Interview : Lea Jamelot
Retrouvez tout sur Lea Jamelot, la championne française de kayak de course en ligne.
Ceci est la retranscription écrite du Podcast enregistré avec Lea Jamelot au moins de décembre 2020 après avoir effectué sa deuxième semaine de stage à Séville.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Lea Jamelot : Ben écoute, ca va très bien. Je suis en directe de Séville. C’est une destination habituelle pour nous en stage hivernal.
L’année dernière, on était là aussi. C’est l’occasion pour toute l’équipe de France de se regrouper, d’avoir tout le monde sur le même site que ce soit le staff et les athlètes.
Le bassin est bien quand il n’y a pas trop de monde. Là, en période de confinement, ca va. On ne se prend pas trop la tête avec les rameurs mais sinon ca peut être très compliqué car le bassin est très venteux, très “vagueux” quand on le partage avec tous les bateaux et avirons.
En ce moment, le bassin est bien, on a de bonnes conditions. On n’utilise pas le centre d’entraînement “La Cartuja”, on n’est pas sur le bassin. On a un AirBnb qui nous permet d’être autonome et de nous faire à manger. C’est une formule qui nous convient mieux que de la nourriture en self.
Dans la plupart des centres d’entraînement, on est en pension complète avec la nuit sur place, la restauration et les équipements pour l’entraînement.
C’est la première année depuis 4 ans que je ne vais pas sur le continent océanique en hiver parce qu’actuellement, avec les conditions, c’est compliqué.
Juste après les Jeux de Rio, on s’est fait un petit Road Trip avec Manon en Nouvelle-Zélande puis après chaque année, on allait en Australie. La première année, on a été à Brisbane sur la Gold Coast, on s’est entraîné avec les australiennes en autonomie.
On y est retourné il y a deux ans, deux fois, avant Noel, à Adélaïde avec Maxime Beaumont et Fred Rebeyrol, et on est retourné sur le Gold Coast en février. Et l’année dernière, on était toutes les filles sur la Gold Coast pour préparer les Jeux qui auraient du avoir lieux cet été.
C’est vraiment des conditions idéales, climatiquement car c’est l’été là bas, on est en maillot de bain / brassière ce qui change des manchons / jupettes de l’hiver français.
Cette année, on sera moins au chaud mais on peut trouver de belles conditions autour.
Quand on est parti en Nouvelle Zélande, on est parti quasiment 2 mois. C’était aussi pour souffler après les Jeux, c’était autant vacances qu’entraînement. On en a quand même bien profité pour s’entraîner avec les néo-zélandaises qui sont les plus fortes du circuit.
En Australie, on restait 6 semaines car c’est quand même un voyage qui est super long. Il faut du temps pour se faire au décalage horaire.
On a appris plein de choses en Nouvelle Zélande, aussi la première année en Australie en suivant la planification des australiennes alors que les années suivantes, on est arrivé avec notre coach et notre programme même si on s’entraînait parfois ensemble mais on conservait notre programme qui est quand même très différent d’elles.
Les Australiennes ont les compétitions beaucoup plus tôt dans l’année, elles ont leurs sélections vers fin mars quand nous, c’est en mai ce qui fait un gros décalage. Elles font de l’intensité tout l’hiver ce qui est impressionnant. Elles s’arrêtent à peine un mois après les championnats du monde et elles reprennent pleine balle dès novembre alors que nous, on commence doucement à partir de février.
Ca nous a donc fait tout drôle la première année de suivre leur planification.
Nous, en général, on fait une coupure hivernale en mettant l’accent sur la musculation durant le mois de janvier, car le développement de la force est peu compatible avec de gros volumes d’entraînement aérobie. On lève donc la pagaie en janvier.
En arrivant en février, on a du se mettre dans le bain tout de suite des séances longues, du gros volume sur l’eau.
Là, à Séville, on est vraiment venu chercher du volume en bateau, pour engranger des kilomètres, pour caler des points techniques, faire de l’aérobie spécifique. On oublie évidemment pas la musculation et le gainage mais la majeure partie de nos séances sont sur l’eau.
Cela donne deux séances de bateau par jour et soit musculation, gainage ou course à pied ce qui fait 3 séances par jour au final sauf le mercredi après midi où on est en repos et le dimanche où on est en repos complet. On a parfois quelques journées à 2 séances pour vraiment faire de la qualité. Avec Fred, notre coach, on a beaucoup bossé sur la qualité.
On essaie de faire de la quantité de qualité.
C’est un terme détourné. Quand on fait une grosse séance le matin, avec des cadences hautes, beaucoup d’influx nerveux dépensé, c’est compliqué d’aller s’en remettre une dans le cornet l’après midi. A ce moment, on va plus dérouler les bras, faire une séance longue sans se mettre une nouvelle cartouche.
C’est plus dans ce sens là car on ne peut pas faire matin, midi et soir de l’intensité. On ne peut pas cumuler des intensités n’importe comment. Il s’agit aussi de finir la semaine, le cycle, le stage dans son intégralité, pas d’exploser en route et de se blesser.
Je ne suis pas une partisane de semaine d’entraînement à 30 heures. Je fais plus de la qualité quand on est autour de 17-20 heures ce qui est déjà beaucoup pour moi mais en qualité, en étant investi mentalement, physiquement, psychologiquement sur chaque séance, en ayant la disponibilité mentale à chacune d’être engagé à fond dedans.
On entend souvent dans le milieu du haut niveau que la récupération est aussi importante que l’entraînement. J’ai une plage horaire de travail de 14 à 16h tous les jours mais je ne manque pas de faire la sieste avant pour être en forme à l’entraînement après.
Là, je suis sortie pour la première fois à Séville alors que ca fait deux semaines qu’on est là parce que nos journées, c’est dormir, s’entraîner, manger, dormir, manger, s’entrainer.
Ca peut faire rêver, ca peut faire moins rêver mais ca ressemble à ca dans la bonne ambiance.
Les Secrets du Kayak - Le haut niveau
Lea Jamelot : Je n’aime pas trop le mot sacrifice. Par contre, c’est sur que c’est un mode de vie particulier qui impose certaines contraintes.
Je pense qu’il faut toujours garder en tête qu’on fait ca parce qu’on aime ca. Pour moi, le plaisir est vraiment au centre, même s’il y a des jours où la fatigue prend le dessus, surtout quand il y a la pluie, le froid, le vent et qu’on se prend des branlées, il est moins là mais j’essaie d’avoir un équilibre.
J’ai aussi énormément de plaisir dans mon boulot. Ma vie actuelle me convient et je prends du plaisir dans ce que je fais.
J’ai un vrai “travail”. Je suis chargée de communication pour une entreprise qui fait des logiciels pour le secteur agricole, entreprise qui est basée en Bretagne, qui me soutient dans ma pratique sportive depuis 2011 en tant que sponsor et qui m’a embauché à l’issu de mes études il y a plus de 3 ans.
Je n’ai pas un faux travail car j’ai des vraies missions mais par contre, j’ai un temps aménagé et adapté car je ne travaille qu’à 30% ce qui représente 2h30 par jour et tous le mercredi après midi. Je bosse en télétravail, d’où je veux avec des collègues très compréhensifs.
C’est tout ce contexte qui me permet de mener les deux de front. Sans cela, il me faudrait un contrat d’image. Je m’y retrouve vraiment bien en tout cas.
J’ai vraiment cette chance d’avoir cette entreprise qui me soutient dans ce projet.
Mon employeur est mon “sponsor” principal. J’ai un salaire à temps plein car j’ai une CIP (Contrat d’Insertion Professionnel) qui est signé par la fédération, l’agence nationale du sport, la direction régionale jeunesse et sport de Bretagne et mon entreprise. Ce sont les institutions qui compensent mon manque à gagner le temps où je ne suis pas en train de travailler pour l’entreprise.
En 2011, j’étais déjà au pole France de Rennes et j’avais déjà fait 2 ans d’équipe de France junior. En fait, depuis 2009, je suis en équipe de France et depuis 2013 en équipe senior.
J’étais déjà dans une démarche de haut niveau. Je suis arrivée avec mon petit dossier sous le bras en leur disant que je souhaitais faire les Jeux de Londres mais je n’ai pas été sélectionnée l’année d’après à ces Jeux mais l’entreprise a continué à me soutenir.
En 2016, j’ai réussi à me sélectionner aux Jeux de Rio et donc à amener Kerhis aux JO.
Les Secrets du Kayak - Tes débuts
Lea Jamelot : Je faisais du Judo, ca me plaisait pas mal mais à chaque fois, l’été, quand je devais choisir une colonie de vacances, je choisissais toujours des activités de plein air.
J’étais attirée par tout ce qui était escalade, équitation, kayak… tout ce qui étaient de plein air.
En rentrant d’une colonie, un été où j’avais fait du kayak dans des petits recoins qui me paraissaient exotiques ; je me prenais pour Pocahontas sur mon canoë en plastique. J’avais adoré cette connexion avec la nature, j’avais l’impression d’être dans un autre pays.
A la rentrée, je voulais donc faire un sport de plein air, idéalement sur l’eau et en plus, ca arrangeait mes parents car c’était encore plus près que le club de Judo. Je pouvais y aller en vélo, prendre le bus à partir du collège.
J’ai commencé en CM2, c’était vraiment du loisir. C'était l’école de pagaie le mercredi et le samedi. L’entraîneur du club était très orienté “jeu”. On faisait du kayak polo dans des gros kayaks en plastique, c’était plus de la déconne.
Quand je suis entrée en quatrième, l’entraîneur du club a changé, et Thomas était plus tourné vers la compétition (et Delphine) m’a proposé de monter dans des bateaux plus performants.
Ensuite, Thomas m’a proposé de venir m’entraîner plus souvent et j’ai commencé à y aller le soir après l’école. Au début, une fois, deux fois puis rapidement tous les soirs.
Le club se prêtait à la course en ligne car il avait des bateaux de course en ligne. On s’entraînait sur le canal de Nantes à Brest qui est complètement plat.
Par contre, quand on est dans un club breton et qu’on veut faire les championnats de France espoirs, jeunes, il faut savoir tout faire. On se sélectionne en faisant des compétitions de slalom, de descente, de kayak de mer et de course en ligne.
Pendant plusieurs années, j’ai donc fait toutes les compétitions pour pouvoir me sélectionner au championnat de France.
J’ai fait mes premiers championnats de France vers 13-14 ans en minimes. J’étais assez nulle. Ca s’appelait les régates de l’espoir, ils mettaient les meilleurs en monoplace et les moins bons en K4 ou en K2. J’étais toujours en K4. Je ne sortais pas du tout du lot.
Je me souviens d’un jour à marquer d’une pierre blanche, c’était un championnat de Bretagne à Paimpont et il y avait toutes les filles que j’admirais parce qu’elles étaient grandes, fortes, et ce jour là, je les ais battu, j’ai gagné. C’est là que je me suis dit que je pouvais gagner.
Ca m’a boosté à fond et l’année prochaine, je faisais les tests pour rentrer en Pole espoir et j’ai été prise en seconde au Pole espoir à Rennes mais mes parents n’ont pas voulu que je parte et ils m’ont dit que si j’avais un super bulletin, on en reparlerait l’année d’après.
C’était une grosse motivation pour, j’ai donc fait ma seconde au taquet et ils n’ont pas eu le choix que de me laisser partir en première.
J’ai alors rejoint le pole espoir de Cesson-Sévigné et j’ai fait mes premières sélections “Equipe de France” et 7 mois après, j’intégrais l’équipe de France.
En seconde, je m’entraînais déjà tous les soirs avec Thomas et j’étais hyper motivée par ces tests pour le pole espoir. C’était des tests hyper variés. On avait des tractions, des pompes, de la corde à sauter, de la détente, il fallait savoir esquimauter.
Les dernières semaines avant les tests, chaque jour, je faisais tous les exercices. C’était maximum de pompes en 2 minutes, maximum de corde à sauter en 2 minutes…J’étais vraiment motivée.
J’ai du faire une traction mais surtout je connaissais le barème par cœur et je savais où il fallait que je marque des points. Parce que pour marquer ne serait-ce qu’un point en traction, il fallait déjà en faire 3 ou 4. Par contre, en corde à sauter, j’avais 5/5, en souplesse, j’avais 5/5… Ce qui comptait le plus, au final, c’était l’entretien.
Il y avait aussi un 5000 mètres en course à pied. C’était difficile pour moi, c’était pas ma tasse de thé. Par contre, j’étais super contente car l’année d’après, j’avais gagné devant les gars au scratch, j’avais mon nom devant les gars, c’était un peu ma fierté.
Les Secrets du Kayak - Sprinteuse ?
Lea Jamelot : Si tu me demandes ce que je préfère, je te réponds mille fois le 200 mètres, du moins en monoplace car j’adore le K4 500 mètres.
Mon kiff, c’est le 200 mètres car c’est ce qui va le plus vite, ce qui est le plus explosif, où je me sens le plus à l’aise.
Par contre, on vient d’apprendre que cela ne sera plus olympique à Paris en 2024 au profit du Kayak extrême.
Sur les sélections équipe de France, je “coure” le K1 200 et le K1 400 pour faire les équipages en 500 mètres. C’est ces deux distances là qui comptent.
Les Secrets du Kayak - Objectif Jeux Olympiques
Lea Jamelot : En 2012, je l’ai un peu vendu à mes sponsors. C’était une utopie, je savais que je n’aurais pas le niveau. Ca aurait été une grosse surprise.
2012, c’était un rêve. 2016 était un réel objectif. Aujourd’hui, l’objectif n’est plus de participer mais de performer à Tokyo.
A Rio, notre performance est clairement une déception. Ca a été une année compliquée et aucune de nous n’a été satisfaite du résultat, d’une finale B, surtout après être allée chercher un quota à Milan. Ca a été super dur à encaisser.
C’est pour cela qu’il faut aller se venger à Tokyo.
Tous ceux qui s’alignent ont des chances de médailles. On a fait de bonnes performances les saisons précédentes, on est monté 3 fois sur un podium de coupe du monde, on a fait 5 ème au championnat du monde en 2018, même s’il y a un gap de chrono entre les quatrièmes et nous les cinquièmes, mais j’y crois.
Avec le décalage des Jeux de Rio, ca a rebattu toutes les cartes car certaines filles ont arrêté, dans notre bateau aussi d’ailleurs donc il faut reconstruire avec de nouvelles cartes, des nouvelles guerrières.
Les Secrets du Kayak - La Mecque du Kayak en France ?
Lea Jamelot : Il y a beaucoup de jeunes à Toulouse. Il y a aussi Manon avec qui je m’entraîne chaque jour, avec Fred, notre entraineur en équipe de France mais aussi au pole de Toulouse.
Déjà, ce trio, c’est un trio de choc. A cela, il y a Maxime qui vient de temps en temps s’entraîner avec nous. Et puis, il y a toutes les jeunes, un gros groupe de filles qui s’entraînent et il y a une super ambiance.
Le pole de Toulouse est une belle découverte.
Les deux autres, Sarah et Vanina, sont à Paris, qu’on retrouve souvent sur des stages comme là à Séville. On monte de temps en temps à Paris, elles descendent de temps en temps à Toulouse.
Il y a vraiment une super émulation à Toulouse et je suis vraiment ravie d’être descendue jusque là.
J’ai passé 8 ans au pole de Rennes, 8 années géniales, j’y ai vraiment adoré mon passage. Au bout d’un moment, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour et de ne plus avoir assez de confrontations à Rennes.
C’est là que j’ai décidé d’aller vivre l’expérience parisienne à l’Insep. C’est quelque chose qui me tenait à coeur et je voulais voir ce que c’était.
J’ai adoré l’Insep que ce soit les rencontres que j’ai fait, les différentes structures mais par contre, quand on fait du Kayak et que le bassin se situe à 25 minutes de route quand il n’y a pas les bouchons, ce qui arrivent souvent. Cela fait passer beaucoup de temps sur la route, surtout quand on s’entraîne deux fois par jour et qu’en plus, on travaille à côté, ce n’est pas gérable.
C’était un rythme de vie qui ne me convenait pas au quotidien.
J’ai passé environ un an à l’Insep et durant ce laps de temps, j’ai fait un stage à Toulouse où on se promenait à vélo du lieu où on logeait au lieu d’entraînement.
Il faisait super beau, je me suis crue en vacances. C’est une ville à la frontière espagnole où les gens sont cools, c’est détente. On se promène et il fait beau.
Je suis tombée amoureuse de Toulouse et en deux jours, j’avais prise ma décision. C’était là que je serais l’année prochaine. Ca s’est fait vite, je prends des décisions à l’instinct et là, il ne m’a pas trompé.
Frederic Rebeyrol, mon entraîneur actuel, est aussi l’une des raisons qui m’a poussé à déménager à Toulouse. J’avais vraiment envie de travailler avec lui. Ca avait été très compliqué à Paris avec le départ de deux de mes entraîneurs. J’ai passé une bonne partie de l’année sans entraîneur fixe au quotidien.
On a eu un entraîneur étranger qui est parti, Nicolas Mayotte que j’avais eu comme entraîneur à Rennes est également parti à mon arrivée. Ca a donc été compliqué.
Fred est vraiment un entraîneur hyper investi pour nous au quotidien. C’est vraiment ce que je recherchais et que j’ai trouvé en venant sur Toulouse. C’est un entraîneur passionné qui veut vraiment notre réussite. Je suis hyper contente de bosser avec lui.
L’année à Paris a été compliquée mentalement. J’ai manqué de suivi, peut être de “mental” aussi. J’ai vécu des expériences parce qu’à l’Insep, on a quand même des ressources hyper intéressantes à utiliser en terme d’entraîneurs dans des disciplines associées comme l’athlétisme, la natation, à l’haltérophilie. J’ai découvert pas mal de nouvelles pratiques et c’était hyper intéressant.
Tout n’est donc pas à jeter dans mon année à Paris.
C’est sur que depuis que je suis à Toulouse, on a vraiment mis l’accent sur la technique avec Fred, c’était vraiment mon gros chantier, faire avancer mon bateau plus vite à chaque coup de pagaie.
Fred est un très très bon technicien et j’ai énormément progressé grâce à ses séances et ses conseils.
La technique est vraiment un gros pan de notre activité. Tu as beau avoir le physique, ce n’est pas les années où je soulevais le plus lourd en musculation que j’allais le plus vite. Je ne dis pas que ce n’est pas important mais si tu ne sais pas bien placer ta pagaie, bien te tracter dessus et que tu n’as pas compris comment on fait avancer un bateau, tu aurais beau courir autant que tu veux, nager autant que tu veux et pousser des barres autant que tu es fort, ca n’ira pas.
Je pense que je n’avais pas bien compris la “technique”. Il faut que je sois beaucoup plus dans le relâchement, dans le placement et la finesse. Ce n’est pas que je ne suis pas une nana fine, mais je me suis construire, notamment en tant que junior en bourrine, parce que mes qualités étaient surtout physiques, j’en voulais, je pouvais faire des trous dans l’eau comme on dit.
Je pense que là où ca n’a pas été facile, on a eu de longs débats en Australie, de longs échanges et discussions, pour déconstruire cette idée que j’avais que la plus fatiguée en fin de course était celle qui avait le mieux pagayer. On a vraiment déconstruit cela pour trouver comment ne pas pousser sur la pagaie mais planter et se tracter.
On ne pousse pas l’eau mais on utilise l’eau pour avancer.
Ca me parait hyper simple quand je le dis aujourd’hui mais ca a été un travail de longue haleine. J’arrive à en parler facilement parce que là à Séville, ca se passe vraiment bien, je ressens ça, je ressens que ca part des abdos, mais il y a encore quelques mois quand on me disait d’utiliser mes abdominaux, j’étais soit en blocage respiratoire, soit je ne comprenais pas comment les abdominaux pouvaient jouer un rôle dans l’avancement de mon bateau.
Ca peut paraître dingue mais j’ai vraiment du temps, sans que ce soit encore parfaitement intégré mais je suis sur une voie pour bien comprendre cela.
C’est hyper flippant de changer, de modifier sa technique. C’est pour cela que j’ai fait de la résistance pendant des années car c’est comme ca que je me suis construite, que je sais faire.
C’est un peu comme si on te demande de monter un escalier le plus vite possible sauf que tu commences par tout descendre. Tu te demandes ce que tu fais. Tu ne vas pas descendre pour remonter alors que je pourrais monter directement.
Sauf que si, déconstruire, ca passe par là. Déconstruire pour reconstruire quelque chose de nouveau et c’est hyper flippant. C’est aussi hyper frustrant, rageant parce que tu as l’impression de perdre du temps. Il y a des courses que j’ai faite mais “au secours".
C’est dur d’aller contre son naturel.
Je vois surtout mes progrès techniques sur les séances longues, de mieux les encaisser alors qu’avant, je m’épuisais rapidement. Là, j’arrive à avoir un geste économique qui me tenir des kilomètres et des kilomètres sans m’épuiser, chose qui avant était impensable.
Quand je voyais marquer sur le papier 15 kilomètres, je savais que c’était la séance de l’horreur, qu’au bout de 7 kilomètres, j’allais être “carpet”, que les autres allaient être devant et que moi j’allais être derrière toute essoufflée.
Ca, c’est ma première petite victoire, de réussir à trouver un coup de pagaie économique. Maintenant, la problématique, c’est que dès que la vitesse monte, je n’arrive pas à bien m’exprimer. C’est déjà un premier pas de pouvoir encaisser des bornes.
Maintenant, le challenge, c’est quand on passe sur des séances où il faut aller vite, c’est de garder ce registre économique et ne pas retomber dans mes travers de “pousser-tirer” le plus fort que je peux.
C’est dur de se détendre, je suis “Miss Grimace” pour ca.
Mes records en musculation, notamment à l’époque des tests 2 minutes en musculation, c’était 92x40 kg au développé couché. En max, j’ai soulevé 102.5 kg quand j’étais jeune au pole de Rennes. J’étais contente de soulever plus de 100 kg mais par contre, je faisais des trous dans l’eau.
Maintenant, on travaille avec un préparateur physique qui est hyper intéressant et qui nous fait sortir du registre tirage planche / développé couché dans lequel on est tombé quand on était petit et désormais, on sort carrément de ça en nous faisant bosser les petits muscles, des angles différents, en nous mettant un peu en difficulté et je pense que c’est tout aussi important que de soulever 95 kg au tirage planche et 102.5 kg au développé couché.
Ca fait à peu près deux ans que l’on travaille avec Audric.
Avant, nos séances étaient par typologie. On allait faire une force-endurance, une force-max et une force-puissance. Aujourd’hui, son petit jeu, c’est de tout mélanger.
On arrive sur une séance et on va faire des 3 répétitions lourdes, puis des 20 répétitions légères et on va revenir sur des 6 répétitions en puissance. Ca, c’est son dada.
Il sait très bien ce que l’on fait en bateau, il nous suit sur des séances, sur des courses donc il est vraiment capable d’adapter. Par exemple, moi, c’est souvent mes jambes qui lâchent en premier donc il m’a fait bosser le lactique sur les jambes. Il voit les problématiques en bateau et à partir de là, il va individualiser. C’est hyper chouette d’avoir quelqu’un d’aussi investi.
L’un des trucs qui lâche le plus vite chez moi, c’est les jambes. Je tombe beaucoup plus vite en lactique au niveau des quadriceps que des avant-bras. Ce n’est pas si original que cela pour en avoir parlé avec les autres filles, c’est un problème commun.
Bien sur, les avant-bras chargent, je ne dis pas qu’il ne se passe rien à ce niveau mais c’est carrément probable que les jambes lâchent avant parce qu’elles sont moins costaudes aussi. Je ne suis pas très bonne que ce soit en force-max, en force-endurance ou en force-puissance sur le bas du corps.
On a un gros delta entre la force du dos, des bras et des jambes. C’est sans doute cette différence là qui provoque cela.
J’aime bien le vélo mais actuellement, j’en cherche un d’occasion. J’adore la natation par contre et j’ai réussi à réintroduire de la natation en aérobie avant les piscines ne referment au vu de la situation actuelle (décembre 2020).
A l’INSEP, je nageais pas mal. La course à pied, ca me coute beaucoup. Je monte très vite cardiaquement ce qui fait que ca n’a pas toujours le bon impact car j’ai du mal à rester au seuil 1. Mentalement, ce n’est pas ce que je préfère non plus alors que la natation, j’adore vraiment ca.
Le problème, c’est que ca reste sur beaucoup sur le haut du corps ce qui a freiné Fred, mon entraîneur, au début mais finalement, je suis dans les bons registres au niveau cardiaque donc ca se tient.
Pour l’instant, je touche du bois ou de la peau de singe car avec tout ce volume sur le haut du corps, je n’ai pas de problèmes aux épaules.
Je n’ai jamais eu de grosses blessures. Je suis très souple et je n’ai jamais eu de signaux d’alertes sur les épaules.
Par contre, je n’aime pas le ski de fond. Je n’aime pas le froid et la neige.
Maintenant que je suis à Toulouse, une demi-journée par ci, par là, j’aimerais bien mais le problème, c’est quand on va en stage, que l’on fait 15 jours et qu’on fait du ski de fond matin, midi et soir, 7 heures par jour, ca m’a écœuré.
Les paysages sont magnifiques, le sport est hyper agréable mais à petites doses.
Les Secrets du Kayak - Même entraîneur, même entraînement ?
Lea Jamelot : On a la même trame d’entraînement, on a les mêmes cycles, les mêmes objectifs après il y a toujours une part d’individualisation parce qu’on n’a pas les mêmes besoins et qu’on fonctionne différemment.
Fred est très bon là dedans et puis il y a les blessures, la fatigue, les contraintes des unes et des autres. On a la même trame mais il y a des individualisations.
Par exemple, en musculation, certaines ressentent le besoin de faire plus de gainage que d’autres. Il y en a aussi qui rajoutent des séances pour faire un volume d’entraînement plus conséquent. Tu l’as compris, je ne fais pas partie de cette catégorie là.
D’autres ont plus besoin de séances individuelles pour se recaler techniquement, d’autres de séries de vitesse plusieurs fois dans la semaine. Il y en a qui adorent courir qui vont aller courir trois fois par semaine tandis que d’autres vont préférer aller nager.
Il y a de l’individualisation au sein de la semaine car le niveau de fatigue n’arrive pas en même temps et il faut savoir s’adapter. Ca peut être pas rapport aux petites blessures ou douleurs que l’on peut ressentir. Par rapport aussi à ce que l’on aime car il est important de pouvoir s’investir dans la séance et si on ne fait que des séances que l’on apprécie moins, ca va être compliqué de tenir la semaine.
Il y a des parts de séances collectives où on y déroge pas et cette part où on s’écoute individuellement.
Les Secrets du Kayak - Tes secrets pour performer ?
Lea Jamelot : Je ne suis pas une très bonne élève pour tout cela de manière régulière.
Je fais de la préparation mentale, j’ai commencé très tôt quand j’étais au pole de Rennes.
Je fais de la réflexologie également à Toulouse. C’est original mais ca me plait bien.
On fait aussi du Pilates à Toulouse.
Je fais aussi régulièrement des siestes. Les journées où je ne peux pas faire de siestes sont vraiment difficiles parce que comme je travaille de 14 à 16 heures, les journées où je rentre tard et où je n’ai pas le temps de faire la sieste, je le paye au boulot et sur la séance après.
Ne serait-ce que m’allonger 15 minutes, même si je ne m’endors pas, ca me refait ma journée. J’ai vraiment besoin de faire une sieste.
Au niveau alimentaire, je suis une fan des expériences. J’expérimente plein de trucs. J’ai fait plusieurs mois sans sucre l’année dernière. Actuellement, je ne mange plus de viandes depuis 3 mois.
Ca ne veut pas dire que je suis devenu drastique ou végétarienne mais j’expérimente. Je fais mes propres expériences en fonction de ce que je vois, de ce que je lis et de ce que j’ai envie d’essayer.
Je sais être très rigoureuse sur une certaine période de l’année quand les échéances approchent mais j’aime trop la bonne bouffe pour faire attention toute l’année.
J’ai fait un pacte avec moi-même où je m’autorise des “écarts” , où je ne suis pas drastique sur toute une partie de l’année. Et puis, passé un certain mois, là, je commence à faire attention, où je suis beaucoup plus exigeante par rapport à ce que je mets dans l’assiette, sur les gouters que je fais en rentrant des séances longues…
Mais j’ai essayé de faire attention toute l’année et ca me coute trop mentalement.
Ce fonctionnement me convient bien et je fluctue pas mal en poids entre l’hiver et l’été, je ne dis pas que c’est ce qu’il faut faire, mais c’est ma manière de gérer une saison qui peut être longue.
Les Secrets du Kayak - Quel matériel ?
Lea Jamelot : Contrairement à Sarah et Manon, je suis une pro Nelo même si en ce moment, on navigue dans un K4 Plastex et j’adore.
C’est juste qu’avec Nelo, c’est plus simple d’avoir les mêmes bateaux, les mêmes formes alors que Plastex, c’est compliqué d’avoir deux fois la même forme.
Nelo, c’est beaucoup plus rigoureux. Tu es beaucoup plus sure d’avoir le même bateau. En terme d’accastillage, c’est beaucoup plus simple aussi. C’est une question de facilité.
Je ne suis pas du tout fermée car, encore une fois, là, en K4 Plastex, je me sens vraiment très bien. Je ne suis pas fermée à la Team Plastex.
Je suis en Nelo Cinco, je n’ai pas du tout aimé le Nelo Sete. J’avais l’impression que le Sete était une poutre, je me sentais hyper lourde, je n’arrivais pas à le sortir de l’eau. Je ne suis pas hyper douée pour ces choses là et fonctionnant plutôt à l’instinct, mon instinct m’a dit de ne pas passer en Nelo Sete.
On est toutes Team Jantex. J’ai réduit la taille de ma pagaie pour être plus fluide. J’ai désormais plutôt une petite pagaie en 2m15 avec des pales de 735. Auparavant, j’étais en Jantex Medium avec 10 cm cube de plus par pâle.
J’utilise encore cette dernière en K4. Je ne vois pas une grosse différence entre les deux.
Encore une fois, je n’ai pas des sensations, je ne suis pas Cyrille Carré qui est hyper doué pour donner les sensations sur son matériel, pour faire des tests, alors que moi, à partir du moment où il y a un truc qui me va, ca me va bien.
Le jour où Fred me dira d’essayer un truc, j’essaierais sans problème mais je ne suis pas “hyper” matériel.
Je ne mets pas de tape sur ma pagaie mais je la ponce avec du petit grain pour qu’elle soit un peu moins glissante. Je trouve que l’eau salée fait un peu glisser la pagaie ce qui fait que je remets un petit coup de ponçage si on est sur un bassin d’eau salée.
J’ai aussi des scotchs de chaque côté de la main pour éviter que la pagaie se balade mais le papier “ponce” m’a toujours bien convenu.
Les Secrets du Kayak - Les réseaux sociaux
Lea Jamelot : Je ne me force pas du tout à partager. Quand j’ai envie de partager, je partage. Je ne suis pas à me dire si je n’ai pas fait de publications pendant 3 semaines qu’il faut que j’en fasse une.
Souvent, j’ai des retours où les gens aiment bien être immergés dans un stage. On ne s’en rend pas compte quand ca fait des années que c’est notre quotidien que c’est un peu un truc exceptionnel. Je pense que ca plait d’être un peu dans l’intimité des stages.
Quand j’ai l’occasion, je partage mais ce n’est pas du tout une contrainte pour moi. Je suis tombée dans la communication quand j’étais petite et j’aime ca.
Par contre, j’ai toujours refusé les partenariats et postes publicitaires.
C’est juste pour partager ma passion et ma vie de sportive de haut niveau qui s’arrêtera un jour.
Les Secrets du Kayak - La frustration de l’équipage ?
Lea Jamelot : Je pense que le monoplace est un symbole de la réussite individuelle donc c’est peut être plus gratifiant.
Maintenant, je prends vraiment mon pied dans le K4, dans le travail collectif. Vraiment, j’aime ca.
A un moment, ca a peut être pu alimenter de la frustration de ne pas réussir, ne serait-ce que pour moi de me prouver que j’en suis capable. J’essaie toujours d’augmenter mon niveau individuel que ce soit pour moi ou l’équipage.
Aujourd’hui, je suis très contente quand je suis alignée sur une course en K4 parce que j’adore ca.
Ca ne veut pas dire que je délaisse le K1 mais je m’accroche.
On fait de plus en plus d’entraînement en équipage, même si cela peut rester peu par rapport à d’autres nations. Par exemple, là en stage, en 2 semaines, on a fait 3 fois du K4.
A Toulouse, j’ai fait la demande de faire plus d’équipage dans l’année. Comme il y a plein de jeunes à Toulouse, on a mis en place une séance d’équipage par semaine ce qui permet de garder le contact avec l’équipage quand on n’est pas en stage.
Après le staff considère vraiment que la valeur individuelle est très importante dans un équipage donc il est également important qu’on augmente nos valeurs individuelles.
C’est un peu complexe le système de qualification pour faire partie dub K4. Il y a toujours une petite étoile qui stipule qu’il faut que ca colle dans l’équipage. On sait aussi que l’équipage, ce n’est pas 1+1+1+1, que ca forme un tout.
C’est aussi pour cela qu’on travaille au quotidien au K4, qu’il faut qu’on s’adapte au nouveau K4 suite au départ de Sarah Troel.
Mais de manière générale, tu as beaucoup plus de chance d’en faire parti si tu finis dans les 4 premières aux sélections.
J’essaie de partager avec les plus jeunes à Toulouse parce qu’on a toute intérêt à se tirer vers le haut et à avoir un groupe solide. Plus on a des partenaires d’entraînement fortes, mieux c’est.
Ma grande force, c’est également de m’entraîner avec Manon qui est très forte.
L’objectif, c’est d’avoir un groupe solide. Bien sur que c’est dur de voir des petites jeunes nous passer devant mais c’est ce qui permettra d’aller performer en équipage à l’international.
C’est clair que l’objectif est de tirer tout le monde vers le haut.
Les Secrets du Kayak - Qu’est ce qui te motive ?
Lea Jamelot : Je n’ai jamais été très “idole”. Plus jeune, je suivais de près l’équipe de France. J’étais un peu une groupie des performers en équipe de France.
C’est rigolo maintenant de les côtoyer en équipe parce qu’il y a “largement” plus vieux que moi.
Je me souviens, quand j’étais en vacances au Canada, pendant des mondiaux à Vancouver, j’étais allée demander un autographe à Adam Van Koeverden.
J’étais très compétitrice plus jeune, contre les autres. Mes parents m’ont toujours dit qu’à l’école, je voulais toujours avoir la meilleure note, qu’au cross du collège, il fallait que je fasse la meilleure performance alors que je n’ai été dingue de course à pied, ni la meilleure.
J’ai très vite été là dedans, à vouloir être meilleure que les autres.
Aujourd’hui, c’est la “sagesse” qui parle, je suis plus dans la recherche de mon potentiel maximum, de voir où je suis capable d’aller, de progresser un peu sur tous les pans : Technique, Physique, Mental, là où ca pèche. De grandir au sens large du terme.
En sport à l’école, je n’étais jamais la dernière choisie dans les sports d’équipe mais je n’étais pas non plus l’athlète de dingue au collège.
Au lycée, un peu plus. Quand tu es dans un lycée sportif, tu n’as pas que des sportifs, et que tu es sportif, tu as le droit à plein d’avantages qui donnent naissance à plein de jalousie, là, tu te sens sportive.
Les Secrets du Kayak - Remerciements.
Lea Jamelot : Pour conclure, j’aimerais remercier le PDG de Kerhis, Jo Dreau et tous les collaborateurs de la société.
Bien évidemment, mes parents, pour qui, ca a été compliqué de trouver la bonne place quand on est parent d’enfant qui ont une passion et un grand rêve. De savoir où se mettre, d’encourager, de laisser vivre.
On entend beaucoup parler des parents qui étouffent qui font vivre la carrière qu’ils auraient voulu vivre à leurs enfants ou d’autres qui sont hyper absents de la passion de leurs enfants.
Pour cela, j’ai une famille hyper bien placée là dessus et c’est quand même super cool.
Et puis toutes les filles de l’équipe, et l’équipe en général qui m’ont fait progresser, le staff, le préparateur mental depuis toujours Thierry et maintenant Boris, ma réflexologue à Toulouse Sophie…
Je ne pourrais jamais tous les citer mais c’est clair qu’autour d’un projet sportif, il y a vraiment beaucoup de monde qui gravite.
C’est aussi cela qui me plait vraiment, ce travail d’équipe où chacun apporte une petite pierre. Ca, c’est sacrément cool.
Vous pouvez retrouver Lea Jamelot sur :
Interview : Manon Hostens
Retrouvez tout sur Manon Hostens. Comment a-t-elle débuté le Kayak de course en ligne ? Quel est son parcours ? Que fait-elle pour progresser ?
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Manon Hostens alors qu’elle venait d’effectuer sa première semaine de stage à Séville au mois de décembre 2020.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Manon Hostens : Ben écoute, je vais très bien. Aujourd’hui, c’est journée de récupération du coup, c’est plutôt cool. Une semaine type en stage, c’est récupération le mercredi après midi et le dimanche. Le reste, évidemment, on s’entraîne.
Une journée de récupération, on y fait un peu ce qu’on veut, enfin surtout des siestes, des bons petits plats, ce qui nous fait plaisir, ce que l’on n’a pas forcément le temps de faire en semaine.
Moi, je suis tellement cramée de la semaine que je suis plutôt en mode zombie. Je prends le temps d’appeler ma famille, mon entourage, je reste tranquille.
On fait parfois dans la semaine des séances qu’on appelle RG comme régénération où c’est de la récupération active mais le mercredi après midi et le dimanche, c’est vraiment repos physique et mental. Parfois, on en profite pour faire des “cheatmeal”.
Personnellement, j’adore les petits déjeuner et là, je prends vraiment le temps de manger, des choses qui sont peut être pas très digestes le reste de la semaine mais là, le beurre de cacahuète, la pate à tartiner noisette… C’est pas mal le dimanche matin.
Dans la semaine, ca passe inaperçu vu les quantités d’entraînements mais mentalement, ca fait du bien. Je n’ai pas l’envie d’être hyper drastique et de me priver des bonnes choses.
Je le suis en fonction des séances pour pouvoir bien récupérer et optimiser ma récupération via l’alimentation entre les séances mais je suis malgré tout très gourmande.
Je sens l’impact de l’alimentation sur mes séances, notamment sur ma fatigue où si je ne mange pas le bon ratio de féculents, ca va être plus difficile.
C’est pour cela que plus j’approche des compétitions, plus je vais être stricte sur le sujet.
L’année dernière, j’ai eu pas mal de douleurs musculaires à l’effort à force de me mettre des cartouches parce qu’on travaillait plutôt ce profil là alors que je suis plutôt “aérobie”.
Le sprint demande énormément de force musculaire et avec le coach, on a orienté l’alimentation en ce sens. Ca m’a aidé à “éliminer l’acidité” avec une alimentation très basique.
Je ne prends pas trop de compléments alimentaires. Après ca va dépendre de la prise de sang que l’on fait deux fois dans l’année. Je vois que parfois je peux manquer de magnésium alors j’en prends.
Avec le nutritionniste, on essaie vraiment d’apporter le maximum par l’alimentation “traditionnelle”. Je pense que c’est pour cela que je suis hyper carrée. Il peut m’arriver de faire des cures de spiruline aussi.
Pour moi, le corps n’avait pas accès à des compléments alimentaires auparavant donc il peut très bien s’en sortir sans, même si on repousse nos limites.
Je suis plutôt nature nature.
Sur les structures, on a accès au nutritionniste. C’est comme la kiné, la préparation mentale, chacun décide s’il veut les utiliser ou pas. Je sais que d’autres filles y ont recourt. Ca dépend vraiment de la démarche et du projet dans lequel on est et si on en ressent la nécessité.
Ca fait environ deux ans où j’ai vraiment axé dessus avec ces notions d’acidités, d’aliments plutôt basiques et là, j’ai vraiment vu une différence.
J’ai un peu plus tardée à faire de la préparation mentale parce que les personnes avec qui je le faisais, j’avais l’impression de déjà mettre leurs conseils en pratique, en autonomie très naturellement. Ce qu’ils m’apportaient, je le faisais déjà et c’était bien en place.
Avec le coach, on a quand même une très très bonne relation, on se connaît depuis longtemps.
Là, j’ai rencontré d’autres personnes qui m’ont ouvertes d’autres portes, de nouveaux horizons et ca fait donc environ 1 an et demi que je m’y suis vraiment mise sérieusement mais jusque là, je n’en ressentais pas le besoin avec mon entourage et notamment ma famille qui est un gros soutien psychologique.
Même si je suis kiné, comme c’est dur de se masser toute seule, j’essaie d’optimiser avec les ventouses, l’électrostimulation, la presso-thérapie, le rouleau, les étirements, là dessus en autonomie et je vais chez le kiné une à deux fois par semaine plus un suivi ostéopathe une fois par mois.
J’essaie d’être le plus professionnelle possible. Je ne sais pas si c’est une bonne recette mais le fait d’être dans cette démarche là, j’ai l’impression de bien faire les choses et ca me met en confiance.
Je n’ai pas l’impression que ce soit des contraintes, ca m’apporte plus d’avoir cette hygiène de vie et cette optimisation entre chaque séance.
Je n’ai encore jamais médité, comme je n’ai jamais pratiqué la sophrologie mais ce sont des pistes qui sont là. Je préfère m’approprier déjà ce que je fais, comme des exercices de respiration qui peuvent s’en rapprocher.
Je fais aussi du Pilates, que j’adore et un peu de Yoga de temps en temps. C’est un petit mixte en fait.
Les Secrets du Kayak - Peut-on vivre du Kayak ?
Manon Hostens : J’ai été diplômée en juin 2017 en tant que masseur kinésithérapeute et j’ai tout de suite voulu pratiquer parce que c’est un métier que j’ai toujours voulu faire.
Je souhaitais faire des remplacements en début de saison pour être complètement détachée en fin de saison sauf que c’était difficilement compatible car quand tu es kiné, tu es à fond et il m’était impossible d’optimiser mon entraînement à côté.
J’ai essayé mais j’ai vu que cela ne me correspondait pas.
Du coup, la fédération m’a trouvé, en collaboration avec le ministère des sports ce que l’on appelle le contrat “Pack de performances” qui met en relation des fédérations et entreprises qui souhaitent créer des Team d’athlètes qu’ils veulent sponsoriser.
C’est ainsi que j’étais rentrée dans la Team “Point P”. On était une quinzaine d’athlètes dans toute la France et c’était vraiment très enrichissant. Cela me permettait, en plus de mes sponsors du département, d’être comme une professionnelle même si je n’avais pas le statut. Je pouvais vivre de mon sport.
C’est une chose assez rare dans le Kayak car pouvoir être sponsorisée, comme c’est un sport très confidentiel, ce n’est pas tous les athlètes qui peuvent le faire. J’ai vraiment eu cette chance là et c’était cool.
Après, avec les évènements actuels, j’ai perdu ce “Pack de performances”. Point P a mis fin à ce partenariat. Du coup, la fédération essaie de me trouver un autre contrat. On est un peu entre deux eaux en ce moment.
Je m’en sors encore bien quand même grâce aux collectivités et à la fédération.
Les Secrets du Kayak - Pourquoi ca reste confidentiel ?
Manon Hostens : C’est sur qu’on n’est pas très bon pour parler de notre sport. On est tellement passionné qu’on ne comprend pas pourquoi les gens ne sont pas autant à fond que nous. Il faut qu’on arrive à évoluer là dessus.
Je suis toujours contente de faire découvrir le Canoe Kayak, ce sport de pleine nature, j’ai envie de faire partager ca.
Ce n’est pas trop dans notre culture de partager sur les réseaux sociaux. On aime bien faire notre truc, c’est notre passion. C’est vrai qu’on n’a pas les automatismes et c’est vrai qu’on pourrait plus partager.
Il faut dire aussi que je préfère faire du sport qu’être sur mon téléphone à essayer de faire des petites stories. On essaie de se motiver à faire des petites photos mais on est tellement dans notre truc, tellement dans notre univers qu’on a un peu de mal à s’ouvrir. Mais c’est vrai qu’il faut qu’on évolue là dessus, c’est certain.
Les Secrets du Kayak - Tes débuts en Kayak
Manon Hostens : Avant de faire du Kayak, j’étais très multisport. J’ai toujours été passionnée de sport. Mes parents ont commencé à me mettre à la danse, un grand classique. J’ai fait de l’escalade avec mon frère aussi et de la gym.
Après, on a déménagé et là, mon frère voulait faire du Kayak et comme il ne voulait pas y aller tout seul, on m’a un peu forcé à y aller avec lui. C’est comme que j’ai débuté le Kayak et que j’ai rapidement adoré.
On a commencé avec d’autres sports à côté, le Karaté et le Tennis.
Mes parents avaient une règle, c’est que si on voulait faire un sport, on prenait la licence et on devait faire la saison entièrement. On finissait l’année et en fonction de comment ca nous plaisait, on pouvait changer de sport.
C’est comme ca que j’ai fait du Basket, de l’Equitation, du Badminton, un peu de Volley, un peu d’Athlétisme.
Le mieux, c’était l’UNSS au collège. Je pense que j’étais accro au sport, j’adorais ça et j’adore toujours ce qui fait qu’au collège, je m’inscrivais à toutes les activités sportives à l’UNSS qu’on pouvait faire. Entre midi et deux, j’avais toujours une heure de sport et par moment, il y avait aussi des UNSS le soir.
Comme ma mère est infirmière scolaire et qu’elle finissait plus tard, comme ca, c’était parfait.
Je faisais vraiment du sport tous les jours, parfois plusieurs fois par jour comme le samedi et le dimanche. Je n’arrêtais pas et c’était vraiment mon kiff.
Ce qui était dur pour moi, c’était les vacances scolaires. Souvent, quand on avait deux semaines, on avait une semaine de stage en Kayak mais la deuxième semaine, il n’y avait plus de Kayak, plus d’UNSS, tout était fermé et je devenais insupportable. Alors mes parents me faisaient faire le tour de la maison plusieurs fois de suite quand je devenais trop chiante.
Après, quand je revenais, j’étais bien, on pouvait me demander ce qu’on voulait.
A chaque fois que je débutais un sport, je n’étais pas très bonne. Par contre, j’avais forcément la caisse avec tous le sport que je faisais. J’avais une condition physique qui me permettait de me démarquer. Comme je suis une travailleuse et que je n’aime pas être “nulle”, du coup, je travaillais énormément la technique et je progressais assez rapidement.
Au basket, je me suis plus investi car je me suis inscrite au club en parallèle et au lycée, la question s’est posée entre le Basket et le Kayak pour le choix de la section sportive et j’ai choisi le Kayak.
Je pense que quand je suis à fond dans un sport et que je m’éclate, je suis plutôt douée.
Sur les cross, j’ai fait plusieurs fois les championnats de France UNSS. J’étais souvent championne départemental, sur le podium au régional. J’étais sportive quoi.
Mon frère était aussi très sportif, il adore se mettre des “déchires” mais il aime un peu moins la compétition. Quand il était fatigué, il préférait se reposer ou aller avec les copains. Je pense que c’est là que ca a fait la différence. Il a quand même été médaillé au championnat d’Europe en junior, il a été en équipe de France U23 et après il a pris l’option plutôt “études”.
Moi, je suis vraiment une accro de la compétition contrairement à lui. C’est ca qui a fait la différence.
Depuis tout petit, on fait du sport, c’était une habitude, un peu touche à tout et une fois qu’on est mordu, j’ai l’impression que ca rentre dans notre quotidien et c’est dur de faire sans.
Notre petite sœur a suivi aussi. Elle aime bien faire du sport mais elle est encore moins compétition. C’est vraiment sport plaisir et elle s’éclate là dedans.
D’ailleurs, pour la petite anecdote qui est vraiment marrante, son premier cross au collège, elle est partie, elle était plutôt en tête, elle était dans le groupe de tête et sa copine se tord le pied devant elle, du coup elle s’arrête et elle a fini la course avec elle. Elles finissent donc vraiment vers la fin, elle l’a accompagné jusqu’à la fin. C’était une petite foulure, elles ont fini toutes les deux en marchant alors que complètement l’inverse, moi à sa place, je serais passée à fond, j’aurais dit “Yes", une en moins quoi.
C’est là que l’on se rend compte que l’on n’a pas le même esprit de compétition. Je trouve ca beau ce qu’elle a fait, vraiment génial et je l’admire pour ce côté là parce que moi, mon instinct de compétition prend le dessus. En course, c’est pas de cadeau.
Les Secrets du Kayak - Objectif Kayak
Manon Hostens : C’était soit le sport études à Périgueux, soit le pôle espoir de Pau en Kayak (Périgueux, c’était le basket), du coup, on avait une planification d’entraînement et on n’avait pas basket.
La seule fois où on a eu basket, c’était en cours d’EPS. J’ai donc vraiment arrêté le basket à partir du lycée mais aussi parce que je trouvais vraiment mon compte dans le Kayak. L’ambiance qu’il y avait, la dynamique du pole espoir, elle m’a galvanisé.
Alors que l’ambiance au basket, c’était plus un groupe de copine du collège qui allait un peu se dispatcher au lycée et c’est ca qui me motivait, j’adorais la compétition, le sport d’équipe et je pense que je l’aurais un peu perdu sur le sport études.
Le Kayak, c’était vraiment le sport qui me plaisait au delà de l’ambiance entre copine. C’est ca qui a penché dans la balance, même si j’avais plein de copines aussi au Kayak.
En cadette 1, j’ai fait les championnats de France de descente. J’avais été championnat de France alors qu’au basket, j’étais restée au niveau régional.
Mais c’est plus l’ambiance des championnats de France où on est en camping, c’est une grande famille le Kayak. Je pense que c’est ca qui m’a plus motivé que les résultats parce qu’au final, j’avais plein de portes ouvertes au basket mais c’est pas du tout la même organisation au niveau fédéral ce qui rend difficile la comparaison entre les deux sports.
Mon frère m’a un peu convaincu aussi comme il était dans le Kayak. On est donc retrouvé tous les deux au pole espoir de Pau.
Le premier club où j’ai commencé le Kayak, l’entraîneur n’avait pas du tout une optique de compétition. C’était du Kayak "plaisir”. On nous apprenait à naviguer, à être en harmonie avec la rivière, à vous éclater dessus. J’étais plus dans cette dynamique là.
Comme j’étais hyper compétitrice, il y avait une ou deux courses qu’il y avait au niveau départemental et régional, et ca, c’est d’autres clubs qui m’ont parlé de compétition. Mes parents ont suivi.
Quand j’ai fait les tests, c’est là qu’on m’a dit que je pouvais être prise en pole espoir. J’ai d’abord été invitée sur les stages, par rapport aux compétitions que j’avait faite, et c’est là que j’ai découvert le monde qu’il y avait derrière et la progression que je pouvais avoir.
A chaque stage, j’étais une éponge, il y avait des coach, je prenais les retours, j’écrivais dans des cahiers tout ce que l’on pouvait me dire, et je travaillais ca jusqu’au prochain stage.
Comme je n’étais qu’avec des gars, c’était un petit club, je m’accrochais pour les suivre, je ne voulais pas être le boulet du groupe. J’étais tout le temps à fond.
Après quand je suis arrivée au pole, j’avais un coach dédié, un plan d’entraînement. J’ai commencé à passer des caps, à progresser. J’ai découvert ce qu’était la musculation, à avoir une planification organisée.
Chaque année, j’apprenais encore plus. J’avais cette soif de découvrir jusqu’où je pouvais aller.
J’ai découvert très tard qu’il y avait des championnats de France. Quand je m’y suis retrouvée, je voulais gagner. J’avais gagné la classique et en sprint, j’étais un peu plus loin donc je me disais qu’il fallait que je progresse en sprint. On m’a alors parlé des championnats d’Europe et du monde.
Je me disais que comme je rentrais en pole espoir, que j’avais été championne de France, je vise l’équipe de France sauf que c’était en junior et que j’étais cadette 2. Mes temps étaient bons et je voulais y aller, je voulais tenter ma chance. J’ai donc été surclassée et j’ai fait une médaille dès cadette 2 au championnat d’Europe junior.
A partir de là, j’étais sur le podium en descente à chaque compétition internationale.
Les Secrets du Kayak - Le passage à la course en ligne
Manon Hostens : Au challenge minime, j’ai découvert la course en ligne et comprise qu’il n’y avait pas que la descente et le slalom.
Dans mon club, il n’y avait aucun bateau de course en ligne. Je ne savais pas que ca existait.
Sur les challenges minimes, c’est des combinés de course en ligne, de descente, de slalom, de kayak polo… Il y a vraiment de tout et je trouvais que c’était super pour ceux qui n’ont pas de gros clubs.
C’est donc là que j’ai découvert le Kayak de course en ligne et surtout que l’effort me plaisait, qui ressemblait un peu aux cross, à de l’athlétisme dans lesquels j’arrivais à m’exprimer, à me mettre des grosses déchires.
J’ai donc découvert la ligne avec les régates nationales où j’ai fait des podiums alors que ca faisait deux mois que je faisais de la course en ligne avec un bon paquebot.
Après je suis quand même repartie sur de la descente mais c’est resté dans un coin de ma tête puis il y a eu les premiers Jeux Olympique de la jeunesse en 2010.
Je me suis entraînée pour et je suis allée à ces Jeux Olympiques et c’était un truc de dingue. C’est là où je me suis rendu compte de ce que c’était et que mon rêve olympique a pris naissance.
Je m’éclatais dans la descente, je voulais devenir championne du monde de descente et le jour où j’y arrive, je passe à la course en ligne pour viser encore plus haut et vivre des “vrais” Jeux Olympiques.
Au Pole espoir de Pau, c’était plutôt slalom et descente, c’était un peu compliqué de faire de la course en ligne.
En Junior 2, j’ai été pris au Pole France de Toulouse et là il y avait les trois. J’étais plus sur course en ligne et descente et j’ai commencé à faire une vraie préparation pour la course en ligne. Du coup, cette année là, j’ai été dans les deux équipes de France. J’ai fait 3 ème en Classique, en sprint et en 1000 m sur la course en ligne.
Techniquement, il y a des grandes similitudes. La descente est un mixte du slalom et de la course en ligne. On est beaucoup plus polyvalent quand on fait de la descente pour aller dans un bateau de ligne ou dans un bateau de slalom.
C’est pas tout à fait pareil car il faut s’adapter à l’embarcation. C’est une pâle creuse et il faut faire glisser le bateau, ca, c’est pareil mais la stabilité n’est pas la même, la forme de la pagaie n’est pas pareille mais il y a de grandes similitudes.
Le geste et la glisse que j’arrive à avoir en course en ligne m’a énormément apporté pour la descente et je pense que mon parcours, d’avoir fait énormément de sport, d’être assez travailleuse m’a permis de m’adapter très vite.
Je pense que cette capacité d’adaptation se développe et c’est pourquoi je pense que j’arrive à m’adapter assez vite en fonction de l’embarcation.
Je trouve un bateau de descente bien plus stable qu’un bateau de course en ligne. Au niveau proprioception, ce n’est pas pareil.
Quand je vois des ligneux hyper à l’aise dans leurs bateaux, ils peuvent boire, manger, mettre leurs jupes, l’enlever, enlever leurs freins, se déshabiller au milieu d’un bassin, comme ca, facilement alors que je ne suis pas du tout à l’aise dans mon bateau pour faire ca, et que lorsqu’il rentre dans un bateau de descente et qu’ils ont du mal à mettre leurs jupes parce que ce n’est pas la même proprioception au niveau de l’assise, et de comment on est calé, ils sont beaucoup moins à l’aise.
Je pense que c’est plus comment on s’est construit autour du bateau. Je vais être beaucoup plus à l’aise dans un bateau de descente qu’un ligneux dans un bateau de descente mais eux vont être plus à l’aise dans leurs bateaux de course en ligne. Il y a une question d’habitude et d’expérience.
Toutefois, la descente est censée être plus stable et un bateau de slalom encore plus stable.
Les Secrets du Kayak - Question matériel
Manon Hostens : Je suis en bateau bien stable. Là, j’étais en Plastex Fighter 09, une très vieille construction, qui est une poutre ancrée dans un rail, qui garde bien sa ligne dans lequel je peux vraiment m’exprimer.
Comme Plastex a sorti un nouveau bateau, le Bullet 2020, qui est aussi très stable mais très nerveux, qui a plus de volume au niveau du pont, cette année, je vais m’orienter vers ce bateau là car quand le bassin est démonté, comme il a plus de volume vers l’avant, j’ai l’impression qu’il peut sortir plus facilement des vagues et que je peux plus m’exprimer avec.
Après dans mon 09, j’étais un peu comme dans un bon paquebot, même si ca reste très instable.
J’ai souvent changé d’embarcations entre la descente et la course en ligne, et je m’adapte très très vite. Je sais que si on part en stage et que j’ai un Nelo, que ce soit un Cinco ou un Quattro, j’arrivais à faire de super séances avec aussi.
Je pense qu’il faut accepter que ce n’est pas le même bateau, d’avoir les mêmes sensations et d’arriver à avoir le même schéma moteur et à s’exprimer. A partir du moment où on arrive à faire cette gymnastique là, c’est assez facile de changer d’embarcations et de retrouver ses repères, même s’il faut 2-3 séances pour se remettre dedans et à s’approprier ce nouveau bateau.
Les secrets du Kayak - Ton expérience des Jeux Olympiques
Manon Hostens : Dans mon projet, à la base, je m’étais dit que je voulais être championne du monde de descente avant d’aller aux Jeux sauf qu’arriver en septembre 2015, je n’étais toujours pas championne du monde mais il y avait aussi cette idée de JO qui était là.
J’avais envie de voir ce qu’était des sélections olympiques, de tenter ma chance, et donc cette année là, j’ai fait les deux.
J’y suis donc allée sans grandes attentes, mais avec énormément d’envie, de me battre, de décrocher ma place quand même. Ca a été une surprise. C’est pas comme quand ca fait 4 ans qu’on prépare ca et qu’on fait les Jeux.
Quand je me suis sélectionnée, c’était un peu une surprise. Il m’a fallu un peu de temps pour m’y faire et j’avais les mondiaux de descente aussi à faire. Au début, on m’a demandé de choisir car les mondiaux de descente étaient un mois et demi avant les Jeux.
Je voulais vraiment faire les deux et le Head Coach de l’époque m’a dit “okay” pour faire les deux parce que c’était un projet qui comptait pour moi mais cette fois-ci, c’est pour ramener l’or. et cette année là, j’ai gagné.
On te donne ta chance et t’as pas le droit de griller cette cartouche.
Après je suis allée aux Jeux la tête froide et reposée. C’était la première année où j’étais en équipe de France de course en ligne parce qu’avant, mon projet était vraiment dans la descente, et j’intégrais un kayak 4 places. C’était un peu délicat comme situation.
Je prenais la place d’une fille qui aurait du être là, qui avait pris le quota l’année d’avant, parce que je l’avais battu sur les sélections. C’était donc assez compliqué dans l’approche de la compétition.
Mais à côté de ca, l’univers, le monde des Jeux Olympiques, c’est un truc de dingue, c’est tous les 4 ans, c’est démesuré. L’ambiance qu’il y a, l’énergie qui en ressort et la couverture médiatique qu’on a. C’est le seul moment où on a de la visibilité dans notre sport.
Notre échéance terminale est en même temps que d’autres sports, côtoyer d’autres sportifs, le Club France, le village olympique…
Franchement, c’est une expérience inoubliable.
Il y avait un peu ce paradoxe où on avait préparé le bateau, la compétition en 3 mois qui était un peu compliquée mais à côté de ca, l’univers olympique qui est complètement démesuré par rapport à toutes les compétitions qu’on a pu faire, mon cœur balançait.
C’était assez bizarre mais je garde de cette expérience, de cette ambiance olympique, un excellent souvenir.
Par contre, en terme de réalisation de compétition et de la course, c’était un peu plus compliqué. Après c’est sur qu’il n’y a pas de mauvaise expérience et ca va me servir pour plus tard.
Je ne vais pas oublier ces jeux et je vais me servir de ce qu’on a pu faire pour faire mieux.
Les Secrets du Kayak - Retour à la descente
Manon Hostens : Je suis retournée à la descente après, car petite subtilité, à la descente, il y a la classique et le sprint et j’étais championne du monde de classique et pas de sprint où j’avais fait deuxième.
Et je voulais vraiment être championne du monde dans les deux, me dire que j’avais tout gagné en descente. Ca y est, je peux tourner cette page, sans scrupules, sans être passée à côté de quelque chose.
Surtout qu’en 2017, les mondiaux étaient à Pau, là où j’étais en Pole espoir, sur un bassin où j’ai été une des premières à naviguer dessus…
Comment ne pas faire de championnats du monde à la maison ?
En plus, c’était en septembre, un mois après les mondiaux de course en ligne, c’était donc compatible. C’était juste les sélections qui étaient un peu difficiles, mais ca s’est quand même bien passé malgré des calendriers qui ne sont pas toujours compatibles où il faut arriver à jongler, afin que dès le début d’année, d’arriver à fixer des priorités.
Donc ca, ca passe en second plan mais réussir quand même à le mettre dans la planification, et si ca rentre pas, y aller avec ce que tu peux et tu fais avec ce que tu as, en donnant tout, malgré que tu sois pas sur un pic de forme.
Pour les piges, c’est ce qu’il s’est passé. Par contre, une fois que les mondiaux de course en ligne étaient passés, j’avais un mois et demi de préparation pour vraiment tout donner.
En 2017, j’ai fait deuxième derrière Claire Bren. C’était une course de dingue et par rapport à ce que je travaillais, vu ce que j’avais fait les années précédentes, je partais avec un statut de leader comme j’étais vice championne du monde l’année précédente et en plus de ca, j’avais gagné les qualifications.
Souvent, ca met énormément pression et en même temps, c’était un peu une victoire personnelle, même si je fais deuxième et que je n’ai pas gagné, parce que j’avais fait une super course, j’avais vraiment passé un ca. En plus, comme c’était Claire qui gagnait, on a quand même eu la marseillaise sur le podium.
Depuis 2012, elle n’avait pas gagné. Je sais comment elle bossait, c’était donc un beau podium. J’en garde un bon souvenir et je n’ai aucun regret sur cette course.
Par contre, ca a été dur de savoir quoi faire après parce que mon objectif, c’est quand même de faire une médaille aux Jeux, et que faire les deux, ca fatigue énormément, et en 2018, les mondiaux de descente, c’est après 1 semaine de piges, deux semaines de coupe du monde, après on est censé avoir une semaine de récupération, mais non, ce sera les mondiaux de descente et juste après il y a les championnats d’Europe de course en ligne ce qui fait 5 semaines de compétitions.
Ca a vraiment été difficile de prendre une décision dans le sens où c’est la dernière année où je tente d’aller chercher ce titre de championne du monde ou je me mets à fond dans la course en ligne.
Les coach m’ont toujours soutenu, Fred (Rebeyrol) et même JP (Crochet), m’ont toujours soutenu à faire les deux car ils savaient que je m’épanouissais, que j’arrivais à performer dans les deux mais là en 2018, ils m’ont dit que j’étais à deux ans des Jeux, il faut que tu te recentres sur la course en ligne. En plus, chaque année, je faisais de moins en moins de descente au profit de la course en ligne depuis 2016.
Et là, 2018, c’était un gros challenge, et je leur ai dit, que je savais qu’ils n’étaient pas d’accords mais je veux encore me laisser l’option, l’opportunité d’être championne du monde de descente sprint.
Là, en plus, c’était sur une super rivière à Muotathal en Suisse, j’adore les rivières alpines. Je leur ai dit que c’était la dernière année et que j’allais le faire et ils m’ont suivi.
Je ne sais pas comment j’ai fait, même aujourd’hui quand j’en parle, je me demande c’est possible, c’était l’une de mes plus belles saisons.
J’ai fait 5 semaines de compétitions de dingue, d’abord avec les piges où j’avais énormément de pression, après on a commencé à construire le K2 avec Sarah pour la première coupe du monde, on a fait un podium sur la deuxième coupe du monde, après je suis partie sur les championnats du monde de descente alors que ca faisait trois semaines que je faisais de la course en ligne.
D’autant que je n’avais pas navigué sur cette rivière, qu’il fallait que je l’apprenne en deux jours, sans compter qu’on a eu un problème d’avion et que je suis arrivée une journée plus tard. J’ai été super bien coachée, il y avait une bonne dynamique au niveau de l’équipe et j’ai fait l’inverse de 2016 ; j’ai gagné le sprint et j’ai fait deuxième sur la classique.
Et là, après un mois de compétition, il y a les championnats d’Europe où on a le K4 et le K2 et tu ne peux pas abandonner tes coéquipières. Là, tu lâches rien et tu y vas à l’énergie.
Le K4, on est passé un peu à côté et sur le K2, on a fait championne d’Europe. Peut être qu’il n’y avait pas autant de concurrence, que tous les bateaux n’étaient pas là mais ca reste quand même une super course, un super podium car les autres filles qui sont sur le podium sont quand mêmes les 3 ème et 4 ème sur les derniers mondiaux.
Je ne sais pas comment j’ai fait ca. C’est facile avec le recul de dire que j’avais envie, de leur dire j’y vais et j’y arriverais mais sur le coup, ce n’était pas facile et si c’était à refaire, je ne sais pas si j’arriverais à le refaire.
C’était ma dernière course en descente et là, je me suis dit que je pouvais partir tranquille, avec l’impression d’avoir tout fait et de pouvoir partir à fond dans la course en ligne.
L’année dernière, j’ai vécu mes premiers championnats du monde où je n’y étais pas en tant qu’athlète et c’était assez difficile à vivre alors je me dis, qu’à l’avenir, surtout si c’est à la maison, pourquoi ne pas y retourner.
Je pense qu’il y a eu l’envie et puis une grosse part de mental qui m’a permis d’occulter la fatigue parce que la semaine d’après, j’étais crevée. J’ai eu du mal à revenir en Juillet aussi. J’ai eu mon autre pic de forme pour aout, par contre, comme prévu.
J’ai du me battre physiquement pour revenir mais ca m’a laissé des séquelles.
Cela me fait dire que si je veux performer en course en ligne, il faut vraiment que j’optimise tout. Il n’y a pas que le physique, il y a aussi le mental qui intervient énormément et l’insouciance, le grain de folie de ne pas dire non aux deux.
Tant que j’avais cet objectif et ce titre à aller chercher, je ne pouvais pas tourner la page sereinement.
Les Secrets du Kayak - Ton entraînement en Kayak
Manon Hostens : Comme je suis plutôt aérobie, j’ai du orienter mon entraînement vers le sprint. Ca s’était un peu mis en place en descente avec ma préparation de l’épreuve “Sprint”.
Parce qu’une épreuve “classique”, c’est 15 à 20 minutes tandis que le “sprint”, en descente, c’est 3 manches de 1 minutes. Ce n’est pas la même préparation.
Après, il y a des similitudes, si tu arrives à avoir de l’aisance en eau vive et que tu arrives à bien faire glisser ton bateau, tu arrives à faire facilement la bascule en descente.
J’ai l’impression qu’en fonction de mes objectifs mais aussi du profil des rivières, je ne m’entraîne pas pareil chaque année. C’est pareil en course en ligne, à partir du moment où j’ai eu un projet dedans, mon entraînement n’était pas le même.
C’est sur que par moment, je m’éclate moins parce qu’aller faire des bornes à un stage de ski de fond, ca m’éclate beaucoup plus que faire un stage de musculation qui va me permettre d’être meilleure en sprint.
J’ai vraiment modifié mon entraînement vis à vis de mon envie de performer qui entraîne du plaisir dans le fait que je peux progresser dans des endroits où j’ai moins de facilités.
Chaque début d’année, je cible mon objectif et je réfléchis à ce que je peux mettre en place pour y arriver.
C’est sur que j’adore l’aérobie mais si aujourd’hui, je veux être forte en 200 ou en 500 mètres, parce que pour du K4 et du K2, il faut des qualités explosives où ca se voit très bien sur du 200 mètres, il faut que je travaille ces points là pour être performante.
C’est pour cela que j’ai énormément réduit les entraînements en aérobie au profit du travail en salle et de séances courtes sur l’eau, avec du frein, beaucoup plus de techniques, de vitesse. Ca se fait progressivement aussi car tu ne peux pas tout faire d’un coup.
C’est aussi pour ca que mon corps a eu du mal l’an dernier avec mes douleurs musculaires à l’effort. On avait fait un cycle excentrique en musculation, même les cycles force, je ne dormais plus le soir. J’étais encore en train de me dire qu’il fallait que je soulève une barre. On a du apprendre à jauger.
L’aérobie, on l’a donc un peu plus coupé. Ca va être 20 minutes par ci en footing et ca aussi, ca m’aide à récupérer. D’année en année, j’ai réussi à changer mon profil même si je reste un profil très aérobie, je deviens de plus en plus musculaire.
Ca se voit que les photos, quand j’ai commencé la ligne, je faisais des photos dans le K4 où à côté des filles, j’étais toute gringalette, et là maintenant, je me fonds bien dans le paysage.
On voit qu’il faut laisser le temps au corps de changer. C’est frustrant car je n’ai pas envie d’être patiente, j’ai envie de performer tout de suite et je ne sais pas si ca va marcher parce que pour l’instant, la médaille aux Jeux Olympique ou aux championnats du monde, on ne l’a pas. Il y a encore du boulot.
Je fais en sorte de mettre toutes les chances de mon côté et d’optimiser tout ce que je peux, d’adapter ma planification, de voir l’entraînement en fonction de mes objectifs et des qualités que je dois avoir pour les atteindre.
Je n’aime pas du tout la musculation, c’est vraiment un effort que je déteste. Je n’apprécie pas la sensation que j’ai sous une barre. C’est musculaire, c’est dur, ce n’est pas comme j’aime. J’aime quand il y a le coeur qui tourne et qu’il bat fort, pas quand je suis en train de casser de la fibre sous une barre. C’est vraiment une sensation que je n’aime pas.
Au bout d’un moment, comme on en fait énormément, tu es obligée de prendre un certain plaisir et j’essaie de trouver des ouvertures, comme dit Fred, mon Coach, c’est la “machine à raccourcir le 500”, ca va me servir en bateau. J’essaie d’y aller avec énormément d’énergie, de me dire que c’est vraiment bon pour le bateau, de trouver des stratégies pour trouver du plaisir là dedans.
L’hiver, c’est plus facile de trouver du plaisir parce qu’il fait froid dehors, on se dit qu’on va en salle et au chaud mais ca reste pas facile pour moi.
Mes meilleures performances sont de 85 kg au développé couché et au tirage planche. Par contre, sur les tests 2 minutes, ca, c’est un effort qui me correspond plus, même si ca reste très musculaire à la fin. Je suis plus facilement dans le “top” quand c’est de l’endurance à l’inverse de la résistance lourde ou pire, de la force. La puissance, j’arrive à progresser, à voir des évolutions, mais après le reste, c’est un peu plus difficile.
Ca reste un mystère pour moi de savoir si la musculation en salle m’aide sur l’eau ou si ma technique a évolué et du coup, comme je suis plus gainé, de faire du frein et/ou de la musculation en bateau va m’aider à plus me muscler ou si c’est les séances de gainages, les séances de déchires que je me mets en musculation qui vont aussi m’apporter sur l’eau. Je pense qu’il y a un peu des deux.
En 2016, je pesais autour de 60 kg et là, je suis plus vers les 63 kg, tout en ayant perdu de la graisse pour 1m68,5.
Les Secrets du Kayak - Retour sur ton stage en Australie
Manon Hostens : Ca fait déjà 3 fois que j’y vais. Pour l’hiver, c’est vraiment bien parce que c’est facile de s’entraîner, de faire des bornes là bas comme il fait chaud, les journées sont plus longues également ce qui fait qu’on peut plus facilement espacer les séances et surtout on s’entraîne avec l’équipe d’Australie, ce qui fait une bonne émulation internationale.
Il y a beaucoup d’européennes qui y vont comme les autrichiennes, les slovènes, les suédoises. Il y a aussi l’Open de Sydney qui est là bas ce qui nous fait une compétition internationale en février ce qui est plutôt cool même si on n’est pas sur notre pic de forme. C’est bien de reprendre la compétition un peu plus tôt et de jauger de la concurrence. J’aime beaucoup aller en Australie.
Après c’est sur qu’il faut y partir longtemps pour pouvoir s’acclimater au décalage horaire mais ce qui est bien, c’est que ca nous préparait pour Tokyo où c’est le même décalage horaire à 2-3 heures près.
On part en général 2 mois à chaque fois.
Les sélections australiennes sont en février ce qui fait qu’ils s’entraînent différemment de nous. Ils font plus de séances d’intensités que nous, du moins plus tôt.
Déjà fin janvier, elles se mettaient des déchires parce que la première fois où on a été, on a fait leur planification et ca nous a choqué. Ca nous a stimulé et sorti de notre zone de confort.
J’ai l’impression qu’on arrive tous en forme sur les coupes du monde et sur les mondiaux, on a tous deux pics de forme. Les australiens disent qu’ils en ont trois : un en février, un en mai et un en aout mais qu’ils arrivent un peu rincés à la fin de la saison. Ils sont quand même bien là et présents.
Je ne pense qu’il y ait qu’une seule recette, qu’une seule manière de s’entraîner. Il y a de grandes similitudes dans beaucoup de choses que l’on fait mais il y a aussi des petites différences, mais qui donne à peu près le même rendu au final.
Après ca se joue au mental car il n’y a pas 15 000 façons de se préparer. Les dixièmes et les centièmes, ca se joue dans la tête.
Les Secrets du Kayak - L’Entraîneur
Manon Hostens : J'ai toujours eu le même entraîneur depuis que je suis au pole de Toulouse. Notre relation a évolué.
Quand je suis arrivé en junior, on était en descente. Il avait une quinzaine d’athlètes ce qui faisait beaucoup de monde. Il y avait une groupe jeune et un groupe senior.
En début d’année, il nous suivait un peu plus pour lancer les bases mais à l’approche des compétitions et des mondiaux seniors, il était plus avec les seniors.
Comme il y avait plusieurs groupes et beaucoup d’athlètes, il y avait aussi beaucoup d’autonomie.
Je me suis formée un peu comme ca, dans un groupe de jeune où on se motivait, où on se donnait des retours entre nous quand le coach n’était pas là.
Je suis vite devenue senior, rejoint donc le groupe senior mais j’étais la jeune senior donc il était plus avec ceux qui étaient potentiellement médaillables.
Les plus anciens ont arrêté pour finir par devenir la plus ancienne et quand ca fait 10 ans que tu te connais, tu crées un certain fonctionnement et il y a un moment, j’étais presque seule et là, notre relation a encore évolué où on était plus que deux ou trois avec des niveaux assez espacés, ce qui faisait une relation un peu privilégiée.
Ensuite, le groupe s’est réouvert, agrandi, je suis passée à la course en ligne, lui aussi, il est devenu coach de la course en ligne pour les filles. Léa et Max sont venus à Toulouse, les marathoniens, les jeunes aussi, ce qui a aussi changé nos rapports.
Ca a évolué et on n’est jamais tombé dans notre même routine.
Et puis, il y avait aussi JP qui intervenait sur le pole de Toulouse au début, ce qui complétait les retours que je pouvais avoir avec Fred.
Ce que je trouve aussi génial, c’est qu’il m’a toujours poussé quand on était en stage de descente à aller vers d’autres coach pour avoir d’autres pistes, parce qu’il n’a pas la science infuse et que ce qu’il me disait pouvait ne pas me parler du tout, peut être que d’autres coach vont plus te parler, te donner des pistes et tester et après on en reparle.
Je trouve ca génial parce que ca m’a permis de rester ouverte à d’autres propositions, à ne pas nous enfermer à deux, dans une seule façon de voir les choses.
C’est original qu’un entraîneur de descente devienne un entraineur de course en ligne. Après la technique de glisse reste la même, l’approche de la compétition aussi… C’est comme Yannick Agnel qui va coacher du E-sport. J’ai l’impression que les grands principes du sport restent les mêmes.
Après entre la descente et la course en ligne, il y a de grandes similitudes pour faire avancer le bateau et je trouve ca enrichissant parce que souvent, les ligneux forment des ligneux et on reste un peu enfermé dans ce que l’on a appris ce qui rend plus difficile de s’ouvrir tandis qu’en venant de la descente, on a une certaine façon de fonctionner et à la ligne, il y a une autre façon de fonctionner et donc tu mixes les deux et ca ne peut qu’être enrichissant.
C’est le pourquoi du collectif. Il n’y a pas qu’une seule personne qui a la science infuse et la richesse du collectif est bien plus instructive que quand t’es tout seul à croire que ta recette fonctionne à coup sur.
A Toulouse, le bassin n’est pas si bien que ca mais c’est une bonne ville étudiante et les structures sportives ne sont vraiment loin des écoles ce qui fait qu’on perd très peu de temps en transport, tout se fait en vélo et on n’est pas loin des Pyrénées pour ceux qui aiment la nature, faire de grandes randonnées, des sorties ski de fond l’hiver, même du ski de piste, c’est juste génial.
On n’est pas loin de la campagne non plus.
Je pense que l’ambiance et la dynamique qu’on a à Toulouse fait que ca attire aussi, même s’il y a aussi des bonnes ambiances dans les autres structures mais ca fait très convivial à Toulouse, c’est ce que j’aime et que je pense que les gens viennent chercher.
Et aussi les Coach. Je sais que Léa est venue à Toulouse, entre autre, pour Fred qui semble très bien lui convenir et que je pense que c’est pareil pour Max.
Je ne pense pas que Toulouse soit mieux qu’une autre structure. Je sais juste que j’y suis bien, que je m’y retrouve bien, ma famille est vraiment pas loin, j’adore l’aérobie et les autres sports de pleine nature. Aller faire une journée à la montagne en pleine semaine, ca coupe un peu et tu as l’impression d’être en vacances.
Je sais pourquoi j’aime être à Toulouse et que j’y suis.
Les Secrets du Kayak - A côté
Manon Hostens : On a des stages de ski de fond d’une semaine. J’ai d’ailleurs appris en arrivant au pole de Toulouse. Le directeur de l’époque, François Martinez alias Paco, qui est prof de ski aussi, qui m’a appris à faire du ski.
On a trouvé un équilibre entre développement musculaire et aussi un peu d’aérobie plaisir. On essaie d’y aller une fois par semaine dans la préparation hivernale, en plus de la musculation. Aussi pendant les vacances, comme je fais ce que je veux… :)
J’ai pas une très bonne technique mais comme j’ai la caisse, je pousse sur les bras et ca va bien.
A la pause entre deux saisons où je fais un break sur l’entraînement, mais comme j’adore courir, faire du sport, je continue quand même à en faire, surtout de l’aérobie et là, par contre, je fonds musculairement.
En bateau, je ne perds pas car je retrouve de la fraicheur musculaire. Après c’est sur que si je fais ca sur une longue période, je vais perdre de l’explosivité.
Je n’aime pas faire de pauses ou alors à la rigueur deux semaines, mais confinement oblige, j’ai fait la plus longue pause de toute ma vie, je n’ai pas trop perdu en stabilité et c’est vite revenu. C’est comme si on te disais que ca fait deux ans que tu n’as pas fait de vélo, si tu vas arriver à en refaire, ca ne s’oublie pas.
C’est juste que tu sens, que si tu n’es pas entraînée physiquement, c’est plus difficile de rester gainé, de bien faire glisser mais la technique reste là et la stabilité reste. C’est juste musculairement où on est un peu moins gainé mais la proprioception, elle reste bien présente.
Je n’ai jamais de blessures en Kayak. Je me suis souvent eu des bosses sur la tête parce que je me retournais en descente, que je tapais le fond de la rivière et que mon casque était mal attaché.
Je me suis plus blessée en dehors du Kayak sur les footings sur les chevilles. En même temps, quand je faisais du basket, ca m’a fait des chevilles en carton à force d’avoir des entorses.
Après en musculation, avec des mauvais positionnements, au développé couché, j’ai eu des inflammations du ligament acromio-claviculaire et une petite déchirure au deltoïde antérieur mais jamais rien en bateau. Au moins après, ca t’apprend à avoir de meilleurs gestes et une meilleure posture.
Les Secrets du Kayak - Objectif Tokyo
Manon Hostens : On s’entraîne pour la médaille car je suis compétitrice, et l’or mais je sais que vu mon niveau, c’est un peu prétentieux de dire ça pour Tokyo mais en tout cas pour Paris, c’est vraiment l’objectif, donc je suis vraiment là dedans.
Après là, les sélections ne sont pas encore passées, on ne saura qu’en mai si c’est notre K2 qui va aux Jeux, même si on est bien parti. On avait des points bonus qu’on a perdu cette année avec la finale des Open qu’on a fait en septembre, mais en tout cas, on s’entraîne pour ca, pour aller chercher la médaille, c’est vraiment notre objectif.
On a les crocs pour aller la chercher. On donnera tout et on verra ce qui adviendra.
Cet été, on a fait beaucoup de K2, plus que les autres années, mais là comme Sarah est un peu blessée, on en fait un peu moins actuellement. A partir de février / mars, on va essayer de reprendre nos automatismes et d’en faire plus que l’année dernière. Chaque année, on essaie d’en faire un peu plus. On commence à bien se connaître.
L’entraînement reste quand même très axés sur de la préparation en monoplace.
Je vise également une qualification en K1 surtout que c’est compatible. Ca va vraiment dépendre des coupes du monde, des possibilités pour faire des performances.
Si c’est juste pour m’aligner et essayer de faire une finale, ca va me prendre de l’énergie pour le K4. Je vais y réfléchir mais si je sens, qu’en fonction des résultats que je vais faire en coupe du monde, il y a la possibilité d’aller chercher un podium et que c’est vraiment possible, que ce soit en K1, en K2 ou en K4, que je peux faire les trois, ca m’intéresserait ou même, à la rigueur, si c’est pour prendre de l’expérience pour Paris.
En terme de sélection pour les équipages, c’est compliqué car il y a une notion de compatibilité qui ne dépend pas uniquement du niveau, même s’il y a de grandes chances que les deux meilleures en bateau soient les plus rapides en équipage mais selon comment tu pagaies, on n’a pas tous la même technique, et du coup, par moment, tu n’arrives pas à t’exprimer quand tu es dans un bateau avec une autre personne ; on se gêne plus qu’autre chose.
Après grosso modo, si tu gagnes tout, t’es quasiment sure de faire ce que tu veux et de choisir tes coéquipiers et tu as beaucoup moins de possibilités de ne pas être dans un bateau. C’est pour cela que les coupes du monde rentrent en jeu dans la sélection, à partir de nos précédents résultats, et en fonction des résultats en coupe du monde, la fédération va faire les équipages.
Vous pouvez retrouver Manon Hostens sur ses réseaux sociaux :
Interview : Sarah Guyot
Retrouvez tout sur Sarah Guyot, la championne française de Kayak de course en ligne. Que fait-elle pour performer ?
Cette interview est la retranscription écrite du Podcast enregistré avec Sarah Guyot, réalisé au moins de novembre 2020 avant son départ pour un stage de préparation de trois semaines à Séville.
Les secrets du Kayak : Peux-tu te présenter ?
Sarah Guyot : J’ai 28 ans, je mesure 1m76 donc plutôt grande, et je pèse 71 kg. On va dire que le muscle pèse lourd (rire). Je suis diplômée en masseur-kinésithérapie, c’est plus pour mon après carrière et tant qu’athlète, actuellement, je suis dans l’armée des champions au bataillon de Joinville ce qui me permet de m’entraîner et d’être complètement détachée pour la préparation des Jeux Olympiques de Tokyo et des compétitions.
Au niveau de mon palmarès, j’ai fait deux Jeux Olympiques. A Londres, j’ai fini 9 ème et à Rio, j’ai fini 5 ème sur le K1 200 mètres.
J’ai été double championne d’Europe, d’abord en 2015 sur le K1 200 mètres et en 2018 en K2 500 mètres avec ma partenaire Manon Hostens (LIEN).
En France, j’ai été invaincue jusqu’à cette année. Pendant longtemps, je n’avais jamais été battue sur le 200 mètres. Par contre, sur le 500 mètres, il y a du monde et plus de challenge pour moi. Je vais essayer de remettre les pendules à l’heure lors de la prochaine saison (rire).
Les secrets du Kayak : Peux-tu nous raconter tes débuts en Kayak ?
Sarah Guyot : J’ai commencé très jeune, à l’âge de 10 ans. Tu sais, en Kayak, il y a plein de disciplines, tu as l’eau vive, l’eau calme, la mer
Personnellement, j’étais dans un club de randonnée polyvalent, on faisait un peu de tout. Ca m’a permis d’apprendre toutes les disciplines du canoë et du kayak.
Je n’ai vraiment commencé la course en ligne qu’à l’âge de 15 ans au lycée en centre d’entraînement régional.
Chez moi, on n’était pas très sportif. Mon frère faisait de la musique, moi je faisais plutôt des ateliers artistiques… On n’était pas trop dans le sport. Puis on a emménagé en Poitou Charente et mon frère a vu un club de Kayak pas loin de la maison et quand il nous a dit ça, j’ai tout de suite voulu essayer.
J’ai vraiment accroché car c’était différent de tous les autres sports qui sont en gymnase ou en Dojo, parce que j’avais essayé le Judo et le Basket et je trouvais ça trop scolaire, les sports un peu classiques.
Le Kayak, j’ai vraiment accroché avec le fait d’être dehors et d’être dans une sphère vraiment familiale où il n’y a pas beaucoup de monde mais où il y a toutes les générations qui se côtoient.
On était très accompagné et encadré ce qui m’a plu en plus du plaisir d’être sur l’eau, d’être à l’air libre.
Au début, je n’avais pas de préférence, j’aimais bien tout faire. J’ai été un an dans un club de Slalom mais par contre, je n’envisageais pas de ne pas faire de course en ligne.
Je ne concevais donc pas de ne pas faire de course en ligne mais cela ne me gênait pas de ne pas faire de Slalom. Toutefois, un peu de temps en temps, ca me plaisait.
Les secrets du Kayak - Le haut niveau
Sarah Guyot : Après je suis arrivée au club de Tours où là, c’était un club de course en ligne et là, je m’y suis mise vraiment beaucoup plus.
Au cours de ma jeunesse, j’ai déménagé plusieurs fois et été dans des villes où il n’y avait pas du tout de club ce qui fait que par période, je faisais beaucoup moins de Kayak.
J’ai fait une fois les régates nationales qui sont un peu les championnats de France des minimes, des 13-14 ans et quand je les ai fait, j’ai eu comme un déclic : C’était ca que je voulais faire.
J’ai alors intégré un lycée sport études afin de pouvoir m’entraîner tous les jours ce qui contrastait avec les périodes où je ne pouvais m’entraîner qu’une fois par semaine. Je sentais que c’était ma voie.
Quand on débute, on commence vraiment avec le club à deux séances par semaine, le mercredi après midi et le samedi. Dans mon club, on avait en plus les randonnées le dimanche ce qui peut paraître un peu plan-plan mais on apprend beaucoup dans une randonnée. On est longtemps sur l’eau en train de pagayer ce qui développe pas mal de choses.
Après il y avait les vacances, les petits stages où on pouvait se retrouver.
Comme mon frère en faisait et qu’il avait quatre ans de plus, on avait le droit de venir avec mon frère une fois de plus dans la semaine quelques années après. Je crois qu’on venait le mardi faire un petit entraînement en plus tous les deux.
J’ai eu la chance d’être dans un lycée sport études à Tours donc j’ai tout de suite eu les aménagements pour pouvoir m’entraîner tous les jours. Je terminais tous les mardis et jeudis à 16h et d’avoir le mercredi après midi de libre. J’allais donc tous les soirs à l’entraînement à partir de ce moment là avec parfois le temps de faire deux entraînements plus le week end.
On allait sur l’eau et parfois on enchaînait avec la musculation ou un footing.
Je ne sais pas ce qu’ils ont vraiment détecté à 15 ans. J’étais allée passer les tests pour rentrer dans ce centre d’entraînement.
Je me souviens qu’à l’entretien, ils m’avaient dit que mon niveau n’était pas assez bon mais je pense qu’ils avaient remarqué que j’avais envie. Ils ont du détecter cela car au test des tractions, je suis restée pendue ce qui est assez répandue parmi les jeunes filles.
Dans mon premier club, il n’y avait pas d’entraîneur, c’était des bénévoles qui maintenaient le Club. On faisait ce qu’ils nous disaient.
Après quand j’ai déménagé à Tours, il y avait un “vrai” entraîneur qui m’a appris plein de trucs. Mon frère fait aussi du Kayak de course en ligne, il fait les championnats de France, on monte parfois ensemble.
A partir de 15 ans, ma fréquence d’entraînement n’a fait qu’augmenter jusqu’à aujourd’hui où je suis entre 15 et 20 heures sur l’eau. En cycle de développement, on peut même aller jusqu’à 3 séances par jour.
Dans mes souvenirs, je n’avais pas pour ambition de faire les Jeux Olympiques, ca me paraissait vraiment loin, très loin.
Toute petite, j’avais regardé les Jeux à la télévision et je me disais que c’était génial. Je découvrais que notre sport était Olympique. Mais je ne me projetais pas du tout là dedans, je ne connaissais rien au sport de haut niveau.
Je n’avais aucune idée de si je pourrais cela un jour. Je pense que je n’y pensais même pas.
Par contre, j’avais toujours en tête l’étape d’après ; le championnat départemental, le championnat régional, puis les inter-régions et enfin les championnats de France. J’ai vraiment toujours fonctionné étape par étape et je pense que c’est important de ne pas les bruler, de rester les pieds sur terre, de vivre dans le présent.
J’avais des posters dans ma chambre mais pas vraiment d’idoles mais je ne les suivais pas spécialement quand je les voyais.
On a commencé à me dire que j’étais forte, que j’avais du potentiel avant que je m’en rende compte. Par exemple, en junior, je n’étais pas très forte, j’étais dans les 6-7 meilleures françaises. Je me disais que c’était pas mal mais qu’il y avait quand même du monde devant mais comme on me disait que j’avais du potentiel, c’était stimulant.
Ca me donnait envie de toujours aller chercher la fille devant à l’entraînement.
Quand j’ai commencé à gagner les sélections équipe de France, j’ai commencé à penser que je pouvais faire des choses et puis surtout, niveau internationale, quand j’ai eu mes premières médailles européennes, je commençais, à ce moment, à créer, à écrire ma place.
J’ai encore des choses dans le palmarès qui me manquent. En gros, à partir de 20 ans, j’ai commencé à être niveau national.
Il m’a fallu environ 10 années de pratique pour atteindre le “haut niveau”, même si je ne compte pas vraiment les cinq premières années car c’était vraiment du loisir.
Quand j’ai commencé la course en ligne, le 200 mètres n’existait pas (Il est apparu aux Jeux Olympiques de Londres en 2012). Par contre, il y avait du 500 mètres et même du 1000 mètres qui n’existent plus aujourd’hui chez les femmes.
En championnat de France, je faisais le 500 mètres et le 5000 mètres, ce dernier étant plus compliqué pour moi.
Je me souviens aussi sur le 1000 mètres avoir fait une finale C à un championnat de France. A l’inverse, quand le 200 mètres est arrivé, j’ai vite vu que j’avais le profil “sprinteuse”.
Ma toute première coupe du monde, c’était en France, à Vichy en 2010, en prévision du championnat du monde 2011 qui a failli avoir lieu sur le même bassin. J’ai participé en K4 500 mètres. Tout était nouveau pour moi, l’équipage, l’équipe de France, la grosse compétition…
J’avais pas mal de pression mais j’ai été super bien briefée pour cette première course dans le sens où je ne devais pas venir pour faire quelque chose d’exceptionnelle.
J’étais Senior 1 et quelques mois auparavant, je n’étais pas sélectionnée en équipe de France, je ne suis pas passé par la case -23 ans donc j’ai fait directement un gros bond. On était là pour créer, j’étais dans le K4 avec Marie Delattre qui avait été médaillée Olympique à Pékin. J’étais là pour faire du mieux possible.
Ca a été une super expérience car chaque course a été meilleure que la précédente (série, demi-finale, finale) et on finit 6 ème en finale donc super course.
Ca m’a sur-motivé pour la suite car on ne croyait pas trop dans notre bateau où on était des jeunes qui débarquaient, ce bateau était vraiment une création où on partait de zéro. Clairement, personne n’en attendait grand chose et cela a perduré un petit moment malgré des résultats prometteurs.
Aussi bien en mono, qu’en K2 et K4, j’ai fait des super courses et il est difficile pour moi d’avoir une préférence car j’aime vraiment les trois.
J’aime surtout quand ca se passe bien, quand j’ai des sensations de dingues et l’avantage de l’équipage, c’est que tout est démultipliée même si en monoplace, tu es contre toi-même donc je ne peux pas te dire que j’ai une préférence. J’aime bien tout mais j’aime surtout réussir.
J’ai vécu pas mal de changement en équipe de France où il y a quelques années, c’était vraiment la guerre. J’ai connu des années où entre les filles, c’était la guerre mais vraiment et c’était pareil chez les garçons. Les entraînements, c’était devant !
Ca fait progresser mais c’était aussi épuisant. C’était dur à vivre au quotidien.
L’ambiance a changé quand on s’est mise à faire beaucoup d’équipage où on s’est rendu compte qu’on était un peu bête à se tirer dans les pattes plutôt qu’à se soutenir, à se tirer vers le haut. Ca a évolué tout doucement et maintenant, on est une équipe vraiment très soudée. Je pense que c’est pour ca que ca marche de mieux en mieux chez les filles.
Les secrets du Kayak : En quoi consiste les séances en Kayak ?
Sarah Guyot : En fait, on a plusieurs intensités. On a l’EB1 qui est de l’aérobie à basse intensité ce qui peut correspondre à faire un footing, pour moi, à 10 km/h. On fait entre 1h et 1h30 quand c’est du volume.
L’EB1 regroupe aussi toutes les séances où l’on va faire des éducatifs techniques, des exercices de stabilité, de placement de la pagaie, des mains…qui permettent d’être à l’aise dans le bateau.
L’équilibre est tellement difficile dans le bateau qu’il faut toujours l’entretenir, même quand on fait du Kayak tous les jours.
EB, c’est endurance de base.
Après, on a EB2 qui correspond à des séances de capacité aérobie et de puissance aérobie. On parle aussi de cadences à cette intensité et on est entre 70 et 90 coups de pagaies à la minute.
Ensuite, on a la ZT où on est vraiment à 90 coups de pagaies à la minute.
En EB2, quand on est sur des séances de puissance aérobie, on est sur des intervalles d’une à deux minutes et sur de la capacité aérobie, on va plus être sur des 4, 5, 6 minutes et plus.
C’est un type d’effort où je ne me connais pas trop bien car je n’en fais pas souvent.
Des EB2, on en fait une à deux fois par semaine.
L’effort au dessus, c’est l’EC, l’endurance de course. Pour moi, ca va être de la préparation de 500 mètres. Ca va être de découper le 500 mètres dont des 200, des 300 mètres ou encore l’effort de type VMA, comme en course à pied, des 30/30, du travail intermittent.
Au niveau de la cadence, on y fait moins attention car l’hiver, avec l’eau froide, c’est plus dur de tenir les cadences mais on vise entre 90 et 110 coups de pagaies par minute si on est vraiment en forme l’été.
Il peut m’arriver de changer la longueur de ma pagaie pour travailler plus ma fréquence ou mon appui. On dit d’ailleurs, l’hiver, comme on travaille beaucoup l’appui que l’on fait de la musculation embarquée.
C’est quelque chose que j’ai beaucoup travaillé ces dernières années car on peut avoir l’impression d’aller super vite, de mouliner beaucoup sans mettre la pale dans l’eau.
Après, on a la vitesse, ce que l’on fait au moins une fois par semaine. Ca va être des sprints sur 10 secondes, 15 secondes, entre 8 et 10 séries à chaque fois, à fond la caisse.
En clair, on fait surtout de l’EB1 même si ca reste les séances qui passent en second, souvent l’après midi, qu’on découpe parfois jusqu’en tranche de 2 minutes si on veut travailler un aspect technique.
On peut aussi faire des 10 minutes, voir des pyramides, quelque chose qu’on aime bien en Kayak comme un 2/4/6/8/10/12/14 et après tu redescends. Quand c’est vraiment des grosses aérobies, on va jusqu’à 15-20 minutes quand on veut faire une séance longue et à basse intensité.
Il y a quelques années, ce type de séance me faisait peur devant sa longueur mais maintenant j’aime bien. Je vais toutefois moins me focaliser dessus car j’ai l’impression d’avoir plus de mal à sprinter si j’en fais beaucoup comme ces 2-3 dernières années.
Ce que je préfère, ce sont les séances de vitesse endurance, quand on est sprinter, pour préparer le 200 mètres où on va faire des 100, des 150 mètres ou même des 200 mètres, un peu comme des chronos. Une séance type, ca va être un 200, un 150, un 100 et enfin un 50 mètres avec beaucoup de récupération entre chaque. Le but, c’est d’aller le plus vite possible et ca, j’adore.
On travaille aussi les départs sur 3-4 coups de pagaies, notamment la position, pour être le plus efficace possible.
Les séances que j’aime le moins, ca va être les ZT ou les capacités aérobie, là où l’effort est assez long. Et plus c’est long, plus c’est dur car je sais qu’il faut que je tienne. J’ai du mal à gérer mon intensité parce qu’au début, je me sens super bien alors j’ai envie d’y aller mais il faut que je me “contrôle” sinon mes pulsations montent à fond et je congestionne.
Ca a été un objectif pour moi d’apprendre à gérer ce type de séance.
Je ne fais pas souvent d’ergomètre, même si j’en ai fait pas mal cette année durant le confinement, mais sinon ces dernières années, j’en faisais avant l’hiver. J’aime bien si quelqu’un peut me faire un retour en direct sinon je m’ennuie dessus.
Les secrets du Kayak : L’importance de l’entraîneur
Sarah Guyot : Pour moi, c’est indispensable d’avoir un entraîneur. Je ne pense pas que j’en serais arrivée là où j’en suis actuellement sans entraîneur et même encore aujourd’hui, c’est le regard extérieur qui me permet de continuer à progresser.
Personnellement, j’ai besoin d’énormément d’échanges, de discuter, de mettre des mots sur ce que je fais.
On fait parfois de la vidéo aussi, notamment quand je fais un truc, qu’on me fait un retour et que j’ai besoin de voir ce que je fais.
Je me suis longtemps entraînée avec le même entraîneur qui s’appelait Nicolas Maillote jusqu’à Rio et après j’ai changé plusieurs fois pour des raisons de logistiques. Actuellement, mon entraîneur référent, c’est Frédéric Rebeyrol et je voulais que ce soit lui, car il va être l’entraîneur de la catégorie dames aux Jeux Olympiques de Tokyo.
C’est pour cela que j’ai du contact avec lui au quotidien pour ne pas se retrouver uniquement lors des courses internationales où il ne pourrait pas savoir tout un tas de choses sur moi qui sont quand même importantes pour le jour de la course.
Après comme il est à Toulouse et que je suis à Paris, je suis obligée d’avoir quelqu’un au quotidien à Paris. C’est là que j’ai changé plusieurs fois et notamment, cette année, depuis septembre, c’est Yann qui est aussi mon copain. Pour l’instant, ca se passe bien, c’est cool.
On avait déjà testé il y a quelques années et on avait vite arrêté car on n’avait pas trouvé le fonctionnement et là, au fil des années, Yann a compris comment je fonctionnais et donc ca fonctionne plutôt très bien.
Rien ne m’oblige à rester à Paris sauf que mon compagnon est là bas. Il y a aussi l’INSEP et un cadre où il y a des choses qui me sont utiles comme un staff médical, la réathlétisation, la natation… alors qu’à Toulouse, tout n’est pas réuni au même endroit.
Surtout qu’actuellement, je vais à la réathlétisation tous les jours.
Les secrets du Kayak - L’entraînement en dehors du bateau
Sarah Guyot : En PPG, on a le choix des séances d’aérobie.
Personnellement, je fais beaucoup de footing car j’adore ça. Certains font plus du vélo que de la course à pied. C’est plus un choix personnel.
On fait 3 séances de musculation par semaine. On alterne beaucoup entre de la force max, de la puissance où on va travailler la vitesse de barre, soit de la musculation résistance où on va faire des circuits d’exercices, en général trois sur un nombre de répétitions autour de 10-15 répétitions.
On ne fait plus de séance de musculation endurance comme on faisait auparavant.
Avant, il y avait les tests sur deux minutes au développé couché et au tirage planche mais maintenant, il n’y en a plus. Il y avait aussi des tests de course à pied.
Désormais, on fait ces tests entre nous. On fait régulièrement des tests de force max, de maximum de répétitions à 80% et notre fameux test des 2 minutes où il s’agit de faire un maximum de répétitions.
Je ne fais plus de développé couché depuis des années parce que cela me faisait mal aux épaules. Je fais des écartés latéraux à la place. Mon max au développé couché est de 97.5 kg et au tirage planche, il est à 95 kg.
Et mon max aux tractions, c’est 20 répétitions.
On s’est mis à l’entraînement des cuisses depuis quelques années, à faire du renforcement. On est encore loin de l’équilibre corporel au profit du haut. Après, il y a plusieurs écoles dans le monde comme les Hongrois pour qui c’est du poids mort et qui ne les travaillent pas et au contraire, tu vas avoir La Nouvelle Zélande où les filles font énormément de musculation du bas du corps.
Pourtant, je te parle des deux meilleures nations du monde ce qui fait qu’ il n’y a pas vraiment de règles.
Nous, on s’y est mis pour l’équilibre du corps et notamment pour être fort des fessiers afin d’être plus stable du tronc. Je trouve que ca m’aide plus que de travailler les quadriceps et les ischio-jambiers.
Quand je fais 3 semaines de ski de fond et que je retourne dans mon bateau en février, j’ai l’impression qu’il est trop petit. Je suis obligée de bouger mes calages.
Les secrets du Kayak - L’environnement pour progresser
Sarah Guyot : J’ai essentiellement été en Nouvelle Zélande pour faire des stages l’hiver où j’ai appris énormément de choses en 6 semaines.
Ca ne m’a pas fait progresser tant que ca mais ca m’a donné des réponses à mes questions. J’y pense très souvent et je comprends maintenant pourquoi elles font ci ou ca.
J’ai découvert des choses surprenantes. Par exemple, elles font deux fois par semaine des séances d’aérobie assez longues et Lisa Carrington, qui est la meilleure sprinteuse du monde et qui en plus, n’a jamais été battue, et elle fait énormément d’aérobie. Ca m’interroge encore parce que quand j’en fais, je suis clairement moins bonne en vitesse.
Aussi, en musculation, elles ne font que deux séances par semaine mais elles bombardent. Elles sont très fortes. Les séances que j’ai faite avec elles étaient surprenantes car elles font un peu de tout dans la séance : De la force max, de l’explosivité, de la résistance et parfois même un peu d’endurance. C’était une découverte pour moi.
Après je pense qu’il y a un équilibre à trouver dans le ratio vis à vis des séances aérobies. C’est une piste en tout cas.
Elles, elles le gardent jusqu’aux courses ce qui est surprenant. Je me rappelle, c’était leurs sélections et le samedi d’avant, elles sont allées faire un 20 km.
Par contre, elles ne font pas de course à pied. Que du Kayak et de la musculation et énormément d’éducatifs sur l’eau, genre des séances de 45 minutes où tu as l’impression de ne rien faire, où on fait des habiletés pour être à l’aise dans le bateau.
Ca, c’est pas la séance de la journée, c’était la deuxième ou la troisième mais grâce à ca, le lendemain, tu es frais et disponible pour faire une grosse séance.
On s’entraînait sur le lac Pupuke à Auckland où le bassin est assez pourri et je me rappelle ma première séance, je sortais de l’avion, j’avais du décalage horaire et j’ai cru que j’allais tombé à l’eau. Et en fait, elles faisaient des petits aller-retour sur 8 minutes à l’abri mais par contre, les 20 km, elles les font dans la marina.
Leurs installations sont très basiques alors qu’on pourrait s’attendre à autre chose vu leurs niveaux.
Mon entourage actuel s’est fait naturellement par rapport à mon cours de vie où mon copain évolue dans le kayak, beaucoup de mes amis sont dans le Kayak parce que mon rythme de vie est ainsi fait et laisse peu de place à autre chose.
Les secrets du Kayak - Le choix du matériel
Sarah Guyot : Je suis en Plastex car je me sens super bien. J’ai un Fighter 2009 qui est un modèle assez vieux mais j’arrive vraiment à bien m’exprimer dedans en sprint.
J’ai déjà essayé Nelo, j’ai déjà “couru” dans un Vanquish 3 et je ne me sens pas bien. Heureusement qu’il y a Plastex pour moi.
Je pense même que beaucoup de monde pourrait être bien en Plastex mais Nelo a tellement le monopole que certains athlètes ne réfléchissent pas, n’essayent même pas. C’est comme les dernières chaussures de je ne sais quelles marques, par principe, ils les prennent.
C’est assez difficile d’essayer des bateaux mais comme je suis dans la Team Plastex, dès qu’ils sortent un bateau, ils m’en amènent un pour que je l’essaie.
Braca et Jantex sont les deux grandes marques de pagaies. Personnellement, je suis en Jantex. Après les formes, il y en a beaucoup qui sont les mêmes. Je trouve que tu as un peu le touché Jantex et le touché Braca dans les sensations. Si tu me mets l’une ou l’autre dans les mains, je vais savoir te dire laquelle c’est. Je suis en Gamma tout court en 2m14 en manche fixe et je vais me mettre en 2m14.5. Je suis en 740, la Gamma medium.
Depuis que la Gamma Rio de Jantex est sorti, tout le monde est en Gamma Rio et moi, tous les ans, je la réessaye parce que j’en ai une chez moi et elle me parait trop grosse alors que c’est la même surface. Mais comme elle prend plus d’eau à cause de sa forme, je n’arrive pas à m’y faire. C’est vraiment le petit palier qui est trop difficile et je m’enroule dessus.
Il y a un modèle un peu plus petit qui est sorti mais je reste avec la mienne avec laquelle je suis très bien.
Les secrets du Kayak - Tes blessures en Kayak
Sarah Guyot : J’ai eu des lumbago à répétitions cet été, j’en ai un peu chié. Ca fait environ un an que ca traine.
Pour te dire, il y a un jour où j’ai poussé un frigo et ca m’a fait une petite douleur dans le dos comme ca arrive régulièrement sauf que depuis ce jour là, dès que je suis assise dans les transports, je suis toujours mal après. Je supporte de moins en moins bien tous ces trajets, le fait d’être assise mais mal assise, d’être inactive. Ca ne fait que se dégrader et le voyage en Australie, clairement, ne m’a pas du bien.
Et cet été, je me suis fait 3 ou 4 lumbago et je n’ai pas courir la coupe du monde à cause de ca. C’est la première fois où ca m’empêche de faire un effort. Ce n’est pas facile psychologiquement.
Au championnat de France de cette année, j’ai eu un torticolis qui m’a empêché de participer aussi. C’est lié au dos, c’était bizarre aussi car ca a duré presque trois semaines. C’est venu puis c’est reparti. Ce n’est pas une vraie blessure comme le dos.
En ce moment, je fais un cycle de réathlétisation à l’INSEP. Je découvre plein de choses en plus de mes connaissances en kinésithérapie et je pense que ce qui m’aide vraiment, c’est ce que je te disais tout à l’heure, c’est le renforcement de mes fessiers où je pense qu’ils ont un rôle à jouer dans le maintien du bassin et il y a aussi évidemment le gainage et la position assise comme pour tout le monde qui est super mauvaise.
On pourrait croire que le Kayak, c’est pas top mais on est en activité, on est gainé, il y a de la rotation donc pour moi, le Kayak n’est pas traumatisant pour ca mais c’est vraiment être assis sur un siège, là, je pense que c’est vraiment pas bon.
C’est quand même complexe, car même en étant Kiné, en ayant les ressentis, j’ai du mal à comprendre pourquoi ca revient, pourquoi ca met autant de temps.
J’ai un super gainage mais je pense que c’est quand même une question d’équilibre. Quand tu es très fort du haut du corps et qu’on a les fessiers tout raplapla qui fonctionnent mal, c’est toujours le haut du corps qui va prendre, comme si le corps était en surcharge et ca, il n’apprécie pas.
Je pense que c’est important d’avoir un équilibre corporel à tous les niveaux afin que le haut du corps soit plus à l’aise afin qu’il soit plus relâché. Cela permet de jouer sur la prévention des blessures mais aussi dans la transmission des forces dans la pagaie.
Sinon, ca va de mieux en mieux. Je n’ai pas encore atteint des intensités élevées mais je suis remontée sur l’eau avec siège rotatif. Il y a quelques athlètes qui sont avec un siège rotatif, notamment ceux qui ont eu mal au dos qui passent par là. La rotation se fait toute seule, sans effort ce que je n’apprécie pas. Si je pouvais ne pas mettre de siège tournant, je l’enlèverais tout de suite.
Le problème est qu’il tourne très vite et comme je me sers beaucoup de la poussée de jambes, alors dès que je pousse, ca fait tourner le siège ce qui me fait perdre en sensations à ce moment là. J’ai l’impression que l’énergie qui va dans le siège dans la rotation va moins dans le bateau pour avancer. Je sens beaucoup moins l’accélération, beaucoup moins de choses dans le bateau ce qui est moins agréable.
Mais c’est vrai que ca enlève complètement l’espèce de porte à faux, ce qui fait que si le dos est pas hyper gainé, ca me fait mal. Donc pour le moment, je suis en siège tournant. Ca tourne plus vite que la poussée de jambes naturelles.
Les secret du Kayak - L’hygiène de vie
Sarah Guyot : Je suis une siesteuse, je fais pas mal de sieste, pas tous les jours. En stage, par contre, c’est tous les jours mais au quotidien, ca m’arrive de ne pas en faire.
Quand je fais deux séances dans la journée, je m’arrange pour faire une sieste entre afin d’être en forme pour la séance de l’après midi.
Je fais parti des athlètes qui mangent bien. Je mange vraiment équilibré avec beaucoup de légumes mais je m’autorise pas mal d’écart, je mange du chocolat, je mange du fromage, je mange du beurre de cacahuètes. Par contre, je ne vais pas manger de chichi ou des gaufres. Je me fais quand même pas mal plaisir tout en étant assez vigilante au niveau micro-nutritionnel.
Je prends un peu de spiruline au petit déjeuner dans mon bol, un peu d’acérola quand j’y pense. J’essaie de me mettre aussi aux protéines végétales, après j’ai du mal avec tout ce qui est en poudre.
J’essaie aussi de ne pas trop manger de viandes car j’ai l’impression que lorsque j’en mange souvent, cela me fatigue.
J’ai découvert la méditation dans ma préparation pour les Jeux Olympiques de Rio. J’en fais soit toute seule en autonomie, soit avec une application qui m’aide à rester centrer. Cela m’aide à développer mon attention.
Je pense toujours à ma technique, ma réflexion ne s’arrête jamais mais je ne fais pas de visualisation.
Par contre, je fais de la préparation mentale depuis 6-7 ans. Je ne suis pas très assidue mais ca fait très longtemps que j’en fais un petit peu.
Les secrets du Kayak - Tes objectifs
Sarah Guyot : Je ne suis pas encore qualifiée pour les Jeux Olympique de Tokyo. On a qualifié le K4 500 mètres. On saura au mois de mai la composition de l’équipe.
Pour se qualifier, il faut deux choses. En coupe du monde, il faut qu’on gagne et si on ne gagne pas, la fédération se réserve le droit de changer les équipages, sachant que pour les composer, il y aura les Open de France où il faudra être bonne, au moins être dans les 4 premières. Je vise plus que les quatre premières.
Il n’y a pas de conditions de chronomètre car les conditions sont tellement changeantes, notamment à Vaires sur Marne que l’on ne peut pas se fier à ça.
Au fil des années, c’est peut être bizarre, mais moins je me sens fatiguée. Ma récupération est aussi beaucoup plus efficace. Je mange mieux qu’il y a 10 ans, j’ai plus le temps de dormir, j’ai plus le temps de récupérer parce que j’ai fini mes études.
L’avantage de ma situation professionnelle, c’est que j’ai le temps de faire des choses pour mieux récupérer. Je sens que je suis beaucoup moins fatiguée qu’il y a 6 ou 7 ans où j’étais tout le temps dans le dur.
Mon premier objectif pour Tokyo, ce sont les équipages en K4 et en K2. On a fait 5 et 4 ème l’année dernière donc si on peut grappiller quelques dixièmes pour aller chercher le podium, ce serait dingue ! Il y a beaucoup de densités en terme d’équipe ce qui peut changer en notre faveur ou défaveur suivant le jour.