Interview : Quentin Urban
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Quentin Urban en juin 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Quentin Urban : Ça va super bien merci. Il fait super beau, chaud avec un grand ciel bleu.
Mais comme nous sommes un dimanche après-midi, et qu'il y a la finale de Roland-Garros, tu ne me prives de rien. J'ai d'ailleurs le match sur le second écran afin d'y jeter un œil.
Les Secrets du Kayak : Quel est ton premier souvenir en kayak ?
Quentin Urban : Au club de Vernon, dans un jumper sur l'île proche du club.
Sur la porte de la maison est accrochée une photo avec mon père de 1997. Ça me rappelle d'où je viens.
C'est une photo que j'ai posté sur Instagram il n'y a pas trop longtemps. Et c'est mon père qui m'a mis au kayak, il s'y était mis un an avant moi.
Sinon je touchais tous les sports lorsque j'étais petit. Il paraît que j'avais peur de l'eau, moi je ne m'en souviens pas.
De suite ça m'a plu. Et c'était un bon club, avec une bonne émulation, un bon groupe de copains.
Mon père s'y retrouvait aussi avec un bon groupe de compétition. J'y suis resté 20 ans.
Les Secrets du Kayak : Ton père a fait quel type de compétitions en kayak ?
Quentin Urban : Nous étions un club de course en ligne, donc il a fait les compétitions championnat de France de fond, de vitesse, et de marathon.
C'est un club de compétiteur, on était en première division en national, il a même été président du club.
La culture du club c'est l'équipage. Ils étaient un bon groupe de vétéran et même en K1.
Il aimait monter dans les bateaux long, le samedi après-midi.
Il naviguait avec des gens de différents niveau, ça a pris et moi j'ai suivi.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as fait un peu d'eau-vive ou pas du tout ?
Quentin Urban : En Normandie, tu ne peux pas vraiment appeler ça de l'eau-vive, je me suis limité à de la classe 2, mais surtout de la classe 3.
Je n'ai jamais été faire des stages de haute rivière, je ne suis pas trop à l'aise.
Pourtant j'ai déjà descendu à Bourg-Saint-Maurice, mais ce n'est pas mon délire.
Les Secrets du Kayak : A tes débuts tu faisais deux séances par semaine, comme tout le monde ?
Quentin Urban : Au tout début oui, c'est la classique des débutants.
Puis en minime et cadet il y a un petit groupe de compétition, donc il y avait d'avantage de séances, par exemple le vendredi soir.
Après il fallait aussi que les parents soient d'accord. Au début, on n'habitait pas Vernon.
Ensuite j'ai pu y aller en vélo, je faisais le plan d'entraînement, c'est un peu comme un engagement.
J'ai vite était dans les premiers de ma catégorie. Il y avait un bon soutien au club, on s'est suivi jusqu'à ce que mon entraîneur soit directeur de l'équipe de France et sélectionneur de l'équipe de France marathon alors que j'étais son athlète.
Il m'a aidé à franchir les étapes.
Moi j'avais un bon feeling avec le kayak, et il y a un accompagnement en plus du talent à Vernon.
Les Secrets du Kayak : A quel moment es tu entré en équipe de France ?
Quentin Urban : En 2004 j'étais cadet, et on était deux à être classé.
On était une super équipe. On a fait sixième en K4 500 m et c'est la moins bonne place de l'équipe.
Quand je rentre en équipe de France c'est inouï, on est jeune. J'ai été sélectionné en équipe de France à Boulogne-sur-mer, dans des conditions assez affreuses, je fais un super 1000m avec Joseph Lambert, sur le 500 m je ne passe pas en finale.
Et Hervé Duhamel, mon entraîneur du pôle espoir, me motive bien sur une sélection. C'était l’opportunité de voir ce qu'était les compétitions internationales, avec des gens que je côtoyais au quotidien.
Tu réalises après coup tout ça. Pas sur le moment. Ce que j'attendais le plus c'était ma première dotation équipe de France.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as suivi une scolarité particulière, ou ta scolarité a été normale ?
Quentin Urban : Je suis au pôle espoir à Caen, donc il y a des aménagements pour s'entraîner deux fois par jour. J'étais en junior de 2004 à 2006.
Au début le marathon était une discipline de l'ombre. Et moi je bossais surtout le sprint au départ, j'étais dans le moule fédéral.
L'animation nationale est basée sur le programme olympique, tout évolue. Aux championnats du monde il n'y a plus de 1000m parce qu'aux Jeux il n'y a plus de 1000m.
A mon époque, tu avais les tests pour rentrer dans un pôle pour faire du sprint. Le marathon n'était pas du tout fait pour faire carrière.
Avant de faire du marathon, j'ai toujours aimé faire des longues distances, avec Étienne on gagnait facilement en K2. C'est la gestion de l'imprévu, c'est tactique et fun.
Le marathon en senior c'est 29,8 km, organisé sur des boucles dont tu fais huit grands tours, et un petit à la fin. Les tours sont séparés par un portage soit sept portages, et à la fin il reste un petit tour spectaculaire, car c'est là que la course se joue.
Donc il faut savoir sortir et rentrer dans le bateau. Tu as des portages plages, de ponton… ça dépend de la course. Le bateau ne doit jamais être à la vitesse zéro.
Les Secrets du Kayak : Qu'est-ce qui t'a fait lâcher le sprint pour le marathon ?
Quentin Urban : La raison principale était de me réapproprier mon projet : faire du bateau pour moi, pas pour du collectif.
Donner du sens à mes deux entraînements par jour. Je cherchais l'aventure.
Vivre des non-sélections alors que tu rentres dans les critères, je me suis demandé si je devais arrêter ou poursuivre. Aujourd'hui mes objectifs de l'époque sont atteints.
On est reconnu discipline de haut niveau et je remercie Xavier Fleuriot qui y est pour quelque chose.
Je suis sur les listes ministérielles, en élite. Alors oui il y a le graal olympique et moi j'ai fait mon deuil de ne pas y aller.
Le marathon est une belle discipline, avec une belle mentalité.
Les Secrets du Kayak : Aujourd'hui je vois qu'il y a des spécialistes en marathon, comment on s'entraîne en marathon, essentiellement en EB1 et EB2 ? Ou bien avec des sprint ou autre ?
Quentin Urban : Alors oui, on fait beaucoup d'EB1 et EB2. Nos courses font 30 km, mais ce n'est pas une balade.
Il faut avoir la capacité de relancer très vite, parfois avec des vitesses très élevées. Chez les seniors, on est tous issu du sprint donc quand il faut changer de rythme, on a de l'aisance.
Mais auparavant on appliquait trop la méthode course en ligne, que ce soit en technique ou en matériel.
On a réduit la pagaie, on passe tous à plus petit et ça donne une évolution, tu mets plus de tours, on fixe moins les mains. La cadence est entre 80-90 tours.
En course en ligne je faisais n'importe quoi, je suivais la méthode de l'époque.
Nous les pagaies sont petites, le bateau est plus léger, notre biplace fait le poids d'un K1 en course en ligne.
Au début la différence de poids fait bizarre, aujourd'hui ce qui me dérange le plus c'est la rigidité du bateau. Je suis plus à l'aise de prendre mon bateau de marathon et mettre 4 kg poids dedans que de reprendre mon bateau de course en ligne tout équipé.
Le bateau de course en ligne ne me renvoie pas ce que je lui donne.
En marathon la pagaie est très très souple, pour bien accélérer sans que ça tape dans les tendons des biceps.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'aujourd'hui ça t'arrive encore de faire des courses de sprint ?
Quentin Urban : Ah ben bien sur, à regarder les résultats de K2 aux opens on a failli aller aux Jeux. Je plaisante, mais on n'était pas loin.
Ça reste important de garder ce contact. Il faut être capable de sprinter les derniers 500m de la course de marathon avec une cadence très élevée.
J'ai plus de mal à revenir en monoplace. Avec le marathon on a quand même perdu en vélocité, on prend une rafale sur 200m et après on tient sur un 1000m. Sur un K4 500m, on y va les yeux fermés.
Les Secrets du Kayak : Comme c'est une discipline aérobie qui demande beaucoup d'entraînement, est-ce que toi tu fais beaucoup de préparation physique à coté du bateau ?
Quentin Urban : Oui, et avec Nicolas Parguel le manager de l'équipe de France de marathon, on veut garder le contact avec ça.
Nous on demande de la musculation, pour garder cette puissance qu'on a. L'endurance ne suffit pas.
Il faut de la vraie force, ne pas claquer des max. On a deux à trois musculation par semaine.
Je déteste la course à pieds, je préfère le vélo.
L'hiver je coupe le bateau pour du ski de fond, j'apprécie beaucoup ce sport. Une semaine à dix jours, ça fait toujours du bien. Et changer d'air ça fait du bien.
On fait toujours les tests de deux minutes de force explosive. Je n'ai clairement pas perdu.
On essaie de se maintenir niveau force. Comme on fait d'avantage de force endurance, on a une capacité qui ne se reflète pas sur les tests.
Parfois on fait des 100 répétitions voir des 200 répétitions.
On travaille très peu les jambes, c'est plutôt dans les circuits training, avec de fentes des bonds et du gainage.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ton poids est impactant sur ta performance en marathon ?
Quentin Urban : On fait attention, mais c'est tout. Là je suis affûté comme jamais, je fais un poids de 74,6kg pour 1,79m. Je me sens bien, on va voir ce que ça donne en compétition.
Et en marathon, chez les français on a quasiment tous le même gabarit.
Les sud-africains sont plus grands par exemple.
En 2019 je me suis rendu compte qu'inconsciemment les repas d'avant course je me faisais des repas végétariens. Je mange moins de viande, surtout le soir. Ça va faire sourire mon petit frère qui me le dit depuis quatre ans.
Et de toute façon tu t'alimentes tout au long de la course, c'est énergivore. Moi je prends une boisson d'effort, et j'ai un gel de secours. Mais je ne le prends pas toujours.
Maintenant je sais comment être prêt pour la course sur tous les plans. Ça ne sert à rien de surcharger en compléments.
Je prends toujours la même boisson même pendant l'entraînement. Le plus souvent je prends l'Aptonia de chez Décathlon, et pour les compétitions je garde la boisson Overstim. Tout simplement parce que je sais que ça marche.
Il n'y a qu'avec Isostar que ça n'a vraiment pas marché.
Les Secrets du Kayak : Comment êtes vous encadrés en équipe de France de marathon ? Est-ce que vous êtes encadrés comme l'équipe de sprint, avec des kinés, des stages ?
Quentin Urban : Pas du tout, on a un budget très limité. On ne peut faire qu'un seul stage par an. On a choisi de faire celui de sortie de l'hiver au Grau-du-Roi.
On ne peut même pas se projeter pour un stage terminal de préparation aux championnats du monde.
Le manager de l'équipe de France est CTN ou CTR dans les hauts-de-France, il travaille au siège aussi.
Et pour le reste c'est du bénévolat, c'est Hervé Duhamel qui a été entraîneur national au pôle espoir de Caen qui a entraîné Sébastien Jouve pendant longtemps. Il prend sur son temps personnel pour nous encadrer.
Il y a aussi Philippe Colin.
Pour le reste, j'ai mon père qui est dans le staff équipe marathon, qui aide beaucoup pour la logistique et qui décharge Nicolas. C'est notre ravitailleur avec Jérem.
C'est semi pro, pas tout à fait du bénévolat. On a la chance d'avoir choisit les gens avec qui on voulait être sur les compétitions.
Au niveau kiné, on n'a pas de budget donc on n'en a pas. On a la femme de Pascal Boucherie, Murielle, qui prend de son temps pour nous accompagner de ce côté là.
On n'a pas de médecin, pas de kiné.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça s'explique par le fait que le marathon n'est pas olympique ?
Quentin Urban : Olympique rime avec politique. C'est rigolo mais triste aussi.
Par exemple le week-end du 19 et du 20 juin, il y a une course de marathon à Vaires-sur-Marne, et il y a des kayakiste français qui ne sont même pas au courant qu'il y a une manche de coupe du monde de marathon en France.
Ça reste une fête, surtout à la veille de Paris 2024. Pour pouvoir exister il faut des titres de champions du monde, et c'est à nous d'écrire aux copains étrangers pour les faire venir.
A l'époque avec les premières transcriptions je peux comprendre, mais aujourd'hui avec les circuits, les bassins et les drones, c'est assez sinueux et attractif.
C'est amusant, il y a des rebondissements, impossible de prédire ce qu'il va se passer.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que toi du coup tu te prépares, de toi même à aller voir un kiné, un ostéopathe, faire de la préparation mentale ?
Quentin Urban : Oui, je bosse avec un ostéopathe, avec quelqu'un qui s'occupait de nous au pôle.
Je travaille aussi avec un chiropracteur.
Pour le côté mental, j'ai aussi besoin parfois de me rebooster, donc je fais appel à la préparation mentale. Ce sont des outils à la performance.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'il y a une structure pôle France qui est partagée avec les sprinters ?
Quentin Urban : Je suis inscrit au pôle France Vaires INSEP avec Jerem. On a notre bateau là-bas, on navigue sur la Marne, on profite de la structure fédérale.
On est inscrit pour profiter des installations, on n'a pas de suivi quotidien.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe à côté, tu as un travail aménagé ? Des sponsors ?
Quentin Urban : Non, je bosse à plein temps, je suis directeur général d'une boîte qui fait des vêtements « Bureau Babylone » pour la marque « Urban Cross ». Pour le mois d’août, une autre marque sort.
Ça se différencie des autres marques car ce sont des vêtements de sport qui se portent même pour tous les jours.
Et la marque « One For Us », essentiellement en coton bio, ils seront brodés avec un animal et pour chaque animal il y a une ONG qui les défend, et on leur reverse une certaine somme.
Les Secrets du Kayak : Qu'as tu fait comme étude pour en arriver là ?
Quentin Urban : Un BAC S et j'ai fait un diplôme de journalisme et communication à l'INSEP, rattaché au centre de formation professionnel des journalistes.
Ça paraît loin de ce que je fais actuellement.
Mais l'histoire avec l'entreprise, c'est qu'il devait y avoir un soutien financier pour une dotation en vêtement. Et de fil en aiguille, le PDG était dans le besoin de quelqu'un pour la communication.
J'ai postulé dès notre première rencontre physique après un an de visio suite au Covid.
Et j'en suis ressorti en tant que stagiaire communication, et deux jours après je bossais pour eux en tant que salarié. Et aujourd'hui je suis associé et directeur général.
Je bosse à temps plein, ça a été une grosse adaptation pour gérer les entraînements. Pour le moment je suis toujours dans les objectifs à atteindre, c'est un challenge.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as des sponsors qui t'aident financièrement ?
Quentin Urban : Oui et heureusement. C'est agréable d'avoir des entreprises qui respectent leurs engagements surtout en période de Covid. Je les en remercie.
ITS groupe depuis un moment, merci à eux. Ils se déplacent même sur les compétitions, et du coup il y a un échange et de l'humain.
J'ai RM sport sponsor qui me soutient aussi. Urban cross. Également la région Normandie, le département et la fédération.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as déjà eu des blessures avec la pratique du marathon ?
Quentin Urban : Non j'ai eu la chance de ne pas avoir de blessure. J'ai juste eu des entorses aux chevilles qui m'ont contraint à arrêter pendant un temps. Ça m'a perturbé. Je n'ai eu que ça.
Après j'ai appris à m'écouter, et dès que j'avais une alerte je consultais la bonne personne, ne pas attendre que ça passe tout seul parce que ça ne passe jamais !
Les Secrets du Kayak : Tu as rapidement performer en marathon, est-ce que tu te voyais champion du monde en marathon ?
Quentin Urban : J'en rêvais, mais j'ai mis longtemps pour le devenir. Je me souviens d'une discussion avec Cathy Ferry, entraîneur de judo, qui m'avait dit que seul le titre de champion du monde comptait !
Champion d'Europe c'est bien, mais à l'écouter ce n'était pas suffisant !
Ça m'a fait un électrochoc. C'est quelqu'un d'expérience.
Je me souviens de réunions avec les coachs, savoir si je pouvais atteindre mes objectifs, ils n'étaient pas négatifs, ils croyaient en mes capacités à atteindre mes objectifs.
Ça remonte à 8 ans. Et je me suis demandé comment atteindre les objectifs. Je me suis adapté, j'ai été rigoureux au quotidien. Je me suis concentré sur moi même, et j'ai arrêté de pagayer pour les autres, j'étais maître de mon projet.
Mais la sélection doit passer facilement, c'est juste une étape quand tu veux être champion du monde. Tu as des prises de conscience. Ce sont les petits détails qui font de grandes différences.
J'ai été bien accompagné pour tout ça. J'ai rencontré Francois Bieuzen qui m'a proposé de travailler ensemble, mais en me prévenant que ça allait changer de ce que je connaissais. On passait des tests VO2 sur machine.
Ça a bien marché, j'étais lancé. Il faut être honnête envers soi même et avoir confiance en soi.
Faire des courses pour faire des courses et prendre des roustes à chaque fois, ça use, ça coûte de l'argent. Il faut avoir les pieds sur terre.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu te souviens des tests que tu avais fait ?
Quentin Urban : Je me souviens surtout d'un aménagement du plan d'entraînement. Faire des séances beaucoup plus longues, et des séances d’intensité.
Ça cassait les barrières mentales.
Faire une séance VMA : 3x (10x1min / 30'' récup) sur le papier c'est un truc de fou, c'est un combat contre soi même, et pour autant j'arrive à le faire.
Et au final c'est une séance de 20 minutes, et tu pousses la machine à fond. Il y en avait d'autres type. Mais je ne me voyais jamais les faire, mais au final, je n'en ai plus peur.
Je ne me souviens pas vraiment de ma VO2 max de l'époque. La difficulté c'est que la position assise fait qu'on est écrasé et du coup on utilise moins bien notre capacité pulmonaire.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand s'est fait le projet du K2 marathon ?
Quentin Urban : En 2015, je courais le mono et en 2016 avec Stéphane on a doublé tout le monde en K2 au championnat d'Europe.
Les espagnols nous mettaient la misère. Stéphane a fait un malaise à un portage on a du abandonner.
Et on était déjà content de le faire à deux.
Au championnat du monde on a fait quatre et cinq en mono, le tout en sprint. Le projet du K2 c'était en 2018 avec Jerem. L'idée c'était d'être malin, et de préparer le bateau ensemble, on se connaissait très bien.
On voulait courir le championnat du monde ensemble mais que le K2, et Jerem à eu un accident de vélo, il a été blessé longtemps à la clavicule.
Il a fallu rapidement faire le point pour le championnat du monde, après l'abandon forcé des championnats d'Europe, et même avec le bras en écharpe il m'a encouragé pour courir le mono.
On avait la forme. C'était un regret de ne pas avoir fait le K2. Et suite à ça, on voulait se venger de tout ça. On voulait montrer qu'on pouvait gagner en K2.
On en rêvait. De 2015 à 2018 on a gagné des places, on savait qu'on pouvait gagner !
Les Secrets du Kayak : Est-ce que lorsque vous avez été champions du monde vous avez réussi à vous remobiliser rapidement ? Pour atteindre un deuxième titre ?
Quentin Urban : A chaud, non. Gagner c'est bien déjà. C'est un bon retour sur investissement.
Le soir même avec mon père et Hervé Duhamel, on s'est posé. Et on nous a posé la question de la suite à donner.
Nous on voulait continuer, aller chercher un deuxième titre. Et il y avait Philippe Colin, qui nous avait charrié en nous disant que gagner une fois c'est bien, mais une deuxième fois ça prouve qu'il n'y a pas de hasard.
On le fait pour nous avant tout. Mais j'avoue qu'avec la pandémie, on a pris deux-trois claques.
Tu coures après une carotte qui n'arrive jamais. Un coup c'est annulé, un coup c'est décalé, tu revois tes entraînements pour trouver ton pic de forme en adéquation avec l'échéance, au final c'est annulé.
Donc, il est temps que la coupe du monde arrive. C'est important pour nous de remettre un dossard, même si c'est que en mono. On se jauge entre nous.
On peut même se tirer la bourre l'hiver avec les sprinteurs et ça fait du bien. Et on a une nouvelle recrue avec nous. C'est top d'avoir un jeune avec nous, motivé, curieux, qui vient nous challenger.
La remise en question est permanente en fait, rien n'est acquis. Au final on a besoin de se challenger tout les jours.
Il n'y a pas un jour où tu penses avoir atteint tes objectifs, ou bien c'est que tu arrêtes. On peut apporter des réponses à des questions qui ouvrent des débats.
Les Secrets du Kayak : Tu expliquais avoir fait des séances de VMA l'été sur la machine à pagayer ? Est-ce que c'est quelque chose que vous faites assez souvent ?
Quentin Urban : L'année dernière on l'a fait. C'est bien parce que les séances sur machine pour moi qui suit un glisseur c'est un bon rappel de musculation et de développement de puissance dans le geste du kayakiste.
On y va en traînant les pieds, mais c'est intéressant. La gestuelle est différente, mais il faut s'adapter.
De toute façon mon geste a changé entre ma carrière de ligneux et de marathonien.
Il faut garder tout le temps la même machine, pour te challenger sur les watts. Alors le but est de faire mieux à chaque fois. La machine est un combat contre soi même.
Et lorsqu'on faisait des VMA on devait aller chercher entre 200 et 250 watts, mais ça fait deux ou trois ans qu'on n'en a pas fait.
Sauf pendant le confinement, dans ma cave. L'idée était de garder le contact avec l'activité physique, j'ai plutôt fait de l'aérobie, de l'EB2. Je tournais les bras soit devant un film pour être tranquille, ou de la musique pour taper un peu plus.
On a aussi accès à une machine, avec un socle un peu plus instable mais on ne l'utilise pas.
Mais de toute façon la machine ce n'est pas trop mon truc, si je peux je vais sur l'eau.
Vous pouvez retrouver Quentin Urban sur son compte Instagram.