Interview : Sébastien Mayer
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Sébastien Mayer en juillet 2022.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Sébastien Mayer : Ça va bien Rudy.
Les Secrets du Kayak : Les championnats de France se sont bien passés pour toi ?
Sébastien Mayer : Plutôt bien, un peu compliqué parce que c’est un bassin agité mais ça me fait plaisir d’être là et de rencontrer les anciens.
Les Secrets du Kayak : Ça fait combien de temps que tu pratiques le kayak ?
Sébastien Mayer : J’ai commencé à 13 ans donc ça fait 39 ans. J’ai commencé le kayak parce que mon père en faisait. Et ensuite on était une bande de potes, on rigolait bien. Les copains se sont mis à la compétition et moi j’ai suivi.
Les Secrets du Kayak : Tu faisais d’autres activités sportives avant ça ?
Sébastien Mayer : Non moi je suis d’une génération où on traînait beaucoup dans le quartier. Moi, le kayak c’est vraiment en suivant mon père que j’ai commencé.
Les Secrets du Kayak : Tu es particulièrement grand, c’était déjà le cas enfant ?
Sébastien Mayer : J’étais plus grand que la moyenne mais un peu bouboule, j’étais un peu gras. C’est le sport qui m’a affiné.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as rapidement fait des compétitions dès que tu as commencé le kayak ?
Sébastien Mayer : En minime, j’étais deuxième aux championnats de France, donc ça donne envie de continuer. En minime 2, je n’ai rien fait de bien. C’est venu plus tard vers junior. Si tu regardes la génération actuelle, on essaie d’en faire des athlètes de haut niveau très jeune, alors que nous à notre époque on a commencé plutôt vers 19 ans en senior. J’ai voulu tenter les JO, culture olympique oblige à la maison.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu sentais une pression à la maison venant de ton père ?
Sébastien Mayer : Non jamais, il ne nous a jamais poussé. Mais il m’a conseillé dès lors que je me suis lancé pour de bon.
Les Secrets du Kayak : Quels conseils te donnait ton père ?
Sébastien Mayer : C’était plutôt dans la gestion de la carrière. S’entraîner, travailler, essayer de trouver des arrangements. A mon époque, j’ai galéré à travailler un petit peu, il m’a conseillé à monter un double projet.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu as fait comme études ?
Sébastien Mayer : J’ai un parcours spécifique. J’ai fait un CAP, BEP électromécanique, puis un BE canoë kayak, puis un BE 2. Ensuite je suis rentré dans la fonction publique, j’ai fait un concours d’ETAPS, j’ai passé le concours CTAPS (cadre A de la fonction territoriale). Maintenant, je gère un établissement dédié à l’excellence sportive. Je reste dans le sport.
J’ai fait une carrière de kayak longue, j’ai arrêté à 34 ans. Il fallait conjuguer avec la vie de famille puisque j’ai été papa très tôt. Donc mon père m’a aidé à gérer tout ça.
Les Secrets du Kayak : Jeune, tu t’entraînais combien de fois par semaine ?
Sébastien Mayer : Rien à voir avec ce qui se fait maintenant, trois fois par semaine. A côté, je ne faisais pas grand-chose. Sauf l’hiver, à Mulhouse le canal gèle donc tu ne fais pas de bateau. Tu ne vas pas attendre que ça dégèle pour t’entraîner, tu fais d’autres choses. On avait de quoi faire en sports co, des circuits training, on allait faire du ski de fond.
Les Secrets du Kayak : Tu penses que cette multidisciplinarité t’a servi pour la suite ?
Sébastien Mayer : Oui. Quand je te dis que je fais du ski de fond, je fais 30km. J’en fait vraiment. Et ça me va, j’ai appris à le faire. Avec l’équipe de France, on faisait des stages de ski de fond. Et quand tu regardes bien, le ski de fond ressemble au kayak. Tu fais des transferts de poids de gauche à droite comme au kayak. Ça m’a toujours plu de faire autre chose.
Les premiers stages de la saison, il y a toujours une certaine pression. Ce sont des courses à toutes les séances. Alors que quand tu fais un stage de ski de fond, c’est plus posé, tu sais que tu viens travailler le physique. Tous les ans, encore on se retrouve pour faire du ski de fond.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand tu as augmenté ta fréquence d’entraînement ?
Sébastien Mayer : C’est venu crescendo. C’est plutôt en junior où on te pousses à en faire plus pour passer en haut niveau. Je passais à 5-6 séances par semaine. Du coup, on rajoutait de la musculation.
Les Secrets du Kayak : Tu avais un entraîneur qui te suivait ?
Sébastien Mayer : Non, c’était des bénévoles. Tu t’entraînais avec les seniors du club. Ça permet d’apprendre. Un club c’est une famille, les plus forts t’entraînent pour te tirer vers le haut. Tu fais comme tu peux, et si ça ne va pas ils font demi-tour pour venir te chercher. Et petit à petit, tu finis la séance avec eux et un jour tu es devant eux. C’est comme ça que tu progresses.
Les Secrets du Kayak : Tu as été sélectionné en junior, tu as fait les championnats du monde en junior. C’était une consécration pour toi d’être sélectionné en équipe de France ?
Sébastien Mayer : Consécration non, mais c’était l’aboutissement du travail. J’étais fier, j’étais en équipe de France, je partais faire les championnats du monde. Auprès des copains, j’étais fier. Mais ça n’avait rien à voir avec ce que l’on pouvait voir à la télé.
C’était génial, tu voyais le professionnalisme des pays de l’Est, et toute la machine mise autour de ça. Et puis nous, on était bien suivi mais ça n’avait rien à voir. Eux les études, rien à cirer, ils s’entraînaient. Nous, la priorité c’était les études.
On a fait 7ème sur le K4 1000m en junior 1.
Les Secrets du Kayak : Quand tu passes senior, la fréquence d’entraînement augmente encore ?
Sébastien Mayer : Oui, pour le coup j’ai commencé à travailler et je préparais mon BE. J’étais sur place, donc dès que j’avais un moment je m’entraînais. Je pouvais m’entraîner deux fois par jour. Si tu veux être performant, il faut bouffer des bornes. Il n’y a que le travail qui paie.
La plupart du temps, j’étais seul. Donc c’était le chrono qui me tirait. Objectif faire descendre le chrono. J’ai eu un ancien du club qui a arrêté de faire du kayak, Denis Maurer, il avait un travail en Suisse, et du coup c’est lui qui me suivait en bateau à moteur. On faisait la course. Je n’avais pas le droit d’être derrière.
Dans la préparation, au départ d’une course, les adversaires à côté sont juste là pour t’aider à descendre le chrono. Moi c’était comme ça que je le voyais. Où alors tu veux trop suivre et tu n’as pas le niveau pour suivre. C’est normal, il faut tenter. Mais tu peux vite exploser.
Les Secrets du Kayak : Tu te souviens de ta première sélection en senior ?
Sébastien Mayer : Oui c’était au premier stage. Quand je suis arrivé à la période de Bernard Bregeon, Boccara, Boucherit, des gars qui ont fait des médailles aux JO, que des chambreurs. Moi il m’ont appris tellement de choses, c’était motivant. Je n’avais rien à perdre, l’objectif c’était de les faire chier le plus longtemps possible pendant la course. C’était mes plus belles années, rien à perdre tout à prouver. C’est ça l’esprit du sport. Ça doit rester du jeu.
Les Secrets du Kayak : Quand tu suivais les stages, tu suivais la planification faite par les entraîneurs ?
Sébastien Mayer : Oui, ce n’est plus la même façon de faire aujourd’hui. On était une très grosse équipe, environ une dizaine de senior homme, tu pouvais avoir trois K4 sur une course, on en avait le droit. C’était super génial à notre époque.
Les Secrets du Kayak : C’est lors des premiers stages que tu as eu l’ambition des JO ?
Sébastien Mayer : Non, là, j’avais seulement 19 ans. Les premières compétitions contre les cadors, j’ai fait les stages, j’ai attendu de voir comment se passait la saison, j’ai fait quatrième aux championnats de France de vitesse sur 500m. Je savais que ce n’était pas mal, et l’année suivante j’ai fait mes premiers championnats du monde en équipe senior. Là tu rentres dans le grand bain, il y avait du boulot.
Je me souviendrais toujours de la pression des championnats du monde du premier départ en série. Je pars, je me place, j’ai la pagaie qui passe sous le bateau, j’ai failli emmener tout le bateau. J’ai été chambré ça a duré longtemps.
Et puis tu regardes autour de toi, tu vois toutes les nations, c’est ce que je voulais mais il fallait bosser. Je n’ai même pas fait de pause en rentrant de ça.
Les Secrets du Kayak : Il y a une manière différente de s’entraîner après les monde ?
Sébastien Mayer : Oui et non. C’était beaucoup plus de bornes, plus de bornes. Tu n’as pas de choix, il faut passer par la musculation. Hiver 1990-1991 j’en ai mangé de la musculation. Après ce n’est que du travail. Je n’ai jamais été très lourd, 83kg au mieux pour 1,90m.
L’année d’après, j’ai couru le mono 500m aux championnats du monde à Paris. Je fais cinquième. Mais je continue à progresser. J’étais dans le circuit, il me restait un an pour me sélectionner pour les JO. C’était encore autre chose. Tout de suite, tu passes un niveau au dessus. Et dans ma famille les JO, ça parle. Là pour le coup j’ai du me mettre une pression tout seul par rapport à mon père, je devais tout mettre en place pour y arriver.
J’ai toujours été à Mulhouse, je ne suis jamais parti en pôle. Après on était tous les 15 jours en stage pour 15 jours. C’était compliqué d’être suivi par quelqu’un d’autre. On avait tout organisé pour se voir le plus possible. Il nous fallait faire finale sur toutes les coupes du monde de début d’année avec le K4. Si on n’allait pas en finale une fois, on n’allait pas aux JO. On s’est préparé un maximum.
Les Secrets du Kayak : Tu te retrouves aux JO en 1992, comment c’était ?
Sébastien Mayer : C’était impressionnant. Tu as beau te préparer, quand tu y es, ça peut être perturbant. Tu vois des champions que tu vois à la TV, et même des champions français. Tu sympathises avec d’autres athlètes d’autres disciplines. C’était grandiose. On fait demi-finaliste sur le K4 1000m. C’était du tirage au sort, on était dans la demi la plus dure, on a fait sixième. Et dans l’autre demi, ça aurait passé on aurait pu être en finale. Il fallait être dans les quatre meilleurs temps. On était déçu.
Ma place dans le K4 était en deux. J’étais en deux parce que le tout premier stage qu’on a fait ensemble, et on avait tous la même opinion en ce qui concernait la meilleure position qu’on voyait dans le bateau, on était tous d’accord. Moi j’ai toujours était deuxième dans les K4.
Les Secrets du Kayak : Par la suite, comment se passe ta carrière ?
Sébastien Mayer : J’ai fait une trêve en 1993. Toujours en stage, en déplacement, j’avais besoin de souffler. Ma copine était enceinte, mars 1993 ma fille est née. Je voulais en profiter. Je me suis entraîné pour les sélections, mais je ne voulais pas partir. J’avais prévenu dès le début de l’année. Quand je suis reparti en septembre, c’était à fond. Quand tu laisses une famille à la maison, c’est plus compliqué.
Les Secrets du Kayak : Tu avais un détachement en tant que sportif de haut niveau ?
Sébastien Mayer : Je travaillais à mi temps payé plein temps, annualisé. Donc je faisais beaucoup d’heures l’hiver.
Les Secrets du Kayak : Quand tu reprends en 1994, comment ça se passe ?
Sébastien Mayer : C’était au Mexique, je préparais une olympiade en K1 500m. J’étais un des plus fort à l’époque. Les chronos baissaient. Je voulais faire une finale aux championnats du monde. Je fais demi finaliste, je ne passe pas. Toutes ces expériences m’ont permis l’année suivante d’arriver en finale aux championnats du monde.
Quand tu n’es pas prêt, c’est compliqué. Il faut savoir se remobiliser. C’est l’expérience qui te permet d’y arriver. Pas de quota pour les JO de 1996 mais j’étais le premier non pris. Je décide de faire la course de rattrapage, il fallait faire dans les deux premiers. Je n’ai pas réussi à passer.
Là où j’étais déçu c’est que cette année là, au moment des JO, une nation ne prend pas son quota. Donc le règlement faisait que c’était le neuvième des championnats du monde de l’année d’avant qui passe. Donc moi. Et la fédération ne m’a pas emmené. Je l’avais en travers. J’ai laissé de côté tout ça pour digérer. Et ensuite, on a Kersten Neuman qui est arrivé.
Tout a changé drastiquement avec une autre méthode. Quand il est arrivé, il a réuni tout le monde à l’INSEP pour les tests physiques. Tu te dis ce n’est pas grave on y va, on fait parti des meilleurs français. Suffit de s’adapter ! Et en fait, on en a chié, un truc de malade. Faire 100 répétitions en deux minutes, c’était impossible. La course à pieds 5km. On a appris comme ça pour progresser. Et ça a marché en 1997, quasiment tous les bateaux étaient en finale. C’était la première fois depuis un moment que le K4 1000m était de nouveau en finale des championnats du monde, et on fait huitième.
Les Secrets du Kayak : Avant Kersten ton entraînement était moins codifié, il y avait moins d’allure ?
Sébastien Mayer : Les allemands, c’était surtout beaucoup de répétitions et des bornes au niveau des entraînements. Ils faisaient beaucoup plus de volume et avec des intensités autres que ce qu’on faisait. Son discours : vous faites des semaines de 35h, ça sera 35h d’entraînement. C’était impressionnant, on ne moufetait pas, ça passait. Après les tests, on se rapprochait des 100rep. Mais je ne les ai jamais passé. Mais aujourd’hui on en parle encore de Kersten, il a révolutionné l’entraînement en France.
Les Secrets du Kayak : Après 1997, comment ça se passe ?
Sébastien Mayer : L’idée c’était de préparer l’olympiade de 2000. En 1999, on sélectionne le bateau pour les JO mais en 2000 je ne passe pas la sélection pour les Jeux, ces sélections étaient un peu bizarres. C’était une année où il a fait très chaud, à Vaires il y avait des algues de partout. C’était un peu la loterie. Je prends une algue, je n’allais pas en finale donc c’était loupé pour moi.
Sur le 500m, j’ai fait troisième. A l’époque les sélections, c’était sur une journée. On était capable d’enchaîner six courses dans la journée. Si cette journée là, tu n’étais pas bien, tu te faisais avoir.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça te pousse à arrêter ?
Sébastien Mayer : Oui, à mes 30 ans je n’étais plus certain de continuer. Ensuite c’était Pascal Boucherit qui était entraîneur des équipes de France. Je le connaissais bien puisqu’on avait fait les JO de Barcelone ensemble.
C’était mon olympiade de trop. J’ai fini par un championnat d’Europe pour ouvrir un quota pour les JO. Mais c’était compliqué. J’étais dans le collectif pour faire championnat d’Europe et ensuite j’ai arrêté.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu changerais quelque chose de cette période pour mieux performer ?
Sébastien Mayer : De 2002 à 2004 non, physiquement j’étais bien mais j’avais du mal à partir, la famille s’agrandissant. Il me fallait arrêter.
Les Secrets du Kayak : As-tu vraiment arrêté, puisque 20 ans après tu es toujours la ! Un peu comme tous les ans d’après ce que je comprends ?
Sébastien Mayer : Ça faisait un petit moment que je n’étais pas venu. L’année dernière j’ai fait un AVC, il me fallait m’en remettre, je me suis fait opérer du cœur du coup. Je suis en très bonne santé mais c’est un truc de naissance. C’est une membrane du cœur qui ne se ferme pas pour 25% des gens. C’est important d’en parler mais je ne voudrais pas faire peur. Ce sont les choses de la vie, tu rebondis sur ce que tu sais faire. Si je ne savais plus faire de kayak, alors c’était fichu. Ça marche, je suis content de pagayer et d’être là.
Les Secrets du Kayak : Après 2004, tu es devenu entraîneur à temps plein ?
Sébastien Mayer : J’ai travaillé pour la collectivité. Ensuite 2004, c’est ma fille Joanne qui s’y est mise, je l’ai prise en main, on est monté progressivement, jusqu’en 2012 où elle participe aux JO. C’était quand même une surprise, elle avait envie très tôt à 14 ans elle voulait faire les JO. De travailler ensemble, ça lui a fait gagner du temps.
L'objectif pour nous c’était les JO de 2016, non pas ceux de 2012. Donc grosse surprise, il a fallu gérer à ce moment là, je n’étais pas prêt. On l’a fait et puis voilà ça roule. Ça m’a permis de rester en forme, j’ai navigué avec elle tous les jours un petit peu. Et puis après c’était des challenges familiaux.
Les Secrets du Kayak : Tu étais détaché pour l’entraîner ?
Sébastien Mayer : Non, j’ai un travail qui me permet d’avoir des heures de mises à disposition pour la discipline du canoë kayak. J’avais 12h pour cela. Dédiées au suivi des entraînements de tous les athlètes. Ça me plaisait d’entraîner.
Aujourd’hui je ne le peux plus, de part mon travail qui a changé, je fais de l’administratif. Mais je suis là pour les senior du club, et quand je le peux je les suis.
Les Secrets du Kayak : Tu as continué les entraînements annexes après 2004 ?
Sébastien Mayer : Oui j’ai continué. Le ski j’en fais tout le temps, de la course à pieds aussi. Je fais un peu de tout. J’en ai parlé avec Maxime Beaumont ce matin, j’ai navigué avec lui lorsqu’il était plus jeune. Je lui disais que lorsqu’on vieillit, on a un peu mal partout. C’est quand tu en fait moins que tu sens que tu rouilles.
Lorsque je me suis arrêté, c’est là que je me suis fait mal. Et tu sens qu’il faut continuer un peu la musculation pour rester gainé. Donc je m’oblige à en faire un peu régulièrement.
Les Secrets du Kayak : Tu as connu l’évolution du matériel ? Comment c’était à tes débuts ?
Sébastien Mayer : Au début, j’étais en pelle plate, en bois, et les bateaux bois. Il y avait plusieurs tailles. Tu pouvais adapter la taille et la largeur. Ensuite il y a eu la wing qui est arrivée en 1987. C’était une autre façon de faire, il te fallait te réadapter à cette pagaie.
La pelle plate, tu pouvais tirer avec les bras. La pelle creuse, tu n’accrochais pas bien, il fallait une rotation du dos. Une fois que tu avais trouvé la technique, tu allais plus vite. Les formes ont évolué depuis.
Pour les Struer, je naviguais en pelle femme. Je n’avais pas la puissance pour tirer la pâle homme, mail il me fallait quelque chose de long parce que j’étais grand.
Les Secrets du Kayak : Et en bateau, il y a eu des évolutions ?
Sébastien Mayer : J’étais sur un Orion en 1991. Ensuite, il y a eu les premiers mono américain qui sont arrivés. En terme de stabilité par rapport aux bateaux de maintenant, les deux sont des baignoires.
Aujourd’hui, j’ai un Cinco. L’évolution a vraiment était visible dans le canoë. Les matériaux ont bien changé. Il faut être capable d’avoir une évolution physique car il faut les tenir les bateaux d’aujourd’hui. Moi j’ai fini en américain il me semble en 2004, j’avais encore une baignoire.
En terme de stabilité pour moi, ça a été jusqu’à mon AVC. Je dois mettre en place des stratagèmes pour me permettre de me stabiliser. Je m’adapte.
Les Secrets du Kayak : S’il y avait des choses que tu aurais fait différemment pendant ta carrière ça serait lesquelles ?
Sébastien Mayer : Peut être faire le choix à un moment de partir de Mulhouse. Aller chercher de l’expérience à l’étranger. C’était les Hongrois qui étaient les plus forts à l’époque, partir un moment chez eux aurait été sympa. Sinon bouger ailleurs en France, non, moi j’avais toute ma famille sur Mulhouse.
Et ouvrir un pôle à l’époque non, il n’y avait pas les infrastructures pour le faire. Aujourd’hui c’est différent. Il y a de quoi faire des stages à Mulhouse avec le club sportif dédié au sport. Il y a un internat pour les sportifs, les établissements scolaires à deux arrêts de tramway, la base de kayak est à 15min en vélo. Il y aurait de quoi faire.
Ce n’est pas toujours évident de parler de soi. Et avec l’âge, à force de dire « à l’époque » c’est là où tu te rends compte que tu vieillis.
La vie et les mentalités évoluent. Soit c’est la guerre sur l’eau soit c’est voir jusqu’où tu peux aller et peu importe le niveau. Il faut savoir se faire plaisir. Et souvent suite à un échec où un événement de vie, je reviens toujours au kayak parce que c’est ce que je sais faire. Et j’espère savoir toujours en faire. C’est une façon de se rassurer aussi.