Interview : Audric Foucaud
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Audric Foucaud en juin 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Audric Foucaud : Ça va très très bien merci, et toi ?
Les Secrets du Kayak : Oui ça va j'ai une meilleure météo que toi au Temple a priori. Pour ceux qui ne te connaissent pas dans le monde du kayak, pourrais-tu te présenter ?
Audric Foucaud : J'ai 26 ans et je suis préparateur physique au sein de la Fédération Française de Canoë-Kayak.
Je suis en contrat depuis janvier 2021, et ça fait deux ans que j'interviens pour la course en ligne et auprès de Martin qui vient du canoë-slalom.
Les Secrets du Kayak : En te suivant j'ai pu voir que tu avais fait de nombreux sports. Tu as commencé par lequel ?
Audric Foucaud : J'ai grandi dans une famille très sportive, sport de fond course à pied et vélo. Moi j'ai commencé vers 5-6 ans par la natation, j'en ai fait pendant 10 ans.
Vers 10-12 ans j'ai commencé le judo, pour une période de dix ans aussi. J'ai passé ma ceinture noire première dan. Et dans le cadre de mon STAPS j'ai validé ma carte d'entraîneur de judo.
Vers 15-16 ans, quand c'était le moment de faire de la préparation physique, j'étais plus intéressé par la partie musculation que cardio. C'est plus devenu une fin qu'un moyen, j'ai lâché les compétitions de judo.
Je n'était pas amoureux du judo, j'ai fait mes études : bac S, STAPS, MASTER, puis Doctorat.
J'ai donc basculé sur la musculation de base pure et dure, dans un but esthétique. Se développer physiquement comme certains acteurs connus, mais j'ai quand même été lucide pour me rapprocher de professionnel pour m'encadrer.
A 15-16 ans j'avais tout à apprendre, que ce soit pour les mouvements ou pour construire une séance. Et petit à petit, j'ai été intéressé par ce côté architecture de la performance et de la construction. J'ai souvent débattu avec les entraîneurs pour y arriver.
Puis via mes différents sports et ceux de mes amis, je me suis rapproché de l'aspect performance plutôt que sur l'aspect physique et esthétique.
A 15-16 ans on se laisse vite submerger par le rêve que c'est facile, mais si on se penche sur ce côté performance on obtient la satisfaction d'avoir fait une performance et de désacraliser des étapes, et an fur et à mesure devenir assez fort.
Le développement physique va de paire. Un physique qui ne développe pas de performance ressemblera rarement à quelque chose de fonctionnel et inversement.
Donc vers mes 15-16 ans j'étais déjà intéressé par la préparation physique.
Mon seul but après le bac c'était STAPS. Souvent c'est une voix prise par défaut, mais il y a aussi des passionnés qui la prennent.
Ce cursus m'a plu et déplu. Il y avait beaucoup de matières scientifiques qui m’intéressaient, biomécanique, physiologie, etc. on se rend compte que le corps humain est une horloge très précise et très performante. On devient autant scientifique que praticien.
Pour être cohérent et correct dans ce qu'on propose, il faudra avoir un bagage scientifique de connaissances cohérentes, sinon on est un charlatan et on fait de l'empirisme.
Et il faut ne pas se cacher derrière les connaissances et les références scientifiques pour justifier son inactivité ou son manque de pratique. Il faut avoir touché quelques barres et un peu de sport pour savoir comment bat un cœur.
Pour moi c'est tout ça qui a participé à la construction de ma personnalité : le sport et les études. Pas question de rater le sport à cause des examens, mais pas question non plus de prendre le sport comme excuse pour ne pas continuer les études.
On va dire que vers 18-19 ans je me suis tourné vers la partie force, c'était plus sympa, et j'étais plus fort pour ça que d'avoir un développement physique exceptionnel.
J'avais de bonne aptitudes nerveuses, et au niveau biomécanique et musculaire j'étais très bon sur des muscles de la chaîne postérieure : ischios, fessiers, lombaires.
Pour des mouvements de base, ils sont très importants. Ce sont des muscles invisibles qui permettent d'avoir une grosse architecture et d'être solide sous la barre.
J'ai concouru en GPC, j'étais donc spécialisé sur le soulevé de terre en niveau national et Europe, en junior. Et j'étais moins bon sur le couché, je préférais être très très bon sur le soulevé de terre en force athlétique.
Plus récemment depuis un an deux ans, je me suis mis pour plusieurs raisons aux sports fonciers : course à pied, vélo route et le triathlon par la force des choses étant nageur.
Sans aucune prétention ni résultat, avec un grand plaisir de découvrir ces activités et de m'y jeter à fond dedans.
Les Secrets du Kayak : Tu disais qu'à tes débuts, tu as rapidement pris un entraîneur. Est-ce que quand tu es passé en STAPS et que tu as commencé à t’intéresser à la théorie, est-ce que tu as continué à avoir un entraîneur attitré notamment pour la force ? C'est assez compliqué d'être objectif avec soi-même et de s'entraîner.
Audric Foucaud : J'ai toujours été suivi, on n'est jamais objectif c'est vrai.
Ton entraîneur te donne souvent des choses à faire que tu n'as pas envie de faire. Mais il faut faire ces séances car elles sont bonnes et bénéfiques.
Alors quand je suis entré en STAPS je n'estimais pas avoir la science infuse. Et je n'avais pas la capacité de faire mes entraînements de façon exceptionnelle, mais je pouvais me construire quelque chose de pas trop mal.
J'étais suivi et tu le vois dans le kayak, il y a des personnes qui adorent se reposer sur l'entraîneur, ne pas penser à la séance, juste la faire.
Et moi c'est tout l'inverse, j'étais trop dans la réflexion de la construction de la planification, de l'entraînement, de la séance avec la personne que j'avais en face de moi. C'était une construction commune orientée. Je m'inspirais des remarques qu'on me soulevait.
Les Secrets du Kayak : J'ai vu que tu avais fait un stage au Gold’s Gym, ça me parle beaucoup pour l'avoir fait aussi, mais c'était récemment ?
Audric Foucaud : Oui il y a trois ans. Les USA c'est un endroit où je suis allé à plusieurs reprises, et c'est un endroit mythique des gens qui aiment la musculation.
C'était sur la fin de mes années force athlétique à fond. Donc j'ai profité de congés pour sanctuariser la séance.
Quand tu te balades sur les chaînes Youtube…, tu vois que c'est là-bas où tu peux faire des rencontres sympathiques et vivre l'instant, pas le vivre via Youtube.
Là-bas c'est magique. C'est la même fonte qu'ailleurs mais ce n'est pas pareil. Comme il fallait avoir la majorité pour faire une séance là-bas, soit 21 ans, il me fallait y retourner.
C'est un coin pour les passionnés de musculation, c'est le Disneyland de la musculation. Ce n'est pas fait pour tout le monde.
Les Secrets du Kayak : Qu'est-ce qui a fait que tu as lâché la musculation au fil des années ?
Audric Foucaud : Bonne question. Je dirais d'abord que quand on est mono-activité pour moi c'est une seule qualité physique parmi les cinq grandes : force, endurance, vitesse, agilité, souplesse.
D'autres diront « il a oublié l'explosivité, l'endurance de force, la puissance » tout ça se sont des sous produits de ces qualités physiques.
Donc quand tu es mono-activité et que tu y as passé du temps, tu sens que tu a fortement exploité ton potentiel et à un moment tu te demandes « qu'est-ce que ça m'apporte ? » « est-ce que je ne tourne pas en rond ».
Surtout dans un sport autant mis à l'écart en France. Dans la rue, tout le monde va te parler de leur préparation d'un dix kilomètres de course à pieds ou d'un marathon , peu vont te te parler de leur préparation pour un championnat de soulevé de terre. Ça été mon premier raisonnement.
Le second ça été l'impact santé, au niveau ostéoarticulaire et ligamentaire. Je n'ai jamais eu de grosses blessures mais j'avais testé des programmes russes à bouriner sur un seul mouvement.
J'ai quand même de longs fémurs donc des zones de cisaillement, et lors de préparations lourdes en mouvement traditionnel ça reste lourd 250 kg.
Est-ce que j'allais vraiment faire ça pendant dix-vingt ans ?
J'étais entouré par des sportifs de tous horizons. Malgré mon gabarit, j'adore le vélo. Je me suis toujours dit : c'est dommage c'est un sport que je ne ferai jamais...
Ça fait perdre ton muscle mais tu vois du paysage, et ce sont des efforts assez intenses. Mais après quelques sorties vélo, tu ne te transformes pas en Armstrong ou Pantani. Ça te fait une super activité cardiaque, comme la course à pieds…
Donc je me suis dit que je pouvais toujours faire de la musculation à côté, quatre fois par semaine si j'ai envie en ayant toujours une planification dans un coin de la tête, mais je relâche la pression et je fais quelque chose de plus diversifié.
Le kayakiste incarne fortement l'athlète. C'est quelqu'un qui sait pousser des charges lourdes, courir vite et longtemps, multi-activités. Quand ils sont en semaine de récupération, il te font des trails et ultra-trails, ils touchent à tout.
Les Secrets du Kayak : L'idée c'est que parfois en musculation tu te bats, tu t'entraînes pour ne pas faire la même perf alors que tu es à fond, un an d'effort pour 5kg sur un squat... est-ce que ça vaut le coup ? Et comme tu l'as dit ça limite beaucoup, dans les sport d’endurance il y a d'avantage de marge de progrès. Et si tu ne fais que de la musculation et pas d'effort cardio, à un moment tu as le look d'un athlète sans en avoir les capacités, parce qu'effectivement tu peux te développer différemment.
Audric Foucaud : Il faut avoir de l'humilité et il faut savoir se remettre en question. Avec le recul, parfois certaines choses que j'ai faites, c'était ridicule.
J'étais jeune donc ça passe, mais certainement que dans quelques années les choses que je fais aujourd'hui me paraîtront ridicules, mais c'est comme ça qu'on grandit et qu'on mûrit.
Et être quelqu'un de sain, c'est savoir se remettre en question lorsque les choses dérivent. A cette époque là j'étais le dieu de la salle. Je me disais que je devais pousser jusque 300 kg !
Le youtube-game et le fitgame battaient plein pot. Il y avait un entrain et une émulation pour cette barre symbolique chez les plus forts.
Mais les deux fois où j'ai fait ma barre à 250 kg, j'ai senti une sensation assez incroyable que c'est moi qui m'enfonçait dans le sol et non pas que je soulevais la barre, et j'ai saigné du nez.
J'étais fier, j'avais versé le premier sang. Et à froid je me suis dit que j'étais complètement con. Ce n'était pas santé que de saigner du nez pour soulever une charge.
Aujourd'hui je suis plus accès cardio et je suis toujours aussi énorme, pourquoi ? Parce que je n'ai pas adapté un comportement alimentaire totalement lié au sport d'endurance : je mange en sur-quantité.
Je garde toujours des séances de musculation. Et quand tu as passé plusieurs années à peser plus de 100kg, tu ne pèses pas 70 kg du jour au lendemain. Mais ça ne me dérangerait pas de faire 90-85 kg dans les années à venir.
Je prends les choses tranquillement sans pression, et mes objectifs futurs d'Ironman ou autre c'est pour mon épanouissement personnel.
Le très bon athlète n'a pas besoin de se montrer, mais les mecs exceptionnels ils sont cool, ils ne vont pas te faire sentir que tu pues la merde, ils vont te tirer vers le haut.
Il y a un partage, un échange. Ils te font passer un bon moment.
Les Secrets du Kayak : Au final quel est ton parcours STAPS ? Tu es en thèse sur l’hypoxie? Qu'est-ce qui t'amène à être préparateur physique ?
Audric Foucaud : Bac Scientifique SVT, Licence 1 STAPS tronc commun, L2-L3 spécialité entraînement sportif. Elle permet d'avoir une carte professionnelle de préparateur physique et d'être entraîneur dans sa discipline.
Moi je me suis compliqué la tâche, j'ai remis le kimono pendant deux ans sans faire de compétitions, et j'ai fait une double licence en me coltinant deux stages de front : au judo et en force athlétique et haltérophilie.
J'ai eu ma licence, ma carte pro et ma carte d'entraîneur sportif pour ces deux disciplines. Dans la foulée, j'ai fait le MASTER EOPS expertise optimisation de la performance physique et sportive. Il était assez intéressant et complet.
A la fin de la L3 je travaillais déjà en tant que préparateur physique. En M1 c'est la première année classique, et ma M2 accès recherches. Là où j'avais fait mon stage il y avait une cabine hypoxique, qui reproduit les effets de l'hypoxie.
L'hypoxie c'est le manque d'oxygène c'est ce qu'on retrouve en montagne. En réalité c'est plus la difficulté d'assimilation du dioxygène par le corps humain. En fonction si c'est de l'hypobare ou normobare. Si c'est de la réelle ou simulée.
Ce sont des méthodes d'entraînement qui m’intéressaient vraiment pour tous types d'athlètes. J'ai donc fait mon mémoire de master sur ce sujet.
J'ai été recruté en CDI dans le centre dans lequel j'étais, et j'ai fait ma candidature pour être recruté en thèse. On ne valide pas des années de thèse de la même façon qu'on valide des années de Licence ou de Master.
Tu passes un suivi scientifique chaque année. Et le covid n'a pas permis de mettre en place une liste de patients conformément au protocole. Du coup j'ai démissionné de mon poste et la thèse est en suspend.
La question se pose quant à la continuité, je ne me mets pas de pression. C'est un plus, ce n'est pas ce qui me fait vivre.
Je continue toujours de me former, je viens de valider un DU nutrition. Il ne te fait pas devenir nutritionniste, mais il te donne des bases.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que quand tu souhaitais devenir préparateur physique, tu souhaitais préparer certains athlètes dans certains sports ?
Audric Foucaud : J'étais touche à tout que ce soit pour le perso ou pour l'entraînement.
Je ne viens pas de Toulouse mais de Castres, à une heure de Toulouse. Cette ville est un peu connue, qui a un bon club de rugby. J'étais en stage de 2013-2018 avec eux.
J'étais au centre du Toulouse football club. J'étais sur des sports de combat, boxe anglaise, pancrace, boxe-thaï.
Je ne me suis jamais arrête sur un sport en particulier, mais je savais que je ne serai pas fan d'entraîner pour de la force haltéro. Je voulais vivre d'autres choses, d'autres sports.
Le kayak m'a vite intéressé. J'ai vite analysé la tâche, pour comprendre à qui je m'adresse, à qui je parle.
Ça prend de 5 min à des années. Je suis toujours en plein dedans. Avant de me dire expert d'une discipline, il faut y passer un sacré moment.
Moi j'aime les casses-têtes, et le kayakiste doit être bon en tout. Donc sur de la préparation physique, c'est assez marrant parce qu'ils poussent 150 kg au couché et ils font un 10 km en 40 minutes, et leur sport c'est le kayak.
Tu dois être l'architecte de la performance. Il faut être bon dans la manière d'imbriquer les séances. Il faut aimer faire un puzzle. Il faut travailler à rebrousse temps, faire l'analyse de la personne ou du groupe.
Qu'est-ce qu'on va faire pour y arriver ? Mais il doit rester bon partout.
Les Secrets du Kayak : Beaucoup ont dit depuis que tu es arrivé, qu'il y avait eu une diversification des mouvements. Moi j'étais resté sur des vieux documents que j'avais retrouvé sur le net avec des séances très basiques : développé couché, tirage planche, tractions, développé épaules, un exercice de cuisse, un exercice d'abdos... Sous la forme de circuit training plus ou moins long, à faire plusieurs fois par semaine. J'avais du mal à comprendre la logique de tout ça. Dès que tu es arrivé les choses ont drastiquement changé. Tout à l'heure on évoquait Yann, que j'ai interviewé, on parlait en kayak des cycles sur l'eau de trois semaines avec une semaine de récupération active. Ou deux semaines de travail et une semaine de récupération active. Est-ce que toi tu découpes la musculation en fonction de ces cycles ?
Audric Foucaud : J'ai envie de te faire une réponse énorme tellement ça me passionne.
Le développé couché, tirage planche, tractions, moi personnellement j'adore. Les athlètes en ont eu encore hier. Tout n'est pas à jeter. On parle de champion, donc ça marche pour eux.
Ce n'est pas pour ça qu'il faut faire de la merde, basique et sans réflexion.
Il faut faire la différence entre athlète débutant et confirmé.
On est sur le groupe élite senior. Ils ont connu beaucoup de fois le même type de stimulation. Et il faut partir sur le principe que l'organisme s'adapte. Le corps humain réagit à un stress.
Le but de l'entraînement c'est de générer un stress pour déclencher une adaptation nerveuse, hormonale, musculaire. Pendant la zone de récupération derrière, réussir à générer un développement, cardiaque, musculaire ou les deux.
Ce sont des personnes qui ont connu beaucoup de fois le même type de stimuli, et je pense que ça peut être intéressant d'apporter de la diversité, pour aller chercher des axes différents.
Mais également, on parle trop peu du côté mental et psychologique. Il y en a qui veulent de la diversité, ils vont vouloir un travail par chaîne et c'est pertinent que de leur proposer des choses pertinentes.
Ça leur relance l’œil du tigre. Je ne pourrais pas rendre tout le monde fou de musculation comme je l'ai été.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'il y a aujourd'hui d'autres mouvements qui sont devenus des mouvements de base ?
Audric Foucaud : J'ai essayé d'intégrer des mouvements d'haltéro, des mouvements semi-techniques d'haltéro. Comme l'épaulé, le tirage bas ou le tirage haut d'épaulé ou les tirages d'arraché.
Ça peut être intéressant pour le kayakiste en général, parce que contrairement à un soulevé de terre qui a un vitesse d'accélération régulière, là tu vas devoir pour déplacer la charge créer une accélération progressive. Tu vas devoir générer de la vitesse dans ton mouvement.
L'autre point intéressant, c'est l'idée d'avoir conscience de son corps pour générer une transmission du mouvement. La plupart du temps en musculation tu restes sur des appuis donc tu n'as pas conscience de ton corps.
Le fait de générer la vitesse et d'avoir une transmission bas-haut passant par la zone abdominale, lombaire et toute cette zone de gainage, sert à transférer de la force dans la pagaie et dans le bateau.
Les mouvements de tirage sont intéressants mais pour reprendre le cas du squat overhead, la plupart des gens n'ont pas la souplesse nécessaire pour faire un mouvement propre. Rien que barre à vide, cet exercice me donne une indication sur la santé en terme de coordination et d'agilité de l'athlète.
Donc si les athlètes ont la conscience corporel et le schéma moteur d'accélérer en plus de pousser lourd avec la souplesse nécessaire et la capacité physique nécessaire, c'est gagner.
Autre précision, pousser 180 kg au couché ce n'est pas un obligation. Mais ce qui est sur c'est que quand tu débloques certains paliers, tu te mets des chances de ton côté et tu rajoutes une corde à ton arc pour transmettre des watts.
Le dernier point, c'est que je pars du principe qu'une chaîne est aussi forte que son maillon le plus faible. Si on parle des mollets ou des ischios, on entend que c'est pas important pour un kayakiste.
Si la personne n'a pas eu de stimuli pour cette zone et qu'elle fait un footing et qu'elle se blesse le tendon d’Achille ou se déchire les ischios, le bateau ce n'est plus possible...
Donc tout est lié. Le but c'est de faire face à un maximum de situations. Il faut être préparé à la charge d'entraînement. Il leur faudra un temps d'adaptation avec de la technique et du volume, pour réussir à tenir ce qu'on appelle la capacité d'entraînabilité.
Si la personne ne survit pas à la préparation, elle n'aura pas le bagage nécessaire pour se présenter sur la compétition.
Et pour répondre à la question des semaines, on va catégoriser deux grands moments. La priorité au bateau, et les moments où il y a la priorité sur la musculation.
Tu te doutes bien que plus on se rapproche d'une échéance plus le bateau est mis à l'honneur. Plus on sera dans une période hivernale plus on sera dans une période où la force va être importante.
Mais pour être bien sur un bateau il faut que l'athlète ait ses capacités musculaires au top. C'est une question de vases communicants.
L'année et les semaines vont suivre la courbe force-vitesse. La puissance c'est : Force x Vitesse. La puissance est importante, l'endurance de puissance est importante. Et il y a l'endurance de force.
C'est à dire l'idée de répéter une force donnée. La force que tu vas être capable de répéter et l'endurance de puissance c'est à dire la vitesse que tu vas donner à ton appuis sur un temps donné.
Une fois que tu as tout ces paramètres, il faut te mettre d'accord et faire une table ronde avec les entraîneurs référents, et accès la planification en fonction du nombre de séances de bateau et de musculation.
Il y a des moments où tu as gagné lorsque l'athlète se maintient.
Les Secrets du Kayak : Donc dans ce que tu dis il y a toujours un rappel de force, quelque soit le cycle ou la semaine, pour essayer de maintenir leur haut niveau de force ?
Audric Foucaud : Pour essayer de faire simple, il y a deux profils types.
L'athlète qui a une compétition définie et déterminée, et là oui tu peux avoir de la force max qui dérive sur de la puissance avec un petit rappel d'endurance de force en fin de semaine.
Ça va être un rappel des différentes qualités physiques.
Mais quand un athlète à une échéance lointaine ou bien qu'il est non sélectionné et qu'il veut passer un cap physiquement, là on peut mettre trois semaines, voire 2x 3 semaines de force max, avec une semaine de récupération.
Le but sera de balayer la courbe de force max en passant par différents modes de contraction. En allant du supra max au début avec de l’excentrique, puis de l'isométrie puis de la force max classique, puis du stato-dynamique. Là on va être sur des blocs très monolithiques.
Là on est plus sur un stage terminal pour le Japon, avec des gens qui sont sélectionnés pour les JO.
Les Secrets du Kayak : Qu'en est-il de l'entraînement des jambes ? Faut-il développer leur force, ou bien cela ne sert à rien de les travailler dans une optique de développement ?
Audric Foucaud : L'idée c'est qu'à un certain niveau il faut avoir un athlète complet.
Donc il lui faut des séances jambes dont le but sera la prévention de blessure, soit par rapport à sa position dans le kayak, mais aussi pour du développement indirect pour être meilleur en PPG ou en ski de fond, pour derrière avoir un développement aérobie plus important.
Avoir des jambes pour quoi faire ? De l’haltérophilie départ sol avec des rowing buste penché et des rowing Tbar pour le gainage postural, pour un développement complet.
On parle de kayakiste, mais il y a aussi des céistes qui eux ont un travail de jambes qui représente 50 % du contenu d’une séance de musculation.
Le céiste de course en ligne va transmettre énormément d’énergie par les membres inférieures.
Le côté schéma moteur, être conscient de la contraction de son muscle, une personne qui n’a jamais contracté ses muscles aura plus de mal dans le travail de coordination, du pédalage dans le bateau, plus de mal que d’avoir quelque chose de fluide et de contrôlé. Il faut savoir les utiliser.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu constates un point faible commun chez les athlètes que tu suis ? Un muscle longuement négligé par exemple que tu retrouves dans la majorité d’entre-eux ?
Audric Foucaud : La croyance populaire voudrait qu’on n'ait pas de bonnes jambes. Mais ce sont des supers athlètes, qui courent qui roulent qui fond du ski de fond.
Et même si ce ne sont pas de séances jambes construites autour de trois exercices de quadriceps, trois ischios... ils ont de bonnes jambes. Que ce soit les kayakistes ou les céistes.
Concernant les groupes musculaires je porte mon attention sur le deltoïde postérieur. Il y a beaucoup de tractions et de tirage planche. Mais il y avait peu de mouvement de type oiseau poulie basse, haltère, élévations latérales sur banc incliné.
Peu de mouvements où tu as le coude qui vient dans l’axe de l’épaule. Ils étaient sur de l’arrache-pec, ça été un combat que de modifier ce mouvement...
Il y avait peu de tirages avec les coudes ouverts. Et en terme de développement je pense que ça participe à la prévention des blessures de l’épaule et de la stabilité. Ils ont tous les épaules un peu devant sans arrière d’épaule.
Des mouvements répétés des milliers de fois avec une position d’attaque vers l’avant… sur une épaule articulée en trois dimension, ça peut leur tirer vers l’avant au bout d’un moment.
Les Secrets du Kayak : Et depuis que tu es là, tu as constaté une réduction du risque de blessure au niveau de l’épaule ?
Audric Foucaud : Ah ben là ils ont tous les pecs arrachés, des lumbagos… Non je plaisante !
Je ne vais pas prêcher pour ma paroisse en te disant que j’ai révolutionner le monde du sport français…
Non, mais par contre il n’y a pas de blessés, ils ont tous des petits bobos ; en terme de blessures c’est plus que correcte.
Je ne fais pas de tests biodex et je ne suis pas kiné, mais par contre ça n’a pas l’air de souffrir.
Et dès que j’en vois un avec un problème de l’épaule, j’essaie de comprendre d’où ça vient, pour faire un peu de renforcement spécifique. Mais parfois c’est pire ! Donc ça reste un casse-tête.
Les Secrets du Kayak : Qu’en est-ce qu’on te voit sur un kayak pour de vrai ? Puisque tu as analysé la tâche, qu’est-ce qui te manque pour être sur un bateau ?
Audric Foucaud : Je n’ai pas fini de l’analyser ! Je rigole mais si tu veux on montera tous les deux ensemble dans un kayak de course en ligne. Le test du rodéo et des cow-boy ! Il faut tenir huit secondes pour gagner la prime !
Alors je suis monté dans un C4, dans un K2, ensuite il y a eu plusieurs échecs. Celui du K1, où j’ai pris l’eau. Celui du C1, un rondin de bois, c’était même pas la peine ; c’était impressionnant.
Et le semi échec en K2 avec Sarah Guyot, où ça a tenu une trentaine de secondes et ensuite retour à l’eau.
J’ai envie d’essayer le surfski. Des trucs assez stables pour débuter et en fait je vais m’y mettre.
Mais ce n'est pas que du gainage, il y a un énorme côté oreille interne et appareil vestibulaire, tout ce qui va te permettre de maintenir ton bateau en place.
C’est comme en skate, en ski ou en snowboard, c’est le fait d’avoir passé du temps depuis jeune dans ce type d’embarcation, pour que ce soit une seconde nature.
Je voudrais juste dire en mot de la fin que rien n’est acquis, on n’est pas dans un domaine mathématiques, ni dans l’expertise comptable.
On travaille sur un côté humain, sur la compréhension de l’individu. Il faut savoir à qui on s’adresse et être souvent dans la remise en question.
Vous pouvez retrouver Audric Foucaud sur son compte Instagram.