Interview : Rémy Boullé
Retrouvez tout sur Rémy Boullé. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son incroyable parcours ? Que fait-il aujourd’hui pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Rémy Boullé en mai 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Rémy Boullé : Ça va très bien, je reviens de la coupe du monde de Szeged. La forme est au rendez-vous.
Les Secrets du Kayak : Comment ça s'est passé alors ?
Rémy Boullé : Pas trop mal, il y avait tous les concurrents de ma catégorie sauf le chinois, et l'anglais était en fin de course.
C'était une bonne répétition générale. Et comme en 2019 j'avais fait huitième, je voulais me replacer dans le top 5.
Je termine quatrième à moins d'une seconde du troisième. C'est de bon augure.
Les Secrets du Kayak : Il me semble que tu avais fait le temps que tu voulais également pour les Opens de France ?
Rémy Boullé : Les chronos n'étaient pas trop mal mais en référence à Nélia de l'équipe de France ; et Eddie qui était toujours devant moi auparavant, et depuis deux ans je suis devant lui.
Donc soit c'est eux qui régressent soit c'est moi qui progresse, mais je ne pense pas qu'ils régressent ! J'ai pas mal travaillé avec mon coach, je suis sur une bonne pente.
J'ai pratiqué le kayak à l'âge de douze ans, et j'ai arrêté à dix-sept ans en rentrant dans l'armée. Et ensuite je me suis relancé en 2016 soit six ans que je pratique.
Jeune, je faisais toutes les pratiques au club de Cloyes-sur-Loir, ils ne voulaient pas se spécialiser dans une discipline. Donc un week-end je faisais les championnats de slalom, l'autre de descente et ensuite le week-end encore d'après course en ligne.
J'avais déjà un petit faible en course en ligne et sur la vitesse.
Avant le kayak, j'ai fait 17 ans de football, j'ai arrêté à 20 ans. J'avais commencé plus tôt que les autres, j'étais plutôt explosif.
J'ai fait pas mal de course à pieds, et puis à l'armée tu en fais beaucoup. Je courrais quatre à cinq fois par semaine. Et ensuite je me suis mis au parachutisme.
J'ai toujours été super sportif, c'était une obligation dans la famille. On est quatre enfants, mon père partait souvent en mission à l'étranger avec l'armée. Ainsi ma mère avait ses samedi après-midi libre, ou ses dimanches un peu tranquille.
Mon frère fait encore du foot, ma sœur du kayak, mon autre frère a fait foot et kayak. Mais de toute façon on adorait ça.
Les Secrets du Kayak : Tu as fait du kayak pour suivre tes frères et sœur ou bien c'était à ton initiative ?
Rémy Boullé : A mon initiative mais mon frère a commencé un an avant moi, et un jour pendant la journée du sport je suis allé au club essayer, ma sœur aussi.
Quelque mois après ça on s'est inscrit avec ma sœur. Je me suis lancé, et j'ai accroché. C'était familial, un petit club où on était une dizaine de compétiteurs. Tous les mercredis après le collège je faisais un petit tour de kayak. J'étais à fond dedans.
Après comme il fallait travailler pour gagner de l'argent, j'ai arrêté.
Les Secrets du Kayak : Donc tu es parti à l'armée ?
Rémy Boullé : Oui. En sortie de collège après mon brevet, j'ai fait un CAP chez les Compagnons du Devoir, en tant que métallier-serrurier. Je ne voulais pas rester à rien faire en attendant de pouvoir rentrer à l'armée.
Et puis c'est encore plus strict qu'à l'armée. Ça m'a permis de me cadrer. Et dès mes 17ans j'ai passé mon concours pour rentrer à l'armée.
Je voulais faire parachutisme dans les commando. En fait au départ je voulais faire GIGN, mais on ne pouvait plus rentrer sans le BAC. Du coup j'ai fait commando.
Mon père l'était, j'en ai discuté avec lui, j'avais hésité à défaut d'entrer au GIGN à faire la légion étrangère. Il m'a fait comprendre que c'était un autre mode de vie. Et je voulais tout de même une vie sociale.
Donc je suis rentré dans les commando de l'air. Par la suite j'ai gravi les échelons jusque commando parachutiste de l'air.
Les Secrets du Kayak : A quoi ressemble une journée de militaire ? Tu fais beaucoup de sport ?
Rémy Boullé : Ca dépend. Aucune journée n'est pareille. Si tu n'es pas en mission, obligatoirement le matin c'est sport ! Sauf si tu as un entraînement spécifique à faire.
Donc c'est deux à trois heure le matin. Tu peux aller faire un 20 km, ou bien 10 km suivis d'une séance musculation. Rien n'est figé. Tu es autonome dans l'armée de l'air, tu pouvais aussi juste faire une matinée de foot.
Repas à 11h, on reprenait à 13h30, et l'après-midi c'était de l'instruction. Soit une séance de tir, soit d'aero-cordage. C'est à dire que tu descend d'un hélico en rappel, ou en corde de lisse, c'est là où tu glisses sur la corde.
Ça peut être de la récupération sous grappe. En fait tu es au sol et l'hélico lance une corde sur laquelle on se clampe. L'hélico nous soulève pour nous emmener à un point différent.
Autrement c'est de l'instruction dans ta spécialité, donc moi c'était la transmission donc je révisais toute l'après-midi mes transmissions, les pratiquer ou bien je formais des jeunes.
Le lendemain ça peut être la même chose ou ça peut être différent. Ou bien tu peux faire matin instruction et après-midi sport, ou une journée complète de tir. Aucune journée n'est pareille. C'est l'avantage de l'armée.
Les Secrets du Kayak : Comment ça marche quand tu t'engages avec l'armée ?
Rémy Boullé : Quand tu t'engages à l'armée, c'est particulier. Dans la loi civile, l'état ne permet pas de faire plus de deux CDD. Après tu es obligé d'avoir un CDI, mais aujourd'hui à l'armée ce sont des emplois précaires, ce sont des contrats de trois ans.
Tu peux faire ta carrière en dix contrats de trois ans. Tu n'es jamais en CDI. En moyenne les militaires du rang on est tout le temps sous contrat. Donc moi j'ai fait quatre contrats de trois à cinq ans. J'ai des collègues qui ont vingt ans de service et qui ont toujours été renouvelés ainsi.
Depuis quelques années il y a des concours en interne à passer, dans l'armée de l'air c'est la SN1. Au bout de quatre ans tu le passes. Ça te permet d'aller sur une carrière de quinze ans.
Arrivé à dix ans de carrière, tu passes un deuxième concours, la SN2 et là tu peux aller jusqu'à vingt-cinq ans de carrière. J'ai fait la SN1 en étant major de promo, et après juste avant mon accident je devais passer la SN2. Pour passer sous officier.
Et après il y a d'autres concours pour les officiers sur le même modèle. Tout ça pour faire des carrières pleines. Et du coup les personnes qui ne passent pas les concours, ou qui ne l'on pas eu, au bout de huit ans ils ne peuvent plus renouveler leur contrat.
Et là en terme de retraite tu n'as rien. Avant c'était quinze ans de service minimum pour en avoir une. Maintenant c'est passé à dix-huit ans de service.
Mais tout dépend aussi de ce que tu as fait à l'armée. Si tu es comme moi en para, les sauts donnent des points pour la retraite. Donc à dix-huit ou vingt ans de service tu peux partir avec une retraite plutôt satisfaisante.
Par contre un basé, donc quelqu'un qui ne va pas trop partir en mission, lui à dix-huit ans de service il va partir avec une retraite de 500 – 600 € par mois. Les officiers eux partent avec un peu plus forcément.
Moi j'ai eu la chance d'avoir fait des missions et des sauts de parachutes qui m'ont permis d'avoir des points pour la retraite, et j'ai une retraite une peu plus satisfaisante. J'ai été réformé, ça veut dire que j'ai été mis à la retraite.
Les Secrets du Kayak : Que t'est-il arrivé comme accident ?
Rémy Boullé : J'ai eu un accident de parachute. Je revenais d'une mission au Mali, j'avais pris une petite semaine de vacances. Mais on m'a rappelé parce qu'il me manquait des sauts ops, donc j'ai du partir pour une semaine de saut à Gap. Aucun problème, j'adore sauter en parachutisme.
Ce jour là, le premier saut du matin s'est mal passé : mon parachute ne s'est pas ouvert. Il y a des procédures qui ne sont pas passées comme il aurait fallu. J'ai impacté le sol à une très forte vitesse, à peu près 50km/h.
Le temps de faire les différentes procédures, j'étais sous mes voiles emmêlées pour une hauteur de 800m. La chute a duré presque trente secondes. On a quand même le temps de prendre conscience de ce qui va se passer.
D'autant plus que j'ai eu une très bonne amie Blandine Perroud, multi championne du monde en parachutisme et militaire aussi, qui s'est tuée un an avant presque jour pour jour sur le même style de saut à Gap.
Forcément pendant la chute j'ai pensé à elle et aux conséquences en touchant le sol. Je suis un peu un survivant parce que dans ce moment là, tu te dis que dans dix secondes c'est terminé tu es mort.
Tu n'as pas le temps de te poser des questions, tu essaies de survivre en ouvrant la voile, tu te bats. Et puis après tu essaies d'arriver le plus droit possible pour faire en sorte que ce soit des jambes qui cassent et rien d'autre. J'avais peur de faire une fracture de bassin et de faire une hémorragie interne et mourir de ça.
Les Secrets du Kayak : Et tu t'es réveillé à l'hôpital des semaines après ?
Rémy Boullé : Non même pas. Grâce aux réflexes de sauter en OA (saut retardés) comme dans les films de guerre : quand tu sautes de l'avion le parachute s'ouvre tout seul, ça c'est de l'OA : Ouverture automatique.
Avec les anciens tu impactais avec bonne vitesse de plusieurs dizaines de km/h.
Il y avait la procédure de toucher les deux pieds avec une flexion à trois quart pour te servir d'amortisseurs. Ce que j'ai fait. Je suis tomber sur de l'herbe. À dix mètres près c'était le bitume.
Mes pieds et mes jambes ont tout pris et c'est l'onde de choc qui a explosé mes vertèbres. Et comme je serrais les dents, j'ai eu aussi des dents cassées.
Mais je n'ai jamais perdu connaissance. Je vois encore mes collègues courir sur moi, l'infirmier, la voiture médicale. Mon collègue me demande si je sens mes jambes, j'ai vu qu'elles étaient pas très droites, j'ai compris de suite que j'étais paraplégique. Je ne sentais plus les jambes.
Dans mon malheur, j'ai eu la chance d'avoir de la morphine très rapidement, donc déjà au bout de vingt minutes la douleur était légèrement moins intense. Et comme on était sur une zone aéroportuaire, l'hélico est arrivé rapidement.
J'ai été transporté à l’hôpital de Gap, IRM en urgence, lésion trop importante pour eux. On repart en hélico pour l'hôpital de Grenoble. Et là opération vers 11h du matin. J'ai demandé au chirurgien de sauver mes jambes. Et quand je me suis réveillé en réanimation et que j'ai vu que je ne pouvais toujours pas bouger mes jambes, j'ai compris que c'était terminé.
Les Secrets du Kayak : Ça donne des émotions ton récit ! Et toi tu le vis comment, c'est quoi la suite ?
Rémy Boullé : J'ai fait quinze jours en réanimation, la morphine ne calmait pas la douleur, et en réanimation tu n'es pas seul, il y a toujours du bruit.
Mon frère est arrivé, il a du gérer l'annonce aux parents. Même si ma mère avait été prévenue par les gendarmes. Elle a appelé mon père en minimisant les faits pour ne pas l'inquiéter plus que ça, ils avaient une dizaine d'heures de route à faire pour venir à Grenoble.
Quand je me suis réveillé mon frère était là. Mais c'est dur de voir ton frère pleurer.
Le chirurgien m'a annoncé que la moelle n'a pas été entièrement sectionnée, mais fortement compressée. Et j'ai compris que je ne marcherais plus dans son regard. Et je n'ai jamais ressenti depuis mes jambes.
Donc je me suis vite projeté.
J'ai été rapatrié à l'hôpital militaire de Bercy, en rééducation. Ils avaient l'habitude de rassurer les gars, les encadrer, voir et accompagner sur l'après. Moi j'avais tout perdu, j'étais en équipe de France espoir de parachutisme, c'était ma passion, mon métier c'était ma vie.
Ma deuxième passion c'était la course à pieds. J'ai pas de diplôme, pas le BAC. Je me demandais ce que j'allais faire.
Et au bout de quatre mois, le temps que les vertèbres se consolident, ma première douche assise, j'ai vu que j'avais perdu énormément de poids et ça a été le déclic. Il fallait arrêter de se morfondre. Je voulais me remettre au sport, et prouver à mes collègues que je pouvais encore faire quelque chose.
Et comme il existe une convention avec l'institut des invalides, donc avec du matériel spécialisé pour les handicapés, toutes les machines de musculation sont adaptées.
Je faisais du sport tous les mercredis. Et j'ai pensé aux jeux paralympiques. J'en parle au moniteur, je voulais en un an y arriver, il me fallait un sport individuel. Et le canoë-kayak était inscrit pour la première fois.
Donc je téléphone à la référente handisport kayak qui me donne le numéro du DTN para canoë-kayak de l'équipe de France. Donc c'était en 2015, et je lui ai demandé s'il restait des places disponibles, et quels sont les chronos à faire pour se qualifier.
Il m'a expliqué que pour les championnats du monde en 2016 il y aura quatre places de redistribuées. Et je lui ai dit que je ferais partie des quatre !
J'ai commencé à sortir de l’hôpital de jour, et les samedi j'allais au club de kayak d'Orléans.
Agnès Lacheux avait également pratiqué le kayak pendant deux ans en paraplégique, et elle avait arrêté depuis un an lorsque je les ait contacté.
Je l'ai contactée elle pour avoir des conseils et avancer plus vite. Le club a tout fait pour moi. Je me suis entraîné pendant quatre mois j'ai fait les championnats de France avec le chrono demandé : 55 secondes.
Je pensais être pris en équipe de France par dérogation du DTN pour aller chercher dans les six premiers quotas aux championnats du monde en Italie, et je n'ai pas été pris. Ça m'avait déçu, j'ai fait une petite dépression pendant quelques mois, je n'ai pas fait de kayak.
Et en janvier Jean-Chritophe Gonneaud (DTN) m'a rappelé, pour venir au stage au Portugal avec l'équipe de France para-canoë-kayak, pour avoir un pied à l'étrier.
Je suis parti quinze jours, et ensuite j'ai été sélectionné en équipe de France en mai 2016. J'ai fait huitième au championnat du monde en mai 2016, j'ai pris le dernier quota qualificatif.
Un mois après j'ai fait deuxième aux championnats d'Europe en Russie, et en septembre c'était les Jeux et j'ai fait cinquième.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe le kayak pour toi, du fait de ne pas avoir de mouvement de jambes, tu es attaché dans le bateau ? Tu as le bassin libre ? Comment ça fonctionne ?
Rémy Boullé : J'ai le bassin semi-libre, je suis tenu au niveau du nombril et des abdos. Mes jambes ne sont pas attachées, j'ai une mousse entre les jambes un peu comme les slalomeurs.
J'ai un sol d'adaptation, une coque faite sur mesure. Et j'ai un cale-pied droit au lieu d'être incliné.
Mais mon bassin ne bouge pas trop puisque je pédale sans pédaler. Mes jambes peuvent bouger d'un centimètre dans le bateau. Et j'ai la chance de ne pas avoir de spasme par rapport à d'autres paraplégiques, moi je ne suis pas obligé d'attacher mes jambes.
Il y a une largeur obligatoire, ce sont Nelo et Plastex qui nous fournissent, ça doit faire 52 cm de large, soit environ 15 cm plus large qu'une personne valide, donc on est plus stable. Mais ça freine aussi le bateau.
C'est compliqué d'aller plus vite que 18km/h et j'en discutais avec Maxime Beaumont qui, lorsqu'il s'était cassé sa jambe, avait repris avec un canoë-kayak paraplégique, et il disait que passé une certaine vitesse c'est très très dur d'aller au delà.
Sinon en longueur ce sont les mêmes bateaux. Le poids c'est 12kg. Là le bateau est un peu plus lourd. Mais j'attends mon bateau au norme pour les Jeux.
J'ai commencé sur Nelo, même si je pense qu'aujourd'hui le Plastex est un peu plus rapide. Mais le Nelo est plus facile à gîter pour moi. A réussir à le diriger, car j'ai un gouvernail mais la corde passe sur le côté, il est fixé par un rail et une molette. Donc si j'ai un vent de travers, il ne faut pas que je me loupe.
Il faut tirer super fort pour l'emmener à 12-13 km/h.
Du coup en terme de pagaie, c'est un choix compliqué qui se pose à moi pour les Jeux de Tokyo.
J'étais parti sur une pagaie un peu plus petite, je suis passé sur une Jantex, j'étais sur une Braca en 11 avant. Je suis mieux en fin de course pour la sortir de l'eau, mais la Braca était mieux pour le démarrage.
Donc je réfléchis à monter sur une 760 au lieu d'une 740 en grosseur.
Pour l’appui les trois premiers coups sont durs, tu pars moins fort qu'un valide.
Moi je rentre la pagaie dans l'eau lors du ready-set, pas avant par rapport aux valides. Avant non, sinon je ne tiens pas en équilibre.
Les Secrets du Kayak : Tu parlais aux open de ton point faible que sont les départs, tu sais comment le travailler pour les Jeux ?
Rémy Boullé : Déjà je vais les travailler en en faisant !
On n'a pas fait beaucoup de départ cette année. Avant j'étais assez fort, un gros 120m puis j'explosais, aujourd'hui c'est plutôt 150 m mais ils sont moins explosifs. Il faut que je retrouve cette explosivité.
Avec un mauvais départ, tu n'arrives pas à ta vitesse max. Les trois premiers coups de pagaie sont les plus importants, si tu les rates c'est fichu.
Les Secrets du Kayak : A quoi ressemble une semaine d’entraînement pour toi ?
Rémy Boullé : Entrainement tous les jours, deux fois par jour. Ça fait trois ans qu'on est sur une grosse dynamique.
Quand on est en stage, on fait deux séances le lundi, mardi, une séance le mercredi, deux séances les jeudi et vendredi, une séance le samedi, et le dimanche c'est en fonction de l'état de forme. Soit on refait deux séances, soit repos complet, ou une seule.
En stage, c'est onze séance par semaine. Comparé à Maxime Beaumont avec qui je discute beaucoup, lui était à 23 h par semaine, moi 17h ; et moi c'est tout dans les bras.
Je fais du cardio, mais on est sur du 50 seconde donc il me faut de la puissance. Ça peut être du skierg, des circuits training à soulever des cordes, des haltères à soulever au niveau des pectoraux, j'ai un handbike, un vélo à bras.
Et pas mal de machine à pagayer. Ça m'a permis aussi de passer un cap. Avant le confinement, j'avais changé la machine para-canoë-kayak, et j'ai vraiment adapté l'appareil pour avoir la même assise que sur mon bateau. Et reproduire au maximum ma position.
Bon après avoir fait principalement de la machine à pagayer et revenir dans un bateau, ça n'a pas été simple. La sensation de la pagaie était très bizarre.
Ça mime le geste, mais la différence c'est sur le toucher. Ça fait travailler les mêmes muscles, et c'est ça qui est intéressant.
Mine de rien c'est compliqué pour moi de m'entraîner sur l'eau, il y a ma coque, et puis à Orléans ils ont coupé les arbres, ce n'est pas simple au niveau de l'accessibilité, donc je fais beaucoup de machine à pagayer.
Là je suis rentré de compétition, et donc je vais en faire tous les après-midi ou du vélo.
C'est le même geste mais pas le même ressenti, rien que la pagaie est plus lourde que la vraie. Donc je peux comprendre que des valides qui ont plus facilement la possibilité de monter en bateau que moi, aiment moins la machine à pagayer. Moi pour monter en bateau, il me faut une personne pour m'aider, pour porter le bateau, descendre du fauteuil...
Moi la machine m'a fait passer un cap. Je me tire la bourre.
Les Secrets du Kayak : Je voulais revenir sur les jeux de Rio, comment ça c'est passé pour toi ? Est-ce que c'était un rêve éveillé, ou plutôt une super expérience pour toi ?
Rémy Boullé : Ça a été une très bonne expérience, ma famille et mes parents sont venus, ils n'avaient jamais pris l'avion, donc pour eux aussi ça a été une expérience.
C'était à la fois bien et pas bien. Les leçons que j'en tire c'est que j'avais ma famille, mais ça m'a peut être fait contre-performer. Tu es dans le village et tu penses aux moments que tu loupes avec eux.
A Tokyo ça va être différent, avec le confinement ils ne pourront pas venir, mais même sans ça, je leur avait dit que je ne voulais pas qu'ils viennent afin de rester focus. Et j'en ai parlé beaucoup avec Nélia.
Et puis moi ça n'a pas été un rêve que de faire les Jeux Paralympiques. Ce n'était pas comme un aboutissement. Moi j'avais des rêves que je voulais faire dans l'armée et que je ne pourrai jamais faire.
Les jeux paralympiques pour moi c'est pas comme quelqu'un qui naît avec une maladie et qui rêve de les faire. Moi ça m'a permis de me reconstruire, de faire le sport que j'aime, et quand je suis dans le bateau, les gens ne voient pas mon handicap, sauf les connaisseurs, et ça c'est cool.
Et on a la chance de pouvoir courir avec les valides, ce n'est pas le cas pour toutes les fédérations. On est sur les mêmes compétions, elles se font en même temps, on n'est pas exclus comme 99% des autres sports.
Il n'y a que les Jeux que tu ne fais pas avec les valides, mais c'est normal, ça serait trop cher. Ça demande de l'organisation.
La seule chose qui nous aiderait c'est que ce soit plus médiatisé. Par exemple en Angleterre le para-olympisme est ultra suivi. Tu es reconnu comme un athlète.
Nous la fédération de canoë-kayak, elle nous aide, je ne connais pas d'autre fédération qui suis ses athlètes autant. On a un DTN alloué, on est trois dans l'équipe, on a un entraîneur, un kiné, qui nous suis en stage, un pour trois ! Il y a des prises en charges des aides financières. Il y a eu un passage où ça n'existait pas.
Donc pour répondre à ta question, ça a été dur à vivre. Je savais qu'il y avait un coup à jouer, mais je n'étais pas prêt physiquement.
En plus deux mois avant les jeux, sur mon seul jour de repos avec ma compagne, on a décidé de se faire une journée de balnéo, et au sauna je n'ai pas fait attention j'ai mis mes pieds devant la buse qui crache de la vapeur. Résultat je suis brûlé au troisième degré aux deux talons.
Pendant un mois je n'ai pas fait de kayak, la priorité était de guérir, que ça se cicatrise pour les Jeux. Je n'avais aucun entraînement autre à cette époque. Pas de Crossfit, pas de machine à pagayer... donc tous les jours j'allais faire des kilomètres de fauteuil pour me faire les bras.
Quand je suis arrivé aux Jeux, je visais la troisième place, au final j'ai fait cinquième à une seconde du premier, donc j'étais dans le coup.
Et là ça y est j'étais confronté avec des handicaps plus lourd que le mien, plus léger aussi. J'étais catégorisé handicapé. Ça faisait un an que j'étais sorti de l’hôpital, c'était dur à accepter, mais avec Martin on dédramatisait, c'était comme si on faisait une compétition régionale, on a fait des JO sans se prendre la tête.
Là pour Tokyo, je vais chercher un podium, c'est différent.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que pour te préparer tu fais de la préparation mentale, tu fais attention à ce que tu manges... tout est optimisé pour cette médaille ?
Rémy Boullé : Non je n'en suis pas encore à ce niveau là. Aujourd'hui je vais m'orienter sur l'alimentation, je mange assez mal. Il faudrait que j'arrive un peu plus sec.
Et pour la préparation mentale je suis suivi par Anaëlle, une psychologue de l'INSEP. Mais c'est tout récent.
Tu vois la FFCK s'est vraiment professionnalisée et s'est donné les moyens. Aujourd'hui dans l'équipe tu n'as que des personnes capables d'aller chercher des médailles. Il y a des barèmes de sélection strictes depuis un an.
Même moi j'étais pile dans les chronos. On a comme chef de l'équipe un ancien champion, on nous met des camions adaptés à notre pratique et notre handicap depuis deux ans. Ça nous facilite la vie au quotidien.
Il y a des moyens financiers, il y a des stages. Moi je n'ai pas d’entraîneur de club, mon entraîneur c'est Eric, donc s'il n'est pas là, je m'entraîne tout seul. La FFCK a compris que pour aller chercher des médailles on a besoin de stages. On a besoin de cette structure.
On fait 20 jours de stage par mois, on bouge pas mal jusqu'en Guadeloupe. Et puis moi je vise des courses où il y a du monde, là les Europe je n'y vais pas, je veux une médaille qui a du mérite. Aux Europe ils sont cinq à concourir.
Je ne suis pas là pour me mentir à moi même. Faire une course c'est bien, ça permet de communiquer, mais il me faut du monde pour concourir.
Donc plutôt que de faire les Europe j'ai créé un stage, avec Eric Leleuch et Guillaume notre kiné que je félicite au passage pour son engagement depuis trois ans, c'est quelqu'un qui ne lâche rien, toujours souriant, gros potentiel pour notre équipe de France. Il se bat pour nous, peu importe l’heure, il est là pour nous, c'est important de le souligner.
Le but de ce stage c'est de me préparer pour les Jeux sur une vingtaine de séances, pour aller chercher une médaille à Tokyo.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe ces stages avec ta vie familiale ? Tu arrives à avoir une vie sociale autour ?
Rémy Boullé : J'avoue que j'ai une femme exceptionnelle, que j'ai rencontré à Bercy. Je t'invite à regarder le reportage sur Youtube « coup de foudre à l’hôpital » c’était passé sur France 2.
On avait prévu de faire notre enfant après les Jeux. Donc on a mis les choses en route après les Jeux, sauf qu'il y a eu le confinement. Mais les choses étaient lancées, ça a été beaucoup de discussion avec elle, parce qu'elle sait que c'est mon métier.
Il y a aussi l'armée des champion qui m'aide, les sponsors aussi. Donc mine de rien, ne serait-ce que par respect pour eux je me dois d'aller chercher une médaille.
Ils n'ont pas attendu que j'arrive en équipe de France pour me soutenir. Il m'ont soutenu sur leur fond propre, même pas sur leur entreprise. Il y a eu des concours de circonstances qui font que j'ai rencontré des personnes assez exceptionnelle qui m'ont aidé.
Je ne peux pas ne pas être à 100% dans mon projet. Tout comme Eric mon entraîneur, je ne suis pas facile à vivre, quand j'ai quelque chose à dire je le dis, donc quand je m'énerve c'est lui qui prend.
Le coupable idéal et le plus facile c'est toujours l'entraîneur !
Même si je sais que ce n'est pas bon pour moi et que je travaille dessus.
C'est comme Guillaume, aujourd'hui on a qu'un kiné en équipe de France, il est là à tous les stages, lui aussi à mis sa vie entre parenthèse. Il aimerait ouvrir son cabinet, il a aussi des projets de famille, mais il attend les Jeux.
Toutes ces personnes font que je me dois d'être au maximum.
Donc ma vie de famille est difficile. Pas avec ma compagne mais je ne vois pas forcément ma fille grandir.
Je t'avoue que j'ai mis des caméras chez moi suite à de mauvaises aventures, donc je peux la voir à distance. On s'était fait cambriolé, je dormais à la maison, ils auraient juste pu me tuer et c'était fini. Ils ont tout dérobé alors que j'étais là. Ça m'a refroidi d'où les caméras un peu partout. Et du coup je peux la voir même depuis mon stage en Guadeloupe.
Et tu vois même ma compagne aujourd'hui s'occupe à plein temps de notre fille. Elle a arrêté son travail à l'IME à Paris. Elle travaille juste en libéral le mercredi et le samedi. Elle a fait des concessions aussi.
Ce n'est pas facile, mais en même temps pendant dix ans j'étais militaire, je partais sur des missions de six sept mois, donc partir 20 jours par mois, ça passe. J'essaie de tout concilier pour être au maximum à la maison. Mais il reste trois mois à fond et après on va relâcher un peu.
Les Secrets du Kayak : Tu parlais des sponsors, mais j'ai l'impression que tu en as pas mal non ? Alors que les autres kayakistes que j'ai interrogé galèrent à en avoir, comment tu l'expliques ?
Rémy Boullé : Comme je te disais, c'est un concours de circonstances. J'ai rencontré la bonne personne au bon moment.
Lorsque je suis allé demander une bourse à la mairie d'Orléans, je suis passé devant un colloque avec l'adjoint au sport. Il y avait l'adjointe événementiel qui a aimé mon histoire, et en fait sa maman est présidente de la Légion d'Honneur, qui est présente dans beaucoup d'associations et qui m'ont contacté par la suite.
Elle m'a aidé à créer mon association pour aider d'autres militaires blessés à se relancer dans le sport. Et de fil en aiguille elle m'a aidé à rencontrer mes différents sponsors.
Grâce aussi à Maxime Beaumont, j'en ai rencontré d'autres, et j'en rencontre encore. Je vais bientôt l'annoncer sur les réseaux sociaux.
Mais attention, moi ce sont les relations humaines qui priment sur le côté financier. J'ai déjà refusé des sponsors, où il n'y avait pas ce côté humain.
Et quand tu as des PDG qui sont à l'antipode du PDG hautain, qui viennent te voir et qui ne te demandent pas de contreparties, que ce sont des personnes tellement géniales... alors tu fais tout pour leur rendre.
Même la mairie d'Orléans m'a beaucoup aidé, par une aide financière. Le nouveau maire aussi, il est dans la même dynamique.
J'ai eu beaucoup de chance, mais il ne faut pas se mentir, mon histoire y fait pour beaucoup. Je suis un ancien militaire, j'ai servi la France, j'espère encore servir la France et la faire briller au plus haut niveau. Peu être que j'ai donné mes jambes pour la France, donc ça peut toucher, c'est plus facile pour moi, et c'est malheureux mais c'est un fait.
C'est plus facile pour moi d'aller chercher un sponsor, que un mec comme Maxime, vice-champion olympique.
Et je ne cherche pas les sponsor, mais ça marche. Moi je suis vraiment bien aidé. Je n'ai rien à envier à d'autres athlètes, je ne peux pas me trouver d'excuses.
Je n'ai pas le droit de me plaindre, j'ai un handicap, mais je suis tellement bien aidé et entouré, que je n'ai pas le droit de me plaindre.
Quand je rencontre des personnes handicapées de maladie, ou qui ne l'ont pas voulu, qui se sont fait faucher dans la vie, et qui n'ont aucune aide... j'ai ma retraite de l'armée en plus de tout ça. Ma vie peut être très dure, mais en fait je n'ai pas encore accepté ma vie d'handicapé.
Mais je n'ai pas le droit de me plaindre, je suis là pour rendre aux autres.
La paraplégie ce n'est pas bien connu, mais on fait très régulièrement des infections urinaires qui peuvent être mortelles. Il y a quinze ans, tous les paraplégiques mourraient de ça. J'en ai fait une il y a un mois, tu fais 41,5°C pendant deux jours. C'est compliqué à gérer et ça te défonce ta performance.
Donc j'essaie de tout faire pour être au meilleur de mon niveau. Et il n'y a pas que la famille ou les sponsors, il y a pleins de gens, des amis, qui te manifestent leur soutien, c'est énorme.
Sans tout ça je n'aurais pas envie d'aller jusqu'à 2024. Tout ce soutien donne envie de continuer et de leur rendre.
Les Secrets du Kayak : Oui, je le ressens avec notre discussion, tu transmets beaucoup d'ondes positives, et tu me motives à ne pas me plaindre aussi. Tu as un super discours à mes yeux et je comprends tout le soutien que te manifestent ces gens. Quand on t'écoute on a envie de te soutenir, tu es un exemple. Je te tire mon chapeau !
Rémy Boullé : J'aime dire les choses, et je suis certain que si tu avais eu un parcours similaire au mien, ça aurait été pareil. Regarde toi, aujourd'hui tu fais du kayak et avec « Les Secret du Kayak » tu essaies de développer notre discipline et tu essaies de mettre une pierre à l'édifice et c'est énorme.
Ça veut dire que ton tempérament fait qu'en cas de pépin de vie, tu arriverais à le surmonter comme moi.
Alors je suis d'accord tu ne peux pas motiver tout le monde, et je l'ai vécu avec un collègue qui à perdu ses jambes, il n'allait pas bien mentalement, j'ai essayé de le tirer vers le haut, de le faire réagir, et de lui faire prendre conscience de l'avenir, de rebondir.
Je pense que ça l'a aidé. Et aujourd'hui il est dans l'équipe de France de volley assis, et il sera aux Jeux de 2024, du moins je lui souhaite.
Et puis honnêtement je n'avais pas le choix, si je ne rebondissais pas je me tirais une balle. J'avais tout perdu. Quand tu es au fond du fond, handicapé, fini les rêves de parachutisme et mes rêves dans l'armée.
Et sans aucun métier ni diplômes. Qu'est-ce qu'il me restait à faire ?
Je n'avais pas le choix !
Les Secrets du Kayak : J'ai une dernière question à te poser, d'où vient ce surnom Bobby ?
Rémy Boullé : De l'armée. Quand tu es en mission, tu n'as pas le droit d'avoir ton nom, on doit prendre des surnoms pour les missions.
S'il t'arrive quelque chose, que tu viens à décéder, que tes collègues ne peuvent pas te récupérer. Si ton nom de famille est visible, tu ne peux pas savoir les conséquences pour ta famille.
Avec le terrorisme et le djihadisme, il y a des procédures. Et ton pseudo dois commencer par ton nom de famille. J'étais jeune, Boby ça fait un peu enfant, on m’appelait junior, donc Bobby.
Les Secrets du Kayak : Je voulais vraiment à te remercier pour ce que tu as partagé avec nous.
Vous pouvez retrouver Rémy Boullé sur sa page Facebook.
Interview : Guillaume Berge
Retrouvez tout sur Guillaume Berge. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Comment est-il devenu entraineur ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Guillaume Berge en mai 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Guillaume Berge : Super bien, comme un vendredi de première coupe du Monde de l'année !
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ?
Guillaume Berge : Je suis entraîneur de canoë-kayak pour la fédération, je travaille sur le pôle France de Vaires-sur-Marne, je suis un passionné de sport de manière générale.
Les Secrets du Kayak : Je voulais attaquer avec toi sur le sujet précis de « faut-il avoir été athlète de haut niveau pour être entraîneur de haut niveau ? »
Guillaume Berge : Et bim, d'entrée LA question !
Je ne sais pas, j'ai la conviction que non.
Il existe plein d'exemples qui démontrent qu'il ne faut pas savoir jouer comme Zinedine Zidane pour entraîner au football. C'est bien de connaître le sport dans lequel on va pratiquer, de là à avoir fait du haut niveau, j'ai l'impression que ce n'est pas nécessaire.
J'ai commencé le kayak à l'âge de sept ans, j'ai commencé dans mon club en pratiquant le mercredi et le samedi. Je suis plutôt issu d'un club d'eau plate, à Bouchemaine dans le Maine-et-Loire.
On faisait peu d'eau-vive, surtout quand le spot du coin fonctionnait l'été. Sinon c'était du plat devant le club, dans les prairies quand c'était inondé l'hiver.
Je n'étais pas du tout un gros gabarit, je nageais dans les bateaux. C'était des paquebots pour moi, et pourtant il y avait des minis kayak de slalom, construits par les bénévoles du club, en résine de vingt cinq ans. J'ai toujours été dans des bateaux non adaptés à ma taille.
Il a fallu attendre que je m'achète mon premier bateau pour en avoir un à ma taille, j'étais cadet 2.
J'arrivais quand même à m'en sortir, mais en course en ligne et descente, ce n'était pas du tout adapté.
Quand j'ai commencé le kayak je ne pensais pas faire des compétitions. Je voulais m'amuser entre cousins. J'en faisait pour être dehors, patauger dans l'eau, se retrouver dans la boue, dans l'eau...
J'ai commencé le sport tôt, je faisais du judo dès mes quatre ans. J'ai fait les deux jusqu'en cadet 1.
J'ai tenu dans un bateau de course en ligne au bout de trois quatre ans. A l'entraînement j'avais l'appréhension de monter dans le bateau de course en ligne, puis j'arrivais à tenir, mais je n'arrivais pas à me motiver à monter dans le bateau de course en ligne quand il y avait des compétitions.
J'étais certain de tomber à l'eau à chaque compétition. Donc je prenais mon bateau de descente, qui n'avançais pas, mais je ne tombais pas à l'eau.
Je pense que c'est venu par étape, pour rivaliser. J'ai commencé par un Joker, un bateau fait maison tout jaune, fait par un bénévole entraîneur du club. Il n'était pas moins stable qu'un kayak de descente, mais dans ma tête je bloquais.
Je ne me souviens pas de ma première compétition de course en ligne, en descente oui ! Ça doit être celle de Cholet dans le 49, lors d'un challenge jeune.
Il y avait une épreuve de slalom et de fond. Sur le fond, je devais être poussin, je me souviens juste d'être tombé à l'eau avant le départ, du coup j'ai ralenti le départ des trente ou quarante jeunes qui attendaient que je remonte avant de pouvoir partir.
Au fur et à mesure de grandir je me persuadais que je pouvais faire des compétitions. J'y croyais, j'étais motivé. Je me suis entraîné de manière correcte, j'ai intégré le pôle espoir de Tours, j'étais motivé par l'émulation de tous, je ne me mettais pas de barrière.
Pour intégrer la structure, c'est moi qui l'ai demandé. Il y avait des tests de parcours d'excellence sportive (PES), c'était surtout axé sur la préparation physique, des pompes des tractions... un chrono sur bateau en 200m et en 2000m. Un parcours slalom en eau-vive.
Je n'arrive même pas à me souvenir pourquoi je demande le pôle de Rennes. Ça devait être par idéalisation du milieu. Lors de la journée de présentation du pôle la directrice m'explique que je n'ai pas le niveau requis pour intégrer la structure, mais qu'il y avait le pôle espoir de Tours et que je pourrais les intéresser. J'y ai donc postulé et j'ai été pris.
Quand je l’intègre, je me suis entraînais pendant six mois pour ne pas être ridicule. Au lieu de m’entraîner une fois, j'essayais de faire quatre fois du kayak dans la semaine, deux courses à pieds.
Et quand je suis arrivé là-bas c'était entraînement tous les jours. Les cours étaient de huit heure à seize heure, on s’entraînait à seize heure, et parfois on faisait deux entraînements qui s’enchaînaient : un bateau une musculation, ou un bateau une course à pieds.
Avec ce nouveau rythme, j'ai vraiment progressé, mais je partais bas. Mais ce n'était pas à la hauteur de mes attentes. Je pensais que d'arriver sur un pôle c'était la solution magique.
En championnat de France, je ne passais même pas les séries en cadet. Tu restes en pôle autant d'années que tu veux tant que tu apportes au groupe, si tu as le niveau tu peux rester les trois ans, l'étape d'après c'est le pôle France, donc le haut niveau demandé est précis.
Moi je continue. Je suis passé du dixième français au trentième !
La deuxième année se passe dans la même philosophie. J'allais m'entraînais mais je ne sais pas trop pourquoi. Je ne m'étais pas assez questionné sur ce que serait mon quotidien et ce que je voulais.
Mais j'ai toujours pris du plaisir à pratiquer, même si à ce moment là un peu moins puisque je découvrais une façon de s'entraîner, de se déchirer, s'entraîner dans un état de fatigue.
J'étais avec un groupe de partenaires qui ramaient bien, on se marrait bien et on partageait beaucoup.
En junior 1, je passe des séries mais je ne sais plus où, je sais juste qu'avec le club on fait deux médailles sur le championnat de France en K4.
On avait un niveau sensiblement proche tous les quatre. On était à fond, le club avait acheté un bateau d'équipage à notre taille. On avait fait champion de France sur le fond et sur le sprint on avait fait bis au 500m.
C'était dingue, individuellement je savais que je n'étais pas trop dans le coup. Mon entraîneur, tu l'as interviewé c'était Yann. A la fin de la deuxième année on avait fait le point, et j'avais anticipé le problème en me demandant si je devais rentrer à Angers, comment je faisais pour m'entraîner.
Je m'étais renseigné auprès d'un Lycée à Angers. C'était limite pour mon niveau et Yann me disait que si je voulais rentrer il ne me retenait pas. Au final je suis allé au bout du truc, je suis allé en troisième année.
Et je ne remonte toujours pas dans le classement. Je progresse mais je pars de la soixante dixième place en cadet1, et je ne progresse pas plus vite que ça. Donc j'ai fait finale B ou C du championnat de France, mais je retiens surtout des rencontres de dingues.
Dans ma classe, il y avait des judoka, des filles que faisaient du football, des pongistes. Ce sont ces rencontres qui m'ont marqué.
Donc là j'ai mon Bac, tout juste, postuler sur un pôle France ne m'a même pas traversé l'esprit. Je m'inscris en fac de sport à Angers. Et dans mon club, les gens s'entraînent tous les jours, il y a une ambiance et une énergie, et j'ai décidé de me responsabiliser un peu plus sur mon entraînement.
Je choisis des études pour continuer à faire du sport. Je ne m'imaginais pas une journée sans sport.
Et sans le savoir en débriefant, Yann m'avait motivé en m'exprimant sa curiosité à mon sujet pour les prochaines années senior. Et j'ai tout fait pour bien m'entraîner. Au club, avec des ambitions non démesurées.
Ne pas griller les étapes, me faire ma place en senior, découvrir le niveau, prendre les courses qui viennent et faire de mon mieux. Je me suis éclaté sur toutes les distances : 100m, 200m. Je me suis fait super plaisir en équipage avec le 500m en K4 et K2, et des courses marathon.
Quand je rentre en STAPS, je voulais absolument travailler dehors. En dernière année de pôle espoir, je passais un diplôme, je filais un coup de main bénévolement au club pour les locations l'été, j'encadrais des jeunes le week-end quand je revenais du pôle.
Du coup le président du club, nous avais suggéré de passer le diplôme d'initiateur. Et à ce moment là j'adorais ça, d'animer.
On avait des formateurs du comité départemental, ils amenaient de façon concrète ce qu'on devait mettre en place dans une séance pour qu'elle se déroule bien, avec un échauffement, un corps de séance, un retour au calme.
Je voulais au début faire de l'animation et donc l'été entre la terminale et la première année de fac je trouve un poste dans une colo de vacances comme entraîneur de kayak auprès de jeunes défavorisés. On devait leur donner le sourire tous les jours.
J'aurais pu faire un BE kayak, mais je voulais d'abord suivre le cursus universitaire, sans doute sur les recommandations de mes parents pour être mieux reconnu. Et j'aimais bien les enseignements de la fac.
Quand je retourne à Angers, l'entraîneur c'était mon partenaire d’entraînement, c'était Florian. Il était encore cadre athlète à ce moment là. Il était toujours compétitif.
J'ai quand même privilégié la place du sport plutôt que des études dans ma vie.
Le fait de ne plus avoir d'entraîneur et avec le STAPS, je suis devenu mon propre entraîneur.
Du coup je faisais des choix compris, je faisais des tests, et j'avais essayé des trucs en musculation parce que pendant toute mes années cadet je n'étais pas vraiment musclé. Donc en sprint ça te pénalise si tu n'as pas de force. Ce n'est pas indispensable mais c'était important.
Et d’ailleurs je dois te faire une petite dédicace puisque je te suivais, du moins je regardais un peu tes vidéos à ce moment là en scrutant ce qui se faisait sur la toile en musculation. C'était cool.
Et du coup j'ai pris de la masse, de la force musculaire, j'ai fait ma première barre à 100kg au développé couché l'hiver qui a suivi. Et ça m'a aidé à fixer mon appuis dans l'avancement du kayak, chose que je ne faisait pas.
J'ai l'impression que d'avoir développé des qualités musculaires sur le grand pectoral, triceps et deltoïdes, ça m'a permis de mieux fixer ma pagaie dans l'eau.
C'est un raccourci direct mais ça y a participé pour mieux solliciter le muscle requis.
Les Secrets du Kayak : En STAPS, tu es allé jusqu'où ?
Guillaume Berge : Donc j'ai fait ma licence à Angers et mon master à l'INSEP, en prenant la spécialité de l’entraînement optimisation de la performance. Il s'intitulait « sport expertise et performance de haut niveau ».
Donc là, je voulais entraîner à haut niveau, de façon progressive pendant les années de STAPS.
J'avais un rôle bien défini au club avec l'animation de l'école de pagaie. Et je débordé sur l’entraînement des minimes, avec leurs premiers championnats de France. Et ça me tenait à cœur de faire en sorte qu'ils s'en sortent bien.
Donc ça passe de l'animation à l'entraînement, et à force j'ai voulu me rapprocher des meilleurs français. Donc j'ai écris au pôle France à Vaires pour y aller en stage d'observation dans le cadre de ma licence.
Je voulais voir ce qu'il se faisait avec les meilleurs entraîneurs en pôle France. J'ai passé un mois à observer, discuter et poser des questions à François During, à Nicolas Parguel, Nicolas Maillotte, et là j'apprenais tellement de chose et de voir cette relation humaine créée entre l'entraîneur et l'athlète, c'est incroyable.
Je voulais faire ça. Au début je voulais être entraîneur, ne pas me poser de limites. Je me formais pour avoir des connaissances en physiologie, en psychologie, et en sociologie. Je trouvais aussi que la PPG c'était aussi central dans l'entraînement.
Et parallèlement je faisais du kayak, toujours pour progresser. Je chercher à aller en championnat de France senior en monoplace, et claquer la meilleure course que je pouvais. Mais sans la prétention de me qualifier pour les mondiaux.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'il y a beaucoup de personnes dans cette optique, qui ne sont pas haut niveau mais qui sont amateurs et qui s'entraînent pour les championnats de France ?
Guillaume Berge : La frontière est assez fine. Quand tu es cadet 1 tu arrives avec un club, tu goûtes au championnat de France, c'est déjà un haut niveau !
Mais prétendre aller à l'international c'est à deux portes en fait. Tu vas dans le nord, tu côtoies Maxime Beaumont, vice champion olympique ! Tu peux t'aligner à ses côtés. C'est galvanisant, il y a de la proximité avec les athlètes.
Dans l'ouest, tu avais Vincent Lecrubier qui n'avait pas encore arrêté. Au club, Florian avait fait finaliste sur le 1000m au championnat de France, nous on était comme des dingues.
Le kayak tu côtoies facilement des champions, et donc oui il y a pas mal d'athlètes qui veulent prétendre aux championnats de France.
Mais aujourd'hui tu peux faire d'avantage de courses de kayak avec les opens, ces opens ont pour ambition de sélectionner des athlètes pour l'équipe de France. J'espère que pour tous ces athlètes c'est clair dans leur tête.
Les Secrets du Kayak : A partir de quel moment tu souhaites devenir entraîneur de kayak alors ?
Guillaume Berge : Tout s'est fait progressivement. Donc je fais deux mois de stage à Vaires, Nicolas et François m'avaient quasiment donné le champs libre ou presque.
J'avais fait un petit stage en préparation mentale, et je travaillais sur les routines d'échauffement avec trois athlètes du pôle France.
Et du coup ça me rend légitime à intégrer le Master de l'INSEP, il y a des entraîneurs de grande renommée, des champions de dingue, donc je vais en tirer le plus de bénéfice possible.
Il y a des chercheurs, des gens pointus dans leur domaine. Et pareil pour mon stage de Master, je re-choisis le pôle de Vaires.
Je voulais me faire une petite place dans cet univers du canoë-kayak. Il fallait creuser. Donc c'est plutôt pendant mes années de Master que j'ai voulu être entraîneur pour la fédération.
Les Secrets du Kayak : Donc on peut être entraîneur de kayak en ayant fait beaucoup de kayak, en comprenant l'activité et en l'ayant pratiquée. Parce qu'au final tu en as bouffé du kayak. Donc tu comprends bien les besoins des athlètes.
Guillaume Berge : Oui c'est clair j'en ai fait plein, et de toute sorte. Bien connaître l'activité c'est un gros plus et je dirais à la différence d'une activité terrestre.
Exemple Guy Ontanon avait pratiqué le basket je crois, il avait un bon niveau sans être athlète de sprint international et pourtant il coach des grands sprinters français.
Le kayak par son univers aquatique, si tu n'a pas se feeling avec l'eau, tu peux vite te perdre auprès des athlètes. Tes mots ne sont pas justes.
Là dernièrement je voulais faire intervenir Stéphane Caristan, on fait un cycle d’athlétisme avec lui à l'INSEP. Et j'aimerais connaître de son œil de personne qui ne connaît rien au kayak, ce qu'il observe des séances de kayak.
Je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire. Ca peut faire prendre du recul.
Sincèrement je réfléchis en même temps qu'on parle, mais je n'ai pas la réponse à ta question de « Est-ce qu'on peut ne pas avoir pratiqué du kayak et être entraîneur de haut niveau en kayak. »
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe pour te faire recruter en tant qu'entraîneur au pôle France ?
Guillaume Berge : J'ai postulé deux fois. La première fois il y avait un recrutement d'entraîneur sur un pôle France à Vaires, à ce moment là c'était François During qui était coach, j'étais encore en master et il me prévient de cet appel d'offre sur le pôle.
Vas-y postule, essaye tu verras bien, qu'il me dit. A ce moment là j'étais en plein cours sur les entretiens d''embauche, comment gérer un entretien. Je l'ai pris comme un exercice, je l'ai tenté.
Ça s'est super bien passé, mais c'est comme une compétition de sport, tu ne connais pas la performance des autres. Et il y avait un entraîneur bulgare, reconnu sur la scène internationale en kayak, Andrian Douchev. Donc je n'ai pas été pris mais ils m'ont dit que j'étais dans le top 3.
Il n'est resté que trois mois, et l'été même j'ai pu travailler avec la fédération dans le cadre de mon mémoire en master, sur l'analyse des mouvements du bateau. Voir l'impact de la gîte sur les vitesses de déplacement.
Et comme François avait le matériel nécessaire, j'ai récolté leurs données.
En fait je n'ai rien conclu, je n'ai pas été au bout. En discutant avec les chercheurs de l'INSEP, leurs recherches sont axées sur la physiologie et la biomécanique, alors que moi c'était la mécanique des fluides.
Il aurait fallu être avec des spécialistes des fluides, ma soutenance était pourrie. Je n'avais pas tiré de conclusion, mais à force d'échanger, on avait émis des hypothèses.
Les Secrets du Kayak : Nouvel appel à candidature suite au départ de l'entraîneur bulgare ?
Guillaume Berge : Je suis embauché pour six mois, de juillet à décembre, mais la saison internationale c'est de mai à fin août.
À la fin du mois d’août, c'était Jean-Pascal Crochet en poste, je l'interpelle sur la suite et il me file le poste.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe avec les athlètes car tu es plus jeune qu'eux ?
Guillaume Berge : Bien, ça fait deux trois ans que je gravite autour d'eux. Oui je suis plus jeune, mais ce n'est que des gens bienveillants. Moi j'ai un peu d’appréhension, mais je suis parti confiant. Et j'en avais pour trois mois.
Moi je ne voulais pas qu'au bout de trois mois, si mon contrat s’arrêtait, les laisser tomber. Donc je n'étais pas référent d'athlètes, je travaillais avec les jeunes et les dames. Je fais du soutiens aux entraîneurs.
J'ai été intégré par les entraîneurs comme un des leurs.
Le pôle n'a pas pu de suite me reconduire, donc ça s'est arrêté là. C'est là que j'ai été frustré.
Entraîneur c'est un métier à plein temps, voir plus, donc je suis reparti à l'école, finir mon mémoire.
Jusque juillet je ne bosse plus et Jean-Pascal fait ressortir le poste, je postule, je fais l'entretien et c'était parti dès le premier juillet 2019.
Comme j'arrive en pleine saison internationale, je n'ai pas d'athlètes directement. Je suis catapulté au centre de tous les collectifs, et j'interviens auprès des senior.
Fin de saison, là je démarre avec Jérémy Leray, Maxime Lebon, et Sarah Guyot. Je n'en ai pas la responsabilité totale, mais je suis le suppléant à Vaires.
Tu dois suivre une logique de course, tu ne peux pas te diviser en sept dans la journée, les athlètes que tu suis font le même type de course.
Tu optimises ton temps. Et ça se fait par affinité. Et c'est Jean-Pascal qui me les a proposés. Je n'avais pas d'attente particulière.
Les Secrets du Kayak : As-tu appliqué la théorie que tu as apprise, qui ne se faisait pas habituellement ?
Guillaume Berge : Oui, mais ce n'est pas que de moi. Mon mémoire je l'ai fait sur la répétition de sprint en hypoxie.
Donc ça c'était nouveau. J'ai fortement collaboré à cette nouvelle méthode d'entraînement.
Les Secrets du Kayak : Vanina expliquait qu'elle était prête à arrêter le kayak parce qu'elle n'y trouvait plus de plaisir, mais que de travailler avec toi, elle l'a retrouvé, et que les séances qu'elle n'aimait pas faire, tu as réussi à les lui faire faire de manière différente. Est-ce que ça se faisait auparavant ?
Guillaume Berge : Je ne pense pas avoir inventé un truc. On a surtout beaucoup discuté pour établir le plan d'action, partir de ses besoins, ça c'est central dans ma conception de l'entraînement.
Si elle me dit faire 15km de bateau ça me prend la tête, si en faisant du vélo elle s'éclate et s'engage plus dans sa séance d'aérobie, je l'encourage à le faire.
Les choix peuvent être différent en fonction des individus.
Quand tu entraînes quelqu'un tu as un filtre, mais j'essaie de partir de eux et pas du coup de pagaie idéal pour moi.
Pour Vanina, être ancrée un peu devant, elle se sent stable et efficace. Et donc je lui fait confiance.
Si ça avait été moi, certainement que ma posture aurait été différente. Ce n'est pas ma touche perso, mais il s'agit de leur préférence.
Les Secrets du Kayak : Tu parles de préférence, j'ai acheté un livre La bible des préférences motrices, est-ce que tu le lis aussi ?
Guillaume Berge : Ce parpaing ! J'en ai fait acheté deux, mais je n'ai pas encore ouvert une page.
Ça m'intéresse. Dans le monde du kayak c'est beaucoup utilisé, et je suis curieux. Il faut que je m'y mette.
Aujourd'hui je ne suis pas formé en préférence motrice, j'ai quelques connaissances. Mon fil, c'est l'athlète, je m'adapte à leur sensation.
Et je ne dois pas être très loin d'un profil préférentiel pour Vanina et Jérémy qui se situent un peu devant. C'est à creuser.
Les Secrets du Kayak : Ca ressemble à quoi la journée d'un entraîneur ?
Guillaume Berge : C'est interminable. Tu te lèves avec le jour, et après jusqu'au moment où tu t'endors le soir tu es à fond.
Tu as une première séance le matin, le bassin est moins sujet au vent, une autre l'après midi ou bien c'est musculation. C'est énormément des discussions athlètes/entraîneurs entraîneurs/entraîneurs, beaucoup de debriefing. Ce n'est pas facile à résumer.
Ton emploi du temps n'est pas vraiment figé, en fonction de l'athlète. Tu prends le temps de faire le point avec eux, tirer des enseignements de la séance.
Quand tu rentres chez toi, tu essaies de réfléchir à des solutions d'optimisation de développement.
En ce moment c'est beaucoup de réflexion.
Je suis bien formé en préparation physique, je n'ai pas de Master de préparation physique. En tous les cas ma conception évolue beaucoup et très vite.
Au début je pensais que l’entraînement c'était développer de la physiologie et des qualités physiques renforcées avec des qualités mentales. Un peu comme une addition pour avoir au final un truc bien.
Hé bien non, c'est plus complexe, tout est relié. Les athlètes doivent se questionner sur les habilités mentales nécessaires pour être performant en situation de compétition. Il y a des incontournables de qualité physiologique et physique.
Les Secrets du Kayak : La musculation en kayak s'est longtemps résumé au développé couché, tirage planche, tractions. Aujourd'hui j'ai l'impression que ça a pas mal changé, qu'est-ce que tu en penses ?
Guillaume Berge : je dirais que l'analyse du coup de pagaie en kayak t'amène à penser la musculation différemment.
La musculation a évoluée et on avance bien avec l'idée qu'il faut un corps le plus homogène possible. Et moi je pense qu'il faut avoir la capacité à rester gainer pour répondre à un déséquilibre.
Il faut avoir des ressources de force musculaire autour des articulations, pour répondre à ce déséquilibre du fait du déplacement. Pour moi le gainage doit rester au centre !
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu confirmes que l'appui et la vitesse donne de la stabilité au bateau et que par conséquent c'est plus compliqué de rester stable à l'arrêt ?
Guillaume Berge : Tu vas développer ta stabilité c'est sur, mais je pense qu'on est stable quant on a la pagaie dans l'eau. Donc les enchaînements créent de l'instabilité.
La pagaie sert de propulsion et d'équilibre, c'est le seul point d'ancrage sur l'eau. L'eau reste une matière sur laquelle on peut s’appuyer.
Donc oui à l'arrêt la pagaie en l'air, il arrive des petites surprises.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'aujourd'hui tu t’entraînes encore en bateau ?
Guillaume Berge : Non, je ne m'entraîne plus, je navigue ! Une ou deux fois par semaine. Je fais des trucs tranquille.
Je suis tellement occupé que je ne m'entraîne plus en kayak, mais j'ai un volume d'entraînement sur d'autres activités à raison d'une séance par jour. Je fais du triathlon donc tu nages, tu coures et tu fais du vélo. J'adore le trail, le VTT.
Les Secrets du Kayak : La transition est surprenante à vrai dire. Est-ce que tu as des regrets de ne pas avoir eu accès au haut niveau ? Qu'est-ce qui explique le fait que tu n'y ais pas eu accès ?
Guillaume Berge : En Australie, l'année dernière les filles m'ont posé cette question. C'est multifactoriel.
Le premier facteur c'est sûrement mon manque d'envie. J'adore le sport, mais pour le haut niveau je n'avait pas compris tous les prérequis.
Je ne suis pas quelqu'un de super régulier à l'entraînement. Je me réveillais trop tard trop près des échéances, et après je me reposais. Et ça ça ne marche pas.
Pour être athlète de haut niveau, je dirais qu'il faut bien reconsidérer le kayak dans sa situation de compétition. Bien se questionner sur comment être prêt pour bien réussir son objectif de course, et qu'est ce que je dois faire en compétition.
La logique interne, c'est battre les autres. Il faut arriver devant. Donc ça amène de l'adversité et de la confrontation.
Mon conseil : s’intéresser à ce qui se passe dans leur tête pendant la confrontation en compétition.
Ça se travaille, c'est de la préparation mentale, il faut en parler, discuter avec votre entraîneur.
Vous pouvez retrouver Guillaume sur son compte Facebook.
Interview : Vanina Paoletti
Retrouvez tout sur Vanina Paoletti. Comment a-t-elle débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-elle pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Vanina Paoletti en mai 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Vanina Paoletti : Ça va super bien, merci.
Les Secrets du Kayak : Quel est pour toi ton premier souvenir de kayak ?
Vanina Paoletti : Je ne saurais pas dire exactement, et ce qui est drôle c'est que j'ai en face de moi une photo de moi toute petite dans un bateau.
Je sais qu'avant même de savoir marcher, j'ai mis les fesses dans un kayak avec mes parents et mes sœurs.
Peut être en compétition à Corbeil-Essonnes il me semble, en slalom. Sinon je n'ai pas de souvenir très précis.
Mes deux parents sont kayakistes : mon père céiste ma maman kayakiste, il se sont rencontrés sur l'eau à Saint-Maur-des-Fossés. Et il nous ont appris à faire du kayak à mes sœurs et moi.
J'ai dix ans d'écart avec Camille ma plus grande soeur, et six ans d'écart avec Julie.
J'ai appris à marcher au bord des bassins, je les ai toujours vu pratiquer le kayak. Ça été une envie naturelle, de reproduire ce schéma.
J'ai fait d'autres sport et je suis toujours revenue au kayak. C'est une passion familiale.
J'ai fait pas mal d'équitation, mon père après avoir été entraîneur de kayak est rentré dans la fonction public d'abord en tant que gérant du centre hippique municipal de Saint-Maur-des-Fossés.
J'ai fait de l'escalade, mais mes parents étant grands fans de sport de plein air j'ai aussi fait du VTT, via ferrata, des randonnées.
On passait nos été en montagne à suivre mes sœurs sur leurs compétitions, et à pratiquer tous les sports qui gravitaient autour du kayak.
J'ai commencé par de la descente puisque mes parents sont descendeurs.
Mes deux sœurs ont été en équipe de France de descente, et Julie a même remporter le titre de championne du monde en C1 dame en 2012, à la Plagne.
J'ai commencé à Joinville l'eau-vive. On avait une pratique pluridisciplinaire et on allait en stage avec les copains et la région Ile-de-France qui avait mené tout un projet de développement avec la descente.
Alban Planchais a emmené tout un groupe d'adolescents 14-18 ans pour sillonner les rivières. J'ai grandi de mes 6 ans jusqu'au lycée, en navigant partout en France et en Europe.
On avait le challenge jeune en Ile-de-France, et pour rentrer en minime tu devais pratiquer toutes les disciplines. Donc le slalom était un point d'honneur pour mes parents, surtout mon papa qui été BE en kayak, et pour apprendre à naviguer il fallait passer en bateau slalom.
J'ai rapidement arrêté en cadet, je n'avais pas la fibre, ce sont des artistes. Moi j'étais trop une bourrine pour performer en slalom. J'ai fait de la descente et je me suis vite rendue compte que je voulais pratiquer le haut niveau.
Les Secrets du Kayak : Tu as stoppé la descente pour pratiquer la course en ligne ? Ou est-ce que tu faisais déjà les deux avec les challenges jeunes ?
Vanina Paoletti : Jeune, en minime j'ai fait les régates nationales espoir, je n'étais pas forcément douée, je le faisais pour être avec les copains.
J'ai fait de la course en ligne parce que j'ai intégré le pôle espoir de Caen. Ils prenaient deux ou trois descendeurs à chaque fois, mais c'est un club de course en ligne.
On était en famille dans les Pyrénées, et mes parents m'ont poussé à prendre contact avec un entraîneur Matthieu Lesénéchal, pour lui demander s'il n'avait pas un bateau et une pagaie.
Moi j'avais peur d'envoyer un simple message à un coach national comme ça pour lui demander. Il m'a répondu que oui, et j'ai commencé comme ça en septembre 2013 au pole espoir de Caen.
Je suis arrivée sur ma première compétition avec un 'américain', c'est un bateau instable, mais c'est surtout que toutes les autres filles avaient des quattro flambant neufs. C'était le dernier de chez Nelo, et moi j'avais un bateau qui avait dix-quinze ans.
C'était pas possible dans ma tête, et en fait je me suis sélectionnée dès la première année en équipe de France avec ce bateau et ma pagaie super lourde. C'était super !
2014-2015, je me suis sélectionnée en junior pour les deux disciplines course en ligne et descente, les deux circuits internationaux.
J'ai arrêté la descente en rentrant au pôle France de course en ligne de Cesson. Ça n'a pas été un choix de ma part, ça m'a été imposé et je n'y suis pas trop revenue.
C'est un projet de 2022 que de remettre mes fesses dans un bateau de descente. Juste pour aller me faire plaisir en eau-vive et retrouver ces sensations perdues.
Les Secrets du Kayak : Comment se fait-il que tu te sois retrouvée au pôle espoir de Caen, alors que si je comprends bien, tu étais en région parisienne ?
Vanina Paoletti : A cette date, il n'y avait pas de pôle espoir en région parisienne. J'avais demandé le pôle de Cesson parce que ma sœur était sociétaire du pôle France de Cesson-Sévigné en descente.
Et je n'ai pas été acceptée pour des petits soucis d'épaule, ils considéraient que mon niveau n'était pas assez bon.
Je connaissais des gens qui étaient rentrés au pôle espoir de Caen. J'ai eu de la chance d'avoir rencontré le coach Matthieu Lesénéchal qui a vraiment été une personne importante dans mon développement sportif et aussi humain.
Pour l'épaule, je faisais des tendinopathies à répétition, à cause de ma taille, les tendons ne grandissant pas à la même vitesse que les os, ça été compliqué. Et à l'époque je ne connaissais pas le schéma de la douleur, je ne savais pas que mon cerveau ne me donnait pas les bonnes informations.
C'est Alban Planchais qui m'a proposé la dernière place sur un stage de ski de fond. Le but était de retrouver du plaisir avec l'émulation pour retrouver du plaisir sur l'eau.
Tout est une histoire de rencontre. Sans eux je pense que je n'aurais pas eu ce parcours, j'aurais fait d'autres sports, d'autres études.
Du coup je me suis beaucoup intéressée à la douleur et notamment dans le cadre de mes études de podologie, surtout parce que j'ai eu un accident de voiture pendant ma troisième année de senior.
J'avais ces douleurs cervicales récurrentes, et j'ai fait la rencontre au pôle d'un kiné spécialiste en rééducation de multi-traumatisés, et avec lui j'ai appris que la douleur est aussi liée à des émotions.
Chez moi, c'était lié au stress. J'ai eu des douleurs cervicales qui apparaissaient bizarrement deux semaines avant les étapes de sélection.
J'ai aussi fait un gros travail en hypnothérapie avec une thérapeute à Rennes, qui m'a appris à gérer ces schémas de douleurs et à en faire une force.
Je me suis par la suite aussi intéressée à la préparation mentale, mais l'hypnothérapie a été ma première étape pour passer outre. Ça a été l'élément déclencheur de mon intérêt aux facultés du cerveau à gérer la douleur.
Donc j'ai enclenché tout un processus de préparation mentale avec Gérard Vaillant, qui me suit encore. J'en fait à l'année, parfois deux trois fois par semaine. Avant à Rennes c'était des séances physiques, maintenant c'est plutôt à distance.
Les Secrets du Kayak : Tu disais que ton père était entraîneur de kayak, est-ce que ça signifie qu'à tes débuts tu en faisais plus que la plupart des autres enfants du même âge ?
Vanina Paoletti : Non du tout, je suivais le même rythme que les autres enfants. Ma maman est médecin de prévention, elle s'occupe de jeunes enfants et elle est très sensibilisée à la notion de prendre du plaisir pour ne pas brusquer l'enfant.
Donc en fait elle a repris le kayak quand je m'y suis mise et on faisait ça le samedi et le mercredi. Ils ne m'ont jamais brusqué, parfois je râlais un peu quand il fallait y aller en hiver.
Ça s'est fait au fur et à mesure et c'est moi qui décidait si j'avais envie d'en faire plus ou moins.
A Joinville on faisait surtout slalom et descente. C'est en senior 2 que j'ai changé de club pour aller au CKCIR St Grégoire, pour pouvoir m’entraîner d'avantage en course en ligne du fait d'avoir intégré le pôle France de Cesson, et puis il y a une ambiance de folie à St Grégoire, c'est un club familial fabuleux et j'y ai des coéquipières en or.
Donc avant, je ne faisais pas de course en ligne, non.
Pour répondre à ta question sur la stabilité en course en ligne, en minime j'avais un Orion c’était un bateau qui avait une forme que j'adorais.
En pôle espoir, je ne me suis pas trop posée de question, on m'a donné un américain prêté par Mathieu et la région, c'était une chance folle. Je n'ai pas trop de souvenirs, mais les premières séances n'ont pas du être faciles. Mais ça c'est bien passé vu les résultats de mes tests nationaux. Ça me m'a pas vraiment marqué.
Je pense que le slalom et l'eau-vive ont été une base formidable pour la course en ligne, surtout l'eau-vive. Tu es confronté à la nature, aux éléments, et si tu veux aller contre les éléments tu n'arriveras à rien.
Donc j'ai pu faire beaucoup de stage à jouer avec l'eau et à me faire plaisir. Ensuite je suis arrivée en course en ligne, j'ai perdu ce plaisir pendant un temps mais j'ai retrouvé cet élément de glisse indissociable de notre pratique.
Quand il y a des vagues, oui j'anticipe le mouvement de l'eau. Mais en course en ligne on évolue sur de l'eau plate, donc on a pas besoin d'anticiper.
Mais planter la pagaie sur la crête de la vague et se tracter dessus, j'adore. Quand tu fais de la descente que tu es sur la bonne trace au bon moment et que tu sens la puissance de l'eau pousser sur le bateau, ce sont des sensations fabuleuses.
Et ces sensations là tu ne les ressens pas en course en ligne. Mais tu ressens d'autres choses qui sont cool aussi en terme de facteur de glisse.
Les Secrets du Kayak : En descente as-tu eu rapidement des résultats intéressants ?
Vanina Paoletti : Oui en descente dès ma première année en équipe de France j'ai fait quatrième, c'est le jeu de la compétition. C'était en sprint, j'étais à un dixième de seconde de la troisième.
Et ça m'a pas mal poussé à retourner à l'entraînement. Je ne voulais plus que ça m'arrive que de passer si proche d'un podium. Et j'ai eu une troisième place aux championnats du monde aux Etats-Unis en junior 2.
Le choix de la course en ligne s'est fait parce qu'il y avait trop de descendeurs au pôle France de Cesson, et il restait des places en course en ligne. Et c'était le pôle qui à cette date accueillait les kayaks dame moins de 23 ans. On m'a dit il y a de la place, j'ai foncé !
Et la dynamique globale m'a poussé vers la course en ligne, même si sur le moment je ne l'ai pas bien vécu. Mais je n'ai aucun regret.
C'est à moi de savoir exprimer mes envies sur le moment, je n'ai pas su le faire mais ce n'est pas grave, ça ne changera pas ma vie de revenir là dessus.
Les Secrets du Kayak : Pourrais-tu m'expliquer les différences de technique entre la descente et la course en ligne ?
Vanina Paoletti : La principale différence pour moi c'est le calage : en descente on est beaucoup plus contenu dans le bateau pour pouvoir jouer sur les gîtes qui te permettent de pouvoir tourner ton bateau.
Donc tu es contenu au niveau du bassin et au niveau des genoux qui sont plaqués avec des mousses et une barre à pieds. Comme tu es maintenu les mouvements de jambes sont beaucoup moins fluides, et moins important dans la biomécanique.
Donc tu as moins de rotation des épaules pour ton coup de pagaie, et souvent tu peux constater moins d'amplitude au niveau des mains plus basse et plus proche du corps pour des descendeurs qui passent sur le kayak de course en ligne.
La biomécanique de notre sport fait que tout est lié. Des pieds aux jambes au bassin aux abdos au dos aux bras, et que derrière ça joue sur ta pagaie pour se tracter dessus.
Les Secrets du Kayak : As-tu rapidement eu des résultat équipe de France à l'international ?
Vanina Paoletti : Non en course en ligne ça a été compliqué : déjà d’appréhender les équipages, c'était nouveau pour moi.
Moi j'ai commencé sur le tard le K4. Il me manquait un truc. Je suis entrée en pôle France derrière, je me suis accrochée à la dynamique. Même si maintenant mes résultats ne sont pas trop mauvais en France, à l'international tout reste à faire, tout reste à prouver.
J'ai eu une médaille l'année dernière en coupe du Monde, mais c'était en période Covid. J'ai du mal à me considérer autrement que comme une jeune pagayeuse, car je n'ai pas vraiment de palmarès en international, mais je vais aller les chercher !
Il me faut juste un peu de temps. Je n'ai pas encore réussi à performer mais c'est mon objectif.
En junior j'en ai fait, mais c'était à mille lieux de ça. On avait fait sixième en K4 en championnat d'Europe. On avait gagné une finale B en K4 la même année en 2015. Mais ce n'est pas grandiose.
Et je n'ai pas eu la chance de concourir en individuel. Une seule fois en moins de 23 ans sur du 1000 m. Je ne me démarquais pas donc je n'ai pas eu ces opportunités, ou ce n'était pas sur la dynamique fédérale que de m'aligner sur ces courses en individuel.
Donc j'ai fait mes armes en France, et là je commence à pouvoir m’aligner sur des courses internationales en monoplace. On verra ce que ça donnera.
Les Secrets du Kayak : Qu'est ce que tu as fait comme étude ? Est-ce que tu penses qu'elles ont freiné tes progrès ?
Vanina Paoletti : J'ai fait une première année de STAPS parce que je voulais intégrer l'école de formation de kiné podo-ergo à Rennes.
Au départ je voulais faire kiné, j'ai été prise à l’accès niveau podologie. J'ai découvert ce métier passionnant en entrant dans cette école. On peut vite être dégoûtée par les « on dit » sur la podologie.
Ça se fait en trois ans de formation. J'ai été accompagnée par une équipe pédagogique fabuleuse, ils ont été incroyable avec moi, dans l'aménagement des horaires dans la prise en charge des cours.
J'ai fait mes études en quatre ans et j'ai terminé en juillet 2020. J'ai essayé de tout faire parfaitement, et du coup je me suis complètement perdue dans ce que je voulais vraiment faire.
A force de vouloir être au top partout, on nivelle le niveau. Quitter l'école ça m'a fait beaucoup de bien, j'ai déchargé psychologiquement de toute cette partie où je voulait exceller.
Maintenant je peux me concentrer sur le kayak. J'avais surtout envie de montrer que je savais faire autre chose que du kayak, mes parents et mes sœurs sont des gens brillants. Donc oui, l'école c'était important.
Je ne m'entraînais pas forcément le nombre d'heures qu'il aurait fallu. Je pense que c'est multi-factoriel, ce ne sont pas que les études qui ont fait que j'ai réussi à progresser en kayak.
Je pense que le confinement à été du pain béni pour moi. Au moment où il a été annoncé je n'étais pas loin de la rupture. Je ne prenais plus aucun plaisir en kayak, c'était horrible.
Je galérais à l'école à force de courir partout et de rater plein de cours. J'étais complètement exténuée, je m'endormais au lieu d'aller en cours.
Je pensais l'hiver avant la covid déjà, d'arrêter le kayak. Je n'avais pas encore compris que mon leitmotiv c'est le plaisir. Juste après l'annonce du confinement, on a appris le report des JO et c'est mon copain qui m'a dit « si tu n'as pas de course de saison pour les JO, fais une pause kayak, concentre toi à fond sur les études, finis les et va sur un autre truc. Change la manière dont tu t'entraînes et ça te fera du bien. »
C'est exactement ce que j'ai fait, et avec cette équipe pédagogique fabuleuse à l'école, parce que je n'avais pas fini mes examens de deuxième années, je n'avais pas fini ceux de troisième année, je n'avais pas commencé mon mémoire, et je me suis mise en mode bourreau de travail, pendant deux mois j'ai charbonné à l'école, j'ai fait le strict minimum en sport, juste ce qu'il me faisait plaisir Et j'ai réussi à valider mon diplôme de podologie en juillet.
Ça a été une libération d'avoir fait une pause en sport.
Les Secrets du Kayak : Ton copain fait aussi du kayak, comme tes parents vous vous êtes rencontrés sur l'eau ?
Vanina Paoletti : Non on se croisait aux entraînements et un soir on est partis en boîte de nuit, et voilà.
Il est génial, il fait plein de trucs différents et il a su rebondir : se remonter un projet solo et repartir à fond après être passé en pôle. Il m'aide beaucoup.
Il me rappelle énormément ce qu'est de s’entraîner en se faisant plaisir, j'ai redécouvert la nature par le kayak avec lui, j'ai redécouvert la discipline. Être dans un environnement fabuleux, dans des endroits magnifiques.
De là j'ai décidé de pratiquer comme à l'époque de mes huit ans, et au final tout ça m'a amené aux portes de la qualification de 2021.
Je m'entraînais deux fois par jour mais je ne faisais pas le volume demandé... et j'avais tellement honte que je trichais sur mes comptes rendus d'entraînement. Ça a été une erreur que de ne pas assumer le fait que je ne m'entraînais pas suffisamment.
J'ai été coachée par Claudine, que tu as interviewé. Claudine me disais de bien séparer école et kayak ! Et ça je n'arrivais pas à le faire. Quand j'étais dans l'un je pensais à l'autre et vice versa.
Aussi le fait de ne pas assumer de d'avoir une note de 10 à l'école m'a pénalisé, il me fallait avoir plus que 10. Je n'arrivais pas à accepter ce type de note.
Moi je n'ai pu su mener deux projets en même temps.
Les Secrets du Kayak : Comme disait Babâk dans un précédent épisode, le kayak ce sont des émotions et si tu n'arrivais pas à gérer les émotions extérieures tu ne peux pas retrouver le plaisir de ta pratique dans le kayak. Si tu as la tête chargée tu ne peux pas couper et faire ta glisse.
Vanina Paoletti : J'avais aussi beaucoup de mal à me projeter dans le kayak de haut niveau, je me prenais des branlées face aux grands noms tel que Sarah Guyot, Sarah Troël, Manon Hostens, Léa Jamelot.
L'écart était monumental et quand je passe la ligne des open de France en août dernier, je n'y ai pas cru. J'ai mis du temps à réaliser et prendre conscience de mes résultats.
Aujourd'hui je me consacre au kayak. Avec le report des Jeux pendant le confinement et après avoir fait le point avec mes parents, il a été décidé que je me consacre aux Jeux en priorité plutôt qu'au travail.
Je commence à avoir des aides du département et du comité, et de sponsors. Mais ce sont mes parents qui m'ont financé le kayak. Ils m'ont accorder cette année test.
Mes journées sont monacales, je fais mes semaines de développement à Vaires-sur-Marne, mes semaines de récupérations à Angers, et je profite de la vie.
A Vaires, c'est réglé comme du papier à musique. Je me lève, je me pèse et fais 20 minutes de yoga, je prends mon petit déjeuner, et je pars à l'entraînement, trois séances par jour.
Je m’entraîne environ 20h par semaine en kayak mais aussi en musculation, athlétisme avec Stéphane Caristan.
Et j'adore ça, je vis mon rêve, j'adore m'entraîner, j'adore échanger avec les coach, je discute préparation mentale…
Et je suis coaché par Guillaume Berge, il a un an de plus que moi, tout jeune coach et il m'a demandé dès le début ce que j'aimais et ce que je n'aimais pas. Le but : avoir la notion de plaisir pour être heureuse à l'entraînement. Juste kiffer. Parfois on en oublie la chance qu'on a.
Par exemple ce que je n'aime pas : les 20 bornes. Dès qu'il y a plus de 15 km sur le GPS ça me saoule ! Ça me met directement de mauvaise humeur, et du coup je le fais en vélo.
Mes séances préférées ce sont celles de vitesse et de VMA. Aller jouer avec la limite de la jauge cardiaque au point de ne plus savoir comment je m'appelle. J'adore.
Je fais donc du vélo pour les séances d'aérobie, un peu de course à pied je devrais en faire plus, mais je n'ai pas encore trouvé le petit truc qui m'anime, et pourtant j'aime bien. Ça va venir.
Mais j'ai du mal à rester sur des 130-140 de fréquence en course à pied, alors qu'en vélo ça passe tout seul, et tu vois du paysage.
La musculation c'était compliqué au début, je passais mon temps à regarder dehors. Mais maintenant j'aime bien parce que je connais l'importance que ça a dans la pratique du haut niveau. Je vois mes bras qui gonflent et ça me fait plaisir !
Déjà avec le kayak tu as une certaine carrure, maintenant je sais que c'est la clé pour avancer.
Et je suis un petit gabarit, quand tu regardes l'embarcation je fais un creux, comparée aux autres filles je suis petite. Il faut que je gagne des centimètres de partout, donc je suis bien droite mais je n'ai pas un grand buste. Donc c'est un gros travail de posture au quotidien pour me sentir grande dans le bateau, pour avancer vite.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu fais des choses en dehors du bateau qui t'aide ?
Vanina Paoletti : Du Yoga, de la préparation mentale, quand je change mon port de tête je change toute ma position jusque dans mon bassin et mon mouvement de jambes.
Et mon mouvement de jambes définie tout mon coup de pagaie en course en ligne.
Et me redresser comme ça, ça me permet de réellement m'exprimer en course.
Je ne suis pas monstrueuse en musculation, je pense être dans la moyenne nationale des senior. Par rapport à Sarah Guyot je ne soulève rien, elle est vraiment impressionnante comme Léa ; j'ai une marge de progression.
J'ai des bons cuissots sans les travailler, et là avec l'arrive d'Audric Foucault le préparateur physique je les travaille de plus en plus en haltérophilie. Et je ressens l'explosivité en athlétisme, et ça se transpose dans le bateau.
Les Secrets du Kayak : J'ai cru voir que tu navigues sur un Nelo ?
Vanina Paoletti : Mon premier bateau à moi, c'était un Nelo un V3. C'est Sébastien Jouve qui me l'avait trouvé au pôle espoir de Caen, il s'entraînait sur la structure.
Et je ne me suis pas posé de question, je suis restée chez Nelo, en Sete. On verra pour les prochaines saison, tester d'autres choses. J'ai eu un Cinco mais j'ai gardé le Sete. Après je trouve que c'est du marketing, il n'y a pas de différence monstrueuse au sein d'une même marque.
Et en pagaie je suis en Jantex Gamma Rio, en M minus et je navigue en 2,14 en monoplace. En équipage je mets plus, et je pense augmenter bientôt la taille de pale.
Mon année de junior 2 j'avais les pagaies de mes sœurs, des Bimba. Je suis arrivée aux mondiaux aux Etats-Unis, il y avait Manon Hostens en moins de 23 ans. C'était super dur, les pales ne réagissaient pas de la même façon dans l'eau, Manon m'avait vu galérer et m'a proposé une de ses pagaies. Je n'osais pas la mettre dans l'eau, c'était la pagaie de Manon Hostens ! Limite elle me demandait de casser la pagaie, elle voulait que je plante la pale ! J'ai eu ma petite médaille comme ça.
Les Secrets du Kayak : J'ai l'impression en t'écoutant que tu idolâtrais les filles qui étaient en équipe de France de haut niveau. C'est un rêve qui se concrétise aujourd'hui ?
Vanina Paoletti : Oui. Il y a encore un an jamais je n'aurais pensé m'exprimer comme ça sur l'eau.
J'espère que ma carrière sportive va être longue, mais par rapport aux gens que tu as interviewé je suis zéro, je n'ai rien. J'ai tout à aller chercher !
Toutes ces filles que j'ai pu citer, je les regardais sur mon écran au moment des courses, je les ai vu aller chercher le quota en 2019 pour le K4. Donc oui s'entraîner avec des grandes championnes et des filles comme elles, c'est vraiment cool.
Les Secrets du Kayak : Tu as rejoins le club d'Angers ? Pourquoi ?
Vanina Paoletti : Parce que mon copain est d'Angers, j'ai quitté la Bretagne en juillet dernier. Et en fait financièrement ça été compliqué, mes parents sont bientôt à la retraite et je veux qu'ils puissent profiter.
Je me sens bien à Angers. Le club est venu vers moi avec une proposition d'accompagnement jusqu'aux Jeux de Paris. Je me suis rendue compte que ça pouvait m'apporter des opportunités sur le plan humain et financier, en plus il y a Pauline Freslon qui a aussi intégré l' ESACK cette année.
Les coachs et les présidents de clubs sont des gens que j'apprécie. L'ESACK c'est une entente sportive, il y a cette bienveillance pour le projet des athlètes.
Et j'ai une personne là bas qui me trouve des sponsors, en plus de ce qui était prévu. J'ai beaucoup de chance d'avoir Jean-Marie, un restaurateur qui a un réseau impressionnant.
C'est un passionné de sport qui se révolte de l'inégalité des aides possibles pour certains sports par rapport au kayak. Moi je comprends, au niveau communication et exposition on est zéro dans le kayak. Donc il en cherche pour moi et ça marche. Et j'espère pouvoir vivre de ma passion.
Les Secrets du Kayak : Envisages-tu de t'exposer médiatiquement pour aller chercher les sponsors et en vivre ?
Vanina Paoletti : S'exposer médiatiquement, c'est un objectif pour déjà bien le rendre à mes sponsors et à la ville d'Angers.
On a énormément à y gagner en kayak, ne serait-ce que pour faire découvrir notre pratique.
Je m'expose sur les réseaux, je suis suivie par Ouest-France qui fait des petites vidéos et des articles régulièrement sur la préparation de ma saison. C'est compliqué, on n'est pas formé à tout ça, on est formé à glisser sur l'eau nous.
Être mise en avant c'est compliqué dans le sens où, pour moi, je ne me trouve pas légitime. Je n'ai pas fait mes preuves à l'international. J'ai juste fait de bonne performances aux sélections des JO.
Ce n'est pas dans les mœurs du milieu de s'exposer. Je n'ai pas assez de lâché prise, je me soucie toujours trop de ce que peuvent penser les gens.
Et puis mes résultats aux sélections c'est une réelle surprise, je savais que je me sentais bien, déjà en août ça c'était bien passé. Je suis assidue et je mets tout en place depuis pour que ça marche.
Depuis les Opens le stress monte, il fallait confirmer tout ça aux championnats du monde. Mais je sais que le moment venu, je suis en mode guerrière et c'est grâce à mon entourage : Guillaume Berge, Gérard vaillant mon préparateur mental, et Julie ma grande sœur.
Je gagne le 200m et le 400m. Pas le 500m, les relances de Manon sont incontrôlables. Impossible de suivre son rythme pour le moment !
Les Secrets du Kayak : Quelle suite après les opens de France ?
Vanina Paoletti : On s'est rassemblée trois jours avec Sarah, Léa et Manon pour faire du K4. Il fallait qu'on s’entraîne. J'ai fait un peu de K2 avec Léa, et là on part lundi en coupe du Monde à Szeged , pour le tournoi de qualification K1 200m pour les JO.
Et après la suite est floue, on n'est pas alignée sur la seconde coupe du Monde parce que c'est en Russie et que les conditions sanitaires sont particulières, pareil pour le championnats d'Europe.
Début juin l'équipe de France olympique sera annoncée. J'espère être dedans !
Pour le moment je ne connais pas les objectifs à cibler pour Szeged et je ne veux pas savoir. Je ne regarde jamais le circuit international avant d'avoir passé les sélections françaises. C'est Fred Rebeyrol qui va suivre le reste de la saison internationale.
Je me suis retrouvé dans les propos de Bâbak lorsqu'il évoque la notion d'objectif de réalisation et non pas de performance. Donc je ferai la plus belle réalisation possible et advienne que pourra. Et ça sera en K4.
On a fait l’enchaînement des open de France, avec la finale qui comptait plus que le reste, et il faut valider les bateaux sur la coupe du monde pour ensuite faire partie de la sélection officielle.
Par contre, on a déjà qualifié le K4 par les quotas.
Cette année, les athlètes se sélectionnent sous forme d'accréditation. Les filles ont validé le quotas pour le K4 en 2019, donc elles ont récupéré quatre places, elles l'ont eu en K2, mais elles ont rendu le quota puisque le K4 été déjà sélectionné.
Donc on a quatre accréditation féminines pour les jeux, et comme moi je n'étais pas dans le bateau sélectionné, j'ai le droit d'aller rechercher un autre quota. C'est complexe !
Donc je vais tout faire pour qu'une cinquième française soit alignée.
Et une fois les personnes sélectionnées, les fédérations ont le droit d'aligner deux bateaux par catégorie.
Après tu as aussi des épreuves qui se chevauchent, donc Sarah ne peut pas faire le K1 200 et 500m.
Ça sera le staff qui décidera avec les athlètes, comment concilier au mieux les projets.
Les Secrets du Kayak : Afin de mettre toutes les chances de ton côté, est-ce que du point de vue de l'alimentation tu es au top ?
Vanina Paoletti : Je mange super bien, équilibré, bio en accord avec mes convictions personnelles et écologiques. Je pense que mon métabolisme de base fait que pour être sèche il faudrait vraiment que je soit consciencieuse, au gramme près.
Je mange bien pour être performante, à un moment je ferais ce qu'il faut pour être sèche et affûtée pour les courses, mais ma composante de performance c'est le plaisir.
Si j’étais plus sèche bien sur que je serais plus performante, mais il y a tellement d'exemples et de contre-exemples qu'au final ce n'est pas certain.
Le métabolisme est aussi génétique et tu ne peux rien y faire. Ma mère est comme moi, mes sœurs aussi. Et pourtant j'en fais du sport !
Ça m'est arrivé de sécher et de faire des contre performances. Mon corps ne fonctionnait pas à ce niveau là. J'étais suivie par une nutritionniste qui n'étais pas trop orientée sport, qui m'avait donné les clés pour sécher, mais pas pour performer. C'était affreux !
Tout est une histoire d'équilibre.
Et pareil au sujet du volume d'entraînement. C'est Claudine qui m'a éduqué sur le qualitatif. Et je pense que l'alimentation c'est pareil, ce n'est pas en étant le plus assidu à l'alimentation ou à l'entraînement qu'on sera forcément les meilleurs, tout est histoire de jauge personnelle.
Les Secrets du Kayak : Aujourd'hui on a du mal à s'écouter, on est assez cartésien alors qu'en fait on a déjà pas mal de réponse en nous. Et au final plutôt que de courir c'est peut être mieux de marcher tranquillement, de prendre l'air tout simplement.
Vanina Paoletti : Je ne sais pas si tu as entendu parler d'un livre nommé Intuition, recommandé par mon préparateur mental. C'est un livre de développement personnel, c'est un roman qui parle d'intuition.
Il est pas mal fait, ça parle de se reconnecter à ce que notre corps nous dit, sans aller chercher à interpréter les infos de notre cerveau. Et c'est sur quoi mène la science aujourd'hui.
Si on évalue les choses sans les remettre dans un contexte, ça n'a pas de sens. C'est comme le sujet des étirements, il y a plein de publications qui sont sorties ces dernières années en disant que les étirements diminuaient l'explosivité et la force.
Alors que pour moi les étirements c'est la vie. Et si je ne m'étire pas, j'ai tellement de douleurs ostéo-articulaires que si je ne le fait pas je ne peux pas pratiquer le kayak à mon meilleur niveau.
Alors peut être que ça diminue la force de mes muscles, mais si je ne peux pas bouger, ça ne me sert à rien !
Les Secrets du Kayak : As-tu appris des choses en podologie qui t'aident pour la pratique du kayak ?
Vanina Paoletti : Oui beaucoup puisque toute la première année c'est un socle de base de connaissance avec de la biologie fondamentale, de la microbiologie.
J'ai appris beaucoup sur l'anatomie, et comprendre son corps c'est aussi important dans la pratique sportive globale.
J'ai fait mon mémoire sur : L'optimisation podologique des barres à pieds en kayak de course en ligne.
Et malheureusement je l'ai fait en année Covid... l'objectif était de mettre en place un protocole et avec le Covid je n'ai pas pu. Mais c'est quelque chose que je garde en tête parce que je suis persuadée qu'il y a des impacts bénéfiques, et il y a déjà des athlètes qui le font en mettant des orthèses plantaires sous leur semelles.
Pour moi, il faut explorer cette piste.
Interview : Patrick Lefoulon
Retrouvez tout sur Patrick Lefoulon. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel a été son parcours ? Qu’a-t-il fait pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Patrick Lefoulon en mai 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Patrick Lefoulon : Ça va bien, professionnellement c'est un peu compliqué mais on-fait face.
Les Secrets du Kayak : Quand et comment as-tu commencé le kayak ?
Patrick Lefoulon : J'ai débuté en 1970-1971, par une connaissance de mes parents, adhérent du club de Mantes.
Mon premier éducateur, était médaillé olympique, Jean-Louis Olry. Médaillé en slalom en 1972 à Munich.
Avant ça j'avais pratiqué un peu de gymnastique, un peu de football. Je n'étais pas issue d'une famille sportive, mais je touchais à tout.
On apprenait toutes les disciplines en kayak, une de mes premières sortie c'était en slalom, à côté de Mantes sur l'Eure, j'y ai pris quelques bains honorables.
Géographiquement, on bénéficie d'un environnement qui nous porte d'avantage sur l'eau calme que sur l'eau-vive, donc j'ai plutôt pratiqué la course en ligne naturellement.
Mais j'ai fait des championnats de France de slalom, de descente comme cadet, avant de me spécialiser définitivement.
Je ne pense pas que ça permet de performer en course en ligne mais c'était de la découverte.
Il fallait en faire, mais à mon avis ce n'est pas une nécessité pour atteindre le haut niveau.
Ca fait partie de la culture du kayakiste que de savoir ce que c'est.
En minime et cadet, je faisais deux à trois entraînements par semaine.
En cadet 2 s'est ajoutée la préparation physique, la musculation et le footing.
En junior, je faisais cinq entraînements par semaine.
Il n'y a qu'une fois arrivé en senior que je me suis entraîné tous les jours.
Enfant, à douze-treize ans, j'avais quelques prédispositions par rapport aux jeunes avec qui je m'entraînais. J'avais plus de force musculaire, et une explosivité musculaire supérieure.
J'ai du faire mes premières compétitions internationales en cadet 2, en Allemagne à Borkum et en Belgique à Gand.
En cadet 2, on mangeait des wagons, on était clairement pas au niveau des allemands ou des polonais. Il fallait s'accrocher !
Je n'avais pas du tout pour projet à quatorze ans que d’être champion en kayak.
En Minime, j'étais champion de France, donc en cadet c'était logique d'accrocher une bonne place.
En junior pareil. Et une fois arrivé à l'INSEP, pourquoi pas arriver aux championnats du Monde et aux Jeux Olympiques.
A quatorze ans, je souhaitais juste avoir un diplôme pour travailler et me faire plaisir en compétition, avec de bonnes performances.
L’objectif des Jeux est arrivé à vingt ans à l'INSEP.
En cadet 2, ce qui m'a permis de rester motivé face à la raclée, c'est ma personnalité. Je suis resté motivé tout au long des échecs.
Il suffit de s’entraîner, de le vouloir, et un jour ça vient. Abandonner n'a jamais fait partie de mon mode de pensée, et c'est aussi ce que j'ai appris à mes enfants.
J'ai fait les Jeux de 1980 à Moscou, on avait fait quelques compétitions internationales. J'avais accroché les allemands de l'est et les Russes qui dominaient avec les hongrois.
Je m'étais dit que j'allais pouvoir vraiment concourir avec c'est gens là. Donc c'est à 22 ans, que j'ai vu que c'était possible d'aller chercher une finale de championnat du monde ou de JO.
J'avais la réputation de quelqu'un qui s’entraînait beaucoup, beaucoup de kilomètres. Parfois des sorties de 25 km.
En minime et cadet c'était des entraînements plaisir, mais dès cadet 2, junior 1 et 2 j'avalais des quantités d’entraînement colossales avec des séances qui ne se font plus.
Ça m'est déjà arrivé de faire 52 km en une journée. J'étais dans le quantitatif et non pas le qualitatif. On s’entraînait une fois par jour mais sur des séances très longues.
Et une fois arrivé à l'INSEP, on faisait deux séances par jour, plutôt des séances d'avantage qualitatives.
On était champion K2 10000m avec Bernard Brégeon en 1982. Le marathon n'existait pas, c'était ça la course de fond.
On faisait quatre à six milles kilomètres par an, en plus de la PPG. Toujours en course en ligne. 98% du temps en monoplace et 2% du temps en équipage.
A l'époque en terme de distance le 200m n'existait pas. Les disciplines olympiques c'était 500m et 1000m. On ajoutait le fond en championnat du monde.
Je suis allé à l'INSEP en junior 2, j'étais champion de France junior, c'est moi qui ai fait la démarche de demander pour y entrer.
Moi j'étais étudiant en médecine à l'époque. Ça dénotait un peu par rapport aux autres pensionnaires. On était quelques étudiant d'études supérieures, et j'étudiais au CHU de Créteil à Henri-Mondor en même temps que je m'entraînais.
Les Secrets du Kayak : Quand tu rentres à l'INSEP en même temps que tes études de médecine, est-ce que tu t'es dit que les études seraient un frein pour le kayak ?
Patrick Lefoulon : Pour moi, les deux étaient indissociables.
J'ai parfois priorisé mes études surtout les années post olympiques, et des années où j'ai priorisé le sport notamment les années olympiques.
Le tout étant d'avoir un cursus universitaire cohérent, juste rallongé de deux ans la durée de mes études, soit dix ans au lieu de huit.
J'avais la réputation de faire des séances très longues. Systématiquement, je rajoutais cinq ou dix kilomètres par rapport à Alain Lebas, le leader de l'équipe.
Pareil pour le footing, il faisait 50 minutes, je faisait 1h15. J'étais Monsieur Plus.
Je ne faisais pas que les entraînements collectifs, je montais à 7h sur l'eau pour ensuite rejoindre mon stage à l’hôpital.
Et le soir j’enchaînais les cours avec une séance de musculation à 19h.
Les trois quarts de mes entraînements étaient individuels.
J'étais assez fier de cette réputation.
Mes entraînements étaient rudimentaires par rapport à aujourd'hui. J'avais un entraîneur qui me conseillait avec Jean-Claude Le Bihan, puis Alain Lebas qui était passé d'athlète à entraîneur, qui m'a entraîné pour l'olympiade 1980-1984.
On n'était pas pris en charge comme maintenant. Il fallait se connaître, avoir des connaissance sur la préparation physique, il fallait être autonome.
Aujourd'hui, l'athlète quand il décide de s’entraîner appelle son entraîneur pour connaître sa séance. Avant ça n'existait pas, on anticipait et on se prenait en charge.
Mais à l'époque les entraînements qualitatif, on ne les avaient pas. Nous c'était du quantitatif.
Les Secrets du Kayak : Comment faisait-on pour savoir comment s’entraîner à l'époque ?
Patrick Lefoulon : On écoutait les conseils des entraîneurs. On échangeait entre nous. On a tout découvert sur le tas, on partait de zéro dans les années 1970.
On lisait ce qui paraissait sur les entraînements, mais par rapport à ce qui existe aujourd'hui, c'était du bricolage.
Il y avait des stages en Europe, dans les Antilles, certains sont allés en Asie, en Chine. Moi pour les études c'était plus simple d'aller en Pologne, Italie, Hongrie, Espagne.
On en faisait deux ou trois par an.
On s'entraînait avec les équipes de chaque pays sur place, sauf en Italie, et en Espagne.
Mais pour les pays de l'Est on avait des stages très profitables où on pouvait comparer nos entraînements avec les leurs. On a beaucoup appris et même nos entraîneurs ont beaucoup appris.
Je me disais que peut être j'en faisais trop. Je me remettais en question, mais comme beaucoup d'athlètes, il y a des moments de doute.
On cherche à comprendre pourquoi ça marche chez les autres et pas pour soit.
Je n'ai jamais connu le syndrome du surentraînement. Ou bien j'ai du rapidement le surmonter.
J'ai cependant eu une grave blessure à l'épaule, un an avant les Jeux de Los Angeles, j'ai du me faire opérer onze mois avant les Jeux.
Ça été compliqué à gérer. Je suis descendu très bas, il a fallu remonter. Le Staff de l'époque ne m'a pas aidé. Je leur en ai un peu voulu.
Il a fallu que je gère cette blessure grave. C'était une lésion du bourrelet glénoïdien, ça arrive souvent chez les kayakistes, les nageurs et les lanceurs de javelot.
La médaille d'argent à Los Angeles relève du miracle !
Du coup l’arthroscopie arrivait tout juste en France, j'ai fait parti des premiers à en bénéficier. Ils m'ont retiré le bourrelet et le corps étranger cartilagineux qui était dans l'articulation.
C'est une lésion qui est apparue brutalement, c'est venu d'un coup. C'était en stage à Séville, sur un départ, l'épaule s'est bloquée, ça va que j'étais en K2 et pas en K1 ! Mais tout fini bien.
Mais ce n'était pas mes premiers Jeux. Les premiers c'était à Moscou, c'était inoubliable.
Le contexte politique de l'époque était particulier. Il y avait un boycott des pays occidentaux contre l'URSS au sujet de l'invasion contre l'Afghanistan, on ne devait pas y aller.
Sauf qu'un certain nombre de comités olympiques ont décidés de passer outre cette décision. Et une délégation à été envoyée à Moscou.
Au final nous y sommes allés, c'était un soulagement. Et on a passé des jeux très bien organisés, à la méthode soviétique, c'est à dire avec une rigueur et une discipline à toute épreuve.
C'est un excellent souvenir malgré le contexte politique qui a noirci les Jeux. J'ai fait le K1 500m j'ai loupé de peu la finale, on a fait le K4 1000m et on a finit sixième, après être resté tout du long de la course en troisième place. On s'est fait passé par deux bateau dans les cinquante derniers mètres.
Il y avait bien des courses de sélection qui se faisaient à Choisy-le-Roi, pour les plus anciens.
Puis il y avait trois épreuves sur trois semaines, il n'y avait que neuf personnes à chaque fois au départ.
Et à partir de ça était arrêté un collectif pour faire les régates internationales. Il y avait moins de rigueur qu'aujourd'hui, moins formaté, mais oui il y avait des courses de sélections.
Il y avait aussi un circuit de coupe du monde non officiel avec quatre ou cinq courses, majoritairement dans les pays de l'Est (Roumanie, Allemagne de l'Est, Russie et Hongrie).
C'était des courses où il fallait se monter par attirer l'attention des sélectionneurs et être retenu pour les championnats du monde. Mais ce n'était pas officiel comme aujourd'hui.
Après Moscou, je suis sorti en me disant que je serai champion olympique !
Alain Lebas m'a inspiré, je n'étais pas loin de lui. J'ai redoublé d'énergie à l'entraînement. J'ai essayé d'être plus qualitatif et moins quantitatif.
Les Secrets du Kayak : Et au niveau de la préparation physique et de la musculation, tu te préparais aussi à la débrouille ?
Patrick Lefoulon : Oui c'était du bricolage, mais efficace, on avait des forts au sein de l'équipe.
On recherchait la force musculaire, et des circuits training pour faire du cardio.
On découvrait ça, on allait voir ce qu'il se faisait à l'aviron et dans d'autres sports. On s'en inspirait.
Donc développé couché, tirage planche et traction, des séances d'abdominaux à en sortir cassé. On faisait du dynamique alors qu'aujourd'hui les athlètes font du statique.
On ne faisait pas les jambes, mais j'étais un très bon coureur. Et j'affirme qu'aujourd'hui les coureurs ne savent plus courir.
Certains me choquent aujourd'hui. Je suis surpris que la course à pieds ait été abandonnée par les athlètes. Cela doit s'expliquer certainement, mais le cardio est très important. Ils n'ont même pas de foulées ! C'est peut-être volontaire.
La course à pied m'a vraiment permis d'être performant, surtout quand tu fais des efforts d'aérobie.
Alors oui aujourd'hui il y a l'épreuve du 200 m qui est un effort en anaérobie lactique, mais c'était important le footing.
On faisait des footings avec Pascal Boucherit mémorables. C'était au premier qui mourait, il fallait partir vite, et se donner à fond. Je crois que sur 3000 m j'étais à 9-10 minutes. Sur un 1000 m je faisais 2'30-35''. On était tous très bon.
Les Secrets du Kayak : Comment se passe la préparation entre les Jeux de Moscou et ceux de Los Angeles ?
Patrick Lefoulon : Il n'y a pas de championnat d'Europe à l'époque, c'est arrivé après 1984.
C'était les championnats du monde qui avaient lieux en Europe quasiment tout le temps, c'est après qu'ils les ont émigrés en Amérique.
J'ai fait une très bonne place aux championnats du Monde en K1 500m à Nottingham, quatrième, à deux dixième de la médaille.
Et après, j'ai fait champion du Monde en K2 avec Bernard à Belgrade.
En 1983 on a fait avec Bernard, lors d'une tempête ce jour là en Finlande, sixième ou septième. Le bassin n'était pas équitable, les lignes étaient tirées au sort, alors qu'aujourd'hui c'est en fonction de tes résultats des demi-finales.
Et ensuite aux JO Médaille d'argent. Après une saison 1984 très difficile suite à mon épaule.
Mais j'avais réussi le passage des sélections en équipe de France. Au niveau international, j'ai quand même bien régressé suite à cela.
D'où le choix du K2 1000m car le K1 ce n'était pas possible de performer au niveau de la médaille.
Le staff ne misait même pas sur nous ! Mais la course s'est bien déroulée, c'était inespéré.
Les JO de Los Angeles comparés à Moscou, c'est qu'à Moscou nous étions dans le village olympique. Aux Etats-Unis on était dans un village olympique qui était à deux heures de voiture, sur le lac Casitas.
Un petit village olympique créé dans une petite université au Nord de LA, il n'y avait que l'aviron et le kayak. Il n'y avait pas l'ambiance olympique qu'on a vécu à Moscou. C'était un peu décevant.
C'est pour ça qu'après avoir gagné on était content de rejoindre le village olympique à LA et participer à l'ambiance.
Los Angeles ça fait 200km de long pour 100km de large. Donc on était loin de tout ça. Ça nous a permis de rester concentrés sur les épreuves, mais on était frustrés.
C'était les canadiens qui ont gagné la médaille d'or, et c'était tellement beau l'argent, qu'on ne s'est pas demandé ce qu'il aurait fallu faire pour obtenir l'or.
On était tellement heureux d'être avec eux sur le podium et d'être sorti de toute ma galère. L'argent a suffit à mon bonheur.
Quand tu es vice champion olympique, le comment gérer une vie normale à ton retour en France est une réelle question importante. C'est compliqué.
Pour moi il fallait me consacrer à la fin de mes études, et à ma famille puisque je venais d'être papa.
Mais ça m'a manqué, plus d'une fois j'ai voulu reprendre pendant deux trois ans. Et je me suis raisonné. J'avais d'autres challenges à relever. Toute cette ambiance d'entraînement, de compétitions et de stages me faisait envie.
Et puis la vie normale a repris le dessus. Mais ce virage tout le monde ne le réussit pas et je le comprends. J'ai vu des athlètes partir en vrille après leur carrière de haut niveau parce qu'ils n'ont pas su trouver d'autres challenges à relever.
Cette médaille c'était pour moi l'aboutissement d'une carrière sportive, même si le DTN de l'époque voulait que je poursuive. J'avais le palmarès le plus respectable !
J'ai tourné la page à 26 ans, donc c'est tôt. Mais il fallait penser à sa carrière professionnelle, sa famille etc.
A mon époque il n'y avait pas de sponsors, mais il y avait des retombées médiatiques, les collectivités locales, même pour le club. J'ai été honoré de façon importante.
Financière aussi parce que l’état donnait des récompenses financières aux médaillés. Toutes ces retombées m'ont permis de me reconvertir facilement.
Maintenant ça existe toujours, et il existe quelques sponsors, ça reste marginale. Comme tu le fais remarquer aujourd'hui avec les nouvelles tendances d'application on peut suivre les open, ce qui donne de la visibilité. Alors peut-être, et c'est sincèrement souhaitable que le sponsoring se développe.
Après la médaille j'ai toujours continué à faire du sport. En ce moment c'est compliqué, les articulations ne veulent plus. J'ai continué les compétitions chez les vétérans, j'ai continué la course à pieds, j'ai fait des tas de cross et de course hors stade.
Je suis resté sportif jusqu'à l'année dernière. Le corps globalement ne veut plus. Il y a trois ans j'étais encore champion de France vétéran de kayak. C'est dans mon ADN.
Moi aussi j'ai eu le sentiment de perdre ma sensation de glisse, mais j'ai fait abstraction de ça
C'était plus laborieux, mais j'ai continué. J'y ai toujours trouvé beaucoup de plaisir. Sport de plein air et de pleine nature.
C'est sur que la musculation ce n'était pas ma tasse de thé et je n'ai pas touché beaucoup de barre depuis la fin de ma carrière.
Les Secrets du Kayak : Je voulais parler avec toi de l'évolution du matériel, j'ai retrouvé des images de toi sur un kayak en bois, et les pagaies devaient être lourdes non ?
Patrick Lefoulon : Ah mais ça n'a rien à voir à l'époque. Il y a eu une évolution technique de la pratique par l’évolution du matériel. Et notamment avec l'arrivée des pagaies creuses.
Nous c'était des pagaies plates, en acajou. Juste après mon départ fin des années 1980, avec l'arrivée des pagaies creuses Wing, puis d'autres, jusqu'aux pagaies d'aujourd'hui Braca ou Jantex, c'est vraiment la révolution !
Je me souviens d'une discussion avec Alain Lebas qui était toujours entraîneur national après 1984, qui me disait avoir fait un 500m avec les pagaies creuses et qu'il faisait le même temps que lorsqu'il faisait les JO de Moscou.
La pagaie creuse a considérablement amélioré la performance des kayakistes.
Et au niveau du bateau, les bateaux en bois étaient beaucoup plus stables que ceux de maintenant.
Moi j'ai toujours un vieux Nelo, et je peux dire que les plus récents sont beaucoup plus instables que ceux de l'époque. Les vagues de côté ne nous faisaient pas peur, alors qu'aujourd'hui avec mon V1 je les crains davantage.
Ils sont profilés pour aller plus vite aujourd'hui. Les premiers carbones sont arrivés à Los Angeles, mais c'était des bateaux moins rigides que ce qu'on a maintenant avec des formes moins effilées.
A force de changer de matériel sur des bateaux plus récent , j'ai un peu retrouvé la glisse de l'époque. Mais vraiment, si à mon époque il y avait eu des pagaies creuses, peut-être que j'aurais pu franchir le dernier pallier pour être un champion olympique en monoplace.
Vraiment la première Wing que j'ai eu dans les mains, on sent que la propulsion est tout de suite beaucoup plus efficace, et on accroche l'eau nettement mieux qu'avec une pagaie plate qui soulevait l'eau et qui faisait des tourbillons plutôt que de la propulsion.
Alors oui aujourd'hui quand tu commences la discipline de kayak tu utilises des pagaies plates, mais il n'y avait pas de varios et tu achetais une pagaie plate avec une surface de pelle, et avec un angle.
Aujourd'hui les angles sont à 50°, ce qui me paraît aberrant, parce que vent de face ça doit être compliqué, mais là aussi je ne suis pas technicien.
Les angles étaient de 70-80° et la surface de pelle c'était au choix, comme pour les bateaux. Tu avais des bateaux pour les filles et les poids légers, une forme pour les athlètes et une forme pour les athlètes très lourds.
Maintenant, il existe toutes sortes de Nelo. Et pour les pagaies c'est encore pire. Et il existe aussi les varios qui sont un progrès considérable.
Après 1984 j'ai été représentant au comité directeur de la fédération en tant que représentant des athlètes de haut niveau. J'étais avec Marie-Françoise Prigeant-Grange, qui était DTN adjointe.
J'ai même était représentant des athlètes de haut niveau au comité au sein de la fédération, et même du conseil d'administration du comité national olympique français.
Donc je suis toujours resté investi dans le mouvement sportif, même si pendant un certain temps, comme j'avais une carrière politique, j'ai pris un peu de distance avec le mouvement sportif.
Mais une fois cette carrière politique terminée, je me suis à nouveau investi dans mon club, et au sein du comité régional. Je voulais apporter mon expérience, mon enthousiasme, pour notre discipline.
Je voulais changer un peu les choses. Je reconnais qu'en course en ligne, les règles de sélection sont assez claires, et respectées. Il paraît qu'en slalom c'est d'avantage discuté, mais je ne vais pas parler de quelque chose que je connais mal.
A l'époque on réclamait des règles de sélection qui soient clairement définies en début de saison et qui n'évoluent pas en fonction du contexte sportif, en fonction de la méforme de l'un ou de la bonne forme de l'autre.
Aujourd'hui je ne peux que me réjouir de cette victoire. Après il y a aussi la défiance des cursus de chaque athlète, puisqu'il y en a qui souhaitent garder une activité au niveau des études, et je pense qu'il faut qu'on les aide à pouvoir mener ce double projet afin d'obtenir les diplômes qui leur permettent une reconversion professionnelle dans les meilleures conditions.
J'avoue que le fait que mes filles se soient mises au kayak, surtout mon aînée, ça m'a permis de me réinvestir complètement dans le kayak. Ça n'aurait pas été le cas si elles n'avaient pas décidé de faire une carrière dans le kayak. Ça compte beaucoup.
Là aux Open j'étais spectateur, coach, logisticien à soutenir ma fille qui participait à la finale de l'open. Il y a une double motivation quand tes enfants essaient de s'inspirer de ta dynamique.
Donc j'ai quatre enfants, et je les aient tous initié au kayak. Ma fille aînée faisait de l'athlétisme, et je pense y avoir été pour quelque chose. Elle se débrouillait bien, elle avait un niveau départemental.
Et un jour avec l'école, elle a fait une démonstration de kayak à l'entraîneur qui ne la connaissait pas et à tout le reste de sa classe, toute fière disant qu'elle avait appris avec son papa. Et de là elle a voulu s'inscrire au club la saison suivante.
Elle a débuté en Cadet 1. Mais avec son cardio elle a tout de suite performer.
Ma deuxième c'est pareil, sauf qu'elle a touché à plus de sports : équitation, ski... mais elle vient doucement au kayak parce que l'ambiance familiale y tend.
Les Secrets du Kayak : J'ai vu récemment que tu t'étais présenté sur une liste d'élection FFCK, comment tu vois la course en ligne actuellement en France ? Quelles évolutions tu aimerais voir à l'avenir ?
Patrick Lefoulon : La course en ligne est historique depuis les premiers JO en 1936, c'est une discipline universelle pratiquée par une centaine de pays au monde. Ce que les disciplines d'eau-vive ne peuvent pas revendiquer.
Et je pense qu'il faut évoluer mais lentement. Je n'ai jamais été un fan du 200m, je pense que tu prends moins de plaisir à regarder ce type de course plutôt qu'une course de K1 500m ou de K1 1000m qui pour moi il y a un suspens, un changement de leader.
Pour moi c'est plus spectaculaire. Mais c'est un avis personnel qui n'est pas partagé par la fédération. Mais je pense qu'il y a le moyen de retrouver une audience et une notoriété. Et dire que la course en ligne est une discipline dépassée je ne suis pas d'accord !
Moi je prendrais toujours par exemple le biathlon qui est un sport de très faible notoriété, même très confidentiel jusque dans les années 2000, et d'un seul coup c'est devenu un sport avec une très forte audience TV et avec une très forte notoriété.
D'autant que Martin Fourcade est placé comme un des meilleurs athlètes français. Donc s'ils évoluent en gardant les bases de la discipline, ils peuvent devenir des sports avec une reconnaissance médiatique.
Il faut évoluer, j'ai des idées qu'il faudrait confronter avec d'autres. Et tu as raison de dire que de suivre les courses avec un drone, ça rajoute du spectaculaire, tu vois le réel effort des athlètes tout au long de la course.
Il ne faut pas perdre l'âme de se sport en sacrifiant tout au spectaculaire et à la reconnaissance médiatique.
Les Secrets du Kayak : Pour le peu que je connais du kayak, pour reprendre l'exemple de Martin Fourcade et de mon point de vue, j'ai l'impression que le kayak manque d'un leader dont les gens vont avoir besoin pour s'identifier. J'ai l'impression qu'il y a une sorte d'opposition chez les athlètes, qui se connaissent tous, difficile à franchir.
Patrick Lefoulon : Je ne pense pas que ce soit que Martin Fourcade qui a fait à lui seul le succès du biathlon. C'est un succès international, en Allemagne, dans les pays scandinaves et un peu partout.
Je pense que c'est parce que c'est devenu un sport spectaculaire avec des rebondissements avec des changements de leader possibles.
Pour moi ça va au delà et je pense que le kayak devrait s'en inspirer. Mais il ne faut pas que l'histoire de cette discipline soit sacrifiée pour de l'audience médiatique. Sinon on ne fait plus du sport mais du jeu sans frontière.
Les Secrets du Kayak : J'ai cru comprendre que le K1 200m n'allait plus faire partie des JO de Paris au profit du kayak extrême ? Est-ce que d'après toi on en va pas dans le mauvais sens ?
Patrick Lefoulon : Moi j'ai pris position dès le départ sur le sujet en disant que ça devenait paddle circus. Que c'est une discipline qui n'existe pas, il n'y a pas de championnat de kayak d'extrême ou s'il y en a eu un, il y a eu très peu de concurrents à Pau l'année dernière.
On supprime des épreuves de course en ligne pour une discipline qui n'existe pas ! Créée artificiellement pour essayer d'avoir du spectacle, et de plaire au grands majors de la télévision.
On sacrifie les bases du sport au profit des impératifs des télévisions. Et supprimer le K1 200m pour cela, je ne suis pas certain que ce soit aller dans le bon sens et dans le sens de ce qu'avait proposé Pierre de Coubertin il y a plus d'un siècle.
On perd une partie de la philosophie sportive établie à l'origine, c'est au sportif de décider de l'avenir de leur discipline et non pas la télévision.
Alors ta question sur le relais c'est un très bonne idée, à mon époque il y avait des course de relais, et l'épreuve existait au championnat du monde. Le problème c'est qu'à l'époque, il n'y avait pas de sabot au départ, donc c'était volé systématiquement au départ.
Tous les relais étaient volés c'est pour cela que ça été abandonné et à juste titre. Puis il y a eu les sabots, les relais étaient un peu plus équitables. Oui je regrette que ces courses aient été abandonnées, il y avait un côté spectaculaire, tout comme les courses de K2 mixte. Elles témoignaient de la vitalité d'une fédération dans un pays.
Ça reste des voies à explorer tout comme la Short Race aussi c'est pas mal, il y a pas mal de rebondissements et ce n'est pas aussi long qu'un marathon. Ça ne dure que trente minute, ça frotte un peu parce qu'il y a des portages, il y a de l'embarquement et du débarquement.
Et une course sur 5000m, il peut y avoir aussi des surprises, ça peut être des pistes de réflexions.
Je ne dois pas me faire que des amis, mais je l'ai écrit donc je peux le dire.
Donc je me suis présenté à la fédération pour apporter mon expérience d'ancien sportif professionnel, d'ancien élu, d'ancien champion, avec cette équipe qui a été battue mais je recommencerai s'il le faut.
La fédération fait du bon travail même s'il y a des choses qui m'emballent moins, mais je veux apporter mon obole pour faire avancer mon sport.
Interview : Jean-Pascal Crochet
Retrouvez tout sur Jean-Pascal Crochet. Comment a-t-il débuté le Kayak ? Quel est son parcours ? Qu’a-t-il fait pour devenir entraîneur ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Jean-Pascal Crochet en avril 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Jean-Pascal Crochet : Ça va bien, merci.
Les Secrets du Kayak : Pour ceux qui ne te connaissent pas puisque tu n'es pas athlète actuellement, comment pourrais-tu te présenter ?
Jean-Pascal Crochet : Actuellement, je suis le head-coach du sprint en canoë-kayak.
Avant ça, j'étais entraîneur en descente de rivière, entraîneur en sprint depuis 2004, et avant tout ça j'étais athlète de descente.
J'ai pratiqué un tout petit peu la course en ligne de 1994 à 1996.
J'ai rencontré des athlètes de course en ligne intéressants, et qui m'ont appris à aimer ce sport.
Les Secrets du Kayak : Comment as-tu commencé le kayak ?
Jean-Pascal Crochet : C'est une histoire d'opportunité.
Je vais peut être choquer un peu : moi, je ne voulais pas faire du kayak, et je vais te dire que je n'aimais pas plus le kayak que ça.
Mais, aujourd'hui je dois tout au kayak !
En fait je faisais de la gym, et vers 11 ans je voulais faire pilote de rallye, pilote automobile.
Mes parents ont eu l'intelligence de comprendre que ce qui m’intéressait vraiment c'était la compétition !
Et même si je voulais faire pilote automobile, eux clairement ne le voulaient pas.
Ils m'ont inscrit au kayak parce qu'ils connaissaient des champions de kayak, qu'ils les croisaient dans le village.
Ils m'ont donc inscrit au club, c'était à la même période qu'un cycle découverte que j'avais fait au collège.
J'ai commencé comme ça. Et j'ai découvert un sport où j'ai pu m'exprimer, côtoyer des champions, et c'est ce que je voulais.
Les Secrets du Kayak : Et quand tu faisais de la gym, tu ne faisais pas de compétitions ?
Jean-Pascal Crochet : Un peu mais pas en FFG, mais c'était la fédération sportive et culturelle de France.
Les compétitions, c'était moyen. Il n'y avait pas vraiment d'ambiance compétitive.
Je ne côtoyais pas de champion, et avec mes parents je côtoyais le milieu de l'automobile, donc des gens qui faisaient des courses automobiles.
C'est pour ça que je voulais faire pilote de rallye !
J'étais influençable par mon entourage, certainement. Dans tout les cas, je voulais faire de la compétition !
Au Kayak, tu pouvais tout faire : réparer des bateaux alors que de base je n'avais pas le droit de toucher des outils dangereux, on faisait du ski de fond, du footing, de la musculation… et oui de la compétition.
Ma première séance de kayak, je ne m'en souviens pas vraiment.
Ce dont je me souviens de mon club de Vienne c'est que parfois le Rhône est un peu en crue, et parfois on allait dans une lône, comme un contre courant, en endroit à l’abri du lit principal de fleuve.
On allait y jouer dedans, ça faisait un peu peur, il faisait froid, je me souviens de ces séances là.
C'était un défi, une aventure une compétition avec les autres club, à savoir qui va rentrer dans la veine d'eau, qui va aller dans la vague.
Au début je nageais, mais j'avais envie de me mesurer aux autres.
Les Secrets du Kayak : Tu es beaucoup tombé au début ?
Jean-Pascal Crochet : Je t'ai entendu beaucoup poser cette question aux autres athlètes et entraîneurs que tu as interviewé.
Et franchement, tu tombes beaucoup mais je penses que je suis tombé un peu moins que les autres.
Moi j'ai commencé dans un bateau d'eau-vive, de slalom donc une embarcation large.
Mais au début, je ne suis pas tombé sur le plat.
Les Secrets du Kayak : Au club de Vienne, il n'y avait que de la descente ?
Jean-Pascal Crochet : Oui, un peu de slalom aussi.
C'était obligatoire de faire les deux.
Il y avait des champions de descente surtout. Mais pas vraiment de course en ligne.
Je crois que ma première compétition était du slalom.
Je n'ai pas eu de bons résultats rapidement, je ne suis même pas sur d'en avoir eu tout court.
Mes premiers résultats en championnat de France, c'était en cadet 2 parce que en cadet 1, je n'étais même pas sélectionné.
Je dois faire cinquantième en descente, je finis loin mais ça me plaît alors je continue.
Donc tu vois, ce n'est finalement pas l'idée d'être champion qui me plaisait !
C'est surtout le fait d'avoir plein d'activités, d'apprendre à s'entraîner même si les résultats n'étaient pas là.
Et en cadet 1 comme je n'étais pas bon à l'école, mes parents m'ont dit d'arrêter l'entraînement pour rattraper mes résultats scolaires. Pendant un trimestre, je ne suis pas allé au kayak.
J'aimais bien m’entraîner, apprendre à jouer avec les éléments.
Je progressais au fur et à mesure, en junior j'étais dans les quatre ou cinq premiers, je n'étais pas loin d'être sélectionné pour les championnats du monde.
J'ai des carnets d'entraînement chez mes parents avec tous mes temps en kayak, en footing, en musculation.
Je jouais avec mon corps pour le faire évoluer.
Tous les ans je ressort les carnets et avec le recul en comparant avec les jeunes d'aujourd'hui, je ne m'entraînais pas si souvent.
Je m'entraînais dix ou douze fois par semaine.
C'est déjà pas mal, mais aujourd'hui les jeunes font plus et mieux.
Je me souviens en cadet, j'avais décidé que tous les matins j'irais courir, entre février et mars entre 25-45 minutes, et après l'école les entraînements de kayak : au bout d'un mois et demi, j'étais mort !
Ça a été mon premier surentraînement...
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as fait d'autres erreurs d'entraînement ?
Jean-Pascal Crochet : Oui, au début quand j'ai été entraîneur avec le recul je me suis aperçu que j'avais fait toutes les erreurs qu'il ne fallait pas faire.
Maintenant mon but c'est de permettre aux athlètes d'éviter toutes les erreurs que j'ai pu faire.
Une qui me marque encore maintenant, quand je faisais de l'aérobie je le faisais à fond.
J'ai fait ça pendant des années, avec des hypoglycémies, j'en avais des hallucinations de bouffe pendant la course que je voyais dans les arbres.
Mentalement, de l'aérobie à fond sur deux heures c'est une grosse erreur, et tu ne peux pas développer d'autres qualités dernière.
J'étais encadré par d'anciens athlètes du club qui nous entraînaient en se tirant la bourre.
Par la suite je suis allé au pôle de Lyon, et là j'ai eu un entraîneur incroyable.
A l'époque, je n'avais pas tout compris de sa méthode. Maintenant je me rapproche de sa philosophie.
Il n'était pas focalisé sur la planification., sur cette partie là je me gérais.
Entre les consignes données par l'entraîneur, et ce que l'athlète comprend il y a une perte d'informations dans la communication. L'athlète va mettre du temps à réellement comprendre ce que tu lui as dit.
Mon entraîneur avait une vision globale de l'entraînement basée sur le développement de l'être humain et du sportif, plutôt que sur la planification, la technique...
Au début lorsque j'ai voulu être entraîneur, je me suis dit que je ne ferai pas comme lui.
Je suis sorti de l'école, j'avais appris des trucs, je bossais sur des programmes d'entraînement, de la planification.
De plus en plus aujourd'hui je me rend compte qu'avoir une approche globale c'est important pour faire évoluer l'individu. Mais il faut que l'athlète comprenne pourquoi par lui même, sinon ça ne marchera pas.
Si ça fait du bien au mental, ça fait du bien au corps.
C'est beaucoup plus efficace quand tu fais les choses parce que tu les as comprises, que si tu les lis dans les livres de planification ou les études.
Les études je m'en méfie aussi un peu, mais la science et les études contradictoires sont là pour faire avancer le débat, et faire évoluer la discipline.
Donc en junior 2, je suis dans les meilleurs français, après ça c'était senior car il n'y avait pas les moins de 23 ans.
Ça m'a pris du temps pour trouver ma place et comprendre toute cette logique d'entraînement, pour que je m'améliore et que je progresse.
Mon objectif c'était d'être champion du monde, et je n'ai pas réussi à l'être.
J'avais finis mes études, j'étais encore athlète, j'y croyais encore à cet objectif, je savais que ça me prendrait beaucoup de temps !
Mais j'aimais aussi vraiment mon métier, et j'ai préféré me consacrer à aider les autres à atteindre leurs objectifs.
J'ai fait le deuil de devenir champion du Monde, au mieux j'ai fait onzième, j'avais 26-27 ans.
J'avais réussi mon concours de professeur de sport. L'année d'après j'étais entraîneur et athlète, donc je faisais mes entraînements après ceux des athlètes, tout passait après eux... c'était la fin.
J'ai fait STAPS à Lyon, je n'étais pas très assidu et après je suis entré à l'INSEP pour faire la formation d'entraîneur d'athlète de haut niveau.
L'idée gamin c'était d'être ingénieur mécanicien, ça passait mieux auprès de mes parents que pilote automobile.
Mais dès mes 16 ans quand j'ai apprécié m'entraîner, j'ai su que je voulais être entraîneur.
Après le BAC, je suis entré en STAPS, j'avais dit à ma mère que je m’inscrivais aussi en fac de maths.
J'ai été pris en fac de sport et ensuite j'ai passé le BE1, je n'ai pas beaucoup travaillé en fac, et ensuite dès le DEUG j'ai tenté de rentrer en formation à l'INSEP en 1992, je n'ai été pris que deux ans après.
Pendant tout ce temps, je m'entraînais avec des athlètes de course en ligne au pôle de Vaires, Philippe Aubertin, Sabine Goetschy...
Il m'ont appris plein de chose sur la technique.
C'est là que j'ai passé un cap, et que j'ai trouvé ma place en équipe senior. Et c'est là que j'ai fait mes meilleurs résultats.
La course en ligne m'a appris la technique de glisse pour faire avancer le bateau et être plus performant en descente, j'ai pu retranscrire ça en eau-vive.
Pour moi le plus instable c'est le bateau de course en ligne, après naviguer en eau-vive en descente c'est instable et ta descente dépend des éléments.
Quand tu tombes dans l'eau en descente, tu n'es pas tranquille. C'est l'aspect mental qui va être différent.
Une fois que tu as les bases en bateau, peu importe le type de bateau tu tiens dedans.
Mais j'avoue que je ne faisais pas le malin en stabilité parmi les ligneux au pôle de Vaires.
Les Secrets du Kayak : Tu as directement entraînais le haut niveau ?
Jean-Pascal Crochet : Au club de Vienne, j’entraînais bénévolement les juniors sur plusieurs générations dont une génération assez forte, pendant mes études.
Et lorsque je suis devenu prof de sport, il y a eu une première étape avec un entretien pour sélectionner les personnes.
Mon discours était clair : je voulais être entraîneur, rien d'autre.
Ensuite quand j'ai eu le concours, sur les conseils du formateur j'ai commencé à chercher dans les directions départementales pour avoir des jeunes à encadrer.
Et un jour il m'a rappelé pour me proposer d'être entraîneur eu bataillon de Joinville. C'est là où les sportifs de haut niveau faisait leur service militaire, mais surtout s'entraîner.
J'avais une heure pour réfléchir, j'ai dit oui de suite.
Et j'y ai côtoyé les descendeurs, les slalomeurs, et surtout les athlètes de course en ligne.
J'y suis resté juste un an, j'ai eu un autre coup de téléphone du DTN (Directeur Technique National) Hervé Madoré, pour me donner le poste d'entraîneur en descente à Poitiers, au pôle.
Je n'ai pas discuté, là j’entraînais les athlètes pour les emmener aux championnats du monde de descente !
En descente, le dernier titre de champion du monde datait de 1993, c'était super vieux.
Moi je deviens entraîneur en 1997, et il y avait les championnats du monde de descente prévu en France en 2000.
Les athlètes étaient très forts mais ils font deuxièmes. La déprime. On avait perdu chez nous !
Je les entraîne, dont Stéphane Santamaria, mais je continue à entraîner les junior de Lyon comme Boris Saulnier et ma sœur du club de Viennes.
Les bons résultats sont arrivés en 2002, il nous aura fallu cinq ans pour les emmener au but.
Et la c'est la classe, Boris Saulnier est double champion du monde ! Et moi je suis content avec l'équipe de l'y avoir emmener.
Les Secrets du Kayak : Une fois que tu as mené un athlète au titre de champion du monde, qu'est-ce qui te motive encore à entraîner après ça ?
Jean-Pascal Crochet : Ce n'est pas mon athlète. Certes on les aide en tant qu'entraîneur, mais c'est dur à refaire, de gagner une médaille d'or.
Je voulais permettre à plus d'athlètes de vivre cette expérience. Moi j'aurais aimé la vivre.
Donc les aider, je n'en serai jamais rassasié.
Le chemin est hyper intéressant pour y arriver, c'est un privilège rare d'y parvenir, c'est le chemin qui me motive pour eux et un coup pour moi.
Quand je suis devenu entraîneur en sprint, j'ai eu de l'empathie pour les entraîneurs de l'époque d'avant 2004. Parce que travailler autant sans jamais avoir de médaille, ça doit être très dur.
En 2004 après tout ça, le but c'était d'emmener les athlètes aux Jeux.
Ça n'est pas arrivé encore. C'est un privilège rare, comme par exemple avec Sylvain que tu as interviewé, c'est une chance que d'avoir emmené plusieurs athlètes à devenir champion Olympique.
C'est une qualité qui me motive énormément de pouvoir permettre à des entraîneurs aujourd'hui, et donc à des athlètes de vivre ça... et de les voir devenir champion olympique de sprint !
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu arrives à tout concilier avec ton métier, vie sociale, vie personnelle, vie professionnelle... ?
Jean-Pascal Crochet : Chacun peut avoir sa perception. Moi j'ai la chance que ma compagne et mon fils acceptent bien mon projet de vie.
Oui j'ai réussi à concilier tout ça. Mais je suis d'accord que entraîneur c'est un métier de fou, je confirme que tu y penses tout le temps.
Il n'y a pas de moment où tu ne penses pas à tes athlètes, comment leur faire passer le cap !
Tu as une vie sociale autour de ton métier très riche, tu rencontres le staff médical, tu te nourris de tout ces gens.
Tu travailles avec des chercheurs... tout gravite autour de ça, et je ne suis pas sur de pouvoir faire ça toute une vie ; d'ailleurs je ne suis plus entraîneur.
Par contre il y a eu des moments où tu doutes, et puis ça dure ça continue et ça se passe bien. C'est un métier passionnant !
Aujourd'hui je ne suis plus directement au contact des athlètes tous les jours. Dans tout les cas, c'est un métier qui n'est pas assez reconnu en France.
Les Secrets du Kayak : Qu'est-ce qui fait que tu passes d'entraîneur de course en descente à entraîneur de course en ligne ? C'est l'aspect olympique ?
Jean-Pascal Crochet : Pas tellement, mais plutôt tout ce qui tourne autour de l'olympisme.
C'est la fédération de canoë-kayak, donc c'est un autre DTN.
En 2004, ils changent tous les entraîneurs, donc tout le monde doit re-postuler. Moi je postule sur le sprint, ils acceptent.
C'est le même challenge mais avec plus de moyens pour jouer. Plus de ressources humaines et financières, plus de travail d'équipe.
Moi je ne suis pas plus attaché à la descente qu'au sprint, ou bien même au kayak, pourvu que je puisse m'enrichir des gens, j'y vais.
Il y a d'avantage d'investissement de l’État pour les disciplines qui vont aux Jeux.
Je suis entraîneur élite et dans la tête du DTN et du DEF (Directeur Equipe de France) de l'époque, je n’entraîne pas au quotidien mais uniquement sur les stages et les compétitions.
Je dois aller tous les matins à la fédération, dans les bureaux pour le haut niveau et je n'ai presque pas le droit d'aller à l'entraînement tous les jours ! Mais ça se passe super bien.
Je voyais le projet sur les cinq prochaines années, et je m'occupais des meilleurs athlètes.
Et de tous les meilleurs il y a deux filles : Marie Delattre et Anne-Laure Viard qui ont fait dixièmes aux jeux en 2004, et en 2005 je m'occupe d'elles et elles font troisième aux championnats du monde.
Je savais que je pouvais apporter aux ligneux ce petit quelque chose en plus.
Même les garçons dès 2006, ils passent de sixième à champions !
C'est François qui s'en occupait. Il a fallu se battre pour construire le bateau comme on l'a voulu, et trois ans après ce bateau est champion du Monde. Un bateau français ! Enfin.
Alors je ne m'attendais pas à ne pas pouvoir entraîner au jour le jour. Mais j'aime ça donc j'y vais quand même, les entraîneurs étaient tous nouveaux.
Le DTN voulait que ce soit eux ces jeunes entraîneurs qui gèrent. Mais c'est les jeunes que j'avais pu aider à l'époque.
Donc j'entraîne en stage, je définis la stratégie d'entraînement de l'équipe de France avec le directeur des équipes de France, sur le mode de sélection, comment entraîner, qui va être responsable de quel bateau... donc mon rôle est hyper important.
Je ne m'attendais pas à ça, mais je me suis battu pour avoir un rôle sur le terrain.
Et au fur et à mesure, j'ai pu entraîner au quotidien.
Le DTN avait décidé que le pôle élite devait être à Toulouse, alors que mon projet de couple c'était être à Vaires pendant quatre ans.
Donc juin 2005, le DTN m'y envoie. Un mélange avec le slalom, avec Vincent Redon, Sylvain Curinier, et la descente, il y a mon frère et Frédéric Rebeyrol .
J'annonce ça à ma compagne c'était comme avoir gagné au loto, je pouvais entraîner tous les jours.
C'était dur, mais c'était sympa. Parfois je me retrouvais tout seul, j'ai eu une grosse période où le courant ne passait pas avec les athlètes.
Les Secrets du Kayak : Comment on fait pour faire venir des athlètes sur son pôle ?
Jean-Pascal Crochet : A l'époque, ce n'était pas comme aujourd'hui.
Les athlètes sont fortement incité par le DTN à aller à Toulouse.
Sébastien Jouve a clairement été obligé, il a besoin d'avoir un emploi pour s'entraîner, c'était à Toulouse.
Pour les autres, notamment avec Anne-Laure, clairement je lui ai vendu mon entraînement pour aller chercher une médaille aux Jeux ! Et ça fonctionne, elle vient.
Tu lui vends le projet : si un athlète y va de manière obligée, qu'il n'y croit pas, ça ne peut pas marcher.
Aujourd'hui on part du projet des sportifs donc ça part d'eux, ils ne peuvent pas être à un endroit où ils ne veulent pas être.
Le but c'est d'être bien, mais d'être dans un endroit qui leur convient pour être performant.
Puis, Sébastien Jouve arrive il avait l'air de s'y sentir bien, il a vite été rejoint par Vincent Lecrubier.
Il y a une bonne dynamique, toujours la présence de Boris Saulnier.
Un groupe homme, une kayak dame, et là ça commence à être bien.
Et 2007, Anne-laure et Marie font un podium, le K2 1000m avec Cyril et Philippe qui est champion du monde.
Sébastien Jouve lui est déçu ! Il voulait surtout faire du mono, il fait une finale B, mais c'est le meilleur français. Ça devient pas mal.
2008, sélection aux Jeux de Vincent et de Sébastien, Anne-Laure et Marie... ça s’enchaîne bien.
Il n'y a pas de médaille olympique mais des athlètes qui sont triple champion du monde, et des vice- champion du monde.
Pour rappel c'est le choix d'un DTN de faire ce pôle à Toulouse, celui d'après voulait le fermer
Cette ambiance à Toulouse s'est développée au fur et à mesure. Il y en a qui sont venus contre la volonté du DTN à Toulouse.
Aujourd'hui la volonté des DTN c'est d'ouvrir les structures, ne pas les fermer aux athlètes.
Les bâtiments sont moins bien qu'ailleurs, on loue le club d'aviron pour tout te dire. Je ne sais pas pourquoi cette ambiance perdure, mais je pense que c'est lié aux humains qui y travaillent ensemble !
J'y suis encore. Quand je ne suis pas en stage, je suis à paris.
J'ai fini d'être entraîneur en 2016 quand les résultats de l'équipe de France ne passaient pas le cap de la médaille olympique. Le DTN change, le DEF aussi.
Les Secrets du Kayak : Comment tu expliques que le niveau français n'est pas monté en 2010-2011 et qu'il stagne ?
Jean-Pascal Crochet : Il faut qu'on apporte encore plus de nouveauté !
Moi, je peux constater qu'avant 2004 il y a eu un seul médaillé c'est Babâk en 2001.
Quand j'arrive, il y a un changement dans la direction de l'équipe de France, dans les entraîneurs, et en pas longtemps, il y a eu des médailles.
Ça veut dire quand même que ce qui existait avant c'était un bon travail.
Mais ce petit peu de nouveauté à fait passer un cap. Donc pour moi, l'hypothèse, c'est que dès 2011 on n'arrive plus à apporter de la nouveauté, pour passer un autre cap.
Cette nouveauté apporte de la motivation mais aussi des choses nouvelles non développées jusqu'à ce jour.
D'où l'importance des stages aussi à l'étranger.
En fait, en 2016 le nouveau staff ferme Toulouse, ils veulent m'envoyer à Paris mais ils me connaissent et savent que je vais dire non.
Ils ont surtout envie que j'arrête. C'est le cas, mais en février 2018 François redevient coach, et me suggère d'accompagner les filles Manon et Léa en Australie et Sarah Guyot en Nouvelle Zélande.
Là c'était énorme pour apprendre de la nouveauté. J'ai fait 15 jours en Australie, le courant ne passe pas trop avec la coach.
J'ai fait 15 jours en Nouvelle Zélande, et le coach nous a intégré grâce à Sarah au sein de l'équipe.
On participé au débrief, et là j'ai appris des trucs. Ça m'a confirmé des choses, mais cette expérience à été hyper enrichissante.
C'était les débrief de course de sélection aux championnats du monde. On a partagé des moments conviviaux avec la famille de Lisa Carrington et le coach.
J'ai participé à des réunions comme si j'étais à l'INSEP. Ils ne m'ont pas tout montré mais quand même !
C'est super dur à mettre en place. C'est Sarah qui a eu envie de faire ça, le coach été hyper intéressé par elle, parce qu'elle a eu la meilleure vitesse de pointe aux Jeux de 2016. Ça les a intrigué, ils voulaient savoir ce qu'ils pouvaient apprendre d'elle, de ses qualités et de ses faiblesses.
Les Secrets du Kayak : Quand tu pars en Nouvelle Zélande, tu y pars en qualité d’entraîneur ?
Jean-Pascal Crochet : C'est François qui me propose le poste et j'y vais en tant qu'entraîneur, je n'était pas l'entraîneur de Sarah mais je la connaissais et je l’entraînais souvent.
J'aime à penser qu'elle était ok avec ça. Elle était partie six semaines en tout.
Quand je rentre il n'y a plus le pôle de Toulouse en sprint, mais je suis responsable des pôles de Toulouse et de Pau.
Je reste entraîneur vacataire avec l'équipe de sprint. Il n'y avait plus d'entraîneur attitré du sprint à cette période.
Les changements des directions sont assez réguliers sur le pôle de Toulouse.
La moyenne de vie d'un DTN, c'est deux ans et demi. Moi j'en ai connu trois.
L'instabilité que tu ressens c'est que pour ce pole, et pour les directeur du pole de l'équipe de France, ils durent entre quatre et huit ans, sauf celui qui a voulu que j'arrête qui a fait que trois mois.
C'est pas une priorité que le pôle de Toulouse soit un pôle de sprint. C'est Antoine Gauthier, qui a décidé qui sont les pôle France.
Aujourd'hui, il y a le gros pole olympique et paralympique à Vaires.
Ensuite ce sont des pôles de performance : c'est à dire créer des foyers avec un groupe d'entraîneurs et d'athlètes d'une même catégorie, du niveau à peu près similaire pour s'entraîner ensemble et créer une émulation, pour apprendre en technique, en physique, et surtout les aspects mentaux.
C'est le groupe qui va faire que tu vas progresser.
Les Secrets du Kayak : Comment tu as fait pour être coach des équipes de France ?
Jean-Pascal Crochet : Moi je suis responsable des pôles de Toulouse et Pau, François me demande de travailler avec lui de temps en temps.
Et le DTN me propose le poste, alors que je n'avais jamais postulé pour être directeur des équipes de France. Sauf, quand François During a été nommé coach, un an avant que je le devienne.
Et quand j'ai dit oui, je me suis demandé ce que devenais François, je voulais travailler avec lui !
Ce travail consiste a rester entraîneur, rester proche des athlètes, comment alimenter mes idées pour définir une stratégie qui colle au terrain.
Et après, j'aide les athlètes et les entraîneurs à être performants pour que les athlètes atteignent leurs objectifs.
Le tout payé par l'état, donc il faut gagner des médailles olympiques.
Tous les ans, une fois par an il y a un entretien avec tous les athlètes qui sont allés au championnat du monde senior.
Projet Performance Individualisé : il m'explique son projet, comment, pourquoi, ce qu'il aimerait faire. Moi je les questionnent, j'essaye de les remettre en question avec un œil extérieur. Maintenant, au fur et à mesure, j'essaie de redonner aux entraîneurs de l'écoute, et qu'ils expriment par leur potentiel le projet de l'athlète, qu'ils développent leurs idées.
Il faut apporter de la nouveauté et enrichir le projet de l'équipe de France. Parfois ça met du temps, pour des questions de budget, de politique, des fois en laissant faire ça arrive bien plus vite qu'en force.
Dans mon rôle de head-coach , ce n'est pas moi qui sélectionne les athlètes, c'est le DTN (Directeur Technique National) moi je lui fais une proposition argumentée qu'il valide ou pas, en m'interrogeant.
Des fois il y a eu des petites batailles au sein de l'équipe des entraîneurs. Et moi je ne veux plus de ça.
Je veux que chaque entraîneur soit à fond dans le projet du sportif. Chacun doit être à sa place, les entraîneurs doivent être libérés de la pression que les athlètes pourraient leur faire pour être sélectionné.
Et le fait de ne pas les avoir au quotidien en entraînement, c'est plus facile et plus juste pour moi.
Après ce n'est pas marrant de dire à quelqu'un « tu sors », mais le but de ça c'est de participer à un objectif global, ce n'est pas personnel.
C'est l’intérêt de l'équipe de France avant toute chose. Et c'est dans l’intérêt des sportifs.
Tu as interviewé des athlètes qui ont précisé ne pas avoir compris pourquoi ils sont sortis, pourtant ils savaient pourquoi ils étaient entrés.
Mon seul objectif c'est la performance du K4, que l'équipe de France soit performante et je n'ai pas envie de faire du favoritisme.
Les critères sont partagés, les critères de sélection sont objectifs et je m’appuie sur ça. Ce sont les courses de sélections, les opens, les finales d'open, ou les compétitions internes.
Je m'appuie sur des critères de performance, donc j'ai donné de la valeur à des courses.
C'est une responsabilité que j'assume et les critères sont annoncés, partagés, donc les athlètes savent ce qu'il faut faire pour rentrer.
Être champion du monde c'est un objectif mais là il faut les aider à mettre en place la stratégie, en m'appuyant des athlètes et des entraîneurs, c'est là que se joue mon rôle.
Mon objectif reste le même. Et j'espère qu'on pourra réussir ensemble.
Pour finir sur la technique et c'est avec Maxime Beaumont que j'en ai discuté : plus tu en fais, plus tu crois savoir et finalement moins tu sais.
Maxime est un monstre de détermination et il me dit qu'à force de tout savoir il sait moins de chose qu'avant.
Sur la technique, il faut jouer sur les détails et avoir une intention assez large pour développer sa technique pour mieux faire glisser le bateau.
Interview : Bâbak Amir-Tahmasseb
Retrouvez tout sur Babak Amir-Tahmasseb. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Bâbak Amir-Tahmasseb en avril 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Tout va bien, période un peu compliquée pour tout le monde, mais en bonne santé. Donc tout va bien.
Les Secrets du Kayak : Pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter, notamment dans le milieu du kayak ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Alors, question un peu piège !
Je suis un ancien kayakiste qui garde la discipline dans son cœur.
J'ai commencé le kayak en 1987. J'ai arrêté ma carrière sportive en 2007.
J'ai vingt années de pratique assidue.
Les Secrets du Kayak : Comment tu as commencé le kayak ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Classique, j'étais à Strasbourg, il fallait se mettre au sport avec mon grand frère donc ma mère nous a inscrit au club à côté de la maison.
C'était pratique pour elle en terme d'organisation qu'on fasse le même sport.
Ça a démarré sur un malentendu classique.
Avant ça je ne faisais pas d'autres sports, c'est ma seule licence sportive à 11 ans au club de Strasbourg Eaux-Vives qui s'appelait à l'époque l'ASCS association des cheminots de Strasbourg.
Je ne me souviens pas du tout de ma première séance de kayak.
Je me souviens de belles rigolades, de mes années d’adolescence au club, des stages en course en eaux-vives dans les alpes, de plans galères, de compétitions en Suisse, de soirées pluvieuses...
A Strasbourg, tu n'avais pas d'obligation à faire de l'eau vive mais le club est devant des chutes et un bassin de slalom, historiquement c'est la pratique de la descente plus que du slalom qui est instaurée au sein du club.
Le bassin s'y prête d'avantage, dans la mesure où l'Ill traverse la ville de Strasbourg.
Il y a un peu de courant donc c'est plus sympa.
C'est aussi une culture des éducateurs, c'est Bruno Dazeur qui tenait le club et qui vient de partir à la retraite tout récemment, c'est la dynamique de club instaurée pas Daniel Soerensen pendant longtemps.
Moi ça ne m'a pas empêché de faire de la descente de rivière, du slalom pour me sélectionner en cadet.
En minime, j'ai fait toutes les régates de l'espoir en course en ligne avec la ligue d'Alsace.
J'ai fait les championnat de France en cadet et en junior dans les deux disciplines à chaque fois.
Ça ne m'a jamais bridé !
C'était pas vraiment courant à l'époque de toucher à toutes les disciplines du kayak, je pense que cela dépendait de la sensibilité des éducateurs.
Quand tu es jeune, tu pratiques ce qu'on te propose.
En junior 1 donc en 1993, on a fait quatrième aux Championnats de France de kayak polo.
En hiver à Strasbourg comme il faisait froid, on avait des séances en piscine le samedi soir.
On a fait quatrième en D1 pour un club qui n'a pas vocation à faire un kayak polo à la base.
Ce sont plus des opportunités de calendrier ou de saison, ou de rigolade.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as rapidement fait partie des plus forts ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : A partir de minime 2, j'ai du commencer à me détacher des autres.
En minime, je faisais quatrième aux championnats de course en ligne en 2000m et en 1000m, donc en première expérience.
Comme c'est du régional, forcément tu es un peu au dessus du lot, dans les leaders de ta région.
Et en cadet, j'étais sur le podium en descente et quatorzième en slalom.
Entre les deux, j'ai du faire troisième en descente et septième en slalom.
J'avais été champion de France en 5000m en course en ligne à l'époque.
Oui donc dès cadet, j'ai commencé et en junior j'ai été champion du Monde en descente de rivière.
J'étais leader en descente et en course en ligne puisque j'avais gagné tous les championnats de France en course en ligne.
J'ai accédé au senior en gagnant des finales, je devais être six ou septième français sur les 500m et 1000m à l'époque.
Et de 1997 jusqu'à Athènes j'ai un peu tué le match, puisque j'ai gagné en discontinue en France toutes les années suivantes, sur des compétitions internationales en coupe du Monde, en championnat Olympiques.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'à partir de minime lorsque tu as de bons résultats, tu as l’ambition de devenir sportif de haut niveau en kayak ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Ah non ça ne se passe pas comme ça ! Moi, je me marrais en minime.
On pariait des bouteilles de limonade avec mon frère pour moi rattraper les concurrents en descente ou si je gagnais en course en ligne, c'était de la rigolade.
Je ne suis pas du tout fan de regarder du sport ou d'être spectateur.
Moi je voulais pratiquer, vivre l'émotion de ce que je faisais.
Même les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, je ne les ai même pas regardé. J'étais dans mon monde.
C'est aussi un peu pour ça que je passe à côté des sélections des Jeux de 1996, je ne m'étais pas rendu compte de l'enjeu des JO.
Je ne m'entraînais pas vraiment avant junior ! Il ne faut pas que les jeunes m'écoutent là, faut pas le dire !
J'avais tendance à m'entraîner que trois à quatre fois max par semaine.
En Alsace tu fais beaucoup de ski en hiver, beaucoup de VTT dans les Vosges, je faisais pas mal de sport dans le cadre du collège-lycée et UNSS.
J'avais pas mal de diversité de pratique au final, et je pense que cette polyvalence aide pour toute les disciplines.
Il faut toucher à tout quand tu es jeune, ça adapte ton corps, ta gestuelle, ton mental, et après tu te concentre sur ta discipline en pleine maturité de carrière.
En junior quand tu vises un titre mondial naturellement tu deviens de plus en plus exigeant.
C'est un entonnoir vers le sport de haut niveau qui pour ma part s'est dessiné naturellement.
Je ne suis jamais allé en pôle espoir ou sport étude ou des choses comme ça.
Je suis toujours allé dans des collèges et lycées classiques sans trop d'aménagement horaire.
Je me suis adapté, et après il y avait l'exigence des études.
J'étais dans un univers familial qui m'imposait de faire des études, je ne devais pas faire du sport au détriment des études. Je devais donc réussir les deux.
J'ai fait des études basiques, et quand j'ai eu mon BAC je voulais faire des études dans le commerce international mais je me suis rendu compte que ça ne serait pas compatible, je venais de faire les championnats du Monde Junior, j'avais d'autres ambitions sportives.
Je ne connaissais pas les dispositifs d'aménagement comme on peut le voir aujourd'hui. Je suis passé à coté d'un truc.
J'ai pris une filière STAPS un peu par dépit mais c'était cool, j'ai fait ma Licence à Édimbourg en Erasmus ce qui m'a apporté tant sur la langue, les études, le sport et l'autonomie.
Je suis monté à l'INSEP en 1998 sur la fin de mes études sur un pôle France à 22 ans.
Ça n'a jamais été un objectif de rentrer en équipe de France, c'était la suite logique.
C'était lié à la performance et non pas au résultat.
Je dissocie beaucoup les deux : la performance c'est toi qui la réalise, c'est ce que tu produis, c'est la gestion de ton émotion, de ton corps, de l'effort.
Le résultat d'être champion du monde, d'être huitième, d'être en équipe de France, d'être au dessus ou en dessous de la ligne des sélectionnés, ça dépend d'autres gens, de tes concurrents, de tes entraîneurs, des sélectionneurs, du système de sélection.
Si j'ai un conseil à donner aux sportifs, c'est de se concentrer sur leur performance, et que le résultat se dessinera en fonction de leur performance !
Le résultat ne vient pas de toi au final même si tu fais ta meilleure performance.
Les Secrets du Kayak : Quand tu deviens champion du monde junior de descente, tu gardes des souvenirs de cette compétition ? Est-ce que c'est une consécration pour toi d'être champion du Monde de descente ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Je vais répondre un truc ridicule aujourd'hui...
J'étais sélectionné aux Monde course en ligne à Amsterdam, et aux Monde de descente aux USA.
Et en fait, j'ai choisi la descente juste parce que c'était sympa d'aller aux USA.
C'était mon choix « stratégique » de gamin de 18 ans.
On était un petit groupe. Je suis désolé, je n'ai pas plus de souvenir. Que des photos que je regarde de l'époque, mais ça n'a rien de comparable aux titres senior ou olympique.
Il ne faut pas s'emballer en junior.
En senior 1 j'ai fait les deux pratiques, j'ai fait une coupe du monde à Beauvais en senior1, et en fait j'ai arrêté en milieu de saison car les calendriers étaient mal fait, il y avait deux coupe du monde à la même date !
C'est compliqué quand tu fais les deux disciplines et que tu es bon dans les deux, de concilier les deux calendriers.
Donc en senior 1 je me suis concentré sur un sport Olympique.
Je devais être sixième ou septième à l'époque. Ma performance des années 1995-1996 me positionnait en milieu de finale française.
Et quand ma performance s'est améliorée, j'étais un peu tout seul.
1995-1996, je suis en Staps à Strasbourg en DEUG.
1997 je pars à Édimbourg, et c'est l'année où j'explose ! Je gagne dans toutes les distances.
Édimbourg c'était une année dans le froid de l’Écosse, ce sont vraiment des conditions de merde, mais ça m'a transformé.
Et après les Jeux de d'Atlanta de 1996, il y a eu Kersten Neumann, un Allemand qui a été recruté.
Il est arrivé avec des plans cadre pour l'ensemble des athlètes, et du coup quand je suis parti à Édimbourg, j'ai suivi cette programmation là.
Je suis passé d'une programmation club à une programmation cadre fédérale, qui pour l'époque était très bonne.
A Édimbourg, j'étais avec un très bon ami du club de Colmar, Rémi Clermont, à deux en Erasmus à s'entraîner footing bateau musculation, ensemble tout le temps.
Lui faisait de l'eau vive, moi de la descente, ça ne nous a pas empêché de progresser.
Les Secrets du Kayak : Quand tu rentres d’Édimbourg, tu vas à l'INSEP ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Non c'est la rentrée d'après en septembre. Je rentre en France au printemps.
Je pars là bas pour finaliser mes études : je suis rentré en formation professeur de sport à l'INSEP ensuite j'ai eu le concours. C'était une trajectoire universitaire.
Le fait de s'entraîner en pôle France permet de s'entraîner tous les jours avec d'autres, tu te tires vers le haut.
Il n'y a pas de recette non plus, il y a des gens qui arrivent sur des structures où ils y a une forte densité de confrontation, ils se crament tous les jours et ils n'arrivent pas à lever le pied quand il le faut.
Quand tu es dans ton club, peut être que tu gères mieux la fatigue, et les jours où il faut lever le pied.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que l'arrivée de cet entraîneur étranger a changé radicalement ta façon de t'entraîner ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Oui la mienne et celle de beaucoup de kayakistes de l'époque.
Et encore moi, j'étais vieux en 1996, j'avais 22 ans.
Mais si tu prends des Guillaume Burger et autres, eux ils ont grandi dès les années minime-cadet avec la rigueur, du renforcement en musculation, des séance d'EB1 et d'EB2.
Il y a eu une rigueur globale imposée et je pense que pour moi c'était trop tard, mais ça m'a poussé à être plus rigoureux sur la pratique de musculation.
Il y a eu toute cette génération suivante qui est entrée dans ce moule qui leur a permis très tôt d'être meilleur que les générations précédentes.
Ce n'est pas vraiment une révolution d'entraînement, Kersten recyclait ce qui se faisait dans les années 1980 en Allemagne et dans les pays de l'Est.
Il est venu avec ses recettes qu'il a fallu adapter à la mode française.
Avant son arrivée, il n'y avait peut être pas d'homogénéité ou de rigueur globalisée.
Son intention était d'imposer une programmation commune, un socle d'entraînement commun pour les pôles France, pour les pôle espoir, pour les clubs formateur.
Après ce n'est pas une vérité non plus, deux athlètes peuvent faire le même programme d'entraînement et ne pas avoir les mêmes performances à l'issue.
Entre le papier et la vie sur l'eau, ce sont deux mondes différents.
A 22 ans, je me suis pris le gros coup de fouet de l'Olympisme en avril-mai 1996.
On s'est aligné avec en K2 pour la qualification des Jeux d’Atlanta.
On fait deuxième sur le K2 500m, et on fait deuxième sur le K2 1000m.
Un seul bateau pouvait être sélectionné ! Donc c'est là où j'ai pris conscience qu'il allait falloir se bouger.
C'est bien les échecs, c'est très constructeur.
Donc après ça j'ai eu envie de me relever et devenir plus fort.
Donc il me reste 4 ans avant les prochains Jeux.
L'idée c'était de m'améliorer en terme de performance chaque année sans griller les étapes.
Les résultats dès 1997 d'avoir gagner dans toutes les distances me confortaient dans ma progression.
Mais la performance était toujours insatisfaisante, je n'étais toujours pas le leader international en course en ligne.
Il faut relativiser les résultat nationaux avec les ambitions internationales.
1997, j'étais en moins de 23 ans avec Cyril Huguet, on faisait sixième aux Europe en K2 500m et 1000m moins de 23 ans à 21 ans.
On s'est fait le circuit compétition de coupe du du monde en parallèle avec les senior.
A trois semaines des championnats du monde au Canada en 1997, il m'a mis au pied levé dans le K4 en sortant Pierre Lubac, au tout dernier moment sans préparation.
Et ça a permis à la France d'arriver à une finale K4, ce qui n'était pas arrivé depuis un certain temps.
J'étais en finale championnat du monde senior.
Quand tu es jeune tu veux aller vite tout de suite, et c'est dès 1998 que j'ai commencé à m’asseoir sur des finales olympiques et mondiales.
En 1997, mon enjeu c'était d'entrer en finale, et en 1998 ce n'était plus un objectif, il fallait aller chercher un podium.
C'est dès cette date que j'étais confortablement installé dans les finales des championnats mondiaux.
Si les conditions changeantes de courses sont identiques pour tous, cette notion de performance ne pose aucun problème.
Par contre ça peut aussi devenir défavorable et poser des gros soucis d'inégalité comme en 1998 en finale il y a eu du gros vent de travers, mais après c'est aussi à toi de tirer les bonnes lignes si tu vois que le vent ne te sera pas favorable. C'est les aléas.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu distingue la notion de performance du chronomètre ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Mes meilleurs chronomètres, ça a été autour de 3'26.
Mais j'ai été champion du monde en 3'34 et franchement c'est nul comme chrono sur un 1000m.
Mais le jour où je l'ai sorti, c'était sur un bassin un peu compliqué, ça bougeait, mes adversaires ce jour là n'ont pas pu s'exprimer pour sortir une meilleure performance.
Tu peux avoir une performance avec un chronomètre fidèle comme par exemple en natation parce que tu es dans un milieu fermé, ou en athlétisme en salle a contrario de l'athlétisme en plein air.
Les chronos ne veulent donc plus rien dire, c'est pour ça qu'ils mettent des jauges de validation de records en championnat du Monde ou d'Europe en fonction du vent qu'il y a.
Mais sur l'eau quand tu connais les conditions météo, au final les records du monde ça sera toujours vent de dos, bassin lisse, et avec une chaleur d'eau correcte.
Ça joue aussi sur la résistance de l'eau.
Donc pour moi une belle performance c'est la réalisation. C'est produire l'effort max le jour J, c'est poser sa technique pour être le plus efficace possible, c'est repousser la douleur au maximum, c'est rester solide pour aller au delà de ce que tu es capable de sortir en entraînement.
C'est intrinsèque. Au final, je fais quatrième en 1998, grosse déception.
L'année 1999 était pas mal, je l'attaque revanchard, c'est une belle saison, je fais Vice-champion d'Europe.
C'était les qualifications pour les Jeux mais je n'en faisais pas une affaire tragique, il fallait être dans les 17 monoplace 1000m qualifiés pour aller aux JO.
Sur le 1000m, je visais le podium, je n'envisageais pas de faire dix septième mondial.
Au monde à Milan, il y a eu un gros soucis, j'ai été disqualifié sur une erreur de jugement qui a été reconnue par la suite, mais bon c'est comme ça.
Et sur une course avec zéro enjeu... Ça m'a flingué la sélection pour les Jeux en plus de ma saison, puisqu'il n'y avait pas de repêchage pour les Jeux à l'époque.
Donc un quota olympique perdu pour la France.
Ça, ça été très dur, j'avais le sentiment de m'être fait voler ma qualification pour une disqualification injuste.
On m'a disqualifié pour un faux départ avec des arceaux à Milan, il n'y avait pas d'avertissement, donc celui qui trichait se faisait disqualifier, à part que c'est un Italien à côté de moi qui a volé le départ, le juge me disqualifie en montrant la vidéo sur laquelle on voit que je n'avais pas bougé, et que c'était la ligne d'à côté.
Ils l'ont reconnu, et ont dit que la vidéo n'était pas un support de réclamation.
Donc ma demande n'était pas recevable.
Et du coup l'année d'après la vidéo est devenu un mode de contestation. Comme quoi chaque expérience est utile.
Mais on est d'accord que sur le coup, on ne l'accepte pas.
Les Secrets du Kayak : Finalement tu te concentres sur les équipages pour les Jeux ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Je fais du K2 500m, et comme j'ai été tellement dévasté par cette histoire, on ne passe pas en finale, donc pas de quota.
Du coup c'est le K2 1000 et le K4 1000m qui ouvrent les quotas à Milan en 1999.
Au final on avait six places pour la France.
Donc six personnes ont été sélectionnées dont un K2 pour moi avec Philippe Aubertin sur le 500m et 1000m, un K4 1000m composé en gros de Pierre Lubac, qui faisait aussi le K1 1000m, Frédéric Gauthier Maxime Boccon et Stéphane Gourrichon.
A six, on a couru quatre bateaux.
Le K2 500m ne s'est pas qualifié mais en fait aux Jeux, une fois que tu as qualifié un K2, tu peux courir l'autre K2. C'est le nombre d’accréditation qui compte et non pas le nombre d'engagement par course.
Donc ces Jeux là, je fais quatrième, dans des conditions folles sur le K2 500m.
On fait cinquième, plus éloigné sur le 1000m dans des conditions plutôt classiques.
Je suis très content de ses résultats sachant que je revenais de super loin.
Encore une fois, ma disqualification m'a anéanti pendant très longtemps, j'avais fait une croix sur les Jeux.
C'est à l'issue des Jeux que j'ai commencé à travailler puisque j'ai eu mon concours en 2000. J'étais étudiant et j'ai fait mes quelques jours de service militaire.
Donc j'avais une solde de 800 francs par mois.
Je n'avais pas vraiment de sponsor financier.
Quand tu es étudiant, tu as un train de vie très modéré. J'avais la chance d'avoir des aides de la ville de Strasbourg, du conseil général, et de la région Alsace.
Donc avec ces trois aides cumulées ça m'a aidé à vivre au quotidien, et il y avait les aides personnalisées de l’État qui permettaient d'arrondir ça.
J'avais un partenariat avec un constructeur de bateau, qui me filait du matériel gratuit.
A 20 ans, tu n'as pas d'autre prétention que de bien manger, bien t'entraîner et bien étudier.
A l'époque et jusque 2003, j'étais en Winner Pro.
Quand il y a eu le changement des normes sur la largeur des bateaux, on a bossé ensemble avec Marc Guillard à l'époque pour sortir le BBK.
C'était une bonne collaboration, de qualité, une entreprise française. Pas très à l'heure mais de qualité.
La réglementation, un K1 devait faire 60 de large obligatoirement, et ils ont enlevé la notion de largeur, donc ça a retiré le pont pour limiter la prise d'air, donc les bateaux sont beaucoup plus étroits.
Ils avaient la même forme puisqu'il y a la réglementation concave/convexe, mais comme tu n'étais pas obligé de monter les ailerons à 60 de large, du coup tu pouvais faire descendre le centre de gravité pour gagner en stabilité.
Au niveau des pagaies, à l'époque c'était : Braca présent depuis plusieurs années, Lettmann, les Gut qui étaient tchèques, un peu grosses mais de très bonnes pagaies les double Dutch.
2001, j'ai surcompensé de tous mes entraînements de 1999-2000, c'est l'année du début de ma carrière professionnelle, juste après les Jeux, donc il y a toujours un petit relâchement.
J'étais ultra frais prêt à concourir, sur toute la saison coupe du Monde je me suis régalé, et cette fois je me souviens de certaines courses, notamment en K2 500m.
Ce sont des courses indélébiles. J'ai une course assez drôle, qui va à l'opposé de tout ce dont je viens de te parler en terme de performance.
C'était au mois de juillet 2001, aux Europe juste avant les Monde, je prends une branlée je fais quatrième mais à 4 secondes du premier.
Avec mon entraîneur on se remet en question. Et en fait c'était une course très offensive de partout, attaqué de tous les côtés, j'essayais de lutter.
Mais au bout d'un moment, tu peux pas répondre à tout le monde. Je me suis bien fait avoir.
Du coup pour les Monde on s'est marré, j'étais très en forme avec des courses bien fluides, et pour la finale l'idée ce n'était pas de sortir la meilleure performance, c'était l'allemand qui fallait battre absolument !
C'était mon seul objectif, mais ça veut dire que s'il avait fait neuvième j'aurais fait huitième !
C'était un pari assez, drôle, je gagne cette course, je savais que j'étais devant lui, mais en fait j'avais un copain argentin en ligne d'eau numéro 9 qui s'intercale entre nous, qui fait deuxième, et lui, je ne l'avais pas calculé de la course.
Donc je gagne, je coche mon plan de course avec mon objectif, et en fait mon pote aurait pu s'intercaler bien plus, et là je n'aurais pas été champion du monde !
Et pourtant dans cette course là j'avais vraiment la pêche, toutes les conditions étaient réunies, que ce soit en terme de préparation, d'aisance, et de mental, tout était fluide.
Ça été un duel entre l'allemand et moi !
Les Secrets du Kayak : Quand tu deviens champion du monde, la pression retombe pour les années suivantes ? Ou tu estimes avoir fait le tour ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Ça c'est super dur !
J'admire des sportifs comme Tony Estanguet qui ont récidivé dans leur titre olympique ou mondial.
A mon niveau quand j'ai validé ma place de champion du Monde en 2001, d'autant plus avec une quatrième place à Sydney, les qualifications en 1999, un quatrième place en 1998, c'était la case cochée !
Là il y avait une satisfaction. Et après c'est compliqué de se remobiliser et je ne parle que du K1 1000m.
En k2 ça a été facile de se remobiliser. J'étais dans le projet de gagner.
Mais donner du sens à reproduire une performance c'est dur ! Je n'ai jamais su le refaire.
Je ne ferai les prochains JO en 2004 que en K1 500m, en 1000 aussi mais je fais demi-finale, je passe à côté.
Avoir un nouvel objectif en K2 ça m'a remobilisé.
C'est comme quand j'ai arrêté ma carrière en 2007, pendant 3 ans je n'ai pas fait de bateau, je ne pouvais pas refaire du kayak parce que j'avais un niveau d'exigence, par rapport aux sensations que j'avais qui n'était plus corrélé quand je n'étais plus entraîné.
Je courais, je faisais du vélo, de tout... mais pas de kayak, il a fallu quelques années pour que je revienne au kayak et reprendre plaisir à naviguer, en ayant fait le deuil des sensations d'avant.
En 2001 je gagne, mais les années d'après je n'ai jamais retrouvé ces sensations d'aisance et de fluidité que j'avais cette année là.
Du coup, tu es à la recherche de quelque chose que tu as vécu, que tu n'arrives pas à reproduire.
Alors que sur une autre distance, un autre équipage, c'est un autre projet !
Contrairement au kayak d'eau-vive où il faut être technique, savoir lire une trajectoire etc, le kayak de course en ligne est plus simple sur le papier.
Mais il en devient plus complexe car plus accessible par plein de gens.
Donc si tu veux te détacher d'eux, tu dois aller au delà de la finesse de la navigation, de la glisse, du meilleur rendement.
Tu n'as pas d’échappatoire ! Tu as ta pagaie, ton bateau, ton plan d'eau.
Et quand tu arrêtes ta condition physique se dégrade, donc les positions techniques, tu les tiens moins longtemps. Donc tu transmet moins bien la glisse à ton bateau, tu n'as pas les bonnes sensations et donc tu es frustré.
Il te faut un certains temps pour ré-apprécier tout ce qui va avec, la nature…
Les Secrets du Kayak : Comment se passent tes années après 2001 ? La qualification des JO de 2004 reste dans un coin de ta tête ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : J'ai eu le projet du K2 avec Philippe Aubertin qui avançait bien jusqu'en 2003 où on fait cinquième au mondial.
Et en monoplace, je me suis pris des baffes à chaque fois, dès l'arrivée en 2002 de Nathan Baggaley, l'australien qui s'est dopé chopé positif par la suite.
2003, c'est Adam Van Koeverden champion olympique qui a vraiment explosé. Moi je vieillissais !
Et après il y avait l'objectif des Jeux d'Athènes, avec Philippe Colin, on a cherché à monter un nouvel équipage.
Très bon au niveau des sélections françaises au printemps 2004, on a gagné le K2 500m et le K2 1000m.
Mais performance insuffisante aux sélections internationales, le bateau n'a pas été qualifié pour Athènes.
Donc j'ai fait les JO en K1 avec des qualifications que j'ai eu de part ma place en K1 1000m en 2003.
J'ai profité de la redistribution des places du K1 1000m où j'avais fait premier de la finale B et ainsi j'avais obtenu ma place pour les JO de 2004.
Du coup ces JO en 2004 c'était mieux que ceux de 2000.
On était moins nombreux, j'avais moins de choses à partager du fait d'être en mono. J'ai du gérer seul le quotidien, l'entraînement, la fatigue... j'ai toujours préféré l'équipage pour ces tranches de vie.
Content d'avoir fait une finale, mais ce n'a pas été ma plus belle année sportive.
Les Secrets du Kayak : Après 2004, est-ce que malgré l'absence de résultat, tu as encore la motivation nécessaire pour poursuivre dans ces objectifs là ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : J'ai arrêté ma carrière en 2007, mais soyons honnête : ma carrière s'est arrêté à Athènes.
En 2005, j'ai eu beaucoup de mal à revenir, j'ai pris un gros break après les JO. L'année aura été très maigre.
L'année 2006, je suis revenu mais sans l'inertie favorable de l'entraînement de l'année 2005, donc pas terrible.
2007, je me suis arrêté aux sélections, je n'étais pas au niveau.
Donc clairement, en 2004, j'ai inconsciemment arrêté ma carrière.
Mais j'avais aussi d'autres priorités dans ma vie, il y a eu la naissance de mon fils début 2005, je suis passé dans un processus qui m'a éloigné de l’égoïsme du sport de haut niveau.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu pratiquais de la préparation mentale à l'époque ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Oui dès les années 2000.
Pas au quotidien, mais régulièrement quand même. Si tu veux aller au delà de la douleur, c'est bien dans la tête que ça se passe.
Et pour performer, je pense que j'ai eu de tout temps une très bonne hygiène de vie, puisque je me concentrais sur la performance.
Je suis un très gros dormeur, j'ai toujours su me reposer et m'alimenter correctement. Les fêtes, c'était le soir des Europe et le soir des Monde.
Pour moi, le sommeil c'est la clé pour le mental et la récupération.
Je n'ai jamais vraiment eu de blessures, depuis les années 1997-1998 j'étais suivis par un bon ostéopathe, je ne jure que par certains d'entre-eux qui sont de vrais magiciens et qui t'évitent de prendre des saletés.
De toute façon, quand tu t'entraînes tout le temps au taquet, tu as mal partout ! Tu es en vrac.
Mais ça fait parti du jeu.
Si tu t'étires bien et que tu fais tout ce qu'il faut, normalement tu ne te blesses pas.
Les Secrets du Kayak : Au moment de ta retraite sportive, tu as travaillais pour la fédération ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Oui, 3 ans de 2007 à 2010, en charge de tous les volets sociaux professionnel et vie de l'athlète, c'était une très bonne expérience.
Ensuite, je suis parti dans le privé histoire de me prouver que je pouvais faire autre chose.
Et ensuite, j'ai intégré le ministère des sports, un petit parcours politique en 2014.
Puis, j'ai rejoint la grande maison INSEP en 2017.
Un parcours assez diversifié finalement.
Depuis un an, je suis à la tête d'une cellule qui gère toutes les relations internationales de l'INSEP et la relation au centre du réseau Grand INSEP : c'est les centres et autres instituts qui sont reconnus et intégrés par le label qu'on octroie à l'INSEP.
C'est du travail en réseau, de la mise en commun des ressources et des compétences.
Au niveau national ça va, au niveau international pour l'instant c'est beaucoup de visio, de mails, de conventions, de plan d'action...
C'est compliqué avec la COVID.
Les Secrets du Kayak : Tu as mis combien de temps pour remonter dans un bateau après la fin de ta carrière sportive ? Est-ce qu'aujourd'hui tu en fais encore un peu ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Oui oui, j'ai mis deux trois ans vers les années 2010.
J'ai toujours été licencié depuis 1987 avec mon club de Strasbourg.
J'ai ma ligne directrice, j'adore ma fédération, j'adore la pratique du canoë-kayak sous toutes ses formes, même en mer.
Après je ne suis pas revenu travailler au sein de la fédération pour des conjonctures politiques qui ne me satisfont pas.
Des changements à opérer au sein de la fédération ? Ah mais j'ai plein d'idées, oui.
Mais pour autant comme je ne suis pas aux affaires, je ne m'étendrai pas sur le sujet.
On verra si j'y reviens un jour pour aider cette belle fédération, et ses jeunes.
Avec la Covid, on a comme tout le monde une chute de licenciés, c'est normal.
Mais je suis très inquiet pour les jeunes aujourd'hui de la tranche 10-20 ans qui n'ont pas la dérogation pour s'entraîner.
Après sur la pratique dans notre fédération, je pense que les gens adhèrent ou pas à une direction fédérale, une dynamique fédérale.
C'est individuel, je ne suis pas sur que ça ait un impact sur le pratiquant lambda.
Mais oui, la fédération mériterait un prompt développement, plus innovant, plus moderne certainement.
Les Secrets du Kayak : Y a-t-il des sujets que je n'ai pas abordé dont tu aurais aimé discuter ?
Bâbak Amir-Tahmasseb : Non, ça a été historique, ma mise en œuvre en suivant le calendrier.
Je ne sais pas si ça passionnera du monde.
Ce qui serait intéressant, c'est un jour de corréler une pratique sportive de haut niveau avec ce qui pour moi a été un moteur pendant toute ma carrière et qu'on n'a pas évoqué : les émotions !
Je pense qu'on fait une pratique, on agit en fonction de ses émotions, et moi le sport c'est un domaine, c'est ce qui m'a procuré les émotions les plus incroyables de ma vie.
Pour moi que ce soit dans le sport, la vie privée ou la vie professionnelle, si tu veux être bon il faut gérer tes émotions.
Et elles peuvent t'emmener soit sur des situations pacifiques soit vers la colère soit vers la tristesse, soit vers le dégoût, la peur… des situations surprises... tu as cinq-six émotions qui nous orientent dans toutes nos actions, le tout est d'en rester maître.
Donc à tous ces jeunes pagayeurs : faites du sport, procurez vous des émotions, et si un jour vous n'avez plus d'émotion ou de plaisir, il faut se poser les bonnes questions et essayer de retrouver ces émotions là !
Ça ne sert à rien de forcer si tu n'es pas en phase.
Vous pouvez contacter Bâbak Amir-Tahmasseb sur son compte Linkedin.
Interview : Romain Marcaud
Retrouvez tout sur Romain Marcaud. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Romain Marcaud en avril 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Romain Marcaud : Il fait beau alors ça va pas mal.
Les Secrets du Kayak : J'ai appris que tu avais repris la navigation, tu t'es acheté un surfski ?
Romain Marcaud : Oui, après avoir fait du kayak pendant 20 ans, même après une carrière quand tu as le virus du kayak, tu y reviens à un moment ou un autre.
Je m’étais arrêté il y a plus de quatre ans après les championnats de France 2016.
Très honnêtement je pense qu'on a une grosse mémoire technique et physiologique, ça revient super vite !
En quelques séances on arrive à faire un 10km tranquillement.
Je ne voulais pas avoir les conditions d'entraînement et d'exigence technique de la course en ligne.
Quand c'est très instable, il te faut de la préparation physique à côté.
Donc le surfski est une super alternative, j'habite proche de grands lacs et de grandes rivières, donc c'est plus accessible.
J'ai quitté le kayak en 2016, c'était les premières années du surfski.
J'ai appelé mon ancien sponsor Patrick Suranyi qui faisait toujours la marque Nelo, du coup j'ai deux surfski Nelo 560 qui fait 9,5 kg tout en carbone ! Le top du top !
Le Nelo 560 se rapproche de la course en ligne car c'est le surfski le plus instable du marché.
Mais ça reste sans discussion plus stable qu'un bateau de course en ligne.
J'ai navigué dans des conditions de grand lac avec du vent, de grandes vagues, tu prends l'eau de tous les cotés, et pourtant on était stable.
Et au niveau de la vitesse, ça dépend des allures mais sur une allure d'endurance sur 10-15 min ça va aussi vite qu'un bateau de course en ligne.
Sur des sprints c'est moins dynamique, ça va moins vite.
J'ai commencé la compétition à 8 ans, donc ça fait partie de ma vie, peu importe le sport que je pratique, je tends vers les compétition mais plutôt endurance, voir ultra !
Les Secrets du Kayak : Tu as commencé à quel âge le kayak ?
Romain Marcaud : J'ai commencé à 8 ans.
J'avais touché au tennis, au foot comme tous les gamins. Et j'ai attrapé le virus du kayak.
Mon beau père faisait de la planche à voile, donc j'en faisait.
En arrivant sur le plan d'eau un été, il n'y avait pas de vent. Il y avait un loueur de kayaks, et avec un copain de mon père on en a fait.
Je cherchais un sport pour la rentrée de septembre, il y avait un club de kayak à Nevers avec une histoire formidable, et j'ai commencé à rêver de compétitions dès mes premiers coups de pagaie.
Je n'étais pas le plus jeune du club, on devait être une trentaine de mon âge 7-8 ans.
En gros dès que tu sais nager et que tu n'as pas trop peur de l'eau, tu peux pratiquer le kayak.
Il faut juste que le matériel soit adapté.
A 8 ans tu navigues dans des petites barquettes en plastique, stable, sécuritaire, avec des pagaies adaptées, et c'est parti.
La discipline de kayak enseignée dans les clubs est très liée au territoire.
Si le club est sur les rives d'un lac, tu feras du kayak mer ou de la course en ligne.
Quand tu as un club installé en bord de rivière alpine, tu fais de la descente ou du slalom.
Nevers c'est au bord de la Loire, c'est calme, donc tu fais de la course en ligne.
Tu commences dans ce qu'on appelle chez nous des bouchons, et au fil des séances tu évolues sur des kayaks de compétition.
Moi j'ai fait mes premières compétitions à 8 ans, il y a des catégories et des challenges dans chaque région, donc en poussin première année.
Ensuite en benjamin et en minime.
Je ne me souviens pas vraiment de ma première compétition, ça devait être avec le comité départemental.
Mais je me souviens des années d'après où le comité départemental a mis en place un challenge multi activités, compétitions de descente, de slalom, de course en ligne.
Il y avait même un cross du pagayeur pour nous motiver à courir un peu, c'était les premiers pas de la préparation physique.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passait les entraînements à cet âge ?
Romain Marcaud : Dès le départ mercredi et samedi après-midi.
On avait des bénévoles qui nous encadraient, nous la trentaine de gamins.
On passait beaucoup de temps à s'amuser avec des jeux sur l'eau, des bêtises, on n'était jamais sorti de l'eau à l'heure quand les parents venaient nous rechercher.
Les Secrets du Kayak : Tu te souviens de tes premiers résultats ? Est-ce qu'en minime, tu étais déjà très bon ?
Romain Marcaud : Oui, la FFCK avait sorti des statistiques là dessus.
Plus de 90% des athlètes en équipe de France junior, de moins de 23ans et senior sont passés par une médaille en championnat de France en minime.
Et j'en fait partie. Je faisais des 200m, le 1000m, le marathon...
A cette époque là, il y avait du 500m en championnat de France et du 2000m.
De poussin à benjamin, je m'entraînais deux fois par semaine, je tannais mes parents pour venir d'avantage.
A partir de minime, je m’entraînais quatre fois, je faisais deux entraînements par jour le mercredi et le samedi. Et j'ai pris les choses au sérieux fin minime.
Je n'avais pas forcément envie d'être athlète de haut niveau.
Au championnat de France en minime première année je dois faire deuxième en mono place sur le 2000m et troisième sur le 500.
Sur le championnat de France en minime deuxième année, je fais deuxième sur les deux distances en mono place.
J'étais curieux de savoir ce dont j'étais capable et jusqu'où je pouvais aller.
En cadet première année je dois faire cinquième en championnat de France, et en deuxième année cadet, je gagne les championnats de France.
Je prenais du plaisir à m'entraîner avec les anciens du club qui m'apprenaient plein de choses, c'est ça que j'aimais.
Les Secrets du Kayak : Comment se déroule ta scolarité ?
Romain Marcaud : Je fais une scolarité complètement normale.
En junior, j’intègre l'équipe de France.
Je suis resté jusqu'à la fin de mon BAC à Nevers, je ne voulais pas partir en pôle espoir.
J'étais attaché à mes entraîneurs, des anciens athlètes de hauts niveaux qui avaient fait des championnats du Monde.
Ils me faisaient rêver avec leurs histoires, je ne voulais pas les quitter !
C'est dans les équipes supérieures que j'ai commencé à réaliser que j'étais tellement accro au sport qu'il fallait, que je voulais en faire mon métier.
J'ai passé un BAC en filière économique et ensuite j'ai fait STAPS, je voulais travailler dans le sport.
J'ai fait ma Licence, et même encore à 22 ans je ne voulais pas être entraîneur de kayak, être athlète me suffisait.
Les Secrets du Kayak : D'abord athlète puis entraîneur ou les deux en même temps ?
Romain Marcaud : J'ai commencé à vouloir entraîner les autres pour une raison économique.
J'ai fait le double circuit -23 ans et senior au pôle espoir de Dijon à 20 ans, je n'avais pas beaucoup d'argent, donc mon club m'a embauché pour les week-end, c'est là que j'ai commencé à entraîner et j'y ai pris goût.
J'avais passé un monitorat en catégorie cadet donc j'avais le diplôme pour être salarié.
J'ai commencé à entraîner les poussins et les benjamins.
A la fin de ma Licence, j'ai été obligé d'aller au pôle France de Nancy.
J'avais fini ma Licence j'étais en première année de Master, j'ai passé mon BE1 en 2009 et mon BE2 en 2010.
J'avais pas le choix de de tout concilier, travail et entraînements.
A l'époque, la fédération obligeait à avoir un double projet pour avoir un complément de statut d'athlète de haut niveau, du coup grâce à mes résultats au club de Nevers je me suis de suite fait recruter comme entraîneur au club de Nancy, c'est à dire dès septembre 2010.
Les trois années auparavant, j'avais réussi à placer des athlètes du club de Nevers en équipe de France junior, des médaillés aux championnats d'Europe, donc toujours athlète j'ai pu me faire recruter entraîneur en même temps au club de Nancy.
J'ai toujours eu à cœur d'entraîner l'ensemble de la filière au même moment.
J'entraînais la semaine les athlètes qui cherchaient à intégrer le haut niveau, mais les mercredi et samedi après-midi j'encadrais les écoles de pagaie.
J'avais besoin de faire ce grand écart. D'entraîner les petits me permettait de comprendre certaines choses chez les athlètes plus tard.
Quand j'ai intégré l'équipe senior, c'est au lendemain des Jeux Olympiques d'Athènes en 2004 qui ont été une hécatombe pour la fédération Française de canoë-kayak en discipline de course en ligne.
Il n'y avait eu qu'un seul kayak homme aux jeux d'Athènes.
A cette date j'étais senior première année.
Donc dès 2005 la fédération a mis en place quelque chose pour les jeunes : un programme pour décrocher un max de jeunes, pour obtenir les quotas pour les Jeux de Pékin.
Comme Maxime Beaumont j'en ai profité, dès senior deuxième année je fais cinquième au championnat de France élite, du coup on a fait les deux circuits (moins de 23ans et senior) en même temps.
Ce programme consistait à emmener les jeunes avec les senior sur tous les stages, pour transmettre un maximum de choses avant les sélections, pour partager les stages de Bâbak Amir-Tahmasseb ancien champion du Monde.
Ça a eu des bons coté et des moins bons.
Je m'entendais super bien avec Bâbak, on avait couru ensemble les championnats du Monde en K4 ensemble.
C'était bizarre, il y avait des gens heureux comme lui de pouvoir transmettre cette notion de performance, et il y en avait d'autres qui étaient un peu jaloux qu'on leur prenne leur place.
Il fallait avoir un respect pour les anciens.
En kayak tu es à la fois adversaire et coéquipier en fonction de comment tu coures.
Tu n'as parfois qu'une nuit pour changer mentalement d'état d'esprit vis à vis des autres : la veille adversaire en K1, le lendemain matin coéquipiers en K4.
Du coup je fais les championnats du Monde en 2005, je fais neuvième en K4, donc plutôt bonne performance pour une première année.
En 2006 dixième, et en 2007 il faut faire dans les huit premiers pour décrocher sa place pour les quotas.
En K4, on fait dixième donc on n'a pas sélectionné le bateau pour les Jeux de 2008.
Du coup, j'ai fait la saison moins de 23ans.
Je n'ai pas vu ça comme un échec, j'avais toute ma carrière devant moi.
Il y avait encore toute la saison internationale. Et passer de rien à dixième chez les senior en trois ans, ce n'est pas donné à tout le monde.
2008, on me dit que je n'ai plus d'avenir au pôle espoir de Dijon, et j'ai fini ma Licence avec Gilles Cometti en directeur de promo.
Je suis forcé d'aller à Nancy, et le changement est bizarre.
Ça chamboule tout, je passe à côté des sélections en 2009.
J'y ai perdu tout mes repères. A Dijon tu vis ta vie d'étudiant à fond, il y avait une solidarité de dingue, on est des potes, on s'entraîne comme des dingues.
Et là j'avais perdu tout ça !
Les entraîneurs, l'entourage, le comité n'était plus le même. Il n'y avait plus d'émulation.
En 2009 je n'arrive pas à rentrer en équipe de France, et il y avait un championnat de France de marathon et j'y fais quatrième.
Donc en 2010, je pars sur la longue distance et je m'y spécialise, c'est en général sur 32 - 35 km avec des portages. C'était des boucles de 6 km.
Pour les sélections équipe de France, je me spécialise sur le 200m, qui est une nouvelle discipline qui entre au Jeux en 2012.
Je fais quatrième français. Mais devant moi j'ai Maxime Beaumont, Sébastien Jouve et Arnaud Hybois, de gros champions donc moi je suis remplaçant, je rentre à la maison.
Quand on les regarde, être quatrième après eux, je n'ai pas trop à rougir.
Les sélections sur marathon se faisant après les sélections de sprint, le lendemain du sprint je bifurque sur le marathon, en gros c'est 38km d'endurance avec un sprint sur les 200 derniers mètres.
Les entraînements sont différents quand tu prépares le marathon.
Mais en 2010 lorsque je suis champion de France en marathon en monoplace, en même temps je fais quatrième aux sélections et en championnat de France sur 200m.
J'ai une polyvalence que je n'explique pas trop.
Quand je préparais les sélections pour le sprint je ne faisais vraiment que de l’entraînement spécifique sprint.
Je n'ai jamais mixé les pratiques, j'ai toujours fait les choses à fond.
J'ai toujours mis toutes les chances de mon côté pour réussir.
Les Secrets du Kayak : Après être champion de France marathon tu enchaînes sur les compétitions internationales de cette discipline ?
Romain Marcaud : Les championnats de France de marathon avaient eu lieu en septembre donc à la fin de la saison de marathon.
En 2010, je suis champion de France devant Cyrille Carré en monoplace.
Mais auparavant j'étais entré en équipe de France en marathon au mois de Mai.
Et j'avais gagné trois coupe du Monde en biplace avec Edwin Lucas, on avait gagné trois coupes du Monde et on avait fait sixième aux championnats du Monde.
Ma première compétition en marathon, c'est une coupe du Monde et on la gagne.
La priorité restait quand même la course en ligne, même si cette porte de sauvetage qu'est le marathon est belle, je continue de viser les Jeux de 2012.
Et donc pour les Jeux de 2012, je reste remplaçant derrière les trois cadors !
Je suis resté quatrième français jusqu'en 2012 sur le 200m, mais aussi parce que le k4 n'était pas qualifié en 2012.
Je suis la quatrième roue mais je suis super content pour eux ! Quand tu les vois gagner à la coupe du Monde au Portugal, je ne suis pas dégoûté !
Les Secrets du Kayak : Comment tu fais pour concilier ton métier d'entraîneur et ta carrière d'athlètes, avec tous les stages que ça implique ?
Romain Marcaud : Les journées commencent tôt et elle finissent tard. On ne compte pas les heures.
Je m'entraîne deux à trois fois par jour et le reste du temps je suis entraîneur.
Donc je m'entraîne en fin de matinée, je mange à l'arrache, j’enchaîne les deux entraînements à partir de 16-17h et je termine à 21h.
Ça toute la semaine, le week-end on part en compétition.
J'y fais mes courses et je coache les jeunes qui font les leurs.
Les jeunes me le rendent bien puisque ça gagne.
J'ai fait rentrer des athlètes en équipe de France, en équipe régionale, en championnat de France minime et en équipe de France junior.
Les Secrets du Kayak : Au bout de combien de temps, tes athlètes arrivent à tenir dans un bateau de course en ligne et s'y exprimer ?
Romain Marcaud : Ca dépend du gabarit, plus le gamin est grand et élancé plus il aura de mal.
Je dirais au bout de deux ans et demi de pratique pour vraiment savoir pagayer correctement dans un bateau de course en ligne. En deux mois tu peux tenir dedans, mais pour vraiment s'exprimer je dirais deux ans et demi.
Pour être plus à l'aise, l'eau vive n'est pas obligatoire, tous les clubs n'en ont pas les moyens.
Mais je pense que la pluridisciplinarité pour les jeunes, c'est le meilleur moyen pour les jeunes d’apprendre à aller vite, rester stable en fonction des éléments, et s'adapter à l'instant T pour passer une porte ou un piquet.
Pour moi il faut toucher à toutes les formes de kayak avant de se spécialiser dans sa discipline.
A Nancy, le pôle nautique est magnifique, tu as le luxe d'avoir une rivière artificielle de 400m au bord du club.
Tu as une retenue d'eau au dessus d'un barrage qui fait 7km de long, et le dénivelé du barrage était utilisé pour faire une rivière artificielle de 400m.
Le top pour l'enseignement du kayak !
Les Secrets du Kayak : Pour revenir sur tes explications sur les gabarits, quel est ton gabarit à toi ?
Romain Marcaud : Quand j'étais athlète je faisais 1,92 m pour 92 kg.
Je suis lourd mais bien costaud pour les sprint. En fait, je gagnais les marathons aux sprints.
Je tournais les courses à mon avantage.
J'ai gagnais de plusieurs manières mais je glissais sur la vague et je gagnais le sprint à la fin.
Les Secrets du Kayak : En tant qu'entraîneur, c'est toi qui gérais aussi la préparation autour du kayak, la course à pied… ?
Romain Marcaud : Oui, à Nancy j'avais mon BE2, j'étais chargé de développement et de compétition.
Donc j'étais chargé de gros projets d'investissement sur le pôle nautique, et je m'occupais des écoles de pagaie, des petits aux compétiteurs, avec musculation, course à pieds, bateau...
Aussi la préparation physique et technique en bateau.
La course à pied et la préparation physique est présente depuis longtemps au kayak, je pense que ça vient aussi de la saison.
Les compétitions s'étendent de mars à octobre, et la période hivernale est propice a faire de la préparation physique pour pouvoir être bon à partir du printemps dans le bateau.
La course à pied c'est aussi un choix économique, tu as besoin d'une paire de basket, d'un cuissard et c'est parti.
Dès que tu parles de vélo, de ski de fond... ça demande du matériel, des déplacements, c'est moins facile d'accès.
Pour la musculation, je prenais en compte la physiologie des gamins.
On commençait toujours par du poids de corps, de la base type tractions, pompes, squats... et après on entamait la musculation que dans un processus de gagner des médailles et intégrer le haut niveau.
Donc la musculation c'est en complément d'un projet de haut niveau.
On pouvait commencer vers 16 ans en fin de cadet.
Orientation développé couché et tirage planche, parce que on avait des tests hivernaux de préparation physique avec un test de 5000m de course à pied et un exercice de tirage planche et un exercice de développé couché.
La fédération a inventé des choses sans trop d'expérience ou de tests physiologiques.
Quand j'étais au pôle espoir à Dijon, de 2005 à 2009, j'ai eu la chance d'avoir comme préparateur physique Gilles Cometti entre autre, au CEP qui gérait notre préparation physique, donc j'avais un gros avantage, j'étais très fort très jeune en bateau.
On touchait quelque chose d'ultra pointu pour aller vite en bateau.
On avait des tests de puissance réguliers pour mesurer la progression, avec de nouvelles méthodologies de musculation avec les programmes bulgares, avec en complément des partie barres et machine à pagayer... j'en ai de super souvenirs !
Tout le CEP était équipé de machine Technogym à la pointe, chose que je n'avais pas à ma disposition au pôle de Nancy pour moi entraîner les jeunes.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'au final la fédération par tout ce process ne force t-elle pas les jeunes à se disperser dans ces disciplines de musculation, plutôt que de se concentrer sur l'objectif principal, aller plus vite en kayak ?
Romain Marcaud : Je pense que le monde du canoë-kayak en course en ligne est fait de beaucoup de croyances et peine à avancer dans l'expérimentation et le domaine scientifique.
Dans les clubs c'est vraiment archaïque, je ne parle pas du haut niveau mais des clubs. Ça fonctionne à l'ancienne.
Après ça demande du budget, le kayak dans son ancrage mental reste très lié à la descente de rivière, donc sortir de ce format pour aller chercher un format économique qui va permettre d'aller plus loin dans la recherche scientifique et ainsi de suite, c'est assez loin des valeurs que le kayakiste a à son départ.
Les Secrets du Kayak : Quand tu entraînais les jeunes, quels étaient les défauts techniques qui revenaient le plus souvent ?
Romain Marcaud : Mes jeunes étaient les meilleurs du monde, ils étaient top, ils n'avaient aucun défaut !
Plus sérieusement, le défaut technique : ne pas assez prendre son temps, ne pas penser assez au coup de pagaie à droite, puis celui que tu mets à gauche.
Le jeune pense trop au pagayage dans la globalité et pas assez comme une unité de pagaie droite puis gauche.
En gros, ils ne posaient pas leurs coups. Souvent, le pagayage sert à équilibrer.
La concentration et le placement combiné à la technique de pagayage leur sert à avoir une meilleure propulsion et donc d'équilibre afin de gagner en vitesse.
Avec mes jeunes, on faisait les zouaves, des jeux de stabilité pour gagner en équilibre.
C'est vraiment de la sensation pure, enseigner de l'équilibre c'est compliqué !
Les Secrets du Kayak : Est-ce que les exercices d'équilibre en dehors du bateau ça aide ? J'ai l'impression que non !
Romain Marcaud : Il y a eu une mouvance sur les SwissBall, mais comme toi je peine à valider les choses qui ne sont pas mesurables.
Je n'en suis donc pas convaincu. Je ne vois pas comment tu peux mesurer une progression.
Sur l'eau, tu n'anticipes pas la vague, c'est affaire d'adaptation.
Exemple, je fais de la slackline.
Alors, je suis très stable en bateau de course en ligne, je peux rester debout dedans mais en revanche je suis incapable de rester debout sur une slackline.
Pourtant on est sur quelque chose de mouvant comme au kayak.
Donc je pense que ce que l'on sent dans le bateau, c'est relié au bateau et ça n'est pas retrouvable dans quelque chose d'autre.
Je ne suis pas sur que tu puisses avoir un transfert.
Les Secrets du Kayak : Pour reprendre sur ta carrière en 2012, tu es remplaçant de luxe. Est-ce pour les Jeux de 2016 tu te demandes si tu continues ?
Romain Marcaud : Oui, je me pose la question.
Jusque 2012, je fais partie de l'équipe de France de marathon.
Entre 2010 et 2012, j'ai gagné cinq ou six coupes du Monde. Je suis vice champion du Monde et champion d'Europe en marathon. Ça se passe bien.
2012 je suis remplaçant aux Jeux, et je suis devenu plus entraîneur qu'athlète.
J'ai peiné à me mettre dedans. Je voulais vraiment intégrer le sprint pour 2016.
Donc 2013-2014, je fais parti du groupe élite au 200m.
Entre temps mon président de club de Nancy Philippe Kowalski, sent que ça va être compliqué pour moi d'aller aux jeux en 2016 avec les trois cadors, parce que si j'y vais c'est pour l'or ! Et j'en ai pas le niveau.
Il me met au défi d'emmener quelqu'un du club en 2016, c'est ma mission.
C'est en 2012 que je mets en place mon groupe d'entraînement au club de Nancy, avec mes meilleurs athlètes, ils sont 15 dont moi.
Il en faut un aux Jeux. Je ne sais pas qui à les capacité d'y aller.
Je lis beaucoup de choses sur les entraînements des handballeurs via Claude Onesta, sur les entraînements de biathlon de Martin Fourcade, je suis très curieux et je constitue mon groupe dont je fais parti pour les emmener le plus haut possible jusqu'en 2015, pour en extraire un ou plusieurs qui ont le potentiel d'aller aux Jeux.
C'est un groupe commando, tous les jours on repousse les limites en s'entraînant plus dur que la veille. Toutes les vacances, on fait des stages plus durs que les précédents.
Ça amène beaucoup de performance ! J'ai Amélie Marchal qui intègre les équipes de France en marathon, et qui fait sixième aux championnats d'Europe.
J'ai Martin Artère en canoë qui intègre l'équipe de France junior.
Ce groupe est hyper solidaire, et Nancy devient le sixième club français parce qu'on récolte des médailles aux championnats de France !
Du coup ce groupe évolue en grandissant, ce n'est pas un groupe d'entraînement c'est un groupe de vie !
Ils partagent la même chambre, le même lycée, je met une section sport étude en place.
Et j'ai plein d'athlètes extérieurs que tu connais d'ailleurs, qui viennent se greffer au groupe, qui changent de club pour s'inscrire au club de Nancy et intégrer ce groupe de commando. Je pense à Francis Mouget. Donc de 2013 à 2016.
Dans ce groupe qui a commencé en 2012, il y a une jeune femme Amandine Lhote, qui a intégré le groupe en fin 2013, que je connais bien.
A la naissance du groupe elle ne faisait pas partie de ça, elle avait arrêté le bateau en 2008 suite à des problèmes physiologiques, et quand elle a vu ce groupe fonctionner, je peux le dire parce que c'est ma compagne, ça lui a redonné envie de se remettre au bateau.
Moi je m'entraînais avec eux mais je les suivais aussi en bateau à moteur.
Les jeunes m'ont boosté avec leur fraîcheur, leur aspect léger, on a tous progresser.
Amandine a intégré le groupe en 2012 et c'est en 2014 qu'on l'a identifiée comme pouvant aller aux Jeux.
Elle a décroché les quotas au championnat du Monde en 2015 à Dunan, elle va aux Jeux, et moi je suis son entraîneur.
Non, je ne suis pas satisfait du résultat mais avec des années de recul, le résultat ce n'est qu'une place marquée sur un bout de papier, rien d'autre.
C'est 1min30 de course dans une carrière sportive, donc ce n'est pas ça qui est important.
Ce qui est important c'est ce qu'on a vécu, ce qu'on a appris et comment on retranscrit les choses maintenant dans notre vie sociale, privée et professionnelle.
Tout ce qu'on a appris est valable dans notre vie, ce n'est pas une rafale de vent ce jour là qui va discréditer tout ça.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que d'avoir envoyé Amandine en tant qu'entraîneur, c'est aussi gratifiant que d'avoir fait les Jeux ?
Romain Marcaud : Ce n'est pas équivalent, mais c'est un projet qui a été co-construit à deux, c'est un défi, et quand tu vois ta compagne qui est aussi ton athlète mettre sa plaquette de porte numéro, après tout ce qu'elle a vécu... ça envoie !
Je me suis payé mon billet d'avion et j'y suis allé officiellement en spectateur.
J'ai profité de tout, les nuits étaient courtes, je voulais pouvoir profiter de tout.
C'est formidable, non descriptible.
C'est beau physiquement et mentalement, ce sont de belles valeurs.
Il n'y a pas trop de triche, les valeurs du CIO sont fidèles sur place. C'était énorme !
Les Secrets du Kayak : Après les Jeux, tu t'interroges sur une retraite ?
Romain Marcaud : Je suis très réaliste, je ne me mens pas à moi même : en étant à fond j'ai raté le coche.
La force de l'âge est passée, je ne vois pas ce que je peux mettre en place de plus.
Peut-être qu'il me manquait quelque chose pour y aller, j'ai peut être fait des erreurs, mais arrivant à 35 ans en 2020 je ne vois pas ce que je pouvais mettre en place de plus pour y arriver.
Et en même temps, Amandine a fait les Jeux Olympiques, moi j'ai récolté pas mal de médailles à l'international, c'était le bon moment pour arrêter tout ça.
J'arrête également ma carrière d’entraîneur pour une raison que toi peut être tu vas comprendre : je ne me vois pas être entraîneur sans être à 100%.
Pour moi ça demande d'être impliqué : pas de week-end, pas de jours fériés...
Entraîneur de haut niveau ou pour un athlète qui cherche à intégrer le haut niveau, tu ne peux pas demander le meilleur à ces personnes si toi tu travailles qu'un certain nombre d'heures par semaine.
Moi si je suis entraîneur c'est H24 et c'est épuisant, c'est dur à tenir, tu n'as pas de vie sociale.
Fin 2016 on est arrivé au bout du processus, et je n'avais plus l'énergie pour continuer avec la même rigueur l'olympiade d'après.
Pour moi, mon métier d'entraîneur est arrivé à une date d'expiration, donc j'arrête fin 2016.
Le club a changé de président, je ne m'entend pas avec lui, ça devient compliqué.
J'ai deux ans de chômage pour réfléchir. Pendant deux ans, je ne remonte pas dans un bateau.
Mes derniers coups de pagaie c'était pendant 2016 la récupération après la finale du 200m en K4 où on fait vice champion de France.
Et même si j'en faisais tous les jours, on a tellement de sensations en mémoire et tellement moins le niveau que tu fais le choix de ne plus pratiquer. On balance tout, on revend tout, j'achète une paire de basket, et je me mets à courir, je me suis mis au trail.
Directement en vacances à Rio De Janeiro, juste après les Jeux on y est resté une semaine après les Jeux avec Amandine.
Et quand tu es sportif, que toute ta vie tu t'es entraîné trois fois par jour, tu ne peux pas rester dans ton canapé à ne rien faire, tu trouves autre chose.
On aime beaucoup la nature, donc c'était le meilleur moyen d'en profiter et de s'évader un peu.
Alors j'avoue que maintenant je ne fais que de l'ultra trail, donc des courses de 120km, je suis le plus gros sur la ligne de départ. Mais je ne suis pas le moins performant !
Au début je ne m'entraîne pas tous les jours, quand tu fais 100kg les rotules et les chevilles prennent de méchants coups.
Donc au départ quand je cours 20-25 km j'ai mal partout, donc je complémente avec du vélo et aujourd'hui je cours tous les jours sans problème, sauf actuellement du fait d'une blessure.
Les Secrets du Kayak : Et pendant cette période de chômage, tu as eu l'illumination de ce que tu allais faire par la suite ?
Romain Marcaud : Oui ça été assez court. Fin 2016, Amandine prend aussi quelques mois de vacances pour réfléchir.
On a envie de construire une vie de famille : on est ensemble depuis 2003, on a plus de trente ans, on s'est installé dans la vie... on ne se voit pas rester à Nancy, on y a vécu par contrainte, par obligation.
On imagine notre vie de famille ailleurs, et on connaissait une petite bourgade qui nous plaisait bien pour y avoir fait tous nos stages de Kayak depuis 2005, Marcillac-La-Croisille.
Il y a une station sport nature avec de l’hébergement, de la restauration et toute une structure de loisir autour des activités nature.
J'avais toujours dit à la directrice que le jour où elle voulait arrêter cette activité, de m'appeler parce que je voulais le poste.
En juin 2017, elle m'appelle pour m'annoncer son départ !
Je t'avoue qu'en deux mois j'avais postulé à plus de 250 postes en France. On voulait vivre à la campagne, dans un endroit isolé en totale cohérence avec nos valeurs nature, d'écologie et de vie.
Et finalement au mois de juillet j'ai été pris comme directeur de cette structure. Donc on avait un mois et demi pour déménager de Nancy pour la Corrèze !
Les Secrets du Kayak : Tu as pas mal parlé d'avoir envie d'une vie sociale, est-ce que ça veut dire que quand on est entraîneur et athlète de haut niveau, on n'a pas de vie sociale ?
Romain Marcaud : On a une vie sociale mais tronquée puisqu'elle tourne autour de ce milieu là.
C'est à dire que tu vis kayak, tu manges et dors kayak, tes amis sont kayakistes !
Il n'y a pas vraiment d'ouverture extérieure. Quand tu es à fond dans une discipline, tu n'as pas l'énergie d'aller en voir une autre.
Je n’apparente pas notre vie à un sacrifice parce qu'on a toujours aimé ce qu'on faisait, et avec envie.
Mais on a eu l'impression d'avoir fait le tour de ce monde là. Un monde qu'on connaissait par cœur, qui n'allait pas changer ! On voulait voir autre chose.
Donc je dirige une base de loisir qui fait de l'hébergement de la restauration, et des sports de pleine nature (vtt, tir à l'arc, accrobranche, de l'escalade... ). J'ai sept employés à plein temps, en pleine saison j'ai vingt employés l'été.
L'hiver c'est calme mais j'invite des clubs de kayak à venir découvrir ce petit bijoux pour des stages d'entraînement, comme nous on pouvait faire les nôtres à l'époque.
C'est un lac qui fait 230 hectares, 8km de long. C'est un endroit très encaissé en pleine nature.
Il y a douze habitants au m². Tu as plus de chance de croiser des biches au bord de l'eau que des gens.
C'est un lac de barrage, de retenue d'eau avec au plus profond quarante mètres.
Il est assez tortueux, donc il y a forcément une partie du lac abrité du vent.
Et donc Amandine va m'y rejoindre au mois de septembre, elle passe son BP activités pour tous pour encadrer toutes les activités sportives.
Le sport fait partie intégrante de notre vie, on en a besoin, sinon on devient insupportable. Amandine me pousse à en faire dès qu'elle constate que je deviens pénible.
C'est notre nature de faire du sport ! Si tu n'en fais pas ça ne va pas ! Comme si ta pile d'énergie doit se vider pour te permettre de t'endormir.
Les Secrets du Kayak : Tout à l'heure on parlait, musculation, course à pied, PPG, équilibre, etc. Est-ce que tu as beaucoup utilisé l'ergomètre pour toi même ou pour tes athlètes ?
Romain Marcaud : Je l'ai beaucoup utilisé dans deux phases.
Une phase de dépouille, il permet de rester fixe et stable donc physiquement tu peux aller au delà de tes limites lactiques. Ça c'est le top !
Et l'autre phase est plutôt en musculation, une fois que tu as fait une bonne séance d’excentrique, essayer de replacer une technique gestuelle de qualité, pour remettre de la technique après de la fatigue musculaire. Tu as plus de chance d'avoir une technique qui soit belle, le jour de la course.
Les Secrets du Kayak : Toi qui a été remplaçant de luxe toute ta carrière, et avec ton recul et ta double casquette, si tu devais changer quelque-chose dans ta carrière, qu'est-ce que tu changerais pour être un meilleur athlète ?
Romain Marcaud : C'est compliqué ! Je dirais que ma double casquette ne m'as absolument pas gêné dans ma quête de performance en tant qu'athlète.
Ça m'a poussé à la recherche qui m'a aussi profité personnellement. J'étais payé pour ça.
Ce que je changerais peut être, c'est certains entraîneurs qui m'ont orienté dans de mauvaises directions. Qui m'ont fait perdre du temps, qui m'ont fait ralentir sur de la gestion de course, et qui m'ont fait douter.
J'étais spécialiste pour le sprint. Sur les 500m et sur les 1000m je gagnais les courses en partant de derrière pour tout remonter les adversaires, c'était galvanisant un truc de dingue ! J'étais hyper fort !
Et on m'a dit que si je n'étais pas dans la tête de course dès le départ, je ne gagnerai jamais.
Il a réussit à m'y faire croire, ça m'a dégoûté ! En tant qu'athlète c'était sa façon de gagner, donc ça ne pouvait pas se faire autrement ! J'ai persisté longtemps comme ça.
Donc il faut vraiment s'entourer de personnes compétentes et bienveillantes.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu voulais aborder d'autres points ?
Romain Marcaud : On pourrait en discuter 10-15 heures, il n'y a pas de limite !
Juste rappeler que athlète de haut niveau c'est une tranche vie, qui a une date de péremption, il faut y être préparé.
Et être conscient que tout ce qu'on a appris pendant cette période, c'est transférable dans sa vie professionnelle et dans sa vie personnelle.
Certes on gagne des médailles, mais aussi des valeurs ! Et c'est ça le plus important.
Et ça souvent on s'en rend compte quand on n'a pas la médaille. J'ai eu la chance de vivre les deux, gagner la médaille et ne pas la gagner, et je n'en serais pas là aujourd'hui si je n'avais pas été athlète de haut niveau.
Vous pouvez retrouver Romain Marcaud sur son compte instagram.
Interview : Eugénie Dorange
Retrouvez tout sur Eugénie Dorange. Comment a-t-elle débuté le Canoë de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-elle pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Eugénie Dorange fin mars 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Eugénie Dorange : Très bien, je suis en stage à Temple-Sur-Lot, avec une bonne partie de l'équipe de France de Canoë.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe ? C'est une destination habituelle pour toi ?
Eugénie Dorange : C'est là où on va souvent pour préparer les échéances internationales.
On n'a pas pu y aller en février à cause des crues. C'est un super endroit et un super bassin pour s'entraîner.
Le bassin est vraiment plat. C'est une rivière, donc il y a un léger courant et parfois de bonnes bourrasques de vent mais c'est rare.
Si on tombe à l'eau on peut remonter dans l'embarcation, c'est très technique mais c'est faisable. Parfois il faut plusieurs tentatives pour y parvenir !
Les Secrets du Kayak : Tu es venue à l'eau par le kayak, c'est ça ?
Eugénie Dorange : Oui, j'ai commencé très très tôt.
Ma première Licence, c'était en 2006 à l'âge de huit ans.
J'ai fait quatre ans de kayak avant de faire du canoë.
Je débute donc en août 2006 et en octobre je faisais ma première compétition dans un CAPS.
Après j'ai principalement fait de la course en ligne mais j'ai testé un peu de la descente, pas trop de slalom, j'en ai fait plus tard pour des tests, j'étais vraiment nulle.
J'ai même testé le kayak-polo.
En fait j'ai commencé le kayak avec ma sœur, Marie-Charlotte plus âgée d'un an.
Comme nous étions toutes les deux en catégorie poussine et benjamine, une année sur deux on faisait du K2 ensemble, c'était super cool.
Quand j'ai eu 12 ans j'ai voulu essayer le canoë parce qu'au club il y avait un gros groupe de canoë homme, je les voyais sur l'eau et ça m'a attiré.
Des filles au club avaient commencé le canoë, donc ça m'a aussi motivé à essayer.
Dans un kayak j'étais dans les deux meilleures de ma catégories, mais je n'ai jamais fait les championnats de France en kayak. Donc je ne peux pas dire si j'étais forte.
Les Secrets du Kayak : Quel est ton premier souvenir de canoë ?
Eugénie Dorange : J'étais dans un bateau super large, un Delta, c'est ce qui est compliqué au début, il faut un bateau super large et du coup c'est la galère pour pagayer.
L'eau est loin de nous, donc on prend de mauvaises habitudes au début.
Je ne saurais même pas dire la première fois que je suis montée dans un canoë, parce que ça m'arrivait de monter comme ça dans un bateau pour m'amuser.
Je n'avais juste aucune allure au début.
Je n'ai pas le souvenir d'être allé à l'eau. J'étais super prudente au début, j'allais doucement.
Avec mon coach Roland Dufour, il m'a formé en minime, on faisait 400m on faisait une pause, on tournait on revenait.
J'ai avancé petit à petit. Je n'avais pas envie de tomber.
Par contre, je me souviens que j'ai commencé un test sur un 500m où je devais aller le plus vite possible. J'avais l'impression que j’enchaînais trop bien les coups, que ça ressemblait à quelque chose et 50m avant l'arrivée je suis tombée à l'eau, donc en fait j'ai du prendre un peu trop de risque, j'ai du m’enflammer !
Je suis au club d'Auxerre. Donc oui il y a la culture du canoë, et par contre ma sœur à continué le kayak.
Et elle fait de la compétition depuis 2016 en haut niveau. Là elle continue toujours de courir les championnats de France pour le club parce qu'elle aime bien, mais elle ne fait plus de très haut niveau.
Au club il y avait beaucoup de kayak, mais il y avait un groupe de canoë et c'était motivant.
Je ne regardais pas s'il y avait des championnes, la première compétition femme c'était en 2009, et moi j'ai commencé les compétitions c'était en 2010.
J'ai progressé à mon niveau en voyant les meilleures mondiales progresser.
Les Secrets du Kayak : A l'époque tu t'entraînais combien de fois par semaine en canoë ?
Eugénie Dorange : En minime, le mercredi et le samedi.
J'étais au collège en classe sportive donc j'avais encore deux après-midi supplémentaires donc au total jusqu'à quatre fois par semaine.
J'ai vite progressé, mais j'ai eu un petit soucis sur ma première année de canoë.
Je m'étais cassée la cheville au printemps en cours de gym au collège. C'était la fin de ma vie, je ne pouvais pas faire de bateau pendant trois mois !
J'avais appelé mon entraîneur et il m'a dit un truc super énervant, c'est que grâce à mon arrêt ma coéquipière pourrait rattraper son retard. J'étais dégoûtée !
Donc j'ai fait mon opération, et j'ai passé six semaines avec une atèle, et c'était tout bon.
En fait, je n'ai été stoppée qu'un mois et demi.
Effectivement elle m'avait rattrapé, mais au final en compétition j'avais fait première ex aequo, et au championnat de France j'ai gagné !
Les Secrets du Kayak : Après le collège, tu rentres dans un pôle espoir ?
Eugénie Dorange : Non, je suis restée en club.
En 2006, quand j'ai commencé il y a eu Mickael Ortu qui est arrivé. Il a monté un groupe de compétiteurs, et ils ont mis des choses en place avec le lycée, les collèges.
Donc au Lycée on avait une classe sport, à la base pour le foot, mais nous kayakistes on allait dans ces classes pour profiter des horaires aménagés.
Le lundi, c'était séance en autonomie.
Le mardi, il venait nous chercher le midi pour s'entraîner au club, et on y retourner le soir après les cours.
On avait le mercredi après-midi.
Le jeudi on avait aussi le créneau du midi, et on finissait à 15h30 les cours donc on y retourné.
Le vendredi idem.
On avait quasiment deux créneau tous les jours.
Donc le nombre de séances a augmenté en arrivant au lycée.
Les Secrets du Kayak : En dehors du canoë, tu faisais d'autres activités ?
Eugénie Dorange : Oui, quand j’étais petite je faisais de l'équitation. Et non ce n'est pas du sport que pour le cheval ! J'ai commencé vers 5-6 ans, et j'ai arrêté complètement avec les grosses compétitions de kayak.
Sinon j'allais au ski avec mes parents, chaque hiver du ski alpin et dès que j'ai fait du canoë, j'ai fait du ski de fond.
Ensuite on a commencé progressivement : d'abord du bateau, puis un peu plus tard des sports collectifs.
Et plus tard encore en grandissant on a intégré la musculation au poids de corps.
Des choses de base, des flexions, des tractions...
La course à pied, on en faisait depuis le début. On n'aimait pas trop ça, on se cachait et on attendait que les 45min passent.
Enfin le vélo, je suis nulle et je n'aime pas.
Les Secrets du Kayak : En t'investissant d'avantage, tu as explosé au niveau des progrès ?
Eugénie Dorange : Quand on est jeune, on progresse rapidement, de 10 secondes pas an.
En cadet 2 pour ma première année, je faisais du C1 200 et C2 500m.
Et de suite pour moi, on a visé le C2 500m c'était plus réaliste de se fixer cet objectif là.
En 2014 je fais mes premières sélections équipe de France, j'ai fait deuxième et troisième en C2 en 500m, et ça me classait troisième au cumul des courses 500m.
Il me fallait gagner le 200m pour rentrer en équipe de France. Je n'y suis pas arrivée.
C'était à Vaires-sur-Marne, et en fait j'avais gagné sur le 200m au lieu du 500m.
J'étais pas vraiment plus forte sur les séances explosives.
Je ne sais pas dire sur quoi j'étais meilleure, mais en C2 500 c'était plus compliqué de fixer des objectifs puisque les coéquipières pouvaient changer.
Donc on est resté sur le C1 200m pour mes années juniors, et l'objectif c'était une finale mondiale.
En deuxième année junior, c'était le top 5 mondial et j'ai fait quatrième.
Et pour mes junior 2 c'est une médaille mondiale.
C'était le plan de construction.
Après j'ai fait du C2 chaque année, mais parfois en plus des coéquipières c'est les distances qui variaient.
Et mon déclic c'était sur une séance de vitesse, j'étais toujours un peu molle et Mickaël me disait de me bouger !
La dernière année en junior 2, je fais Vice championne du Monde.
Les Secrets du Kayak : A ce moment là dans ton esprit ça devient super sérieux. Tu t'es dit le canoë, ça va être ma vie pour les prochaines années ?
Eugénie Dorange : Ça l'était déjà un peu, dès que tu rentres en équipe de France, ça prend déjà une bonne partie de ta vie.
J'ai eu la chance de courir aux mondiaux de 2015 en junior 1.
J'ai été actrice de l'entrée du canoë dame aux Jeux.
Donc je savais pourquoi j'étais là, et que pour les Jeux de Tokyo, je serais en canoë.
Les Secrets du Kayak : Parle nous des Jeux.
Eugénie Dorange : Le canoë dame entre aux Jeux de Tokyo.
En 2015, il ont étudié les courses de canoë dame pour les faire jouer à Tokyo.
Je savais qu'il y aurait d'autres courses à faire dans les équipes de moins de 23ans et l'équipe de France.
C'était un objectif très lointain, et c'est arrivé super vite.
Dans ma tête c'était très loin, peu être que c'était pas assez concret, je pagayais pour être forte, je ne pagayais pas pour les Jeux.
Chaque année, je me fixais un objectif.
En arrivant en senior je n'avais pas trop d'idée, même après la course de Milan en 2015, le niveau n'a fait que progresser tous les ans, donc c'était compliqué d'avoir des ambitions.
Entre 2017 et 2019, j'ai l'impression qu'avec l'entrée du canoë dame au Jeux, le niveau à explosé.
Et moi j'ai progressé moins vite que les étrangères.
Je voyais des filles me passer devant alors qu'elles étaient derrière moi avant, c'était perturbant.
Durant cette période, mes temps se sont améliorés mais pas suffisamment par rapport aux autres filles.
Après c'est normal d'avoir des plateaux au niveau de la progression. Mais en junior j'ai vite progressé, donc là c'était frustrant.
Je me remettais en question, je faisais toujours plus et plus dur.
Mais ce n'étais pas la solution. En 2019, j'ai fait un gros stage avec les canadiennes pendant deux mois, les meilleures filles au monde.
J'ai tout fait avec elles, je les ai collées. Je suis rentrée de stage, j'étais vidée.
J'ai fait les Open, c'était la catastrophe. Je n'arrivais pas à me remettre du stage, et j'ai commencé à remonter la pente pour les sélections en 2019.
J'ai fait de superbes courses, et de suite il y avait les coupes du Monde, ça n'avait pas été.
Avec le recul, j'en ai fait beaucoup trop. Trop dur en terme de quantité, et je ne faisais pas les choses bien. Donc j'ai tout revu.
Les Secrets du Kayak : En France, vous êtes combien de canoë dame à vous entraîner ensemble ?
Eugénie Dorange : Je suis seule sur le pôle olympique de Vaires, et sinon je m'entraîne souvent avec Anais Cattelet qui est au pôle à Saint-Laurent.
On a fait des stages ensemble, et de temps en temps je m'entraîne avec les filles qui sont à Nancy comme Laura Ruiz, Axelle Renard…
Je ne sais pas si le manque de partenaire à Vaires est un frein.
Je me suis toujours entraînée seule en bateau, à Vaires pour la musculation j'ai toujours trouvé du monde comme pour mes séances de PPG.
Aujourd'hui je pense que le fait de ne pas m'être entraînée en groupe pendant très longtemps, j’appréhendais mal la confrontation et l'adversité en course.
Les Secrets du Kayak : Comme le canoë femme est une discipline récente, l’entraînement a évolué au fur et à mesure de la progression ?
Eugénie Dorange : Dans l'entraînement je ne pense pas, mais la façon de pagayer a énormément évoluée.
Quand j'ai commencé, beaucoup de gens pensaient qu'une femme ne pouvait pas pagayer comme un homme, ce qui n'est pas tout à fait faux.
Mais quand je voit Laurence Vincent-Lapointe ou Nevin Harrison, elles ont un coup de pagaie hyper puissant et ces dernières années cette puissance a vraiment évolué.
Moi, j'ai un problème de rendement dans mon coup de pagaie.
Mon bateau n’avançait pas beaucoup, je n'avais pas de point d'appui solide pour avancer.
Le coach me disait de changer mon approche drastiquement, je ne comprenais pas pourquoi.
Et à force d'en parler ma pagaie en fait dérapait complètement vers moi, au lieu que ce soit moi qui avance sur ma pagaie, c'est elle qui venait vers moi... C'est très subtil, mais ça fait toute la différence.
Ce changement d'intention de bouger le bateau vers la pagaie et non pas l'inverse c'est vraiment tout autre chose.
J'étais plus ouverte à entendre ce qu'on me disait, j'ai mieux ressenti les choses.
J'avais atteint mon niveau grâce à ma bonne condition, mais il fallait autre chose pour faire la différence par rapport aux autres.
Et ça depuis les mondiaux 2019 où j'ai eu une grosse remise en question.
J'ai couru le C2 avec Flore Caupain, on n'a pas eu le quota pour les Jeux, j'étais hyper déçue de tout ce que j'avais pu faire pour en arriver là.
J'ai pris du recul pendant deux semaines, et ensuite j'avais huit mois pour obtenir le quota au rattrapage.
J'ai repris des bases solides, j'ai changé d’entraîneur à Vaires, et après avec le confinement et les Jeux qui ont été repoussés, ça m'a remotivé.
J'avais un an supplémentaire pour me qualifier !
Et c'est Anthony Soyez qui m'a beaucoup aidé, parce que c'est lui qui m'a ouvert l'esprit et fait essayer d'autres choses, il a été très persévérant.
Pendant plusieurs années il m'a expliqué la même chose, et moi je ne comprenais pas et je n'y arrivais pas.
Il ne m'a pas lâché. Et à force d'essayer, en janvier avec Mickael, j'ai senti un truc et après à Saint-Laurent j'étais avec Anthony et il a vu une différence.
Ça allait dans le bon sens. J'étais contente !
Il y a du progrès mais c'est pas encore ça.
Vraiment c'est l'année 2019 la pire, on fait sixième en finale B, donc quinzième.
Nous on visait la qualification pour les jeux.
Pour mes deux années seniors, j'étais passée par le pôle de Nancy pendant deux ans où j'ai été suivie par Olivier Ruiz, mais dès le départ je voulais aller à Vaires.
Je voulais être au plus proche des meilleurs français en canoë-kayak, je voulais une atmosphère de très très haut niveau pour être portée par ces champions.
Au départ on m'avait dit « non » pour Vaires, je ne sais pas pourquoi, donc c'était Nancy.
Les Secrets du Kayak : Tu as pu apercevoir l’entraînement des canadiennes, que font-elles de différent ?
Eugénie Dorange : Il y avait des choses qui se ressemblaient, mais elles m'ont apporté des choses que ne je faisais jamais.
Comme par exemple, des séances d'EB1 assez en continu avec des prises de vagues.
Globalement ça ne changeait pas vraiment, mais elles faisaient un gros volume d’entraînement, concentrées sur la qualité du coup de pagaie puissant et technique.
Après tout dépendait du coach. C'est plutôt en musculation qu'elle font des choses différentes.
Ce que j’adorais avec elles, c'était le groupe. Ça te tire vers le haut !
Nous étions une dizaine de filles.
Je crois avoir fait six stages avec elles, dont certains de deux mois.
En musculation je saurais pas expliquer : elles ne faisaient pas toujours les mêmes mouvements.
Dans une séance, elles pouvaient travailler explosivité, un peu de force max.
Les séances étaient assez courtes. Il y avait des exercices de musculation pure, du renforcement… c'était diversifié.
Les Secrets du Kayak : J'ai l'impression qu'avec l'arrivée d'Audric en tant que préparateur en France, ça ressemble aujourd'hui plus à ce que tu me décris.
Eugénie Dorange : Oui c'est vrai, il nous apporte de la diversité dans les mouvements, sur les différents modes de contraction.
C'est vrai que c'est différent mais pas autant qu'avec les canadiennes.
Mais ce qui m'a beaucoup marqué à m'entraîner avec les étrangères, c'est que physiquement en course à pied et en musculation j'étais dans les meilleures.
Il y avait Laurence qui était monstrueuse en muscu, en puissance, mais qui ne courait pas.
J'étais dans les meilleures en PPG, mais dans le bateau j'avais un gap énorme.
Alors c'est sur que j'ai toutes les bases pour les exploiter dans le bateau, du coup c'est certain que je fais un truc de mal dans mon bateau.
La difficulté du canoë-kayak c'est que ça requiert énormément de qualité, il faut être fort, endurant, technique, avoir le sens de l'équilibre.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe l'évolution de l'équilibre en canoë ? Tu parlais tout à l'heure que tu as commencé dans un Delta. C'est quoi les différents bateau par lesquels on passe ?
Eugénie Dorange : Moi j'ai fait Delta, donc c'est hyper large.
Puis un Futura, il est un peu plus fin mais il a une forme de V.
Ensuite j'ai eu un ZedTech, ça a la même forme qu'un Nelo, un Vanquish III je crois.
Et ensuite je suis passé en Plastex.
En minime, j'ai fait deux ans en Futura, en cadette j'ai couru dans le ZedTech, en cadette 2 j'ai eu le Nelo.
En junior 1, j'ai fait mes premières courses dans un Plastex.
Donc deux ans au début, puis un an dans chaque bateau jusqu'au Plastex.
J'ai eu deux formes différents pour les Plastex.
Et en pagaie j'ai une Braca extra wild, en taille 22.
Les Secrets du Kayak : Une pagaie de canoë c'est comme une pagaie de kayak ? Il y a un torque pour qu'elle rentre bien naturellement ou pas ?
Eugénie Dorange : Ah non elle est toute droite, c'est difficile de mal la rentrer en fait en comparaison au kayak.
J'ai juste eu du mal c'est lorsque j'ai changé ma pagaie. La précédente, le vernis était tellement entamé que ça râpait.
Et maintenant celle-ci est tellement lisse, que je me rend compte que la précédente, ça m'aidait à la fixer dans l'eau du fait qu'elle était usée.
Moi je mesure 1,68m et ma pagaie fait 1m58.
L'espacement des mains est hyper personnel.
Tu as des gens qui vont avoir un très gros levier, ce qui va permettre de faciliter la prise d'appui pour ramener le bateau sur la pagaie.
Pour les leviers tout petit, ils mettent la main super basse sur la pagaie comme par exemple l'athlète biélorusse que j'admire beaucoup, et par contre l'américaine a un très gros levier.
Moi j'ai un gros levier.
J'y ai mis comme une guidoline, et je mets un tape de kiné pour que ça me colle la main.
Il faut que l'olive soit alignée avec la palme en canoë.
Les Secrets du Kayak : Comment fait-on pour diriger le bateau, par ce qu'il n'y a pas de gouvernail en canoë. Comment fais-tu en pagayant toujours du même côté pour aller droit ?
Eugénie Dorange : En effet, il n'y a pas de gouvernail.
En fait le bateau est très fin, donc tu pagaies quasiment sur l'axe du bateau. Mécaniquement parlant tu ne peux pas la sortir droite, tu es obligé de tourner légèrement la pagaie pour la sortir naturellement, et ce petit geste suffit à maintenir le bateau droit dans des conditions normales.
Le bateau se remet dans l'axe, c'est minime la différence, ça ne se voit pas.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand Mickael n'a plus été ton entraîneur principal ?
Eugénie Dorange : J'ai beaucoup de mal à m'en détacher, je le sollicite tout le temps quand je rentre à la maison.
A Nancy, c'était José mais je rentrais à la maison souvent, donc Michael été très présent.
A Vaires, j'ai été entraînée par Yann Gudefin, Mickael était toujours hyper présent. Comme aujourd'hui encore.
Mickael, c'est comme la famille.
A la limite on peut dire que c'est lorsqu'il ne me faisait plus les plans d'entraînement. A Auxerre c'était lui, et ensuite dans les pôles, ce n'était plus lui.
Mais il est toujours là, aujourd'hui c'est Philippe Colin au pôle à Vaires.
Et il y a Anthony en équipe de France. Et c'est génial parce qu'ils communiquent bien et c'est hyper fluide.
Pour moi, j'aurais toujours besoin de l'avis de Mickael.
Les Secrets du Kayak : J'ai cru voir sur ton instagram que tu avais un ergomètre canoë. Est-ce que tu en fait souvent ?
Eugénie Dorange : La machine c'est à Adrien, on l'a ramené à la maison. Pendant le confinement, j'ai fait deux mois de machine. J'ai été vacciné. Je n'aime pas ça !
Je la trouvais super dur, le manche super grand.
On a trouvé des techniques pour que je fasse mes séances dessus, parce que je ne pouvais pas tenir trois minutes dessus.
Aujourd'hui j'y prends d'avantage de plaisir, c'est intéressant pour l'hiver quand tu ne peux pas naviguer, et elle se rapproche du bateau.
Les Secrets du Kayak : Fais-tu une coupure hivernale chaque année ?
Eugénie Dorange : Non pas cette année, sinon toutes les années précédentes oui.
C'est à dire que cette année, je ne suis pas allée en stage de ski de fond.
J'ai fait le choix de ne pas y aller car on a fait un gros programme cet hiver accès sur la PPG et la course à pied, moins de bateau.
Et on a fait des petits tests. Si on partait au ski, ça aurait faussé les tests.
Ces tests, c'était un chrono de 10km de course à pied, et en musculation c'était des tests à un certain pourcentage de poids de corps, et un max de répétitions.
Du coup sur le 10km, j'ai fait 45 min. Au début du cycle, à cause d'une blessure, je ne pouvais pas faire les séances de VMA, je ne faisais que du footing.
Et je n'ai pas pu faire le test 10km du début ni celui du milieu, donc je n'ai fait que celui-là.
Compliqué de voir ma progression avant de faire ce cycle là je faisais 46'40'' voir 47min.
Je me suis fait une déchirure à l'ischio, c'était le point noir de cette année.
Avec le confinement je me suis entraînée pour les Open qui étaient prévus pour fin août, c'est devenu l'objectif de l'année, et une semaine juste avant j'avais mal sans cesse à la fesse et j'ai vu les kinés quatre fois avant les courses.
J'ai couru strapée, et pour la finale la douleur ne cessait d'augmenter, j'ai couru avec de grosses vagues.
J'ai fait une échographie à l'INSEP, et ils ont trouvé une petite déchirure. Moi je croyais qu'en deux semaines ça serait réglée, et en fait j'ai pas fait de bateau pendant dix jours, j'ai juste fait deux séances avant les France.
J'ai couru encore strapée et ça n'a pas été. J'osais pas faire d'effort et au final j'ai du m’arrêter deux mois.
Pendant ces deux mois, entre les Open et où j'ai repris le bateau, j'ai fait ma coupure annuelle de deux a trois semaines et ensuite j'ai repris pendant trois semaines avec de la PPG et de la ré-athlétisation à l'INSEP.
Les Secrets du Kayak : Quelles sont les blessures les plus courantes en canoë ?
Eugénie Dorange : Beaucoup de tendinites aux épaules, moi l'ischio-jambier c'est la première fois que c'était aussi fort.
Pour moi, ce n'était pas une douleur alerte mais une douleur de séance compliquée.
Sinon je n'ai jamais vraiment été blessée.
Ça arrive d'avoir des douleurs au dos, moi c'est souvent les lombaires.
Je sais qu'Adrien a une hernie, mais après je ne saurais pas dire si la hernie discale arrive fréquemment en canoë.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'on peut vivre du canoë en tant qu'athlète de haut niveau ?
Eugénie Dorange : Je te dirais non.
On peut s'en sortir avec des aides, des bourses. Pour ma part, je suis aidée par des aides personnalisées de la fédération, par des bourses du département, de la région, et j'ai une bourse de la FDJ parce que j'ai été étoiles du sport en 2018.
J'ai un mécénat avec la Caisse d'épargne Bourgogne-Franche-Comté. On peut s'en sortir avec toutes les institutions et les partenariats, mais ce n'est pas un sport professionnel.
On a aucun contrat avec la Fédération ni avec les clubs, et c'est un statut qui est assez précaire parce que ce ne sont pas des revenus qui sont fixes.
Du jour au lendemain ils peuvent s’arrêter. Donc il y a un jour où je ne ferais plus de canoë.
Tu peux avoir des partenaires pour te fournir en matériel. J'ai été ambassadrice d'un magasin de sport Outdoor, j'ai eu des vêtements, du matos pour m'entraîner donc ça m'a aidé.
Tu peux avoir des sponsors ou des partenaires. Mais on n'a pas des contrats comme certains athlètes avec des grandes marques.
Les Secrets du Kayak : Parallèlement à ta carrière, tu as fait des études ?
Eugénie Dorange : Je fais toujours des études. Je suis en licence numérique de droit.
C'est une Licence de droit, que je fais à la Fac à Paris II, et elle se fait entièrement à distance.
Me rendre à la Fac tous les jours ce n'est pas conciliable avec mes entraînements ou mes stages.
Je peux faire ma Licence numérique où que je sois !
C'est une plateforme numérique, les cours sont en ligne chaque semaine. On rend les devoirs sur cette même plateforme. Il y a des forums de discussion avec les professeurs, c'est bien fait.
Là j'ai 22 ans et je vais faire ma Licence en six ans. C'est un peu long, même si l'objectif c'est les Jeux, mon Bac+5 est encore loin !
Les Secrets du Kayak : Je voulais parler d'alimentation, comment ça se passe pour toi ? Tu es gourmande ou tu suis une alimentation stricte ?
Eugénie Dorange : J'ai la réputation d'être très gourmande et de manger beaucoup de sucreries.
Mais en fait, j'ai été suivie très tôt par un diététicien dès mes 17 ans et ça m'a éveillée à l'importance de la nutrition et de l'alimentation pour ma pratique en haut niveau.
L’objectif était d'être performante pendant les courses et les entraînements.
Et c'est toujours mon approche tout en faisant attention à la masse grasse. Le but est de rester en forme pour bien récupérer et progresser, avoir le bon carburant.
J'ai pris des compléments alimentaires car en fait j'ai une carence en fer, donc sur un an pour anticiper les carences je fais des cures de Fer, de vitamines D, et on alterne tous les mois, et pour les compétitions on part sur du multi-vitaminés et j’arrête le fer à ce moment là.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu fais d'autres choses pour performer, comme de la méditation, de la visualisation ?
Eugénie Dorange : Je fais de la préparation mentale depuis deux ans, et depuis cette année c'est avec Boris Marais qui intervient à la Fédération.
Je fais une séance par mois pour laisser le temps de mettre les choses en place et de voir leurs effets.
J'ai déjà senti du progrès, mais il faudra voir sur les autres échéances.
Je pratique les étirements. Pas vraiment de méditation.
J'essaie d'être assez pro sur la récupération, alimentation, hydratation.
Pour la récupération, je me cale sur Adrien, il a un équipement de presso-thérapie et j'en fait de temps en temps.
Je fais des auto-massages avec des rouleaux pour éviter les blessures au long terme, je vois le kiné régulièrement.
Je n'aime pas le froid mais j'en mettais malgré tout sur mon ischio-jambiers, et des programmes Tens via l'éléctro-stimulation.
Les Secrets du Kayak : Là, tu n'es pas encore qualifiée pour les Jeux de Tokyo ?
Eugénie Dorange : Non en effet, depuis septembre 2019 que je me prépare pour les qualifications européennes qui auront lieu en mai.
J'ai eu un an de plus avec le report des Jeux.
En C1, je dois gagner et en C2, il faut faire dans les deux.
Je connais mes adversaires car je connais celles qui n'ont pas été qualifiées et qui vont au rattrapage.
Objectivement, il faut y croire, c'est hyper ambitieux.
Ça va se passer à Szeged.
Ça va être juste deux jours avant la coupe du Monde, et on fait les Jeux en juillet.
Il faut se faire confiance ! Agis comme si tu étais champion et tu le seras.
C'est le message que je veut faire passer.
Vous pouvez retrouver Eugénie Dorange sur son compta Instagram.
Interview : Adrien Bart
Retrouvez tout sur Adrien Bart. Comment a-t-il débuté le Canoë de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Adrien Bart en mars 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Adrien Bart : Ça va pas mal malgré la pluie, je suis dans mon salon au chaud, donc ça va car je suis allé trois fois sur l'eau aujourd'hui et j'ai pris la pluie.
Les Secrets du Kayak : Trois fois sur l'eau ? C'est courant que tu fasses trois séances par jour ?
Adrien Bart : Non, je suis plutôt à deux fois, mais trois fois ça peut arriver.
Ce matin j'ai fait un petit échauffement. Après j'ai fait un EB2, et là je me suis fait un petit plaisir, pour la première fois j'ai fait une descente de la Marne en stand-up paddle.
C'était un test et je me suis bien amusé !
Il faisait entre 8 et 10°C. Ça va encore.
Les Secrets du Kayak : Tu es le premier céiste à intervenir sur le podcast consacré au kayak, et j'ai plein de questions à te poser parce que je ne connais presque rien en canoë. Quel est ton premier souvenir en canoë ?
Adrien Bart : Sur le ponton à Saint-Laurent-Blangy. mon club de cœur et de toujours.
Pour mes premières séances j'avais la chance d'avoir un jeune champion du Monde de C1 Marathon, Bertrand Fauquet, qui était responsable des jeunes à ce moment là.
Il m'a mis dans le bateau et m'a stabilisé pour que je prenne mes premières marques dans ces embarcations.
Je faisais trente secondes dans le bateau, j'étais à l'eau, trente secondes dans le bateau, j'étais à l'eau...
C'est mes premiers souvenirs de canoë de course en ligne.
Je n'ai pas fait de kayak avant, j'ai tout de suite commencé par le canoë à l'âge de 13 ans en 2005 pour ma première licence.
Avant ça je nageais. J'avais fait les championnats de natation à 11 ans, et après pendant un an j'ai cherché un autre sport parce que la natation ça m'avait saoulé.
Mon frère faisait du canoë, donc j'ai fait un stage d'été au club, et j'ai tout de suite voulu faire de la course en ligne, particularité de ce club.
Les Secrets du Kayak : Le kayak de base, ce n'est pas populaire, mais se mettre au canoë ça me parait assez incroyable en fait ! C'est le club qui te pousse à faire du canoë et pas du kayak?
Adrien Bart : On est clairement minoritaire en terme de pratiquant de canoë en France, mais il y a des clubs qui sont historiquement formateurs canoë ( notamment Boulogne-sur-Mer, Saint-Laurent-Blangy...).
Même si dans tous les clubs il y a des canoës et des kayaks.
Il y a des formateurs qui avait le goût pour la pagaie simple, d'où le canoë.
Je suis passé tout de suite en course en ligne, je n'ai pas fait les étapes préalables.
Donc je n'ai pas eu le plaisir de découvrir toutes les activités qui permettent vraiment de t'éveiller à l'équilibre et à la navigation sur l'eau.
A raison de deux fois par semaine de séances d'une heure et demie, j'ai du mettre six mois pour être capable de faire deux ou trois kilomètres sans tomber.
Mon frère m'avait expliqué que c'était une étape à passer, pour derrière avoir accès à des sensations qui sont super, glisser sur l'eau c'est un super sport.
C'est un rite de passage. C'est comme les kayakistes, il faut se lancer et s'accrocher.
Les Secrets du Kayak : As-tu rapidement envie de te mettre aux compétitions?
Adrien Bart : Mon club est clairement orienté canoë et compétitions.
Pour moi c'est ce qui est motivant, ça donne des objectifs.
Ça anime le quotidien surtout à cet âge là. Tu pars en compétition avec les copains, tu fais des courses, tu rentres le dimanche soir.
L'été tu as les championnats de France ou tu as les petits stages avec les équipes minimes, ça anime l'année.
On n'est pas dans des objectifs de performance à cet âge là, mais c'est de l'éveil à ce qu'est la compétition et le canoë-kayak, voir si tu aimes ça ou pas !
C'était compliqué au début, je ne saurais pas te raconter ma toute première compétition.
Je me souviens qu'à un moment il y avait Grégory Demory, haut responsable du groupe minime, il avait pour moi la place dans l'équipe Nord-Pas-de-Calais minime, et il est venu me voir en me disant : « Bon, il faut qu'on bosse un peu si tu veux que ça ressemble à quelque chose aux Régates de l'Espoir », c'est à dire les championnats de France Minimes.
Il m'ont vite fait passer les étapes, et à la fin de la première année j'étais en équipe régionale minime dans le deuxième C4 aux championnats de France, à Nancy je crois.
Les Secrets du Kayak : Quand as-tu eu l'ambition d'un entraînement plus sérieux ? Quand tu arrives à Boulogne-sur-Mer ?
Adrien Bart : A l'âge de 12-13 ans, tu ne prends pas l'entraînement au sérieux.
En minime, tu es juste content d'aller avec les copains.
On faisait des petits stages, on rigolait, on faisait des petits équipages.
Ça forme vraiment, on comprend mieux le monde du canoë, et on voit si ça nous plaît.
La variété proposée, c'était sympa.
Moi j'avais beaucoup nagé depuis bébé. A 11 ans je nageais quatre à cinq fois par semaine donc au bout d'un moment j'en avait marre.
Alors qu'avec le canoë tu faisais du gainage, du footing... le fait de ne pas faire que du mono, de l'équipage. C'est la variété avant tout qui m'a plu !
L'idée du haut-niveau ça c'est fait naturellement grâce à l'émulation de l'équipe, surtout en cadet.
Il y avait Romain Beugnier, Eric Martin et d'autres...
On se tirait beaucoup la bourre sans s'en rendre compte.
Moi j'avais commencé plus tard, et tous les deux trois mois je rattrapais un tel puis un tel et dans le junior 1 ça se passe bien je crois que je fais quatrième, et donc je suis sélectionné en équipe de France en junior 1.
Les Secrets du Kayak : A partir de là, tu fais des compétitions internationales ?
Adrien Bart : Dès junior et même cadet !
Le club a des relations dans les régates internationales avec d'autres clubs en Europe.
En Belgique, Slovénie, Slovaquie, Roumanie ou même au Portugal.
On ne s'entraînait pas du tout de la même façon qu'eux, on avait fait 35h de route pour aller en Roumanie.
Deux mois plus tard en Slovénie et Slovaquie, deux mois plus tard en Belgique... l'international oui mais pas au haut niveau, juste pour voir.
Je ne gagnais pas, j'ai mis du temps à progresser.
En cadet première année je fais troisième de la finale C aux championnats de France.
Dès junior 1, je suis dans les quatre premiers. Je ne me suis pas vu progresser.
Je m’entraînais en junior de façon sérieuse, mais en cadet je devais m'entraîner quatre à cinq fois : séance le mercredi, footing, deux séances le samedi. Et puis après ça monte sur des séances tous les jours.
Au club, tu démarres le canoë vers 8-9 ans, parfois 10 ans.
Ils passent par les étapes de découverte, un peu d'eau vive quand il fait très beau.
Donc quand tu arrives à 12 ans, il faut rattraper le temps. Moi j'ai démarré avec les 10-11 ans.
Les Secrets du Kayak : Entrer en équipe de France, c'est une consécration pour toi ?
Adrien Bart : Non, j'étais content et fier aussi. Mais à Saint-Laurent-Blangy si tu fais les choses bien et que tu es investi, ce n'est pas anormal c'est fréquent.
Limite, on est fournisseur officiel de canoë pour l'équipe de France.
C'était habituel en fait, la suite logique.
Les Secrets du Kayak : Quand ton rythme d'entraînement s'accélère, est-ce que tu as un rythme scolaire adapté ?
Adrien Bart : Pas dans un premier temps, mon collège ne participait pas au programme de sélection sportive.
Je n'ai pas pris le lycée pour la sélection sportive, donc je m'entraînais tous les jours de 17h à 20h.
Au bout d'un moment avec mes parents on s'est rendu compte que le rythme n'était pas tenable donc j'ai changé de lycée entre ma première et ma terminale.
Je finissais tous les jours à 16h. On s'arrangeait avec le prof de sport, pour que je fasse mes séances de canoë à la place, et j'y allais deux fois par trimestre pour que je valide ma note de BAC sur les évaluations.
Pour un athlète de l'équipe de France, 13/20 au Bac c'est moyen !
Les Secrets du Kayak : Tu avais des idoles dans le canoë ?
Adrien Bart : Oui, j'en avais pas mal.
On regarde toujours les plus grands que nous. Je t'ai cité Bertrand Fauquet qui m'avait mis dans le bateau, le champion du Monde de marathon qui est là pour t'accompagner, ça marque !
Il y avait un collectif senior solide.
Il y avait Thomas Simart en kayak qui était dans les meilleurs nationaux et qui se rapprocher des meilleurs internationaux dans les moins de 23 ans.
Mathieu Beugnet en kayak également, qui était dans les meilleurs équipages français.
Marie Delattre qui était au club, qui avait une image forte et de très bons résultats en international.
Ils étaient tous dans mon club donc c'était génial.
Dans les personnes plus lointaines, il y avait Mathieu Goubel de Boulogne-sur-Mer, le meilleur français avec de très hautes performances à l'international. Très professionnel !
Les Secrets du Kayak : Est-ce que cette pluridisciplinarité sportive a continué en équipe de France ?
Adrien Bart : Oui, ça a même augmenté !
On a fait du vélo, des stages de ski de fond, on a repris la nage une à deux fois en hiver.
On a vraiment touché à tout, moi j'adore faire des choses différentes.
Pour entrer à Arras, je n'ai pas eu à présenter mon intention de renter en junior première année de l'équipe de France.
Mes motivations étaient évidentes. Je m'entraînais tous les soirs jusque 20h.
Il y avait aucun doute pour eux.
Dans un premier temps je visais l'équipe de France, en fait ça dépend des années et des catégories. Ça s'est super bien passé en junior 1, on fait quatrième et cinquième en C4 en 500m et 1000m.
Il y avait Romain Beugnet et Pierrick Martin, deux autres première année. Du coup on s'est dit que l'année suivante serait pour nous le podium.
Et au final on a fait du C2, on fait vice champion du Monde avec Romain Beugnet en C2 sur 2000m , donc distance olympique.
Grosse expérience, et réussite. Et en septembre on va en championnat du Monde de Marathon à deux, on fait le doublé en C1, Romain gagne et moi je fais deuxième, et on gagne en C2.
On a gagné en tout quatre médailles internationales en deux mois en junior 2 !
Les Secrets du Kayak : C'était l'objectif de gagner le championnat du Monde ?
Adrien Bart : En junior c'est impossible de savoir, tu t'entraînes pour être le meilleur.
Les catégories tournent tout le temps, tu ne sais pas s'il y aura un prodige !
Il suffit qu'il y en ait trois et le podium c'est mort.
Dans certains pays il n'y a pas d'ordre établit, pas de hiérarchie, il y a des pays qui sortent de bons athlètes.
Donc tu essaies juste d'être le meilleur équipier ou mono possible.
Junior 2 c'est l'année du BAC. Après je voulais être kiné, donc il fallait passer des concours que je n'ai pas eu.
Mais j'ai fait une demande pour intégrer l'école puisqu'ils réservent des places pour les athlètes de l'équipe de France en juin mais c'était pour l'année d'après.
Donc j'ai du attendre, je suis allé en STAPS prépa Kiné à Lille au cas où le dossier ne passerait pas.
En mars 2010, j'apprends que mon dossier est accepté à l'école de kiné de St Maurice, à côté de l'INSEP en Ile de France.
Donc en mars je quitte la Fac et je ne fais que m'entraîner, mais ce n'est pas pour ça que j'explose
En moins de 23 ans on a du faire quatrième sur le C2 1000m avec Romain, c'est mon meilleur résultat ! On a eu du mal.
Le fait d'aller à l'INSEP m'a fait changer d'entraîneur, de structure.
J'avais déjà changé à Lille. Je faisais moitié à Lille, moitié à Saint-Laurent-Blangy.
Ensuite, je suis arrivé au pôle de Vaires-Sur-Marne donc changement à nouveau avec des rythmes différents, je me suis retrouvé un peu tout seul.
J'ai fait un beau plateau pendant quelques années. Mais en vrai j'adorais !
J'aime beaucoup le sport, tous les jours tu vois des Teddy Riner, des Jimmy Vicaut, des gens inspirants, tu peux échanger avec eux ou d'autres !
Tu t'entraînes, j'allais en cours en kiné. J'avais ma petite vie parisienne, je m'entraînais beaucoup.
Mais j'avais du mal à construire mes objectifs, les fixer. Les résultats ne suivaient pas, en senior tu ne te laisse plus guider par les autres, c'est différent.
Ça s'est débloqué dans un premier temps quand je suis rentré dans un équipage avec Mathieu Beugnet, plus expérimenté que moi, on a 7 ans d'écart.
On a un objectif olympique, on a le meilleur C2.
Donc j'ai pris ma place, c'était pas facile, on a bien bossé, bien progressé, on a gagné la coupe du Monde en 2015.
L'année des quotas, on n'accède pas à la finale A, on accède à la finale B.
Ça ne passe pas pour les Jeux pour le C2.
Pour moi le C2 c'est mon bateau de formation. C'était tendu, Mathieu était encore plus déçu que moi.
Du coup je me suis réorienté sur du mono, de octobre jusqu'aux sélections, j'ai fait bateau à bloc.
J'avais prévenu l'école, et avec l'entraîneur Nicolas Mayotte on a bossé comme des dingues.
J'ai retrouvé un groupe d'entraînement à Vaires avec Sarah Guyot et Sarah Troel.
Ça s'est bien passé, je gagne les sélections en monoplace 1000m, et du coup j'obtiens le quota pour les jeux de Rio.
Super nouvelle ! C'était presque inespéré ! On s'attendait à devoir courir le rattrapage.
Un athlète allemand avait le quota en mono et en C2. Du coup un quota s'était ouvert. Et j'ai gagné contre Mathieu Goubel.
En fait, je n'étais pas curieux du pourquoi je devais m'entraînais de telle ou telle façon, je ne cherchais pas à comprendre l'importance de l'organisation de l'entraînement et le type d’enchaînement de pratique sportive à réaliser avant un objectif.
L'entraînement c'était un mode de vie pour moi.
Je n'étais pas ouvert à 100% de la performance. J'appliquais la recette commune de tous le monde et c'était correct.
Mais déjà en 2014 je me remettais un peu en question. Je voulais être en finale A pas en finale B.
Donc j'ai repris les choses une part une, j'ai compris, j'ai réussi à progresser à nouveau.
Et donc aller de l'avant.
Les Secrets du Kayak : Pour moi, Nicolas Mayotte c'est un entraîneur de kayak d'où ma question : ce sont les mêmes entraîneurs que ce soit le kayak ou le canoë à haut niveau ?
Adrien Bart : Oui car pour moi, on est des athlètes avant tout.
Depuis des années, on a le même programme.
Techniquement c'est différent, mais au niveau de la préparation c'est la même : gérer les allures, les départs, l'endurance, la résistance, la caisse... tout ça c'est la même chose que tu fasses du kayak ou du canoë.
Le temps d'effort est comparable, le support sur lequel on est est comparable, les temps de courses c'est les mêmes.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe quand tu es sélectionné au jeux ? Est-ce que tu as l'objectif d'aller en finale A ?
Adrien Bart : Ça aurait été génial, mais c'était ma première année en monoplace, je ne connaissais pas.
Moi j'étais expert en C2. Il m'a fallu apprendre super vite à faire des courses en monoplace car il y a avait deux coupes du Monde, ensuite un championnat d'Europe, et tout de suite les Jeux !
Je ne sais même pas si on a fait les Europe... ça fait très peu de courses avant les Jeux.
Oui, j'avais gagné les sélections mais je n'étais pas du tout dans les favoris pour prétendre même à une finale A.
Il me fallait prendre mes marques sur le C1 1000m, me construire un schéma de course, pouvoir m'exprimer.
Je suis parti sur le 1000 et pas le 200m parce que Thomas était beaucoup trop rapide !
Blague à part, en C2 je faisais du 1000m. J'ai d'avantage travaillé les qualités pour le 1000m.
C'était plus facile de travailler sur cette bascule.
A Rio ça se passe plutôt bien, j'ai pu discuter auparavant avec des athlètes plus âgés comme Sébastien Jouve ou Maxime Beaumont.
Ça me permettait de savoir où je mettais les pieds, ne pas me faire manger par l'enjeu, le stress, l'ambiance des Jeux.
J'avais discuté avec Sébastien Jouve, c'était comme il m'avait dit : dans le village c'est plein de monde, mais lors des courses il y a peu d’athlètes, ça peut décontenancer.
Il y a moins de monde que sur les petites compétitions.
J'avais fait les coupes du Monde pour prendre mes marques, j'ai couru à mon niveau.
J'ai fait à Rio deuxième de la finale B.
Mais quand je rentre, quelques mois plus tard avec le recul je me refais la scène et je ne me suis pas vu exister dans la course : j'avais envie de plus que ça.
C'est bien de l'avoir fait mais ce n'est pas une fin en soi.
Les Secrets du Kayak : Quand tu dis qu'il n'y a pas beaucoup de bateaux, vous êtes combien à être sélectionné sur le C1 1000, vous êtes trente ?
Adrien Bart : Pardon ?! Ahah, sur le C1 1000 on est seize ! Et encore, même pas je crois.
A Tokyo, ce sera différent, ça change.
Tu as deux séries, le gagnant va en finale et après il y avait deux demi-finales qui ne se couraient pas complètes, et dans ces deux demi-finales les quatre premiers allaient en finale.
Il y a vraiment pas grand monde. Chez les dames, elles sont entre douze et quatorze.
Les Secrets du Kayak : Par la suite, qu'as-tu mis en place pour continuer à progresser ?
Adrien Bart : J'avais amorcé une progression dès le C2 avec Mathieu puis de 2015 à 2016, j'ai poursuivi même si je me suis remis en question après les Jeux.
En accord avec Nicolas, je n'ai pas eu peur d'aller voir ce qui se faisait ailleurs.
L'entraîneur national, c'est toujours Anthony, depuis je suis en junior ! Mais au quotidien, j'ai eu d'autres entraîneurs.
J'ai décidé de travailler avec Philippe Colin, pour essayer de me renouveler et essayer de construire un projet ambitieux pour les Jeux de Tokyo.
Ce qui change surtout c'est le volume.
Avec Nicolas Maillote, j'étais entre 14h et 17h par semaine, plutôt intense et en qualité.
Et là je passais de 16h à 20h. C'était dur au début, ça fait tout drôle.
Et après 4-5 mois, on a fait plus d'entraînement polarisé, c'est à dire faire du siège.
Monter et faire des pulses très basses pendant longtemps en seuil 1 pour faire grossir le moteur, pour ensuite mettre de la vitesse.
Répartir la charge de l'entraînement entre les basses intensités et les hautes intensités.
Ensuite, on a fait des entraînements en hypoxie, plusieurs stages dans l'année.
Il m'a apporté aussi dans la planification, dans la manière de faire les choses.
Comme c'était nouveau, il devait m'expliquer et moi je comprenais, j'étais d'avantage acteur de mon projet et je continuais à progresser.
Les Secrets du Kayak : As-tu de bons retours des entraînements en hypoxie ?
Adrien Bart : Oui. J'ai la chance d'avoir un organisme qui réagit bien.
Les effets sont vraiment là chez moi, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde.
Chez certains athlètes, les effets sont limites dévastateurs parce que le protocole du stage en hypoxie c'est dix-huit jours au minimum parce qu'en dessous il n'y a rien qui est prouvé par les études.
Les 5 premiers jours c'est que de l'acclimatation. Et ensuite on va commencer à monter progressivement les intensités, les volumes, les séances de musculation jusqu'à la fin du stage.
Donc moi à la suite de l'hypoxie, j'ai des plus-value.
Pour moi, ça revient à préparer le cycle de développement d'après. Ça m'active bien.
Pour d'autres athlètes parfois, c'est du temps de perdu quand tu n'es pas réactif.
On joue vraiment sur les limites quand tu fais de l'intensité, on vit vraiment physiologique au plus près : on dort avec un oxymètre, le matin on teste notre hydratation, l'activité cellulaire, on se pèse, et on fait le test à HRV pour évaluer notre niveau de fatigue.
L'hypoxie me permet une capacité de récupération vraiment améliorée.
Je peux m'entraîner le matin, finir à 9h30 complètement éclaté, je reprends une autre séance à 11h avec la même capacité de faire une séance avec la même qualité de séance et rebelote l'après-midi une fois ou deux.
J'ai des temps de récupération ultra raccourcis et qui me permettent de m'engager énormément, sur trois à quatre semaines.
Les Secrets du Kayak : Lors des séances en hypoxie, les séances de base se font sur le canoë ou pas ?
Adrien Bart : Pas forcément ! Les premiers stages en hypoxie en janvier c'est ski de fond.
Tu fais zéro bateau. On devait être en seuil 1, se respecter.
La première fois c'est drôle, tu as l'impression de te balader, moi d'habitude j'engage.
J'avais pas l'impression de m'entraîner fort. Et en gros, Philippe m'a demandé de lui faire confiance.
Et c'est lors du premier stage que j'ai eu les plus gros effets.
Derrière ce stage, je suis parti en stage en Floride, j'avais les effets : à 7h15 grosse séance d'EB1 tu finis éclaté parce qu'ils engagent vraiment fort les kayakistes là bas.
A 11h, nouvelle séance une EB2 ou une EC donc de l'intensité, rebelote et tu te rends compte que tu peux faire la même qualité, toujours à bloc, et le lendemain ou même deux ou trois heures après tu es toujours prêt à repartir pour une séance comme neuf.
Ça m'a créé beaucoup de confiance avec Philippe. C'est ce qui fait que ça marche super bien aujourd'hui.
Les Secrets du Kayak : Tu as eu une progression assez constante ces dernières années de ce que j'ai pu voir. En 2019, tu as fait troisième au Championnat du Monde, je crois. J'imagine que tu es super content de cette progression ?
Adrien Bart : J'ai énormément de chance d'être super bien entouré que ce soit au niveau technique, physiologique, au niveau de l'engagement…
Même William Tchamba me donne beaucoup de ficelles techniques en tant que spécialise du 200m.
Mon staff m'encourage vraiment à m'entraîner avec des gars qui bossent dur comme par exemple avec les canadiens en Floride.
J'ai retrouvé une grosse émulation, ce qui me manquait.
Eux, ils ont des cycles de 6 semaines à 24h par semaine, on est pas du tout sur le même rythme.
Ils s’engagent vraiment, ça me nourrit et ça me permet de progresser.
Mon premier stage en Floride c'était il y a deux ans et demie. L'entraîneur c'est une légende : Andreas Dittmer !
Je crois qu'il est trois fois médaillé olympique, huit fois champion du Monde, c'est un ancien athlète allemand qui est entraîneur en canoë-kayak de l'équipe canadienne.
C'était riche d'enseignement personnel et sportif.
J'ai fait deux mois la première fois, puis en novembre 2019 toujours avec les canadiens.
Ils sont nombreux, accueillants, et ils travaillent dur.
Les Secrets du Kayak : J'ai l'impression que tous les céistes ont un gabarit impressionnant, tu confirmes ?
Adrien Bart : Non, franchement on a tous un niveau de préparation physique, mais il y a tous les gabarits.
Moi je fais 94kg pour 1m84.
Tu vois Martin Fuska le tchèque est très costaud du haut mais avec des jambes très fines, il court vite mais il ne dois pas avoir de puissance en jambe. Il doit faire 1m75.
Le brésilien doit être plus petit, et Brendel doit faire 1m97 costaud aussi, moi pile entre les deux.
Le polonais qui doit faire ma taille mais qui doit faire 5 ou six kilos de moins que moi.
Et tu as le cubain, 1m72 et s'il fait 72 kg c'est bien.
C'est vrai qu'on pourrait le croire quand on voit les athlètes français mais non.
Les Secrets du Kayak : Quelle est l'importance des cuisses en canoë, parce qu'au kayak il y a deux écoles, entre ceux qui ne font pas les cuisses et ceux qui disent qu'ils faut les faire à fond. C'est pareil en canoë ?
Adrien Bart : Oui il y a deux écoles, mais moi j'ai choisi la mienne.
Il y a ceux qui n'aimaient pas faire les jambes, ça laissait trop de traces notamment en mobilité de jambes. Je pense à Thomas, ça nuisait à sa qualité technique en bateau.
Moi ça fait longtemps que je sais que les jambes c'est hyper important et que si ça me laisse des traces c'est que je ne les travaillent pas assez.
Moi ça me sert dans ma propulsion au point qu'aujourd'hui dans mes intentions techniques c'est 80% du boulot.
Les intentions techniques c'est comme en kayak, l'objectif final c'est de faire avancer son bateau et de ne pas tirer sa pagaie, pour moi c'est primordiale, il faut se le remémorer très souvent !
Parce qu'on tombe souvent dans l'erreur de tirer pour faire avancer son bateau.
Faire avancer son bateau c'est mouvoir son bateau vers l'avant !
Donc pour ça, il faut bien prendre le temps de poser la pelle pour ensuite amener d'abord les jambes et ensuite les hanches vers ce point fixe qu'est la pagaie.
Donc du coup tu peux le faire en poussant le genou du pouf vers l'avant, tu peux le faire en avançant ta hanche vers l'avant, tu peux le faire en te redressant… donc tu peux le faire de plusieurs façons à toi de choisir la tienne.
Et surtout celle qui a le moins d'impact sur la vie du bateau parce que comparé au kayak, on a de plus grand levier, on est plus haut sur l'eau et si jamais on fait des mouvements qui ne sont pas contrôlés, le bateau peut vraiment déjauger, c'est à dire avoir des gros mouvements de bateau, ce qui peut le ralentir et ça peut être compliqué de trouver une navigation fine quand on commence à faire des grands mouvements.
Donc ça pour moi c'est une des clés que de viser au maximum l'horizontalité, et essayer d'enlever tout ce qui est force verticale dans le mouvement.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'un canoë ça gite comme un kayak ?
Adrien Bart : Oui bien sur. C'est pareil.
Majoritairement, le canoë on essaie de le garder à plat.
On n'a pas de gouvernail donc on se sert de la gîte pour tourner, on utilise ce qu'on appelle des cols de cygne et des circulaires, pour maintenir le bateau le plus droit possible sans impact sur la vitesse du bateau.
On a un compromis à faire entre diriger et la vitesse.
Il faut que notre bateau aille le plus vite possible mais souvent quand on fait des mouvements directeurs ça peut faire ralentir le bateau.
Les Secrets du Kayak : Si on parle du sport en dehors du bateau, est-ce que tu continues à faire des footings, et combien de séances de musculation tu fais par semaine ?
Adrien Bart : Au niveau de la PPG, on est à deux voir trois footing par semaine.
Et trois séance de musculation. Et une séance de vélo aussi.
C'est comme ça toute l'année, les intensités vont varier ou les contenus des séances de musculation.
Par exemple, quand je te dis on coure deux à trois fois par semaine, en hiver le but c'est de développer la capacité aérobie, et en été c'est plus de récupérer des séances d'intensité en bateau.
Pareil en musculation, on va plus faire de la force maximale de septembre à janvier. Puis on va passer sur de la force endurance jusqu'à peu près aujourd'hui et après à partir du mois prochain on va passer sur de la puissance et de la force vitesse pour préparer les courses.
Les exercices musculation tirage planche et couché c'est bien, mais ça ne fait pas tout selon moi.
Il y a plein d’autres angles à envisager ne serait-ce que pour se protéger, protéger ses articulations, et développer d'autres qualités, d'autres adaptations en course comme par exemple quand tu as du vent.
Faire que du tirage planche et du couché, c'est limitant.
Donc oui on a les mêmes exercices que les kayakistes mais ce n'est pas que de la TPDC.
Moi j'essaye de mettre l'accent sur les jambes systématiquement.
Dès fois, les kayaks ont moins l’intérêt et ce besoin là.
Donc je fais squat, presse, front squat de manière intense.
Des fentes, fentes sautées, des sauts.
Effectivement on travail aussi du FSH de la répétition de sprint en hypoxie, comme tu as pu le constater sur le Wattbike.
On est à 3000m d'altitude, on travaille sur 10 secondes 4 cycles de 6x10 secondes, les récupérations sont assez pincées pour avoir de la puissance.
Moi je choisis de le faire sur le Wattbike, comme ça le cœur augmente bien, l'effort est optimisé.
On peut aussi le faire en Skierg.
Les Secrets du Kayak : Que fais-tu en dehors de l'entraînement pour avoir la meilleure santé possible. Fais-tu du Yoga, de la méditation, vois-tu un kiné ?
Adrien Bart : Au niveau de l'alimentation, j'ai essayé d'être rigoureux.
Limiter mes apports en matière grasse, je n'ai pas vu le gain, donc j'essaye de manger le plus varié possible.
Je ne regarde pas à la quantité, je regarde la qualité.
Je pense que c'est ça qui fait la différence dans l'alimentation, c'est mon avis personnel.
J'aime bien manger ! J'ai mon père qui est dans la restauration, donc j'ai cette sensibilité à la bonne bouffe.
Le Yoga, ma mère est professeure de yoga donc j'en fais de temps en temps.
Je n'y suis pas très assidu mais ça me fait du bien, j'en fait une fois par mois.
Méditation, j'ai essayé mais je n'ai pas continué.
Les étirements, j'essaie de le faire cinq fois par semaine entre dix et trente minutes.
Tout le monde ne le fait pas. Chacun voit midi à sa porte.
Je prends de la Whey, je suis quand même flemmard donc ça me permets d'avoir un encas.
Deux trois fois par an, des BCAA.
J'ai déjà fait de la préparation mentale pour mettre toutes les chances de mon côté. J'ai essayé, ça m'a aidé à programmer mes objectifs.
Mais en fait c'est de l'optimisation de performance, ça permet de donner du sens à ce que je fais.
Aujourd'hui je l'applique mais je ne ressens pas le besoin de faire de la préparation mentale.
Peut être que plus tard d'autres personnes m'apporteront d'autres choses pour de la préparation mentale, mais pour le moment je n'en ai pas besoin.
Les Secrets du Kayak : Je voulais parler matériel. Je suppose que tu n'es pas monté tout de suite dans un canoë de compétition. Je suppose qu'il y a plusieurs étapes comme pour le kayak ? Plusieurs largeurs, plusieurs formes ?
Adrien Bart : Il y a une forme pour la découverte, je ne sais pas si c'est toujours le cas dans les écoles de canoë, c'est le Ludoc.
Un bateau en plastique assez étroit ou tu peux te mettre en position canoë, donc tu y fais tes premiers pas.
Et après on est passé sur un mini kayak si tu fais un petit gabarit.
Mais moi qui suis arrivé à 12 ans, on m'a fait monté dans un delta, un bateau très large qui n'est pas plus stable que nos bateaux actuels, ça roule énormément. Et petit à petit tu changes de bateau.
J'étais en Nelo jusqu'à Rio, c'était simple à trouver.
Je ne me posais pas trop la question du C1, l'objectif c'était le C2.
Et après Rio, j'avais fait le tour du Nelo cinco, et j'avais essayé le bateau olympique : le Fighter Plastex.
Il a fallu que je développe d'autres qualités parce qu'il était vraiment différent. Je me suis renouvelé, je m'en suis bien sorti, et c'était logique de passer dans le bateau olympique.
Le but c'est de trouver le bateau qui te convient. Il faut trouver celui dans lequel tu arrives le mieux à t'exprimer et à être à l'aise.
Ah et j'ai changé de forme de bateau depuis ! C'est la recherche du schéma de course qui est différent d'un bateau à l'autre.
L'un réagit mieux au bras, l'autre à une glisse plus en longueur et réagit plus avec les jambes.
Il faut s'engager fort pour avoir de la vitesse.
En pagaie, j'avais une Braca Super Fat, et je me suis dit : « Tiens si j'avais la pagaie du champion du Monde ! »
J'ai voulu essayer, avec des trucs qui marche. Je suis passé chez G-Power. C'est compliqué de faire le choix d'autre chose.
Tu sais pas si ça va pas marcher à cause du matériel ou à cause de toi !
Donc moi je prends du matériel qui fonctionne et je vois si ça me correspond.
Comme ça j'élimine le doute de savoir si le matériel est performant ou pas.
Je réglais ma pagaie avec des varios, mais je les ais éliminés pour gagner du poids, même si je n'ai pas gagné grand chose, 30 ou 40g.
C'est une 170,5 de hauteur, en canoë on parle en largeur. Donc quand j'avais une Braca j'avais une 23,5 – 24,5 avec une largeur plus élevée en haut et plus fine en bas.
C'est pour ça que tu as deux chiffres. Et aujourd'hui elle fait 25-25,5 je crois mais la forme est complètement différente c'est une pagaie asymétrique, peu importe que tu sois droitier ou gaucher.
Les Secrets du Kayak : J'ai cru voir aussi que en canoë on personnalisait son appui genou ?
Adrien Bart : Oui c'est un pouf. Tout gamin, on a rien trouvé de mieux que de creuser un bloc de mousse polyuréthane.
On le creuse, on le ponce pour le faire à la forme de notre genou, et bien se mouvoir dedans, pour pas que ça appuie sur le haut du genoux.
Tout les ans tu te creuses un pouf pour la saison. On a essayé de le professionnaliser, c'est Mathieu Goubel qui a encore essayé de travailler avec des thérapeutes.
Aujourd'hui on n'a pas trouvé mieux depuis dix ans.
L'avancé aujourd'hui c'est qu'on a comme une équerre en métal qui fait toute la hauteur du pouf, et qui permet une meilleur transmission quand tu pousses.
Mais tu te retrouves avec des bleus, même si ça va mieux. On essaye de le faire évoluer.
Et le pied avant est posé sur une planche horizontale qui va au fond du bateau.
L'objectif est de ne faire qu'un avec le bateau, je ne bouge pas.
Par contre mon genoux dans le pouf bouge, c'est de la flexion et de l'extension en gros de l'avancée et du reculé de hanche.
On choisit le pied qu'on met devant en fonction des bateaux disponibles et de l'équipage qui est déjà en place.
On a vu des femmes performer en droite droite et gauche gauche, aujourd'hui il y a des efforts pour faire des équipages de même bordé même si c'est compliqué à caler et à diriger mais ça reste intéressant de le faire.
Les Secrets du Kayak : Tu fais encore du C2 aujourd'hui ?
Adrien Bart : Bien sur. Hyper régulièrement.
Tout les championnats du Monde, je les aient fait en C2. On fait premier en finale B en 2019 notamment.
C1 et C2 ceux sont mes deux projets.
Cette année si je n'en fais pas beaucoup c'est parce que j'ai déjà eu le quota en mono du coup, je n'ai pas le droit de faire les rattrapages en C2. Ça serait trop facile sinon.
Si on veut un C2 au Jeux, il faut que les copains aillent le chercher aux rattrapages continentaux en Juin.
Les Secrets du Kayak : Quels sont tes objectifs pour les Jeux Olympiques ? Tu vas viser la première place ou pas ?
Adrien Bart : Je ne sais pas, mais je me le dis tous les jours !
Ça ne me coûte rien de le dire. Si demain je me plante, ça sera moi le premier déçu et personne d'autre.
C'est ce que je vise, je mets tout en place pour ça.
C'est logiquement la prochaine étape, après on sait ce qu'est le sport.
Mais c'est logique et mathématique. Il va falloir tout mettre en place, faire les choses bien et on verra le résultat à la fin.
Les Secrets du Kayak : Comment s'est passé le confinement pour toi ? Tu as fait de l'ergomètre ? Tu es allé courir ?
Adrien Bart : J'ai fait pas mal d'ergomètre oui, du maintien de forme avec des élastiques et je me suis remis à courir à la fin du confinement.
J'ai fait un truc vraiment léger parce que j'étais vraiment dégoûté par le confinement, par le report des Jeux...
Je faisais ce qu'il fallait pour m'entretenir et après j'ai pris un peu de temps pour me remettre sur les rails.
Ce qui m'a vraiment motivé c'est quand on a eu une perspective de sortie de confinement.
J'ai préparé la reprise bateau, et après les deux dernières semaines de confinement je me suis entraîné sérieusement et plus régulièrement.
Après je m'étais entraîné tous les jours pendant le confinement entre 30 et 45 min par jour. C'était pas mal l'ergomètre.
J'ai la chance d'en avoir un sur un chariot donc il est mobile.
J'ai déjà eu l'occasion d'en faire sans le plateau qui bouge, et franchement au bout de vingt minute tu as les jambes qui sont démontées, ça retranscrit pas trop le bateau.
Moi j'ai le Kayak Pro Canoë. Ça permet vraiment de faire des intensités basse et moyenne.
Dès que tu veux faire de la vitesse c'est plus compliqué parce que le chariot va dans tout les sens.
Ça dépanne et ça complète la préparation.
Ça m'a réconcilié avec l'ergomètre parce que quand j'étais sur la DanSprint, je crois que je l'ai cassé parce que j'ai pété un plomb dessus.
Si tu n'es pas trop regardant, il y a aussi une marque russe USM qui fait des kayak sur chariot, mais l’inconvénient c'est qu'il n'y a pas les retours cadence, watt et distance.
Vous pouvez retrouver Adrien sur son compte Instagram.
Interview : Sylvain Curinier
Retrouvez tout sur Sylvain Curinier, sa carrière d’athlète et d’entraineur. Qu’est ce que la méthode Curinier ?
Ceci est une retranscription écrite du Podcast enregistré au mois de mars 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Sylvain Curinier : Très bien, je fête aujourd'hui mes 52 printemps donc c'est un grand jour !
Je balance entre le côté de la vieillesse et encore le côté de la jeunesse je suis entre les deux, tout va bien je suis en pleine forme.
Les Secrets du Kayak : Pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter rapidement ?
Sylvain Curinier : J'ai passé 52 ans essentiellement dans le milieu du canoë-kayak.
Je suis né à Lons-le-Saunier à la frontière de l’Ain et du Jura, tout à côté d'Oyonnax.
J'ai passé beaucoup de temps au bord de l'eau et des rivières, et aujourd'hui je travaille à la Fédération de Canoë-Kayak depuis bientôt sept olympiades.
J'ai longtemps été entraîneur national de canoë-kayak en slalom, et aujourd’hui je suis plutôt sur l'accompagnement des projets olympiques et para-olympiques à la fédération.
Ça me passionne.
Les Secrets du Kayak : Tu as commencé par la pratique du canoë-kayak en slalom, c'est ça ?
Sylvain Curinier : Oui, j'ai attaqué cette belle discipline dans un tout petit club qui était principalement orienté sur la navigation en rivière, et le slalom.
Dans ma jeunesse l'idée était de participer au championnat de France dans ces catégories pour développer la multidisciplinarité, pour faire en sorte d'avoir pratiqué tous les milieux.
J'ai attaqué vers 11 ans, tranquillement.
Je pratiquais d'autres sport de plein-air avant ça.
J'ai commencé tranquillement car quand tu commences la navigation à Oyonnax, ça caille que ce soit l'hiver, le printemps ou bien même l'automne.
Je me suis vraiment engagé autour de mes 15 ans.
Les Secrets du Kayak : Au début avais-tu des objectifs de compétition ? Ou bien c'était seulement pour t'amuser ?
Sylvain Curinier : Seulement pour m'amuser !
Pour arriver à mieux me débrouiller sur une rivière, ou sur dans les piquets de slalom, mais aussi dans des bateaux directeurs qui sont pour la descente.
Mais surtout être avec un super groupe de potes.
J'ai attaqué avec mon professeur de sport, Paco Martinez qui m'a appris le kayak mais qui m'a aussi débauché de plein d'autres activités.
Il débauchait les meilleurs éléments au cross du collège pour leur faire pratiquer le kayak d'eau-vive.
J'étais sportif de base : je courais bien , je skiais bien, je nageais bien ; c'est à dire que je me développais.
Je n'étais pas dans une démarche de club de performance. J'étais dans de l'apprentissage.
Les Secrets du Kayak : Quel est ton premier souvenir de compétition ?
Sylvain Curinier : Mes premières compétitions devaient être vers 12 ou 13 ans, sur des petites compétitions départementales ou régionales.
J'ai un petit cumul de coupes qui sont restées chez mes parents. De très bons souvenirs !
On était très peu. Dans la catégorie minime il y a maximum dix ou quinze jeunes.
C'est vraiment un tout petit comité.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand tu t'es inscrit dans cette démarche de haut niveau, et ainsi performer ?
Sylvain Curinier : Je crois que c'est lors de ma première année cadet, où j'ai eu l'occasion de me sélectionner aux championnats de France.
Donc vers mes 15 ans en équipe avec le club, c'était sur Bourg-Saint-Maurice.
On a gagné le titre de Champions de France en descente de rivière.
Ça m'a sur-motivé pour l'année suivante, pour être dans les meilleurs cadets pour le championnat de France.
Il me semble que c'est à partir de ce moment là que je me suis entraîné d'avantage ! Ça commence à dater !
J'étais très motivé mais je ne me suis pas entraîné plus en kayak car à Oyonnax tu ne pouvais pas t'entraîner de façon spécifique tout au long de l'année.
On s'entraînait quasiment tous les jours avec Paco qui avait les clefs du gymnase.
On faisait des circuit-training, du roller dans le gymnase du collège, beaucoup de ski de fond, beaucoup de sport-collectif (foot, handball…)
Et à la fonte des neiges avec l'arrivée du printemps, il y avait beaucoup d'eau qui tombait, les rivières qui montaient.
On avait des spots excellents pour faire du kayak d'eau-vive, et là on pratiquait tous les jours.
Je me souviens que c'était toujours au moment du changement d'heure.
Je n'étais pas beaucoup à la maison à partir de cette période, tous les jours après l'école on partait à la rivière.
Rendez-vous au club, charger le camion, descendre à la rivière.
On naviguait, on ne s'entraînait pas !
Je ne crois pas m'être entraîné avant junior. Pour moi, la navigation c'était le jeu !
Le jeu et la joie sont le fondement de mon travail !
La joie de pratiquer, de s'entraîner, pour moi c'est une émotion fondamentale pour générer une progression, et arriver comme par magie au plus hautes performances.
Chose que j'ai pratiquais depuis mon plus jeune âge avec Paco que je n'arrête pas de citer, parce que c'est lui qui m'a fait expérimenter que finalement, l'entraînement n'est pas suffisant, il fallait avant tout s'amuser, s'éclater pour être super enthousiaste et progresser et arriver aux compétitions au top !
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'en cadet 2, tu as performé à la hauteur de tes attentes ?
Sylvain Curinier : Oui, j'ai eu de la chance, c'est à dire que j'avais des qualités.
J'ai gagné le titre en cadet de slalom, même si ce n'était pas ma spécialité de base j'avais une grosse caisse et une bonne technique, j'ai fait troisième en descente.
Il y avait le combiné, et je le gagne.
Donc je gagne deux titres individuels, je fais un podium en descente, et on gagne les deux titres par équipe avec les potes du club, donc c'était une super année, et un super souvenir.
A ce moment je suis rentré en équipe de France junior.
J'y est découvert les premières dotations, les premiers gilets avec écrit équipe de France dans le dos.
Des trucs de dingue pour un jeune !
La possibilité d'avoir des pagaies comme des grands, à prix préférentiel.
J'ai acheté une pagaie comme celle des seniors, j'avais une pagaie 2.6 pale 20 en slalom.
J'étais cadet, un gabarit pas très costaud assez longiligne, et j'étais comme un dingue avec ma pagaie toute en carbone.
Les Secrets du Kayak : Je sens beaucoup de naïveté, de joie d'avoir pu faire comme les grands mais tu devais t'y attendre à tout cet univers non ?
Sylvain Curinier : Non je ne m'attendais pas à ça, ça m'est tombé dessus, c'était des cadeaux tombés du ciel.
Se sélectionner, pour moi c'était avoir accès à un stage et une compétition internationale en Autriche, donc voyager, aller à l'étranger avec tous les meilleurs jeunes français qui sont tous devenus des amis après.
Ça c'est déjà exceptionnel !
Mais les dotations à savoir un survêtement, un gilet, c'était très symbolique.
On naviguait avec France dans le dos, comme les grands.
C'est une valeur ajoutée incroyable qui motive énormément et même encore aujourd'hui.
J'ai commencé le niveau international en cadet 2, j'avais trois ans de différence par rapport aux meilleurs de ma catégorie.
Ça ne m'a pas marqué cette différence, l'idée c'était de continuer sur cette lancée sans avoir un plan prédéfini.
Je n'ai jamais espéré aller sur des équipes de France senior ou junior. J'ai pris ce qui était bon à prendre, sans pression.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as eu un parcours scolaire aménagé à partir de ce moment là ?
Sylvain Curinier : Non parce que à mon époque il n'y avait pas tout ça.
Par contre l'aménagement était pratiquait par mon professeur d'EPS, qui au printemps nous donnait la possibilité de nous conduire après les cours après 17h et on revenait vers 20h30 tous les jours !
Sinon on pratiquait le mercredi et le week-end.
Je me suis fait mon propre aménagement, j'ai la chance de savoir travailler très vite, sans exigence hors du commun, et j'ai choisi mes études correspondantes.
J'ai fait un Bac Scientifique avec option biologie, moins chargé que si j'avais pris maths ou physique.
Je me suis orienté vers l'humain et le sport, et du coup je me suis orienté vers le STAPS.
Une voie d'étude à la base aménagée pour les sportifs. Ce n'est pas du haut niveau d'étude où tu bosses comme un dingue.
On était un petit groupe d'une dizaine de jeunes, embarqué par le prof d'EPS.
Aucune fille, c'était très sectaire, je ne sais pas si c'était voulu.
Que des kayak, pas de canoë.
C'était plutôt un esprit commando au début. Et après trois ou quatre ans le club de Paco s'est orienté vers une pratique plus diversifiée, avec du canoë, et des filles.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que d'autres copains de ce groupe ont aussi atteint l'équipe de France ?
Sylvain Curinier : Oui, mon mentor Philippe Vuitton qui avait deux ans de plus que moi, qui m'a montré la voie pour accéder aux équipes de France.
Il avait gagné le titre de champion de France junior. Et avec les copains du même âge on a partagé des sélections, des moments en équipe de France.
On est allé jusqu'en senior pour gagner des titres aux championnat de France senior.
Et après ça j'ai retrouvé des copains, à mes cotés, entraîneur national.
Mon premier poste d'entraîneur national était à Toulouse, on était en binôme avec Philippe Vuitton, mon modèle de l'époque !
On s'est retrouvé à entraîner ensemble les équipes de France, et aujourd'hui j'ai un pote qui est entraîneur national de Russie, on se retrouve dans nos métiers aujourd'hui.
On doit une grande reconnaissance à Paco et à tous les parents qui l'ont énormément aidé au niveau de la logistique, l'organisation, d'avoir eu des bons camps de base.
C'était pas évident, j'ai construit mon premier kayak ! Ça ne s'achetait pas des kayak de compétition.
On avait des moules, on fabriquait tout ça avec de la résine, les normes sanitaires d'aujourd'hui n'étaient clairement pas respectées.
On maniait la résine, l'acétone, et tous les produits chimiques...
Les Secrets du Kayak : Quand tu es sélectionné en équipe de France, tu es sélectionné pour la descente ou pour le slalom ?
Sylvain Curinier : Pour le slalom.
J'ai été sélectionné et j'ai fait toute ma carrière en slalom, même si j'aurai pu choisir d'être dans les meilleurs nationaux en descente, mais mon cœur balançait du côté du slalom.
Et les programmes étaient incompatibles, donc j'ai choisi slalom même si je continuais à pratiquer la descente jusqu'en junior, voire même jusqu'en senior.
J'ai fait des marathons de l'Ardèche, j'aime beaucoup cette navigation en bateau directeur (c'est son nom maintenant).
Avec les pales creuses, un appui quand même très différent de celui du slalom.
Au niveau du club on ne pouvait pas faire les deux en même temps, ça demandait trop d'organisation, trop de temps.
La rivière qui coule à coté d'Oyonnax était aménagée pour le slalom. Je trouvais ça beaucoup plus ludique.
Mais je pense que si Paco avait été fan de descente, on aurait trouvé tout autant ludique la pratique de la descente.
On ne faisait que s'amuser en fait !
Les Secrets du Kayak : Quand tu es arrivé en équipe de France, est-ce que tu as du changé d'entraîneur ?
Sylvain Curinier : Oui car l'entraîneur de club ne suivait pas.
J'ai découvert de nouveaux entraîneurs. C'était une équipe d'entraîneurs et non pas un entraîneur attitré.
Il y avait un référent junior. J'ai changé d'entraîneur de façon très ponctuelle en fonction des stages ou des compétitions.
Avoir une palette d'hommes et de femmes en tant qu'entraîneurs ça a beaucoup servi.
Hormis le référent national il n'y avait pas d'entraîneurs à plein temps.
Donc c'était la possibilité de découvrir d'autres perceptions de l'activité, d'autres champs d'investigation.
Pour moi c'était une vraie chance. Tout ce que je pouvais prendre je le prenais et c'était top !
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'à un moment tu as pris les compétitions très au sérieux, ou bien tu es toujours resté dans cet esprit de jeu ?
Sylvain Curinier : Quand je me préparais pour les sélections, pour les championnats de France, pour les championnats du monde j'étais très focus et très sérieux dans l'idée d'y arriver !
Mais le maître mot était de garder cet enthousiasme à naviguer, à progresser et avoir envie d'avancer et de profiter.
J'ai fait beaucoup de voyages qui font parti de la progression et de l'aventure.
Je n'étais pas obnubilé par les compétitions mais plutôt à franchir les étapes le plus vite possible et aller vite au delà de ce que je pouvais faire.
En junior, je n'ai pas été excellent mais j'étais dans les finales.
Je n'ai jamais vraiment percé de manière significative en international. Je suis toujours tombé sur plein de junior internationaux qui étaient tout simplement meilleurs que moi.
Je pense qu'il y avait un autre niveau de maturité de l'entraînement.
Moi j'étais peut être un peu neuf et pas tout à fait finit en terme d'entraînement et de préparation aux grandes compétitions.
Mais ça ne m'a pas porté préjudice. J'étais très très bon au niveau national, puisque j'ai gagné les championnats de France cadet.
Je gagne les championnats de France junior lors de ma première et deuxième année, et j'enchaîne très vite en senior.
Ma première année senior je fais troisième aux championnats de France. Au niveau national je vais beaucoup plus vite qu'au niveau international. Mais ça ne m'a pas atteint au moral.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu'il y avait déjà une concurrence exceptionnelle au championnat de France comme on peut le voir aujourd'hui pour les sélections olympique en slalom où il y a trois ou quatre gars qui sont au top du top et qui pourraient gagner les Jeux ?
Sylvain Curinier : Il n'y avait pas les Jeux à mon époque !
Il y avait une très grosse densité oui, avec quatre ou cinq junior qui pouvaient atteindre le podium.
Il y avait une lutte serrée entre tout ce petit monde sur chaque compétition.
Le contexte Olympique à une place est arrivé bien plus tard.
Les sélections en équipe de France c'était quatre places, que ce soit en junior ou en senior.
Ça ouvre le débat et ça change complètement la donne.
Les jeux n'existaient pas pour le slalom donc moi le plan de carrière c'était de progresser, d'intégrer les équipes de France et de pouvoir participer aux plus de compétitions internationales possibles et de voyager.
Donc les coupes du Monde et les championnats d'Europe.
Pour la petite histoire les Jeux Olympiques en slalom ont été organisés pour les Jeux de Munich en 1972, sont sortis du programme ensuite et ont été réintégrés vingt ans plus tard en 1992.
Donc quand j'étais en cadet et en junior cette perspective olympique n'était pas dans ma tête.
Et quand les Jeux sont arrivés, pour moi ce n'était pas un rêve. C'était un objectif, une opportunité incroyable.
J'ai donc fait les Jeux à 23 ans.
Mais à la différence d'aujourd'hui, c'était le début, la réouverture du canoë et du kayak slalom.
En slalom il y avait la possibilité d'avoir trois kayak homme et trois canoë homme en fonction des quotas obtenus.
Et moi je me suis sélectionné troisième français pour les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 et j'y ai gagné la médaille d'argent.
Les Secrets du Kayak : Parallèlement tu étais toujours en STAPS ? Est-ce que tu arrivais toujours à bien aménager ton temps entre les études et l'entraînement ?
Sylvain Curinier : J'ai toujours réussi à passer les examens et à bosser à côté.
J'étais en collocation avec d'autres amis qui me filaient les cours quand je ne pouvais pas y accéder.
On devient senior à 19 ans. On est encore tout gamin, c'est une grosse étape.
Aujourd'hui il y a des programmes moins de 23 ans.
Il y avait quand même un statut d'espoirs internationaux mais si on voulait se sélectionner pour participer aux compétitions internationales il fallait être dans les quatre meilleurs senior de l'époque.
Les Secrets du Kayak : En entrant en équipe de France, tu gardes la dimension multi-disciplinaire à l'entraînement ou tu ne fais plus que du kayak ?
Sylvain Curinier : Jusqu'à 18 ans, j'étais multi-sports : footing, ski de fond, vtt, sport collectif, très peu de musculation.
A Oyonnax, je ne pouvais pas naviguer de décembre à mars, on naviguait dans une piscine extérieur deux fois par semaine en slalom, il fallait au préalable casser la glace, la galère mais on aimait ça.
En mars on arrivait sur les premières compétitions à la ramasse sur le spécifique mais on avait une très grosse caisse, d'ici les sélections plus tard dans l'année on serait revenu au niveau.
A mes 19 ans, je passe senior, je fais le choix d'aller faire mon service militaire à Joinville et intégrer l'équipe de France, là j'ai franchi un cap sur l'entraînement spécifique avec du bi-quotidien notamment.
L'augmentation du volume d'entraînement était obligatoire pour le passage en senior.
Je m’entraînais déjà beaucoup en junior mais j'étais encore loin du volume senior, loin de la pratique annuelle spécifique slalom, loin de la PPG musculation... j'avais donc une marge énorme de progression.
Et ça paie : premier championnat de France senior je fais podium, c'était exceptionnel !
Un peu court au niveau international, je n'étais pas suffisamment bon il faut le dire.
J'avais du mal à être dans les finales. J'avais le potentiel mais pas réussi à l'exploiter à l'international, du moins avant les Jeux.
J'avais un esprit jeune : beaucoup d'enthousiasme, beaucoup d'inconscience, mais ma navigation n'était pas assez mature, je manquais de temps de pratique à haut niveau.
Mais j'y croyais, ma confiance était entière ! Toujours l'envie d'y retourner !
L'entourage était un grand soutien. Mes parents ne m'ont jamais mis de pression pour les résultats, ils m'ont bien protégé.
Et les entraîneurs m'ont propulsé dans une dynamique positive : s’entraîner, toujours y croire, pratiquer, et le résultat suivra même si ce résultat n'est pas si important, c'est la progression continue qui compte.
Les Secrets du Kayak : Les Jeux de Barcelone c'est la concrétisation ?
Sylvain Curinier : Oui je me sélectionne de justesse, c'est une opportunité de dingue.
J'avais 23 ans, je ne voulais pas attendre encore une olympiade suivante, je voulais matcher direct !
Pourtant je rate un peu la première manche en bas, résultat à la ramasse.
Heureusement il y a deux manches et j'étais confiant.
Il me manque 17 centième pour être premier !
Aujourd'hui je n'en retiens aucune frustration, j'étais l'outsider c'était une opportunité folle.
Je partais en début de catégorie, j'ai fait une descente de dingue et ça a failli aller au bout.
Un paquet de leaders mondiaux se sont cassés les dents sur ma manche et un seul a réussi à me passer devant avec 17 centièmes.
C'était un athlète au cv bien plus fourni que le miens, j'étais déjà content de ce que j'avais réalisé.
C'est une superbe histoire même si j'ai parfaitement compris ce jour là la différence entre gagner et faire deuxième.
Entre être champion olympique ou vice champion olympique il y a une énorme différence au niveau reconnaissance nationale mais à l'époque ça m'importait peu.
Je suis passé de petit jeune prometteur à leader français !
Je suis propulsé au devant de la scène nationale et internationale en 107 secondes en réalité.
Ça m'a perturbé, en si peu de temps en arriver là, on change de dimension.
Je n'avais pas prévu ça, c'est encore maintenant des souvenirs incroyables.
Ça te propulse sur l'idée que les Jeux c'est sympa donc faire les prochains sera chouette.
C'est des moments de carrière incroyables que je souhaite à tout le monde.
Les Secrets du Kayak : Ensuite tu n'as pas re-performé au niveau mondial ?
Sylvain Curinier : Exactement, j'ai enchaîné très vite une seconde carrière.
J'ai fait un choix : rebasculer dans des études pour devenir professeur de sport.
Je me voyais bien entraîneur national pour l'après carrière donc dans cette perspective j'étais à l'université mais il me fallait un plan B garanti, une sécurité professionnelle.
J'ai fait 2 ans d'étude à l'INSEP et ça m'a plombé sévère !
Impossible de m’entraîner à Paris comme je le souhaitais.
En 1992 je suis en pleine réussite et le système national me fait changer d'entraîneur... et ça ne m'a pas convenu.
Je gagne ma seule coupe du monde en 93 mais ça s'effrite ensuite jusqu'à une non sélection en 96.
J'avais déjà en tête de devenir entraîneur, vers 23 ans l'idée s'est forgée en STAPS.
Je me suis embarqué sur un bac+5 mais sans débouché professionnel.
A 25 ans je n'avais pas de travail, d'où le professorat de sport.
Au final ça ne m'a pas aidé à préparer les Jeux, tout le contraire !
J'étais toujours bon en national mais pas plus loin.
Je loupe ma sélection en 96 et je loupe aussi ma sélection monde en 97. Je suis la ramasse complète à ce moment là.
Dans ces années là, j'ai beaucoup appris pour orienter mes choix et directions d'entraîneur d'aujourd'hui.
C'est dans l'échec que je me suis forgé mes meilleurs outils d'entraîneur.
Les Secrets du Kayak : Tu as donc stoppé ta carrière très tôt ?
Sylvain Curinier : Oui à 27 ans ! Carrière fulgurante.
Ce n'étais pas prévu pour moi de m'arrêter si tôt.
Quand je deviens professeur de sport à 27 ans, mes résultats en kayak sont en deçà des attentes du DTN de l'époque, toutes les catégories sont au top mais pas le kayak homme.
Moi je suis moyen à ce moment et mes camarades homme également.
On me propose alors de passer entraîneur national avec le gros défi d'amener un kayak homme sur le podium à Sydney !
Surpris, je me fais confirmer que j'ai bien compris la proposition.
« Tu arrêtes ta carrière d'athlète Sylvain et tu embraies aussitôt sur une carrière d’entraîneur élite pour préparer les meilleurs français pour nous ramener le titre olympique en kayak homme pour la première fois en France »
Un choix très difficile car inattendu !
Je voulais devenir entraîneur c'était prévu mais de manière progressive, faire le parcours classique.
Là coup de poker du DTN, un gros pari.
Ils m'ont donné 24h de réflexion. J'ai consulté mes copains, mon entraîneur de jeunesse etc... j'ai réfléchi, et j'ai fini par me dire banco je le tente.
Me voilà à 27 ans à Toulouse entraîneur national des kayak homme, c'était mon premier poste.
Un chantier énorme d'entrée de jeu.
Je n'avais jamais entraîné auparavant, je n'avais qu'un bagage théorique, ça paraît invraisemblable en y repensant.
Mes années d'études m'avaient donné une crédibilité aux yeux des dirigeants, d'où leur proposition.
Je n'avais qu'une condition : qu'on me donne les moyens d'être accompagné pour apprendre très vite et ne pas rater.
Je croyais dans ce défi mais je n'étais pas dupe je connaissais la difficulté, je voulais quelqu'un pour m'aider.
Les Secrets du Kayak : Raconte nous ces premiers mois !
Sylvain Curinier : Ça s'est bien passé, un chantier comme prévu.
Une équipe de pagayeur vieillissante puisque c'était ma génération, mes concurrents directs de l'époque ; et derrière une belle génération en devenir qui arrivait.
J'ai posé une stratégie avec l'horizon de deux olympiades : Sydney dans l'immédiat avec la première génération, et la nouvelle génération de jeunes pour la suite.
Une vie de dingue, c'est quasi obsessionnel comme métier.
Tu ne vies et ne pense qu'à ça ! Très intense !
J'avais la double casquette : entraîneur et préparateur physique grâce à mes études.
Ils m'ont fait confiance pour intégrer la préparation physique en slalom, à l'époque c'était assez novateur.
J'ai amené la préparation musculaire que j'avais moi même expérimenté personnellement en 92.
Les Secrets du Kayak : Objectif rempli à Sydney ?
Sylvain Curinier : Non. En sélection, je n'ai qu'un gars donc le niveau français est faible.
Je pars avec le meilleur français du moment, il avait fait quatrième à Atlanta.
Prometteur mais grosse désillusion en finale, il fait huitième.
Au debriefing, il est déçu mais content d'avoir tenté sa chance et du travail accompli ensemble.
Moi en revanche gros coup au moral : autant de travail pour faire huitième, je me suis interrogé sérieusement.
Je suis un gagneur je n'avais pas envie de ça, j'ai douté, je me suis demandé si j'allais y arriver et surtout si j'avais l'envie de retenter.
Il fallait préparer Athènes maintenant, et j'avais sous ma coupe des jeunes que j'avais préparé depuis plus longtemps.
Ça valait donc la peine d'y aller mais avec quelques changements quand même.
Je ne pouvais pas accepter le risque à nouveau de tout faire bien pour ne pas avoir le résultat escompté en finale.
J'ai donc testé d'autres pistes et ces jeunes m'ont permis d'être créatif, inventif.
Les Secrets du Kayak : Qu'as tu donc changé ?
Sylvain Curinier : Déjà changer d'état d'esprit : comprendre que faire tout bien ne paie pas forcément aux Jeux.
Ça peut fonctionner en cadet junior senior international mais pas à l'olympiade, ce n'est plus la méritocratie, on change de monde !
Dans le champs des possibles il y a beaucoup plus de risque de rater que de chance de réussir.
Mais on peut défier les pronostics, j'en suis la preuve en 92.
J'ai exploré le domaine des préférences motrices : individualiser son potentiel le moment venu.
Gros changement entre 2000 et 2004.
J'ai eu la chance d'avoir des athlètes qui ont performé très vite à haut-niveau.
Dès 2001, Benoît Peschier gagne une coupe du monde.
Fabien Lefèvre gagne un championnat du monde en 2002 à Bourg-Saint-Maurice.
Ça y est ça gagne les premiers résultats sont là.
La nouvelle génération prend la main.
J'ai fait éclore cette jeune génération, ils ont pris la place des anciens, on allait de l'avant.
Fabien gagne à nouveau en 2003 et se sélectionne pour Athènes.
On arrive à Athènes avec deux quotas avec Benoît.
Mais moi je savais que malgré tout rien n'était joué mais on allait le jouer à fond !
Les Secrets du Kayak : Tu transmets une philosophie du progrès avec malgré tout une culture de la gagne ?
Sylvain Curinier : Pour Athènes, cette culture de la gagne était fondamentale mais pas liée au résultat.
Un contexte porteur pour jouer tous nos atouts, et à la fin on comptera les points.
Fabien était favori, il fait une course en demi teinte.
Benoît a pris les devants.
Quand tu es entraîneur, tu pars aux Jeux avec deux athlètes et tu reviens avec un titre olympique et une médaille de bronze, tu ne peux pas rêver mieux !
Après 7 ans d’entraîneurs et deux olympiades, mon contrat était rempli.
Les Secrets du Kayak : La suite lorsqu'on est au sommet ? Remise en question ou on repart pareil ?
Sylvain Curinier : Le système fédéral évolue après 2004.
Orientation multi-discipline sur les pôles France pour que les athlètes se côtoient et puisse échanger.
J'étais exténué après deux olympiades à 200%.
Dans le nouveau système pour Pékin je ne m'y retrouve pas, je me repositionne sur le pole France de Toulouse qui devient énorme : 35 athlètes au lieu de 15 ; 5 entraîneurs au lieu de 2 ; l'arrivée de la course en ligne...
Je voulais me poser.
En France, il y a parfois besoin d'avantage de s'excuser de réussir que quand on rate.
En 2004, le terrain ne m'est pas favorable.
Je suis fatigué, j'ai géré une équipe de pitbull pendant 4 ans. L'équipe de France kayak homme est devenu la référence mondiale !
Gérer les individualités au sein de l'équipe est très fatiguant.
Les mettre dans un contexte porteur pour que chacun puisse s'exprimer individuellement.
Le kayak est un sport individuel mais à progression collective.
Les Secrets du Kayak : Tu n'hésites pas à t'entourer, à te faire aider lorsque tu ne maîtrises pas un domaine je me trompe ?
Sylvain Curinier : Tu as bien compris. Déjà étant athlète j'ai toujours fait appel à des gens pour m'aider, je n'ai pas de problème à demander si je ne suis pas à 100% connaisseur dans un domaine.
Entraîneur, j'ai continué ce fonctionnement en faisant intervenir des personnes extérieures spécialistes.
Préférence motrice à l'époque des Jeux d'Athènes, c'est précurseur !
Je rencontre Ralph Hippolyte en 2000 professeur à l'INSEP et il m'a convaincu, on a appris mutuellement sur le domaine, on apprenait en même temps qu'on expérimentait
Il m'explique qu'avec certains pagayeurs, j'avais un excellent feeling technique et avec d'autres beaucoup moins. Ça me perturbait ça.
Fabien par exemple je voyais les pistes d'amélioration, on se comprenait bien sur le langage technique.
Benoît à l'inverse j'avais l'impression que je devais lui réapprendre à pagayer, que je devais tout lui réexpliquer. Tu ne peux pas dire au leader mondial qu'il est nul.
Ralph a expliqué la notion de différence motrice. Ça m'a donné une puissance d'individualisation de coaching incroyable.
Comprendre mes pagayeurs et comment les faire progresser sur la base de leur point fort plutôt que vouloir corriger leur point faible.
Il y a un lien incroyable et fort avec la psychologie, on peut faire un lien entre comment on bouge et comment on pense.
Quel contexte environnemental est le plus porteur pour la pensée, c'est une idée de culture, il y a besoin de créer les conditions extérieures et intérieures pour aller plus loin que les autres.
On nourrit le corps à l'entraînement, il faut aussi nourrir le psychisme.
Les Secrets du Kayak : A la base tu es entraîneur de kayak, préparateur physique, et à la fin tu es entraîneur « humain » si on peut dire.
Sylvain Curinier : Sur un pole, 35 athlètes à manager, à individualiser. Ça donne 15 à 20 athlètes à gérer puisqu'on se partage.
Mais tu es susceptible d'intervenir sur une tranche de 35-40 athlètes.
J'ai débuté par la préparation physique car indispensable à mon sens, liée à la préparation spécifique évidemment.
Puis au fil de mon parcours, j'ai découvert les préférences motrices.
Aujourd'hui, je me considère comme préparateur méta.
Je ne suis pas préparateur mental.
C'est aller au delà de la préparation physique, mental, technique... je me positionne en supervision dans le but d'apporter le plus possible à tous les niveaux à ceux qui s'inscrivent dans un schéma de performance.
Le but est de produire cette culture de la gagne.
Les Secrets du Kayak : En 2008, comment se passent les Jeux ?
Sylvain Curinier : Je ne suis pas entraîneur direct, je suis entraîneur des jeunes.
Le DTN me demande d'intégrer le staff olympique pour Pékin.
Il me missionne sur un poste stratégique : l'analyse vidéo et des données.
Je fais les retours aux entraîneurs, et je fais office de chronométreur.
Pour l'anecdote, j'ai une accréditation du Togo à Pékin : on avait un arrangement à l'amiable avec Benjamin Boukpeti qui est franco-togolais, pour éviter d'utiliser d'une accréditation française sur ce poste puisque les places sont chères.
Désillusion du slalom à Pékin, Tony Estanguet courait pour son troisième titre olympique et là n'accède pas à la finale.
Fabien Lefèvre mon ancien athlète décroche l'argent au slalom.
Une olympiade compliquée en slalom donc.
J'avais un rôle annexe oui et suite à cette désillusion Tony me demande de faire son bilan.
Il est en plein doute sur la suite à donner, il me demande un avis extérieur.
Il finit par affirmer sa volonté de continuer et de gagner à nouveau aux Jeux mais à la condition d'être entraîné par son frère et par moi pour Londres.
Ainsi, je fais mon retour dans la haute performance après Pékin.
C'était un nouveau défi pour moi.
Je m'engage avec un double médaillé olympique qui vient de se planter à la dernière compétition, donc beaucoup de pression, j'en avais envie j'étais motivé par l'enjeu.
Remonter un projet olympique avec Emilie Fer et Boris Neveu, on était partis pour ramener 3 titres olympiques de Londres.
Je ne prends pas d'autres athlètes que ces trois là.
La différence avec Sydney et Athènes, c'est qu'il y a moins de quota et donc une seule place.
Pour se sélectionner, Tony ne peut pas imaginer que j’entraîne sa concurrence si on peut dire.
La question a été : comment monter un groupe élite au sein même de la fédération pour répondre au besoin du leader français.
Le DTN a donc accepté que je ne sois pas l’entraîneur d'un seul athlète, tout grand champion qu'il soit, donc je réussie à intégrer les deux autres athlètes.
Un team dans le team avec ces trois champions.
Tony voulait une référence en terme de vitesse à l’entraînement donc je prends Emilie et je prends un petit jeune qui monte que je connais bien et qui servira de lièvre à Tony sur les entraînements, Boris.
Je travaille encore avec Ralph Hippolyte et je fais appelle à un préparateur mental avec qui j'apprends des nouvelles techniques d'accompagnement.
Les Secrets du Kayak : Au final, cette team performance ça donne quoi ?
Sylvain Curinier : Le DTN me donne carte blanche sur un an pour voir, mais on a très peu de moyen...
Heureusement que Tony avait un nom, grâce à ça je monte un staff des plus grands spécialistes pour donner toutes les chances à ce team performance.
A la fin de l'année, on réévalue le projet donc il faut que ça fonctionne vite.
En 2009, Tony gagne les championnats du monde à Séoul donc ça a marché !
Après avoir raté Pékin, il est de retour c'était assez incroyable pour prouver qu'on était sur le bon chemin.
Emilie fait vice championne d’Europe, Boris une médaille en coupe du monde, le team est lancé.
Le DTN me redonne un an supplémentaire avant le bilan suivant.
2010 est encore une belle année : Tony regagne les championnats du monde en Slovénie.
Tony veut aller de cette manière aux Jeux donc on signe pour 2 ans cette fois !
Boris n'est pas sélectionné pour le kayak homme olympique malheureusement.
Je pars avec Emilie et Tony, et nous revenons avec les deux médailles d'or, une expérience incroyable !
Je suis très vigilant par rapport à ma réussite.
Il faut savoir rester à sa place. Il faut parfois s'excuser en France d'avoir autant de réussite.
Les anglo-saxons sont à l'inverse très fiers de leur réussite, ils en parlent très facilement.
En France, faut être discret sur tout ça, c'est mon expérience qui parle.
Les Secrets du Kayak : La variabilité de la fréquence cardiaque, tu peux nous en parler ?
Sylvain Curinier : Ça sert à évaluer la charge interne, son niveau de ressource qui n'est pas toujours corrélé au ressenti.
Ça permet d'évaluer son niveau de fatigue.
Ainsi, tu ajustes plus professionnellement le contenu et les volumes d’entraînement.
C'est basé sur la variabilité que peut avoir ta fréquence cardiaque que tu peux analyser grâce aux ceintures et aux montres dernières générations.
Tu répertories les fatigues classiques et voulus, et les fatigues néfastes qui tirent sur le sur-entraînement ce qu'on veut éviter à tout prix.
Ça fait pour moi partie des outils indispensables pour les entraîneurs.
A notre époque, maintenant les sciences de l'entraînement sont là pour éviter d'avoir un athlète en sur-entraînement.
Lorsque tu es sur de l'inédit à l’entraînement, tu as besoin de ces indicateurs pour en mesurer l'impact et ainsi valider ou invalider la méthode.
Le sur-entraînement arrive vite chez les jeunes, donc très utile pour surveiller ces athlètes en devenir qui veulent toujours imiter l’entraînement des grands.
C'est un bon indicateur de prévision des blessures.
Les Secrets du Kayak : C'est quoi l'entraîneur du futur selon toi ?
Sylvain Curinier : C'est un entraîneur qui sera spécialiste dans la management des meilleurs expertises dans des domaines qui lui semblent appropriés pour ses athlètes.
Un Adrien Bart en canoë n'a besoin des mêmes expertises qu'une Sarah Guyot ou un Maxime Beaumont par exemple.
Chacun a sa propre marge de progression.
L'entraîneur du futur devra entraîner tous les aspects humains mais aussi être un préparateur pour que ses athlètes réussissent à exprimer leur plein potentiel au bon moment.
On ne peut pas y arriver seul en fait.
L'entraîneur du futur devra savoir s'entourer des meilleurs sans pour autant être trop d'intervenants autour de l'athlète.
Les Secrets du Kayak : Comment arrive ta fin de carrière ?
Sylvain Curinier : Ça se termine avec l'aventure slalom en 2016.
J'ai orienté depuis mon envie sur l'apport de mes compétences sur toutes les disciplines olympiques et paralympiques de la fédération.
Aujourd'hui je travaille avec le DTN, des head-coach et des managers. Je suis très ciblé haute performance, tout ce qui m'intéresse c'est gagner les Jeux.
Il y a beaucoup de choses qu'on peut encore faire car aller en finale ça ne m'intéresse pas, je veux qu'ils aillent au delà !
J'ai monté à la fédération une cellule d'accompagnement de la haute performance qui propose aux athlètes et leurs entraîneurs des moyens.
Mon intervention n'est plus cantonnée à une spécificité.
J'ai pu travailler pour d'autres fédération comme la voile, la gym, l'équitation, le tir à l'arc...
S'ouvrir à d'autres choses pour toujours apprendre et devenir toujours meilleur pour gagner les Jeux de Paris !
Ce qui me passionne le plus en ce moment c'est la philosophie.
En l'étudiant, ça donne du sens à notre intervention, à notre préparation, à notre entraînement.
C'est fondamental de trouver ce sens pour ne pas perdre son temps car dans le sport de haut-niveau il n'y a qu'un gagnant. Que fait-on de tous les autres ?
Tony se dont il se souvient le plus, c'est de ses échecs tellement il en a eu.
Donc que faire avec tout ça ?
C'est leur donner un sens et ainsi évoluer, mieux se connaître mieux comprendre le fil de la vie.
Être satisfait de ce qu'on fait, on est ainsi content et tout va bien.
On peut en parler longtemps, j'en ferais sûrement un livre un jour !
Je lutte contre l'idée de travail à l’entraînement, je milite pour des mots tels que l'engagement, l'envie, des mots plus puissants que le travail.
Le travail mène à une finale olympique mais jamais à une médaille d'or.
C'est le désir suprême qui permet de l'avoir cette médaille d'or, cette envie fait la différence !
On accède à la finale avec le travail, mais ensuite la victoire c'est autre chose c'est émotionnel, à chacun de trouver cette émotion qui le fera gagner.
Vous pouvez retrouver Sylvain Curinier sur son compte Linkedin.
Interview : Claudine Le Roux
Retrouvez tout sur Claudine Le Roux. Comment a-t-elle débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours d’entraîneur ? Sa méthode d’entraînement ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Claudine Le Roux en mars 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Claudine Le Roux : Ça va très bien, la journée commence bien et avec le soleil. On ne peut rien demander de plus pour l'instant.
Les Secrets du Kayak : Peux te présenter rapidement ?
Claudine Le Roux : Entraîneur, je suis conseiller technique national de kayak.
Je viens de la région de Lorientaise, du club d’Inzinzac-Lochrist.
J'ai passé la majorité de ma carrière à Pontivy.
Je suis professeur de sport.
J'ai commencé en tant qu'éducateur sportif, entraîneur national et ensuite professeur de sport.
Je traîne dans le milieu du kayak depuis le siècle dernier.
Les Secrets du Kayak : Raconte nous tes débuts en kayak.
Claudine Le Roux : 1983, la Transmorbihannaise.
Une de mes premières compétitions que me reste en mémoire.
À l'époque, c'était une course assez prisée par les compétiteurs (avec des départs sur le blavet)
Ma première fois dans un bateau, c'est parce qu'à l'origine, je faisais du handball, du judo, du tennis, de l'athlétisme.
Un jour, je suis passée sur une passerelle, j'ai vu des gens qui faisaient du kayak, ça m'avait l'air pas mal, j'y suis allée et je n'en suis jamais repartie.
J'ai commencé sur un bateau slalom, je suis en Bretagne quand même !
En Bretagne, tu fais de la pluridisciplinarité : j'ai fait la rivière, la mer ... J'ai touché un peu à tout.
La course en ligne m'a attiré rapidement par les équipages. J'ai vu qu'il y avait du K2 du K4.
J'ai commencé en monoplace et ensuite, j'ai eu le droit de faire du K2 du K4 avec des filles du club.
J'avais 19 ans.
C'est un peu tard, j'étais plutôt sur des sports terrestres avant.
L'eau ne m'a pas attiré tout de suite. Les sports d'équipe, le judo un peu, le tennis, et j'aimais beaucoup l'athlétisme.
Je pratiquais le 800m, le 400m. Pareil, j'ai touché un peu à tout.
J'ai eu la chance de rencontrer des professeurs, des entraîneurs qui m'ont vraiment fait aimer le goût de l'activité sportive.
J'aimais bien la longueur, le javelot, je n'aimais pas les haies.
J'aimais découvrir d'autres choses, je n'ai pas forcément performer tout de suite, mais touché à tout.
À l'école je faisais de l'UNSS, j'aimais bien les cours de gym. C'était vraiment la pratique d'abord.
Les Secrets du Kayak : A dix-neuf ans, tu commences par le slalom, tu mets combien de temps avant de te mettre à la course en ligne ?
Claudine Le Roux : Je n'ai pas fait de slalom en rivière. Ça ne me parlait pas à ce moment là.
À l'époque, on montait dans les bateaux de slaloms, on apprenait à les diriger et ensuite on commençait en CAPS dans des bateaux à fond plats.
Ensuite, j'ai essayé les bateaux de vitesse, je venais au club juste pour tenir dans le bateau, en restant près du bord, et un jour, je suis partie, et de là, je ne me suis jamais arrêtée.
Avant de tenir j'ai beaucoup nagé, mais j'ai eu la chance de commencer au mois de juin donc j'ai fait ça jusqu'à la fin de l'été et c'était bon.
Les Secrets du Kayak : Obtiens-tu rapidement des résultats en course en ligne ?
Claudine Le Roux : En équipage club, on avait à Lochrist un K4, on a été médaillé en championnat de France à Vichy.
Dans les clubs, c'est dur d'avoir assez de filles pour remplir un équipage, et là on était cinq-six filles.
Il y avait de quoi faire des équipages, et c'était ma première médaille en équipage.
C'était en 1984-1985.
Je crois que j'étais déjà athlétique, j'aimais le goût du challenge, j'allais jusqu'au bout des objectifs.
L'idée pour moi, c'était de tenir dans mon bateau et d'aller vite pour pouvoir suivre les autres filles qui étaient déjà en avance sur moi.
Donc ça m'a pris tout l'été : je n'ai rien lâché !
Je pense que par ma pluridisciplinarité j'avais de la coordination, je faisais beaucoup de course à pieds donc j'avais de la caisse.
Je suis aussi tombée sur les bonnes personnes à ce moment-là pour mettre en œuvre tout ce qui attrait à cet équilibre dans le bateau de course en ligne : la propulsion et l'équilibre.
C'est cette combinaison qui freine l'évolution si on ne la gère pas tout de suite.
Les Secrets du Kayak : Y’avait-il d'avantage de pratiquants à l'époque ?
Claudine Le Roux : À peu près pareil, peut-être que les clubs ont un peu plus de mal depuis quelques années à recruter les jeunes ou à les garder.
Après, je peux parler du club de Pontivy où il y avait une forte dynamique par ses pratiquants.
Au club de Pontivy, il y a Olivier Boivin, Bertrand Hémonic qui sont aussi des compétiteurs.
Olivier a été médaillé des Jeux en 1992.
Il y avait déjà une pratique compétitive de haut niveau dans ce club, et il y avait beaucoup de jeunes.
La médaille d'Olivier a drainé beaucoup de jeunes à l'époque.
C'est encore comme ça aujourd'hui. Je ne dirais pas qu'il y a moins de jeunes, je dirais que les générations sont différentes.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as rapidement atteint le haut niveau en kayak ?
Claudine Le Roux : Oui, je suis entrée en équipe de France en 1986, soit deux ans après mes débuts.
Au départ, les compétiteurs étaient classés en série : première série, deuxième série, troisième série.
C'était suite aux courses que tu faisais par rapport à l'écart que tu avais avec le premier, tu rentrais dans les temps pour monter d'un cran dans les séries, ou descendre.
Donc moi, j'ai commencée en troisième série, et quand ça a commençait à devenir intéressant, j'étais en première série.
Quand j'ai arrêté ma carrière, on était à la fin de ce type de classement. Et les tests physiques sont arrivés en 1988.
Je faisais une trentaine de tractions, en tirage planche dans les 80 répétitions, en course à pieds j'étais en 11'40'' au 3000m. J'ai toujours eu du cardio.
Les Secrets du Kayak : Comment s'est passé ton évolution de débutante au kayak à l'accès au haut niveau ?
Claudine Le Roux : J'ai toujours travaillé en même temps que je pratiquais.
J'ai été éducateur sportif (brevet d'état).
Je n'ai pas passé le BAC, je me suis arrêtée en Première pour raison familiale, j'ai travaillé très tôt.
J'ai passé mon Brevet premier degré, j'ai travaillé à Lochrist, puis à Pontivy, et il y avait un centre d’entraînement départemental, je m'y entraînais le matin, et le soir après le travail.
J'ai dû optimiser le temps, éviter les déplacements inutiles, et être organisée.
Je fonctionne par la passion des choses et elle est toujours là.
Au club il y avait un cadre technique, Jean-Pierre Laffont, mon catalyseur pour m'aider à organiser mes entraînements.
Très vite, j'ai eu envie de m'organiser mes entraînements, j'avais toutes les connaissances nécessaires avec mon Brevet d'Etat deuxième degré à l'INSEP.
Les Secrets du Kayak : Comment se passe la préparation des Jeux de Séoul ?
Claudine Le Roux : On était huit filles sélectionnées pour l'équipage.
Toutes les filles étaient à l'INSEP , il y avait deux entraîneurs, et il y avait des batteries de tests.
C'était la pratique journalière en monoplace en confrontation.
J'étais avec trois filles du matin au soir, c'est une expérience humaine particulière.
Les tests se faisaient à tour de rôle, on se demandait les résultats pour tenter de faire mieux.
Il n'y avait pas que de la confrontation, de l'émulation aussi et ça c'est important.
Il fallait une confrontation saine. Il faut savoir où on va.
Les Secrets du Kayak : Avant les Jeux, tu avais fait des compétitions internationales ?
Claudine Le Roux : Oui, celle de Choisy-le-Roi, puis en Suède et à Malines, pour deux compétitions en K4.
Ils ont pris deux filles d'un bateau et deux filles de l'autre.
La difficulté du métier d’entraîneur, c'est de savoir quel sera le meilleur bateau qu'on pourra aligner.
Qu'est-ce qui va permettre à ce bateau d'aller chercher la médaille ?
Les Secrets du Kayak : Pour toi, c'était une surprise d'être sélectionner pour les Jeux de Séoul ?
Claudine Le Roux : On en avait toutes envie.
On savait qu'on avait gagné les deux courses test, mais on n'avait pas été médaillées à l'international.
Il a dû y avoir des réflexions pour recomposer ce bateau.
On a pu tester en compétition en Suède pour valider une sélection dans cette combinaison.
Les Jeux de Séoul ont été compliqués par la suite.
Ce que j'en retiens, c'est une expérience incroyable. C'était mes premiers et derniers Jeux en tant qu'athlète.
C'était différent d'aujourd'hui. Dans la préparation, c'est toujours la même chose. On travail la cohésion, le bateau.
On s'est fait sortir en demi-finale.
On voulait les médailles. On n'a pas rempli l'objectif même si on a donné le maximum.
Je n'ai rien à regretter, mais c'est la médaille qu'on retient aux Jeux.
À cette époque là, il n'y avait pas de finale B.
Mais quand on fait une finale B, c'est qu'on est quand même passé à coté de quelque chose.
Quel que soit le résultat, il y a une célébration en rentrant en Bretagne.
On a fait un partage d'expérience avec les accompagnateurs.
On a rencontré beaucoup de personnes dont Marie-José Pérec, on voit des performances. Ça ne s'oublie pas.
Après chacun reprend son chemin, et moi je suis rentrée à l'INSEP pour passer mon brevet d’état deuxième degré.
Les Secrets du Kayak : Tu avais déjà pour objectif de te tourner davantage vers l’entraînement ?
Claudine Le Roux : Oui, il y avait un projet de création de poste sur la base de Pontivy.
Je m'occupais des enfants sur la ville, j'avais l'école de pagaie sur la base nautique, et il y avait un centre d’entraînement départemental qui est devenu ensuite pôle Espoir.
Et quelques années après, j'ai été entraîneur de l'équipe de France junior sur le pôle Espoir.
En tant qu'athlète, j'ai continué à pagayer jusqu'en 1996.
J'ai fait des championnats du Monde de vitesse, et championnats du Monde de marathon.
Je me suis challengé en continuant à m’entraîner, en gérant une base nautique.
Je pouvais mieux faire, mais je n'avais pas le recul suffisant.
Les Secrets du Kayak : C'est original de mon point de vue de débutant, d'être une femme et entraîneur de kayak ? J'ai l'impression que c'est un milieu où il y a surtout des hommes ?
Claudine Le Roux : Le milieu du kayak est très masculin.
Il y a quand même pas mal de femmes entraîneur dans d'autres sports.
En kayak slalom, il y a deux femmes.
Pendant, longtemps, j'ai été la seule entraîneur en course en ligne.
Toutes les femmes peuvent l'être si elles le souhaitent.
J'ai un parcours atypique, mais c'est mon retour d'Angleterre qui m'a donné une aura supplémentaire.
J'y ai entraîné pendant 11 ans les équipes anglaises !
Les Secrets du Kayak : Quand tu passes ton BE2 et que tu commences à entraîner sur un Pôle, là tu commences à entraîner des athlètes qui ont un niveau supérieur à ceux que tu entraînais habituellement ?
Claudine Le Roux : Sur le pôle de Pontivy, ce sont des jeunes compétiteurs juniors.
Donc je mettais en place deux sessions d’entraînement par jour.
La logistique d’entraînement était importante pour qu'ils puissent augmenter le volume d’entraînements.
Je passais ma journée sur l'eau de 8h à 18h. J'ai toujours anticipé l’organisation.
C'est ce qui a été ma force lorsque j'ai été embauchée en Angleterre.
J'ai été embauché pour mes compétences, pas pour mes diplômes qui n'étaient pas valables là-bas.
J'y suis allée pour la rencontre, pas forcément pour me dire que j'entraînais en Angleterre, je ne parlais même pas anglais.
J'ai dû entrer dans un collège pour apprendre l'anglais. En France, je n'avais pas de place pour autre chose que mon travail.
Le choix a été vite fait, j'ai saisi l'opportunité, j'ai fait un choix personnel.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu avais en tête d'entraîner l'équipe d'Angleterre ?
Claudine Le Roux : Non pas du tout. Mes débuts là-bas, c'était de savoir rouler à gauche et parler anglais.
Donc j'ai pris des cours du soir avec 16 élèves d'autres nationalités.
J'ai commencé par proposer mes services dans un club tout près, pour prendre des séances et participer, j'ai vite eu un groupe de jeunes.
Je les ai emmenés sur des courses internationales anglaises, je me suis faite repérer.
J'ai eu un entretien pour commencer le lendemain matin. J'ai eu du mal à me faire comprendre, mais ils ont joué le jeu.
Ils m'ont confié un groupe de moins de 23 ans et juniors, j'avais deux kayaks homme et deux kayaks dame, à Londres et à Nottingham.
Les 4 athlètes ont été sélectionnés pour les premiers championnats d'Europe de moins de 23 ans qui ont eu lieu à Boulogne-sur-Mer.
Tous les six mois, on fait un bilan des résultats, savoir si tu es renouvelée.
En 2001, j'avais tous les kayaks dames moins de 23 ans et seniors.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as remarqué une différence entre les juniors français et anglais ?
Claudine Le Roux : En Angleterre, ils ont un côté tête brûlée, peu importe que les entraînements soient le matin, la nuit ou le soir, ça pagayait beaucoup !
Ça manquait de technique, mais ils étaient très volontaires. En France, c'est plus cadré avec un nombre d'heures de musculation…
En Angleterre dès 5-6h, ils étaient sur l'eau. Le soir, ils attendaient les adultes à 18h alors qu'ils finissaient les cours à 14h.
J'ai apporté le cadre français pour leurs entraînements, je profitais de leurs fins de cours à 14h pour mettre en place des séances.
De mon point de vue, je pouvais voir de l'amélioration posturale et au niveau de l'ancrage.
À mon niveau, j'ai essayé de mettre en place des axes d'amélioration pour aller plus vite.
J'ai mis des tests en place pour optimiser l'avancement du bateau par le travail en m/s en km/h.
Il n'y avait pas de GPS à cette époque : je plaçais des bouées, je calculais au chrono, travailler la relation cadence et vitesse.
Ils étaient souvent à 100 %, je leur organisais des séances dans la semaine plus light avec du travail sur l'avancement de bateau sur chaque coup de pagaie.
Quand on n'a pas l'habitude c'est frustrant, mais la place de la technique est très importante pour sa construction.
Ça correspondait au minimum à une séance par semaine, mais il y avait aussi des séances d'EB1.
J'avais 10 à 15 personnes sur l'eau donc il y avait de la confrontation, ils n'avaient pas envie d'être derrière.
Les Secrets du Kayak : Fin 2001 on te confie les moins de 23 ans femme ? Ça a changé quelque chose en terme d'entraînement d'entraîner les plus vieux ?
Claudine Le Roux : Non, j'ai pris le risque de faire les choses différemment.
On partageait beaucoup entre les entraîneurs. J'ai eu la chance de rencontrer des entraîneurs hongrois, donc les meilleurs !
J'ai eu une expérience phénoménale, j'ai pu voir leur façon d'entraîner. J'ai vu passer un grand nombre d'entraîneurs étrangers dans l'équipe anglaise.
J'en retiens pour les hongrois de la méthode, beaucoup de technique.
Les athlètes sont mis dans des minis-kayaks à naviguer seul sur le Danube, pour l'apprentissage technique.
Il y a beaucoup d’impulsion, de travail sur les jambes. On partait souvent 3 semaines en stage en Hongrie.
On allait à Séville de janvier à avril. Pour les Hongrois, il faut être précis en technique.
J'ai aussi rencontré des entraîneurs ukrainiens dont un responsable de centaines d’entraîneurs, à l'époque de la Russie.
Il a travaillé en Espagne pour amener les athlètes aux Jeux. On a fait toutes ces années ensemble.
Il est allé en Chine, maintenant, il est au Japon. C'est quelqu'un d'exceptionnel.
Donc j'en ressors avec une méthode d'entraînement, que j'ai pu comparer avec ce qui est apparu ensuite en France, avec de la PPG.
Les Secrets du Kayak : Tu as eu de bons résultats avec ces kayaks dames ?
Claudine Le Roux : On est allé aux Jeux en 2004, mais avec un seul quota. Elle a fait septième en monoplace.
Sinon j'ai eu une junior aux Jeux de 2008 à Pékin elle a fait aussi 2012 et 2016, et là elle a arrêté sa carrière, elle n'a pas prolongé pour 2021.
J'ai eu des juniors aux championnats du Monde à Moscou.
Quelques médailles au niveau international, et aux championnats d'Europe sur 200 m.
J’amenais des personnes qui n'étaient pas dans la performance, et avec mon organisation il y avait une progression, et souvent d'autres entraîneurs récupéraient les filles pour passer les étapes suivantes.
Les Anglais avaient un système de détection de talent copié sur le modèle australien : des jeunes athlètes de tous domaines sportifs confondus qui signaient pour les Jeux 8 ans plus tard.
Elles avaient un entraîneur dédié, leur projet devait forcément être accompagné par les parents.
C'étaient des tests physiques pour la détection, ce n'était pas des pagayeurs à la base.
On cherchait des Ferrari !
Elles étaient à l'école, dans une dynamique d'entraînement, mais pas sur du haut niveau.
Ensuite pendant six mois, elles avaient un bateau adapté, un entraîneur dédié, elles ne payaient rien !
Tout était pris en charge par le projet de détection. Il y avait un gros financement pour ça. Sur les six filles qui ont participé aux Jeux de 2012, quatre venaient de la détection.
Les champions se construisent, il y a toujours une petite place pour ceux qui ont du talent, mais un champion ça s'accompagne.
En revanche pour les garçons, ça n'a pas si bien marché. Ce principe a permis d'alimenter le club et de challenger les pratiques.
Il y avait aussi pas mal d'évaluation donc il fallait passer les étapes.
On faisait en sorte qu'elles intègrent un club pour celles qui le voulaient, et beaucoup ont continué la pratique.
L'accompagnement se faisait jusqu'à ce qu'elles décident de faire autre chose éventuellement quand les performances ne s'accompagnaient pas de résultats derrière.
C'est pour ça que quand les jeunes étaient détectées, la réunion pour amorcer le début du projet se faisait en présence des parents.
Les Secrets du Kayak : C'est un système qui a été mis en place en France ?
Claudine Le Roux : Je crois qu'il y a des choses qui s'inspire de ce qui a été fait en Angleterre.
En tout cas, le projet a boosté les résultats des Jeux de 2016.
Aujourd'hui en Angleterre il n'y a qu'un seul athlète en K1, pour moi c'est un avertissement, d'habitude l'équipe est plus fournie, et aujourd'hui il y a des choses qui se passent sur la course en ligne.
Je crois que les Anglais sont en train de s'interroger sur leur pratique en kayak, sur le fait de ne plus produire de champion.
Les Secrets du Kayak : Qu'est ce qui t'a fait revenir en France ?
Claudine Le Roux : Je me suis séparée, donc je suis revenue près de la famille.
J'ai fait un choix pour mon garçon, c'était juste avant les Jeux de 2012.
En tant qu'entraîneur, je bougeais beaucoup, je pouvais faire jusqu'à 100km par jour.
La logistique pour moi n'était pas efficace et ce n'était pas bien pour lui.
J'ai eu une opportunité à Cesson, en Bretagne.
Le but était de revenir, j'avais suffisamment de bagage pour continuer d'être entraîneur.
Et si ça ne marchait pas j'avais un plan B, j'avais le concours d'éducateur éditorial aussi, je ne serai pas restée sans travailler, et j'avais quand même pris des contacts avant de partir.
J'avais préparé le terrain. Je suis rentrée pour continuer mon métier.
Les Secrets du Kayak : Quand tu es entraîneur en Pole en France, tu es entraîneur national ou juste entraîneur en pole ?
Claudine Le Roux : Entraîneur national, tu fais partie de l'équipe d'entraîneurs qui évolue sur les équipes : moins de 23 ans, juniors, seniors.
Il y a des entraîneurs qui sont identifiés pour être sur les seniors, d'autres sur les moins de 23 ans, et d'autres sur les juniors.
Le déclic vient parfois plus tard chez les jeunes, je n'aime pas abandonner, j'aime donner des solutions aux athlètes.
On essaie de trouver les bonnes combinaisons pour améliorer les résultats. Un accompagnement n'est jamais lisse ni parfait.
Les Secrets du Kayak : A ton retour d'Angleterre, as-tu changé ta façon d'entraîner d'un point de vue psychologique ou physiologique ?
Claudine Le Roux : On prend de la maturité.
Je suis sortie du volume pour aller sur de la qualité.
Tu as toujours un cadre pour l'encadrement de la pratique en fonction de la catégorie des athlètes.
On en est sorti petit à petit pour mettre l'athlète plus au centre et pas seulement ses données physiques ou psychologiques.
Je crois que ce qui a été amené en France, c'est le projet de performance individuel, même s'il existait plus ou moins.
Les athlètes ont d'avantage la main sur leur projet, ils doivent présenter ce qu'ils doivent mettre dans l'équation pour aller chercher une médaille.
Ce n'est pas qu'un plan général, c'est de la personnalisation entre projet personnel et professionnel.
Il y a une obligation d'accompagnement que ce soit au niveau des études ou de l’entraînement.
Il y avait un suivi individuel plus poussé en Angleterre, c'était plus facile avec leurs horaires.
En France c'est moins facile, il y a plus d'état de stress surtout pendant les stages, et au moment des examens.
Donc de 2010 à 2016, il y a eu des évolutions.
Les athlètes doivent gérer le double projet, ça demande de l'organisation.
Je ne pense pas que ça ait évolué, je les vois toujours stresser au moment des examens.
Il y a plus d'encadrement qu'avant : il y a le préparateur physique, le préparateur mental, les entraîneurs et même plusieurs entraîneurs, parfois c'est encore plus difficile.
Il faut unifier ou accepter les différences.
C'est super cette équipe d'encadrement qui a grossi. Même si l’entraîneur à les compétences, ça permet aux athlètes de prendre du recul et de voir les choses.
C'est un travail supplémentaire de préparation physique et de discussion avec les athlètes, ça n'existait pas avant, et il y a un partage de connaissances pour apporter des solutions.
Ça amène de la créativité à l’entraînement, parfois des conflits.
Pour moi c'est une très bonne évolution, chose que j'ai connu en Angleterre.
Les Secrets du Kayak : Lorsque tu étais à Cesson, est-ce qu'on vient rapidement te chercher pour être entraîneur national femme ?
Claudine Le Roux : Non, il y avait déjà une répartition : moi j'étais sur les moins de 23 ans pour commencer.
Et en 2012, François During et Vincent Ola m'ont proposé d'être sur les seniors.
Je travaillais avec Nicolas Maillote qui était déjà le responsable du groupe, donc au final la répartition s'est faite naturellement.
J'ai souvent eu les filles, mais aussi les moins de 23 ans garçons pendant un an.
Je n'ai pas d'a priori, j'ai une mission, je regarde les athlètes que j'ai pour savoir comment les accompagner sur leurs objectifs.
Je connais beaucoup de monde à l’international, je suis toujours en contact avec elles.
Qu'elles soient anglaises ou bien françaises, elles veulent gagner même si je regarde ce que font chacune d’entre-elles.
Les filles en internationales se connaissent, elles se croisent sur les bassins.
Lors de certains stages parfois, elles sont mélangées entre nationalités.
Le sport de haut niveau, c'est aussi la notion de partage.
Pour moi, il n'y a pas d'entraînement type ou miracle, c'est la combinaison athlète-entraîneur qui va faire avancer.
Les Secrets du Kayak : Tu as fini ta mission juste après les Jeux avec l'équipe de France féminine ?
Claudine Le Roux : Oui tout juste après, je suis arrivée en 2010, j'étais aussi entraîneur.
J'ai demandé à changer de poste. Je ne pouvais pas amener plus que ce que j'ai fait.
De plus, j'élève seule mon garçon donc j'ai besoin d'être disponible.
Pour aller plus loin, il fallait plus de confiance, je suis arrivée au bout.
Je le reconnais aujourd'hui : j'ai eu un sentiment d'échec après les Jeux de 2016 mais c'est surtout une combinaison de choses.
Je n'avais plus cette disponibilité mentale pour être plus efficace.
L'après Jeux, c'est toujours difficile.
J'ai eu mon garçon en 2007 à 43 ans.
Du coup ces interrogations mêmes douloureuses font avancer, et je suis passée sur les équipes jeunes, les U16 avec Nicolas Parguel en 2016-2017.
En 2018, je me suis inscrite à la formation de professeur de sport, c'était une opportunité je suis retournée à l'école, beaucoup de stage (1 an de préparation + l'examen) et de formation.
Le 1er septembre 2019, j'ai pris mes fonctions de conseiller technique national.
Ça consiste à être un coach couteau suisse : accompagner sur les courses en ligne dans le Grand-Ouest, accompagnement de club, de cadres, mettre en place une dynamique de regroupement de cadre de club de course en ligne.
Et j'ai une autre partie nouvelle, humaine, je suis chargée de mission sur les DOM-TOM.
Mon premier déplacement était en Guadeloupe, où j'ai encadré le cadre du pôle espoir avec partage de connaissance, car il y a des très bons athlètes mais lorsqu'ils viennent en métropole, il y a toujours un petit écart.
En métropole, ce ne sont pas les mêmes conditions météorologiques.
J'ai aussi était missionnée en Nouvelle-Calédonie 2019 pour accompagner la sélection calédonienne sur la préparation des Jeux du Pacifique en pirogue.
Ça été une expérience géniale, j'ai découvert le fonctionnement du va'a, j'ai encadré les cadres sur l'organisation de l’entraînement pour faire une trame jusqu'aux Jeux du Pacifique.
Ils ont gagné la médaille d'or et ils ont battu les Tahitiens pour la première fois sur la V6.
J'ai eu un super accueil, sans restriction, sans barrière.
Ma deuxième action en 2019 ça été Wallis et Futuna, à la demande du territoire je suis allée les voir et j'ai participé dans les clubs de va'a avec de la préparation physique, ils m'ont fait ramer en pirogue, j'y suis restée un mois.
Et depuis il y a eu la pandémie, donc les contacts se font par visio sur de l'accompagnement, je suis un peu le relais, la référente.
Donc quand je me déplace je mets de la vidéo, j’amène cet élément technique, on partage avec les personnes ressources qui ne sont pas forcément des entraîneurs.
J'essaie d'amener de l'organisation quand il n'y en a pas, et parfois, je peux amener des petites touches supplémentaires pour atteindre le haut niveau. Je fais un diagnostique de pratique.
En général, ce sont les ressources d'entraînement qui manquent le plus.
Il y a beaucoup de choses sur les sites, les cadres de club ont tellement de casquettes à gérer, ils sont engloutis par les taches journalières.
Et pour le haut niveau, il y a des choses à mettre en place qui ne sont pas faciles.
Beaucoup de petits clubs n'ont qu'un seul cadre, et du coup c'est compliqué.
Les ligues se mobilisent pour casser l'isolement de certains jeunes dans les clubs, je ne vois pas beaucoup de filles, ça m’inquiète.
Les Secrets du Kayak : Justement, c'est une des raisons pour laquelle je fais ce podcast, car il y a très peu d'informations ! De mon point de vue, cette communication manque pour avoir plus de monde dans le Kayak.
Claudine Le Roux : Les jeunes de maintenant forment cette génération nouvelle, on va commencer l'entraînement avec la génération alfa, ceux nés à partir de 2010.
Quand je vais dans les clubs ce qui pourrait m'interpeller, c'est que je ne vois pas les posters de nos filles qui sont super et qui performent à l'international.
Elles se battent, elles utilisent les réseaux sociaux comme outils.
Mais pour moi dans les clubs, il faudrait amener une image de l'athlète en canoë-kayak qui pourrait donner envie pour les mamans d'inscrire leur enfant.
Moi, je travaille beaucoup avec du visuel, des photos. J'ai fait des photos pendant cinq à six ans des filles.
Pour moi, ces photos peuvent démontrer la portée de l'activité proposée par le club, que ce soit pour la course en ligne, en slalom, dans toutes les disciplines.
Quand je vais dans les villes, je ne vois pas les flyers ou les images. Il faut se moderniser, mettre en avant la connaissance de l'activité.
Donc je suis tout à fait d'accord avec toi, même si la fédération modernise le kayak par les pagaies couleurs.
Mais maintenant la question c'est comment mettre le kayak au-devant de la scène pour attirer du monde ?
Le covid a plombé beaucoup d'animations, il va falloir trouver des idées, être créatif pour que dès que les clubs pourront ouvrir, amener une envie chez les jeunes.
Les jeunes d'aujourd'hui sont hyper connectés, ils communiquent tout en étant connectés, il faut en tirer le meilleur en cette période de pandémie.
Les jeunes d'aujourd'hui ne fonctionnent pas du tout comme les jeunes d'hier.
Les Secrets du Kayak : Je te laisse le mot de la fin.
Claudine Le Roux : Ce qui me caractérise, c'est ce côté atypique : « Je peux le faire, tout est possible ! ». Je ne m'interdis rien.
Toute expérience est importante, bonne ou mauvaise.
En fait aucune expérience n'est mauvaise. Tout n'est pas lisse, parfois les choses se font dans la douleur.
Aujourd'hui, les jeunes sont bloqués par la peur de ne pas réussir, la pression est partout : l'école, les parents, l'entraîneur, les médias…
C'est à nous entraîneurs de faire en sorte que les athlètes soient confortables, et comprendre ce que l'on met en place. Un entraîneur accompagne la performance.
Sur les pôles, on voit des évolutions en ce moment, les athlètes y sont de plus en plus jeunes.
C'est la performance qui va permettre de rentrer dans le pôle, pas le résultat brut, c'est aussi le petit truc en plus, c'est notre travail de détection qui accélère le processus.
Ce que j'ai retenu de l'Angleterre, c'est mon approche à deux vitesses. Il y avait ceux qui étaient dans le moule, qui savaient ce qu'ils voulaient, et ceux qui naviguaient, c'était pas mal mais ils ne sont pas dans une démarche d'entraînement.
Il ne faut pas les oublier, ils sont nombreux dans nos clubs, et pour moi, il faudrait deux vitesses.
Ce n'est pas parce qu'on n'est pas au pôle qu'on ne va pas réussir !
D'où le Mind-Mapping !
Je suis un maillon du parcours des athlètes que j'ai pu accompagner, et je reste en contact avec eux, différemment.
Je ne me considère pas comme détecteur de talent, mais j'ai ma philosophie d'entraîneur : accompagner peu importe le niveau.
Vous pouvez contacter Claudine Le Roux sur son compte Linkedin.
Interview : Franck Le Moel
Retrouvez tout sur Franck Le Moel. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Franck Le Moel fin février 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Franck Le Moel : Écoute ça va très très bien, on revient d'une séance là, on profite d'une semaine de récupération avec d'attaquer la saison de compétitions.
Les Secrets du Kayak : Tu as commencé le kayak très tôt grâce à ton père, qui était athlète international en pirogue, il y a 20 ans. C'est bien ça ?
Franck Le Moel : Oui il faisait un peu de kayak, comme ça, à Guingamp en Bretagne, avec son frère dans des bateaux en fibre de verre.
Puis il a fait de la pirogue dans son coin, et il a fait parti des premières équipes de France.
C'est lui qui m'a initié très jeune, à huit ou neuf ans, avec mon frère de six ans.
On pratiquait un peu pendant les vacances en Bretagne, sinon dans l'Oise.
Je ne faisais pas parti d'un club.
Au départ, nous étions dans le Val-d'Oise au nord de la banlieue Parisienne.
Il nous avait acheté nos premiers kayaks d'initiation, et on s’entraînait à Cergy.
Puis il s'est fabriqué le sien, du coup on pratiquait à trois, sur le lac de Cergy.
Au début c'était pour s'amuser, pour évacuer mon énergie.
J'adorais me défoncer à l'entraînement.
Tu sais ce que c'est quand on commence le kayak de course en ligne, nous on essayait déjà de tenir dedans.
Et après le but était de pouvoir suivre notre père.
J'ai commencé directement dans un kayak de course en ligne, plus stable que ceux que j'ai actuellement.
Je n'ai jamais vraiment fait d'autres disciplines.
J'ai fait que très peu de descente ou de slaloms, mais j'ai fait du kayak de mer aussi.
Les Secrets du Kayak : Vient ensuite l'inscription en club, puis la première compétition ?
Franck Le Moel : Ma première licence devait être au club de Cergy, je ne me souviens pas de la date.
Le but s'était de s’entraîner à trois, mais mon père a pris des licences pour qu'on puisse participer à des compétitions.
On était très loin de l'esprit club.
Je me souviens des premières compétitions oui, c'était pas mal de stress, l'envie de gagner !
La première ça devait être à Vaires-sur-Marne : une course de 200m, j'ai du m'arrêter à 180m, je cherchais mon père du regard pour dire "c'est quand l'arrivée" ?
Du coup je me suis fait doubler, je n'étais pas sur le podium. J'avais 9 ans je crois.
J'ai toujours voulu bien faire, et très jeune j'ai vu que j'avais ces qualités de sprints.
La compétition la plus importante dans mes souvenirs c'était "les régates de l’espoir", c'était les championnats de France pour les plus jeunes, les minimes vers 13-14 ans.
J'avais fait quatrième en 500m et troisième en 500m biplace.
C'était à Vichy en 2004 ou 2006, je ne sais plus.
Les Secrets du Kayak : Comment était l’entraînement à cette époque ?
Franck Le Moel : Faire de la préparation physique globale je détestais, mon père me forçait un peu à en faire et du footing le soir après l'école.
Il nous apprenait aussi à faire un peu de musculation au poids de corps : traction, pompe, gainage, abdos, tranquillement.
Le mercredi après midi, il nous emmenait à Cergy, et le samedi aussi, et parfois le Dimanche.
C'était un rythme comme celui du club mais c'était pas voulu, on suivait le rythme scolaire.
Les Secrets du Kayak : Donc tu t’entraînais tous les jours en comptant la PPG?
Franck Le Moel : Pas tous les jours à 9 ans, mais oui on s’entraînait régulièrement.
Surtout dès que j'ai voulu rentrer en pôle espoir, j'étais au lycée.
A partir de là, j'ai commencé à m’entraîner plusieurs fois par jour.
Pour passer les tests de sport étude à Caen, j'étais moins entraîné que les autres.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as rejoins un club pour rentrer en sport étude, ou est-ce que tu t'es toujours entraîné avec ton père?
Franck Le Moel : Je suis passé par plusieurs clubs au grès des déménagements, je suivais mon père dans ses clubs de pirogue.
J'ai eu une licence auprès de La baie des Phoques dans la Somme, une autre dans un club en Picardie.
Le club dans lequel j'ai commencé c'était à Champigny-Sur-Marne, pas très loin de chez moi.
J'y ai fait mes premières compétitions, mes premiers championnats de France en Minimes. Premières médailles. Et j'ai vite rejoins le club de Mantes-la-Jolie en septembre 2006, pour la saison 2007.
On cherchait le meilleur club de course en ligne de la région quitte à faire 45 minutes de route pour visiter le club.
J'en ai un super souvenir. Il y avait Medy Bédée à cette époque là.
C'était tout nouveau pour moi qui ne connaissait pas l'ambiance d'un club, ça m'a plu et tu vois aujourd'hui je suis toujours au club de Mantes-la-Jolie, et j'y resterai jusqu'à la fin de ma carrière.
Les Secrets du Kayak : Avais-tu déjà l'esprit de compétition ?
Franck Le Moel : Je ne me suis jamais dit que je ferai les Jeux olympiques, du moins pas à 9 ans.
Ce n'était vraiment qu'une histoire familiale, se donner à fond avec mon père.
La compétition est venue après.
J'allais aux compétitions pour lesquelles mon père m'inscrivais, sans trop savoir ce qu'il se passait.
Je voulais gagner celles auxquelles j'étais inscrit, mais je n'avais pas de vision à long terme.
Je n'avais pas de modèle, de personne qui suivait le parcours fédéral avec la structure club.
C'est arrivé tard, lorsque j'étais en pôle espoir.
C'est là que j'ai compris qu'il fallait performer sur les compétitions pour entrer en équipe de France, puis championnat d'Europe, puis championnat du Monde, et après les Jeux olympiques.
Les Secrets du Kayak : Après avoir terminé troisième et quatrième aux régates de l'espoir, tu décides de rentrer en pôle espoir ?
Franck Le Moel : Non, un peu plus tard quand j'ai fait quatrième sur le 500m monoplace ça m'avait frustré. Je n'avais pas eu ma médaille !
C'est venu de là, à ce moment j'ai su que je voulais gagner, être premier, être sur les podiums.
C'est venu en intégrant le club de Mantes.
Et après c'est Medy qui m'as expliqué que je pouvais entrer en sport étude : un aménagement avec l'école, entraînement le matin avant les cours et le soir après les cours.
On s'est challengé avec des amis pour passer les tests.
On voulait tous les trois rentrer en première en sport étude, trouver un structure avec toute la préparation nécessaire : Benjamin Tournade, Pierre Bailleul et Félicien Divry.
Les tests étaient complets. Ça se passait à Saint-Laurent-Blangy, à l'époque.
Test de souplesse, maximum de pompes, maximum de tractions, explosivité, maximum de corde à sauter, un 2000m, un 200m, de la course à pied…
Au final j'ai été pris avec Pierre Bailleul en première, sur le pôle espoir de Caen en Normandie.
Lors de l'entretien tu pouvais émettre des souhaits, les justifier, mais ça dépendait aussi de ta situation géographique.
Mantes-la-Jolie était assez près de Caen, et à l'époque c'était l'établissement qui avait la meilleure réputation à la fois pour la partie scolaire et sportive.
Hervé Duhamel était l’entraîneur de l'époque.
Les Secrets du Kayak : Comment ça s'est passé ?
Franck Le Moel : Ça été la découverte du haut-niveau.
J'avais 16-17 ans, j'ai du partir dans une nouvelle région, je découvre le pensionnat.
On était des centaines d'élèves et pas que des sportifs.
C'était avant tout un lycée classique, qui intégrait des classes sportives : judo, hand-ball et encore d'autres athlètes.
C'était vraiment bien !
Dur au début, j'ai du encaisser les entraînements structurés, deux fois par jour.
La charge était plus lourde que ce que je pratiquais avec mon père.
Passé le temps d'adaptation avec des hauts et des bas : je pense que j'étais pas mal stressé jusqu'à mes 18 ans.
Il y avait la sélection de l'équipe de France de junior 2, dernière chance de rentrer dans l'équipe de France chez les jeunes, à la fin du pôle espoir.
J'ai eu un déclic : j'avais fait un 1000m que j'avais foiré complet, et après j'avais un 500m où j’étais pas trop mal, mais insuffisant.
J'étais classé huitième et seul les six premiers étaient pris en équipe de France.
Je me souviens, il y avait un athlète qui était encore derrière moi au 1000m, qui s'est rattrapé au 500m et qui a été sélectionné.
Ça m'a appris que rien n'était joué, que ça ne servait à rien de stresser.
Ça s'était passé à Mantes-la-Jolie.
Deux jours après il y a eu les inter-régions, une compétition avec la région Nord.
Et j'ai du battre tous ceux qui avaient été sélectionnés en équipe de France deux jours avant.
C'est là que je me suis rendu compte que je stressais pour rien.
Je me suis senti libéré, j'étais capable de gagner !
A la fin de cette année là il y avait les championnats de France, c'était la fin de ma saison puisque je ne faisais pas d'autres championnats.
J'ai fait vice-champion de France. Je m'étais bien libéré de tout ce stress qui t'empêche de gagner.
Les Secrets du Kayak : Tu poursuis les études ensuite ?
Franck Le Moel : J'ai eu mon Bac, donc évidemment tu quittes le lycée et le pensionnat.
J'ai voulu rester à Caen, j'ai passé un DUT technique de commercialisation.
Je voulais profiter de la structure du pôle espoir qui me restait accessible malgré mon âge.
Il y avait Sébastien Jouve qui s'y entraînait, Jeremy Candy, on était plusieurs à vouloir profiter du canal, de la structure pour s’entraîner.
J'ai passé mon DUT, et là je suis tout seul, ce sont des études assez lourdes.
Beaucoup de cours, pas d'aménagement pour l'entraînement à l'époque pour cette filière.
J'ai mon appartement étudiant, je n’ai que très peu de moyens financiers.
J'allais aux entraînements à vélo, sachant que je vivais en haut d'une importante pente.
Je m’entraînais tout seul après les cours.
Au bout de deux ans, je me suis questionné !
Je n'étais toujours pas en équipe de France de moins de 23 ans : qu'est ce que je fais ?
Je quitte Caen pour aller vivre à Mantes-la-Jolie, où je n'avais jamais vécu finalement.
Je continue le Kayak mais différemment, 100% tout seul et à l'instinct.
Donc je quitte le coté structuré de l'entraînement club.
C'était flou mais j'ai toujours fonctionné à l'instinct.
J'ai fait une licence « chargé d'affaire en ventre de solution durable » en alternance à Saint-Germain-en-Laye.
La moitié du temps j'étais à l'école, l'autre moitié en entreprise, en négoce. J'ai passé de super années !
J'ai fait de la musculation exclusivement pendant 4 mois. Ça m'a permis de réduire un déficit physique que j'avais, et de rattraper un retard important par rapport aux autres.
Aucun entraînement de kayak pendant quatre mois. Je me sentais bien comme ça.
Au printemps, je suis remonté sur le bateau en calquant les entraînements sur de l'athlétisme et sur le sprint, c'était en 2012 année de ma Licence.
Et là je me sélectionne pour l'équipe de France.
J'ai fait des séances d'entraînement très techniques et beaucoup de sprints toujours à la sensation.
Je fait premier en moins de 23 ans. C'était les sélections olympiques, je fait sixième au général.
Je n'en revenais pas !
Je n'avais aucune prétention, je suis arrivé aux sélections avec zéro pression et j'ai claqué des scores de dingue.
Je suis arrivé sur ma première saison comme ça.
J'étais très fier, comme mon père et comme le club.
Après pour les moins de 23 ans, il n'y avait que le Championnat d'Europe.
J'ai pris une correction, j'ai fait dix-huitième au Portugal.
J'avais 21 ans en 2012 et j'ai découvert petit à petit le haut niveau, les compétitions internationales, ce qu'était l'ambiance au sein de l'équipe de France. Ça m'a plu et je voulait faire mieux.
Comme le disait Hervé Duhamel il y a deux types de personne : "ceux qui veulent gagner et ceux qui ont peur de perdre. Ceux qui ont peur de perdre, ils vont perdre, et ceux qui veulent gagner, peut être qu'ils vont gagner."
Avoir envie de gagner, ça m'a aidé par la suite clairement.
Il me restait encore deux ans dans la catégorie des moins de 23 ans. Et j'ai gagné les deux années suivantes.
Les Secrets du Kayak : Toujours en t’entraînant à l'instinct ?
Franck Le Moel : Non, j'ai découvert ce que c'était que les entraînements en équipe de France
C'est Claudine Leroux qui me supervisait à cette époque. Une femme très importante dans ma carrière, que je salue, et que je remercierai toujours.
Elle entraînait sur le pôle France à Rennes.
Elle avait une approche très qualitative et très à l'écoute, elle s'adaptait beaucoup.
Je voulais m’entraînait avec elle !
Moi on m'avait proposé le pole France dans la Marne. J'ai demandé à aller sur Rennes pour travailler avec elle. Ça été compliqué mais j'ai réussi à partir sur Rennes.
J'ai eu ma licence, je voulais poursuivre sur un Master.
Tous les concours pour les écoles étaient déjà passés ! Trop tard.
Puis je trouve une super école de commerce, c'était trop ambitieux pour poursuivre les ambitions kayak avec l'équipe de France.
Et puis ça coûte cher les écoles de commerce. Et en plus l'enseignement était exclusivement en anglais.
J'ai appelé, j'ai passé un entretien et des tests. J'ai bossé mon anglais tout le mois d'août.
Je n'étais pas le meilleur, mais je leur ai dit qu'ils pouvaient compter sur moi pour me rattraper et tout donner : il m'ont accepté sur motivation !
Ils me rappellent pour me dire que je commence dans deux semaines : je n'ai pas de logement et à Rennes il me reste ma dernière semaine de cours en Licence.
C'est Guillaume Burger à l'époque qui m'a hébergé gracieusement avec tout mon bazar, il s’entraînait aussi sur le pôle France de Rennes à l'époque. Je le remercie au passage.
Et voilà j'intègre un pole France pour la première fois de ma vie.
Les Secrets du Kayak : Et comment c'était cette expérience de pôle France?
Franck Le Moel : Un cran au dessus du pôle espoir.
J'avais un déficit non pas musculaire, mais de foncier.
Je n'avais pas autant de caisse que les autres !
Donc j'ai travaillé dessus pendant ma première année, de Master en fait. J'avais repris le même rythme que pour intégrer l'équipe de France, je me levais tôt le matin, je rentrais tard le soir.
C'était l'année des championnats du monde de moins de 23 ans en 2013.
Pour la première fois je rentre en finale, je fais septième en 200m.
Après j'ai été pris au championnat du Monde, j'avais loupé la finale à une place et je gagne la finale B ensuite.
Du coup belle progression par rapport à ma place de dix-huitième au championnat d'Europe. L'année suivante, la dernière année de mon Master, il me fallait trouver un stage en entreprise de six mois. Compliqué pour un sportif !
Lors d'un entraînement à Rennes, un entrepreneur vient pour tester une caméra qui te suivait automatiquement : tu portes un bracelet, alors que la caméra est posée sur un trépied et elle te suit automatiquement.
Le marché visé était celui des sportifs, ça m'a plu, ils étaient basés à Brest. Donc à 3heures de route de Rennes.
Je leur ai demandé s'ils cherchaient un stagiaire. Ça les a intéressé, leur marketing naissait tout juste. J'ai encore marché à l'instinct !
J'ai négocié avec lui, je faisais deux jours à Brest, et le reste du temps à Rennes. C'était compliqué de faire de la course en ligne à Brest, et c'est là où j'ai fait du kayak de mer.
Avec mon camarade Bruce J. on s’entraînait à 7h le matin, et le soir. On s'est motivé à deux, les entraînements de nuit dans la mer de Brest après le boulot.
Et ça m'a énormément apporté en course en ligne.
Dans l'approche du mouvement, de la glisse, tu utilises beaucoup moins les jambes, ton gainage doit être très solide.
Tu dois t'adapter sans cesse aux vagues, qui sont importantes.
Mon avancement de bateau est devenu intéressant par la suite.
Donc en 2014, c'était ma dernière année chez les moins de 23 ans.
Je suis repris en équipe de France : je gagne à nouveau.
Et il y avait les championnats d'Europe à Mantes-la-Jolie donc dans mon club : improbable !
J'étais en K1 200m et en K2 avec Guillaume le Floc.
Et on fait la médaille de Bronze, la première médaille internationale pour moi et pour lui sur un événement majeur.
Et j'avais fait cinquième en K1.
J'ai une évolution lente mais assez constante au final.
Après au championnat du Monde, j'ai fait septième pour le première fois en monoplace.
Et ensuite je suis allé sur le pole France de l'INSEP.
Les Secrets du Kayak : Tu as toujours eu en tête de faire du 200m ?
Franck Le Moel : C'était ma qualité première, le sprint.
Au fil du temps elle a évoluée, je ne suis pas mauvais sur le 500m, notamment dans les équipages, en 4 places, bateau que j'affectionne.
Le K4 500m m’intéresse d'avantage actuellement, d'ailleurs en 2018, on rentre en finale sur le kayak 4 places sur 500m et on fait sixième.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi finalement l'INSEP et Vaires-sur-Marne alors que tu ne voulais pas y aller à la base ?
Franck Le Moel : Claudine m'y a poussé, j'avais d'autres choses à découvrir, d'autres choses qui pouvaient m'apporter que du mieux.
Donc nouveau changement de vie.
J'ai eu mon Master donc je déménage dans la région parisienne.
Plus tu travailles moins tu peux t’entraîner, mais du coup tu gagnes de l'argent, et plus tu t’entraînes, moins tu peux travailler et donc là tu as des soucis financiers.
En 2015, je dormais dans l'INSEP, ça coûtait une blinde, il fallait payer au trimestre.
C'était dur, horrible !
J'ai trouvé un petit job à Décathlon au rayon montagne, sur un contrat de 10h. Je n'ai pas aimé.
Tu ne gagnes pas assez pour un loyer, ni pour manger, ni pour payer l’essence.
Il fallait que je m’entraîne.
Impossible de trouver un travail qui t'arrange, où on te comprends, il y a des métiers où c'est juste pas possible.
François During, mon entraîneur pensait que je bossais 60h par semaine, mentalement c'était pareil. J'y allais à reculons, j'avais un gros soucis d'argent, je ne savais plus quoi faire.
Je suis allé à mon club de Mantes-la-Jolie qui était aussi un club omnisports assez conséquent.
J'y suis allé au culot : j'ai étalé mon CV et leur ai fait la liste des besoin du club de mon point de vue d'adhérent, ça c'est bien passé.
Ils ont créé mon poste, je me suis débrouillé pour remplir mes missions. Du coup j'étais sur place pour m’entraîner.
Je me suis entraîné tout seul à nouveau. Mais je pouvais partir de temps en temps à Vaires-sur-Marne pour m’entraîner avec François During.
J'étais donc devenu chargé de communication et de partenariat, responsable de la communication de tout le club. Il y a beaucoup de travail avec autant d’adhérents. Et j'y suis toujours.
Les horaires étaient bien définis, je ne m'entraînais pas toujours seul.
Majid Jabbour et Benjamin Tournade des amis et personnes importantes pour moi.
Majid s’entraînait à fond pour participer aux Jeux avec l'équipe marocaine car il avait la double nationalité.
On s’entraînait à trois, deux fois par jour.
J'étais mieux payé. Je pouvais arranger mes heures. Je pouvais payer mon loyer, manger.
J'étais serein !
Les Secrets du Kayak : Pendant longtemps tu as fait des vidéos sur Youtube, j'ai beaucoup aimé ce contenu lors de mes premières recherches sur la discipline, dommage que tu aies arrêté !
Franck Le Moel : Pour combler les temps morts en compétition, je me suis mis à faire des photos des autres.
Ça rendait service à tout le monde. Je prenais des photos, des vidéos.
Je combattais le stress de l'attente entre deux épreuves.
J'aime bien, je continue encore aujourd'hui. Et ça permet de partager avec les amis, la famille...
Après j'ai perdu un peu l'habitude des vidéos youtube par rapport aux autres canaux de communication que sont facebook et compagnies.
Les Secrets du Kayak : Je me souviens d'une vidéo faite sur un stage à Dubaï non ?
Franck Le Moel : A Abou Dabhi, c'était un premier stage senior en 2015.
Après ma médaille de championnat d'Europe, c'était mon premier stage avec les grands.
C'était un super endroit mais on ne l'a pas renouvelé ensuite car d'une part ça coûtait trop cher, et d'autre part le loueur de kayak sur place a cessé son activité.
Encore un moment unique dans ma vie, des gars super forts. J'en ai vraiment bavé !
Les Secrets du Kayak : C'est grâce à cette vidéo entre autre que tu trouves ton sponsor Beautysané ?
Franck Le Moel : J'ai plusieurs partenaires, Beautysané c'est un partenaire de compléments alimentaires qui m'accompagne depuis 2016.
J'avais une hernie discale à l'époque suite à une erreur en finale de coupe du Monde où je fait deuxième, et après repos pendant 4 mois.
Puis de la rééducation. On a tout repris jusqu'à comment j'étais assis dans mon bateau.
C'est le kiné qui a réussi à me sponsoriser avec Beautysané.
Au final, mes connaissances étaient insuffisantes dans les bienfaits des micro nutriments. Aujourd'hui je fais attention à varier les plats, à me supplémenter.
La nutrition c'est ton carburant mais ce n'est pas que ça.
Les Secrets du Kayak : Qu'est ce que tu as changé techniquement suite à cette hernie ?
Franck Le Moel : J'ai changé mon siège qui au final bloquait mon bas de dos, pour un siège plus plat qui permet de favoriser mon gainage et ma transmission plutôt que me tasser sur une vertèbre.
Encore une opportunité d'apprendre de ses erreurs pour progresser.
Mon gainage était bon sauf au niveau des jambes.
Très attentif aux étirements, au sommeil !
Dans mon parcours il y a eu très peu de place au sommeil, je ne recommande pas de suivre cet exemple.
Je me suis déjà endormi au volant tellement je dormais peu (époque de ma Licence).
Donc pas beaucoup de place pour la récupération. Ça m'arrive de faire sauter une séance si je suis trop fatigué. Pour moi c'est mieux que de se faire mal.
Aujourd'hui, je n'ai pas tant de séquelles de ma hernie.
Juste une inversion de courbure au milieu du dos. Donc mon dos n'amortit pas comme celui des autres athlètes.
Je sais que je dois faire attention, faire des étirements, tous les soirs 15-20 minutes de la chaîne inférieure et du dos.
Les Secrets du Kayak : Tu as mis combien de temps à revenir au niveau après te hernie ?
Franck Le Moel : Je loupe en 2016 les championnats K2.
Quatre mois sans aucun effort, j'ai perdu le peu de muscle que j'avais.
Quand j'ai repris, c'était douloureux.
C'est compliqué pendant plusieurs mois, et d'un coup ça revient.
Tout revient : le musculaire, la gestuelle, la technique.
En 2017, je fais ma première sélection officielle en équipe de France en senior, suivie de mon premier championnat du Monde senior en 2017 en K2 200m.
L'année suivante je passe sur un bateau olympique, le K4 500m on rentre en finale avec la sixième place.
Les Secrets du Kayak : Pendant tout ce temps donc tu t’entraînes à Mantes-la-Jolie et à Vaires-sur-Marne ?
Franck Le Moel : Jusqu'en 2018 à Mantes-la-Jolie avec quelques entraînements à Vaires-sur-Marne.
Et ensuite j'ai demandé à mon employeur de me laisser travailler à distance.
Ainsi j'ai pu partir à Vaires-sur-Marne. J'ai de la chance d'avoir un employeur qui me fait confiance.
En 2019, on prépare les sélections pour les Jeux.
Ma place est à l'avant du bateau, donc tu es responsable de l'embarcation. J'ai prouvé ma valeur.
J'étais certain que tout se passerait bien pour les sélections du championnat de France puis du Monde et pour la sélection des Jeux.
Et rien ne s'est passé comme prévu !
La semaine précédente, blessure du dos : je n'ai pas pu participer aux sélections de l'équipe de France.
Embarras chez les sélectionneurs, les équipiers.
Ils ont gagnés. Idem pour la coupe du monde, ils ont fait deuxième.
Et à la deuxième coupe du Monde, ils ont voulu réessayer avec moi.
Ça a créée des tensions de dingue dans l'équipe, ils ont dégagé un athlète du K4 entre les deux coupes du monde pour me mettre moi.
Sauf que moi je reviens de blessure, je n'ai pas pagayé pendant deux semaines, je suis nul !
On fait quatrième à quelques dixièmes de seconde du podium.
Du coup ils ont repris les athlètes de la première coupe du monde pour la sélection olymique.
J'ai regardé la course depuis les tribunes pour les championnats du Monde en Hongrie, et les voir faire la pire place : huitième !
Celle qui prive des Jeux Olympiques. Et aujourd'hui le K4 français n'est pas aux Jeux.
J'ai été spectateur de ça sans pouvoir rien faire, c'était très très dure, je l'ai très mal vécu.
Malgré tout aux championnats du monde, je fait quand même fait sixième en K2 200m avec Aurélien Le Gall, merci à lui !
Les Secrets du Kayak : Maxime Beaumont était trop loin devant sur le 200m ?
Franck Le Moel : Alors comme il n'y a plus le K4, l'équipe s'est scindée en deux.
Donc maintenant je vais chercher le 200m, les autres le 1000m.
Si je m'aligne c'est que j'ai de l'espoir, sans espoir j’arrête, ça sert à rien.
Donc je ne pense pas qu'il soit intouchable.
C'est un grand athlète, mais il n'est pas impossible à battre. Et je ne suis pas le seul à pouvoir prétendre à le battre !
Les Secrets du Kayak : J'ai vu que tu avais un ergomètre ?
Franck Le Moel : Avec le confinement, on a tous analysé la situation.
Personne n'était préparé, personne ne pouvait se préparer, on a tous réfléchit à quelle était la meilleure option : s'entraîner tout seul sur un lac dans la pampa ?
Certains se sont fait choper...
Ton stress, ta priorité c'est de t'entraîner, ne pas perdre ton niveau.
Moi je suis en appartement, pas de jardin, donc j'ai choisi de m’entraîner sur un ergomètre oui.
François During essayait de me faire les mêmes types de séances comme si de rien n'était, et moi je les faisais, en faisant super attention à la disposition pour ne pas taper les meubles.
Je faisais des séances de EB1.
En fait je connaissais déjà le principe de la machine à pagayer, j'en faisais le soir en rentrant de l'école avec mon père qui en avait une.
Comme toi j'ai rencontré des limites pour sprinter !
J'ai contacté le vendeur et je ne l'ai pas lâché, on traitait le problème en visio et il m'a envoyé une paire de poulies supplémentaires chose absolument pas prévue de base.
Du coup la corde était maintenue dans la pagaie, elle ne glissait plus.
Sur l'ergo, ce n'est pas la même longueur que sur l'eau, j'ai suivi les recommandation du constructeur pour avoir un équivalent.
Il faut toutefois que la pagaie soit assez grande pour avoir quasiment la même résistance que dans l'eau.
Pour la vitesse ce n'est pas précis.
Une DanSprint est plus précise pour ce paramètre que la KayakPro.
Les Secrets du Kayak : Tu disais être en 2m20 pour la pagaie ? Tu as quoi comme pagaie ?
Franck Le Moel : J'ai une Braca 2 Min en 2m20,5 pour une taille de 1,88m 80-82 kg.
Je suis un poids plume, je suis assez sec.
Le médecin m'alerte pour ne pas descendre en dessous.
J'ai un métabolisme qui pompe de l'énergie à fond. J'ai un taux de masse grasse à 6%
J'ai aucun contrôle dessus, je peux manger comme une oie, ça ne change rien.
Et mon bateau c'est un Nelo, ça fait très longtemps que je l'ai.
C'est un Sete, beaucoup restent en Cinco ; les deux sont très bons.
Il n'y a pas beaucoup de différence, par contre entre le 4 et le 5 la différence était flagrante.
Mais non entre le 5 et le 7 c'est très similaire.
Les Secrets du Kayak : Tu es fort en musculation ?
Franck Le Moel : J'ai un bon rapport de puissance.
Je ne suis pas à fond, ce n'est pas ma priorité.
Mon max en développé couché c'était 155kg pour 80kg de poids de corps. Et en tirage planche en calant les pieds j'ai fait 125 kg.
Je fait plutôt de l’haltérophilie. J'ai un préparateur physique dédié à ça depuis 3 saisons.
On varie beaucoup pour éviter de travailler toujours les mêmes segments.
Pour le bateau on recherche la puissance combiné à l'endurance, l'explosivité, la souplesse et la force.
Les Secrets du Kayak : Tu as pris goût aux séances d'aérobie via la course à pied par exemple ?
Franck Le Moel : La course à pied j'aime bien, tout seul pour courir à mon rythme.
Le ski aussi où je suis en seuil bas pendant 2h.
Mon erreur c'est de suivre des mecs qui n'ont pas le même rythme.
Je connais bien mes pulsations, pas besoin de cardio fréquence-mètre.
Je suis à 176 pulsations en max. Je fais plus à la sensation qu'à la ceinture cardio.
Le piège c'est de regarder sa montre et ne pas être focus sur ta séance et ton mouvement.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu fais de la méditation ?
Franck Le Moel : Oui depuis le confinement, avec l'application petit bambou.
Je n'en fais pas souvent mais c'est très intéressant pour vivre dans le moment présent, laisser passer les éléments négatifs, ne pas laisser son esprit divaguer.
Ça m'a aidé à me focaliser sur des éléments positifs pour ne pas stresser et penser au négatif.
En ce moment, je travaille avec un psychologue, pour régler des choses perso mais aussi travailler sur moi, des manières de penser, avec une personne réelle et non pas une application.
Le but est de me préparer aux Jeux sereinement, j'essaye une nouvelle approche.
Les Secrets du Kayak : Quels sont tes points faibles en technique ?
Franck Le Moel : J'en ai un tas !
Je peux me crisper et perdre mon allonge donc l'efficacité, me baisser un peu trop et dégager un peu de retard, être un peu trop loin derrière.
Après ce sont des points physiques sur lesquels je ne suis pas le meilleur.
Et puis ça peut varier, je m'améliore et je galère sur d'autres points, mais l’entraîneur est la pour t'avertir.
Les Secrets du Kayak : Étant sprinter , tu as beaucoup de séances EB1 EB2 et pas que de l'intensité ?
Franck Le Moel : Les séances de sprint sont minoritaires mais ça dépend aussi de la période de l'année, en hiver il n'y en a pas trop tu fais du foncier.
Mais le kayak c'est surtout de l'EB1, je le privilégie à des seuils bas pour la technique le travail respiratoire.
Ça sert à enchaîner les compétitions sans te cramer.
Les Secrets du Kayak : On est en 2021, les Jeux approchent. Il y a moyen de rattraper le K4 500m avec les rattrapages continentaux ?
Franck Le Moel : S'il y a un K4 en gros, ce ne sera pas par les rattrapages.
La seule manière c'est que des gars de projets différents se sélectionnent, se regroupent pour former un K4.
C'est très particulier à expliquer. C'est de la bidouille.
Donc si je veux participer aux Jeux, ce sera par le K1 200m.
Nous sommes plusieurs sur le coup, que le meilleur gagne !
Vous pouvez retrouver Franck Le Moel sur son compte instagram.
Interview : Amandine Lhote
Retrouvez tout sur Amandine Lhote. Comment a-t-elle débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-elle pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Amandine Lhote en février 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Amandine Lhote : Ça va très très bien !
Les Secrets du Kayak : Raconte nous ton parcours. Quel est ton premier souvenir de kayak ?
Amandine Lhote : Mon premier souvenir de kayak, c'est lors d'une séance à l'école primaire à Cambrai.
C'était une sortie découverte et j'avais galéré et tourné en rond.
Je me suis dit « c'est pas facile comme discipline, donc ça me plaît ! »
Les sports aquatiques m'ont toujours attiré, je faisais de la natation synchronisée avant.
En entrant au collège, il fallait choisir une section sportive et j'avais choisi ça.
En sixième, c'était une section sportive donc on avait kayak le mardi soir et le vendredi soir.
Au passage en cinquième, tu devenais automatiquement membre au club de Cambrai.
L'inscription au club ajoutait une séance le mercredi après-midi et le samedi après-midi comme dans tous les clubs.
J'en rigole maintenant, mais j'étais complètement nulle !
Je crois sincèrement détenir le record de baignade du club tellement j'étais nulle.
Mon président me suivait avec un kayak de mer prêt à me repêcher tous les dix mètres dans le canal.
Je pouvais me baigner dix fois par séance, un calvaire !
Mon entraîneur de club en était venu à dire à mes parents : « Amandine n'est pas faite pour la compétition, elle ne fera que du loisir... »
En section sportive, on a fait slalom et course en ligne.
Au début la course en ligne c'est sympa, c'est par la suite que ça se complique.
Lorsque tu commences à passer sur un Joker, un Orion... ça a été la galère totale.
Ils ont vraiment eu de la patience au club avec moi.
C'est en course en ligne où j'ai vraiment vraiment galéré.
Les Secrets du Kayak : Malgré tout c'est en course en ligne que tu as percé, étonnant non ?
Amandine Lhote : J'avais un bon physique avec seulement des débuts de musculation au poids du corps.
Une fois que j'ai acquis la stabilité, ensuite tout s'est débloqué et tout est allé vite : en cadette j'intègre l'équipe de France, en cadette 2 je gagne les sélections équipe de France, j'intègre l'équipe junior et tout s’enchaîne bien.
Cadette, tu es en fin de collège.
J'ai fait deux années en minimes où j'étais très mauvaise au point de naviguer sans siège pour être plus basse et donc plus stable dans le bateau.
J'ai navigué avec siège en cadette 1 lorsque j'ai enfin été stable.
Dès que j'étais stable, depuis cadette j'ai commencé à m'entraîner tous les jours après les cours.
Les Secrets du Kayak : Comment reste-on motivé quand on tombe autant à l'eau ?
Amandine Lhote : Mes parents m'ont un peu forcé à ne pas abandonner, et moi même ça me dérangeait d'être en échec.
J'ai persévéré, je me suis accroché et ça a finit par payer un jour, heureusement !
La stabilité est venue vraiment d'un coup, il n'y a pas de secret : il faut pratiquer pratiquer et pratiquer, ça finit par venir.
Après certains peuvent être naturellement doués, moi clairement je ne l'étais pas.
Après des milliers de baignades mon heure était enfin venue.
On me mettait une mousse épaisse sous les fesses mais tu es fixe, impossible de bouger.
C'est pas trop gênant en minime, mais il fallait vraiment que je devienne stable à partir de cadette.
On s’entraînait pour tout car en cadette on avait les tests : 200m, 2000m, musculation et course à pied.
Les piges c'était 500m et 1000m, il fallait être fort sur les deux et j'avais une préférence pour le 1000.
J'adorais le 1000m et il me le rendait bien car j'y étais performante.
Les Secrets du Kayak : Quels objectifs on se fixe lorsqu'on intègre l'équipe de France ? Rêve-t-on déjà de Jeux ?
Amandine Lhote : Au club, on était très axé performance avec notre entraîneur Michel Richard, les séances étaient très sérieuses, on était vraiment dedans.
J'ai toujours été projeté dans un projet de performance dès cadette donc tout en restant jeune.
Je ne me suis jamais dit à cette époque : je veux être championne du monde, non.
Les Secrets du Kayak : Un souvenir de ta première compétition internationale ?
Amandine Lhote : C'était une régate internationale.
J'étais alignée avec des filles d'autres pays, c'était impressionnant mais j'étais à ma place, j'étais formatée pour ça en quelque sorte.
Je n'ai pas souvenir d'avoir eu peur, l'objectif était de gagner.
Je faisais du K2 avec Camille T. On n'était pas hyper au point, j'avais été un peu déçue mais bon c'était les débuts.
Après lors de ma première année, j'ai fait les championnats d'Europe à Zagreb en K4 avec Juliette Jenicot, Angélique Thery et Aurore Dessalle.
J'étais à l'avant du K4 et là pour le coup, j'avais la pression car c'est toi qui donne le rythme, j'étais la plus jeune.
C'était génial, là je me suis dit c'est parti je veux performer et faire des compétitions.
Les Secrets du Kayak : J'ai l'impression que pour beaucoup, le kayak de course en ligne est passé par de l'équipage avant d'être à un moment peut-être une pratique solo, vrai ?
Amandine Lhote : Oui, l'équipage c'est génial et ça révèle parfois des athlètes qui seuls ne sont pas forcément bons mais en équipage deviennent très performant.
Malheureusement, on sélectionne toujours sur du monoplace et on peut parfois passer à coté d'athlètes qui sont biens meilleurs en équipage.
Les Secrets du Kayak : As tu eu une scolarité aménagée ?
Amandine Lhote : Non pas du tout, jusqu'en terminale j'allais m’entraîner après les cours. Je n'étais pas en pole.
Je ne pouvais donc m’entraîner qu'une fois par jour, sauf pendant les vacances scolaires évidemment.
Après le BAC, je suis partie à Dijon pour entrer en école de kiné mais je n'ai pas réussi donc je suis entrée en première année de médecine.
Kayak de haut niveau et médecine, ce n'est pas du tout compatible et j'ai fini par abandonner.
J'ai ensuite rejoint Nancy au pole France. J'ai passé le BPJEPS AGFF au Creps sur 2 ans.
J'ai toujours aspiré à un métier au contact du sport, en m'intéressant au BPJEPS, je me suis dit que ça me correspondait. C'était ma voie, je voulais transmettre ma passion de pratiquer le sport.
On a quitté le pole espoir de Dijon car petit à petit le gros groupe d'athlètes s'est dissout.
Le directeur équipe de France de l'époque nous a suggéré de partir sur un pole France : Nancy, Paris, Rennes ou Toulouse.
On a choisi Nancy pour ne pas trop s'éloigner de la famille et aussi car le fils de mon entraîneur de Cambrai enseignait justement là bas.
Les Secrets du Kayak : Ça marchait bien le kayak pour toi à cette époque ?
Amandine Lhote : Je suis arrivée en 2008.
Non ça n'allait pas fort... c'était ma dernière année en -23 ans.
Un mois avant l'échéance terminale, j'étais en stage avec le club de Nevers et je me lève un matin avec le ventre « décalé », j'avais un gros problème de dos.
Je n'ai pas pu courir les championnats de France de vitesse, un professionnel de santé m'avait déconseillé de forcer.
J'étais dans l'incertitude de courir les championnats d’Europe ou pas ; je les ai quand même couru.
Mais suite à ça, à la rentrée, le staff m'a dit que je n'étais plus une valeur sûre, qu'il valait mieux que j'arrête.
Ça a été très très dur !
Et je ne savais toujours pas quel était mon problème de santé, on ne trouvait pas la cause.
Le plus dur à accepter, a été qu'on avait décidé à ma place que je devais arrêter, ce n'était pas ma décision.
Heureusement que j'avais le BPJEPS à coté.
Je naviguais désormais pour le loisir ; j'ai arrêté l'international, j'ai continué seulement au niveau national.
J'ai enfin su ce que j'avais comme problème au dos en 2013, 4 ans après...
Mon rythme d’entraînement descend à deux fois par semaine, je fais de l'équipage avec les copines, et je fais quelques compétitions nationales.
C'est le fitness qui m'a sauvé !
D'enseigner, de donner des cours en salle à côté m'a tenu occupée d'une part, et d'autre part m'a redonné une condition physique qui m'a permis de revenir au niveau.
J'avais alors moins mal au dos. Le fitness m'avait redonné un équilibre musculaire plus sain.
Les Secrets du Kayak : Comment as-tu trouvé la solution en 2013 ?
Amandine Lhote : Je consulte un médecin du sport de l'équipe professionnelle de football de Nancy.
A l'IRM, il a remarqué un disque complètement écrasé et qui sortait vers l'avant du corps, un autre plus bas également complètement écrasé au niveau lombaire et un kyste dans le disque.
Tout s'est usé.
La pose de ce diagnostic m'a enfin libéré, j'ai été soulagée de savoir.
Auparavant, les autres spécialistes n'avaient rien vu, tout le monde était passé à coté : « vous êtes lombalgique à vie » voilà ce qu'on m'avait dit...
Merci au fitness encore une fois, qui je pense m'a aidé à supporter tout ça.
J'ai fait deux infiltrations sans effet car le disque sort vers l'avant et le médecin m'avait dit il faut du renforcement pour ne pas que ça s'aggrave.
Le fitness m'a apporté un bon maintient, un rééquilibre.
Les étirements sont aussi indispensables, maintenant je les fais avec plaisir car ils me font du bien.
Les Secrets du Kayak : Ensuite donc la reprise à fond ?
Amandine Lhote : Je m'y remets avant les championnats de France de vitesse, je fais 9ième de la finale en ne m’entraînant que 2 mois.
Mon fiancé Romain Marcaud était en équipe de France marathon de 2008 à 2013, champion d'Europe en K2, et vice champion du monde.
Tout ce temps même si je ne pratiquais plus, je suis resté au contact du haut niveau.
Romain était mon entraîneur de club, il a su me parler, me remotiver, ma reprise a été notre projet commun.
Être coaché par son conjoint c'est original mais ça fonctionne, on s'entend très bien, et on sait faire la part des choses entre la vie sur l'eau et la vie à la maison.
Même si je trouve que c'est difficile d’entraîner une fille, on ne peut pas parler aussi cash qu'avec un garçon je pense.
De 2008 à 2013, ce fut dur pour moi de vivre en dehors de l'eau, tout en restant dans le milieu à suivre Romain sur ses compétitions.
J'étais contente de partager ses émotions mais je m'étais faite à l'idée de tirer un trait sur le kayak, pour moi c'était fini à titre personnel.
Je n'avais plus l'espoir de revenir au haut niveau international, je restais dans les compétitions nationales avec les copines et ça m'allait bien finalement.
Je n'avais plus l'envie de faire du monoplace car je n'étais plus dans les premières places, alors que l'équipage c'était beaucoup plus sympa.
Les Secrets du Kayak : Des adaptations matériel à ta reprise ?
Amandine Lhote : Oui j'ai eu un siège tournant, indispensable pour que je puisse revenir.
C’est différent et donc difficile au début, il a fallu réapprendre un peu, mais sans ce siège tournant impossible de re-pagayer chaque jour.
On a moins de transmission au niveau des jambes mais une plus grande fluidité au niveau du dos, pas de pression et donc pas de douleurs.
Pour autant je ne suis pas retourné à la baignade, j'ai réussi à l'apprivoiser assez vite.
Pas d'autres changements techniques autre que ce siège.
Les Secrets du Kayak : Pour pouvoir reprendre le kayak à plein temps tu as mis ta carrière professionnelle en pause ?
Amandine Lhote : Non, je travaillais à temps plein et je m’entraînais en plus.
Je profitais de chaque coupure entre deux cours de fitness pour aller m’entraîner.
Je n'hésitais pas à me lever à 06h00 pour aller sur l'eau avant le travail, il fallait jongler.
Une fois que tu es sorti des listes haut-niveau, tu n'as plus de convention professionnelle pour adapter ton emploi du temps donc pas le choix.
Professeur de fitness est un métier actif, je n'ai jamais été aussi forte qu'à cette période où je cumulais avec beaucoup de kayak.
Je donnais entre 15 et 20h de cours en salle, et je faisais entre 12 et 15h d’entraînement sur l'eau.
A la reprise, j'avais une condition physique incroyable grâce à tout ces cours de fitness que je dispensais.
Les Secrets du Kayak : En moins d'une année tu reviens au top ?
Amandine Lhote : En 2013 je fais vice championne de France marathon, donc avec Romain on se dit que je vais tenter l'équipe de France marathon pour 2014.
Durant la préparation, je profite des sélections équipe de France de vitesse pour me tester voir où j'en suis en vitesse.
Je fais 5ième au général et me voilà sélectionnée en équipe de France de vitesse, c'était inattendu car pas du tout l'objectif que je visais du moins pas pour 2014 mais plutôt pour 2015.
Malgré qu'on était dans une prépa marathon, on bossait quand même les intensités donc je m'étais préparée pour le 500m mais sans repère.
De toute façon, le marathon tu bosses les intensités car finalement c'est que des accélérations et des relances, tu ne fais pas que du très long.
En bateau, d'une part j'avais déjà une bonne caisse aérobie et d'autre part je n'avais pas de grandes disponibilités horaires donc au maximum je faisais 15km, du basique.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi cette attirance pour le marathon ?
Amandine Lhote : En 2005, avec Julie Beugnet on fait 3ième au championnat du monde en junior au marathon.
Romain lui était sur le marathon donc j'étais toujours au contact du marathon.
Je me suis dit, je me lance là dessus et puis ça me fera un travail foncier pour revenir ensuite dans la vitesse.
C'était une bonne remise en jambes.
Les Secrets du Kayak : Combien d’entraîneur as-tu eu dans ta carrière ?
Amandine Lhote : Frédéric Humbert au pole espoir de Dijon.
Alban Richard à Nancy.
Et José Ruiz qui nous a toujours connu depuis qu'on est petit.
Puis Romain qui m'a ramené au haut-niveau.
Les Secrets du Kayak : Une bonne émulation à Nancy au niveau des filles ?
Amandine Lhote : C'est les garçons du club de Nancy qui m'ont ramené au haut-niveau, c'est avec eux que je m’entraînais !
Ça m'a rapidement tiré vers le haut car c'était très dur de les tenir sur l'eau, c'est en galérant qu'on progresse.
Les gars du pole, je n'arrivais pas à les tenir, ceux du club oui.
Kayak dame et canoë homme vont à peu près à la même vitesse donc j'ai pu me trouver de bons partenaires garçons pour m'accompagner dans mes séances.
Les Secrets du Kayak : Tu fais encore beaucoup de musculation pure à cette époque ?
Amandine Lhote : C'est toujours tirage planche et développé couché, avec les tests ça reste la base.
On fait beaucoup plus de gainage instable qu'avant, pas mal de TRX également maintenant.
A part ça, rien de révolutionnaire sur les ateliers de musculation.
Je n'ai pas cherché à faire d'avantage car j'aime suivre la planification telle qu'on me la donne.
Tout se complétait avec ma pratique personnelle du fitness.
Les Secrets du Kayak : Les Jeux en 2014, tu y pensais ?
Amandine Lhote : C'était dans ma tête oui ! Je visais Rio en vitesse, c'était prévu.
Mais je continue ce rythme effréné du kayak + vie professionnelle jusque l'échéance terminale de 2014 en Allemagne.
J'ai du prendre des congés sans solde pour partir en compétition, une année très compliquée.
En 2015, j'ai un aménagement, je bosse à 50% et grâce à ça je peux revenir à deux entraînements par jour.
Paradoxalement en 2015 je régresse ! Mon corps n'était plus habitué je pense.
Je donnais moins de cours de fitness, moins d'heures actives, je pense que ce n'était plus suffisant pour moi.
Moins de fitness, moins d'aérobie finalement ça ne me convenait pas si bien, mon corps avait besoin d'une dose d'un peu de tout, multi-activité en fait.
Quand je partais en stage équipe de France pour moi c'était de la récupération, car j'en faisais moins que dans mon quotidien.
Les Secrets du Kayak : En parlant de stage, ta vidéo au Maroc est chouette
Amandine Lhote : Là bas pour travailler la stabilité c'est top car des vagues il y en a !
C'était des supers stages là bas.
En K2, je me souviens qu'on avait coulé, imagine toi la vague tellement haute qu'elle passe dessus le bateau et nous coule, il a fallu dé-juper pour sortir du bateau qui coulait, improbable !
Le climat y est bon donc propice pour bien s’entraîner, tu es dans un bon cadre.
Les Secrets du Kayak : A ta reprise, quelle hygiène de vie ?
Amandine Lhote : Pas d'alimentation stricte, je mangeais sainement tout simplement.
2015-2016, la cryothérapie m'a beaucoup aidé, vraiment.
C'était en chambres froides, la première à -60° et la seconde à -110°, c'est magique pour la récup.
Limite dangereux car en effaçant les courbatures tu peux tomber dans le piège de bombarder à nouveau à l'entraînement dès le lendemain.
Même si musculairement tu as récupéré, ce n'est pas le cas de ta récupération nerveuse.
Je ne faisais pas kiné particulière pour mon dos, je me gérais seule.
La préparation mentale oui, ça m'a aidé, à raison d'une fois par semaine à Nancy après les Jeux notamment. Une grosse aide cette préparation mentale pour débloquer au niveau psychologique.
Les Secrets du Kayak : Parle nous de ton matériel.
Amandine Lhote : Toutes les filles ne sont pas en Plastex, moi j'étais en Nelo Cinco. Je n'ai jamais essayé Plastex.
Flash-back en cadette 1, je suis médaillé aux championnats de France de vitesse et Michel mon entraîneur avait acheté un Nelo Scorpion.
Ce bateau me faisait rêver je me souviens, il l'avait acheté pour moi !
Au fil des années, j'ai pagayé en Braca, ensuite en Jantex, pour finalement revenir en Braca.
J'avais une Braca 9 ou 10, un peu comme la Gamma Jantex.
J'étais en 2,13 et demi, j'ai des longs bras et grosses épaules je pouvais tirer grand.
Les Secrets du Kayak : Tu as eu d’autres blessures dans ta carrière ?
Amandine Lhote : Oui une déchirure abdominale faite en bateau, en tirant sur mes pieds en équipage;
Rien de méchant aux épaules.
C'était le dos le plus gros souci, avec le siège tournant je n'étais plus embêtée.
En musculation, en revanche je ne pouvais plus faire de tirage planche trop lourd, donc je faisais des tractions tout simplement.
On peut toujours s'adapter en y réfléchissant.
Les Secrets du Kayak : Malgré toutes ces difficultés, tu fais les Jeux en 2016
Amandine Lhote : 2015 en équipe de France ça se passe bien oui, le bateau était sélectionné.
Il fallait maintenant que je me fasse sélectionner pour l'équipage qui ira aux Jeux.
Il faut gagner sa place, c'est les règles...
Comme on disait tout à l'heure, si t'es moins bon en monoplace qu'en équipage c'est compliqué.
En 2016 pour la première fois rien ne pouvait m'arrêter, j'étais déterminée, j'allais réussir et aller aux Jeux !
Je fais deux fois 2ième aux sélections, aux points ça me classe 3ième je crois.
C'étaient mes meilleures courses de l'année en monoplace, me voilà qualifiée pour les Jeux 3 mois plus tard.
Les Jeux c'est une énorme expérience, pour une fois les kayakistes étaient au village olympique, extraordinaire !
Tu profites à peine de tout ça car tu es focus sur ton objectif.
Au niveau sportif grosse déception car on fait 12ième, on termine en finale B.
On a toutes été déçues de notre résultat, j'ai fait une dépression après les Jeux.
Pour moi c'était un échec, encore aujourd'hui c'est dur à accepter.
A Rio, j'étais motivée à effacer cet échec, je voulais repartir à l'entraînement pour devenir meilleure.
Romain m'a conseillé de me calmer et de prendre le temps de digérer.
Au final, j'ai compris que j'avais d'autres envies et qu'il était temps de raccrocher, j'avais 30 ans t j'aspirais peut être à autre chose maintenant.
Un peu fatiguée du haut-niveau, j'avais envie de faire du sport plaisir, quand j'en avais envie.
Aujourd'hui je ne suis pas remonté dans un kayak depuis 2017, j'ai même revendu mon bateau.
Les Secrets du Kayak : Et l'après carrière alors ?
Amandine Lhote : En 2017, Romain a arrêté son boulot d'entraîneur au club de Nancy.
Pour avoir fait des stages de sélection en Corrèze, on connaissait ce département, on en est tombé amoureux et on s'y installé.
Romain a postulé comme directeur à la station de Marcillac, et moi comme coach dans une salle Orange-Bleue à Tulle.
L'aventure corrézienne commençait pour nous.
Actuellement, je suis en reconversion professionnelle, je passe le BPJEPS mention activités pour tous.
Mon projet est de travailler à la station sport nature de Marcillac-la-Croisille, d'enseigner les différentes activités natures et aussi fitness.
Je me suis mis au trail, je cours beaucoup, le lieu s'y prête bien, la Corrèze c'est top !
J'avais déjà essayé le Trail à Nancy, maintenant je m'y mets sérieusement.
Les Secrets du Kayak : Le mot de la fin
Amandine Lhote : Il ne faut pas s'arrêter aux blessures !
Ne pas s'arrêter aux avis médicaux ou des staffs sportifs, j'en suis l'exemple.
On peut toujours adapter sa pratique pour continuer.
Ne pas abandonner, on peut toujours y arriver malgré les obstacles.
Vous pouvez retrouver Amandine Lhote sur son compte Instagram.
Interview : Yann Gudefin
Retrouvez tout sur Yann Gudefin. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il aujourd’hui ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Yann Gudefin fin février 2021.
Les Secrets du Kayak : Comment vas tu aujourd'hui ?
Yann Gudefin : Ça va de mieux en mieux, merci !
Les Secrets du Kayak : Que fais-tu dans la vie ?
Yann Gudefin : Je suis entraîneur pour la fédération française de kayak au pole France de Vaires-sur-Marne.
Je suis responsable des catégories jeune U15 et U18 au niveau national sous la responsabilité du head-coach, depuis 2017.
Pour être un bon entraîneur, je pense qu'il faut avoir été un athlète curieux, mais pas obligatoirement un immense champion.
J'ai en tête quelques noms de très bons entraîneurs qui ont fait des carrières honorables sans avoir été pour autant multi-médaillés ou titré.
Les Secrets du Kayak : Quel a été ton parcours ?
Yann Gudefin : Je viens de l'eau vive.
J'ai commencé le kayak sur la rivière, puis en m'inscrivant au club de Vaulx-en-Velin, je me suis orienté sur la discipline principale du club qui était le slalom.
J'ai eu des résultats nationaux honorables mais pas exceptionnels.
J'ai basculé par la suite sur la course en ligne.
J'étais en formation à Lyon dans un master d’entraînement sportif, j'étais curieux de voir les débouchés de ce diplôme.
Sur le pole espoir de Tours il y avait un poste vacant, et voilà.
Historiquement, c'était une structure qui accueillait de la course en ligne. Ils avaient en projet de développer le slalom, donc ça me correspondait bien.
Ainsi, j'ai fait mes débuts en course en ligne.
J'ai rencontré les personnes qui étaient en charge du dispositif Olympique HOPES lors de mon arrivée.
Ces compétitions internationales pour les U15-U17 sont le support de formation des entraîneurs.
J'ai ainsi amorcé une entrée sur la dimension fédérale.
Puis de fil en aiguille les équipes juniors, puis postuler pour être entraîneur national.
Les Secrets du Kayak : Ton mémoire de licence indique que tu avais l'ambition d'aller aux Jeux. Pourquoi n'as-tu pas réussi cet objectif ? Et si au contraire tu l'avais atteint, serais-tu devenu entraîneur ?
Yann Gudefin : Je me suis souvent posé cette question, sans avoir la réponse.
J'étais dans un groupe d’entraînement très intéressant avec beaucoup d'émulation entre 18 et 23 ans.
On n'avait pas forcément d'entraîneur, ça manquait un peu de cadre.
Avec le recul, je ne suis pas très précoce dans mes projets, il me faut du temps.
Or cette nature ne matche pas forcément avec le système de détection qui lui au contraire met en lumière les jeunes prêts.
Ça se joue à peu sur les sélections, c'est ce petit manque de maturité qui fait la différence.
Je n'étais pas assez fort tout simplement pour me permettre de basculer sur la bonne sélection au bon moment.
Avais-je les qualités naturelles pour une discipline slalom courte et lactique ?
Maintenant, je me connais mieux et j'estime que je suis meilleur sur des efforts longs.
Pour preuve, lorsque j'étais jeune sur la partie hivernale, il y avait pas mal de séances sur lesquelles j'étais très bon.
J'ai rapidement pris la fibre de l'encadrement, de l’entraînement.
Au clubn il y avait un système d'encadrement qui fonctionnait bien avec les plus âgés.
Lorsque j'avais 12-14ans, c'était toujours ces athlètes plus âgés qui nous transmettaient, nous emmenaient sur les compétitions, nous faisaient démarrer le kayak...
Lorsque j'ai débuté mes études de STAPS au départ, c'était pour être professeur d'EPS, puis rapidement j'ai compris que faire faire du sport à des personnes qui n'en avaient pas forcément envie ne me passionnerait pas.
Donc je pense que quelqu'aurait été l'issue de ma carrière sportive, j'aurais tôt ou tard embrayé vers une carrière d'entraîneur.
J'ai passé une licence et un master en entraînement, un brevet d'état premier et deuxième degré, c'était décidé, je voulais être entraîneur !
Les Secrets du Kayak : Cela a été difficile de trouver un poste ensuite ?
Yann Gudefin : J'ai trouvé facilement.
Lorsque j'ai postulé au pole espoir de Tours, nous n'étions que 6 ou 7 candidats.
Je me suis démarqué peut être par mon profil slalom alors qu'ils voulaient précisément développer cette discipline au sein du club, ça a peut être joué en ma faveur.
Cela a été plus facile que ce que je pensais finalement pour trouver un poste, car à l'approche de ma fin d'étude, j'angoissais un peu de la suite en effet.
L'entrée dans le monde du travail, je voulais qu'elle se fasse par un poste d'entraîneur et non par un poste alimentaire pris en solution de secours faute de mieux.
Il y a tout de même quelques offres d'entraîneur régulièrement sur le site de la fédération, certains clubs cherchent des profils spécifiques.
Nos postes d’entraîneur coûtent de l'argent et donc reposent sur un modèle économique de club déjà viable.
Les Secrets du Kayak : Tout ceux qui atteignent le haut niveau ont eu un parcours scolaire aménagé. Toi n'ayant pas été estampillé haut-niveau assez jeune, tu n'as pas bénéficié de cet aménagement ?
Yann Gudefin : J'étais quand même en pole espoir pour la dernière année junior.
Ensuite en STAPS, je me suis fait moi même mon aménagement sur les conseils de mes entraîneurs du moment.
J'avais une dispense d'assiduité à la faculté de Lyon, ça me permettait de passer le temps souhaité dans mon bateau.
Les Secrets du Kayak : A quel âge as-tu commencé ?
Yann Gudefin : Difficile à dire.
Issu d'une famille axée sur le sport de plein air, j'ai rapidement pratiqué le kayak, la randonnée, la spéléologie, l'escalade etc... avant mes 10 ans.
Mon premier souvenir de kayak, c'est la Vague du Rabioux avec mon père dans un très grand kayak qui fait des chandelles, les figures de freestyle d'il y a 40 ans. Ca m'impressionnait !
J'ai commencé le club à 11 ans. Il y a eu une longue période où j'étais dans une pratique libre, familiale.
J'ai appris à esquimauter en dehors du club !
En m'inscrivant, je voulais avant tout pratiquer.
C'était un club compétition donc j'y suis venu forcément.
L'esprit groupe, collectif avec l'aspect compétition, les deux réunis m'ont tout de suite séduit et j'ai accroché définitivement.
Je n'en ai pas le souvenir précis de mes premières ambitions de haut-niveau.
Je me souviens des grands du club qui étaient en équipe de France, qui voyageaient pour participer aux compétitions, ça, ça me vendait du rêve.
J'étais en cadet-junior. Sans particulièrement avoir envie de faire comme eux, mais ça me paraissait être la suite logique.
C'est devenu plus concret lorsque j'ai eu mes premiers résultats correctes en régional et national.
Le haut-niveau a pris forme avec le temps et la montée de mon niveau.
Les Secrets du Kayak : A tes débuts d'entraîneur tu voulais encadrer quelle discipline ?
Yann Gudefin : Si on m'avait dit que je deviendrais entraîneur course en ligne, je ne l'aurais jamais cru !
J'ai souvenir de l'examen pratique du brevet d'état second degré où il faut réaliser une performance en course en ligne... Je ne comprenais vraiment pas le sens de la démarche... Je crois qu'il fallait faire moins de 2'04'' aux 500m il me semble sans certitudes.
Malgré tout, on avait une culture multi-disciplinaire.
On pratiquait la descente, on avait un K2, on faisait le marathon de l'Ardèche, on utilisait le K2 à l’entraînement...
Il y avait une notion de polyvalence.
On s'est mis à faire du canoë pour être bon en kayak, faire du canoë biplace pour amener de la variété en début de saison et aussi amener des points au club pour le classement inter-clubs.
Cette notion de polyvalence dans l'activité était amorcée.
En postulant à Tours, j'avais conscience que j'allais devoir entraîner en course en ligne.
Ça ne me faisait pas peur, je l'ai vu comme un challenge.
La structure du pole espoir à ce moment là n'était pas au top, il y avait tout à faire ou à relancer.
Les Secrets du Kayak : Avec ta polyvalence, ca a été facile de tenir dans un kayak de course en ligne les premières fois ?
Yann Gudefin : Facile, non. Au fil de mon parcours, j'ai construit petit à petit mon équilibre dans un bateau très stable.
En slalom, l'eau vive apporte une certaine instabilité, plus tu vas réaliser des figures complexes, plus tu vas jouer avec ton équilibre et te retrouver dans des postures pour lesquelles quelqu'un de très bon en course en ligne va se dire qu'il n'est pas du tout stable.
Idem en descente, un bateau de descente est très stable par rapport à un bateau de course en ligne mais dans une rivière à volume par exemple la notion d'instabilité va avoir une nouvelle composante.
A mes débuts en course en ligne, je suis assez peu tombé à l'eau.
Je me souviens d'une fois en course à Libourne, il faisait bien froid, je n'avais pas voulu enlever les manchons au départ de la course, j'avais beaucoup transpiré, résultat fausse pelle au départ : baignade !
Les Secrets du Kayak : Le bagage pour devenir entraîneur c'est un BE1 et BE2 ?
Yann Gudefin : A l'époque, oui c'était un brevet d'état.
La culture fédérale, je l'ai eu tout de suite, j'ai passé initiateur fédéral, la base : apprendre à embarquer à quelqu'un, l'éveil de l'activité.
L'été, je travaillais un peu avec ça en encadrant des scolaires ou des colonies pendant 2 ans.
Et ensuite la formation très scolaire avec la faculté puis les brevets d'état.
Le BE2 que j'ai eu d'ailleurs par équivalence grâce à la licence, il ne me restait que des parties spécifiques à valider.
Les Secrets du Kayak : Tu gères à la fois l’entraînement sur l'eau et la préparation physique ?
Yann Gudefin : Oui, dans le milieu du kayak beaucoup d'entraîneurs ont la double casquette : l’entraînement spécifique et la préparation physique, même si nos connaissances en préparation physique restent assez vagues comparé à un préparateur physique dont c'est la spécialité et le métier.
Cependant, on a une vision claire de ce qu'on l'attend de la préparation physique pour servir le kayak.
Lorsque je suis arrivé à Tours, j'ai longtemps fait les deux activités, même lorsque j'étais entraîneur national.
Mais aujourd'hui, on a franchi le cap de faire appel à un préparateur physique dont c'est le métier, et qui va apporter un œil nouveau sur ce qu'on proposait déjà grâce à de nouvelles méthodes et approches de se préparer pour l'activité.
L'entraîneur a son rôle à jouer pour faire l'intermédiaire entre tout ça, pour apporter du sens à la préparation physique en salle, apporter la notion de transfert sur l'activité, notamment chez les jeunes leur expliquer pourquoi on fait et quel bénéfice ça va leur apporter sur l'eau.
On est sur un public de pratiquants de sport de pleine nature, donc la musculation ne les intéressent pas vraiment, c'est parfois compliqué de les motiver à pratiquer la préparation en salle.
Aujourd'hui, on sait que la musculation est bénéfique à la performance, il faut donc expliquer le pourquoi et donner du sens pour motiver les athlètes à y passer.
Les Secrets du Kayak : Combien de temps as-tu mis pour avoir les premiers résultats avec tes athlètes lors de ton arrivée à Tours ?
Yann Gudefin : Le temps que la structure monte en puissance, après deux ans, les résultats commençaient à être bons.
La troisième année, nos athlètes commençaient à intégrer les équipes de France slalom, course en ligne et descente.
Des résultats à l'international, des médailles en descente, des bons résultats en slalom, des finales en championnat du monde.
En course en ligne, ca a été un peu plus compliqué c'était dans le très bon niveau français, mais ça ne suffisait pas à décrocher des médailles.
Les Secrets du Kayak : Tu quittes le club de Tours après 5 ans ?
Yann Gudefin : Ce qui m'y avait fait venir, c'était le challenge du club à vouloir développer quelque chose, il me semblait que le but était atteint après 5 ans.
J'avais la volonté d'aller voir ce que pouvait m'offrir une place d'entraîneur national : organisation, enrichissement des connaissances, travail avec des collègues... car même en étant entraîneur dans un pole espoir, tu restes assez seul dans ton club.
Découvrir des athlètes encore un niveau au dessus, avec des seniors, des athlètes avec des objectifs de préparation olympique, des championnats du monde seniors.
Les athlètes sont plus matures, plus vieux, les vitesses augmentent... tout ça m’intéressait, c'était une suite logique à mon parcours.
J'ai fait une candidature spontanée au DTN en place, Philippe Graille, qui m'a expliqué que ça ne fonctionnait pas comme ça/
Pour devenir entraîneur national, il fallait d'abord passer le concours pour devenir professeur de sport et ensuite rentrer dans un processus de positionnement en fonction des places.
J'ai donc basculé sur une préparation au concours de professeur de sport, sachant qu'il n'y avait pas de places d'ouvertes.
Entre temps, l'équipe a changé au niveau de la fédération : changement de DTN, changement de head-coachs, et le fonctionnement également.
Il y a eu des postes qui se sont ouverts pour être entraîneur national sur des postes privés, des ressources externes, il n'y avait alors plus besoin d'avoir le concours.
J'ai postulé et j'ai été pris alors que j'étais encore dans la formation professorat en parallèle.
J'avais passé les écrits, sachant que j'avais déjà le poste, je n'étais plus très motivé pour l'oral, je l'ai raté mais ce n’était pas grave car je faisais maintenant le métier que je voulais.
Les Secrets du Kayak : Entraîneur national des jeunes, un hasard ou une volonté ?
Yann Gudefin : Il n'y avait pas de ciblage sur le profil du poste, c'était simplement un profil d'entraîneur à Vaires-sur-Marne.
Lorsque la nouvelle équipe s'est organisée, on m'a proposé de me mettre en ciblage sur les jeunes.
C'est un public que je connaissais grâce au pole espoir, et qui m'intéressait beaucoup car les jeunes sont en devenir.
On travaille certes pour tout de suite mais surtout pour plus tard.
Au pole espoir, c'était déjà le cas mais là c'était à une échelle plus nationale et plus globale.
Je ne sélectionne pas les jeunes qui vont intégrer mon groupe de travail.
A la fédération, le grand chef c'est le DTN.
Il délègue un peu la responsabilité spécifique à des head-coachs qui sont experts de leur discipline et qui vont manager l'équipe de France de leur discipline avec l'horizon court terme de l'or olympique, de la prochaine olympiade mais aussi une vision plus long terme sur les deux ou trois olympiades suivantes, quand on parle des jeunes, on peut facilement se projeter sur 10 ans.
On essaie d'avoir une vision court terme sur les jeunes qui vont avoir des résultats sur l'année en court, mais aussi une vision plus longue en terme de détection.
Quand on travaille avec les jeunes, il y a cette notion de progression, d'évolution des objectifs, de leur projet personnel.
On essaie d'être souple mais précis, faire un peu de ciblage.
On essaie de proposer des actions, d'interagir avec leur entraînement personnel, de les accompagner dans leur projet pour qu'ils puissent optimiser leur potentiel et le développer.
Les Secrets du Kayak : Quelles différences entre entraîner un jeune ou un senior ?
Yann Gudefin : Ils ont déjà de très bons niveaux, mais ils leur manquent l'expérience évidemment.
Même en étant encore dans une phase de découverte et d'apprentissage, certains décrochent déjà des médailles dès junior 2 par exemple.
C'est parfois leur première fois dans des équipages, même ceux qui performent sont encore dans un processus d'apprentissage.
Les volumes horaires sont différents, les contenus aussi. On essaie de leur inculquer l'importance de la coordination, de la vitesse, de l'explosivité.
Leur « faire la caisse » en aérobie évidemment, mais aussi insister sur la variété des situations.
On fait aussi un travail d'éveil sur le statut de sportif de haut-niveau.
On les questionne pour savoir ce qu'ils recherchent, comment ils se voient, commencent à se connaître ou pas, qu'est ce qui les fait rêver, qu'est ce qui les motivent.
C'est hyper important de définir et explorer le moteur de leur motivation par exemple.
On est aussi sur la découverte parfois de certains matériels, des réglages.
Exemple chez les jeunes lorsqu'ils prennent un bateau d'équipage : ils règlent la longueur mais jamais la hauteur des sièges, ou ne vont pas se poser la question de l'inclinaison du cale-pied. Tu leur demandes « quelle taille de pagaie tu as ? » parfois ils répondent « je ne sais pas ! »
Discuter en club, parfois on discute également avec les parents.
On est vraiment sur le devenir, on essaie de construire des bases.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi être devenu entraîneur de course en ligne et pas entraîneur de slalom ?
Yann Gudefin : Ça c'est l'opportunité tout simplement.
Le directeur de l'équipe de France de slalom m'avait également proposé d'intervenir en slalom mais trop tard, à ce moment là j'avais déjà pris des engagements avec la course en ligne.
J'ai l'impression que je me sentais bien dans une discipline nouvelle.
Je n'étais pas très vieux, j'avais 24 ans.
Pour moi tout était nouveau, alors que sur le slalom je connaissais tout le milieu par cœur.
Je suis content aujourd'hui d'avoir toujours mes amis de l'époque slalom, mais j'aime cette distinction copain/collègue qui n'aurait pas été possible dans le milieu du slalom.
Là, en course en ligne je ne connaissais personne, ce n’était pas plus mal finalement.
Les Secrets du Kayak : Les jeunes s’entraînent-ils deux fois par jour ?
Yann Gudefin : On dit les jeunes mais finalement il y a les U15 les U18 et même avant encore.
Le volume horaire est automatiquement progressif si on veut s'inscrire dans un développement à long terme.
Un U18 va commencer à s'entraîner pas loin de comme un senior si il a vraiment pour ambition de performer et qu'il s’investit.
Entre 15 et 18h sur une semaine de développement par exemple.
Les seniors sont un poil au dessus de ce volume mais justement cette différence, c'est la marche à franchir pour continuer à progresser par la suite.
A contrario, un U14 ou un U15 va être dépendant de l'accès au club, de l'accompagnement des parents, de sa motivation. Son volume de pratique sera donc moindre automatiquement.
Je n’entraîne pas vraiment différemment une fille d'un garçon.
Personnellement, j'essaie d'avoir la même oreille évidemment.
J'essaie de proposer les mêmes situations d’entraînement mais il y des spécificités par exemple sur la capacité de force.
Un exemple très concret : j'adapte la résistance d'un frein, la durée d'une séance et encore ça dépend surtout de la distance de course et vers quoi l'athlète s'est orienté.
La différence garçon/fille est une bonne question qui mériterait presque un observateur extérieur pour se rendre compte de ce que je fais en effet.
Les Secrets du Kayak : L’entraînement semble souvent organisé sur des cycles de trois semaines + une semaine de récupération. Je me trompe ?
Yann Gudefin : Nous on fonctionne sur deux modèles :
le 3/1 plutôt sur les périodes hivernales avec un développement à dominante aérobie ou de force
le 2/1 pour les périodes préparation course ou préparation spécifique. Les contraintes de charge augmentent, le volume est un peu plus bas mais assez élevé.
Pour l'anecdote, moi j'avais essayé d'avoir un entraînement libre, au feeling sans cette dynamique très organisée.
A la fin de l'année j'avais remarqué que sans le vouloir ça revenait presque à faire du 3/1 car après trois semaines si je n'avais pas bien récupéré tout simplement je tombais malade par exemple.
Le 3/1 ça permet de gagner en volume total d’entraînement.
Le 2/1 permet d'optimiser, de favoriser la récupération et donc plus de bénéfice.
Il faut aussi composer avec le calendrier.
D'abord, avec l'objectif final mais aussi avec les dates des stages, les prépa collectives quand on est sur des bateaux d'équipage.
Il faut avoir une certaine cohésion entre les projets individuels et collectifs au moment opportun.
Il faut jongler avec tout ça.
Les Secrets du Kayak : Tu leur fais aussi découvrir la musculation à tes jeunes ?
Yann Gudefin : Ça dépend.
Certains arrivant ont déjà découvert tout ça par leur club, certains club sont assez bien organisé dans ce domaine avec un entraîneur sensibilisé à la musculation.
Donc certains arrivent sur les stages nationaux en connaissant déjà les exercices, les bons gestes, parfois même ils connaissent déjà leurs charges de travail.
Et d'autres parfois n'ont jamais fait de musculation de leur vie, même si c'est de plus en plus rare ça arrive.
Enfin, d'autres ont eu le minimum avec une initiation au poids de corps.
Au fil des années, je constate de plus en plus d'arrivants sensibilisés à la préparation physique moderne, avec des élastiques par exemple ; alors qu'avant ça restait très basique.
Les Secrets du Kayak : Tu leur conseilles aussi de pratiquer un sport d'endurance comme le font les seniors ?
Yann Gudefin : Pareil, ça va dépendre de la sensibilité de l'entraîneur de club et parfois même des parents.
Un gamin issue d'une famille sportive, tu vois la différence, il est plus athlétique ou il court un peu plus…
D'autres ont fait beaucoup de bateau rapidement, et donc ont moins de bagage aérobie.
Moi j'ai ma conviction : je suis pour une ouverture, avoir des situations motrices variées, se développer de manière générale sur le plan athlétique, être un bon sportif puis ensuite un bon pagayeur, et un jour peut être devenir un bon sprinteur.
A l'inverse, certains se sont spécialisés assez tôt, ont fait très tôt beaucoup de bateau et on les voit en senior avec un très bon niveau. Donc ça fonctionne aussi.
Difficile de trancher !
Les Secrets du Kayak : Des stages existent pour les jeunes ?
Yann Gudefin : Oui oui, à une fréquence assez proche des adultes, tous les deux mois.
C'est le temps de stage qui vont être un peu raccourci. Les volumes d’entraînement à supporter sont moins importants évidemment.
Les lieux de stage sont différents.
Le stage, c'est vraiment un moment privilégié pour moi : on fait du super qualitatif, on crée l'émulation, on commence à créer les identités des équipes pour plus tard.
Je pense que les sportifs repartent des stages avec des données certes, mais aussi des souvenirs marquants.
C'est des périodes qui marquent la vie d'un athlète, pas seulement pour le bon moment passé avec les copains mais aussi parce que sur l'eau il se passe des choses qui nourrissent le projet, qui donnent l'envie.
C'est hyper riche et une grosse source de motivation au retour du stage.
Actuellement, on en propose d'avantage qu'il y a trois ou quatre ans.
Les jeunes sont dans un cadre scolaire qui n'est pas aussi flexible que l'emploi du temps d'un adulte ou jeune adulte, donc ce n’est pas évident mais on y arrive.
Les Secrets du Kayak : Au final alors, faut-il privilégier l’entraînement global plutôt que sur le bateau au début, être un bon sportif avant toute chose pour être un bon kayakiste ?
Yann Gudefin : Je pense qu'il faut avoir un développement moteur riche pour derrière maximiser ses chances.
Ce n'est pas un gage de réussite mais un gros plus, oui.
Si tu n'as pas eu ce développement jeune voir très jeune, tu peux le rattraper en étant plus vieux ou faire avec d'autres atouts.
Certains adultes mettent du temps à être médaillé alors que d'autres le seront dès 18 ans.
Il faut faire du mieux qu'on peut avec ce qu'on a.
On est sur de l'humain donc rien n'est jamais optimal à 200%, on essaie mais on ne peut pas tout maîtriser.
Il ne faut pas se trouver d'excuses.
Les Secrets du Kayak : Tu fais des séances d'éducatif pour les jeunes ?
Yann Gudefin : Oui beaucoup !
Plus on va alimenter les séances par de la variété, par des situations qui vont créer des problèmes moteur, émotionnel... des réflexions, du cérébral, des questions de rythme de tempo des variétés d'allure, de sensation d'appui, de vitesse de bateau... Plus on va favoriser leur répertoire moteur qui sera riche et varié, ça donne accès à d'autant de clés qui permettent d'aller plus loin.
Ces séances sont importantes et à mettre partout.
Exemple lorsqu'on est sur une séance de développement, il y a un objectif physiologique, un objectif physique et un objectif psychologique qui chapeautera tout ça.
L'aspect psychologique est tout le temps présent.
On ne peut pas partir pagayer pour un temps donné même en essayant de bien faire.
Penser à bien pagayer par exemple je ne crois pas qu'y penser suffise, c'est bien mais pas suffisant.
En revanche, créer une situation, donner des consignes particulières avec des notions de transfert derrière, des temps à faire, pagayer que d'un côté, se déplacer de telle manière, telle cadence, varier les vitesses... suivi d'un moment sans consigne où il faut pagayer libre en pensant au bénéfice de l'exercice précédent, ça j'y crois beaucoup.
Plus on pourra en mettre dans les séances, plus on favorisera le développement.
Chez les jeunes, je ne pense qu'il faille être pressé de coller aux standards seniors, même sur les compétitions.
Les formats sont différents... ce parcours est essentiel.
L'important n'est pas d'avoir des médailles tout de suite, mais par la suite, les olympiades, les plus grandes médailles, les titres mondiaux...
Les Secrets du Kayak : Tu encadres également des seniors ?
Yann Gudefin : Je m'occupe de Sarah depuis le début de saison.
Ce n'est pas facile d'entraîner sa compagne ! D'autres avant nous l'ont fait.
Ça fait parfois des étincelles mais en ce moment ça fonctionne bien.
On a tous les deux évolué dans notre manière de voir les choses, je lui ai proposé d'essayer, je voulais tenter de l'aider.
Ça reste un positionnement propre à Vaires-sur-Marne. Son head-coach coordonne le projet dame et accompagne Sarah sur la prépa olympique.
Entraîner d'autres seniors pourquoi pas, mais je me laisse le temps de voir l'évolution.
Un athlète que j'aurais suivi dans sa carrière jeune qui me demanderait de poursuivre avec lui en senior, je me poserai la question oui.
Mais pour le moment à la fédération ça ne fonctionne pas comme ça, les entraîneurs adultes sont en place, on a chacun notre rôle à tenir.
L'énergie de la jeunesse me nourrit bien pour le moment.
Les Secrets du Kayak : J'ai 15 ans, je suis hyper motivé, je veux devenir champion olympique ! Est ce que je peux postuler pour rejoindre le pole France ? Ma motivation est elle suffisante pour frapper à la porte ?
Yann Gudefin : Tu auras un entretien oui, une discussion avec un entraîneur. On va t'écouter oui.
Te proposer une place dans la structure, aucune idée, ça dépend de beaucoup de chose dont je ne suis pas décideur.
Si c'est un pole espoir, c'est un peu différent car le niveau d'exigence est un peu plus bas donc à 15 ans tu as encore du temps, tu es cadet 2 donc oui tu as toutes les chances d'intégrer un pole espoir si tu as fait des compétitions et que tu as passé des tests.
La motivation dont tu feras preuve pour t'investir, c'est ce qui va te permettre d'accéder à tes rêves.
Les Secrets du Kayak : As tu un rôle de conseil auprès des jeunes sur les sujets de l'alimentation et l'hygiène de vie ?
Yann Gudefin : Avec les jeunes, on a un aussi un rôle d’éducateur oui.
Donc ces sujets font partie de la dimension de la performance. On essaie d'en discuter.
On lutte contre l'adversaire de la malbouffe qui déploie des moyens énormes pour gangréner les esprits.
J'ai l'impression que les jeunes font des efforts lorsqu'on est avec un public qui a des grandes ambitions, même si ce n'est pas à 100% parfait, il y a quand même un fond ne serait ce que pour le premier niveau de conscience à leur niveau : alimentation = poids.
Après on peut approfondir : les bénéfices de l'alimentation sur ton entraînement, sur ta récupération…
Pas mal de jeunes sont dans des CREPS ou des sport-études donc on souvent accès dans leur structure à un nutritionniste.
On essaie de leur donner l'envie d'aller plus loin, de creuser le sujet.
A l'écoute de tes précédents podcasts, je fais un peu le constat qu'aucun athlète n'a déclaré être à la pointe de son alimentation, du moins pour ceux interrogés pour le moment.
On reste malgré tout dans la dimension des gains marginaux, il ne faudrait pas que ça prenne le dessus sur le noyau dur qu'est la quantité et la qualité des entraînements.
En entendant, les seniors des précédents épisodes, on a de la marge clairement.
Ça me motive à encore mieux sensibiliser les jeunes pour plus tard.
Les seniors font néanmoins attention à ce qu'ils mangent, mais ça pourrait encore être optimisé.
La nutrition est souvent associée à un sacrifice mais lorsqu'on est investi dans son projet, sa passion, ce n'est pas du tout un sacrifice, on sait pour quoi on le fait.
L'important reste tout de même que l'alimentation soit suffisante pour une bonne récupération et qu'on n'ait pas de problème de poids.
Les Secrets du Kayak : Jeunes et seniors se côtoient au pole ?
Yann Gudefin : Oui, lorsque les deux sont présents sur la structure, comme chez nous.
L'échange est régulier, c'est dans la démarche de la fédération.
Quand on le peut, en année post-olympique par exemple, il y a un peu plus de croisements avec des stages par exemple comme le stage ski de fond.
C'est un moment privilégié où les jeunes peuvent interagir avec les athlètes plus expérimentés, on crée des situations d'échange. C'est un booster pour les jeunes.
Les Secrets du Kayak : Sieste, préparation mentale c'est aussi à présent chez les jeunes ?
Yann Gudefin : J'aime discuter sur et en dehors de l'eau mais je ne suis pas préparateur mental.
On a des gens qui ont cette formation dans la fédération.
J'encourage ceux qui le souhaitent à y aller, c'est une bonne chose.
Tout le monde n'est pas réceptif à ça mais il faut essayer, il faut être curieux.
Moi je fais du coaching mais pas de la préparation mental, c'est le même distinguo entre un entraîneur et un préparateur physique.
J'essaie de rester à ma place. Mais discuter oui, ça oui !
Sieste oui bien-sur, surtout lors des stages car à l'école ils ne peuvent pas malheureusement.
Les Secrets du Kayak : Quels sont tes objectifs futurs ?
Yann Gudefin : Continuer à m'épanouir dans ce que je fais, rencontrer des gens, avoir de bonnes relations sociales ...
Plus mes athlètes réussissent en compétition et plus ça me fait plaisir, évidemment.
Le sourire d'un jeune sur la ligne d'arrivée, ça fait plaisir !
Vous pouvez retrouver Yann Gudefin sur son compte Instagram.
Interview : Martin Farineaux
Retrouvez tout sur Martin Farineaux, le champion de kayak de course en ligne paralympique. Qui est-il et que fait-il pour performer au plus haut niveau ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Martin Farineaux en janvier 2021
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd'hui ?
Martin Farineaux : Ecoute ça va super, enchanté !
Les Secrets du Kayak - Comment as-tu débuté le Kayak ?
Martin Farineaux : J'ai une maman pédiatre, un papa prof d'EPS, et moi j'ai un handicap.
C'est par ce handicap que je suis arrivé dans le milieu du kayak.
A l'âge de deux ans j'avais une boule de gras au niveau de l'insertion de la moelle épinière, qui a été retirée malgré que c'était bénin.
Malheureusement lors de l'opération, les nerfs ont été touchés. De là en découle beaucoup de problèmes neurologiques au niveau des membres inférieurs notamment.
J'ai subi 35 opérations dans ma vie, vécu 3 ans de ma vie à l’hôpital, et l'équilibre que j'ai eu par mes parents est passé par le kayak.
Mon père a cherché un sport qui pourrait être le moins handicapant par rapport à mon handicap. Il était conseiller technique régional en aviron, donc toujours proche du kayak, il m'y a emmené, ça m'a plu de suite.
J'ai pu m'épanouir rapidement, en étant à égalité par rapport aux autres et mon handicap. C'était plus par intérêt au début, mais je suis content, c'est ma passion, et avec le recul je remercie mon père d'avoir trouvé cette idée.
Les Secrets du Kayak : Des antécédents sportifs avant ça ?
Martin Farineaux : Oui, car je suis un fana de sport, mais ce n'était pas épanouissant : pour courir j'ai des grosses difficultés...
L’épanouissement s'est fait au kayak car mon handicap était invisible, du moins à l'époque.
J'avais 12 ans et j'ai pu commencer le kayak au club de Lille, mon club de cœur, mon club référent, entre deux opérations.
Les Secrets du Kayak : Beaucoup de kayakistes sont originaires du nord, as-tu une explication ?
Martin Farineaux : En fait, il fait toujours beau dans le nord !
C'est une question d'habitude : qu'il pleuve, qu'il vente, on est content de faire du bateau, donc on ne s'occupe pas du temps qu'il fait, on a appris a ne pas s'en occuper.
Les Secrets du Kayak : Tu te rappelles tes débuts sur l’eau ?
Martin Farineaux : J'ai commencé comme une personne normale, valide.
J'ai eu un entraineur à l'époque, Armand, qui m'a formé et qui n'a pas du tout pris en compte mon handicap, qui m'a poussé vers le haut.
Du coup, j'ai assez rapidement évolué au niveau des bateaux, toujours des bateaux pour valide.
Malheureusement, je n’ai jamais fait ni de rivières, ni de descente, ni de slalom parce que à mon époque la politique régionale n'était pas ouverte aux autres disciplines, et on était vraiment ancré sur la course en ligne.
Je n'ai jamais fait de slalom, ni de descente de ma vie. Je le regrette, c'est quelque chose que je ferai peut être plus tard, quand j’arrêterai.
Culturellement, on était course en ligne.
Pour l’entrainement, j’ai évolué assez vite. A Lille, il y avait une bonne dynamique.
Une fois que tu ne tombes plus dans l'eau, tu restes un ou deux mois à l'école de pagaie.
Une fois qu'on a les bases, on passe dans un groupe semi-compétition. Il y a plusieurs phases.
Et comme je me débrouillais bien, j'ai vite rejoint le groupe compétition, et là dès 13-14 ans, je m'entrainais presque tous les jours.
Culturellement, mon père nous a vraiment poussé, on est 5 enfants et on a tous quasiment été en équipe de France , et on est tous fana de sport. C'est un besoin vital chez nous.
Mon grand frère de part ma maman, qui était en équipe de France de hockey sur gazon en tant que gardienne, a lui aussi fait du hockey.
Mes deux sœurs ont été en équipe de France de kayak junior, donc 3 Farineaux à faire du kayak avec à notre tableau de chasse d’innombrables titres nationaux.
Et mon petit frère qui est très sportif, multi disciplines.
Donc que des sportifs de haut niveau.
Un entourage propice à la compétition.
C'est surtout nos parents qui nous ont montré le chemin vers le sport de haut niveau.
Les Secrets du Kayak : Quels souvenirs gardes-tu de ta première compétition ?
Martin Farineaux : Ce n’était pas terrible.
C’était à Boulogne-sur-mer, en kayak et je n'étais pas très bon.
Après cette compètition, l'entraineur m'a dit « tu vas plutôt faire du canoë toi »... je m'y suis mis et en effet j'étais plus à l'aise en canoë plutôt qu'en kayak, de fait les compétitions suivantes furent meilleures.
Les Secrets du Kayak – Quelle évolution ?
Martin Farineaux : Jusqu'en 2000, j'étais en équipe de France valide de Canoë et est même été meilleur français en 1998.
En C2, on a fait huitième aux championnats du monde avec mon coéquipier Cédric mais j'ai stoppé en 2000 pour les études.
Moi et ma sœur devions intégrer l'INSEP mais j'ai raté mon BAC.
Je suis déçu d'avoir raté l'opportunité et je me suis décidé à me recentrer sur les études pour décrocher mon BAC puis mon BTS.
Je suis revenu au kayak plus tard lors de mon emménagement sur Rouen.
Durant cette pause, je n'ai jamais vraiment arrêté le sport pour éviter d’accroître mon handicap notamment, mais j'ai quand même stoppé durant 4 à 5 ans le haut niveau.
Je faisais de la natation, de la musculation. Au fil du temps, j'ai compris que c'était le kayak et le haut niveau qui m'animait.
Suite à mon BTS assistant gestion en alternance à EDF, ils m'ont embauché pour un poste à Rouen, et j'y suis resté 10 ans.
J'ai trouvé à Rouen un club très familial, très à l'aise. L'eau y est un peu plus agité mais à force de travail, j'ai pu revenir dans les premières places grâce à Sébastien Jouve, toujours en canoë.
En 2009, la fédération est venue nous annoncer que le kayak devenait discipline paralympique.
Ils m'ont proposé de reprendre le haut niveau en paracanoë.
Le club de Rouen et Sébastien m'ont soutenu, et je me suis embarqué dans un nouveau challenge
J'ai stoppé le canoë en compétition, et j'ai débuté le kayak à haut niveau en handisport.
J'ai beaucoup d'équilibre grâce à mon handicap, je sais par exemple marcher sur les mains, j'ai développé beaucoup de compensation grâce à mon handicap.
Lorsque je marche j'utilise énormément de force, beaucoup de gainage, et j'ai des compensations du haut du corps qui me permettent d'être très stable kayak.
Je n'ai pas le souvenir d'être déjà tombé à l'eau même lorsque j'ai débuté.
C'est une force, qui m'a valu le surnom de petit-singe lorsque j'étais petit.
Rapidement, j'ai eu des résultats en kayak car j'étais déjà entrainé en canoë.
J'ai mis 6-7 mois à trouver le geste, à trouver les sensations.
En 2010, aux premiers championnats du monde, je fais vice-champion du monde.
Les Secrets du Kayak : Peux-tu nous détailler un peu ton handicap, que l’on comprenne tes difficultés ?
Martin Farineaux : Les conséquences neurologiques se situent aux membres inférieurs.
Au niveau de mon mollet droit, j'ai seulement un pousseur et un releveur très très faible. C’est presque comme si je marchais sans mollet.
A droit, j’ai également le fessier atrophié.
Au niveau articulaire, mes pieds ont été opérés, mes chevilles sont bloquées donc j’ai beaucoup de raideur.
Pour faire simple : lorsque je marche, je déploie l'énergie de quelqu'un qui court.
C'est malheureusement évolutif, donc je fais de plus en plus de kiné pour limiter les problèmes à venir, notamment en avançant dans l'âge.
La fatigue me raidit. Mes orteils sont « en griffe » j'ai très peu d'appui au sol
Les médecins se demandent souvent comment j'arrive à marcher malgré tout.
C'est grâce entre guillemets à ce déficit du bas du corps que j'ai su développer un très bon équilibre du haut du corps, d'où la mise à profit en kayak.
J'ai moins le besoin de travailler spécifiquement les obliques ou les abdos que les autres individus car je les bosse naturellement en marchant.
Je fais certes un peu de proprioception et d'exercices d'équilibre sur swissball mais clairement c'est un point fort donc je n’y consacre pas beaucoup de temps.
Les Secrets du Kayak : Arrives-tu à pousser sur les jambes ? A connecter avec le bateau ?
Martin Farineaux : J'ai beaucoup moins de force donc c'est particulier. J'arrive à transmettre grâce à des adaptations. J'ai beaucoup de chance au club de Lille car j'y suis bien entouré.
Le club renaît de ses cendres grâce notre entraineur Olia, et notre nouveau président Manu Voynnet qui était entraineur de Maxime Beaumont, de Etienne Hubert... lorsqu'il y avait un Pole France à Lille.
William Tchamba et Sarah Troel sont arrivés à Lille après leur carrière et sont devenus kinésithérapeutes.
Et enfin Barnabé Lefevre, un céiste très fort, qui est podologue ergothérapeute. Il va me réaliser des calages sur-mesure pour me permettre d'avoir un max de transmission.
J'avais négligé cet aspect mais maintenant je m'intéresse à ces petits détails. Le siège va être adapté, ainsi que des semelles qu'on mettra au fond du cale pied. Le but final étant de se rapprocher au max d'une transmission « valide ».
Les Secrets du Kayak : Guillaume Burger précédemment me disait justement s'être fabriqué un siège personnalisé pour adapter son assise à sa hernie discale.
Martin Farineaux : En effet j'ai discuté avec Guillaume et on en a discuté.
Ma démarche est la même oui, on travaille dans le détail pour une optique de haut niveau grâce aux moyens mis en place par le club de Lille.
Les Secrets du Kayak : Quelles sont les distances en paracanoë ?
Martin Farineaux : Ca se court uniquement sur 200m et en monoplace.
Il y a une norme en matière de bateau et plusieurs catégories :
KL1 : paraplégique qui n'ont usage ni de leurs jambes ni de leurs abdos. Les bateaux sont beaucoup plus larges et beaucoup plus gros... un peu à l'image d'un Nelo Viper.
KL2 et KL3 peuvent embarquer dans des bateaux valides.
Sans abdominaux, c'est compliqué de tenir ton bateau donc en KL1, il y a un seul type de bateau : large et stable, pour harmoniser et simplifier l'organisation des compètes handisport.
Les KL2 ont l'usage d'une partie de leurs abdos et très peu des jambes. Je t'avoue que c'est très complexe comme classification...
En KL3, c'est ma catégorie, c'est les amputés sous-fémoral. Il y a transmission des jambes car chacun est muni de sa prothèse.
C'est très difficile d'avoir une équité en handisport car les handicaps ne se ressemblent pas... la classification est toujours très compliquée.
En KL3 et KL2, on milite pour avoir les mêmes bateaux que les valides, sauf que la fédération a décidé que tout le monde aurait le même bateau comme les KL1.
Nous sommes donc tous avec des bateaux type Nelo Viper, un peu profilé certes, mais en terme de sensation, ce n'est pas la folie... surtout lorsque tu as connu la sensation d'un bateau valide. J'évite d'ailleurs maintenant de remonter dans des bateaux valides pour éviter la frustration lors du retour dans mon bateau large et stable.
Les Secrets du Kayak : Ton entraînement est-il adapté ?
Martin Farineaux : Etant en KL3 je n'ai aucune contrainte de déplacement ou de mise à l'eau comme un KL1 qui est en fauteuil par exemple.
Je peux m'entrainer exactement comme un valide de haut niveau, ce qui donne 2 à 3 entraînements par jour. Je suis le programme de Manu Voynnet qui gère ma plannification pour le 200m.
En revanche, en paracanoë, un athlète en fauteuil comme Rémi Boulle par exemple, c'est une tout autre organisation logistique due aux transferts entre le fauteuil et le bateau. La fatigue générée est différente car justement le handicap est différent.
Par conséquent en KL1 et KL2, ils s'entrainent un peu moins.
En KL3 notre handicap étant plus faible, on peut s'entrainer comme les valides.
Les Secrets du Kayak : Tu fais des stages à l'étranger ?
Martin Farineaux : J'ai stoppé en 2017 pour la naissance de ma fille, dont je me suis occupé durant presque 2 ans et demi.
J'étais en plus resté sur une frustration de Rio où j'avais fait septième où je sais que je n'étais pas à ma place, que j'aurais pu faire beaucoup mieux.
Tout ça fait que je ne suis plus dans le collectif handisport. Je compte y revenir l'an prochain. Je n'ai donc fait aucun stage ces dernières années.
Mais sinon, c'est comme pour les valides, mes camarades reviennent d'ailleurs de Guadeloupe avec l'intérêt des stages hivernaux au soleil justement.
Mais ça ne me gène pas de braver l'hiver ici à Lille, ça passe.
Cela dit concernant les stages, je serais davantage intéressé de partir avec les juniors valides ou les kayak dames.
Avec le collectif paracanoë, je risquerais de moins m'entrainer que si j'étais resté seul à Lille, car ils font une séance par jour ou deux très adaptées vu que l’on n'a pas tous le même handicap.
Les Secrets du Kayak : Fais-tu de l'endurance aérobie en dehors du bateau ?
Martin Farineaux : Oui, je fais beaucoup de natation, un peu de vélo, un peu de machine à pagayer.
D’ailleurs, William et Sarah m'ont prêté leur KayakPro. Chez moi, le dimanche pour récupérer, c'est pas mal, ça dépanne lorsqu'on ne peut pas sortir.
La KayakPro est très souple alors on peut prendre des défauts à trop en faire donc j'essaie de ne pas en faire trop longtemps : 30 à 40 minutes dans un but de récupération.
Il ne faut pas pas en abuser sous peine d'avoir des difficultés à retrouver le bon geste ensuite sur l'eau.
Les Secrets du Kayak : En musculation, travailles-tu les jambes ?
Martin Farineaux : Je peux travailler les jambes mais si je les fais trop, je peux parfaitement ne plus être éligible au handisport.
Il y a en fédération handisport des personnes qui n'ont pour but que de traquer les athlètes pour les déclasser.
Cindy Moreau qui a fait troisième à Rio était éligible mais sa maladie n'était pas référencée à l'OMS.
Les anglais ont porté réclamation pour la déclasser et depuis elle n'a plus eu le droit de concourir en handisport... Certaines nations n'hésitent pas à accuser des athlètes d'exagérer leur handicap, de tricher…
On en revient donc toujours au problème de la classification au départ qui compte les points et attribue un score global de handicap.
Tout ça pour dire que si je développe trop mon bas du corps, je prends le risque d'impacter le nombre de points attribués à mon handicap.
En athlétisme, le handisport bénéficie d'un recul plus important en nombre d'années, ils ont développé une quinzaine de classifications.
Nous, il n'y a pour le moment que trois classifications. Tu peux chaque année changer de classifications, la fédération tâtonne et affine au fil des années, ce n'est pas évident.
Les Secrets du Kayak : Quelles sont tes performances en musculation ?
Je fais 145 kg au développé couché et 120 kg au tirage planche en maxi.
Je suis assez fort car j'en ai fait plus que les autres, ne pouvant pas courir, je n’entraînais plus en musculation.
Néanmoins je n'aime pas ça, et encore moins l'hiver où il faut prendre de la masse pour préparer la saison mais il faut en faire donc je m'y colle.
Je préfère clairement faire du bateau.
Les Secrets du Kayak : Quel est ton plus gros défaut technique ?
Martin Farineaux : Je manque de souplesse du haut du corps notamment.
Je sais être souple, mais ce n'est pas suffisant. Les étirements me font beaucoup de bien.
Grâce à mon entourage à Lille, je n'ai plus d'excuse pour tout faire correctement.
Les Secrets du Kayak : Quelles sont tes séances préférées ?
Martin Farineaux : Manu Voynnet a axé ma plannification sur les kilomètres durant l'hiver, donc avec un bateau qui n'a pas énormément de glisse, faire 20km, ça me prend 2h sur l'eau.
Ce n’est franchement pas marrant à faire. Cette partie EB1 longue est maintenant terminée au moment où je te parle et je vais reprendre les intensités.
Ce que je préfère c'est la vitesse, les séances spécifique 200m. Là j'adore, c'est motivant car on récolte le travail effectué en EB1 en cadence basse.
Dans un premier temps, l'EB1 cadence basse fait perdre de la vitesse car on perd un peu en explosivité mais en technique et en placement c'est l'effet inverse.
On est obligé de passer par l'étape 'beaucoup de kilomètres' pour par la suite exceller en vitesse. J'ai fait le boulot hivernal, maintenant reprise des intensités, ce n’est que du bonheur !
Les Secrets du Kayak : Comment c’était les JO ?
Martin Farineaux : En 2015, je décroche ma qualification paralympique à Duisbourg.
Rio étaient donc mes premiers jeux paralympique.
C’était vraiment magique.
Mais je suis passé un peu à coté, j'étais plus spectateur que acteur de mes jeux.
Ca se déroule 15 jours après les JO car logistiquement c'est impossible à faire en simultané avec les valides.
Les brésiliens avaient un peu boycotté les jeux valides.
Par contre, aux paralympiques, les places étaient gratuites et les gradins étaient pleins, c'était fantastique. L'organisation était top.
Je suis déçu de ma septième place.
Un mois avant, je fais troisième au championnats d'Europe.
Avec le recul, j'ai compris que pour performer, il faut que tous les domaines de ta vie soit alignés, que tous les signaux soient au vert.
Or à cet époque, ma concubine du moment n'était pas du tout dans mon projet, elle ne m'a pas soutenu.
Je suis passé à coté de mes jeux.
C’est pour cela que j'ai une revanche à prendre à Tokyo et que je suis motivé à effacer le souvenir de cette septième place. Je veux être médaillé !
On est beaucoup en KL3, c'est la catégorie la plus dense.
Pour la plupart ce sont des anciens “valides” qui un jour ont eu un accident de la vie, qui sont coupés sous fémorale.
L'allemand et l'ukrainien sont dans ce cas. On est tous à peu près du même niveau, tu peux finir premier ou huitième car tout va se jouer sur du détail, c'est très serré.
Les Secrets du Kayak : Quel matériel utilises-tu ?
Martin Farineaux : Je suis en Plastex Rio mais le club m'a acheté le dernier Plastex Paracanoë Tokyo que je vais recevoir prochainement
Pour la pagaie, c'est un peu atypique, je pagaie en Braca 2.
Les “viper” sont larges et ont une vitesse critique rapide, on a moins d'intensité et de fréquence que les autres mais beaucoup plus de puissance.
Au lieu d'être à 130-140 coups de pagaies à la minute, on est plutôt à 120 mais il nous faut une pelle bien large justement pour compenser la sous vitesse de ce bateau.
On a des gros braquets, je pagaie donc très long et les pelles sont très larges.
Avant, je la réglais en 2m22 et là je suis remonté en 2m23.
Et j'ai la plus grande pagaie qui existe chez Braca il me semble.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi es-tu en Plastex ?
Martin Farineaux : En fait, ils se sont partagés le gâteau avec Nelo.
Nelo ont conçu des KL1 et KL2 qui ressemble à l'avant d'un Vanquish mais qui a par contre l'arrière très large ainsi que le pont très bas.
Si tu fais plus de 80kg tu ne peux pas monter dans ces bateaux car tu coules le pont à la moindre vague, ce qui n'est pas adapté au KL3.
Plastex s'est donc concentré sur le KL3.
Chaque fabricant a donc sa spécificité concernant le Paracanoë.
Les Secrets du Kayak : As-tu déjà concouru en valide ?
Martin Farineaux : Je voulais être en final des france sur le K1 200m pour me confronter, car en handi je n'ai pas d'adversaire en France.
Sauf que passer d'un viper à un bateau valide, ça n'a rien à voir... les changements sont trop nombreux et ingérables, donc j'ai choisi de courir chez les valides mais avec mon bateau de KL3. Difficile d'aller chercher les finales chez les valides avec un viper...
J'essaie juste d'aller le plus loin possible.
Les Secrets du Kayak : Suis-tu une alimentation particulière ?
Martin Farineaux : Je mange correctement, équilibré, mais je ne suis pas encore dans le détail.
Je me réserve encore cet axe d'optimisation pour les deux ou trois mois avant la compétition.
Psychologiquement, je me sentirais frustré si je mettais en place une alimentation millimétrée dès maintenant.
Les Secrets du Kayak : Quelles différences avec 2016 ?
Martin Farineaux : Le changement avec 2016, c'est que je me suis séparée de ma concubine de l'époque qui ne s'impliquait pas du tout dans mon projet.
Ma fille a grandi, je l'ai en garde alternée.
Et j'ai un suivi parfait au sein du club.
Vraiment, tous les signaux sont au vert cette fois, tout est en place pour que je puisse performer.
Les Secrets du Kayak : L’importance de la sieste
Martin Farineaux : C'est un sujet de moquerie dans mon entourage mais oui, c'est très important pour moi.
Avec l'âge, on récupère moins vite qu'avant donc le sommeil est un sujet d'importance pour moi.
En général, je fais des siestes de 15 à 20 minutes, parfois plus si j'ai très mal dormi la nuit.
Maintenant à 40 ans, je sens nettement la différence avec ma capacité de récupération comparé à il y a 20 ans.
L'échauffement est plus long, la récupération aussi.
Mais comme Maxime, nous ne sommes pas vieux. Nous sommes dans la force de l'âge.
Et à la différence des valides, en Paracanoë, nous avons des jeunes comme des moins jeunes, si bien qu'avec mes 40 ans je suis juste dans la moyenne en KL3.
Les Secrets du Kayak : As-tu un emploi actuellement ?
Martin Farineaux : Non, je bénéficie d'une allocation adulte handicapé.
j'ai une maison prêtée par ma famille, je ne roule pas sur l'or, mais je vis bien.
Etant focus sur les jeux, je mets de coté ma vie professionnelle pour me consacrer à 100% sur ma vie sportive.
J'ai eu travaillé chez EDF pendant longtemps et ensuite j'ai eu un partenariat avec la région chez Humanis où je n'ai pas eu le CDI que j'espérais.
Ensuite il y a eu la naissance de ma fille en 2017 et j'ai arrêté de travailler.
Financièrement je peux vivre correctement, donc je verrai mon avenir pro après les jeux olympique.
On a deux stagiaires au club qui sont en charge de trouver des sponsors mais avec la Covid c'est très compliqué, tout est en standby.
Heureusement que le club de Lille me soutient énormément.
Aller chercher des sponsorings est compliqué et chronophage donc je ne me pollue pas l'esprit avec tout ça.
Je ne pense qu’à mon objectif de Tokyo.
Les Secrets du Kayak : As-tu subi des blessures durant ta carrière ?
Martin Farineaux : Les épaules ça va, mais le handicap me procure des blessures par frottement au niveau du fessier et des pieds.
En tant qu'athlète de haut niveau, on a une tolérance à la douleur bien supérieure à un individu normal, je me plains rarement mais c'est mon entraineur qui me freine lorsque j'en fais trop.
J'ai été opéré 35 fois mais je n'ai jamais été blessé.
Les Secrets du Kayak : La constance, ton secret ?
Martin Farineaux : Depuis que je suis à Lille non, je suis toujours avec Olia.
A Rouen, j'ai eu le même entraineur pendant 10 ans.
Au club, je suis également entouré de beaucoup d'anciens sportifs de haut niveau comme Mathieu Goubel par exemple.
Ils m’apportent une certaine complémentarité avec notre entraineur de tous les jours.
Vous pouvez retrouver Martin Farineaux sur son compte Instagram.
Interview : Guillaume Burger
Retrouvez tout sur Guillaume Burger, le champion de Kayak de course en ligne français. Qui est-il et que fait-il pour performer au plus haut niveau ?
Ceci est une retranscription écrite du Podcast enregistré au mois de janvier 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Guillaume Burger : Très bien !
Je suis actuellement à Prémanon, on est 4-5 et on prépare la saison avec pas mal de PPG.
Il y a très peu d’année où je n’ai pas coupé le Kayak pendant 3 ou 4 semaines, histoire de varier les plaisirs, d’être dans un autre milieu et de revenir plus motivé.
On est un petit groupe qui allons à Prémanon car on expérimente l’entraînement en hypoxie en dormant dans des chambres hypoxiques équivalentes à 2500 m d’altitude.
On fait aussi des RSH, des répétitions de sprint en hypoxie à “3000 m” d’altitude soit sur WattBike ou sur ErgoSki afin de développer nos aptitudes de forces le tout couplé à de bonnes séances d’aérobies de base en ski.
L’instigateur, c’est Philippe Colin qui a poussé pour qu’on puisse faire ca. C’est une façon un peu différente de s’entraîner et ce que j’aime, c’est que cela change mes habitudes, ca nous sort de notre confort.
C’est mon quatrième stage comme ca de 3 semaines.
Quand on redescend à l’altitude “normale”, on est vraiment fatigué une semaine et après, on arrive à enquiller un peu plus et de faire des grosses séances.
C’est un stage qui nous permet d’encaisser plus par la suite ce qui me permet de passer des caps après en bateau.
Quand j’étais plus jeune, ca me gênait de couper le bateau mais avec l’âge, cela ne me gêne plus. Le fait d’avoir beaucoup pagayer toutes ces années, je m’adapte beaucoup plus facilement.
Les Secrets du Kayak - Comment as-tu débuté ?
Guillaume Burger : J’étais au collège et on a fait une classe verte de Kayak.
L’été suivant, j’ai fait un stage en eau-vive à Strasbourg avec les mêmes moniteurs et j’ai accroché. J’ai pris ma licence la saison d’après.
Le club s’appelle Strasbourg eau-vive mais dans les années 1990, il y a eu Babak Amir Tahmasseb qui a percé au club.
Il était d’abord en descente avec Bruno Dazeur que j’ai retrouvé plus tard. Je crois qu’il avait été champion du monde de descente en junior et il a fait après la bascule en Kayak de course en ligne.
Le Club a suivi et quand je suis arrivé en 2001, c’était un club très polyvalent.
J’ai d’abord accroché avec la descente de rivière en cadet et junior. Comme c’était un club multi-kayak, j’ai fait les “régates” minimes où j’ai fini 3 fois 4 ème ce qui m’a mis un peu la “rage”.
J’étais donc plutôt polyvalent pendant longtemps.
Après, c’est un peu par hasard que je me suis au Kayak de course en ligne. Je cherchais à me sélectionner en équipe de France de descente, il prenait les 4 premiers et je fais 5 ème.
On était au mois de mars et il restait tout une saison à faire. Le coach m’a alors proposé de faire de la course en ligne. Je fais alors 3 ème au championnat de France de fond ce qui me sélectionne aux piges.
Comme ils ont sélectionné beaucoup de monde cette année là, je me trouve alors en équipe de France junior et après j’ai enchainé.
J’ai fait des championnats d’Europe en équipe et c’est ces expériences de K2 et K4 qui m’ont beaucoup plus.
J’ai quand même hésité un peu en Junior 2 mais je me suis orienté quand même sur la course en ligne.
On a beaucoup d’exemple de descendeurs qui ont fait la bascule avec succès en kayak de course en ligne que ce soit en France ou à l’étranger.
En descente, il faut savoir que 80% de l’entraînement se passe sur de l’eau plate, tu as donc déjà des habiletés pour la course en ligne.
La position est un peu différente car tu es un peu plus bas sur ton siège. Cela glisse moins et tu mets plus de fréquence et moins de puissance à chaque coup mais la bascule se fait assez facilement.
La stabilité est différente mais si tu arrives à descendre des rivières déchaînées, en général, sur le plat, ca se passe bien.
Ce qui change le plus par contre, c’est la confrontation directe. Entre un contre la montre sur une rivière et une course en couloir, c’est pas la même chose mentalement.
Après je n’y étais pas totalement étranger avec mon Club comme on faisait de tout.
A 12 ans, j’avais fait pas mal de sport comme du judo, de l’escalade, du basket sans jamais trop accroché. J’étais plutôt le gringalet bon en cours et pas très fort en sport.
Au début en Kayak, j’étais dans le paquet.
Quand j’ai commencé mes premières compétitions, on me surnommait le poissard car j’étais abonné au quatrième place et puis un jour, j’ai fait une médaille et c’est devenu possible pour les autres.
Les Secrets du Kayak - A partir de quand as-tu intensifié ta pratique du Kayak ?
Guillaume Burger : Au tout début, on faisait 2 séances mais rapidement, on est passé à la vitesse supérieure.
A Strasbourg, on avait un super groupe et un super encadrement avec Bruno Dazeur. Il y avait déjà une génération plus âgée qui était au sommet des podiums en descente et il y avait aussi une espèce de pole espoir à côté qui venait s’entraîner et qui faisait que comme on avait que 14-15 ans, ca nous donnait envie d’y aller, ca nous montrait ce que c’était que de s’entraîner dur.
On a commencé à rajouter une séance en semaine, puis une séance le dimanche, puis des stages.
Progressivement, on a monté la dose jusqu’à arriver en junior à faire deux séances par jour. C’était quelque chose d’assez normal dans mon groupe d’entraînement. C’était matin et soir.
Je n’avais pas voulu de faire de sport études car j’avais envie d’en finir le plus rapidement possible avec les études. Ca me faisait des très grosses journées car je me déplaçais en vélo ce qui me rajoutait 1h de trajet par jour mais je ne voyais pas le temps passé tellement j’étais motivé.
En junior 1, j’ai vraiment découvert la course en ligne et l’équipe de France et en junior 2, j’ai vraiment voulu mettre le paquet.
J’ai changé d’entraîneur avec Herman Le Marrec et du coup, cette année là, je me suis mis la dose. J’arrivais à la fac et j’avais donc plus de temps.
Je gagne les piges sur 500 et 1000 m et on avait un super K2 avec Tom Kettani Latu avec qui on a gagné les championnats d’Europe et fait 3 ème au championnat du monde sur 500 m.
Je m’entraînais fort et le but, c’était de jouer les podiums. A l’époque, en junior, on faisait des régates où on rencontrait des slovènes, des slovaques, des allemands mais on n’avait pas encore rencontré les canadiens, les néo-zélandais…
On essayait de faire une super course et on voyait le résultat que ca donnait. On partait à fond, on explosait un peu et on regardait sur la ligne d’arrivée le résultat.
Je pars toujours à fond sur le 500 m. C’est un sprint long donc il n’y a pas de concession à faire sur le départ. Mais après il y a un temps de glisse et un temps de gestion.
Les Secrets du Kayak - Et les études alors ?
Guillaume Burger : J’ai fait ma première année de licence à Strasbourg, après j’ai été à la fac à côté de Vaires sur Marne. Ca plaisait beaucoup aux professeurs que j’ai ce double projet, ils étaient assez arrangeant vis à vis des stages.
A 22 ans, j’ai eu mon master et j’ai pu alors me consacrer au Kayak.
En 2008, j’avais participé au championnat d’Europe Senior en K4 avec Arnaud Hybois, Etienne Hubert et Maxime Beaumont. Ca servait de rattrapage pour se qualifier aux JO mais ca ne l’a pas fait car il fallait faire un podium et on a fait 8 ème.
Je suis alors redescendu en moins de 23 ans.
En 2009, j’ai fait d’excellentes piges, j’étais entre la deuxième et la quatrième place sur le 500 et le 1000 mètres ce qui m’a permis d’intégrer le K4 Senior avec Philippe Colin, Sebastien Jouve et Vincent Lecrubier.
On a rapidement trouvé une certaine osmose et on a fini vice champion du monde en 2009.
En 2010, j’étais à côté de la plaque aux piges ce qui m’a fait sortir du K4. Je ne sais pas pourquoi j’ai été si “nulle” cette année là.
J’ai mis plusieurs années avant de retrouver un niveau intéressant.
Jusqu’en 2017, j’étais seulement en équipe B. C’était des années difficiles.
Les Secrets du Kayak - Peut-on vivre du Kayak ?
Guillaume Burger : J’ai toujours été en Pole France ce qui m’a permis d’avoir accès aux structures et aux entraîneurs nationaux. En même temps, j’avais un CIP ce qui faisait que je travaillais à mi-temps tout en ayant un salaire de temps plein.
Mon quotidien est le même depuis plus de 10 ans et quand on me demande ce que je fais, je dis que je fais du Kayak. Après il y a des années où ca marche plus ou moins bien.
En 2021, pour moi, c’est les années où c’est le plus dur d’avoir des aides. Ca fait 2-3 ans que la politique a changé et le concept du mouvement sportif, c’est de mettre le paquet sur les médaillables et beaucoup moins sur les “potentiels”.
Depuis 2-3 ans, je n’ai plus aucun soutien alors qu’en 2013-2015, j’avais un CIP, des aides du comités… En plus, il y a le Covid actuellement ce qui n’aide pas.
Aujourd’hui, trouver une région qui aide à acheter un kayak, ca devient impossible. J’ai eu une CIP pendant des années, elle s’est finie il y a deux ans et on m’a clairement dit que je n’en aurais plus pour le reste de ma carrière.
J’ai eu le droit à deux ans de chômage comme j’avais travaillé un moment et maintenant, je pense que ca va être le RSA ou un hypothétique mécène.
Après tout cela me parait malheureusement logique car j’ai fait des études dans le marketing. Nous, les kayakistes, on ne montre rien.
On parle de nous quand on fait les jeux olympique et pendant 4 ans, on nous voit pratiquement pas. C’est à dire que personne n’a jamais entendu parler de moi.
Pour les sponsors, c’est un peu dur.
D’un côté, je m’en plains et de l’autre côté, je suis conscient qu’on ne fait pas ce qu’il faut pour se mettre en avant. Il n’y a pas assez d’évènement sexy, on ne fait pas assez le show, on ne se montre pas.
On a une grosse part de responsabilité là dedans et c’est à nous de rendre la pratique du kayak attrayante.
On parle souvent du Biathlon mais ils arrivent à faire le show, à faire un spectacle, à remplir des stades alors que nous, on fait encore du “traditionnel” et on ne se met pas vraiment en valeur ce qui fait qu’on intéresse pas.
Je ne me sens pas très à l’aise avec les réseaux sociaux mais je pense que l’on peut faire des efforts sur les évènements.
Par exemple, on a les Open de France qui sont très professionnels mais on ne fait pas de publicité, on n’est pas filmé, il n’y a pas de show autour tout comme les championnats de France.
On a un esprit club où on est tous copains, on est une grande famille mais pas une famille pas très visible ni très ouverte sur le monde.
On est un peu condamné actuellement à rester dans notre petit cercle de passionné.
C’est aussi un peu le problème avec la suppression de deux épreuves aux Jeux Olympique de Paris 2024 où les K1 200 mètres hommes et femmes vont disparaître.
Il y a une super compétition, de nombreux pays qui se tirent la bourre mais on ne se met pas en valeur. On a un super sport, je trouve mais on n’évolue pas. Il faudrait qu’on arrive à ne plus être immobile, à faire des choses autours de notre sport pour que les gens nous voient plus.
On a quelques régates et évènements qui valent le coup comme la régate de Decize, le Breizh Kayak Festival, la régate de Saint Laurent de Blangy… Et qui pourraient faire participer les semi-compétiteurs qui ne sont pas à haut niveau.
Mais c’est vrai qu’on a du mal à déplacer les foules.
On a du mal à sortir du cadre et à proposer des “innovations”.
Il y a quelques temps, je me suis acheté un petit drone, chose que beaucoup d’autres sportifs ont dans leurs valises. J’aime bien partager les belles choses que l’on fait et avant d’être un sportif de haut niveau, je suis un sportif avant tout.
Comme avec un drone, tu ne peux pas te filmer toi-même, je me suis mis à filmer mes coéquipiers et amis et comme ce n’est pas moi dessus, j’ai créé un compte sur instagram “Burg-Air” où je partage ces images, pour montrer les expériences que l’on vit.
Comme je suis au chômage, ca m’occupe aussi pas mal lors de mes après-midi de repos de filmer, de monter.
Je pense vraiment qu’on a un super produit mais comme personne ne le met en avance, personne n’en a conscience.
Il faudrait aussi qu’on arrive à accrocher plus de médailles car forcément, ca parle et ca fait plus accrocher dans l’esprit des gens.
Je pense qu’en tant qu’athlète, on fait le boulot au niveau sportif mais qu’on pourrait faire plus mais aussi que tout ce qu’il y a autour pourrait être mieux “packagé”.
J’ai une petite histoire avec Ocean Park. Ils m’ont contacté sur instagram, ils sont essentiellement des sports de glisse et j’ai donc fait un shooting avec eux.
C’est une petite marque bretonne qui se développe pas mal et mon univers avec le Club de Saint Grégoire, ca leur a plu.
On s’entend bien et ils me soutiennent. Je suis content de les représenter.
Les Secrets du Kayak - L’évolution de ton entraînement
Guillaume Burger : Quelque soit la distance de course, je démarre et fini toujours très fort mais je ne gagne pas à chaque fois ce qui veut dire qu’au milieu, il se passe quelque chose.
Pour un kayakiste, je suis un petit gabarit car je fais moins de 80 kg pour 1m81. Je ne suis pas capable de te dire qui a une calvitie dans l’équipe de France.
J’ai un gabarit qui favorise l’accélération et moins l’inertie.
Je pense que ca vient aussi de ma technique et de mes propriétés motrices. Je peux être véloce mais je ne suis pas très puissant.
Même sur 200 mètres, je n’arrive pas à maintenir ma vitesse du début à la fin.
C’est peut être aussi un peu mental.
Quand je ne calcule pas, je peux être fort mais quand je suis fatigué et qu’il faut être un peu “malin”, peut être que toutes les connexions ne se font plus.
J’en suis assez conscient mais c’est un défaut que j’ai du mal à corriger malgré le fait que je bosse dessus.
L’été dernier, j’avais passé un cap sur le 1000 mètres mais depuis j’ai fait d’autres courses et je suis retombé dans mes travers.
Je ne maîtrise pas encore ce train de course, cette vitesse de croisière.
En monoplace, j’ai un peu de mal aussi et j’ai l’impression de mieux m’exprimer en équipage où j’arrive à avoir plus de régularité.
Ce que je dis, je pense, n’est pas très original.
Je travaille cela techniquement car je n’ai pas de problèmes physiquement à tenir un effort, surtout quand je vois que je peux relancer fort en fin de course.
C’est plus de maintenir ma technique tout le long de la course. Les séances clés pour travailler ca, ce sont les séances de puissances aérobies sur 3, 4 voir 6 minutes où j’essaye toutes les 30 secondes de maintenir ma vitesse coûte que coûte.
Justement, ce sont des séances que je n’aime pas faire. Ce qui est le plus plaisant, c’est de travailler ses points forts.
Par exemple, des séances où on va faire des 1 minutes, ca, j’adore.
Par contre, bosser mon point faible, c’est laborieux. Quand j’arrive à faire une bonne course derrière, je suis content.
Je fais quand même ces séances avec envie.
Je ne pense vraiment pas que le problème soit physique, mais plus sur la réalisation d’une course, sur mon coup de pagaie, si j’arrive à bien propulser mon bateau avec mes jambes du début à la fin.
Ma distance de prédilection, c’est le 500 mètres mais comme on a loupé le quota pour aller au Jeux Olympique avec le K4 500 mètres, ma seule possibilité d’y aller, c’est de me qualifier sur le 1000 mètres et là pour le coup, ca a toujours été une distance sur laquelle je pense pouvoir être bon.
De façon ponctuelle, je fais un peu de préparation mentale mais je n’ai jamais accroché sur le long terme.
J’ai plus travaillé avec des psychologues sur ma vie en général et ce que j’allais trouver dans le Kayak.
On parle beaucoup de préparation mentale depuis quelques années, comme une mode et pour moi, ca n’apporte rien de nouveau car c’est ce que je fais tous les jours avec mes coach.
C’est avec eux que je discute technique, physique et mental.
Je suis connu pour être un gros travailleur et ca m’a joué quelques tours.
D’abord en junior où j’avais bossé comme un malade mais sans avoir forcément la “caisse” pour. Par chance, j’ai eu cette baisse de régime à un moment où il n’y avait pas de compétition importante. J’ai eu le temps de me refaire la cerise.
Fin 2016, j’ai contracté une hernie discale. Je suis assez dur au mal et justement, cette hernie discale que j’ai vraiment résolu 3 ans après, elle m’a vraiment montré que ce n’était pas que plus j’en faisais, plus j’allais progresser. Qu’il fallait un équilibre à côté du kayak.
La vie est une question d’équilibre, surtout en sport si on veut être performant. Il faut être bien dans ses baskets et ca, ce n’est pas possible qu’en sport.
Les Secrets du Kayak - Pourquoi un siège tournant ?
Guillaume Burger : Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à mes débuts, j’étais en siège tournant dans mon kayak. C’était vraiment technique, j’aimais bien, ca me donnait de l’amplitude et de l’aisance dans mon geste.
Ce n’est pas très courant et souvent en équipage, les équipiers ont tendance à ne pas avoir confiance.
En 2014, je suis donc passé à un siège standard qui donne plus de contraintes sur le bas du dos car il y a moins de mobilité dans le bassin. Ca m’a donc imposé de nouvelles contraintes, j’ai fait plusieurs lumbago sans trouver de solutions. Je m’acharnais à l’entraînement et quand j’ai eu ma hernie discale en 2016, j’ai du me remettre en question.
Je suis retourné dans un siège tournant que j’ai fait sur mesure avec un orthoprothésiste pour mettre les problèmes de dos derrière.
Quand ca ne va pas, il ne faut pas s’acharner mais plutôt prendre du recul et trouver des solutions.
Ca a quand même mis 3-4 ans avant de me faire des lumbagos régulièrement mais il n’y a eu aucun moment où j’ai pris du recul avant ma hernie.
J’ai été arrêté pendant 3 mois et loupé une partie de la saison 2017 à cause de ca.
J’ai mis du temps à le gérer et j’espère que ca ne m’embêtera plus jusqu’à la fin de ma carrière.
J’ai fait mon siège avec un orthoprothésiste qui a fait un moule de mes fesses, il est vraiment sur mesure mais la grosse particularité, c’est qu’il est très plat sur le fond et un rebord très prononcé sur l’arrière pour soutenir mes lombaires.
Quand il a vu les sièges standards que toutes les marques ont, ergonomiquement parlant, il ne comprenait pas qu’on ne soit pas plus maintenu que ca sur l’arrière.
Je ne suis pas le premier à avoir eu des problèmes de dos et à l’avoir résolu avec un siège tournant.
Je pense notamment à Amandine Lhote et Sarah Troel qui ont fait la même chose.
Si je pagaie bien, idéalement, je ne vais pas m’appuyer sur le rebord arrière du siège et celui-ci ne me limite pas dans ma rotation comme le siège tourne.
En général, au début, on utilise le siège tournant comme un éducatif sur quelques séances pour trouver de la mobilité et en junior 2, j’ai vraiment trouvé ca intéressant et j’ai développé ma technique avec.
C’est une façon de pagayer un peu différente d’un siège normale mais qui me va très bien.
Le problème au début pour s’adapter, c’est que l’on a beaucoup moins de préhension dans le bateau, on le tient beaucoup moins et on peut avoir l’impression de se faire balader par ses équipiers en équipage qui eux, vont plus tenir le bateau.
Je pense qu’il faut avoir un gainage plus fin, avoir des micromouvements et des abdos très solides.
Mais par contre, on a plus d’amplitude dans les hanches et donc dans les jambes ce qui fait qu’on peut plus s’en servir.
Je fais beaucoup de travail de gainage en instabilité, je me rajoute environ 3 séances de 20 à 30 minutes par semaine, que ce soit avec des waff, avec des Swiss Ball, ce qui demande beaucoup de concentration et qui me semble indispensable pour la pratique du kayak de course en ligne en général.
C’est important d’avoir des gros muscles pour envoyer des watts mais aussi tout ce gainage pour être à l’aise dans son bateau et pouvoir s’exprimer.
Ce que je vais utiliser pour travailler ma stabilité aussi, c’est d’utiliser une cadence très basse pour chercher de l’instabilité et de placer des coups de pagaies propres et sans mouvements parasites.
Un autre truc que j’aime bien, c’est de travailler avec un parachute qu’on va laisser trainer dans l’eau ce qui est un espèce de frein géant. Tu peux difficilement aller à plus de 6 km/h mais ce n’est pas comme mettre un frein car là, ca ne casse pas la glisse du bateau.
Avec ca, tu as moins d’instabilité mais le but est de pagayer lentement et d’avoir le geste le plus précis possible.
En musculation, j’ai un bon rapport poids/puissance. Par exemple, en tractions lestées, je suis parmi les meilleurs. La dernière fois, j’ai fait 3 répétitions avec 65 kg.
Les Secrets du Kayak - Pourquoi avoir deux entraîneurs ?
Guillaume Burger : Au centre de mon cercle de performance, je mets François During et Philippe Colin.
Je pourrais aussi citer Herman Le Marrec où j’habite à Rennes, qui intervient moins régulièrement mais dont j’aime avoir l’avis.
Je pense que François et Philippe s’entendent très bien et ils ont aussi bien des grosses qualités que des gros défauts dans leurs manières de coacher mais par contre, entre eux, ils communiquent super bien.
Il y a vraiment des fois quand je n’ai pas de solution, je vais dire l’information à l’un, et en discutant, ils auront plein d’idées pour résoudre le problème.
Avant tout, je pense que je suis performant et j’ai envie de performer dans des biplaces et quatre-place, donc des sports d’équipes et à ce moment là, je pense que c’est une force d’avoir un entraîneur qui entraîne moi et mes coéquipiers qui sont aussi mes adversaires.
Notre objectif reste de faire des médailles aux championnats du monde, aux Jeux Olympique et il y a de fortes chances qu’on soit dans le même bateau.
Si on est nombreux à être entraîné par François, c’est qu’on est nombreux à penser que c’est un super entraîneur.
Pour se qualifier aux Jeux Olympique de Tokyo, il faut que je sois le meilleur français sur 1000 mètres en dehors d’Etienne Hubert et de Cyrille Carré qui sont qualifiés sur le K2 1000 mètres.
Mais je ne vois pas mes coéquipiers comme des adversaires mais plutôt des “aides” pour qu’on progresse mieux ensemble.
D’ailleurs, si je suis venu à la course en ligne, c’est justement pour les équipages ce que je trouvais qu’il manquait au Kayak de descente.
Je n’ai pas vraiment changé ma manière de m’entraîner pour le 1000 mètres car l’effort ressemble à celui du 500 mètres à part rajouter un peu d’aérobie ce qui fait que j’ai un programme hybride actuellement avec 18 et 24 heures d’entraînement en semaine de développement et entre 120 et 150 km de Kayak par semaine en stage.
Je ne mets pas de teflon sur mon siège tournant vu qu’il tourne mais il est recouvert d’une petite mousse pour une question de confort et être bien maintenu dans le siège.
Je pense que le truc que je fais plus que d’autres, ce sont les séances avec le parachute où je vais faire 8x20’’ en pagayant à 40 de cadence et après où je vais l’enlever et pagayer pendant 20 minutes tranquillement afin d’imprimer ses sensations dans mes muscles et dans mon cerveau.
Les Secrets du Kayak - Quelle est ton hygiène de vie ?
Guillaume Burger : Je ne fais rien de particulier. La moitié de l’année, j’essaie de ne pas abuser et l’autre moitié, j’essaie de suivre les grands principes basiques de l’alimentation saine à l’approche des compétitions.
Je prends un peu de shaker de protéines après mes séances de musculation et parfois un peu de BCAA. Je peux faire une cure de gelée royale ou prendre de la vitamine D l’hiver.
Je ne fais pas de méditation ou de sophrologie.
J’ai mes petites routines de concentration pour les séances clés ou les compétitions.
J’ai fait un peu de Yoga pendant le premier confinement car je n’avais rien d’autre à faire où j’avais un ergomètre et deux haltères.
Je me suis déjà subluxé une épaule en faisant une descente de rivière quand j’étais un jeune senior mais sinon je n’ai jamais rien connu de très sérieux.
Comme on n’a pas trop d’impacts, on est assez protégé niveau blessures au Kayak.
Les Secrets du Kayak - Pourquoi avoir changé de Club ?
Guillaume Burger : J’étais de Strasbourg de 2001 à 2017 et l’équipe de direction a changé à ce moment et ils sont arrivés avec un nouveau projet.
Le sport de haut niveau les intéressait beaucoup moins, ils préféraient former des jeunes et s’orienter vers le sport associatif. Ils ont été très clair avec moi et comme j’habitais déjà à Rennes à l’époque, ca m’a paru assez évident de passer le cap en “signant” à Saint Grégoire qui est un club historique.
On a une super équipe et on s’amuse bien.
En 2019-2020, là où je me suis le plus entraîné en Floride.
Après quand je suis à Rennes, je m’entraîne à Saint Grégoire mais sinon pour participer à tous les regroupements, je suis régulièrement à Vaires sur Marne.
En fait, la plupart du temps, on s’entraîne sur les Poles France où on a nos coéquipiers et les entraîneurs nationaux et c’est pour cela que c’est difficile de garder du lien avec nos clubs.
On se retrouve à la pré-saison, pour préparer les championnats de France à ce moment là, on retrouve l’esprit Club dont on est particulièrement fier dans le Kayak.
Les Secrets du Kayak - Quel matériel as-tu ?
Guillaume Burger : Je suis en Nelo Cinco L, j’avais essayé le Nelo Sete mais je l’ai trouvé trop directeur.
Je crois que Maxime Beaumont est passé en Sete ainsi que Franck Le Moel et sur la scène internationale, c’est du 50/50.
Avant le Cinco, j’étais en Quattro mais quand je l’ai essayé, je l’ai tout de suite adopté.
J’ai longtemps gardé mon Vanquish 1 et ce sont mes sensations qui décident.
Je ne me pose pas de questions, je veux un Nelo car je voyage souvent sur d’autres continents et c’est le seul constructeur avec lequel je peux retrouver mon “bateau” si j’en loue un.
En plus, ce sont les bateaux qui font le plus de médailles.
Par contre, je ne sais pas si je vais plus vite en Cinco qu’en Vanquish 1. Il n’y a pas eu vraiment d’évolution dans les formes depuis le Vanquish, la glisse n’a pas changé.
Je suis en Braca 1 depuis 4 ans. Auparavant, j’étais en Braca 2, en Gpower et en Jantex. Je trouve la Braca 1 très simple d’utilisation ce qui me permet de m’exprimer simplement.
Au niveau du matériel, je vais au plus simple.
Je la règle en 2m20 que je règle à 50 degrés et c’est une min soit 805. Parfois, je peux prendre la Smin sur un 1000 m ainsi que la Max sur de l’équipage.
Je ne sens pas trop de différences entre un manche fixe et un manche vario et comme ce dernier est plus simple d’utilisation, je ne me pose pas de questions.
Je sens que beaucoup de choses sont ancrées et qui sont stabilisées avec les années. Cela me donne de la confiance en cas d’arrêt, une certaine sérénité.
J’essaie parfois de me mettre un coup de pied au cul car je peux faire preuve d’un excès de confiance pour une séance qu’on va faire et que j’ai déjà fait des dizaines de fois, sachant déjà comment ca va se passer.
De me dépasser et ne pas rester dans mes habitudes pour dépasser mes limites et sortir ma zone de confort.
Il faut utiliser son expérience tout en gardant ses yeux de jeune homme et sa curiosité.
Quoi qu’il se passe pour Tokyo, je souhaite continuer jusqu’à Paris 2024 car je suis hyper heureux de faire du sport tous les jours, de m’aligner avec les meilleurs du monde et bien évidemment de faire des podiums.
En plus, comme c’est à Paris, il n’y aura pas mieux dans mon sport comme objectif.
Vous pouvez retrouver Guillaume Burger sur son compte Instagram ainsi que sur Burg Air.
Interview : Francis Mouget
Retrouvez tout sur Francis Mouget. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour performer ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Francis Mouget en janvier 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Francis Mouget : Ca va plutôt bien, c’est le repos avant la séance de ce soir.
Je m’entraîne entre 2 et 3 fois par jour actuellement, ce qui est assez commun à notre pratique, même en dehors des stages.
J’habite à Nancy et je fais un peu de ski de fond dans les Vosges le week end régulièrement.
Je ne fais pas de stage de ski de fond car je préfère garder contact avec le bateau.
Je ne fais donc aucune coupure hivernale, je m’entraîne toute l’année sans coupure.
J’ai déjà fait un stage de ski d’une semaine quand j’avais 22 ans et en fait, dans mes souvenirs, tu fais du ski, du ski et du ski et quand tu reviens dans ton quotidien, tu as perdu certaines sensations dans le bateau, tu as perdu 10 kg sur tes barres en musculation… Depuis, je n’ai plus envie de faire de stage de ski.
Après durant le confinement, je n’ai pas pu faire de musculation traditionnelle et j’ai fait beaucoup de TRX, d’exercices avec élastiques et là, par contre, sous les barres, je n’avais rien perdu ce qui remet en question un peu mes croyances.
Par contre, le bateau à la sortie du confinement, ca n’a pas été facile. On retrouve de nouvelles sensations mais il m’a fallu 2-3 semaines pour re-performer.
Même avec l’ergomètre durant le confinement, j’ai perdu la “glisse”.
Quand je fais de l’ergomètre, l’objectif, c’est de monter les watts ou la vitesse sur l’ergo et il n’y a rien de plus simple car il suffit de tirer comme un mulet alors que sur un Kayak, ce n’est pas du tout ca.
En Kayak, il y a toute la notion de prise d’eau. Quand tu poses ta pelle, c’est toi qui doit avancer au lieu de “tirer”. C’est une notion assez difficile à mettre en place et on le perd rapidement sur l’ergomètre.
A la sortie du confinement, ce que j’ai perdu, c’est la gestion du bateau et la fixation dans l’eau. J’avais l’impression que le bateau se soulevait quand je pagayais, comme s’il rebondissait et il n’avançait pas en avant.
Les Secrets du Kayak - Comment as-tu débuté le Kayak ?
Francis Mouget : J’ai commencé en septembre 2003 à 13 ans au club de Saint Vit à côté de Besançon. Je suis resté une dizaine d’année dans ce club qui est un petit club sans être un petit club.
J’avais commencé avec Hervé Maigrot que tout le monde connaît dans le milieu. C’était le professeur de sport des écoles primaires de Saint Vit et on faisait pas mal de kayak avec l’école.
Je faisais du judo auparavant et j’en avais un peu marre car on tournait en rond.
J’avais essayé plusieurs sports et au final, il est resté le Kayak mais je ne voulais pas faire de compétition au début.
J’ai commencé directement en course en ligne. Je voulais juste m’amuser, naviguer.
Je n’ai pas tout de suite percé. Je me souviens de stage où je me faisais engueuler car je pagayais mal. Après, on a réussi à me motiver à faire les championnats de France minimes mais j’étais dans le deuxième K4 de la région.
J’étais entre 4 et 8 ème de la région sur 10.
En fait, ce qui m’intéressait dans les compétitions, c’était l’esprit club. C’était pas la compétition en soi qui me motivait. Je ne regardais pas du tout le haut niveau.
Les Secrets du Kayak - A partir de quand as-tu envisagé le haut niveau ?
Francis Mouget : L’envie du haut niveau est arrivé sur ma dernière année junior où j’ai commencé à regarder un peu. A ce moment là, je m’entraînais avec Guillaume Holstein qui était en fac de sport et il faisait son stage sur le Kayak et j’étais son “sujet” de stage.
Il m’avait bien motivé et on avait comme objectif de rentrer en équipe de France junior. J’avais fini 7 ème et il en prenait 6.
Avec le recul, je ne m’entraînais pas assez. Je me suis longtemps entraîné 2 fois par semaine, puis à 4 entraînements l’année de mes 17 ans pour essayer de rentrer en équipe de France.
A l’époque, je ne me rendais pas compte de ce que faisait les autres.
L’année de mes 17 ans, j’ai tenté les tests pour rentrer au Pole Espoir de Nancy qui étaient sur des tractions, des pompes, de la course à pied. Je ne faisais d’ailleurs que deux tractions d’ailleurs.
J’avais fait les minimas pour rentrer au Pole et comme on était beaucoup, il s’était basé sur les résultats des championnats de France de fond de l’année précédente et j’étais tombé à l’eau. Je n’ai donc pas été pris au Pole pour ca.
Il y a un sport étude Kayak à Besançon mais mes parents étaient contre.
Quand j’ai eu mon bac, mon objectif a été de rentrer en école de kinésithérapie. Il fallait que j’y rentre par la première année de médecine et j’oublie un peu le Kayak que je ne fais plus qu’une fois par semaine pour m’aérer.
Cette année de médecine a été un échec mais j’ai quand même fait les championnats de France de fond où j’ai fait mon pire résultat : dans les 70 ème.
Par contre, comme les partiels de médecine étaient en mai, de mai à juillet, jusqu’au championnat de France de vitesse, là, j’ai commencé à m’entraîner deux fois par jour.
J’avais rencontré un entraîneur, Freddy Mismetti, qui s’intéressait à ce que je faisais. Il m’avait un peu expliqué comment je pouvais m’entraîner parce que jusque là, je n’avais pas encore réalisé que je ne m’entraînais pas assez.
J’ai voulu faire 2 séances par jour pour voir ce que ca donnait et lors des championnats de France, j’ai fait 6 ème de la finale B mais par contre, j’étais premier des seniors 1. En deux mois, ca m’avait impressionné.
A ce moment, Freddy m’a proposé de m’entraîner. J’étais un peu réticent au départ car je voulais ma première année de médecine.
Et cette année là, je rentre en équipe de France des moins de 23 ans mais je n’avais pas eu mon année de médecine bien que j’ai amélioré mon classement. J’étais déçu mais bon.
A ce moment, je m’entraîne comme un sportif de haut niveau. Je rentre sur les listes de haut niveau.
Je suis rentré en Staps et j’avais des aides pour ma scolarité même si je n’ai pas voulu dédoubler mes années mais j’avais le droit de ne pas assister au cours.
Je passe directement à deux séances par jour au lieu d’une quand j’avais essayé de concilier avec mon année de médecine mais je ne constate pas une progression fulgurante par rapport à une séance par jour.
Je finis par sortir de l’équipe de France d’ailleurs. Je pense que j’étais surentrainé, j’étais vraiment fatigué. Je me suis reposé après pendant 2 mois mais j’étais toujours fatigué.
En faisant une analyse de sang, il s’avère que j’avais eu la mononucléose aussi.
J’encaisse ca assez mal mais je me dis aussi qu’il reste encore des années. Je continue à avoir des ambitions, même quand j’intègre l’école de kinésithérapie qui d’ailleurs me fait bouger et intégrer un pole espoir avec de nouveaux entraîneurs, un nouveau cadre.
Les Secrets du Kayak - Un changement d’entraînement ?
Francis Mouget : Les méthodes d’entraînements ont alors beaucoup changé. A l’époque, le directeur des équipes de France voulait qu’on se spécialise, soit sur le 200, soit sur le 1000 et je n’avais pas du tout envie de me spécialiser.
On m’a forcé à me spécialiser sur le 200 mètres que je n’avais jamais préparé même si j’avais été en équipe de France U23 sur 200 m.
L’entraînement ne m’a pas correspondu, il fallait s’entraîner toujours plus. On faisait beaucoup de musculation, beaucoup de cadence basse avec des intervalles courts comme des 1’ à 40 de cadence avec une récupération de 30’’, avec frein, sans frein, avec environ 40’ de travail.
Je pensais progresser en terme de vitesse pure mais lors des piges, alors que j’avais pris 20 kg sur mes maxis en musculation, je ne transmettais rien. La force que j’avais dans les bras, je ne fixais pas la pelle dans l’eau, je perdais de l’énergie pour ne pas avancer.
A basse cadence, j’y arrivais mais dès que j’augmentais la cadence, je n’arrivais plus à avoir de l’appui.
J’ai résolu ça l’année d’après en partant sur l’entraînement pour le 1000 mètres.
La grande différence en terme d’entraînement, c’est que pour le 1000, on fait pas mal de puissances aérobies assez longues entre 3 et 8 minutes d’effort continue sur 20’ de travail complet alors que sur le sprint, on fait des 1’.
Je trouve que travailler à 90 de cadence, ca m’aide à fixer mon geste.
En une année, j’ai repris mon classement sur 200 mètres, c’est à dire dans les 6 meilleurs français avec cet entraînement.
A ce moment là, j’ai des horaires aménagées pour mes études de kiné que je fais en 5 ans au lieu de 3 ans.
En 2016 après les jeux, je me suis promis que je tentais l’équipe de France jusqu’au Jeux pour les jeux de 2020. Si je n’y arrivais pas, j’arrêtais.
Les Secrets du Kayak - Retour en équipe de France
Francis Mouget : En 2017, je suis encore aux portes de l’équipe de France et en 2018, j’y rentre.
A l’époque, je n’avais pas d’aménagement pour le travail mais j’avais choisi mon employeur par rapport. Je voulais être kinésithérapeute salarié pour ne faire que 35 heures et au final, j’ai trouvé avec le CHU de Nancy qui m’a proposé le meilleur boulot aussi bien en terme de boulot que de solutions si jamais je rentrais en équipe de France.
La plupart des employeurs me disait qu’on ferait des congés sans soldes et d’autres qui me disaient que ce n’était pas possible alors que le CHU avait tout de suite été intéressé et était prêt à m’aider au cas où ca fonctionnait pour moi.
J’avais entendu pas mal de rumeurs à propos de ma sélection jusqu’à tant que Jean Pascal Crochet m’appelle et me parle du K4.
J’ai tout de suite été aligné sur le K4 en coupe de monde et j’étais super content car c’était le bateau qui m’intéressait.
En moins de 23, j'avais déjà fait un K4 1000 et on avait fini 4 ème au championnat d’Europe et en 2011, sur le K2 200m, on avait fait 9 ème européens.
J’avais déjà fait une coupe du monde de senior quand j’étais en moins de 23 ans en tant que deuxième bateau ce qui fait que je n’étais pas dépaysé.
C’est plus mes premiers championnats d’Europe Senior où on était dans le vif du sujet et c’était, pour moi, un cran au dessus d’une coupe du monde. Au niveau de l’organisation, c’est différent.
Par exemple, tu dois faire mesurer ton bateau, le faire valider, le passer à la jauge avant le départ et puis, c’est une autre ambiance.
On y fait une finale A en finissant 8 ème. Pour moi, c’était satisfaisant. Je faisais équipe avec Franck Le Moel, Guillaume Le Floch et Guillaume Burger.
Avec Franck, on n’était pas les meilleurs sur 500 mètres. On était un peu les “boulets” de l’équipe même si on était fort sur 200 mètres. Ce n’était pas la meilleure composition que l’équipe de France pouvait donner et j’avais donc trouvé les résultats satisfaisants.
J’ai trouvé l’intégration en équipe de France facile car les mecs sont tous des amours.
En même temps, ma place n’était pas garantie car je suis sorti du K4 pour les championnats du monde pour faire rentrer Etienne Hubert dans le bateau et la question se posait entre Franck et moi, sans trop comprendre pourquoi.
Les règles de sélections se faisaient beaucoup sur le 200 mètre et Franck m’avait battu d’une place tandis que je l’avais battu sur 500 mètres.
Malgré tout, je suis resté dans le collectif équipe de France et j’ai fait du K2 500 mètres et du K2 200 mètres.
Sur le K2 500 mètres, avec Cyrille Carré, on a fait 4 ème mondial. Je pense que c’est mon meilleur souvenir de Kayak, les 2 mois passés avec Cyrille et ce résultat.
Sur le K2 200 mètres, on fait 8 ème mondial en passant un peu au travers de notre course avec Franck.
Les Secrets du Kayak - La non qualification Olympique
Francis Mouget : Pour se qualifier, il fallait être dans les 10 meilleures équipe et même temps que 4 continents soient représentés dedans.
Du coup, on fait 8 ème et les 7 premiers sont européens et ils ont du rattraper derrière nous pour avoir les 4 continents.
C’est une grosse déception car on y allait pour le podium et ca a été un choc de ne même pas avoir le quota. On n’est à un dixième de la troisième place.
Tous les bateaux arrivent tous en même temps à part les allemands qui gagnent avec les espagnols qui sont plus devants.
On avait une stratégie de course vraiment offensive où on partait devant et on tenait. Ca avait bien marché en coupe du monde.
Par contre, sur les jeux européens, ca s’était moins bien passé car il y avait du vent de travers et en fonction du couloir où tu étais, tu n’avais pas les mêmes conditions et on avait mis nos résultats sur ce compte.
On ne s’était pas remis en question.
Quand on fait 8 ème au championnat du monde, on ne l’avait pas vu venir et finalement, on aurait du tirer des leçons des jeux européens.
Ca remettait en cause le K4 et j’ai cherché une autre solution pour aller au jeu qui est le K1 1000 car il y a une possibilité de rattrapage.
Il faut gagner les sélections équipe de France pour être sélectionné pour les rattrapages.
Il y a du client dont notamment Guillaume Burger qui a la même optique que moi.
Les Secrets du Kayak - Changement de plan
Francis Mouget : En 2017-2018, je me suis fait mon propre plan ce qui ressemblait à un mixte entre l’entraînement du 200 m et du 1000 mètres, sans regarder ce que faisaient les autres.
Je faisais de la musculation type 200 mètre et un entraînement sur l’eau plus pour le 1000 mètre.
Je suis un passionné de préparation physique, j’ai un DU de préparation physique.
Quand on est son propre entraineur et qu’on est fatigué, on a tendance à vouloir alléger son entraînement alors qu’il faut y aller et se rentrer dans le lard.
C’est ca qui a été le plus compliqué à gérer.
En 2017-2018, comme je travaillais en temps plein, je m’entraînais de 17h30 à 20h30 qui se décomposait avec 1h30 de musculation et 1h de bateau.
Globalement, je faisais globalement plus 1h15 en bateau.
L’été, j’avais des partenaires d’entraînements comme Edgar et Gaëtan. Gaëtan est le coéquipier de Etienne Hubert en club et Edgar, c’est un athlète arménien qui a couru pour l’Arménie en 2015 sur 200 mètres.
Ce qui est bien d’avoir des partenaires d’entraînement, quand tu annonces la séance d’entraînement, ils sont là pour la faire et ca t’oblige à la faire ce qui m’a beaucoup aidé.
Grâce à eux, je ne lâchais pas ce que j’avais écrit.
Les Secrets du Kayak - Et la musculation alors ?
Francis Mouget : Je suis plutôt bon en tirage, Maxime Beaumont est aussi fort que moi, voir plus fort.
Quand tu regardes sur l’ensemble des kayakistes internationaux, ils sont tous très balaises sur le tirage.
Après, je mets une pause entre chaque répétition et je cale mes jambes.
Quand j’étais en équipe moins de 23 ans, je ne soulevais pas plus que les autres mais avec les années, je suis devenu fort.
Au développé couché, mon max est 150 kg et en tirage, j’ai fait 145 kg pour 1m88 et 90 kg.
Il y a deux ans, je faisais plutôt 93 kg mais j’ai désiré perdre du poids après le non-quota sur le K4 pour lever un peu le bateau et mieux glisser.
J’ai senti très vite cet effet, par contre je m’étais fixé 88 kg et là à ce moment, je me sentais faible et j’ai repris un peu de poids.
J’évalue aujourd’hui mon poids de forme à 89 kg.
Les Secrets du Kayak - Quel hygiène de vie pour le haut niveau ?
Francis Mouget : Qu’est ce qu’on appelle faire attention à son alimentation ? Je fais attention sans faire attention car je suis quelqu’un de gourmand et plutôt accro au sucre.
J’essaie de limiter ca depuis 2-3 ans et je ne me souviens pas d’avoir fait un Fast Food depuis au moins un an.
J’essaie de tout faire maison, même pour les gâteaux. Je suis un fan de robots comme le Thermomix, le Cookéo…
Au moment où j’ai fait appel à une diététicienne, j’ai du lui envoyer la photo de mes repas et en envoyant la photo, ca m’a forcé à faire plus attention.
Je suis également sponsorisé par Vital Plus qui est une marque française de naturopathie. Je prends des vitamines et des oméga 3 tous les jours. De temps en temps, je prends des protéines végétales en poudre après mes séances de musculation.
Je prends aussi des BCAA en poudre sur certaines séances.
Je n’ai pas vraiment eu de sponsor sauf durant l’année du K4 et là, pas mal m’ont lâché.
Vital Plus reste mon meilleur sponsor car ils m’ont aidé sur une pagaie, sur une montre en plus de me fournir mes compléments alimentaires chaque mois.
Je n’étais pas le meilleur du tout au début, j’avais même l’impression d’être le boulet et finalement petit à petit, ca l’a fait.
Quand je suis en stage, je fais des siestes. Si je suis chez moi, si je travaille, je n’en fais pas mais par contre, je fais des grosses nuits soit 8 à 9 heures.
Socialement, j’aime bien aller au restaurant, aller au cinéma, dans des bars.
Après il y a des périodes où je vais être souple et d’autres où je ne vais pas être souple en fonction de la période.
Par exemple, j’irais au cinéma sans prendre de popcorn. Si je vais dans un bar dans une période de compétition, ce sera plus un perrier tranche que de l’alcool.
Les Secrets du Kayak - Combien de temps pour tenir dans un vrai bateau ?
Francis Mouget : A 13 ans, on progresse plus vite qu’à 30 ans sur la stabilité mais globalement, en moins d’un an, j’étais dans un bateau équivalent au Cinco d’aujourd’hui.
Par contre, je me souviens d’une séance d’hiver au mois de novembre où je suis tombé 11 fois.
Je naviguais proche des bords pour éviter d’avoir à trop nager.
En moins d’un an, tu es dans un bateau instable avec quelques expériences de baignade bien corsés.
En clair, si tu lâches pas ton bateau de septembre à juin, tu vas progresser en stabilité à l’inverse de si tu arrêtes tout l’hiver, même si ca reste plus facile à 13 ans qu’à 30 ans à cause de l’appréhension.
A 13 ans, on était une équipe, il y avait quelqu’un qui nous suivait. Si tu tombais, tu nageais au bord ou on venait te repêcher.
On n’est plus sur les mêmes normes de sécurités d’il y a 20 ans.
Après c’est sur qu’au milieu d’un lac, c’est compliqué pour remonter, surtout quand ca gèle.
C’est l’appréhension qui fera que tu tomberas en plus.
Les Secrets du Kayak - Quid du matériel ?
Francis Mouget : Je navigue dans un K1 Nelo Cinco XXL.
Pour être honnête, avant de rentrer en équipe de France moins de 23 ans, j’étais dans un bateau club que j’avais cassé une semaine avant les piges et Patrick Suraniy m’a prêté un Vanquish 3 et ca, c’est bien passé.
Il me l’a prêté encore deux mois car j’étais rentré en équipe de France.
Après j’ai voulu acheter un bateau et j’avais essayé d’autres marques. A l’époque, Nelo avait le meilleur service après vente et depuis donc je suis chez Nelo.
Ca ne m’empêche pas d’essayer de temps en temps des Plastex et je préfère mon Nelo Cinco. J’ai essayé le Nelo Sete mais je préfère le Cinco.
Dans le Sete, je me sens hyper stable, on pourrait danser dedans mais par contre, je le sens très énergivore. Il avance vite mais je le trouve un peu lourd à déplacer. Je ne me vois pas faire 1000 mètres dedans.
C’est pour cela que je suis resté dans mon Cinco que je trouve agréable, je sens une glisse importante mais il est un peu moins stable que le Sete.
Par contre, si demain, je dois préparer le 200 mètres, je passerais peut être en Sete car comme il est plus stable, je pourrais faire le “bourrin”. Je pourrais plus m’investir.
En pagaie, j’ai une Braca 1 en 805 cm3 et 2m19 de longueur avec un angle de 35 degrés ce qui est assez peu comparativement aux autres qui sont autour de 50 degrés.
A une époque, j’avais même 10 degrés mais j’ai augmenté au fur et à mesure. J’étais habitué à 10 degrés et je ne me posais pas trop de questions.
Je ne suis pas trop regardant sur les angles de pagaies ce qui est peut être un tort. Je pense que c’est plus une habitude à prendre.
Les Secrets du Kayak - La suite ?
Francis Mouget : Actuellement, je suis encore dans le collectif équipe de France ce qui fait que j’ai des horaires aménagées pour le travail. J’ai un contrat d’insertion professionnelle ce qui me permet de toucher un salaire temps plein en travaillant 33% annualisés.
Ce qui fait que je peux avoir des périodes où je ne travaille pas et où je ne fais que m’entraîner.
J’ai fait le K1 500 m en coupe du monde en 2020, chose que j’avais déjà faite en 2019 à Poznan en K1 200 m et le K1 500 m à Duisburg.
Au final, je suis plutôt spécialiste du 500 mètres.
J’ai une préparatrice mentale, j’ai une diététicienne. Après, je ne fais pas de méditation. Globalement, je suis classique.
Je fais à peu près 12 à 15 séances de sport par semaine, kayak compris.
Je suis plutôt du genre à ne pas faire de coupure, même en fin de saison. Je peux couper un peu le bateau mais cela dure entre 1 semaine et 15 jours grand max mais je ne coupe pas le sport à côté.
Je travaille deux choses techniquement : La première, c’est d’avancer mon bras supérieur pour éviter que ma pagaie soit en oblique avant car j’ai tendance à avoir ma main supérieur qui est au niveau de mon oreille ce qui fait que ma pagaie est horizontale ce qui fait lever le bateau au lieu de le faire avancer.
Et la deuxième, c’est l’accélération dans l’eau car j’ai tendance à être lent dans l’eau, à ne pas accélérer progressivement dans l’eau. Je vais mettre la vitesse au départ et après laisser filer dans l’eau.
Les Secrets du kayak - As-tu déjà eu des blessures en Kayak ?
Francis Mouget : Personnellement, j’ai déjà eu pas mal de problèmes à l’épaule à droite, de tendinopathie du à la musculation et au kayak au sus-épineux.
Je pense que j’ai un défaut technique à droite mais je ne sais pas s’il est apparu à cause de la tendinopathie ou en conséquence.
Ce qui est sur, c’est que mon dégagé à droite n’est pas le même qu’à gauche ce qui fait que j’aurais tendance à lever le coude en gardant l’épaule basse mais est ce que c’est apparu après ou avant la blessure ?
Quand j’étais junior, j’avais déjà fait des séances de kinésithérapie pour mon épaule. J’en ai refait à 23-24 ans et depuis j’en ai pas refait même si en stage, je vais voir les kinés.
J’essaie de me soigner moi-même via des étirements, des auto-massages. J’avais déjà fait une IRM de l’épaule et on avait vu effectivement une tendinopathie mais rien de plus.
Je n’ai pas fait de radio pour voir s’il y avait un acromion agressif mais on en avait parlé avec le médecin. Après, ca vient, ca repart. Là, je touche du bois car ca fait un an que je n’ai pas eu mal. Dans tous les cas, ca ne m’empêche pas de pagayer.
Vous pouvez retrouver Francis Mouget son compte instagram.
Interview : Vincent Lecrubier
Retrouvez tout sur Vincent Lecrubier. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il aujourd’hui ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Vincent Lecrubier en janvier 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Vincent Lecrubier : Ben écoute, très bien. Je suis très honoré d’être le premier “ancien” à passer sur le Podcast.
Les Secrets du Kayak - Quand as-tu débuté le Kayak ?
Vincent Lecrubier : J’ai commencé le Kayak, je devais avoir 8 ou 9 ans au club de Saint Grégoire, à côté de Rennes en Bretagne.
Je me suis beaucoup entraîné avec mon père qui a été mon coach pendant très longtemps et aussi avec René et Gilette Trégaro qui sont les figures du Club qui l’ont créé en 1969.
Gillette était toujours au bord du bassin et je me souviens quand elle m’avait conseillé de faire du K2 avec mon pote Morgan quand j’avais 9 ans.
Mon père était ingénieur informaticien et il a commencé à m’entraîner ainsi quelques copains bénévolement. Il a aussi entraîné Sarah Troel, Edwin Lucas à un moment également.
Le club de Saint Grégoire, c’est la famille. J’ai commencé là bas et j’ai fini ma carrière la bas. C’est un club qui a une âme qui est incarné par ses fondateurs qui l’ont créé en 1969 après avoir été champion de C2 mixte en descente.
Il y a une grosse culture de bénévolat et une bonne dynamique qui est toujours présente depuis des décennies.
Personnellement, j’ai commencé par la baby gym puis la gym jusqu’à mes 10 ans jusqu’à être champion de Bretagne par équipe.
Grâce à la gym, j’étais assez musclé pour mon âge. Je pense que ca m’a aidé à mes débuts en Kayak et notamment à gagner mes premières courses départementales.
Lors de mes premiers championnats de France, j’ai fait 4 ème. Je n’étais pas le meilleur mais c’était quand même pas mal.
C’est peut être cette place qui m’a mis la niaque car j’étais dégouté d’avoir fait 4 ème et de ne pas avoir eu de médailles.
Les distances ont tendance à être les mêmes chez les jeunes sauf pour le 5000 mètres qui est le 2000 mètres de mémoire.
Par exemple, le marathon chez les jeunes, c’est 5 ou 10 km alors que chez les seniors, c’est 30 km.
En gymnastique, dès la sixième, il fallait que je passe en sport études et je n’étais pas très motivé par cela.
En plus, je ne suis pas très souple de base, mes anciens coéquipiers de l’équipe de France pourront le certifier et je me souviens que le coach de gym passait ses fins de séances sur moi pour m’assouplir. Physiologiquement, je ne suis pas très souple.
En Kayak, j’ai vraiment adoré le côté Outdoor ainsi que le côte “glisse”.
C’est aussi le seul sport où tu peux être immergé dans le ciel et ca, c’est trop bien.
Quand j’ai commence le kayak, je me souviens qu’il y avait 3 grandes portes au Club.
Dans l’une, il y avait les bateaux plastiques et de slalom.
Dans une autre, les bateaux de descente.
Et dans la troisième, les bateaux de course en ligne.
Dans ma tête, à l’époque, c’était une évolution. On suivait donc cette ordre là en terme d’apprentissage.
On avait des bateaux qu’on appelait des “Allemands” à l’époque, peut être des Orions, qui étaient des équivalents de bateaux assez stables. Après on passait sur des “Américains” qui sont des équivalents des bateaux de compétition de nos jours.
La première fois que j’ai fait une compétition en américain, j’avais 15 ans.
On avait entraînement le mercredi avec l’école de pagaie et le samedi avec mon père et c’était comme ca pendant quelques années jusqu’à tant que je finisse 4 ème.
L’année d’après, après les cours, vers 18-19h, à partir du mois de mars, on a commencé à s’entraîner tous les jours sauf le lundi.
Petit à petit, on a rajouté des séances, surtout le week end où on chargeait.
Les Secrets du Kayak - A partir de quand as-tu eu des objectifs de compétition ?
Vincent Lecrubier : Au début, j’avais tout de suite l’esprit tourné vers la compétition et rapidement, avec les grands du club qui n’étaient pas loin de l’équipe de France junior, on regardait des vieilles VHS. Ca m’avait vraiment motivé.
J’ai commencé à penser à l’objectif Jeux Olympique en 2003 quand j’étais en équipe de France junior, quand en K2 avec mon partenaire Ludo, on fait 3 ème au championnat du monde.
Là, j’ai commencé à avoir des objectifs plus long terme.
En 2004-2005, on a commencé à être un sacré groupe sur l’eau au club, une bonne dizaine-quinzaine de personnes qui s’entraînaient à fond.
Historiquement, le kayak de course en ligne est plutôt une activité du nord.
C’est sur qu’après avoir passé 10 ans à Toulouse, j’ai plus de mal à me mettre à l’eau quand il fait froid et qu’il pleut mais une fois que tu y es, ca va tout seul.
A mon époque, il n’y avait rien dans le sud.
Les Secrets du Kayak - Comment choisir sa distance ?
Vincent Lecrubier : Je pense que je suis bien tombé parce que la distance sur laquelle je me sens à l’aise, c’est le 500 mètre.
C’est peut être parce qu’à Saint Grégoire, tu n’as qu’une ligne droite et qu’elle fait 500 mètre.
C’est là qu’on s’entraînait pour la course. On se tirait une bourre sur la ligne droite et je pense que ca vient de là.
C’était la distance reine dans ma carrière jusqu’au moment où le 200 mètre est apparu.
Quand en 2009, il y a un split entre le 200 et le 1000, je me suis tourné naturellement vers le 1000 mètre.
Je n’ai jamais été très bon sur 200 mètre, peut être aussi parce que je ne me suis jamais trop entraîné pour, même si physiologiquement, je pense que j’étais meilleur sur le 1000.
Les Secrets du Kayak - Concilier études et haut niveau
Vincent Lecrubier : Je n’ai jamais eu de scolarité aménagé jusqu’à Bac + 4.
J’ai toujours suivi un cursus scolaire normal ce qui peut être peu surprenant.
J’avais peut être de bonnes conditions comme c’était mon père qui m’entraînait, le club et le lycée n’étaient pas loin de chez moi ce qui me permettait de m’entraîner correctement.
J’ai commencé à louper une semaine de cours, je me souviens, au lycée pour les championnats du monde de marathon. C’était un peu chaud mais ca s’est bien passé finalement en expliquant les choses dès le début de l’année.
A partir du lycée, je m’entraînais quand même deux fois par jour, une fois sur la pause du midi et une fois le soir. J’ai fait pareil en Math Spé et Math Sup.
Je bourrais aussi le week end à fond ce qui fait que j’ai toujours pris mon jour de repos le lundi.
En école d’ingénieur après, j’avais le droit de louper certains courts du moment que j’avais de bonnes notes aux contrôles.
A l’époque, on avait essayé de me dissuader de continuer mes études sans aménagement tout en m’entraînant à fond pour le kayak.
J’ai quand même tenté le coup et ca l’a fait.
Je pense qu’on sous-estime trop les effets de l’entraînement aérobie pour oxygéner son cerveau. Pour moi, quand tu as passé 8 heures en cours, tu n’as pas besoin de passer 4 heures de plus à réviser.
Surtout qu’avec de longues séances aérobies, ton cerveau peut divaguer et puis finalement, ca marche super bien.
Je n’ai jamais eu de problèmes en cours malgré un emploi du temps chargé.
Et au contraire, depuis que j’ai arrêté le sport, je pense que je bosse parfois trop.
Faut essayer et y croire. C’est une discipline à mettre en place.
Aujourd’hui, j’aurais du mal à me remettre dedans mais quand tu y es entré comme ca, assez jeune, ca se fait.
Je n’ai jamais délaissé les études au profit du Kayak.
Sauf pour les Jeux Olympique de Pékin où avec mon entraîneur, Jean Pascal Crochet, on a demandé à l’école de dédoubler l’année même si j’avais presque tout suivi jusqu’à mai.
Le passage du Club de Saint Grégoire comme lieu d’entraînement au Pole de Toulouse est aussi bien un choix sportif que scolaire.
J’ai toujours été passionné par l’aéronautique et Toulouse a l’école que je voulais faire à ce sujet.
De plus, il y a avait un petit groupe de course en ligne qui se montait au pôle de Toulouse où il y avait déjà Jean Pascal Crochet, Boris Saunier et Anne-Laure Viard.
Il y a Sebastien Jouve qui est venu aussi par la suite et c’est comme ca que le Pole de “course en ligne” a démarré à Toulouse.
Les Secrets du Kayak - Comment ton entraînement a évolué ?
Vincent Lecrubier : Les entraînements ont pas mal changé, car mon père avait appris à être entraineur en même temps que j’apprenais le kayak.
On avait des méthodes d’entraînements assez intéressantes et hors cadres.
A l’époque, par exemple, on s’entrainait en musculation uniquement pour les tests de l’équipe de France ou presque avec beaucoup de développé couché et de tirage planche. On faisait de la course à pied parce qu’il y avait de la course à pied.
En bateau, on faisait des 1 minute compté, c’est à dire 1 minute à fond où on comptait notre coup de pagaie car les cadences mètres n’existaient pas à cette époque. Le but, c’était de mettre le plus de coup de pagaies possible.
On s’entraînait aussi beaucoup au frein. Je faisais toutes les séances avec un frein ou presque, toute l’année car on s’entraînait à Saint Grégoire, en groupe, avec les filles qui ne mettaient pas de frein et on devait aller à la même vitesse.
On régulait par l’ajout de frein car il n’y avait qu’un coach qui suivait sur le bord en vélo et comme personne ne voulait être derrière pour se prendre les vagues dans le canal.
Ca a d’ailleurs été un gros changement à Toulouse où je ne faisais presque plus de “frein”.
A mesure que je progressais, je mettais un frein de plus en plus gros. Je pense que ca m’a beaucoup aidé.
Un truc que l’on faisait beaucoup aussi, c’était de l’EC, de l’endurance de course. Une séance que l’on faisait souvent, c’était à l’approche des compétitions, 10x500 mètres à fond.
Quand j’arrivais en stage avec l’équipe de France et que les entraîneurs voyaient mon plan, ils ne “comprenaient" pas alors que ca marchait pas mal.
Je n’avais pas peur des 500 mètres avec ce genre de séance, je maitrisais.
A l’inverse, en arrivant à Toulouse, où les EC étaient un peu sacralisés, j’avais la pression. On se montait la tête pour 3x500 mètres.
A trop sacraliser le truc, j’avais peur alors qu’avant, j’en faisais tellement que je n’y pensais même pas.
Après c’est sur que sur 3 séries, j’allais plus vite que sur 10 mais c’est deux entraînements différents en fait.
Je ne peux pas dire qu’à Toulouse, c’était moins fatiguant car je m’entraînais avec Sébastien Jouve, qui a été le meilleur français pendant longtemps et Boris Saunier. Même sur les séances d’EB1, on se tirait la bourre en mettant des appuis “lourds”.
J’ai quand même rapidement intégré que le but n’était pas de gagner à l’entraînement ou du moins de ne pas gagner tous les entraînements.
Pendant longtemps, dans ma tête, j’étais le plus jeune. Je n’ai pas de fait de compétitions en U23, je suis tout de suite passer en compétition chez les Seniors.
Ca me donnait la niaque d’être le plus jeune, surtout que j’avais fait de bonnes places à l’international en junior juste avant.
J’ai donc intégré l’équipe de France senior à 19 ans.
Au début, je faisais la vitesse mais aussi du marathon jusqu’à tant qu’un groupe avec Quentin Urban, Edwin Lucas, Stéphane Boulanger, Jerémy Candy… se spécialise sur la discipline.
Les Secrets du Kayak - Les JO de Pékin : Surprise ?
Vincent Lecrubier : C’était mon objectif en 2008. 4 ans avant, dans un article de journal, j’avais dit que j’en rêvais mais j’en étais encore loin.
A ce moment là, c’était un objectif lointain que je ne pensais pas réalisable.
Et puis, finalement, j’étais pas si mal placé, sans être le numéro 1 pour Pékin.
J’ai eu la chance de faire un K2 avec Sebastien Jouve. On n’avait pas fait les quotas l’année précédente mais il y avait les rattrapages à Milan au moins de mai et on fait 5 ème ce qui nous qualifie pour les jeux.
C’était énorme en terme de sensation avec Seb qui poussait à fond derrière.
En Chine, il avait mis des moyens pharaoniques pour les jeux, c’était impressionnant.
Ce que j’en tire, c’est qu’on était là pour performer, pas pour faire du tourisme. Lors de la cérémonie d’ouverture, on était en train de s’entraîner au Japon, on l’a regardé à la télévision. On était focus sur la course.
En 2012, j’étais remplaçant au cas où Cyril Carré se serait blessé et du coup, j’y étais en spectateur, c’était vachement plus sympa.
En tant qu’athlète, c’est une compétition avec une pression médiatique importante et ca passe vraiment très vite.
J’en ai des souvenirs sous forme de flash.
Je ne suis pas spécialement du résultat. A l’arrivée, on était dégouté surtout qu’à la mi-course, on était bien. Ce qu’il s’est passé, c’est qu’il y avait les espagnols à côté de nous qui n’étaient pas attendus et ils ont fait un départ de dingue ce qui nous a fait partir à “fond” et on a payé ca à la fin de course ce qui nous a fait finir 7 ème.
Je pense que c’était une erreur de visualiser une configuration de course car ca nous a déstabilisé au lieu de suivre notre plan de course qui consistait à pousser à fond après la moitié de courses.
En 2012, on devait faire un quota en K4 l’année d’avant et à la base, je n’étais pas dedans. On a eu une préparation tardive d’autant plus qu’à la base, Sebastien Jouve et Arnaud Hybois avait le projet du K2.
Il y avait les rattrapages continentaux après où j'étais en K2 avec Philippe Colin et on n’a pas fait le job.
C’était frustrant mais ca apprend à perdre.
Les Secrets du Kayak - Une retraite prématurée ?
Vincent Lecrubier : Rio, c’était un peu moins frustrant parce que je l’ai vu venir alors que Londres, j’y ai cru jusqu’au bout. Par contre, Rio, je faisais ma thèse en parallèle et il a fallu que je fasse un choix, celui de finir ma thèse et donc je n’avais plus le niveau.
Désormais, j’ai une Start-Up "Sterblue”. En clair, on est une plateforme centralisée pour faire de l’inspection par drone d’infrastructures d’énergies, d’éolienne, de centrale électriques… On fait l’intelligence artificielle qui détecte les problèmes et tout ca avec une plateforme sur le web.
Dans ma tête, 30 ans, c’était un âge respectable pour finir sa carrière quand j’étais jeune. J’avais 3 olympiades en tête et je me suis toujours projeté là dedans.
Depuis, il y a des “vieux” qui font de la résistance comme Maxime Beaumont qui va avoir 38 ans, Cyrille Carré…. C’est possible de performer jusqu’à bien plus tard que je pensais jeune.
En 2016, je finissais mon doctorat, j’avais créé ma société et je continuais le Kayak de course en ligne. J’ai fait les sélections ainsi que les championnats d’Europe également cette année là.
En essayant de concilier le tout, j’ai vite compris que ce sera difficile d’aller à Rio.
J’adore le kayak de course en ligne mais c’est très dur de continuer ensuite surtout quand tu as connu les sensations que tu as quand tu es en super forme car d’un coup, ca glisse vachement moins.
Ca a été dur car je ne me faisais plus plaisir en bateau.
J’ai fait du triathlon par la suite, du marathon aussi en course à pied.
Je m’y suis remis mais plus pour le plaisir maintenant que j’ai oublié mes sensations quand j’étais à haut niveau. J’ai l’impression de glisser alors que je n’avance pas.
Les Secrets du Kayak - Vice président de la fédération ?
Vincent Lecrubier : A ma retraite sportive, je n’avais pas envie de couper les liens avec le Kayak du jour au lendemain.
J’avais envie aussi d’être utile, notamment avec mes compétences sur le numérique. Je voulais aider sur la communication également.
A partir de 2012, j’étais un peu en conflit avec le DTN de l’époque. Je n’étais pas d’accord avec pas mal de décisions.
Une chose que j’ai découvert en étant vice président, c’est qu’il faut les moyens pour faire de la communication. En même temps, mon entreprise a pris de la place au bout de 2 ans et j’ai déménagé aux Etats Unis puis au Portugal ce qui fait que les deux dernières années de mon mandat, je n’ai pas vraiment aidé.
J’aurais voulu aider plus.
Ce n’est peut être pas pour rien que la plupart des élus sont d’un âge avancé parce qu’au final, quand tu as 30 ans, tu n’as peut être pas le temps de t’investir sur le long terme.
J’ai appris des choses et pour ca que je remercie les gens qui m’ont fait confiance. J’espère avoir apporté deux-trois petites pierres à l’édifice.
Je n’ai pas révolutionné la FFCK comme je le souhaitais.
Les Secrets du Kayak - L’évolution de l’entraînement
Vincent Lecrubier : Le plus marquant à mon époque, c’est l’arrivée du 200 mètres.
Ca a scindé l’entraînement avec d’un côté les sprinters qui travaillaient la vélocité et les “milers” qui faisaient plus d’aérobie alors qu’auparavant, tout le monde faisait presque le même entraînement.
Le 200 a “invente” une nouvelle façon de s’entraîner.
Je suis pas mal branché “recherches” et j’ai pas mal bossé sur le côté mécanique, le côté physiologique. L’INSEP a beaucoup bossé sur la R et D de la performance.
Un des sujets sur lequel j’ai pas mal bossé, c’est de mesurer, de traquer les mouvements du bateau. A l’aide de différentes technologies, on a pu traquer 100 fois par seconde les mouvements du bateau.
A partir de 2010, on sait exactement leurs mouvements et à partir de là, on a pu faire de l’hydrodynamique autour du bateau pour optimiser leurs formes, le gouvernail…
J’aurais bien voulu que l’on pousse cela pour la compatibilité des équipages. Je suis persuadé qu’en analysant les mouvements accélérométriques de chacun, tu peux voir si le courbes ont la même forme ou pas.
Alors que si tu vois des courbes en opposition, forcément, ca va être la galère.
Il y a aussi le côté nutrition qui s’est pas mal développé avec l’INSEP. Après ce qui est compliqué pour faire des études scientifiques dans le sport de haut niveau, pour savoir si ca marche, il faut un certain nombre de participants alors que par définition, le sport de haut niveau, c’est très très peu de gens.
C’est le problème dans ces études, de déterminer la réalité qu’il y a derrière.
Ce qui était des intuitions deviennent des “vérités”.
Sur la biomécanique, la nutrition, l’entraînement… Beaucoup de choses se sont professionnalisés avec de vrais arguments derrière.
Je n’étais pas l’élève modèle en nutrition, en faisant du 1000 mètres et de l’aérobie, je ne prenais pas un pet de gras alors que j’étais loin d’être le plus sérieux là dessus.
Je n’ai jamais eu cette problématique du “Il faut que je fasse gaffe”.
A posteriori, peut être que ca m’a limité. Je mangeais normalement sans faire d’effort particulier.
J’ai fait sans compléments alimentaires pendant très longtemps. J’ai pris un peu de shaker de protéine par période en fonction des séances de musculation que l’on faisait mais rien de plus.
Je fais parti de ceux qui croient qu’une alimentation équilibrée suffit sauf ponctuellement.
En fait, le problème, c’est que c’est dur de chiffrer. Entre des moments où je faisais attention à mon alimentation et les moments où je ne faisais pas attention, je ne voyais pas de différences.
J’ai fait plein d’essais avec des vitamines, du magnésium, des BCAA… Je n’ai pas eu l’effet placebo.
Alors que peut être ca change sur le moyen et long terme, des détails + des détails peuvent faire un plus.
Après le truc, c’est que je ne me suis jamais blessé ni en Kayak, ni dans d’autres sports. Ma pire blessure de ma vie, c’est quand j’étais en sixième et que je suis tombé en roller.
A l’inverse, je pense que Maxime Beaumont a énormément gagné en professionnalisme dessus car il a été beaucoup blessé en début de carrière. Désormais, c’est une machine et il ne laisse rien au hasard.
Pendant assez longtemps, on a eu des tests. Il y avait deux choses, la musculation et la course à pied, en plus du 200 et du 1000 m en Kayak.
On avait un 5000 m en course à pied et en musculation, un test en force max au développé couché et au tirage planche et un test 2’ sur les mêmes exercices avec 55 et 50 kg.
C’était les tests immuables pendant 10 ans.
Clairement, je pense qu’on s’en sort clairement bien sans mais je trouve que ca n’a pas fait de mal.
Ca forçait tout le monde à avoir un certain niveau physique.
Sur le 5000 m, j’ai du faire 17’20 au mieux.
Au début de ma carrière, j’étais meilleur sur la force endurance. Après, comme j’ai eu envie d’être bon en K4, je me suis plus entraîné sur la force maximale.
J’ai toujours été meilleur en développé couché qu’en tirage. J’étais un peu monsieur pec à un moment.
Je me suis monté à 155 kg au développé couché et au tirage planche, grand max, j’ai du faire 125 kg. Le problème en tirage aussi, tu peux soulever 155 et être à quelques centimètres de la planche.
C’est là que ca vaut le coup d’avoir de la vélocité et je pense que c’est un truc qui me manquait.
C’est quand même assez spécifique et je pense que c’est bien de pas mettre l’accent à fond sur ces exercices. Ca ressemble plus au Kayak de faire tous les muscles.
Tu peux avoir des brutes sur le développé et le tirage planche qui n’avancent pas sur l’eau parce que ce n’est pas du Kayak.
C’est bien d’avoir une musculature équilibrée et de la vélocité.
Je suis plutôt de la team “poids morts” pour le travail des cuisses en musculation. Tu le sens qu’il y a des courses où tu as mal aux cuisses et dans ce cas, il faut les bosser.
Je me souviens qu’avec Sébastien Jouve, on était des têtards dans le bateau et ca le faisait bien.
Il y a besoin d’en faire mais pas autant que le reste.
Ce qui me manquait le plus, je pense, c’était de la force et de la vélocité dans les dorsaux. C’était clairement pas les pecs, je ne pense pas que c’était les jambes.
J’ai souvent eu le psoas qui me brûlait en fin de course que j’ai travaillé après mais je pense que je manquais de vélocité plus globalement.
Je pense que l’inventeur de la feuille en Teflon sur le siège de Kayak, c’est Sebastien Jouve. A une époque, on faisait du siège tournant vers 2005-2006, tout le monde avait ca à Toulouse.
On avait récupéré un coup un siège étranger splitté en deux jours côtés avec des roulettes et c’était pas mal aussi.
Puis Seb a commencé à mettre du Teflon sur son siège et ca, c’est répandu afin d’avoir plus d’amplitude au niveau des jambes.
Les Secrets du Kayak - Question matériel
Vincent Lecrubier : Je n’ai jamais fait d’ergomètre, du moins mon utilisation était anecdotique. Dans les pays nordiques, ils en font beaucoup car l’eau est gelée.
Notre philosophie, ca a toujours été d’aller dehors plutôt que de rester à l’intérieur.
J’avais même plutôt la peur de perdre mon geste et j’accordais beaucoup d’importance au feeling de l’eau.
Déjà entre la même pagaie mais un modèle d’une année sur l’eau, je sentais la différence alors avec l’ergomètre, j’avais peur de perturber mon geste.
Alors que ca peut être bien de varier les exercices.
En kayak, ce qui me semble vraiment important, quand on s’entraîne à plusieurs, c’est le feedback immédiat. Si tu loupes un coup de pagaie, tu te prends 15 centimètres. Tu vois donc tout de suite si ce que tu as tenté fonctionne ou pas alors qu’avec l’ergomètre, cette finesse, tu ne l’as pas.
Toutefois, ca peut avoir sa place pour travailler des choses différentes.
Quand je m’entrainais à Rennes, je n’ai jamais fait de coupures hivernales. On ne se posait pas trop de questions.
En arrivant à Toulouse, on s’est posé la question de faire une semaine ou deux sans kayak.
Je n’ai pas d’avis là dessus.
Par contre, le fait d’arrêter deux semaines, psychologiquement, j’avais l’impression d’avoir tout perdu techniquement.
Dans l’absolu, je ne sais pas si c’est bien ou mal.
J’ai longtemps été, comme Cyrille, un outsider, car j’ai longtemps été chez Zedtech avec le Orca, qui est très directeur. Après en 2009, je suis passé en Nelo quand ils m’en ont offert un.
En pagaie, j’étais en Braca 2 que je réglais à 45 degrés en 2m18. Je suis passé en manches réglables assez tôt en variant la longueur de 1 centimètre en fonction des conditions. Je sens que je varie d’un centimètre, ce n’est pas beaucoup dans l’absolu.
On m’a mis cette étiquette assez rapidement de “Vincent, c’est un mec qui a de la force, de l’amplitude et pas trop de vélocité” d’où une pagaie assez longue comparativement à ma taille d’1m84.
A l’époque, j’avais un manche non réglable qui était un peu souple et quand je suis passé sur un manche réglable, ca faisait un peu barre à mine. Je sentais la différence au niveau du grand rond et du grand dorsal. Je m’y suis mis et je pense que le manche s’est assoupli petit à petit.
Je pense que les manches élastiques, c’est utile car ca restitue la force. Ce qui abime le muscle, je pense, c’est la “pointe” de force. Avec un manche hyper dur, ca va faire une grosse pointe alors qu’avec un manche souple, la “point” sera atténuée.
C’est pour ca que je pense qu’avoir un manche entre deux, c’est peut être pas mal.
En 2010, je suis passé en manches réglables car j’ai toujours aimé pouvoir jouer sur la longueur de ma pagaie.
Je suis passé chez Nelo parce que tout le monde était dessus et donc ce n’était pas le bateau qui allait me limiter alors que tu es tout seul dans dans ton bateau, tu ne sais pas si tu es à armes égales.
Les Secrets du Kayak - Quid de l’importance de la psychologie ?
Vincent Lecrubier : Via mon entraineur, Jean Pascal, j’ai vu des préparateurs mentaux mais sans assiduité.
Mon père qui a eu une maladie assez longue et qui a du gérer m’a appris à gérer le stress.
Je pense que je suis un peu “réfractaire” et j’ai l’impression qu’il faudrait travailler longtemps avec un préparateur mental avant de voir un effet.
A l’échauffement, j’avais ma routine. Je me mouillais aussi la tête avant le départ pour l’effet sur le système parasympathique, pour me réveiller.
Je travaillais aussi pas mal sur la respiration.
C’est marrant, à l’arrivée du départ, le cœur monte tout seul à 160-170 alors que ca fait 2-3 minutes que tu ne fais plus rien. Je pense que c’est le côté d’avoir “envie de gagner” qui fait ca car j’ai toujours été compétiteur.
Et il y aussi la peur de perdre dans l’envie de gagner. C’est un truc qui m’a drivé pendant longtemps car j’ai gagné assez “vite” jeune.
On m’a souvent dit “Pourquoi tu as peur alors que c’est une petite course ?” alors que je me mettais toujours la pression pour ne pas perdre quelque soit le niveau de la course.
En plus, dans ma vie, j’ai souvent fait deuxième en plus, vice champion du monde, vice champion d’Europe…
Ce qui m’a motivé aussi, c’est d’arriver dans la cour des grands en arrivant à Toulouse, de m’entraîner avec des gars qui étaient déjà en équipe de France avec qui vraiment se tirer la bourre, même si j’aurais aimé pouvoir retrouver ça à Saint Grégoire car c’est mon club de cœur.
Je n’ai pas vu de déclin dans mes facultés de récupération à la fin mais ce qui a joué physiquement, c’est que je fais des extrasystoles au niveau cardiaque ce qui n’est pas très grave en soi.
Au début, ca me le faisait au repos le soir à fréquence cardiaque basse. Au lieu qu’il batte en deux temps, il battait parfois en trois temps.
Et vers la fin, ca a commencé à me le faire à l’effort et c’était assez désagréable.
En plus, à la même époque, il y avait un jeune de mon club qui est mort dans la nuit de problème cardiaque. Ca a joué dans ma psyché, j’ai commencé à avoir moins confiance dans mon cœur.
Genre en course à pied ou en bateau, tout allait bien et d’un coup, tu n’es plus bien psychologiquement car tu n’as plus la confiance à 100% dans ton corps.
Au niveau cardiologique, il n’y a rien de spécial à faire. Ce n’est pas curable ni spécialement dangereux mais ca peut être une prédisposition pour des problèmes futurs.
Je pense que l’impact est plus psychologique que physique.
Aujourd’hui, je le sens encore et j’ai du mal à faire du sprint tout seul s’il n’y a personne autour.
Je ne suis pas à plaindre mais quand tu fais du haut niveau, il faut que tout soit aligné.
Vous pouvez contacter Vincent Lecrubier sur :
Interview : Guillaume Le Floch Decorchemont
Retrouvez tout sur Guillaume Le Floch Decorchemont, le champion de kayak de course en ligne.
Ceci est une retranscription écrite du Podcast enregistré avec Guillaume Le Floch Decorchemont au mois de janvier 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Guillaume Le Floch Decorchemont : Ben écoute, tout va bien, je suis actuellement en stage de ski de fond. Il fait froid mais il fait beau donc tout va bien.
On est à Bessans qui est une station un peu reculée où il fait toujours froid mais où c’est très beau.
Hier, il faisait -22 degrés ce que mes bouts de doigts de pieds et de mains peuvent confirmer.
C’est devenu une habitude pour les kayakistes de faire des stages de ski en fond car il est dur de trouver la motivation pour monter sur l’eau en hiver.
Pour faire la caisse, le ski de fond, c’est quand même bien complet. On pousse sur nos jambes mais aussi beaucoup sur nos bras car on n’a pas une bonne technique.
Un stage de ski de fond, c’est différent d’un stage de kayak car on va faire moins d’intensité, mais on va faire beaucoup d’aérobie avec parfois 4 à 5 heures de ski alors qu’en bateau, ca n’arrive jamais.
Sur la fréquence des séances, ca reste identique : il y a deux-trois séances par jour, un peu de musculation, rien de très différent à ce sujet.
En Kayak, je me suis entraîné jusqu’à Noel ce qui fait que je vais une pause entre Noel et le 13-14 janvier, moment où je vais rentrer du stage.
Je ne fais même pas d’ergomètre durant cette coupure comme certains peuvent le faire mais j’en ai fait durant le confinement. Je n’en ressens pas actuellement l’utilité.
Le stage de ski de fond dure environ 10 jours pour ceux qui viennent sur ce stage qui n’est pas obligatoire.
Il y en a certains qui n’aiment pas du tout le ski, qui n’en ressentent pas le besoin, mais la plupart du groupe France est là.
Après certains préfèrent faire des stages de musculation, d’autres qui habitent proche des stations de ski et qui peuvent y aller quand ils le veulent, comme le week end.
Ca va faire 10 ans que je fais ce stage de ski hivernal.
Ca fait du bien mais il ne faut pas non plus s’attendre à de la magie. Ca ne fait pas moins quand on arrive sur l’eau et qu’il faut forcer mais je pense avoir plus de résistance à l’effort.
Je pense que ca vient surtout de faire de l’aérobie en altitude.
Les Secrets du Kayak - Quel entraînement en kayak l’hiver ?
Guillaume Le Floch Decorchemont : C’est sur que si les températures ne dépassent pas 1 degré, on ne se force pas à aller sur l’eau.
On va plutôt aller courir, mettre l’accent sur la musculation.
Ce n’est pas grave si on ne fait pas beaucoup de bateau en janvier mais c’est important de garder le contact.
En Kayak, ce qui donne froid, c’est d’être au contact de l’eau ainsi que le caractère humide tandis qu’au ski de fond, en théorie, même s’il fait froid, on n’a pas froid même si en pratique, cette année, là où j’ai eu le plus froid, c’est au ski.
On n’est pas forcément suivi par un bateau de sécurité mais on est rarement tout seul sur l’eau.
Au pire, si je suis tout seul, je vais mettre un gilet.
Heureusement, je ne suis jamais tombé dans l’eau froide.
Quand on débute le Kayak, l’hiver, on a souvent une combinaison au cas où on tomberait. J’ai du en mettre une au moins les cinq premières années, en plus d’une cagoule.
Aujourd’hui, j’ai deux couches, un kway, ce qui me protège de ne pas avoir froid quand je fais du bateau, mais c’est sur que si je tombe en hiver, je vais être gelé.
Les Secrets du Kayak - Comment as-tu débuté ?
Guillaume Le Floch Decorchemont : La première fois où je suis monté dans un bateau, j’avais 7 ans et c’était l’été.
Je passais régulièrement devant le club quand ma mère allait faire des courses et j’ai voulu essayé. Pour commencer, c’était sur un petit bassin d’eau vive.
Je trouvais ca hyper impressionnant à l’époque alors que désormais, quand j’y retourne, j’ai l’impression que c’est tout plat.
Avant le kayak, j’ai fait du foot et du tennis. Au début, j’ai continué le tennis puis j’ai progressivement arrêté au profit du kayak.
Le club où j’ai commencé proposait soit du slalom soit du kayak polo, et comme l’ambiance du kayak polo me plaisait, j’ai commencé par cela.
Je n’ai découvert le kayak de course en ligne que 8 années après pour la simple raison que le kayak polo n’est pas olympique.
Quand je faisais du kayak polo, on ne faisait que du kayak polo, rien d’autre.
J’ai découvert la course en ligne avec les challenges minimes, en me qualifiant au championnat de France. On m’a prêté un bateau et une pagaie et j’ai adoré la sensation de vitesse.
Après, progressivement, j’en ai fait de plus en plus jusqu’à en faire tous les jours désormais.
Rapidement, soit un an et demi après mes débuts en kayak de course en ligne, j’ai fait les jeux olympique de la jeunesse.
Je savais pagayer parce que j’avais fait beaucoup de kayak polo, la seule chose dont j’avais besoin dans mon bateau de course en ligne, c’était de trouver l’équilibre que j’ai trouvé assez rapidement et comme naturellement, j’étais assez grand et fort, ca m’a pas mal aidé.
J’ai commencé avec un Orion violet ce qui n’était déjà pas très stable. Ce n’était pas une priorité pour moi d’avoir des bateaux plus récents car cela signifiait qu’ils seraient encore plus instables.
Les Jeux Olympique de la jeunesse était ma première compétition internationale et j’en garde un souvenir un peu naïf car je ne me posais pas spécialement de questions, je ne connaissais personne, je n’avais aucune idée de qui était fort ou pas.
Je me suis dit “Baisse la tête et fonce”, “Sur un malentendu, ca peut passer”.
C’était en K2 et j’avais un coéquipier qui était vraiment fort.
On était content de finir 2 ème mais ca n’a rien changé à notre quotidien. Pour nous, ce n’était que le début.
Je voulais plus, je souhaitais rentrer en équipe de France junior, puis dans une équipe de France senior, faire des médailles.
En cadet 2, je suis rentré en Pole espoir, et avec mon entraineur, on n’avait pas trop d’espoir de rentrer en équipe de France junior et puis aux sélections, je me suis classé deuxième et là, c’est devenu concret, la pression est montée parce que ca devenait possible.
A ce moment là, j’étais en sport études, c’était le pole espoir de Caen où on avait des horaires aménagées afin de s’entraîner le plus possible. On était en internat d’ailleurs.
Cette année, j’ai vraiment bien progressé. C’est aussi à ce moment que j’ai commencé à faire de la musculation, à avoir un entraineur qui me suivait tous les jours.
C’est là que j’ai appris à bien pagayer.
Quand on est jeune, on a une belle marge de progression alors que maintenant, si tu me disais de gagner 2 secondes au 500 mètres, ce n’est pas le même boulot alors que quand on est cadet ou junior, c’est plus facile.
Je suis resté très longtemps dans la naïveté sans vraiment me fixer d’objectif.
Par contre, aujourd’hui, la pression est montée au vu des enjeux. Après, il ne faut surtout pas oublier la notion de plaisir et de ce pourquoi on le fait.
Je sais dans quoi je m’engage aujourd’hui quand je suis aligné sur une course.
Les Secrets du Kayak - Quelle scolarité as-tu suivi ?
Guillaume Le Floch Decorchemont : Après le Pole a Caen, je suis parti à l’INSEP sur Paris car on ne pouvait pas rester une fois qu’on avait eu notre bac.
C’était vraiment une ambiance différente car à Caen, on était 8 par chambre, on a un entraineur qui vient nous chercher, on est toujours en groupe, on est vraiment pris en charge.
Et quand on arrive à l’INSEP, on est impressionné de voir des personnes qu’on ne voyait qu’à la télévision. Le bassin se situe à Vaires sur Marne à 30’ de l’INSEP, il te faut donc le permis car l’entraîneur ne vient pas te chercher. Les études ne sont également plus sur place, il faut aller à Créteil, soit 20’ de voiture.
C’est un peu l’opposé où d’un coup, tu dois te gérer de A à Z. C’était un peu difficile la première année mais ca c’est quand même bien passé.
En étant à l’INSEP, j’ai pu dédoubler mes années d’études ce qui fait que j’avais moitié moins de cours et m’a permis de pouvoir bien m’entrainer.
En terme d’études, j’ai fait un DUT de mesures physiques et juste après une Licence en métrologie et qualité. C’est tout ce qui est dans le contrôle qualité d’objet fini.
Après ma licence, j’ai fait un stage en laboratoire pour la valider et je me suis rendu compte que ce n’était pas du tout ce qui me passionnait.
Donc là, depuis septembre, j’ai repris les études en alternance pour devenir élagueur. On est surtout en entreprise et j’ai réussi à trouver une entreprise conciliante afin de m’aider à continuer de m’entrainer sérieusement. J’ai un nombre d’heures à faire et si je suis là, je les fais sinon je les ferais plus tard.
C’est un métier très physique et c’est sur que quand je travaille toute la journée, le soir, c’est un peu dur. Je le prends comme un entrainement.
Les jours où je travaille, je ne vais m’entrainer qu’une fois ou deux.
Les Secrets du Kayak - Quelle est ta spécialité ?
Guillaume Le Floch Decorchemont : Aujourd’hui, ma spécialité, c’est le K4 500 m et le K2 500 m.
Je ne fais pas trop de monoplace car ce qui est olympique pour 2021, c’est le K4 500 m. Après à Paris, ce sera le K4 500 m et le K2 500 m.
Après pour être fort là dedans, il faut évidemment être fort en K1 500 m.
Quand tu fais de l’équipage, l’entraînement reste à 90% du monoplace.
Entre les deux, on pagaie toujours pareil mais on ne peut pas faire tout ce que l’on veut car il faut être en rythme avec ses coéquipiers.
Les bateaux sont également plus larges, il faut donc élargir son coup de pagaie.
Il y a donc plein de petits détails qui font que ce n’est pas exactement la même chose.
Les bateaux d’équipage sont aussi un peu plus stables.
Les Secrets du Kayak - Parlons entraînement
Guillaume Le Floch Decorchemont : L’équipage est une super école qui peut permettre de débloquer certaines choses rien qu’en voyant quelqu’un pagayer devant toi ou d’avoir quelqu’un derrière, de trouver des solutions à des petits problèmes qu’on a en monoplace.
Techniquement, ce que je travaille le plus, c’est ma posture. J’ai tendance à être refermé sur moi-même. Je suis plus à l’aise quand je suis bien redressé.
Mon entraînement est un mixte entre celui pour le 200 m et le 1000 m avec donc beaucoup d’aérobie.
On a beau partir vite sur un 500 mètres que si on ne tient que 200 mètres, les 300 derniers mètres vont être long.
Il y a des séances qui sont plus agréables que d’autres mais quand on trouve une séance pas agréable, il faut se demander pourquoi on la fait.
Les séances que je préfère sont celles que l’on appelle des décomposés. Si on fait du 500 mètres, on va faire à vitesse de course un 300 mètres, récupérer 100 mètres et refaire un 200 mètres à vitesse de course.
Par contre, celle que je vais moins apprécier, ce sont les longues séances d’aérobies parce que je ne suis pas très patient et que ca m’ennuie vite.
On n’a plus vraiment aux fesses à force de faire du kayak même si la position n’est pas super confort et pour mieux glisser sur le siège, on met une feuille de Teflon.
Je ponce un petit peu ma pagaie mais je fais attention de ne pas trop la poncer sinon ca fait des cloques énormes. Je la ponce surtout l’été pour éviter qu’elle glisse.
Mon entraineur actuel est François During qui entraîne actuellement à Vaires sur Marne. Après, cela ne m’empêche pas de m’entraîner avec d’autres entraîneurs de temps en temps, comme Philippe Colin.
J’ai choisi de travailler avec François car j’ai confiance en lui et qu’il a confiance en moi. De plus, on s’entend vraiment bien.
D’avoir plusieurs entraîneurs avec qui on s’entraîne, même s’ils vont avoir le même point de vue sur la technique, ils ne vont pas l’expliquer de la même façon et ca, ca peut permettre de comprendre quelque chose qu’on ne comprenait pas avec d’autres mots.
Je n’apprécie pas plus la musculation que ca mais il y a pire. Je sens que ca m’aide un petit peu sur l’eau mais ce n’est pas magique. Ce n’est pas ca qui va faire avancer le bateau.
Mes meilleures performances en musculation sont de 165 kg au développé couché, de 130 kg au tirage planche et mon max aux tractions est de 35 répétitions.
Actuellement, je suis autour des 92-94 kg sur la balance. Je fais toujours un peu plus l’hiver.
Les Secrets du Kayak - Quelle hygiène de vie pour être un champion ?
Guillaume Le Floch Decorchemont : L’hiver vu qu’il fait froid, je fais des réserves. Le problème de l’hiver, c’est le jour de l’an, Noel, les raclettes, les tartiflettes…
Naturellement, l’hiver je vais manger plus tandis que l’été, comme il fait lourd, je vais manger plus léger.
Je ne suis pas de plan diététique particulier même si je ne mange pas n’importe quoi.
Pour être affuté, je fais juste attention aux bons moments.
C’est difficile de dire si mon poids joue sur l’avancement du bateau parce que l’hiver, on ne fait pas de séances à vitesse de course, sans parler de la température de l’eau qui joue aussi.
Après forcément, je pense que c’est plus facile quand je suis léger sinon il y a quelque chose qui ne va pas.
Je ne prends pas de compléments alimentaires. J’ai déjà pris un peu de protéine en poudre après des séances de musculation pour récupérer mais sans plus.
Je fais 3 repas par jour plus un gouter qui peut dépendre de ce que j’ai fait l’après midi. Ca peut aller de juste un fruit, un fromage blanc à un chocolat chaud avec de la brioche.
Là au ski en ce moment, le gouter est plus intense :)
Je ne fais pas de méditation ou de visualisation.
Par contre, je fais chez le kinésithérapeute chaque semaine et je travaille régulièrement avec un ostéopathe.
Je ne me sers pas trop des installations de l’INSEP car j’habite à 30 minutes. Par contre, quand j’y étais, je me servais vraiment bien des installations.
J’essaie de m’étirer presque tous les jours aussi.
Les Secrets du Kayak - L’environnement pour progresser
Guillaume Le Floch Decorchemont : Je suis à Vaires parce que j’ai décidé d’y habiter pour ne pas être loin du bassin et d’avoir à faire des aller-retours et de perdre de l’énergie.
Je suis hyper bien entouré via les entraîneurs, les kinés afin d’être au mieux.
J’ai également des partenaires comme ma région, EDF ou encore la marque Loubsol.
Quand j’ai connu ma copine, je faisais déjà du kayak de course en ligne. Comme elle le dit, elle s’est engagé dans une relation en connaissant la situation. Elle adore le sport en plus.
C’est sur que quand je pars 3 semaines en stage, c’est plus difficile pour elle que pour moi vu que je pars avec mes potes. Dans tous les cas, elle me supporte bien.
Mes parents me soutiennent également même s’il y a eu un moment difficile à 15 ans quand je leur ai annoncé que je voulais partir en Pole Espoir à 300 km de chez moi avec des inquiétudes par rapport à mes études. Finalement, tout s’est bien passé.
Sur l’eau à Vaires sur Marne, parfois on peut être 10 comme on ne peut n’être que 2 en fonction de qui travaille ou pas. Après, en règle générale, on est au moins 4 ou 5.
C’est un bassin qui est géré par l’UCPA où tout le monde peut venir naviguer tant que tu ne viens pas avec un bateau à moteur faire du ski nautique.
J’ai déjà fait de le turbine une fois. C’est une sorte de mini-réacteurs qu’on met à l’arrière d’un bateau et qui aide à aller plus vite pour travailler la survitesse.
Le vent de travers, il n’y en a jamais à Vaires. C’est juste des personnes qui viennent 3 fois par an à Vaires qui sont là les mauvais jours. Le bassin est plutôt bien sinon :)
C’est rare de se dire que ce n’est pas navigable.
Et puis en 2024, les Jeux Olympique auront lieu sur ce bassin là. C’est pourquoi il faut s’entraîner dans des conditions pas faciles aussi car il y aura une course quoi qu’il arrive.
J’aime bien mon bassin.
En général, après Séville en décembre et le ski de fond au mois de janvier, on fait un stage au mois de février, peut être un petit en mars, un en juin et un en aout.
C’est souvent les mêmes lieux bien que ca puisse varier.
En décembre, c’est habituel qu’on parte 3 semaines à Séville. Le stage qui change le plus, c’est celui de février. Après juin et aout, c’est toujours au Temple sur Lot.
La difficulté est de trouver un bassin sur lequel on peut faire du kayak et où il y a une salle de musculation. Et ca, c’est pas courant.
L’année dernière, j’ai été en Floride pendant 3 semaines et c’était vraiment pas mal. Les conditions d’entraînements étaient bonnes, c’était toujours plat.
Après on ne peut pas y aller à nombreux et c’est assez cher. C’est sur un petit canal par lequel les bateaux vont à la mer qui fait environ 50 mètres de large.
L’année dernière en Floride, on était avec Petter Menning qui est Suédois. J’ai pu voir que les méthodes d’entraînements n’étaient effectivement pas les mêmes pour tout le monde, même si on s’adaptait pour avoir à peu près les mêmes entraînements.
Par exemple, il fait beaucoup moins d’aérobie que nous et beaucoup plus de musculation. Il est surtout spécialisé sur le 200 mètres aussi.
Les Secrets du Kayak - Quel matériel utilises-tu ?
Guillaume Le Floch Decorchemont : Je navigue en Nelo Cinco. J’ai essayé le Nelo Sete mais je n’ai pas accroché.
En réalité, je ne sais pas s’il y a une différence mais je préfère le Cinco.
J’ai eu plein de bateaux différents. J’ai été chez Zedtech puis chez Vajda avant d’arriver chez Nelo sur lesquels je me sens mieux.
Je suis en Braca 1 et je la règle en 2m21. C’est une 805 cm3 et je mets un angle de 45 degrés.
C’est avec celle-ci que je me sens le mieux.
En K4, j’utilise la même pagaie mais avec un manche plus rigide, même si je n’ai pas le manche le plus rigide qui soit.
Si je prends une pagaie avec un manche très rigide, j’ai rapidement des tendinites dans les avant-bras au niveau du long supinateur.
Je n’ai jamais eu de blessures en Kayak. La plus grosse blessure que j’ai eu, c’est une entorse du pouce en faisant du Kayak polo. Sur un choc, j’ai le pouce qui s’est retourné.
Les Secrets du Kayak - L’objectif Jeux Olympique
Guillaume Le Floch Decorchemont : C’est un objectif même si je n’y pense pas à longueur de journée.
L’année dernière, quand on a essayé d’avoir le quota olympique en K4 500 m, j’ai l’impression qu’à certains moments, on a perdu la notion de plaisir parce qu’on se mettait trop la pression.
En prenant exemple sur Etienne qui lui est le pagayeur fou qui adore faire du bateau, je pense que c’est important pour ne pas trop se mettre la pression.
Quand j’étais plus jeune, les plus vieux de l’équipe de France faisaient office de mentor pour moi.
Quand on va aux JO, on y va pour un podium.
Par contre, on n’a pas encore qualifié le K4 500 mètres homme pour les Jeux Olympique. On a encore une chance de se qualifier mais elle est assez faible.
Il faut attendre la décision du TAS sur des rendus de quota qui ont été donnés à d’autres bateaux. Le destin n’est plus entre mes mains.
Pour l’instant, sur les Jeux de Tokyo, il y a seulement, chez les hommes, le K1 200 m et le K2 1000 qui sont qualifiés.
Pour les prochains Jeux, le K2 1000 va également sauter ce qui fait qu’il ne restera que le K1 1000.
Pour l’instant, je ne me projette pas sur le 1000 m et je compte rester sur le 500 mètres car justement aux prochains jeux, il y aura, en plus du K4 500 mètres, du K2 500 mètres.
Il ne reste plus beaucoup d’épreuves pour le Kayak de course en ligne, j’imagine malheureusement que c’est la dernière étape avant la sortie des jeux olympiques.
Si le Kayak de course en ligne n’est pas plus olympique, je ne sais pas si je continuerais.
Vous pouvez retrouver Guillaume Le Floch Decorchemont sur :
Interview : Etienne Hubert
Retrouvez tout sur Etienne Hubert. Comment a-t-il débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-il pour continuer à progresser ?
Ceci est une retranscription écrite du Podcast enregistré avec Etienne Hubert en décembre 2020.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Etienne Hubert : Ben écoute, je vais très bien aujourd’hui. J’ai la forme en cette période de fin d’année 2020.
Je sors d’un stage de 3 semaines à Séville avec le collectif équipe de France, j’étais plus particulièrement avec le groupe du 1000 mètres. On s’est entraîné pendant 3 bonnes semaines sur le bassin de Séville.
On ne va pas là bas pour les oranges mais pour rechercher la chaleur et des conditions d’entraînements propices à la performance.
On a fait un beau bloc d’entraînement avec les collègues / copains.
A l’issue de ce stage, j’avais besoin de décompresser, de retrouver un peu de fraîcheur, pourquoi ne pas aller faire un petit tour de ski de randonnée sur les hauts sommets alpins. Je suis donc allé au massif de Belledonne avec deux copains, petite cabane, petit repas et neige fraiche donc au top.
Les Secrets du Kayak - Un besoin d’aventure ?
Etienne Hubert : Quand j’étais gamin, aujourd’hui j’ai 32 ans, j’ai commencé le Kayak très jeune avec des parents passionnés par le Canoë-Kayak, plus par l’aspect aventure.
Ensuite, j’ai fait beaucoup de Handball pendant 7 à 8 ans, j’en avais marre et j’ai du faire un choix, choix qui a été fait assez rapidement. J’en avais un peu marre d’être toujours enfermé dans des salles. J’avais besoin de faire des espaces verts, de la nature, faire quelque chose qui bouge et qui sort de l’ordinaire et je me suis donc vraiment concentré sur le Kayak.
A côté de cela, j’adore voyager, j’adore faire des trips avec des copains.
J’ai fait la traversée de la Norvège en auto-stop, ce qui m’a permis de naviguer sur de très belles rivières en Kayak, sur des rivières à volume sur des petits bateaux où tu sautes des chutes, où tu fais de très beaux passages. Ca a été une très belle expérience.
Et après les Jeux Olympique de 2016, je suis parti au Chili où avec un copain, en arrivant à Santiago, on a acheté deux vélos et on a descendu comme on était, c’est à dire avec pas grand chose : un sac à dos, un saucisson dans la poche et on a traversé la Patagonie en 3 mois et demi.
Pendant cette période, on a réussi à faire pas mal de randonnées en montagne et des très belles rivières (mythiques) en Kayak. C’était une très belle expérience pour redémarrer une olympiade en vue des jeux de Tokyo.
Les Secrets du Kayak - Des débuts précoces ?
Etienne Hubert : Légalement, on n’a pas le droit de commencer le kayak à 3 ans, il faut savoir nager. Mes parents m’ont mis au fond du bateau et ca allait. C’était une autre époque aussi, les années 1990 où il y avait un peu moins de normes et de législation dessus.
J’avais une mini pagaie mais à 3 ans, on ne fait pas grand chose, on dort surtout.
Pour moi, c’est des souvenirs, peut être pas ceux de quand j’avais 3 ans. Après, on a fait pas mal de rivières entre mes 5 et 8 ans.
Je me souviens d’une fois où il faisait froid, il y avait un orage, on était en Belgique et mes parents nous ont laissé chez une grand mère et ils ont fini la descente. Ils sont venus nous rechercher le soir et c’est vraiment un bon souvenir car on naviguait dans des gros groupes, on était une vingtaine d’adultes et une bonne dizaine d’enfants.
En fait, mes parents étaient passionnés de kayak. Ils s’y sont mis entre 20 et 30 ans. Ils ont débuté quand j’ai débuté, en fait. Ils n’ont pas d’antécédents importants pour expliquer que je sois vraiment accro.
Au début, ils organisaient ca au sein d’un cercle d’amis et après ils ont décidé de créer un club quand j’avais 8-9 ans. Il y a eu un premier club puis un deuxième club un peu plus grand dans une plus grosse ville sur Sedan et les deux ont fusionné pour donner le club du pays Sedanais, le club où je suis toujours.
Je suis fier d’y être et j’y resterais jusqu’à la fin de mes jours.
J’ai fait beaucoup de VTT quand j’étais gamin avec des amis et beaucoup de randonnées. J’ai toujours baigné dans les sports Outdoor que ce soit VTT, randonnées, ski aussi.
A chaque fois, c’était l’esprit aventure qui primait, plus que la compétition.
Si aujourd’hui, je fais du kayak à haut niveau, c’est pour l’aspect environnement, découverte.
Aller chercher une médaille olympique, pour moi, c’est une aventure.
Ce n’est pas juste un simple objectif sportif. Je ne le conçois pas comme ca et c’est pas ma vision des choses.
Il y a toujours l’envie d’aller poser un drapeau sur un sommet sans passer par la voie normale.
Quand j’ai commencé le bateau, le club faisait beaucoup de randonnées que ce soit sur eau plate ou sur eau vive. Quand j’ai grandi, au club, on avait un beau spot avec une belle vague qui faisait un beau rouleau et tous les hivers, on y était.
On faisait du freestyle et on s’éclatait bien. Le moniteur du club nous mettait sous le pont le mercredi et on jouait pendant deux heures et le samedi.
Petit à petit, j’en ai fait de plus en plus et j’ai vraiment apprécié ce côté “eau vive”.
Par contre, le problème, c’est que la vague ne fonctionnait que deux ou trois mois dans l’année et après pour faire de l’eau vive, il fallait toujours se déplacer dans les Alpes ou d’autres contrées ce qui était assez compliqué.
Alors qu’à Sedan, on dispose d’un super beau lac ce qui fait que rapidement, je me suis mis à faire de la course en ligne, dès mes 12 ans.
Au début, ca n’a pas été évident, j’ai pris beaucoup de bains. Je me souviens de séances bien compliquées. En parallèle, je gardais toujours l’eau vive l’hiver pour me renforcer et aussi pour l’épanouissement personnel.
En 2004, j’étais cadet, à l’âge de 16 ans, j’ai intégré le collectif junior de l’équipe de France de course en ligne où j’ai participé au championnat d’Europe.
A l’issu, je me suis dit que ce serait dommage de faire une carrière de haut niveau en course en ligne sans toucher à la descente.
C’est pour ca qu’en 2005, j’ai décidé de consacrer mon temps à la descente de rivières sur des bateaux en carbone, typé vitesse avec comme objectif d’aller du point A au B le plus vite possible.
J’ai alors décroché ma sélection pour participer au championnat d’Europe de descente ainsi que pour les championnats du Monde qui était en Italie à Manzana.
Cette année là, j’avais fait le choix de ne pas faire de course en ligne car c’était compliqué de gérer les deux.
Après aujourd’hui, je fais encore beaucoup d’eau-vive après les grosses échéances internationales.
Je vais souvent faire du kayak de rivières avec les jeunes du club. Dès qu’il y a de l’eau, avec des copains, on peut aller en Ardèche ou dans les Alpes et on s’éclate.
Ma devise, c’est de s’amuser avant tout.
Les Secrets du Kayak - Quelle scolarité ?
Etienne Hubert : A 16 ans, j’étais cadet 2, c’est la période où on est en seconde. C’était compliqué de tout gérer car je m’entraînais en Kayak mais aussi en Handball ce qui faisait un à deux entraînements par jour tout au long de l’année sans compter les petits stages durant les vacances.
Après je suis parti en sport études à Lille où j’avais un emploi du temps aménager pour m’entraîner. J’étais sur une structure fédérale qui s’appelait un pole espoir où on était une dizaine d’athlètes entre 16 et 18 ans et on s’entraînait aussi avec des athlètes du pole France qui étaient sur Lille.
Les Secrets du Kayak - Aventure ou Compétition ?
Etienne Hubert : Même s’il y a toujours cette notion d’aventure, je reste aussi un compétiteur. Je n’allais pas quitter Sedan pour aller à Lille juste pour le plaisir.
L’objectif était de briller au niveau international.
Quand je suis arrivé, j’étais junior 1, c’est l’année où j’ai fait de la descente et c’est un peu paradoxal parce que je vais sur un pôle de course en ligne pour faire une année de descente. Ca montre que tous les chemins ne sont pas tracés à l’avance.
Quand je suis arrivé au pôle, l’objectif c’était vraiment de faire une carrière en Kayak, chose que j’ai pu faire en 2005 en intégrant l’équipe de France de descente et en 2006 en intégrant l’équipe de France de course en ligne et de marathon où je fais champion d’Europe sur le 500 m en K2 ainsi que 4 ème en K. Je fais également deux médailles d’or aux championnats du monde de marathon.
Je ne m’attendais pas à ces résultats mais c’était ma volonté d’être le meilleur sur les compétitions en Kayak.
Quand j’étais junior, le marathon ne faisait que 20 kilomètres, j’aimais bien ça. Maintenant, en senior, ca en fait 30 ou 35 de mémoire.
C’était complémentaire de faire du marathon par rapport à l’échéance et au calendrier. On attaquait par les championnats d’Europe de course en ligne, puis les championnats du monde et enfin les championnats du monde de marathon.
Maintenant, ce n’est plus quelque chose que j’ai envie de faire. Je ne me fais plus plaisir en marathon. J’ai complètement ces courses mais à côté, je fais beaucoup de surfski. Ca se vaut sauf que c’est en mer, qu’on surfe des vagues, il y a ce côté adrénaline qui excite qui est vraiment intéressant.
En 2006, j’étais junior 2. En 2007, j’étais senior 1 et je fais les championnats du monde de course en ligne à Duisburg où je finis à 7 ème place en K4 sur le 500 mètres et à la 12 ème en K4 sur le 1000 mètres. Ce sont vraiment de super belles performances pour moi.
En 2008, j’étais remplaçant olympique. Je me battais avec les meilleurs français sur le finales des Open ce que l’on appelait auparavant les sélections “Equipe de France”. J’étais souvent entre la 6 ème et la 9 ème place, j’avais 19 ans.
Cette année là, je fais aussi vice champion d’Europe U23 sur le 1000 mètres mais par contre, je ne me sélectionne pas pour les Jeux.
C’était un peu frustrant mais j’avais 20 ans, je n’ai pas eu de soucis par rapport à cela.
En 2009, j’ai été aligné en K2 500 mètres et K2 1000 mètres et je fais 5 ème et 6 ème avec mon fidèle acolyte, Arnaud Hybois avec qui j’ai partagé de très bons moments sur l’eau mais aussi sur terre.
En 2010, on gagne les championnats du monde en K4.
En 2011, il y a les championnats du monde, la fédération aligne un K4 où j’étais dedans. Il fallait qu’on soit dans les 10 meilleurs bateaux et on a complètement échoué. On a du finir à la 20 ème ou 25 ème place, je ne m’en souviens même pas. C’était la catastrophe ce qui fait que l’on n’a pas de quota pour les Jeux Olympique de Londres en 2012. Grosse déception et gros échec !
Suite à cet échec là, on avait deux autres possibilités pour aller aux Jeux : Soit d’être le meilleur français et de décrocher sa place sur les rattrapages continentaux en K1, soit d’être le meilleur K2 français et décrocher sa place suivant le même principe.
Malheureusement, je n’ai pas réussi à faire cela. J’étais deuxième en K1 et j’étais dans le deuxième biplace ce qui fait que je n’ai pas été aux Jeux en 2012.
C’était vraiment une grosse déception mais après je me suis dit que c’était la vie et que j’avais d’autres choses à faire. C’est à ce moment là que je suis parti faire mon tour en Norvège.
Entre 2010 et 2011, ce n’était pas le même équipage sur le K4. Il y a eu quelques évolutions, ce qui a mis des doutes, créé des tensions et puis ce n’est pas parce qu’un bateau gaze une année qu’il va gazé l’année d’après.
Il s’est passé quelque chose entre ces deux années, peut être au niveau de la planification, au niveau mental.
Quand on arrive aux championnats du monde en 2011, après avoir gagné avec un bateau d’avance en 2010, on a une cible dans le dos. On est perçu comme la bête à tuer. Je pense qu’on n’a pas réussi à résister à la pression et on a échoué.
Les Secrets du Kayak - Pourquoi le 1000 mètres ?
Etienne Hubert : Ce qui m’a poussé à faire du 500 et du 1000 mètres, ce sont mes capacités aérobies. J’ai toujours été passionné par les efforts semi-longs, je n’ai jamais été très explosif, j’ai toujours été plus fort sur la durée.
Quand il y a eu le 200 mètres qui est arrivé aux Jeux Olympique, ca ne m’a pas plus intéressé que cela.
Par contre, je fais toujours les sélections et les courses sur 200 mètres mais je ne me classe pas, généralement, sur le podium. J’essaie toujours d’être finaliste, parfois je fais des petites surprises mais ca reste rare que je me place en haut du podium sur 200 mètres.
Notre sport, étant aquatique, il y a un esprit de glisse qui est important, et c’est pourquoi il est primordial de faire beaucoup de kilomètres en bateau parce que la glisse, la transmission entre la pagaie et l’avancement du bateau, ca n’arrive pas d’un coup de baguette magique.
L’appui, il faut vraiment le créer.
Je compare souvent cela à l’image d’un nageur, si celui-ci ne nage pas pendant 6 mois, il va avoir du mal à se remettre dans l’eau.
Pour le kayakiste, c’est pareil, il y a vraiment cette notion d’appui et de déplacement qui est importante et tant que l’on n’a pas trouvé cette notion là, il est difficile de performer.
Ca ne se trouve pas restant dans son canapé ou en faisant des toutes petites séances, mais elle se trouve en faisant des bornes, des bornes et des bornes.
Et je suis plutôt d’humeur à travailler qu’à rester dans le canapé, j’ai vite fait mon choix et ca a toujours bien payé.
On est toujours dans une recherche perpétuelle de cet appui, un appui qui doit être facile et qui fait avancer le bateau facilement en s’économisant au maximum.
Les Secrets du Kayak - Et niveau entraînement ?
Etienne Hubert : Pour moi, le critère de réussite d’une course, c’est de réussir à faire une performance en s’économisant le plus possible.
Pour un spécialiste du 1000 mètres, 85 à 90% de mon entrainement est de l’aérobie.
Même si on fait beaucoup d’aérobie, il y a beaucoup de séances d’intensités qui peuvent se traduire par des séries qui peuvent être courtes, de 10 secondes à 5 minutes.
Il y a aussi beaucoup de séances dites de musculation. Pour être fort musculairement, il faut certes pagayer et il faut également s’entraîner en salle ce qui représente un certain nombre d’heures, ce qui correspond à 2 à 3 séances par semaine tout au long de l’année.
Quand il y a séance de musculation en salle, cela me frustre un peu car ce n’est pas toujours ce que j’aime. Après, ca dépend aussi de la séance. Ca permet aussi d’être au chaud quand il fait froid, d’échanger avec les copains, les entraineurs.
Il y a quand même toujours un petit côté sympa à faire de la musculation.
Je pense que quand j’arrêterais ma carrière de sportif de haut niveau, c’est pas la chose que je ferais en priorité la musculation.
En ce moment, je fais autour de 90 kg pour 1m85 mais je ne suis vraiment pas fort en force explosive mais là où je pète mes scores, c’est plus sur les force-endurance avec des longues répétitions et sur les force-puissance qui consiste en des longues répétitions également mais avec plus de poids.
On fait des tests, on met 50 kg sur une barre de développé couché et 55 kg sur une barre de tirage planche et l’objectif, c’est de faire le maximum de répétitions en 2 minutes. Là dessus, je me défends bien puisque sur le développé couché, j’en fais entre 90 et 115 et autour de 90 au tirage planche.
Après en puissance, généralement on met 80% de notre force maximale, je mets 100 kg au développé couché et en maximum de répétitions, je fais des super scores car c’est quelque chose que j’ai en moi.
A 80%, je fais entre 15 et 20 répétitions. Ce qui donne au tirage planche, entre 15 et 20 répétitions à 90 kg.
Comme on dit, un bon vieux diesel vaut mieux qu’une essence.
C’est à feux doux, ca mijote et ca envoie.
Je ne fais pas beaucoup de tests de lactate mais on en fait quand même de temps en temps. Il y a certains coach qui se spécialisent un peu dans ce domaine là.
On fait des tests VO2 max une à deux fois par an sur machine à pagayer ce qui permet de donner des seuils ainsi que la fréquence cardiaque maximale.
Après, j’ai envie de te dire que parfois l’entraîneur nous demande d’être au seuil 1, à 32 ans, j’ai l’impression que je n’ai pas besoin d’avoir un cardio fréquencemètre pour rester au seuil 1.
Je connais parfaitement mon corps et je sais quand je passe la ligne. On se connaît tellement que parfois on n’a plus besoin de GPS ni de montre.
Forcément, je mets mon cardio fréquencemètre de temps en temps pour réguler, pour voir si je suis toujours dans le vrai mais il n’y a jamais trop de surprises.
C’est des choses qui sont hyper intéressantes, mais l’expérience fait que l’on s’adapte vraiment sur chaque séance. C’est ca qui fait la différence par rapport aux petits nouveaux.
Nous, il y a les EB1, l’endurance de base 1. Après il y a l’EB2, l’endurance de base 2 puis l’EC, l’endurance de course. Il y a l’endurance de course pour le 200 mètres, pour le 500 mètres, pour le 1000 mètres.
Généralement, l’EB1, on fait un mix entre la fréquence cardiaque et une fréquence de coup de pagaies. C’est là où on peut se mettre pendant 5 minutes à 50 de cadence, puis pendant 5 minutes à 60 de cadence…
Et ça, pareil, quand l’entraîneur nous demande une cadence, c’est rare que l’on soit au dessus. Après sur des EB2 ou des EC, ca peut se jouer à 5 ou 10 coups de plus, mais notre corps s’adapte.
On peut parfois descendre à 30 ou 40 coups de pagaies à la minute quand on fait des séances à cadence basse, où on va chercher à envoyer le bateau sur l’appui en mettant le plus d’appui possible. C’est vraiment des séances intéressantes.
Il y a plusieurs types de séances de résistance. Souvent, on prend des balles de tennis qu’on met sous le bateau ou des petits tendeurs. Il peut nous arriver aussi de faire des séances lestées, on met du poids dans le bateau afin de mieux sentir sa glisse. C’est un peu différent mais c’est intéressant également car cela permet de travailler la glisse et l’appui grâce au bateau qui est plus équilibré avec le poids.
Je m’entraîne entre 15 et 20 heures effectives en Kayak par semaine et des fois, en stage, on peut monter jusqu’à 25 heures.
Cela donne en stage des semaines à 130-140 km alors qu’en hiver, sans stage, je vais être autour d’une centaine de km.
En hiver, je mets de sur une jupe, de bonnes fringues au niveau du haut du corps et un petit bonnet. Je ne suis pas trop manchons. C’est très rare que j’ai du avoir à en mettre.
Je fais aussi beaucoup d’aérobie en dehors du bateau comme du VTT, de la course à pied, en ski de rando, en ski de fond, en surfski aussi.
Tous les ans, depuis 4 ans, on part en Guadeloupe faire un stage d’aérobie en surfski ce qui permet, en même temps, de travailler d’autres habiletés.
Pour moi, le cœur, c’est aussi très important de le travailler en dehors du kayak parce que, d’une part, ca change, ca permet d’aérer la tête, et d’autre part, ca permet d’utiliser d’autres muscles.
Ca me permet de jouer également sur cette notion d’aventure, de découvrir de nouveaux endroits, de se perdre en vélo, de casser ses skis… et j’en passe :)
Cette année, on repart en stage de ski de fond à Bessans. Ce que j’aime bien, c’est de lier le ski de fond au ski de randonnée parce que faire 10 jours de ski de fond, ca me saoule un peu, j’aime bien faire des choses un peu différentes, comme du ski alpin.
Dans ce cas, c’est une autre forme d’engagement, une autre prise de risque, de vitesse, de la visualisation, de la trajectoire.. Toutes ces habiletés là sont forcément transposables dans notre activité qu’est le kayak de course en ligne.
Et puis même s’il n’y a pas trop de ressemblances et de corrélations, au final, si ca fait du bien à la tête, ca fait du bien à la performance.
Depuis que je suis rentré de Séville, je vais avoir du mal à faire de la course en ligne car je suis parti à droite et à gauche en famille, donc je pense que je vais faire facilement 3 semaines de coupures.
Après peut être que pendant les vacances de Noel, j’arriverais à trouver un bateau et j’irais faire quelques séances de kayak mais sinon, ce ne sera pas la mort.
Je fais autre chose, je garde ma condition physique et puis c’est parti !
Ca me manque un peu de ne pas faire de kayak, c’est sur mais ca permet aussi de faire autre chose et d’en profiter. Car là, on a fait un très gros stage d’entraînement à Séville, il faut souffler un peu pour pouvoir être en forme sur les prochains stages.
Pour moi, le meilleur spot pour faire du kayak de course en ligne, c’est dur à dire car ca dépend de la saison. Il y a un endroit que j’adore, c’est le lac de Vouglans à Bellecin.
Il y a une belle base d’aviron, on peut faire des bornes en bateau, l’eau est bleu claire / verte. On y était allé l’année dernière au mois de juillet et on avait aussi fait du Wake surf, du surf derrière un bateau, on s’était éclaté. On a fait du VTT, on a fait plein de sports Outdoor.
Pour moi, c’est vraiment un des meilleurs spots français.
Après forcément, le lac d’Aiguebelette, j’aime vraiment bien. Je n’y vais pas assez pour le mettre dans mon top mais j’adore l’endroit.
J’aime aussi, par chez toi, le lac du Lit au roi à Massignieu de Rives.
On a de super beaux endroits en France.
Après à l’étranger, il y en a plein. J’aime bien aller à Séville pour le côté ville où on peut sortir, vivre comme à la maison pendant 3 semaines.
Il y a aussi des petits lacs perdus en montagne en Espagne que j’aime bien.
Pour moi, un bon spot, c’est un spot où on ne fait pas de la course en ligne et où on peut faire d’autres activités.
Si on veut me punir, on me met sur un ergomètre. Je trouve ca chiant à crever. A 32 ans, je n’ai pas envie de me faire chier avec un truc pareil.
Il n’y a pas de glisse et pour moi s’il n’y a pas de glisse, il n’y a pas d’intérêt. Je préfère faire une musculation.
C’est une machine de torture, tout simplement.
Les Secrets du Kayak - L’hygiène de vie du Kayakiste
Etienne Hubert : Déjà, je suis un bon viandard. J’aime bien cuisiner aussi.
Après l’alimentation est importante dans la quête de la performance et du bien être. J’essaie de manger sain et équilibré et ne pas toujours manger de la viande, même si j’aime ca.
J’adore le fromage, le pinard, donc je me limite aussi de ce côté là.
J’essaie de ne pas rentrer dans les excès, ce qui est finalement l’objectif.
Je n’ai jamais pris de compléments alimentaires et ca ne me manque absolument pas.
Je ne fais pas appel à un diététicien car j’ai appris les bases de l’alimentation depuis longtemps et comme je ne prends pas de compléments alimentaires, ca reste assez basique.
Par contre, c’est toujours un plaisir de parler avec le médecin de l’équipe de France qui a fait une formation en nutrition ou de parler avec des nutritionnistes mais aujourd’hui, je n’ai personne qui me suit de ce côté là. Je n’en ressens pas le besoin.
Je fais de la préparation mentale depuis 2016 de manière ponctuelle par période et par cycle en fonction de mes besoins.
Je fais avec quelqu’un en qui j’ai vraiment confiance, avec qui c’est vraiment fluide. Je fais environ 10 à 15 séances par an.
Je fais pas mal d’étirements aussi, d’assouplissements.
J’aime bien parler aux gens, c’est quelque chose d’important pour moi que je fais quotidiennement tout en essayant de ne pas être enfermé dans mon téléphone.
J’essaie aussi de faire des siestes tous les jours, même si ce n’est que 20 minutes sauf quand je suis au bureau. Ca me fait du bien et ca me permet de remettre mes idées au clair pour bien attaquer l’après midi.
Les Secrets du Kayak - Le choix de l’entraîneur
Etienne Hubert : J’ai eu pas mal d’entraîneurs jusqu’à maintenant. Au début, c’était des entraîneurs de club qui m’ont bien mis sur la voie.
Ensuite, à Lille, l’entraîneur m’a fait découvrir de nouvelles méthodes d’entraînement, puis j’ai eu d’autres entraîneurs à Nancy et Toulouse et là mon dernier et actuel est à Paris.
Même si l’entraîneur était différent à chaque fois, l’objectif était de performer.
L’entraineur est au service de l’athlète ce qui fait qu’il doit y avoir une très bonne relation entre les deux ce qui signifie que l’athlète doit comprendre ce que veut l’entraîneur.
Ca n’a pas été perturbant pour moi de changer 5 fois d’entraîneur en 15 ans. Par contre, il y a toujours un petit moment d’adaptation d’où l’importance de rapidement poser les bases avec son entraîneur.
Là, ca fait depuis la fin des Jeux Olympique de Rio que je suis avec François During.
J’ai toujours changé d’entraîneur quand ca se passait bien, je souhaitais voir autre choses, de nouvelles méthodes d’entraînement, un nouveau site, un nouveau groupe, une nouvelle vision.
Pour moi, la relation entraineur-entrainé, elle ne s’arrête pas parce que ca ne va pas mais parce qu’il y a quelque chose d’autre à découvrir.
Ca, c’est vraiment quelque chose qui me passionne.
Actuellement, je m’entraîne sur Paris, sur le bassin de Vaires sur Marne, sur le Marne aussi à côté de chez moi mais après c’est vrai qu’on part beaucoup en stage.
C’est vrai que si on m’avait dit il y a 15 ans que j’allais m’entraîner à Paris, j’aurais demandé si c’était une blague.
Ca me change de Sedan, Nancy… Mais le plus difficile, c’était entre Toulouse et Paris mais on s’y fait.
Les Secrets du Kayak - Question matériel
Etienne Hubert : Je suis en Nelo Cinco parce que j’ai toujours été chez Nelo, ca a toujours été mon fournisseur de bateau.
J’aime bien la qualité et la rigueur qui y est développé.
J’ai eu des prix avec Nelo, j’ai eu des bateaux de prêt, des bateaux offerts. J’ai donc toujours pagayer avec.
Après, en Surfski, je suis en Fenn. Quand je vais en Guadeloupe, je prends ce qu’il y a.
J’ai testé le Nelo Sete mais je préfère le Nelo Cinco. J’ai l’impression de mieux glisser dans ce dernier. C’est peut être psychologique mais j’ai de meilleures sensations dans le Cinco.
Je n’ai pas de problèmes de stabilité dans le bateau quand je reprend après une coupure. Le plus dur, c’est de retrouver l’appui, l’avancement du bateau. Toutefois, avec l’expérience, ca revient assez rapidement, en une à deux séances.
Au niveau de la pagaie, je suis en Beta Rio de chez Jantex. Je ne suis pas en Gamma Rio car je trouve que la Beta Rio se place toute seule.
Je suis sur une taille de pagaie en Large et je suis en 2m19.5 en terme de longueur de pagaie.
Il y a de meilleurs internationaux qui ont des plus petites pagaies.
Quand j’étais plus jeune, j’étais sur du 2m22, j’avais peut être les yeux plus gros que le ventre. Au fur et à mesure des années, je “baisse” et ca va de mieux en mieux.
En K2, je monte sur du 2m20.
Les Secrets du Kayak - Objectif équipage
Etienne Hubert : Avec Cyril, on est un très bon duo. On a déjà été en équipage, en K4 en 2013.
Après ce K2 s’est constitué en 2019 parce qu’il n’y avait personne sur le biplace sur le 1000 m et qu’on nous a laissé la possibilité de le faire.
Et première manche de coupe du monde, on la gagne devant les Allemands ce qui était assez énorme.
Après on a fait les jeux européens et là, c’était moyen, on a fini 9 ème.
Par contre, après, au championnat du monde, on fait 3 ème. On fait une course de folie avec une super remontée.
On s’éclate vraiment bien avec Cyril, on a le bon état d’esprit. On est complètement différent l’un de l’autre mais on arrive à bien se sentir dans le bateau pour le faire avancer ensemble et ca, c’est hyper agréable.
C’est sur que les Jeux en 2021 sont l’objectif.
Après, on est attendu au tournant et il faut avoir en tête que ce sera les deux meilleurs français qui feront l’équipage. C’est donc à Cyril et à moi d’être parmi les deux meilleurs français pour pérenniser notre bateau à l’issu des prochains championnats de France qui auront lieu au mois de mai.
Les Secrets du Kayak - Et question boulot ?
Etienne Hubert : J’ai fait une licence Staps en management du sport, j’ai commencé à Nancy et j’ai fini à Toulouse. Après, j’ai passé un brevet d’état en Canoë-Kayak, et ensuite j’ai fait une école de commerce à Grenoble où j’ai eu un Master en 2016 juste après les Jeux de Rio.
Je travaille donc à côté du Kayak, j’ai décroché un CIP, un contrat d’insertion professionnel en 2019 ce qui me permet aujourd’hui de concilier le haut niveau et le milieu professionnel.
A 32 ans, j’ai besoin de ça pour performer.
Avant cela, j’avais un contrat “INSEP”. En fait, j’ai fini mes études à 28 ans et j’ai eu un contrat d’image à l’INSEP où je donnais aussi des cours sur les sujets de mes études.
Et par la suite, j’ai donc eu ce contrat à l’AFNOR.
C’est à moi de gérer les projets et de faire avancer les choses, c’est donc à moi de m’organiser. Aujourd’hui, par exemple, c’était une journée “boulot”.
Quand je suis en stage, parfois j’arrive à bosser un peu le matin, le midi, le soir…pour pouvoir tenir un maximum les projets.
Je pense tenir ce rythme au moins jusqu’au Jeux de Tokyo, de mener les deux de fronts.
J’interviens également à la demande dans des entreprises où je partage mon expérience et comme tu l’as compris, pour moi, le partage, c’est hyper important.
Il y a beaucoup de corrélation entre le niveau d’une entreprise et le haut niveau.
L’après carrière ne me perturbe pas. Je sais qu’après Paris 2024, j’arrêterais le haut niveau en course en ligne ce qui m’empêchera pas de continuer à pratiquer en rivière, en surfski…
Vous pouvez retrouver Etienne Hubert sur :