases communicants.
L'année et les semaines vont suivre la courbe force-vitesse. La puissance c'est : Force x Vitesse. La puissance est importante, l'endurance de puissance est importante. Et il y a l'endurance de force.
C'est à dire l'idée de répéter une force donnée. La force que tu vas être capable de répéter et l'endurance de puissance c'est à dire la vitesse que tu vas donner à ton appuis sur un temps donné.
Une fois que tu as tout ces paramètres, il faut te mettre d'accord et faire une table ronde avec les entraîneurs référents, et accès la planification en fonction du nombre de séances de bateau et de musculation.
Il y a des moments où tu as gagné lorsque l'athlète se maintient.
Les Secrets du Kayak : Donc dans ce que tu dis il y a toujours un rappel de force, quelque soit le cycle ou la semaine, pour essayer de maintenir leur haut niveau de force ?
Audric Foucaud : Pour essayer de faire simple, il y a deux profils types.
L'athlète qui a une compétition définie et déterminée, et là oui tu peux avoir de la force max qui dérive sur de la puissance avec un petit rappel d'endurance de force en fin de semaine.
Ça va être un rappel des différentes qualités physiques.
Mais quand un athlète à une échéance lointaine ou bien qu'il est non sélectionné et qu'il veut passer un cap physiquement, là on peut mettre trois semaines, voire 2x 3 semaines de force max, avec une semaine de récupération.
Le but sera de balayer la courbe de force max en passant par différents modes de contraction. En allant du supra max au début avec de l’excentrique, puis de l'isométrie puis de la force max classique, puis du stato-dynamique. Là on va être sur des blocs très monolithiques.
Là on est plus sur un stage terminal pour le Japon, avec des gens qui sont sélectionnés pour les JO.
Les Secrets du Kayak : Qu'en est-il de l'entraînement des jambes ? Faut-il développer leur force, ou bien cela ne sert à rien de les travailler dans une optique de développement ?
Audric Foucaud : L'idée c'est qu'à un certain niveau il faut avoir un athlète complet.
Donc il lui faut des séances jambes dont le but sera la prévention de blessure, soit par rapport à sa position dans le kayak, mais aussi pour du développement indirect pour être meilleur en PPG ou en ski de fond, pour derrière avoir un développement aérobie plus important.
Avoir des jambes pour quoi faire ? De l’haltérophilie départ sol avec des rowing buste penché et des rowing Tbar pour le gainage postural, pour un développement complet.
On parle de kayakiste, mais il y a aussi des céistes qui eux ont un travail de jambes qui représente 50 % du contenu d’une séance de musculation.
Le céiste de course en ligne va transmettre énormément d’énergie par les membres inférieures.
Le côté schéma moteur, être conscient de la contraction de son muscle, une personne qui n’a jamais contracté ses muscles aura plus de mal dans le travail de coordination, du pédalage dans le bateau, plus de mal que d’avoir quelque chose de fluide et de contrôlé. Il faut savoir les utiliser.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu constates un point faible commun chez les athlètes que tu suis ? Un muscle longuement négligé par exemple que tu retrouves dans la majorité d’entre-eux ?
Audric Foucaud : La croyance populaire voudrait qu’on n'ait pas de bonnes jambes. Mais ce sont des supers athlètes, qui courent qui roulent qui fond du ski de fond.
Et même si ce ne sont pas de séances jambes construites autour de trois exercices de quadriceps, trois ischios... ils ont de bonnes jambes. Que ce soit les kayakistes ou les céistes.
Concernant les groupes musculaires je porte mon attention sur le deltoïde postérieur. Il y a beaucoup de tractions et de tirage planche. Mais il y avait peu de mouvement de type oiseau poulie basse, haltère, élévations latérales sur banc incliné.
Peu de mouvements où tu as le coude qui vient dans l’axe de l’épaule. Ils étaient sur de l’arrache-pec, ça été un combat que de modifier ce mouvement...
Il y avait peu de tirages avec les coudes ouverts. Et en terme de développement je pense que ça participe à la prévention des blessures de l’épaule et de la stabilité. Ils ont tous les épaules un peu devant sans arrière d’épaule.
Des mouvements répétés des milliers de fois avec une position d’attaque vers l’avant… sur une épaule articulée en trois dimension, ça peut leur tirer vers l’avant au bout d’un moment.
Les Secrets du Kayak : Et depuis que tu es là, tu as constaté une réduction du risque de blessure au niveau de l’épaule ?
Audric Foucaud : Ah ben là ils ont tous les pecs arrachés, des lumbagos… Non je plaisante !
Je ne vais pas prêcher pour ma paroisse en te disant que j’ai révolutionner le monde du sport français…
Non, mais par contre il n’y a pas de blessés, ils ont tous des petits bobos ; en terme de blessures c’est plus que correcte.
Je ne fais pas de tests biodex et je ne suis pas kiné, mais par contre ça n’a pas l’air de souffrir.
Et dès que j’en vois un avec un problème de l’épaule, j’essaie de comprendre d’où ça vient, pour faire un peu de renforcement spécifique. Mais parfois c’est pire ! Donc ça reste un casse-tête.
Les Secrets du Kayak : Qu’en est-ce qu’on te voit sur un kayak pour de vrai ? Puisque tu as analysé la tâche, qu’est-ce qui te manque pour être sur un bateau ?
Audric Foucaud : Je n’ai pas fini de l’analyser ! Je rigole mais si tu veux on montera tous les deux ensemble dans un kayak de course en ligne. Le test du rodéo et des cow-boy ! Il faut tenir huit secondes pour gagner la prime !
Alors je suis monté dans un C4, dans un K2, ensuite il y a eu plusieurs échecs. Celui du K1, où j’ai pris l’eau. Celui du C1, un rondin de bois, c’était même pas la peine ; c’était impressionnant.
Et le semi échec en K2 avec Sarah Guyot, où ça a tenu une trentaine de secondes et ensuite retour à l’eau.
J’ai envie d’essayer le surfski. Des trucs assez stables pour débuter et en fait je vais m’y mettre.
Mais ce n'est pas que du gainage, il y a un énorme côté oreille interne et appareil vestibulaire, tout ce qui va te permettre de maintenir ton bateau en place.
C’est comme en skate, en ski ou en snowboard, c’est le fait d’avoir passé du temps depuis jeune dans ce type d’embarcation, pour que ce soit une seconde nature.
Je voudrais juste dire en mot de la fin que rien n’est acquis, on n’est pas dans un domaine mathématiques, ni dans l’expertise comptable.
On travaille sur un côté humain, sur la compréhension de l’individu. Il faut savoir à qui on s’adresse et être souvent dans la remise en question.
Vous pouvez retrouver Audric Foucaud sur son compte Instagram.
Interview : Edwin Lucas
Retrouvez tout sur Edwin Lucas. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Edwin Lucas en juin 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Edwin Lucas : Tout va bien, c'est une belle journée pour moi à Toulouse. Je vais aller naviguer dans trois heures.
La dernière course de marathon ne s'est pas super bien passée pour moi, par conséquent là je vais naviguer pour préparer les championnats de France de sprint avec mon club.
Donc je reprends un peu tous les jours.
Les Secrets du Kayak : Qu'est-ce qui s'est passé pour toi sur le marathon la semaine dernière ?
Edwin Lucas : J'ai eu une avarie matérielle, une pièce qui tenait le gouvernail s'est désolidarisée, du coup j'ai perdu le gouvernail au 2/3 de ma course. J'ai du abandonner alors que c'était la sélection coupe de France.
Je vais préparer les championnats de France de marathon à Vernon pour me rattraper.
J'ai commencé le kayak en 2001, plus tard que les autres athlètes, en cadet 2. Avant ça je faisais de l'escrime, des sports collectifs, course à pieds, vélo...
L'eau m'a toujours intéressé.
Mes débuts se sont fait avec des minimes alors que j'avais 15 ans. Puis j'ai vite gagné en stabilité, et ce sont les équipages qui m'ont permis de progresser.
J'ai fait parti d'un K4 alors que je ne tenais pas encore bien dans un bateau, et du coup je participais aux entraînements typés compétitions.
Et puis c'est venu progressivement. La première année j'ai tenté de concourir en monoplace, mais je suis tombé à l'eau avant même de commencer le départ de la course, j'ai réussi à finir mais je ne me suis pas sélectionné.
Ce n'est qu'en K2 et K4 que j'y suis parvenu.
Et en équipage K4 on n'avait qu'un seul bateau type compétition, et en K2 c'était un bateau intermédiaire qui permettait de performer en étant plus stable.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que c'est de faire de l'équipage qui t'a motivé à poursuivre ?
Edwin Lucas : Complètement, les performances en mono sont arrivées vers fin junior. La stabilité et le coup de pagaie n'étaient pas simple à acquérir.
J'ai toujours été plus performant en équipage.
Je pense que par mimétisme j'ai toujours été bon. Il faut s'associer à l'équipage, et c'est devenu ma force.
Dès cadet 2, on était un groupe avec Vincent Lecrubier, on s’entraînait une fois par jour.
Les séances ont augmenté progressivement. Et dès les qualifications en championnat de France je passais à 5-6 entraînements par semaine.
A cette époque là je ne faisais pas d'autres sports. C'est dès junior que j'ai débuté la musculation. J'étais plutôt grand mais pas épais.
Et c'est là que je me suis questionné sur ce qu'il fallait changer pour mieux réussir. C'est là que j'ai découvert le rôle de la nutrition.
A 16-18 ans en K1 j'entrais dans le top 10-15 français sur des courses de fond, et je me sélectionnais en équipe de France marathon en junior 2.
Aux sélections équipe de France je suivais les références du kayak, Vincent Lecrubier et Stéphane Boulanger. Je m'en rapprochais sur du mono place.
En junior, très souvent à l'époque, on faisait un peu tous du marathon et du sprint. Aujourd'hui les jeunes sont vite spécialisés.
Les Secrets du Kayak : Donc toi tu suis un parcours scolaire général, et c'est là que tu te découvres la passion pour la diététique ?
Edwin Lucas : C'est à travers mon expérience. J'avais beaucoup de question, et mon médecin m'a proposé de rencontrer une diététicienne qui m'a expliqué les fondamentaux.
Ce qu'il fallait changer dans la quantité et la qualité de ce que je mangeais.
J'ai essayé d'appliquer les conseils, avant même de prendre conscience que ça allait devenir mon métier.
C'est venu progressivement dans mes études. J'étais parti sur kiné, au final j'ai fait mes études dans la diététique.
Les Secrets du Kayak : Tu te souviens de ce que tu as changé d'un point de vue alimentaire ?
Edwin Lucas : Surtout les quantités. Je ne me rendais pas compte de ma dépense énergétique. Pour aller au club, je faisais déjà 10-15 km en vélo. Donc en fait je faisais du sport tout le temps. Parfois j'y allait en courant, je revenais en vélo...
J'ai appris à fractionner les repas avec des collations. Et quand tu manges au self la qualité n'est pas toujours au top.
J'ai été éduqué très tôt à faire attention à la qualité de ce que tu mets dans ton assiette.
Grâce à tout ça je sais que je me suis rarement blessé. Que par des accidents. Donc je pense que ça aide.
Physiquement je ne suis pas aussi costaud que d'autres, mais de base par la génétique je n'aurais jamais été comme je suis si je n'avais pas fait attention à ça, la musculation n'aurait pas tout fait.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'une fois que tu as atteint le top 10 français, le haut niveau te semblait atteignable ?
Edwin Lucas : Bonne question. Je pense que j'ai toujours été curieux de ces sensations que de gagner des podiums.
J'ai eu la chance d'avoir des équipages très performants. Dès ma première sélection aux championnats de France en K4, on a fait vice champion de France.
Du coup tout ça m'a attiré. Même si je n'avais pas le niveau je participais aux sélections équipe de France.
J'essayais de faire le mieux possible, j'ai tout fait pour progresser et rattraper mon retard. Je suis assez persévérant voire têtu. Et j'ai réussi comme ça à passer devant certains athlètes, en ne lâchant rien.
Certaines personnes pensaient que je n'y arriverai pas, mais il y en avait tout autant qui pensaient que je pouvais le faire.
Pour entrer liste pôle espoir, mon objectif était champion du monde et la personne qui m'a fait passer l'entretien m'a rigolé un peu au nez, c'était sans doute un peu démesuré.
J'ai été en liste espoir mais pas en pôle. J'étais invité à participer aux séances d'entraînement au pôle. Les seniors nous montraient l'exemple. J'étais aussi bien entouré.
Les Secrets du Kayak : Du fait de commencer sur le tard, certains automatismes ne se sont pas crées. Est-ce que tu as fait un peu d'eau-vive ?
Edwin Lucas : Oui un peu au tout début, avec des compétitions de descente. Ça m'a appris à stabiliser l'embarcation, et créer des chaînes techniques avec l'eau.
Mais ils ont inventé une règle qui fait que tu ne pouvais pas aller au championnat de France si tu ne savais pas esquimauter en descente.
Alors oui c'est une sécurité, mais du coup je ne suis jamais allé au championnat de France alors que j'en avais le niveau.
Ils te faisaient esquimauter à la fin d'une course, je trouve ça hallucinant de le demander en fin de course, en plein hiver et de ne pas sélectionner en championnat de France des gens qui ont le niveau, alors qu'en course de toute manière personne n'esquimaute en plein sprint !
Du coup je me suis tourné vers la course en ligne. Et le slalom on le faisait pour être polyvalent.
Plus je naviguais, plus j'avais des automatismes du haut du corps. Les jambes avaient des automatismes des sports précédents. Il me fallait bien joindre les deux ensembles et créer une unité avec le haut du corps.
Je trouve que j'ai parfois des défauts que j'ai du mal à corriger, et que je manque de stabilité ce qui a des conséquences sur mon coup de pagaie.
Les Secrets du Kayak : Lorsque que tu vises l'objectif d'être champion du monde, tu augmentes ta charge d'entraînement ?
Edwin Lucas : Oui, à partir de junior j'ai demandé la planification d'entraînement des meilleurs athlètes, et à 18-19 ans je faisais deux entraînements par jour.
Ce que j'en retiens ce sont aussi des déceptions. Quand tu passes un cap en volume, c'est l'année d'après que tu récoltes les résultats. Et à 18-20 ans tu as aussi une vie sociale qui souvent ne te permet pas de progresser. Donc il faut savoir se détacher de ça.
Et ensuite en moins de 23 ans j'ai fait ma première médaille internationale en K1 aux championnats d'Europe. Je m'en souviens encore. C'est comme si tout était connecté, de plus en marathon il faut aussi jouer avec ses adversaires, et tout était fluide.
J'ai tenté aussi des sélections pour le sprint, mais j'étais souvent en dessous des premiers. J'étais bon sur des finales sur 1000m. Je gagnais souvent les finales B.
En équipage, j'ai toujours eu une plus-value avec de très bon coéquipiers.
Je pense que dans nos sélections françaises, il n'y a pas d’intérêt porté à la construction d'équipage. Ça m'aurait sans doute plus aidé à aller vers le sprint que le marathon si ça avait été le cas.
C'est compliqué de construire un K4, ce n'est pas parce que tu va prendre les quatre meilleurs français que tu vas avoir le meilleur équipage.
Si les gars ne savent pas bouger ensemble, ça ne marche pas. Il faut un compromis entre le niveau individuel, et il faut être compatible.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que lorsque tu fais une médaille aux Europe, le titre de champion du monde prend forme dans ta tête ?
Edwin Lucas : Oui, à partir de là je m'en rapproche.
Mais déjà avec Romain Marcaud l'année avant on avait fait de très bonnes courses. On s'est loupé sur le championnat du monde, mais on avait gagné les deux coupes du monde de l'année.
Et l'année suivante on fait aussi vice champion du monde. Avec le recul on a manqué de stratégie.
Les Secrets du Kayak : Quand tu t'entraîne pour la longue distance alors que ton entourage s’entraîne en sprint, est-ce que tu t'entraînais en groupe ?
Edwin Lucas : A l'époque je m'entraînais plutôt pour le 1000m jusqu'à tout récemment.
Puis j'ai inclus des séances avec de la prise de vagues et de relais.
Au club on faisait un groupe homogène en terme de niveau. Donc on s'y retrouvait bien sur le marathon.
J'ai commencé à avoir un entraînement plus spécifique au marathon à partir de 2015-2016 quand le groupe de kayak homme a commencé à s'étoffer.
Mais déjà avec Romain on essayait d'avoir des adaptations de matériel pour le marathon, notamment pour la pagaie.
Dès 2016 on a vu les étrangers arriver avec des plus petites pagaies et on a essayé. On a réussi à avoir une cadence plus élevée. Et on a intégré dans les séances des plans plus spécifiques avec des accélérations plus régulières.
Souvent l'hiver je m'entraînais avec les sprinters du 1000m et je rajoutais de la distance en EB1 soit avant ou après l'entraînement.
Et avec les gars du marathon on essayait de se réunir plus souvent en stage, ou sur nos lieux d'entraînement. On faisait 10-15 jours de stage au Portugal, à s'entraîner ensemble.
Aujourd'hui le groupe s'étoffe avec de plus en plus de moins de 23 ans, donc on fait des stages en France puisqu'on est plus nombreux.
Et avec le Covid ça nous a été imposé. Le groupe est plus large.
Les Secrets du Kayak : Quand tu deviens vice champion du monde en K2 marathon avec Romain, qu'est-ce qui se passe ensuite ?
Edwin Lucas : On s'est embourbé dans la sélection en K2 1000m qui venait d'ouvrir.
On n'a pas fait notre meilleure performance. Cette année là on est reparti sur le projet marathon, on était mal préparé.
Après le départ Romain ne pouvait pas finir la course, donc le K2 s'est arrêté sur ça et on n'a pas recouru ensemble.
J'ai plutôt couru seul ou avec d'autres équipiers, et progressivement avec Stéphane Boulanger on a décroché une médaille en 2018 aux championnats d'Europe. Donc 2012-2018 il n'y a pas eu de médailles internationales.
Et je n'avais pas le niveau pour être champion du monde marathon en K1. Ma meilleure place c'était douzième en K1.
Mais ma force c'est l'équipage.
Les Secrets du Kayak : Qu'est-ce qui t'a amené à Toulouse ?
Edwin Lucas : L'envie de changer. Et un de mes meilleurs potes y était.
Il fait souvent beau, c'est proche de la montagne. Et j'avais la possibilité de m'entraîner avec les meilleurs français.
Je ne faisais pas partie du pôle mais j'avais accès aux séances, et je pouvais m'entraîner avec Vincent Lecrubier, Arnaud Hybois, Etienne Hubert...
De les rejoindre ça m'a apporté énormément, mais c'est ingrat, sur la fin de carrière tu ne progresses que sur des tout petits points.
Mais j'ai appris des choses mentalement et physiquement en remettant en cause ma façon de m'entraîner.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu penses savoir ce qui t'a limité individuellement ?
Edwin Lucas : Ce n'est pas simple de répondre à ça. Je pense que je n'ai jamais vraiment pu rattraper le retard généré du fait d'avoir commencé tard le kayak.
Et ensuite mon mental. Je pense que je ne fais pas toujours les meilleurs choix stratégiques quand je suis seul.
Dans un équipage les décisions se prennent à plusieurs, et je vais être tenté de me laisser porter par les conseils de mon coéquipier.
Je peux avoir une très grande confiance dans mon coéquipier. Seul je vais douter, mal me placer, et ça fait la différence.
Les Secrets du Kayak : Tu t'es installé il y a combien de temps en tant que diététicien ?
Edwin Lucas : J'ai commencé en 2015 donc assez tard.
J'ai eu de la chance que ce soit au niveau de ma famille ou même de ma femme qui ne m'a pas mis de pression pour que je travaille directement.
Elle m'a toujours soutenu. On s'est rencontré en 2010. C'est quelqu'un qui est à fond derrière moi. On s'est rencontré à travers le sport puisqu'elle est kiné et qu'elle est venu à l'aide des sportifs pour les sélections de l'équipe de France.
Lorsque je me suis installé c'était une volonté que de m'installer à mon compte, j'avais déjà fait des stages en hôpital, en cardiologie et autre.
Mais je ne pouvais pas accorder autant de temps que je le souhaitais aux patients. C'était trop administratif à devoir cocher des cases et rendre des comptes en réunion de service.
Ce que je voulais c'était de passer le temps nécessaire auprès de chaque patient, tout en me faisant rémunérer à la valeur de ce temps. Ne pas avoir de chef qui te dit de passer cinq minutes par patient et de remplir une fiche standard.
Ça a été un pari risqué, il a fallu deux ans pour me développer.
Donc j'ai un BTS diététique de base avec une spécialité, un DU en micro nutrition, et un DU de nutrition du sport. Aujourd'hui je suis formateur en DU nutrition du sport. Et je travaille en parallèle au CREPS de Toulouse à mi temps.
Donc j'ai à la fois des sportifs et des gens qui veulent bien manger en ayant des notions d'entraînement en sport santé. J'ai aussi des patients qui ont des pathologies, d'autres qui veulent changer physiquement.
Les Secrets du Kayak : Quelle est donc la place de l'alimentation pour performer au kayak ?
Edwin Lucas : Elle est en cours de développement. Aujourd'hui il y a quelques interventions auprès des sportifs, dont les miennes.
Dans le sport, c'est une notion apprise que trop tard. J'ai la conviction que ça joue à 40% dans la performance sportive.
A l'entraînement ça joue c'est sur ! Tout autant que l'hygiène de vie. Après il ne faut pas être dans le sur-contrôle, mais il faut s'y intéresser.
Par exemple Bâbak qui précise avoir fait attention. Vincent n'en parle pas dans le podcast, mais dans sa vie, au quotidien, il va préférer un self où il va réussir à maîtriser en partie ce qu'il aura dans son assiette plutôt qu'un autre.
Peut être qu'ils ne sont pas aussi rigoureux que dans d'autres sports.
La première erreur que je vois souvent c'est l'hydratation. Trop de sportif boivent peu et se blessent à cause de ça. C'est jamais simple de boire.
Peu aussi font des collations de récupération. De base après un effort intense c'est d'avoir moitié protéine, moitié glucide.
Ensuite il y a un côté sport famille, traditionnel, et donc ce sont les aliments plaisirs qui reviennent souvent, et ils n'allient pas plaisir et diététique.
Dans les campings de championnat de France, ça va être pâtes bolognaises, pâtes carbonara. Je sais que tu connais les impacts...
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'avec ta spécialisation en micro-nutrition, tu as poussé jusqu'à faire des analyses de sang ?
Edwin Lucas : Pas dans le kayak, mais dans le cyclisme oui. Et j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de stress oxydatif et que l'équilibre acido-basique du corps est vraiment endommagé.
Donc pour éviter cela et de tomber malade ou d'être atteint de fonte musculaire, on a travaillé sur tout ce qui est antioxydant, complexe de vitamines et minéraux.
Avoir un équilibre acido-basique dans l'assiette. Et il y a aussi l'aspect de la perméabilité intestinale qui est importante, sur laquelle on travaille sur les inconforts digestifs en lien avec un déséquilibre alimentaire.
Dès que tu produits un effort de plus d'1h15, il faut une stratégie de l'effort et apporter des glucides.
Ça se travaille dans la boisson de l'effort. En quantité on recommande 300-500 ml d'eau pour 30 g de glucides. Pour qu'il y ait une bonne diversité des glucides, il faut au moins 50% de bons sucres (maltodextrine, sucres ramifiés).
Ensuite on ajoute le sodium, le premier électrolyte du corps, 300 mg/H.
Et donc pour un marathon de 2h tu doubles tout ça.
Dans la boisson de récupération ce qui change c'est de savoir si tu es en recharge de l'effort. Dans ce cas là tu fait 50% glucides, 50% protéines, pour 5-10g de glucides, 5-10g de protéines.
Si on est dans la construction musculaire, on passe sur du 15-20g de protéines, 15-20g de glucides. Donc ça reste assez simple à mettre en place.
Les Secrets du Kayak : Dans la musculation, les recommandations générales sont de prendre 2g de protéines par kilo de poids de corps, 1g de lipide, et on complète en glucide en fonction des individus. Est-ce que en kayak, une activité davantage en aérobie, est-ce que ces recommandations existent aussi ?
Edwin Lucas : Oui, on est entre 1,5 et 1,8g de protéine par kilo de poids de corps.
Sur les lipides on est à 1-1,2g.
Sur les glucides ça dépend, en moyenne c'est 6-7g et ça peut monter jusque 9g.
Il ne faut pas oublier que le glucide permet de faire le stock de glycogène et que c'est notre carburant pour 70% du kayakiste. D'où l’intérêt des collations pour ne pas ravager ton intestin.
La limite de la quantité de glucides par repas dépendra plus de la morphologie du kayakiste. Là où on contrôle la qualité et la quantité, c'est sur des sportifs qui ont besoin de s’affûter.
Pour les hommes on va être entre 10-15% de masse grasse. Pour les femmes entre 20-25% de masse grasse.
Les Secrets du Kayak : Avec Francis, on parlait du poids de corps idéal et du taux de graisse idéal, on avait remarqué que parfois perdre 1kg de trop, il n'avait plus de jus d'un coup. Est-ce que tu as pu remarquer ce phénomène ?
Edwin Lucas : Oui il y a un taux de graisse idéal pour chaque individu.
Il existe des normes standard mais il faut adapter par une surveillance régulière de l'athlète pour ne pas créer des baisses de performance et de fatigue importante.
La matière grasse reste essentielle pour la production d'hormones, c'est notre protection thermique et une réserve énergétique. Elle est essentielle pour notre physiologie.
Les Secrets du Kayak : J'ai cru voir que d'un point de vue des compléments alimentaires tu bossais avec une marque. J'ai l'impression que dans le milieu du kayak le complément alimentaire n'est pas trop à la mode ?
Edwin Lucas : En tant que diététicien je ne suis pas affilié à une marque. Mon travail est de fournir le meilleur compromis au patient.
Je ne suis pas contre les compléments alimentaires, il faut combler certaines carences, mais si je le fais c'est que j'ai vu que dans l'enquête alimentaire il y a des allergies (ex le poisson) sinon je pars enrichir cette carence par son alimentation.
Il faut en faire un usage surveillé, ne serait-ce pour la qualité, et dans l'usage.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que en tant que sportif de marathon, tu as eu tout un staff pour performer ?
Edwin Lucas : Oui, mais je ne l'ai pas assez fait, je devrais travailler ce point de la préparation mentale et l'accompagnement pour me préparer et améliorer la concentration.
J'ai tester le pilate et le yoga, ça apporte pas mal sur la respiration aussi. Mais avec ma vie assez chargée, j'y consacre moins de temps.
Après 20 ans de kayak, aujourd'hui mes objectifs après cet échec à la coupe du monde, j'ai toujours envie de performer.
Je vais me projeter sur les championnats de France et l'idée c'est d'aller chercher le titre de champion du monde, en équipage. C'est un pari risqué pour l'année prochaine puisque mon coéquipier va faire du K1, et moi je dois remonter en K1.
Les Secrets du Kayak : A quand un livre sur la nutrition du kayakiste ?
Edwin Lucas : Dès que j'ai le temps je le fais. Pour le moment je donne du temps sur des live et des questions surtout dans le monde du trail.
Mais un livre sur la nutrition du sport, ça m’intéresse, tout comme donner des formations dès lors que j'aurais pris ma retraite sportive.
Vous pouvez retrouver Edwin Lucas sur son compte Instagram.
Interview : Quentin Urban
Retrouvez tout sur Quentin Urban. Comment a-t-il débuté le Kayak marathon ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Quentin Urban en juin 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Quentin Urban : Ça va super bien merci. Il fait super beau, chaud avec un grand ciel bleu.
Mais comme nous sommes un dimanche après-midi, et qu'il y a la finale de Roland-Garros, tu ne me prives de rien. J'ai d'ailleurs le match sur le second écran afin d'y jeter un œil.
Les Secrets du Kayak : Quel est ton premier souvenir en kayak ?
Quentin Urban : Au club de Vernon, dans un jumper sur l'île proche du club.
Sur la porte de la maison est accrochée une photo avec mon père de 1997. Ça me rappelle d'où je viens.
C'est une photo que j'ai posté sur Instagram il n'y a pas trop longtemps. Et c'est mon père qui m'a mis au kayak, il s'y était mis un an avant moi.
Sinon je touchais tous les sports lorsque j'étais petit. Il paraît que j'avais peur de l'eau, moi je ne m'en souviens pas.
De suite ça m'a plu. Et c'était un bon club, avec une bonne émulation, un bon groupe de copains.
Mon père s'y retrouvait aussi avec un bon groupe de compétition. J'y suis resté 20 ans.
Les Secrets du Kayak : Ton père a fait quel type de compétitions en kayak ?
Quentin Urban : Nous étions un club de course en ligne, donc il a fait les compétitions championnat de France de fond, de vitesse, et de marathon.
C'est un club de compétiteur, on était en première division en national, il a même été président du club.
La culture du club c'est l'équipage. Ils étaient un bon groupe de vétéran et même en K1.
Il aimait monter dans les bateaux long, le samedi après-midi.
Il naviguait avec des gens de différents niveau, ça a pris et moi j'ai suivi.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as fait un peu d'eau-vive ou pas du tout ?
Quentin Urban : En Normandie, tu ne peux pas vraiment appeler ça de l'eau-vive, je me suis limité à de la classe 2, mais surtout de la classe 3.
Je n'ai jamais été faire des stages de haute rivière, je ne suis pas trop à l'aise.
Pourtant j'ai déjà descendu à Bourg-Saint-Maurice, mais ce n'est pas mon délire.
Les Secrets du Kayak : A tes débuts tu faisais deux séances par semaine, comme tout le monde ?
Quentin Urban : Au tout début oui, c'est la classique des débutants.
Puis en minime et cadet il y a un petit groupe de compétition, donc il y avait d'avantage de séances, par exemple le vendredi soir.
Après il fallait aussi que les parents soient d'accord. Au début, on n'habitait pas Vernon.
Ensuite j'ai pu y aller en vélo, je faisais le plan d'entraînement, c'est un peu comme un engagement.
J'ai vite était dans les premiers de ma catégorie. Il y avait un bon soutien au club, on s'est suivi jusqu'à ce que mon entraîneur soit directeur de l'équipe de France et sélectionneur de l'équipe de France marathon alors que j'étais son athlète.
Il m'a aidé à franchir les étapes.
Moi j'avais un bon feeling avec le kayak, et il y a un accompagnement en plus du talent à Vernon.
Les Secrets du Kayak : A quel moment es tu entré en équipe de France ?
Quentin Urban : En 2004 j'étais cadet, et on était deux à être classé.
On était une super équipe. On a fait sixième en K4 500 m et c'est la moins bonne place de l'équipe.
Quand je rentre en équipe de France c'est inouï, on est jeune. J'ai été sélectionné en équipe de France à Boulogne-sur-mer, dans des conditions assez affreuses, je fais un super 1000m avec Joseph Lambert, sur le 500 m je ne passe pas en finale.
Et Hervé Duhamel, mon entraîneur du pôle espoir, me motive bien sur une sélection. C'était l’opportunité de voir ce qu'était les compétitions internationales, avec des gens que je côtoyais au quotidien.
Tu réalises après coup tout ça. Pas sur le moment. Ce que j'attendais le plus c'était ma première dotation équipe de France.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as suivi une scolarité particulière, ou ta scolarité a été normale ?
Quentin Urban : Je suis au pôle espoir à Caen, donc il y a des aménagements pour s'entraîner deux fois par jour. J'étais en junior de 2004 à 2006.
Au début le marathon était une discipline de l'ombre. Et moi je bossais surtout le sprint au départ, j'étais dans le moule fédéral.
L'animation nationale est basée sur le programme olympique, tout évolue. Aux championnats du monde il n'y a plus de 1000m parce qu'aux Jeux il n'y a plus de 1000m.
A mon époque, tu avais les tests pour rentrer dans un pôle pour faire du sprint. Le marathon n'était pas du tout fait pour faire carrière.
Avant de faire du marathon, j'ai toujours aimé faire des longues distances, avec Étienne on gagnait facilement en K2. C'est la gestion de l'imprévu, c'est tactique et fun.
Le marathon en senior c'est 29,8 km, organisé sur des boucles dont tu fais huit grands tours, et un petit à la fin. Les tours sont séparés par un portage soit sept portages, et à la fin il reste un petit tour spectaculaire, car c'est là que la course se joue.
Donc il faut savoir sortir et rentrer dans le bateau. Tu as des portages plages, de ponton… ça dépend de la course. Le bateau ne doit jamais être à la vitesse zéro.
Les Secrets du Kayak : Qu'est-ce qui t'a fait lâcher le sprint pour le marathon ?
Quentin Urban : La raison principale était de me réapproprier mon projet : faire du bateau pour moi, pas pour du collectif.
Donner du sens à mes deux entraînements par jour. Je cherchais l'aventure.
Vivre des non-sélections alors que tu rentres dans les critères, je me suis demandé si je devais arrêter ou poursuivre. Aujourd'hui mes objectifs de l'époque sont atteints.
On est reconnu discipline de haut niveau et je remercie Xavier Fleuriot qui y est pour quelque chose.
Je suis sur les listes ministérielles, en élite. Alors oui il y a le graal olympique et moi j'ai fait mon deuil de ne pas y aller.
Le marathon est une belle discipline, avec une belle mentalité.
Les Secrets du Kayak : Aujourd'hui je vois qu'il y a des spécialistes en marathon, comment on s'entraîne en marathon, essentiellement en EB1 et EB2 ? Ou bien avec des sprint ou autre ?
Quentin Urban : Alors oui, on fait beaucoup d'EB1 et EB2. Nos courses font 30 km, mais ce n'est pas une balade.
Il faut avoir la capacité de relancer très vite, parfois avec des vitesses très élevées. Chez les seniors, on est tous issu du sprint donc quand il faut changer de rythme, on a de l'aisance.
Mais auparavant on appliquait trop la méthode course en ligne, que ce soit en technique ou en matériel.
On a réduit la pagaie, on passe tous à plus petit et ça donne une évolution, tu mets plus de tours, on fixe moins les mains. La cadence est entre 80-90 tours.
En course en ligne je faisais n'importe quoi, je suivais la méthode de l'époque.
Nous les pagaies sont petites, le bateau est plus léger, notre biplace fait le poids d'un K1 en course en ligne.
Au début la différence de poids fait bizarre, aujourd'hui ce qui me dérange le plus c'est la rigidité du bateau. Je suis plus à l'aise de prendre mon bateau de marathon et mettre 4 kg poids dedans que de reprendre mon bateau de course en ligne tout équipé.
Le bateau de course en ligne ne me renvoie pas ce que je lui donne.
En marathon la pagaie est très très souple, pour bien accélérer sans que ça tape dans les tendons des biceps.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'aujourd'hui ça t'arrive encore de faire des courses de sprint ?
Quentin Urban : Ah ben bien sur, à regarder les résultats de K2 aux opens on a failli aller aux Jeux. Je plaisante, mais on n'était pas loin.
Ça reste important de garder ce contact. Il faut être capable de sprinter les derniers 500m de la course de marathon avec une cadence très élevée.
J'ai plus de mal à revenir en monoplace. Avec le marathon on a quand même perdu en vélocité, on prend une rafale sur 200m et après on tient sur un 1000m. Sur un K4 500m, on y va les yeux fermés.
Les Secrets du Kayak : Comme c'est une discipline aérobie qui demande beaucoup d'entraînement, est-ce que toi tu fais beaucoup de préparation physique à coté du bateau ?
Quentin Urban : Oui, et avec Nicolas Parguel le manager de l'équipe de France de marathon, on veut garder le contact avec ça.
Nous on demande de la musculation, pour garder cette puissance qu'on a. L'endurance ne suffit pas.
Il faut de la vraie force, ne pas claquer des max. On a deux à trois musculation par semaine.
Je déteste la course à pieds, je préfère le vélo.
L'hiver je coupe le bateau pour du ski de fond, j'apprécie beaucoup ce sport. Une semaine à dix jours, ça fait toujours du bien. Et changer d'air ça fait du bien.
On fait toujours les tests de deux minutes de force explosive. Je n'ai clairement pas perdu.
On essaie de se maintenir niveau force. Comme on fait d'avantage de force endurance, on a une capacité qui ne se reflète pas sur les tests.
Parfois on fait des 100 répétitions voir des 200 répétitions.
On travaille très peu les jambes, c'est plutôt dans les circuits training, avec de fentes des bonds et du gainage.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ton poids est impactant sur ta performance en marathon ?
Quentin Urban : On fait attention, mais c'est tout. Là je suis affûté comme jamais, je fais un poids de 74,6kg pour 1,79m. Je me sens bien, on va voir ce que ça donne en compétition.
Et en marathon, chez les français on a quasiment tous le même gabarit.
Les sud-africains sont plus grands par exemple.
En 2019 je me suis rendu compte qu'inconsciemment les repas d'avant course je me faisais des repas végétariens. Je mange moins de viande, surtout le soir. Ça va faire sourire mon petit frère qui me le dit depuis quatre ans.
Et de toute façon tu t'alimentes tout au long de la course, c'est énergivore. Moi je prends une boisson d'effort, et j'ai un gel de secours. Mais je ne le prends pas toujours.
Maintenant je sais comment être prêt pour la course sur tous les plans. Ça ne sert à rien de surcharger en compléments.
Je prends toujours la même boisson même pendant l'entraînement. Le plus souvent je prends l'Aptonia de chez Décathlon, et pour les compétitions je garde la boisson Overstim. Tout simplement parce que je sais que ça marche.
Il n'y a qu'avec Isostar que ça n'a vraiment pas marché.
Les Secrets du Kayak : Comment êtes vous encadrés en équipe de France de marathon ? Est-ce que vous êtes encadrés comme l'équipe de sprint, avec des kinés, des stages ?
Quentin Urban : Pas du tout, on a un budget très limité. On ne peut faire qu'un seul stage par an. On a choisi de faire celui de sortie de l'hiver au Grau-du-Roi.
On ne peut même pas se projeter pour un stage terminal de préparation aux championnats du monde.
Le manager de l'équipe de France est CTN ou CTR dans les hauts-de-France, il travaille au siège aussi.
Et pour le reste c'est du bénévolat, c'est Hervé Duhamel qui a été entraîneur national au pôle espoir de Caen qui a entraîné Sébastien Jouve pendant longtemps. Il prend sur son temps personnel pour nous encadrer.
Il y a aussi Philippe Colin.
Pour le reste, j'ai mon père qui est dans le staff équipe marathon, qui aide beaucoup pour la logistique et qui décharge Nicolas. C'est notre ravitailleur avec Jérem.
C'est semi pro, pas tout à fait du bénévolat. On a la chance d'avoir choisit les gens avec qui on voulait être sur les compétitions.
Au niveau kiné, on n'a pas de budget donc on n'en a pas. On a la femme de Pascal Boucherie, Murielle, qui prend de son temps pour nous accompagner de ce côté là.
On n'a pas de médecin, pas de kiné.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça s'explique par le fait que le marathon n'est pas olympique ?
Quentin Urban : Olympique rime avec politique. C'est rigolo mais triste aussi.
Par exemple le week-end du 19 et du 20 juin, il y a une course de marathon à Vaires-sur-Marne, et il y a des kayakiste français qui ne sont même pas au courant qu'il y a une manche de coupe du monde de marathon en France.
Ça reste une fête, surtout à la veille de Paris 2024. Pour pouvoir exister il faut des titres de champions du monde, et c'est à nous d'écrire aux copains étrangers pour les faire venir.
A l'époque avec les premières transcriptions je peux comprendre, mais aujourd'hui avec les circuits, les bassins et les drones, c'est assez sinueux et attractif.
C'est amusant, il y a des rebondissements, impossible de prédire ce qu'il va se passer.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que toi du coup tu te prépares, de toi même à aller voir un kiné, un ostéopathe, faire de la préparation mentale ?
Quentin Urban : Oui, je bosse avec un ostéopathe, avec quelqu'un qui s'occupait de nous au pôle.
Je travaille aussi avec un chiropracteur.
Pour le côté mental, j'ai aussi besoin parfois de me rebooster, donc je fais appel à la préparation mentale. Ce sont des outils à la performance.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'il y a une structure pôle France qui est partagée avec les sprinters ?
Quentin Urban : Je suis inscrit au pôle France Vaires INSEP avec Jerem. On a notre bateau là-bas, on navigue sur la Marne, on profite de la structure fédérale.
On est inscrit pour profiter des installations, on n'a pas de suivi quotidien.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe à côté, tu as un travail aménagé ? Des sponsors ?
Quentin Urban : Non, je bosse à plein temps, je suis directeur général d'une boîte qui fait des vêtements « Bureau Babylone » pour la marque « Urban Cross ». Pour le mois d’août, une autre marque sort.
Ça se différencie des autres marques car ce sont des vêtements de sport qui se portent même pour tous les jours.
Et la marque « One For Us », essentiellement en coton bio, ils seront brodés avec un animal et pour chaque animal il y a une ONG qui les défend, et on leur reverse une certaine somme.
Les Secrets du Kayak : Qu'as tu fait comme étude pour en arriver là ?
Quentin Urban : Un BAC S et j'ai fait un diplôme de journalisme et communication à l'INSEP, rattaché au centre de formation professionnel des journalistes.
Ça paraît loin de ce que je fais actuellement.
Mais l'histoire avec l'entreprise, c'est qu'il devait y avoir un soutien financier pour une dotation en vêtement. Et de fil en aiguille, le PDG était dans le besoin de quelqu'un pour la communication.
J'ai postulé dès notre première rencontre physique après un an de visio suite au Covid.
Et j'en suis ressorti en tant que stagiaire communication, et deux jours après je bossais pour eux en tant que salarié. Et aujourd'hui je suis associé et directeur général.
Je bosse à temps plein, ça a été une grosse adaptation pour gérer les entraînements. Pour le moment je suis toujours dans les objectifs à atteindre, c'est un challenge.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as des sponsors qui t'aident financièrement ?
Quentin Urban : Oui et heureusement. C'est agréable d'avoir des entreprises qui respectent leurs engagements surtout en période de Covid. Je les en remercie.
ITS groupe depuis un moment, merci à eux. Ils se déplacent même sur les compétitions, et du coup il y a un échange et de l'humain.
J'ai RM sport sponsor qui me soutient aussi. Urban cross. Également la région Normandie, le département et la fédération.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as déjà eu des blessures avec la pratique du marathon ?
Quentin Urban : Non j'ai eu la chance de ne pas avoir de blessure. J'ai juste eu des entorses aux chevilles qui m'ont contraint à arrêter pendant un temps. Ça m'a perturbé. Je n'ai eu que ça.
Après j'ai appris à m'écouter, et dès que j'avais une alerte je consultais la bonne personne, ne pas attendre que ça passe tout seul parce que ça ne passe jamais !
Les Secrets du Kayak : Tu as rapidement performer en marathon, est-ce que tu te voyais champion du monde en marathon ?
Quentin Urban : J'en rêvais, mais j'ai mis longtemps pour le devenir. Je me souviens d'une discussion avec Cathy Ferry, entraîneur de judo, qui m'avait dit que seul le titre de champion du monde comptait !
Champion d'Europe c'est bien, mais à l'écouter ce n'était pas suffisant !
Ça m'a fait un électrochoc. C'est quelqu'un d'expérience.
Je me souviens de réunions avec les coachs, savoir si je pouvais atteindre mes objectifs, ils n'étaient pas négatifs, ils croyaient en mes capacités à atteindre mes objectifs.
Ça remonte à 8 ans. Et je me suis demandé comment atteindre les objectifs. Je me suis adapté, j'ai été rigoureux au quotidien. Je me suis concentré sur moi même, et j'ai arrêté de pagayer pour les autres, j'étais maître de mon projet.
Mais la sélection doit passer facilement, c'est juste une étape quand tu veux être champion du monde. Tu as des prises de conscience. Ce sont les petits détails qui font de grandes différences.
J'ai été bien accompagné pour tout ça. J'ai rencontré Francois Bieuzen qui m'a proposé de travailler ensemble, mais en me prévenant que ça allait changer de ce que je connaissais. On passait des tests VO2 sur machine.
Ça a bien marché, j'étais lancé. Il faut être honnête envers soi même et avoir confiance en soi.
Faire des courses pour faire des courses et prendre des roustes à chaque fois, ça use, ça coûte de l'argent. Il faut avoir les pieds sur terre.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu te souviens des tests que tu avais fait ?
Quentin Urban : Je me souviens surtout d'un aménagement du plan d'entraînement. Faire des séances beaucoup plus longues, et des séances d’intensité.
Ça cassait les barrières mentales.
Faire une séance VMA : 3x (10x1min / 30'' récup) sur le papier c'est un truc de fou, c'est un combat contre soi même, et pour autant j'arrive à le faire.
Et au final c'est une séance de 20 minutes, et tu pousses la machine à fond. Il y en avait d'autres type. Mais je ne me voyais jamais les faire, mais au final, je n'en ai plus peur.
Je ne me souviens pas vraiment de ma VO2 max de l'époque. La difficulté c'est que la position assise fait qu'on est écrasé et du coup on utilise moins bien notre capacité pulmonaire.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand s'est fait le projet du K2 marathon ?
Quentin Urban : En 2015, je courais le mono et en 2016 avec Stéphane on a doublé tout le monde en K2 au championnat d'Europe.
Les espagnols nous mettaient la misère. Stéphane a fait un malaise à un portage on a du abandonner.
Et on était déjà content de le faire à deux.
Au championnat du monde on a fait quatre et cinq en mono, le tout en sprint. Le projet du K2 c'était en 2018 avec Jerem. L'idée c'était d'être malin, et de préparer le bateau ensemble, on se connaissait très bien.
On voulait courir le championnat du monde ensemble mais que le K2, et Jerem à eu un accident de vélo, il a été blessé longtemps à la clavicule.
Il a fallu rapidement faire le point pour le championnat du monde, après l'abandon forcé des championnats d'Europe, et même avec le bras en écharpe il m'a encouragé pour courir le mono.
On avait la forme. C'était un regret de ne pas avoir fait le K2. Et suite à ça, on voulait se venger de tout ça. On voulait montrer qu'on pouvait gagner en K2.
On en rêvait. De 2015 à 2018 on a gagné des places, on savait qu'on pouvait gagner !
Les Secrets du Kayak : Est-ce que lorsque vous avez été champions du monde vous avez réussi à vous remobiliser rapidement ? Pour atteindre un deuxième titre ?
Quentin Urban : A chaud, non. Gagner c'est bien déjà. C'est un bon retour sur investissement.
Le soir même avec mon père et Hervé Duhamel, on s'est posé. Et on nous a posé la question de la suite à donner.
Nous on voulait continuer, aller chercher un deuxième titre. Et il y avait Philippe Colin, qui nous avait charrié en nous disant que gagner une fois c'est bien, mais une deuxième fois ça prouve qu'il n'y a pas de hasard.
On le fait pour nous avant tout. Mais j'avoue qu'avec la pandémie, on a pris deux-trois claques.
Tu coures après une carotte qui n'arrive jamais. Un coup c'est annulé, un coup c'est décalé, tu revois tes entraînements pour trouver ton pic de forme en adéquation avec l'échéance, au final c'est annulé.
Donc, il est temps que la coupe du monde arrive. C'est important pour nous de remettre un dossard, même si c'est que en mono. On se jauge entre nous.
On peut même se tirer la bourre l'hiver avec les sprinteurs et ça fait du bien. Et on a une nouvelle recrue avec nous. C'est top d'avoir un jeune avec nous, motivé, curieux, qui vient nous challenger.
La remise en question est permanente en fait, rien n'est acquis. Au final on a besoin de se challenger tout les jours.
Il n'y a pas un jour où tu penses avoir atteint tes objectifs, ou bien c'est que tu arrêtes. On peut apporter des réponses à des questions qui ouvrent des débats.
Les Secrets du Kayak : Tu expliquais avoir fait des séances de VMA l'été sur la machine à pagayer ? Est-ce que c'est quelque chose que vous faites assez souvent ?
Quentin Urban : L'année dernière on l'a fait. C'est bien parce que les séances sur machine pour moi qui suit un glisseur c'est un bon rappel de musculation et de développement de puissance dans le geste du kayakiste.
On y va en traînant les pieds, mais c'est intéressant. La gestuelle est différente, mais il faut s'adapter.
De toute façon mon geste a changé entre ma carrière de ligneux et de marathonien.
Il faut garder tout le temps la même machine, pour te challenger sur les watts. Alors le but est de faire mieux à chaque fois. La machine est un combat contre soi même.
Et lorsqu'on faisait des VMA on devait aller chercher entre 200 et 250 watts, mais ça fait deux ou trois ans qu'on n'en a pas fait.
Sauf pendant le confinement, dans ma cave. L'idée était de garder le contact avec l'activité physique, j'ai plutôt fait de l'aérobie, de l'EB2. Je tournais les bras soit devant un film pour être tranquille, ou de la musique pour taper un peu plus.
On a aussi accès à une machine, avec un socle un peu plus instable mais on ne l'utilise pas.
Mais de toute façon la machine ce n'est pas trop mon truc, si je peux je vais sur l'eau.
Vous pouvez retrouver Quentin Urban sur son compte Instagram.
Interview : Nélia Barbosa
Retrouvez tout sur Nélia Barbosa. Comment a-t-elle débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-elle pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Nélia Barbosa en juin 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Nélia Barbosa : Très très bien merci, ce matin j'étais au centre de rééducation pour tester ma lame de course. Et je pars à l'entraînement tout de suite après.
Les Secrets du Kayak : J'ai vu que tu avais fait un crowdfunding, parce que tu avais besoin d'une lame adaptée pour le kayak. J'ai cru voir que tu avais une lame pour la marche, une pour la course à pieds et qu'il t'en fallait une spécifique pour le kayak ?
Nélia Barbosa : Exactement ! Celle pour marcher c'est celle qui m'a été donnée de suite après ma rééducation suite à mon amputation.
Celle pour le kayak on a mis un peu de temps à la développer, parce qu'il fallait trouver une prothèse dans laquelle je serais le mieux possible dans la position assise, qui me permette de pédaler.
Celle de ce matin, c'est une prothèse pour courir. J'en avais une intermédiaire, qu'on appelle un pied multisport, faite pour des appuis pour trottiner. Aujourd'hui je me suis mise à la course à pieds.
Elle était bien pour apprendre les petites foulées. Cette nouvelle lame est beaucoup plus adaptée à la course.
Les Secrets du Kayak : J'ai cru voir que ça t'avait fait du bien de te mettre à la course à pieds ? De rajouter une activité d'endurance en dehors du bateau ?
Nélia Barbosa : Oui, l'endurance en bateau tu peux toujours la travailler mais c'est toujours bien d'ajouter des ateliers supplémentaires. Les valides en fond ils pratiquent le ski en hiver, de la natation, l'idée c'est de se rapprocher des entraînements des sprinters.
Donc oui ça m'a fait beaucoup de bien.
Je faisais un peu de natation, mais ça été freiné avec le covid.
Dès qu'on allait en stage en Guadeloupe il y a une piscine, au Temple-sur-lot aussi, on ajoutait une à deux fois par semaine une séance pour travailler le cardio.
Les Secrets du Kayak : Comment as-tu débuté le kayak ?
Nélia Barbosa : J'ai commencé après une colonie de vacance en Corse. J'ai tellement adoré que j'y suis retourné, et après ça j'ai voulu continuer une activité nautique.
C'était soit la voile, soit le kayak. Une amie m'a déconseillé la voile, en m'expliquant que les animateurs n'étaient pas très compétents.
Je suis partie sur le kayak, et je me suis inscrite au club de Champigny au retour chez moi.
J'ai commencé le kayak assez tard par rapport à d'autres athlètes, j'avais à peine treize ans. Et de ce fait les jeunes de mon âge avait déjà un bon niveau puisqu'ils avaient commencé vers huit ans.
Je les voyais sur l'eau et ça me donnait trop envie d'avoir leur niveau.
J'ai commencé dans un gros bateau plastique, et j'ai voulu me surpasser pour aller avec les jeunes de mon âge.
Les Secrets du Kayak : Tu as commencé directement sur de la course en ligne, ou bien ton club était multi-activités ?
Nélia Barbosa : C'était un club multi-activités, le RESCK, on nous y fait pratiquer un maximum d'activités : slalom, course en ligne, descente.
Ma première année j'ai fait ces trois activités. Et jusqu'à mon amputation j'ai fait beaucoup de slalom.
Je faisais mes compétition en national 2, j'adore l'eau-vive, je trouve ça hyper ludique. C'est après ça que je me suis mise à la course en ligne.
Les Secrets du Kayak : Tu parles de national 2, moi qui n'y connais rien en slalom comment ça marche les classifications ?
Nélia Barbosa : Quand on commence le slalom, les premières courses sont des régionales. On y marque des points qui sont en fonction du classement.
C'est un système complexe, je ne peux même pas t'expliquer le calcul. Si tu as moins de mille points, on passe en national 3 et c'est par inter-région.
Il y a la région nord, la région ouest, sud-ouest etc. A l'époque il fallait être dans les 120 premières filles françaises pour rentrer en national 2.
A l'issue de deux ans en national 3 je suis montée en N2.
En N2 il y a un peu de tout, c'est à dire que les filles qui ont « le moins bon niveau » en N2 sont tout de même capable de descendre un parcours sur un stage d'eau-vive.
L'écart entre les meilleures N2 et les moins fortes est très important. En haut de N2 tu trouves des filles qui vont faire des podiums sur les championnats de France cadet junior, ou des filles qui vont bientôt monter en N1. Les plus jeunes le plus souvent sont en bas du tableau.
Quand j'ai commencé la N2 j'étais en milieu de tableau, je faisais soit des finales B où j'étais dans le haut de tableau de la finale B, soit des finales A et là j'étais plutôt dans le bas de tableau.
Les dernières N2 que j'ai faites, j'étais plutôt bien classé. Mais j'ai un gros défaut : les touches, qui me créent pas mal de pénalités et qui ne me permettent pas de monter sur le podium.
Mais je suis assez satisfaite de mes résultats.
Les Secrets du Kayak : A tes débuts tu étais d'avantage attirée par l'eau-vive que par l'eau plate ?
Nélia Barbosa : J'étais mitigée. Au début j'étais plus attirée par l'eau plate, j'avais très peur de l'eau-vive.
Je n'aimais pas me retourner, ni m'engager. Et je n'aimais pas la compétition, du fait de devoir se lever tôt, il faisait un peu froid, ça demandait de l'engagement.
Je n'étais pas la plus forte, ça me rebutait un peu. C'est à force de faire des stages d'eau-vive que j'ai pris goût à l'eau-vive et à tout ça.
Les Secrets du Kayak : Avant de débuter le kayak, tu avais fait d'autres activités sportives ?
Nélia Barbosa : Non, aucune. Je suis atteinte d'une maladie : la neurofibromatose de type 1.
J'avais une atteinte à la cheville droite assez importante, donc je ne pouvais pas courir. Et j'avais l'idée que pour pouvoir faire du sport, être éligible à un club, il fallait savoir courir, tenir sur ses deux jambes sans aucun soucis.
C'est quelque chose qu'on nous fait croire à l'école, parce que le sport à l'école est essentiellement basé sur le fait de courir, on y faisait du foot, du basket.
Du coup moi je faisais d'autres activités comme du dessin, du violon. J'ai commencé le violon à 6 ans et demi. Ça me plaisait mais je ne m'exprimais pas pleinement.
Les Secrets du Kayak : Comment se passaient tes premières séances, ayant commencé un peu plus tard que les autres, tu as attaqué directement par un rythme un peu plus important ?
Nélia Barbosa : Non, je faisais deux séances par semaine, le mercredi et le samedi.
C'était des activités ludiques, des jeux, de la découverte de la faune et de la flore.
On est un sport d'extérieur, ce sont des valeurs très chers dans le monde du kayak.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as eu des ambitions de haut niveau quand tu as commencé en N2 en slalom. Est-ce que tu te voyais en équipe de France, faire des compétitions internationales ?
Nélia Barbosa : Non jamais. J'ai toujours eu de l'admiration pour le haut niveau, ça me paraissait juste inaccessible.
C'est une fois un jeune du club, avant mon amputation, qui m'a parlé des jeux paralympiques. Je n'y avais jamais pensé. J'étais juste une ado qui adoré le kayak et qui pouvait à peine prétendre à la N2.
C'est plus après mon amputation que j'ai tenté la qualification en équipe de France. Mais je l'idéalisais tellement que je ne faisais pas partie de ce monde là.
Je m’entraînais quatre fois par semaine, avec une seule musculation. Mon club était à une heure de route.
J'étais surtout concentrée sur mes études. J'ai choisi ensuite une école proche du club, pour faire mes études post bac pour continuer à m'entraîner. J'ai fait un BTS design de produits, pour de la conception de service et/ou d'objets.
Ça ne m'a pas plu. J'ai fait un an de CESU et je me suis réorienté en design graphique pour travailler dans tous les domaines, en communication, du graphisme pur et dur, de l'interface sur un site web.
Les Secrets du Kayak : Comment est venue la décision de l'amputation ? Tu avais imaginé devoir le faire ?
Nélia Barbosa : J'y ai pensé étant plus jeune. Ce pied je le traînait depuis longtemps, il était peu fonctionnel. On me l'a annoncé à l'âge de 10 ans. Et à 18 ans c'était compliqué donc j'ai du prendre la décision.
Ma cheville m’empêchait de marcher, le pied était douloureux, je ne pouvais plus mettre de chaussure. Le chirurgien était confiant, ça devait être juste une opération de plus.
Et en allant voir l'orthopédiste, le verdict était l'amputation. Je me suis effondrée, même si je savais que c'était évident. Il m'a fallu digérer la nouvelle, j'ai voulu avoir un autre avis.
J'ai rencontré un professionnel de la prothèse qui m'a confirmé le verdict, tous m'ont confirmé qu'après cette amputation je vivrais beaucoup mieux, que je pourrai marcher, courir, m'habiller comme je le veux.
Je me suis renseigné sur internet, j'ai vu le nom de Marie-Amélie Le Fur une championne paralympique qui m'a beaucoup inspiré par sa résilience incroyable.
Ça m'a donné envie de me battre, et j'ai pris la décision d'amputer. Ça s'est fait en novembre, comme ça j'avais l'hiver pour faire ma rééducation. J'ai été bien entourée par tous les corps de métier médicaux concernés.
Les Secrets du Kayak : Comment se passe ton réveil après l'amputation ?
Nélia Barbosa : D'ordinaire pour les précédentes opérations j'étais toujours dans un état de stress monumental. Et pour cette opération rien, je n'avais pas peur.
J'étais triste, comme lorsque tu dis au revoir à un ami sur le quai. Au réveil j'étais soulagée, c'était une page qui se tournait, j'allais me reconstruire.
Il y avait de la douleur mais c'était secondaire. On n'y pense pas vraiment.
Ils n'ont pas coupé que le pied, ils ont coupé un peu plus haut au tiers du tibia.
C'est du fait de la réflexion sur le type de prothèse qui va suivre. Plus on ampute bas, plus c'est compliqué d'appareiller. Il faut de la place pour une lame. Et plus il y a de la place, plus tu pourras avoir une lame performante.
Les Secrets du Kayak : Lorsque tu es au centre de rééducation, tu as déjà l'idée de te remettre au kayak ?
Nélia Barbosa : Oui, j'avais déjà ce projet. Dès qu'un patient arrive, les médecins te demande ton projet.
Pour la plupart des patients c'est de marcher, pour les plus âgés faire leur transfert entre le lit et le fauteuil.
Moi je voulais reprendre la bateau le plus vite possible. Le kayak c'était ma thérapie. Je n'avais pas pensé à la course en ligne à l'époque, je voulais reprendre le slalom mais il s'est avéré que ce n'était pas pertinent avec une prothèse, ne serait-ce que pour la sécurité. Donc je navigué sans prothèse.
Puis en course en ligne, j'avais besoin de plus d'appuis donc il me fallait la prothèse.
L'objectif des jeux paralympiques s'est posé après ma sélection en équipe de France.
Après mon amputation je suis allée en stage d'eau-vive avec le club, j'encadrais les petits de la région. Et j'y ai rencontré Sylvain Curinier. Là par hasard en vacances, et il m'a parlé de la course en ligne, en me donnant le contact d'Eric Le Leuch, le coach de l'équipe de France.
Le but était d'essayer la course en ligne et si ça me plaisait, tenter les sélections. Évidemment, il m'expliquait que je ne serais pas prête pour les Jeux de Tokyo, mais tenter Paris.
Je suis arrivée sur les premiers Open de France pour prendre de l'expérience, connaître les autres paralympiques, dont Cindy Moreau médaillée de Rio.
Sur le premier open elle me met huit secondes ce qui était énorme, mais je venais d'arriver je n'avais pas d'objectif de performance.
Et arrive le troisième open, j'avais bien progressé, j'ai gagné six secondes en quelques mois. Donc j'avais la volonté de viser Paris, j'avais le temps.
Et sur ma première sélection internationale j'arrive sur la finale et je vois que je suis deuxième. Du coup j'avais l'espoir d'aller chercher un quota pour les championnats du monde, et pourquoi pas de faire les Jeux paralympiques.
Les Secrets du Kayak : Comment ce sont passés tes premiers entraînements en bateau de course en ligne ? J'ai pu essayer un bateau paralympique et j'ai trouvé que ça freinait. J'imagine que comparé à l'eau-vive, tu avais l'impression de ne pas avancer ?
Nélia Barbosa : Au club, on n'a pas de bateau pour paralympique. Juste des bateaux pour débutants. Et on a des bateaux plus instables.
Quand j'ai commencé je trouvais que oui je me traînais, mais j'avais toujours besoin de mes entraînements slalom, j'en faisais trois en plus de mes entraînements de course en ligne.
Petit à petit j'ai eu un bateau paralympique, plus performant. Plus j'ai progressé, plus j'ai pris plaisir à monter sur l'eau.
Au début je n'avais aucune sensation de glisse. Et ensuite la vitesse m'a plu.
Aujourd'hui je fais deux entraînements par jour sauf les jours de repos. Une séance par jour pour les semaines de repos.
On va chercher la polyvalence aussi avec des séances de musculation. J'en ai fait beaucoup cet hiver, ça va être du vélo, de la course à pieds, de la natation et du slalom de temps en temps.
Ça me nourrit d'une activité à l'autre. J'ai refait des compétitions cet hiver en slalom. J'arrive à engager beaucoup plus, donc j'ai progressé.
Mais en technique je n'ai pas progressé et j'arrivais trop vite sur les portes, donc j'avais des bons temps mais toujours avec des pénalités. J'avais des classements acceptables, mais il faut que j’apprenne à canaliser mon énergie, temporiser.
Les Secrets du Kayak : Comment se sont passés tes premiers championnats du monde ?
Nélia Barbosa : Très angoissant, je ne mangeais plus, j'étais très fatiguée.
Je me suis mise la pression pour obtenir les quotas. Au final j'ai fini quatrième et j'ai engagé la saison avec beaucoup de sérénité puisque je n'allais pas en rattrapage de quota.
J'ai fini donc au pied du podium, mais j'avais amélioré mon temps. Les conditions étaient idéales.
Les Secrets du Kayak : Au début tu idolâtrais les athlètes, est-ce que aujourd'hui tu considères faire partie de ces gens ?
Nélia Barbosa : Aujourd'hui je me considère comme une athlète, d'autant plus quand je vois tout les moyens mis en œuvre pour m’emmener le plus haut possible.
C'est tout le staff qui fait que, mon entourage, tous les donateurs qui me soutiennent. Et au final les personnes que j'admirais avant mon amputation, je suis à leur place actuellement.
Je reçois beaucoup de soutiens de tout horizons, par des sponsors aussi.
Je fais partie d'un collectif appelé Hope, un collectif pour des sports peu médiatisés. Ça permet d'avoir plus de visibilité.
Tu as des gens qui ont juste envie d'aider une athlète atteinte de handicap. J'en suis très reconnaissante.
Les Secrets du Kayak : Le podcast n'est pas encore sorti, mais Rémi aussi a énormément de sponsors comparé aux valides, est-ce que tu aurais une explication à cela ?
Nélia Barbosa : Avant on ne parlait pas de handicap, ça s'est amélioré dès les jeux de Londres et aujourd'hui les gens ont besoin d'une histoire qui touche, avec des valeurs à transmettre, de la résilience.
Le fait d'être porteur de handicap touche et les gens veulent aider à rester une personne.
Même si depuis mon amputation je me considère moins comme porteuse d'un handicap. Ça marche parce qu'on en parle plus qu'avant. Et il existe des quotas pour les en entreprises.
Et je réunis trois catégories : je suis jeune, je suis une femme et je suis porteuse d'un handicap.
Avant l'amputation je cherchais quelqu'un d'inspirant pour remonter le plus rapidement possible cette épreuve.
Les Secrets du Kayak : Rémi m'expliquait que vous aviez toute une petite équipe autour de vous. Est-ce que tu ressens ça aussi ?
Nélia Barbosa : Oui on se sent comme dans un cocon. On a eu des stages jusqu'à vingt jours par mois, c'est royal.
On est que trois, on a un super encadrement. Un kiné jute pour nous. Je ne peux pas me plaindre, la FFCK a tout fait pour moi.
D'ailleurs la Guadeloupe c'est le plan parfait. Ici sur la marne l'eau est très haute, froide, il fait nuit tôt.
Là bas il n'y a pas de problème de vague ou de température, ça ressemble beaucoup aux conditions pour Tokyo : de l'eau salée, chaude et humide.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que c'est toi qui gère ta communication sur les réseaux ? Tu as l'air assez active.
Nélia Barbosa : C'est moi qui gère tout ça sur facebook et instagram.
La cagnotte créée sur instagram a été gérée par les étudiants qui l'ont relégué. C'était le projet de l'école de commerce du sport qui voulaient me soutenir.
Ils s'en sont occupés aussi sur linkedln.
Les Secrets du Kayak : Qu'est-ce que tu utilises comme matériel.
Nélia Barbosa : Je suis sur un Plastex, un Tokyo, et j'ai une Jantex S minus, je la règle en 209 pour une taille de 1,58 m. Mes adversaires sont plus grandes.
Le Nelo était trop nerveux pour moi, il déviait. Le plastex reste dans sa ligne.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que en dehors des entraînements tu te comportes comme une athlète, avec de la préparation mentale, l'alimentation… pour performer ?
Nélia Barbosa : Je fais attention à mon alimentation, tant que je ne prends pas de poids et que je suis bien sur mes entraînements, ça me va.
Au niveau mental je ne fais rien de plus, mais Sylvain Curinier est très à l'écoute et m'aide beaucoup pour me détendre, il partage beaucoup ses connaissances.
Je fais de la visualisation pour ne pas avoir de surprise pour ma course. J'imagine mon start, mes coups de pagaies.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu vois une différence de ton geste par rapport aux valides ?
Nélia Barbosa : Le but c'est que mon geste doit se rapprocher le plus possible de celui des valides. Et on y travail au quotidien.
Du fait d'être slalomeuse, j'avais la main qui poussait beaucoup. Maintenant j'essaie d'avoir le plus de rotation possible, et d'avoir quasiment le même geste qu'eux pour avoir des chronos les plus bas possibles.
Mon point faible c'est surtout physique, je pars bien sur un 200m ma courbe monte bien mais je redescend trop vite.
Il faut que j'arrive à tenir sur une course de 200m voir un peu plus pour ne pas exploser à la fin du 200m. Je relance toujours trop tard, ce qui me fait perdre des centièmes. J'ai besoin de ne plus m'effondrer.
Pour travailler ça les séances types sont un peu dures, je ne les aime pas. Il va falloir faire des 45'' à bloc, avec 30'' de récup, sur quatre séries.
Je prends 5' de récup. Et on le fait en tout trois fois.
Ça demande de la concentration énorme, de puiser dans ses ressources. Ce sont des séances indispensables pour progresser. Je crache mes poumons.
Mes séances préférées sont celles de 200m, pour voir où j'en suis. Pour valider mes séances précédentes. Et ça veut dire que les courses sont proches.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu sens que la musculation t'aide pour tes séances en bateau ?
Nélia Barbosa : Énormément. Quand j'ai commencé le bateau en développé couché j'étais à 52 kg en max.
Cet hiver j'ai réussi à monter jusque 65 kg. Je le ressens en bateau, j'ai plus de puissance dans la pagaie.
J'aime bien la musculation, je sens que ça m'aide beaucoup. Et de toute façon, je prends tous les outils qui peuvent m'aider à progresser.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as des horaires aménagés pour ton parcours scolaire ?
Nélia Barbosa : Oui, bon cette année je ne suis pas allée beaucoup à l'école. Le but c'est d'être là, quand je ne suis pas en stage. En stage je fais les cours à distance.
C'est sur que quand tu rentres de stage il y a la fatigue et le décalage horaire. Donc quand je rentre je me repose sur trois-quatre jours.
Et ensuite je continue de m'entraîner quand je suis en Île-de-France, et le rythme ne laisse pas beaucoup de place à l'école. Je fais trois matinées par semaine.
Les Secrets du Kayak : Et est-ce que tu as une vie sociale en dehors ou bien tout est focalisé autour du kayak ? Bon bien sur les Jeux arrivent, mais est-ce que tu t'accordes des sorties ?
Nélia Barbosa : C'est important d'avoir une vie en dehors du kayak, pour parler d'autres choses.
Je ne bois pas d'alcool dans les périodes de compétition, mais sinon j'aime bien aller boire des verres avec des potes, d'aller au cinéma.
Ça fait partie de mon entraînement mental. J'ai besoin d'avoir autre chose à côté. De penser à autre chose.
Les Secrets du Kayak : Les jeux se profilent, je suppose que tu as l'objectif de la médaille ?
Nélia Barbosa : Gagner ne va pas être évident. Mais je fais tout pour être au top niveau le jour de la finale. Mon objectif serait de faire une médaille. Même si c'est la troisième place, je serais déjà très heureuse.
L'ouzbek je ne l'ai pas vu depuis deux ans, donc je ne sais pas comment elle peut se positionner.
Ensuite il y a l'anglaise qui a beaucoup progressé et qui est 10'' devant moi. Je me dis que ce n'est pas inaccessible.
J'ai encore une bonne marge de progression. Et si ce n'est pas pour cette année, il y aura les championnats du monde et d’Europe.
L’iranienne aussi était devant moi, mais avec le confinement je ne sais pas comment elle a pu s'entraîner.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu penses que c'est un frein de ne pas avoir spécialement de partenaires d'entraînement dans ta progression ?
Nélia Barbosa : C'est vrai qu'être quasiment seule, c'est un frein. Je me suis beaucoup entraînée avec Rémi, c'était des séances très longues de type d'EB1 sur 1h15, on se soutenait bien.
Sur les séances de 200m on aime qu'il y ait du monde, pour plus de confrontation.
Et quand il y a des filles qui vont plus vite que moi, c'est un élément moteur.
Dans mon club j'ai la chance qu'il y ait une bonne dynamique. Je trouverai toujours quelqu'un pour m'accompagner sur l'eau. Finalement je suis rarement seule.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'il y a des points, en dehors de ton entraînement, dans lesquels tu te vois progresser dans les années à venir ? Est-ce que tu te vois faire appel à un diététicien ? Voir un ostéopathe plus régulièrement ? Tu penses qu'il y a des choses sur lesquelles tu peux t'investir pour performer d'avantage ?
Nélia Barbosa : Oui, sur ma récupération physique, je vois peu l’ostéopathe ou le kiné. Le kiné est présent en stage, mais quand je suis chez moi, je cours partout.
Mais j'en aurai besoin à l'avenir, pour éviter de me blesser et récupérer pleinement.
Je néglige trop ce point. Mais il va falloir y penser pour enchaîner les années de haut niveau.
J'utilise des électrodes quand vraiment j'ai des grosses courbatures, sinon je fais des bains chauds pour bien me détendre.
Les Secrets du Kayak : Quand j'ai interviewé Eugénie, elle m'a expliqué avoir fait des stages avec les canadiennes. Est-ce que ça t'arrive des faire des stages avec des étrangers ? Ou c'est toujours entre vous ?
Nélia Barbosa : C'est toujours entre nous. Cette culture des stages internationaux n'est pas développée, mais on a quand même eu des hongrois qui sont venus en octobre, c'était bien de découvrir les entraînements, de naviguer avec eux.
Aujourd'hui j'ai des concurrentes qui me contactent pour participer à des stages ensemble. Je suis très ouverte à ça. C'est novateur dans le monde du para et très enrichissant pour tout le monde.
On se suit sur les réseaux sociaux, sur les stories, on se salut mais on ne communique pas vraiment ensemble.
Les Secrets du Kayak : Rémi me disait bien aimer l'ergomètre lorsqu'il n'était pas en stage, est-ce également ton cas ? Ou finalement tu peux monter facilement sur l'eau comme tu veux ?
Nélia Barbosa : Non moi je ne fais pas beaucoup d'ergomètre, ou alors en hiver si je ne peux pas monter. Mais mon club est ouvert quasiment tout le temps, il y a toujours du monde. Je suis assez autonome. Je préfère aller sur l'eau.
Les Secrets du Kayak : Tu dis être souvent à ton club, donc tu n'es pas directement au pôle de Vaires hors stage ?
Nélia Barbosa : Non, en plus j'ai besoin de voir mon entraîneur Benoît Chantry, j'ai besoin de voir les jeunes s'entraîner.
Mon club c'est ma deuxième maison. C'est un besoin que de garder ce lien. On a un plan d'eau magnifique sur la Marne, je préfère m'entraîner à Champigny.
Même si je pourrais être avec d'autres athlètes à Vaires.
J'ai un groupe de jeunes qui avancent bien, donc j'ai la confrontation nécessaire à la performance. Et on a une salle de musculation avec ce qu'il me faut pour mon entraînement.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu avais d'autres points à développer ?
Nélia Barbosa : Peut être des conseils, pour des gens en situation de handicap. Qui souhaiteraient se mettre au kayak.
Le kayak est un sport de compétition mais surtout de passion, on peut le pratiquer juste par plaisir.
L'eau-vive c'est ludique, on peut vraiment s'éclater.
Et c'est un milieu bienveillant. Les gens tendent la main sans se poser la question.
Il ne faut pas hésiter. On découvre de belles personnes et de beaux endroits.
Vous pouvez retrouver Nelia Barbosa sur son compte Instagram.
Interview : Nicolas Lambert
Retrouvez tout sur Nicolas Lambert. Comment a-t-il débuté le Surfski ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Nicolas Lambert en juin 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Nicolas Lambert : Tout va bien, je suis au Grau du Roi et il fait beau comme toujours.
Le site est placé sur les canaux à un kilomètre de la mer, donc on a la chance de faire les deux pratiques.
Il y a deux boucles de 15 et 20 km sur les canaux et sans portage.
Il fait souvent beau, rarement du vent. Et l'hiver il fait 10°C.
Les Secrets du Kayak : C'est mon premier podcast au sujet du surfski, et je voulais revenir sur toi, ton parcours et ta découverte.
Nicolas Lambert : J'ai commencé à 8-9 ans avec l'école pour essayer l'aviron et le kayak.
Ça m'a plu, j'ai continué en stage libre et ensuite le club s'est formé après les jeux méditerranéens de 1993.
Ils ont ensuite ouvert la pratique à la course en ligne, et aujourd'hui à l'Ocean Racing.
En France, à l'époque l'Ocean Racing n'existait pas. Il y avait son dérivé les Merathon. Des courses sous forme de triangles, et tu faisais un certain nombre de tours.
Ça vient de l'Australie, où ça existe depuis vingt ans.
Mes premières courses c'était en 1998 en cadet, ma première coupe de France.
Avant ça, on avait hérité de bateau de courses en ligne, avec le savoir faire. J'ai commencé sur des bateaux plastiques scolaires. Et ensuite on passait sur des bateaux plus fins, léger.
J'ai persisté, et donc j'ai commencé par la course en ligne avec les régates de l'espoir, et j'ai bien vu que j’avais des qualité pour la longue distance.
Tout simplement parce que je faisais facilement des entraînements de 15 km. C'était un effort que j'aimais bien, que c'est une activité non traumatisante. C'était un sport de plein air. Ce n'est pas que je n'aime pas la musculation, pour performer il faut en faire.
Mes bornes, c'est pour m'aérer l'esprit et évacuer les tracas du quotidien.
Je me suis essayé un peu à la vitesse, en junior je me suis rabattu sur les sélections équipe de France. On gagne avec Aurélien Vernier mon coéquipier en K2 marathon. Et l'équipe en place nous débauche pour les championnats du monde junior. On s'est entraîné pour y aller. C'était les tout premier en 2001, on fait onzième.
Au Grau du Roi je n'avais pas de référence, pour me tirer vers le haut et me guider. J'étais isolé, mon seul repère c'était les championnats de France, pour repousser mes limites.
Puis j'ai fait mes premières compétitions internationales et j'étais plutôt bien placé sur la longue distance. Et finir onzième c'était une conclusion de notre travail, sans référence le marathon c'était tout nouveau.
Et ensuite on a eu Cyril Carré et Étienne Hubert qui ont montré que la voie en junior était belle, pour avoir de bons athlètes et de belles performances ensuite.
J'avais un problème en marathon, j'avais des crampes, malgré tous mes efforts d'alimentation et d'hydratation. Passé les 20 km je survivais les 5 derniers kilomètres pour finir.
Je ne me voyais pas rajouter dix bornes de plus pour passer senior, avec des crampes. Je l'ai tenté, j'ai du faire deuxième en k1 très loin du premier. Ça ne me plaisais pas de le faire dans la souffrance. Et en même temps l'Océan Racing naissait et m'a permis de m'y préparer.
Ce problème de crampes je l'ai résolu en ne faisant pas un semi à bloc. Je pars moins vite. Le marathon c'est une course de contact. Donc si je vais doucement je ne suis pas dans le peloton et je ne profite pas de l'inertie du groupe. Donc je me tire une balle dans le pied tout seul.
C'est comme en vélo, il faut profiter de l'aspiration. Donc je pars bien dans le départ, pour bien se placer et s'économiser. Et si ça va trop vite, je fais tout pour ne pas exploser. Mais avant j'étais comme Romain Marcaud, je préférais passer ma course à rattraper les autres.
Les Secrets du Kayak : Comment se passe ta découverte du surfski, tu savais quel matériel acheter ? Ou tu t'es jeté en mer et tu attendais de voir comment ça se passe ?
Nicolas Lambert : Au début les bateaux ressemblaient aux bateaux de descente avec un gouvernail derrière. Ça rendait le bateau pas du tout directeur.
Avant les années 2000 ils étaient pontés, et ensuite les surfski sont arrivés ils étaient auto-videur, donc plus sécurisant.
Ma premiers souvenirs de surfki, si je prends mes premières séances je n'aimais pas le sable qui frottais sur la fibre. Puis on est arrivé sur les bateaux suivant, et encore heureux ils sont vite arrivés avec un gros potentiel, mais cela tronquait les courses format français car on avait qu'un bord en surf.
On a organisé les championnats de France en 2000, mon club a été facilitateur pour organiser des courses. Donc on s'est engagé sur ces formats, et j'ai fait deuxième en junior. Et je me prends sept minute par Benoit Leroux. Lui avait un des premiers surfski.
L'année d'après j'ai fait l'impasse, j'ai attendu d'être équipé, pour faire deuxième à deux secondes du premier, Gaetan Séné. Donc c'était pas mal. Je me suis lancé comme ça.
J'ai eu beaucoup d'entraîneurs mais j'en perdais beaucoup aussi. Je faisais mes entraînements en course en ligne l'hiver, l'été en surfski. Et quand il y a l'opportunité d'une belle navigation, avec de belles conditions de navigation en downwind... on part d'un point A pour arriver à un point B avec les éléments dans le dos favorables.
Les Secrets du Kayak : J'ai l'impression que la technique n'est pas la même en course en ligne et en surfski, tu parles de transvaser un peu les deux. Pourrais-tu m'expliquer les différences techniques ?
Nicolas Lambert : La gestuelle est la même pour moi, j'utilise la même pagaie, j'enlève juste de la taille. Quatre à cinq centimètres, mais je suis grand assis. Je suis en 2,14m en course en ligne et 2,08 m sur de l'océan racing, car on est plus bas sur l'eau.
La bascule du bassin par la rétroversion et l'antéversion est difficile. Souvent c'est le problème lors du changement de bateau. En surfski on cherche à alléger la pointe avant, donc on met le bassin en arrière. Mais j'adapte chacun de mes surfski avec une mousse pour tendre vers la position de la course en ligne.
Après on a des pédales, donc lors d'une poussée de jambe on pousse que sur les talons, alors qu'en course en ligne tu pousses à plat.
Mais je conseille de faire du kayak de mer pour améliorer la technique en fonction des éléments. Tout le monde sait pagayer sur un bassin parfait, sur un bassin mouvementé c'est une autre histoire.
La rotation est là mais moins importante en surfski. Il est impossible d'avoir un siège tournant par exemple. On a peu de glisse au niveau des fesses, la rotation et le pédalage sont davantage limités qu'en course en ligne.
Tu ne peux pas tendre à fond les jambes, donc tu ne peux pas enchaîner la rotation du haut du corps. Les mollets vont toucher les rebords bombés, qui te protège de la submersion des vagues.
Ça permet de tenir le bateau autrement que par les fesses. Tu vas utiliser les hanches, les ischios, les mollets, tu tiens donc mieux ton bateau.
Moi je n'aime pas avoir besoin d'un chausse-pied pour embarquer dans mon bateau. Le pédalage amène des frottements sur les cales-hanche. Si on est trop serré, avec le sel, les irritations deviennent très vite des plaies.
Tu as des sangles comme en course en ligne pour tenir tes pieds, mais il ne faut pas trop la serrer, pour que tu réussisses ton départ depuis la plage. Il faut un juste milieu.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu retrouves les mêmes sensation entre la course en ligne et le surfski ?
Nicolas Lambert : Les surfski ne sont pas normés comme les bateaux de course en ligne. Tu as le droit à toutes les formes sauf convexe et concave. En gros tu as plus de volume, de surface, de longueur, on se rapproche des avirons.
Les bateaux sont performants en inertie. En réactivité, ils le sont moins. Mais sur des vitesses de train c'est très économes sur des longues distance, je choisis le surfski.
Après si sur la course tout le monde est en course en ligne je pars en course en ligne, mais sinon j'utilise mon surfski.
Les Secrets du Kayak : Depuis quelques temps j'ai l'impression que la longueur des surfski diminue. Tu as pu en tester récemment ?
Nicolas Lambert : Il y a deux logiques. Si tu pars sur des mers océaniques où tu vas surfer la houle, je vais plutôt rechercher un bateau parmi les plus long, soit environ 6,50m.
Si on a des formats de course type méditerranée ou en eau intérieure, où on a plutôt des mers de vent, qui ne sont pas fossiles, qui sont instantanées, c'est à dire que c'est la force du vent qui va lever les vagues comme à Annecy, donc des vagues rapprochées, c'est là où les bateaux courts matcheront mieux.
J'ai longtemps eu un bateau entre-deux, très polyvalent, qui m'a permis d'exploiter tous types de mer, sauf qu'il ne permettait pas d'exceller sur des mers océaniques. Sans doute un peu trop lourd, je n'avais pas assez d'inertie pour avancer. Surtout sur des courses internationales. Donc je suis revenu chez Fenn pour m'équiper. Je m'adapte au format de la mer.
Les Secrets du Kayak : Il semble y avoir de plus en plus de marques de surfski. A l’international ça se voit, ou bien les pratiquants sont tous dans un Fenn ou un Nelo ?
Nicolas Lambert : Au début de la discipline, c'était Fenn et Epic. Après il y a eu les marques de course en ligne. L'avantage aussi de voir apparaître des bateaux plus petits, c'est que ça passe dans les conteneurs.
Si on regarde la carte du monde il y a d'avantage de mer, donc il y a plus de produits de surfski. Tu peux en faire en rivière en eau calme, ils sont sécuritaires. Tu peux cloisonner ta vidange par exemple pour l'hiver. Et en mer tu peux l'ouvrir, comme par exemple avec Nelo.
C'est difficile de s'y retrouver tous les constructeurs s'y sont mis. Mais pour moi pour faire du haut niveau, il faut avoir plusieurs bateaux, un court, un long, un intermédiaire. Un peu comme sur des formats de slalom ou de descente.
Je pense que pour commencer tout surfski se prend. Ensuite tout dépend de ce que tu vas vouloir faire.
Quand j'essaie un bateau et que j'ai de bonnes sensations, parfois elles sont tronquées, la vitesse n'est pas là. Quand j'ai un doute, je me fais prêter le bateau et je fais des parcours slalom que j'ai en référence pour comparer avec mon bateau actuel.
Les Secrets du Kayak : Comme tu le disais, le surfski étant plus bas, j'ai l'impression que c'est beaucoup plus stable, que le bateau de course en ligne. En tant qu'entraîneur je suppose que tu vas me le confirmer ?
Nicolas Lambert : Oui aujourd'hui, mais je n'étais pas convaincu à l'époque sur mes premiers surfski Fenn. Pour moi ils étaient aussi instables à l'époque. Au début je raisonnais comme un débutant, pour que le bateau aille vite il fallait qu'il soit fin, effilé pour pénétrer l'eau.
Mais il faut des capacités pour la stabilité, pour performer sans subir le plan d'eau, pour faire avancer son bateau. Le volume joue beaucoup aussi, pour moi c'est intéressant de l'avoir derrière soi pour que la vague prenne appui.
C'est un équilibre de toutes les composantes, en plus de la longueur et de la largeur. Et c'est pour cela qu'il en existe des modèles si différents.
Il ne faut pas y passer du temps, il faut se lancer, tester, se connaître, et trouver le bateau adapter à son choix de pratique. Il faut chercher la stabilité avant toute chose.
Chaque année je vais en Guadeloupe faire un camps d'entraînement et il y a une course de 50km. Tu avais cité Oscar Chalupsky un peu plus tôt, il s'est aligné avec un bateau Nelo 510 en plastique et sur 50km je ne lui ai mis que 10 minutes. Ce n'est pas forcément le bateau qui fait avancer. Il faut aussi savoir lire les vagues. Ça en a été la preuve.
Et c'est ce que je fais avec mes jeunes, j'utilise ce type de bateau pour les accompagner.
Les Secrets du Kayak : De ce que j'ai pu lire, la lecture du plan d'eau c'est plutôt ce que tu peux rencontrer en slalom ou en descente. C'est ce par quoi tu es passé ou bien tu as tout appris en pratiquant le surfski et en marathon ?
Nicolas Lambert : Le slalom je n'en ai fait que pour passer mon BE. Un peu tout petit. J'ai fait un peu de descente, c'est ce qui me rapprocher le plus de la ligne. Il n'y avait qu'un club de course en ligne dans le sud, donc pas dans ma région.
Donc si je devais me confronter sur des courses sans trop voyager, je faisais de la descente sur du plat soit sur les rivières. Mais à l'époque je n'avais pas les notions nécessaires à la lecture du plan d'eau.
Moi ce qui m'a plu dans le kayak, c'était le marathon de l'Ardèche, et tous mes souvenirs des courses que j'ai vu avec les bateaux lorsque j'étais enfant. Je voulais faire de la rivière. Et ensuite en mer j'ai appris à décoder le plan d'eau pour aller plus vite.
Moi ce que cherchais c'était la vitesse instantanée haute. Impossible de le faire pour un ligneux. Aujourd'hui je cherche des vitesses moyennes hautes, la finalité c'est la continuité de la vitesse moyenne. Il faut soigner ses transitions, gérer la houle pour créer la survitesse et la garder. Il faut aller doubler une vague.
Maintenant aux JO, il faut soigner ses transitions mais il faudra aussi être capable de doubler la vague que son adversaire n'aura pas doublé. Il faut avoir le feeling, mais aussi la technique. C'est comme en vélo en fait.
Les Secrets du Kayak : J'ai l'impression que le nombre de courses explose au niveau professionnel. Il y a une hausse du niveau des athlètes de mieux en mieux préparés ?
Nicolas Lambert : Oui, les athlètes qui performent en international souvent ils viennent du marathon. Donc le niveau d'exigence est revu à la hausse. Après à ma connaissance se sont des courses primées, il y a des price-money souvent dans les îles. Donc ça amène du monde, des curieux qui reviennent.
La discipline plaît. Au Grau-du-Roi, on a fait le choix de l'Ocean Racing et du marathon parce que c'est là qu'il y a de la concurrence. On est éloigné des bassins de sprint, donc on a fait ces choix là.
Mais l'olympisme fait rêver mes pépites. On est des passionnés comme toi, on est content de faire connaître notre sport. D'office nos jeunes sont sélectionnés au championnat de France, on aime être nombreux et partager, pour fédérer cette communauté de surfski.
Et le surfski peut se retrouver dans toutes les courses longues, je pense notamment à la course de la Dordogne sur 130 km. En plus tu portes ton bateaux comme tu veux. Mais tu t'adaptes à tes adversaires, s'ils s'arrêtent ou pas.
Il y a des ravitos tous les 20 km. Les portages obligatoires seront sur les 350 km pour les check-point médicaux, et des travaux possibles sur le parcours.
Les Secrets du Kayak : En Ocean racing tu as été plusieurs fois champion de France, vice champion d'Europe. J'imagine qu'à tes débuts il n'y avait pas de coupe de France. J'ai vu qu'aujourd'hui il y avait un circuit de coupe du monde. Il y a tous les mois des courses primées. Quel est ton palmarès, et comment tu choisis tes courses ?
Nicolas Lambert : Au tout début on n'était pas nombreux, il y avait de la qualité mais pas de quantité. Que des personnes de valeurs. On a tous monté notre niveau ensemble.
Tous les ans, je faisais mon bilan pour reprendre ce qui avait marché. Ce sont des paris sur des tendances. Je me suis géré seul. Chaque année je mettais un pallier de plus, le niveau augmentait tous les ans. Il fallait suivre.
Ma première sélection équipe de France c'était une course de 30min, un contre la montre, pour aller à la première coupe du monde en 2004 en Afrique du Sud. Alors que les championnats du monde c'était 30 km. Donc rien à voir.
J'ai beaucoup appris, subi sur des éléments déchaînés. Donc je savais que j'y retournerai en ayant le bon niveau. Je me suis pris une heure par ce célèbre Oscar Chalupsky j'avais à peine 19 ans.
Maintenant, vingt ans après je suis à 4 min des meilleurs internationaux. Chez les français on est une grosse dizaine pour être dans le top trois aujourd'hui.
C'est comme le vélo, avec une étape de montagne il faut être fort. Il faut être le plus polyvalent possible.
Pour les différents circuits, on a la chance d'avoir un système de World Series, une sorte de coupe du monde, mais sans l'être. Elle n'est pas labellisée, mais cette course a le même cahier des charges.
Ensuite on a les coupes du monde officielles, depuis quatre-cinq ans, labellisées ICF avec un classement et qui permettent de se sélectionner pour les championnats du monde de l'année en question.
Les quarante meilleurs mondiaux sont d'office sélectionnés pour les championnats du monde hors quota nation. Il y a cinq quotas nations. Donc ça fait du monde. Pour la première il y avait 400 participants par exemple au Portugal, et c'est une course qui s'organisait tous les deux ans.
Depuis 2020, c'est tous les ans. Ça change la donne. Ça fait de belles destinations, ça fait voyager. Ça varie entre 20-30 km. Il y a des course XL de 40km avec des barrières horaires calculées sur les premiers.
La plupart des courses se font départ d'un point A arrivée à un point B. ça demande une certaine logistique. Mais avant c'était des aller-retours.
Aujourd'hui ça demande de l'organisation. C'est plus sympa quand tu as quelqu'un qui t'accompagne.
Pour choisir mes courses je réfléchis aussi à voir si ça vaut le coup au regard de cette logistique, si c'est pour faire de la route inutile ça ne me convient pas. Notre sport est proche de la nature, il faut que ça fasse sens.
Après pour la course, il vaut mieux se prendre le vent de face en premier qu'à la fin.
Les Secrets du Kayak : J'ai vu que pendant le confinement tu as fait la traversée jusqu'en Corse ?
Nicolas Lambert : Oui je me suis fixé un défi à défaut d'avoir des compétitions avec la Covid. Je m'étais fixé mes objectifs, et je ne voulais pas ne pas naviguer. Donc j'ai ressortis un vieux projet.
Me prouver que j'en étais capable. J'ai pris beaucoup de plaisir à préparer ce projet, pour une journée de traversée.
Mettre en place une stratégie de course et une tactique, voir ce qui marche et ce qui ne marche pas. S'adapter sans cesse... cette traversée me tenait à cœur. Tous les feux étaient au vert. Et en plus de ça, j'ai eu de la chance pour la météo.
Le mental était là.
Au début je ne voulais pas partager ce type de traversée afin de ne pas inspirer d'autres personnes. On parle d'une traversée relativement accidentogène. Tu pars en pleine mer, tu navigues de nuit.
Mais c'était un rêve, et je suis heureux de l'avoir partagé. Je voulais être sur une traversée sécurisée, je n'aurais pas pu le faire seul. Il me fallait une équipe pour la gestion des ravitos, de l’organisation.
Moi je n'avais plus qu'à pagayer. L'entourage fait beaucoup.
Les Secrets du Kayak : Quand je t'écoutes parler, j'ai l'impression que tu es un professionnel du sport ? Est-ce que tu te considères comme athlète de haut niveau ? Est-ce que tu pratiques d'autres sports en dehors du bateau ? Est-ce que tu pratiques la méditation, une hygiène de vie en particulier ?
Nicolas Lambert : Je vais faire des raccourcis qui me sont propres. La préparation mentale, je ne vais pas en faire comme quelqu'un qui va visualiser ses portes pour un slalom. Je ne vais pas visualiser ma course mentalement de A à Z.
Je vais essayer de minimiser les moments de flous qui vont me mettre en difficulté. Je prépare mon parcours. J'imagine mon surf de telle façon. C'est de la visualisation pour connaître les forces et les éléments en présence afin d'établir une stratégie.
Pour la PPG, j'adore les sport de plein air et faire des kilomètres. Donc mes choix sont au détriment de la musculation. Mais si je devais professionnaliser ma discipline, c'est vers cela que je tendrais.
Je ne suis pas officiellement athlète de haut niveau puisque la discipline n'est pas reconnue au niveau ministérielle. On espère le devenir. On prend le temps de structurer notre discipline.
En tous les cas j'optimise le temps que j'ai, que je gère en fonction de ma vie de famille et du boulot.
Même l'hiver au final je fais l'impasse de la musculation. Cependant j'amène mes athlètes vers la musculation, le footing, la PPG. Avec la Covid, je me suis remis à courir, de façon à maintenir le cardio.
En tant qu'entraîneur de club, je m'organisais aussi à faire faire à mes athlètes leur footing puis des temps en visio. J'ai la chance d'être proche de l'eau par mon métier. Moi l'été j'ai plein de groupes scolaires, des centre de loisirs... les journées sont longues et c'est compliqué de se mettre à l'eau après le journée.
Je vis de mon métier d'éducateur sportif, mais je ne vis pas de mes propres entraînements.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu suis une alimentation stricte ? Puisque le poids des bateaux diminue. Es-tu dans l'état d'esprit d'être au kilo près sur ton poids ? Est-ce que ça peut jouer sur des longues distances ?
Nicolas Lambert : J'ai cette tendance que de tendre vers l'alimentation très saine. Je fais attention au quoi, pourquoi et comment.
Parfois je crée mes propres boissons énergétiques afin de ne pas me battre avec mon estomac. Certaines marques me ravagent.
Alimentairement parlant je m'alimentais pendant la course avec du sucre, puis quand je sature sur du salé. Sauf que lors de ma traversée j'ai de suite saturé en salé avec les embruns marins non négligeables, très perturbateur, que je n'avais pas anticipé.
Et si j'avais un conseil à donner aux gens qui se lancent dans un ultra, c'est de varier son alimentation et de la tester à l'entraînement. Et c'est le neutre qui passera à la fin, il faut penser à regarder le Ph de ses boissons pour préserver son estomac.
Je ne suis pas au top du top. Edwin Lucas lui performe en marathon avec Romain Marcaud, diététicien de renommée, il est venu en stage équipe pour mes jeunes pour les sensibiliser.
Je fais attention à mon poids mais pas dans l'excès comme il y a quelques années. À cette période, j'étais en dessous de 80kg et je n'étais pas au top de ma forme. Je subissais les éléments.
Un bateau très léger ça aide, mais comme il y a de l'inertie et une portance supérieure, mon objectif de poids c'est plutôt 82kg.
L'hiver je dois faire 86kg car comme tout le monde, j'aime manger. Pour pouvoir se priver, il faut du plaisir. L'été ça se prête bien pour manger moins lourd.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que les autres athlètes en océan racing ont ton gabarit ? Tu me sembles hyper lourd pour quelqu'un qui fait de la longue distance, non ?
Nicolas Lambert : J'ai l'impression que le champion du monde est épais, Cory Hill aussi, ils sont épais, mais je ne pense pas que ce soit leur objectif. Si tu prends McGregor niveau poids-corps-puissance il est au top.
Niveau français, je pense que je ne suis pas dans les plus léger ni dans les plus lourds. L'avantage d'avoir plusieurs types de bateaux c'est que tu choisis ton bateau pour la course en fonction de ton gabarit.
Et comme tu as les éléments souvent dans le dos, l'inertie fait beaucoup.
Je pense qu'il y a d'autres facteurs à prendre en compte avant de faire de l'océan racing. Quand tu vas chercher des millièmes de secondes oui ça devient une obsession.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que pour toi ça s'est imposé naturellement de devenir entraîneur de kayak ?
Nicolas Lambert : Moi je voulais faire un métier dans le sport. Avec le temps, professeur d'EPS ne me plaisait pas. J'aime mon travail, je n'y vais pas à reculons.
Il ne faut pas compter ses heures, j'essaie d'y faire attention quand même.
Mon fil conducteur dans ma façon de faire c'est d'être facilitateur de performance.
Pourquoi je continue le haut niveau à trente huit ans ? Tant qu'on ne me met pas dehors, c'est que j'ai quelque chose à prouver. Je veux être sur le terrain, je montre la voie à mes jeunes, j'essaie de les inspirer.
Il faut vivre les choses pour les transmettre. Je ne vais pas exceller sur la technique pour de la course en ligne, sur les postures... je vais conseiller mais ça sera basique. En revanche pour le marathon et l'océan racing, je suis crédible.
Je continue de me faire plaisir, et continuer de partager tout ce que j'ai pu apprendre.
Aujourd'hui, j'entraîne tous les niveaux.
L'école de pagaie, on se partage à deux les jeunes. Moi je veux en faire des sportifs, puis des kayakistes. Et enfin soit on les forme pour retransmettre, soit pour faire du haut niveau ou presque du haut niveau.
Après je pars souvent sur de la relation entraîneur-entraîné. Il faut une confiance. J'ai besoin de connaître la personne, connaître son état d'esprit, ce qu'elle a dans le ventre.
J'accompagne mes athlètes depuis le début jusqu'à senior, où je leur fait comprendre qu'il faut aussi être acteur de leur préparation. S'ils font du haut niveau c'est facile, ça tend vers les entraînements équipe de France.
A ce niveau là, moi je suis juste là pour être un garde fou. L'individualisation pour moi se fait plus sur de la préparation physique.
Les Secrets du Kayak : J'ai vu que tu organisais des stages avant le confinement pour tes athlètes mais pas que. Est-ce que tu les organises régulièrement, et est-ce que tu organises des stages d'océan racing ?
Nicolas Lambert : Les stages se passent au calme sur des bateaux directeurs. La majorité des séances se font sur le plat, mon objectif c'est de pouvoir gérer tout le monde.
Le matin j'encadre le groupe qui va faire du 12 km/h sûr a minima, l'après midi je fais du tout venant sur du fractionné, j'accepte tout le monde à partir du moment où la personne à une licence.
Chaque intervenant va apporter sa pièce à l'édifice.
Sur la pratique en mer si on en est capable, il n'y a pas de soucis j'accepte, si on en est pas capable je n'ai pas peur de laisser du monde sur le bord, la sécurité c'est la priorité.
Toute personne doit être capable de remonter en autonomie. Je m'assure de la prise de risque, et tout dépend aussi des éléments le jour J.
Le stage est gratuit mais je fais toujours payer la navette, elle est à deux euros. Parce que souvent ce sont toujours les mêmes personnes qui prennent leur véhicule pour tirer une remorque etc...
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'il y a d'autres sujets que tu voulais aborder ?
Nicolas Lambert : Tu es le bienvenu pour faire de la mer. J'ai vu aussi que Babak était curieux de faire du surfski. Moi j'emmène des ligneux faire du k2. C'est un peu compliqué pour eux de savoir utiliser leurs hanches et être capable de jouer avec les gîtes, ça sera un axe de travail.
J'ai bien aimé son témoignage pour sa stratégie de course. Moi j'ai bien aimé, moi j'aime quand ils expliquent leurs stratégies ce qui se passe dans leur tête, ce sont des notions que tu nous amènes et c'est inspirant en tant qu'entraîneur.
A combien va Maxime sur des vitesses instantanées, à combien se gagne une course de fond ? Pour moi c'est parlant. On peut voir la marche à faire pour progresser. Tout ce qui est cadence de course, à combien va un k4…
Et il y a un sujet que je voulais aborder, c'est « apprendre à gagner ». Moi j'ai souvent été deuxième, mentalement je n'étais pas capable de gérer ça.
Tu fais tout pour gagner, mais ça ne matche pas. Il faut être capable d'optimiser son potentiel. Il faut trouver des objectifs réalistes pour grappiller au fur et à mesure les étapes pour devenir premier.
Et aussi tu disais qu'on manque de communication sur les réseaux. J'essaie d'en donner à ma manière. Mais sache que les championnats d’Europe d'ocean racing seront filmés et tous les championnats de France toutes disciplines confondues aussi dès l'année prochaine.
Le vecteur seront les drones. Et c'est ce qui permettra de faire avancer la discipline.
Jusqu'à aujourd'hui on avait que les bateaux à moteur pour filmer mais ça démolie les plans d'eau. Donc les drones et la technologies vont permettre de nous faire avancer.
Vous pouvez retrouver Nicolas Lambert sur sa page Facebook.
Interview : Marie Delattre
Retrouvez tout sur Marie Delattre. Comment a-t-elle débuté le Kayak de course en ligne ? Quel a été son parcours ? Qu’a-t-elle fait pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Marie Delattre en mai 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Marie Delattre : Ça va super bien. Aujourd'hui il fait mauvais mais tu sais : on pratique par tous les temps, qu'il fasse beau, qu'il pleuve,qu'il vente ou qu'il neige. On monte toujours en bateau.
Les Secrets du Kayak : Comment as-tu commencé le kayak ?
Marie Delattre : J'ai commencé en 1994 parce que des copines de classe à l'école m'ont proposé de venir compléter un équipage. Il fallait faire un bateau quatre place, elles n'étaient que trois.
Avant ça je faisais pas mal d'athlétisme, et j'aimais la natation notamment avec mon père. Et j'avais aussi pratiqué la gymnastique pendant cinq ou six ans avec ces mêmes filles.
Donc j'avais un bon bagage musculaire.
J'ai commencé assez tard le kayak, j'avais 13 ans. Mais la gym m'a beaucoup aidé dans la souplesse, les étirements, la force des bras. On faisait des tractions, des pompes etc.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu te souviens de ta première séance en kayak ? Es-tu montée directement en K4 ?
Marie Delattre : Je suis montée deux ou trois séances dans un bateau de slalom, et ensuite on m'a mise directement dans un course en ligne et j'ai mis trois semaines à décoller du bord.
On m'a donné un bateau de course en ligne, la pagaie qui va avec et voilà c'est parti. J'ai passé des heures sur le bord. Un jour l’entraîneur attrape ma pagaie, la jette au loin et j'ai du me débrouiller pour la récupérer et ainsi hop j'étais lancée.
J'étais sur les tout premiers bateaux blancs pour débutant, ceux qui sont stables pour les minimes. J'ai du le garder un an ou deux.
Au départ j'étais derrière mes copines, ce qui me contrariait. Donc je me suis efforcée d'être à côté, mais c'était compliqué on se prenait des coups de pagaie dans la figure, les berges étaient étroites.
Donc j'ai tout fait pour être devant. Et j'ai progressé, les premières compétitions sont arrivées, j'étais seule dans ma ligne d'eau, je ne comprenais pas grand chose.
J'ai fait ma course et je l'ai gagné dans le Nord-Pas-de-Calais, et c'est comme ça que j'ai été en championnat de France en minime en K1, en juillet 1995 pour faire deuxième et je crois que j'étais derrière Anne-Laure Viard.
Deux ans après j'étais en équipe de France alors que j'étais cadette.
Les Secrets du Kayak : Je vois que tu es du club de Saint-Laurent-Blangy. Est-ce que tu y côtoyais des membres de l'équipe de France ?
Marie Delattre : Oui, j'ai été entraînée par Virginie Baye, qui avait participé aux Jeux de Séoul en 1988. Et Olivier Baye, son mari, un athlète de haut niveau, il avait pour ambition de faire grimper le club dans le haut niveau.
Quand je suis arrivée il y a avait des tentatives pour quelques personnes d'intégrer l'équipe de France, de participer aux coupes du monde et au championnat d'Europe ou du monde. Oui il y a des athlètes de l'équipe de France dans ce club.
Moi je ne pensais pas à ce monde là, je voulais être avec mes copains et mes copines, être devant, gagner mes courses. Mes souvenirs de sélection pour l'équipe de France, je me souviens des sélections à Boulogne-sur-Mer, en cadette 1 j'ai fait ma course, et c'est Déborah Capon, qui m'a démontré que je pouvais être en équipe de France.
Je lui ai demandé de m'expliquer de quoi il en retournait. Et je me suis dis pourquoi pas. Et même pour les JO, j'y suis allée, comme ça, et pourtant c'était l'année de qualification des Jeux.
Moi dans ma tête l'objectif c'était de faire les championnats du monde, se montrer, se faire connaître, montrer ce dont on est capable. Être satisfait de sa course.
Et même en senior je fonctionnais comme ça. En 2003, j'entendais Bâbak parler des quotas, mais je ne comprenais pas de quoi il parlait. Et c'est là qu'il m'a appris le fonctionnement des Jeux avec les quotas. Avant je n'étais pas dans cette optique.
Les Secrets du Kayak : Quand tu démarres et que tu es minime, est-ce que tu as le rythme d'un débutant avec seulement une ou deux séances par semaine, ou bien tu as déjà un rythme plus important dans l'entraînement ?
Marie Delattre : Non en minime, je suivais le même rythme que mes copains, c'était le mercredi et le samedi. Parfois on avait une séance le mardi soir pour faire musculation et footing, on courait trente minute, et on faisait des ateliers mais on apprenait juste les mouvements en fait. Du gainage, des machines.
En cadette 1, les entraîneurs t'informent qu'il y a le mercredi, le samedi, mais on sépare footing et musculation. Et arrivée en championnat de France, j'ai gagné. Je me suis entraînée l'été suivant, et j'ai augmenté les entraînements l'année suivante puisque je suis allée voir mon président de club, parce qu'on m'avait parlé de l'équipe de France. Donc il a fallu que je m'entraîne plus.
J'ai toujours suivi une scolarité normale, que ce soit au collège ou au Lycée. Après le Bac, j'ai fait un DUT GEA à Lille. Je l'ai fait en trois ans au lieu de deux.
Et donc là c'était particulier. Il y a eu une période où, si tu voulais être en équipe de France et participer aux championnats et aux coupes du monde, tu n'avais pas le choix, il fallait s'entraîner dans un pôle France.
Moi jusque là je m'étais toujours entraînée dans mon club. J'y allais tous les soirs pour m'entraîner.
Il y a eu la politique de la fédération qui en a fait une obligation en 2003. donc je suis allée à Vaires, j'étais dans ma dernière année de DUT GEA. J'avais une, ou une et demie journée de cours par semaine, le reste du temps je m'entraînais.
Et là, en senior, on passe de trois à quatre entraînements par jour. A six heure, on est dans l'eau jusque huit heure, donc bateau le matin à jeun, petit déjeuné ensuite, entraînement à 9h, on rentre, on mange à midi, on a un petit temps de repos, vers quinze heure un autre entraînement de bateau et le soir vers dix-huit heure la musculation qui dure parfois jusque trois heure sur la fin. Il fallait plus de récupération entre chaque série.
Les Secrets du Kayak : J'ai vu que tu mesures 1m74 pour 60kg. Les autres athlètes ont un gabarit plus imposant que le tien non ?
Marie Delattre : Oui et encore 60kg c'est à la fin de ma carrière. En 2002, lorsque j'ai commencé les premiers championnats du monde, je faisais 55 kg, j'étais un fil de fer. Et pourtant en musculation je me débrouillait bien. Je soulevais lourd, les tractions passaient bien.
Mais mon entraîneur en équipe de France m'a fait prendre conscience que pour progresser, je devais me muscler d'avantage. Cela voulait dire prendre du muscle mais aussi prendre du poids. Il fallait que je développe mon corps.
Au fur et à mesure des années j'ai pris peu à peu. Je suis montée très progressivement jusque 62kg et l'été je repassais facilement à 60kg pour 1,72m. Par rapport à certaines nations, je me sentais fine et peu musclée. Mais comparée à d'autres, plus les années passées et plus notre gabarit fonctionnait mieux.
Aujourd'hui cela se voit encore, les filles sont certes très musclées des bras, mais elles ont la taille fine. Elles sont féminines ce qui n'était pas le cas avant.
La force et le poids supplémentaire ça m'a aidé, même si on ne parle que de cinq kilos. Après ma morphologie je la dois à mes parents.
Et au départ, la musculation je n'en faisais qu'une fois par semaine. Ce n'est qu'en senior où j'ai réellement pratiqué la musculation dans le but d'être performante sur mon bateau. Et tu prends tout de suite de la masse avec quatre séance par semaine.
Mais la musculation je n'aimais pas vraiment. La seule raison pour laquelle je le faisais c'était pour aller plus vite avec ma pagaie.
Les Secrets du Kayak : Parallèlement faisais-tu une activité cardio en dehors du bateau ?
Marie Delattre : je faisais beaucoup de natation, du VTT. Ensuite en équipe de France tu as l'opportunité de faire des stages de ski.
Sinon j'adore courir, moins le temps aujourd'hui du fait d'être maman et de devoir gérer le quotidien des enfants. Et puis avec les restrictions liées à la Covid, ça n'aide pas non plus. J'aimerais m'y remettre d'avantage mais depuis deux hiver c'est dur.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça t'arrive encore de monter en bateau ?
Marie Delattre : Oui mais rarement. J'hiberne l'hiver et je sors quand il fait beau. Je vais voir les jeunes en compétitions et aux opens, ça me motive pour naviguer.
J'aime bien aller au club, j'y étais sept jours sur sept pendant des années donc ça me manque toute cette ambiance, préparer les course, les entraînements, les échauffements, se mettre dans l'état d'esprit de la course, déjeuner trois heures avant... tout ces petits rythmes de compétition, les déplacements, les tests... gérer décharger son bateau, le préparer... tout ça me manque.
Donc quand je le peux, je vais voir les Opens, ce n'est pas loin de chez moi et c'est la course la plus importante pour nos français, c'est la compétition des sélections équipe de France.
C'est là où tu vois leur stress, leur envie de gagner et d'aller à l'international.
Les Secrets du Kayak : Comment s'est passée ta transition du club de Saint-Laurent-Blangy au pôle de Vaires-sur-Marne ?
Marie Delattre : Je ne l'ai faite qu'en 2003, c'était une politique menée en 2003-2004.
En 2004 on partait toutes les trois semaines en stage, et on revenait une semaine chez nous. Donc au lieu d'aller une semaine à Vaires pour seulement deux entraînements, j'avais convenu avec l’entraîneur de la fédération de m'entraîner dans mon club. Ça ne servait à rien, je préférais la faire chez moi plutôt qu'à Vaires.
En fait comme j'avais cours le lundi, je partais à l'école, le mardi j'avais cours que le matin, je sautais dans le train dans la foulée, j'arrivais à Vaires, je faisais deux entraînements, jusqu'au vendredi midi, puis je reprenais le train, et j'allais m'entraînais dans mon club le samedi et le dimanche.
Donc les entraîneurs du pôle et du club, faisaient ma planification à la semaine conjointement donc ça se passait bien.
Je suis allée sur Vaires mais dans ma catégorie dame, les athlètes étaient à l'INSEP. Et comme je venais la semaine, je ne les voyais pas. Elles étaient à l'école à l'INSEP, donc j'allais à Vaires pour m'entraîner toute seule.
Heureusement qu'il y avait des kayaks homme, dont Bâbak, la personne phare du moment. Il s'entraînait là bas et j’intégrais les séances des hommes. Le mercredi après-midi, j'allais aussi à l'INSEP profiter de la piscine et de la salle de musculation pour être avec eux.
Quand je dis que j'étais toute seule cela veut dire sans coéquipière, j'avais un entraîneur.
En faisant cette année à Vaires, je ne sais pas si ça été un tournant dans ma pratique, ce que je sais c'est que ça m'a permis de rencontrer des gens qui m'ont aidé dans ma pratique du bateau et de la musculation.
Des gens qui avaient d'autres visions pour performer, qui ont apporté leur façon de faire, différente, pour m'amener à mon objectif.
Après en 2005, on a performé avec Anne-Laure, en championnat d'Europe et du Monde, c'est la période où Jean-Pascal est arrivé. Il nous a apporté sa façon de faire, j'ai évolué.
J'ai aussi rencontré une athlète canadienne, les canadiens étaient venu faire un stage. A cette période, je ne savais pas si j'allais aux Jeux, donc j'étais un peu à l'écart en mono, et il y avait Caroline Brunet, qui m'a proposé d'aller avec elle m'entraîner.
J'ai sauté sur l'occasion. J'ai appris énormément, j'ai suivi sa méthode et ça s'est vu l'année suivante sur mon bateau. Concrètement, ce qu'elle m'a apporté ce sont des mots : « plus dur, plus fort ! ».
Que ce soit dans ma gestuelle, mes entraînements. Et elle me l'a fait voir, elle ne me l'a pas juste dit, elle était à coté de moi sur l'eau.
On parle de la porte drapeau des JO qui a fait troisième olympique. Elle a arrêté sa carrière juste derrière.
Les Secrets du Kayak : Comment se sont passés les Jeux de 2004 en K2 avec Anne-Laure, c'était prévu le K2 ?
Marie Delattre : En fait en 2003, lors des compétitions je me suis alignée sur le K1, et sur le K2 avec Anne-Laure.
On n'était pas qualifié ni en K1 ni en K2, en 2004 je ne me souviens même pas des rattrapages. Je n'étais pas la meilleure en 2004, et le K1 a vite été rattrapé. Donc suite à ça, bien évidemment c'est la première française qui part au JO, donc Nathalie.
Et du coup notre DTN tenait à notre K2, ça faisait donc trois filles qui partaient aux JO. Et puis il savait qu'une autre fille serait rattrapée. Donc s'il devait y avoir un K2 c'était Anne-Laure et Nathalie qui étaient prévues, mais ils voulaient me garder sous la main, au cas où ils emmèneraient un K1 et un K2. C'est comme ça que je suis allée en stage terminal.
Et c'est pour ça que j'étais un peu mise de côté. Et j'ai su cinq jours avant les JO que j'y allais. J'étais heureuse, et on a fait dixième.
Donc pour moi ces premiers Jeux c'était génial. J'ai tout vécu à 150% parce que tu veux tout regarder, tu veux monter que le K2 a sa place. Le bassin était démonté, et avec Anne-Laure on a fait notre course à fond.
Et ça été le déclic pour moi. Je voulais aller en finale et gagner, je veux ma médaille. Pourquoi les autres et pas nous ? J'avais tous les éléments pour y arriver.
Du coup, dès que JP est rentré il nous a bien dit que s'il devait y avoir une médaille c'était en K2. En monoplace on n'était pas assez fortes. Pour rappel il n'y avait que du K1 500m, le 200m n'existait pas encore.
Le K4 était impossible, K1 ça aurait été l'une ou l'autre, donc la solution était le K2.
Après on a eu des hauts et des bas. En 2007 en championnat du monde on ne se supportait plus. On ne voulait plus monter ensemble. Et la fédération avait peur, c'était à trois semaines des sélections pour les JO en pleine coupe du monde.
Alors que les années précédentes on faisait troisième, quatrième... c'était le moment de gagner le quotas pour les Jeux.
On avait mis nos affaires personnelles dans le bateau. On a discuté et mis ce qu'on voulait et ce qu'on ne voulait pas sur la table. Et en 2008 on a eu notre médaille au JO, mais aujourd'hui on n'a pas de soucis. On continue de se souhaiter l'anniversaire de notre médaille, on se parle.
Mais on était trop souvent ensemble, et le personnel a affecté le bateau. La fédération ne savait plus quoi faire, dilemme pour eux, le bateau qui pouvait gagner mais qui ne s’entendait plus. Ils nous ont alerté, précisant que c'était à nous de nous entendre pour trouver la solution. Chose qu'on a fait. Après je pense que depuis 2005 j'ai été actrice de toute cette progression.
Quand je suis arrivée en 2001, la politique de l'équipe de France c'était de faire du K4. Les françaises ne savent pas faire de mono, de chronos, ne savent pas faire du K2. Il fallait faire du K4.
Et moi en 2002, stage de rentrée, on est huit françaises, convocation avec l'entraîneur. Sur du 500m on faisait du 1'57-58. Les K4 on avait du mal à aller en finale, et je terminais neuvième. Ça m'avait perturbé.
J'ai dit stop, je fais mon sport comme je le veux, je veux faire du K1. Mon entraîneur de club m'a dit ok. Mon entraîneur de fédération m'a dit « Marie tu te plantes, tu n'y arriveras pas. On va t'aider, mais si tu ne veux pas faire d'équipage tu n'y iras pas. Tu feras que du mono, mais tu as intérêt à performer, si les résultats ne sont pas là tu rentres chez toi ». j'ai dit ok.
Ça a été dur. Je suis arrivée en coupe du monde, je ne me laisse pas faire. Je ne suis pas en finale, mais j'ai fait une belle demi-finale. Mes chronos descendent. Au mois de juin, on me dit qu'on ne peut pas me prendre en championnat d'Europe senior en équipe parce qu'en K1 tu seras à la traîne.
Par contre on peut te mettre en équipe de moins de 23 ans. Et on va tenter en mono. Et si je faisais une médaille en moins de 23 ans, je partais en championnat du monde avec l'équipe.
J'ai dis ok. Quand tu es en équipe de France, et qu'on te dit que ton niveau n'est pas bon, et que tu fais partie des meilleures française... tu pleures, ça fait drôle.
Je ne me suis pas laissée faire : j'ai fait les championnats d'Europe, j'ai fait une médaille, j'ai fait 1'52. Et on m'a fait partir aux championnats du monde, et j'ai fait le meilleur résultat des filles, douzième en K1.
Du coup ça a un peu remis en question le système de sélection en K1 K2 K4. J'ai augmentais mon niveau de K1, ça faisait longtemps qu'une française n'avait pas autant performé. Du coup ils ont bien voulu faire progresser les filles individuellement et Anne-Laure a bossé en K1, elle a très vite progressée, après elle était dans l'année de son Bac et les études ont fait qu'elle ne pouvait pas s'entraîner comme elle le voulait en 2002.
Elle est revenue dans les trois premières en 2003, et on a fait une coupe du monde à deux, le K2 titulaire faisait le 500m, et nous deux le 1000m. Et on est allée en finale. On a du faire cinq ou sixième.
Mais on avait performer dans le sens où on avait atteint le 500m sur notre course de 1000m avec un meilleur chrono que les filles du K2 titulaire. Et là la fédération avait trouver son K2, on est devenue titulaire du K2 avec Anne-Laure.
On est parti sur le principe qu'il fallait être forte en K1 pour avoir un meilleur K2. Du coup on a continué comme ça jusqu'en 2008. et j'ai encore tout en mémoire de mes JO de 2008.
Je me souviens de toutes mes pensées. Je me rappelais tout ce que je devais faire pour être la meilleure de la pagaie au gainage. Je ne me souviens même pas de mes adversaires. J'étais concentrée.
Cette troisième place c'est une consécration, c'est la reconnaissance. La notre a été historique chez les féminines.
Par exemple Mathieu Goubel, un garçon que j'adore, on a commencé en même temps. Lui a eu la quatrième place. La quatrième place c'est différent.
Être médaillé aux JO c'est différent que d'être quatrième.
Les Secrets du Kayak : Avais-tu des problèmes techniques en kayak ?
Marie Delattre : Notre physique fait qu'il y a des choses pour lesquelles on est fort et d'autres pas.
Pour performer aux JO il faut continuer de progresser dans ses points forts, mais surtout travailler ses points faibles.
Moi j'ai besoin de m'entraîner sur mes départs. Ça me demandait beaucoup de concentration. Anne-Laure, une sprinteuse, elle ne pensait pas aux mêmes choses que moi. Moi je suis plus endurante que sprinteuse.
Les Secrets du Kayak : Après les Jeux de 2008 tu as eu un enfant, est-ce qu'à ce moment là tu avais en tête d'arrêter ta carrière en kayak ?
Marie Delattre : Je voulais reprendre après et je le voulais avant d'avoir un enfant. Les gens me prenaient pour une folle, on m'a tout dit.
Je voulais aller en 2012 mais mes objectifs ont changés.
Moi j'avais eu le Graal avec ma médaille, ma carrière pouvait s'arrêter ce n'était pas grave. Quand j'ai repris, j'ai posé mes objectifs pour aller aux JO. Comment me motiver, parce qu’honnêtement, ma reprise ça été les huit mois de l'enfer, je n'ai jamais autant souffert de ma vie.
Les entraînements c'était une horreur, ça faisait mal partout, tu n'avances pas. Tu as l'habitude en monoplace de faire du 12 km/h et là c'est à peine si tu fait du 5-6 km/h, tu as beau y mettre de l'énergie, tu ne tiens plus tes abdos, les bras c'est la catastrophe... j'ai repris avec les minimes.
Donc je me suis fixé des objectifs atteignables pour ne pas craquer, et en un an je suis revenue presque à mon niveau d'avant. Je voulais que mon enfant voit ce que faisait maman avant qu'il arrive. C'était mon objectif phare.
Et quand j'ai recommencé c'était pour faire du K4. Mais il n'y avait pas de filles, donc j'ai dit c'est pas grave elle vont arriver. Et on a construit un équipage.
On a fait les championnats du monde et on a fait une finale. Le temps que je re-progresse, je suis revenue au niveau des senior vers septembre, j'ai fait les sélections en mono et les résultats étaient là.
Du coup ça a branché les filles de faire un K4. Il y avait six filles du même niveau, donc ce n'était pas toujours les mêmes. Et c'est la période où Sarah Guyot est arrivée.
J'avais fait du K2 avec elle. Elle a progressé très très vite. La fédération voyait là la possibilité de gagner une médaille en K2.
Les Secrets du Kayak : A ce moment quand tu reprends, tu dis que tu t'entraînes avec les autres. Tu es retournée au pôle de Vaires ?
Marie Delattre : Non je suis restée à mon club. Je ne suis allée qu'une année à Vaires.
On se voyait que pendant les stages. Mais après les JO il n'y en a pas, c'est deux ans avant les jeux que ça reprend, parce que ça demande des moyens.
Il n'y en avait pas beaucoup et moi j'avais dit que je ne voulais pas faire les stages de l'équipe de France, que je reviendrais au niveau mais à mon rythme. J'étais assez surveillé au niveau des résultats, alors qu'ils traînent à venir. J'ai mis un an à quasiment retrouver mon niveau.
Après mon objectif, c'était de faire progresser les filles et montrer à mon garçon ce que maman sait faire, je n'étais pas dans une optique de gagner une médaille. L'approche était différente.
On m'alignait sur du K1 200m et je faisais le job.
Et le K4 était top. On discutait beaucoup avec les filles. J'étais la maman du bateau, leur transmettre mon savoir.
De plus au K4 la sélection se fait un an avant les JO aux championnats du monde, ils prennent les dix premières, et dans ce lot il fallait trois continents.
Les chronos continuent de descendre en mono et en K4, et les autres filles n'avaient pas du tout compris que le bateau était sélectionné à la fin de la demie-finale. Moi je hurlais de joie, et elles n'osaient pas me croire.
On pouvait s'entraîner cool pendant un an. Et donc pour Londres on ne visait pas une médaille mais plutôt la cinquième place. On était quatre filles de niveau différent. Je savais qu'on ne gagnerait pas mais qu'on pouvait faire un bon chrono.
On voulait prouver qu'on avait notre place. Donc je suis contente de mes trois Jeux.
Les Secrets du Kayak : Après ces Jeux là, tu as fait un autre enfant, est-ce que tu t'es dis que tu allais revenir après ?
Marie Delattre : En fait 2012 a été dur. De janvier jusqu'aux Jeux ça été dur, mon garçon avait trois ans ce n'était plus un bébé, il demandait maman mais moi j'étais en Australie trois mois en stage, puis au Maroc.
En plus j'étais enceinte en 2012, je voulais ce deuxième bébé. Malheureusement je l'ai perdu après les Jeux, en fait il a fait une infection virale. Je suis tombée malade après les Jeux, c'est passé dans le placenta.
Cette expérience nous a fait prendre conscience qu'on voulait vraiment fonder une famille. Je suis très vite retombée enceinte derrière, j'ai eu Adam. Et on a voulu laisser la nature faire et huit mois après j'attendais mes jumelles.
Et là je me suis dis que c'était tout, que ma vie c'était d'être maman. J'ai eu de la chance d'avoir pu faire autant de kayak et j'ai annoncé la fin de ma carrière quelque mois après la naissance de mes filles.
J'ai arrêté ma carrière, mais je n'ai pas arrêté de faire du sport. Certes j'ai mis le bateau de côté pour avoir mes enfants, inconsciemment j'avais peur de perdre d'autres bébés. Après Adam j'ai repris le bateau, et j'avais fait les championnats de France.
Je m'entraînais trois quatre fois par semaine, de la musculation etc. Et quand j'ai su que j'attendais des jumelles, le gynécologue m'a invité à me calmer. C'était quand même une grossesse à risque.
Donc je me suis concentrée sur ma grossesse, j'ai respectée mes engagements pour les championnats, et j'ai stoppé le bateau. J'ai eu mes filles et maintenant c'est que du loisir.
Je prépare les championnats de France et les qualifications pour dire de ne pas avoir trop mal en course.
Les Secrets du Kayak : Et à côté de ça tu fais d'autres activités ?
Marie Delattre : Pas du tout. Des activités de loisirs avec mes enfants. Quatre enfants c'est du sport. Et avec mon mari, le but c'est que nos enfants sachent courir, nager, faire du vélo.
Je ne leur demande pas d'aimer le sport, mais de savoir en faire un minimum pour qu'on puisse se balader sans problème.
Qu'ils puissent aller au bord du bassin sans appréhender le danger. Et puis même pour l'école, nous on trouve que c'est un minimum.
Les Secrets du Kayak : Tu parlais d'avoir fait trois mois de stage en Australie, est-ce que tu as pu observer des pratiques différentes ?
Marie Delattre : Non, c'était pareil. On a tous les mêmes façons de s'entraîner.
Les contenus peuvent changer. La séance d'EB1 ça reste 1h30 sur l'eau. La séance dans le fond peut changer, on s'adapte on essaie des choses, voir si ça va.
Mais mon meilleur stage ça reste celui avec la canadienne. C'est une chose dont je me souviendrai toute ma vie.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que la préparation mentale se pratiquait déjà à ton époque ?
Marie Delattre : Oui, j'en faisais beaucoup. Je disais à mon entraîneur Olivier Bayle que je voulais être en équipe de France. Il m'a suivi certes au niveau des entraînements mais la contre partie c'était d'aller consulter Maryse Lebas, une sophrologue.
Je ne savais pas ce qu'était la sophrologie. Pour te dire je me souviens de ma première séance, avec une page blanche sur laquelle elle m'a demandé de préciser tout ce qui était nécessaire de mettre en place pour atteindre mon objectif qu'est la performance : l'entraînement, l'alimentation, l'hygiène de vie, le mental, le médical...
C'est là où je me suis rendue compte que beaucoup de paramètres entraient en jeu.
Et j'ai vu qu'il me manquait une préparatrice mentale, pour préparer mes courses, avoir confiance en moi, limiter mon stress. Et ça m'a beaucoup apporté.
Mais ces gens là, il faut trouver les bons et ne pas les lâcher. Parce que c'est dur de faire confiance aux gens, même les entraîneurs. On accroche qu'avec trois ou quatre sur vingt.
Et cette personne m'a suivi même après ma carrière, même pendant les moments douloureux, l’arrêt, ma reconversion, le travail.
Parce que parallèlement à ma carrière, je travaillais. J'ai eu la chance après ma Licence passée à distance de rencontrer le président de la communauté urbaine d'Arras, qui voulait m'aider.
Mon entraîneur lui a expliqué que la seule chose qui manquait à mon épanouissement c'était un travail. Et il m'a proposé un poste à la CUA. C'était un contrat CIP qui était du détachement de travail pour me permettre de m'entraîner.
Donc j'avais une garantie d'emploi, un CDI, après avoir fait un stage et avoir été titularisée. J'étais contente d'avoir un petit salaire à la fin du mois, pour ma vie à côté. Ça me faisait une garantie pour acheter une voiture, puis une maison. Ça m'a fait vivre.
Et après ma carrière, je suis passée à temps plein même pendant mes grossesses. À partir du moment où je lâchais l'entraînement, je travaillais à temps plein.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que sans ce travail tu aurais pu vivre normalement ? Est-ce que tu as eu des sponsors ?
Marie Delattre : Je n'ai pas eu de sponsors financiers. Le kayak c'était ma passion, mon club m'aidait beaucoup, en fonction des moyens qu'il avait.
J'avais un contrat d'image avec la communauté urbaine d'Arras, la ville m'aidait, la région, le département aussi.
On a créé des collectifs aussi. Donc tout ce cumul faisait que je m'en sortais bien à l'année. Ça me convenait. Je ne voulais pas de partenaire financier. C'est mon club qui gérait, j'envoyais les gens vers mon club. Ils devenaient partenaires de mon club.
J'ai eu des soutiens pour du matériel, par exemple Nelo, tous les ans ils me changeaient mon bateau. A la fin ils me l'offraient. Pareil pour la pagaie, j'en achetais une on m'en offrait deux.
Après c'était pour les vêtements avec Craft. Et je me débrouillais pour qu'on ait les mêmes lunettes, les mêmes vêtements pour les Jeux, c'est quand même une vitrine.
Aussi j'aimais bien certaines barres de céréales, je les ai démarché, ils ont dit ok, ils m'ont envoyé tous leurs produits.
Les Secrets du Kayak : J'ai une question personnelle, comment ton conjoint vivait ta carrière sportive ?
Marie Delattre : En fait moi, j'ai eu Olivier en tant qu'entraîneur. Je l'ai rencontré j'avais 15 ans, il en avait vingt, il entraînait des athlètes au club.
En passant senior, à faire des stages, mon entraîneur a passé le rôle à mon mari, donc il a pris le relais, ce n'était pas simple, mais au moins je pouvais m'autoriser à partir en vacances.
Mon mari organisait tout ça autour d'un plan d'eau, donc on partait mais mon entraîneur savait que je m'entraînais, parce que mon mari venait au rapport. Il me suivait, il a fait tous les championnats du monde, je lui payais au début son voyage.
Et ensuite il a intégré le comité olympique canoë dames, donc le CIO a créé une équipe de stage, et c'était mon mari qui nous encadrait. Il était avec les canoë dame, et du coup il était accrédité, et c'était plus avantageux.
Il a toujours été à côté de moi et m'a toujours soutenu.
Aujourd'hui il est toujours entraîneur, il accompagne toujours les athlètes de haut niveau. Il est vice président du club. C'est pas simple non plus avec la vie de famille, mais il encadre une fois par semaine au club.
Les athlètes ont une extrême confiance en lui. Si un athlète l'appelle, il y va.