Interview : René et Gillette Tregaro
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec René et Gillette Tregaro en juillet 2022.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
René Tregaro : Très bien ! J’assiste aujourd’hui à un énième championnat de France, ça fait plus de cinquante championnats que je suis. Les premiers étaient dans les années 1960. Et je ne pense pas que ça ait tellement changé. C’était toujours un peu la même organisation, même s’il y a plus de monde aujourd’hui.
Les Secrets du Kayak : Tu as commencé en quelle année ?
René Tregaro : Le kayak, avec mon épouse. Pas si tôt, dans les années 1960. J’avais fait mes 18 mois de service militaire en Algérie, je ne pouvais donc pas trop pagayer. Dès mon retour je me suis mis à la compétition. Avant le service militaire j’ai fait de la natation, puis j’ai eu peur de prendre du poids, donc je me suis mis à faire de l’entraînement de boxe pendant deux ans.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui a fait que tu as commencé le canoë-kayak ?
René Tregaro : C’est mon épouse qui faisait cela dans le Morbihan. Je l’ai rencontré à côté du kayak, entre jeunes du même âge, on se fréquentait.
Les Secrets du Kayak : Tu avais directement des objectifs de compétitions ?
René Tregaro : Pas vraiment, mais on aimait la course. On faisait les courses régionales, puis petit à petit on est allé sur les rivières en France, puis on a été sélectionné pour les championnats du monde de Bourg-Saint-Maurice. On s’est entraînait à fond avec le DTN de l’époque. La suite a suivi. Mais à cette époque, ce n’était pas compliqué, il n’y avait pas un monde fou à faire du canoë en mixte.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi choisir le canoë et non pas le kayak ?
René Tregaro : Parce que ma femme faisait du canoë et surtout qu’à l’époque le kayak est arrivé que bien des temps après en Bretagne. Nous, c’était des canoës en bois type canadien. On allait descendre les rivières comme ça.
C’était des bateaux de 35-40 kg en bois. Et c’est là qu’on a commencé à découvrir le polyester. Donc on a fabriqué nos bateaux et aux championnats du monde, on a couru avec un bateau qu’on a fabriqué à deux. C’était le début des normes à respecter. Les pagaies étaient en bois. Aujourd’hui, elles sont beaucoup plus véloces.
Les Secrets du Kayak : Tu as surtout fait de la descente, est-ce parce que ton club pratiquait la descente uniquement ?
René Tregaro : Oui, personne ne parlait de la course en ligne à l’époque. Il y a eu les championnats de France de course en ligne en 1964. Nous on était à 20km de là et on ne le savait même pas que ça existait. C’était organisé par la fédération à l’époque. C’est un collègue qui m’en a parlait un jour.
Les Secrets du Kayak : Tu as eu un entraîneur attitré à tes débuts en club ?
René Tregaro : Oui un instituteur du coin fabuleux, Yves Le Bec, avec toute une équipe d’anciens. Ils nous ont entraîné dans une ambiance formidable.
Les Secrets du Kayak : Les sélections étaient plus faciles à l’époque mais existait-il aussi des courses en individuel ?
René Tregaro : On a toujours fait que du C2 mixte. C’est une autre technique, c’est différent du C1.
L’équipier avant doit donner de la vitesse au bateau. L’équipier arrière son rôle se rapproche du C1 mais ça reste différent. Le monoplace était moins stable, c’était des bateaux difficiles. Il y avait des sacrés champions en C1.
Les Secrets du Kayak : Des stages étaient organisés avec ces champions ?
René Tregaro : Oui, la fédération organisait des stages. On se retrouvait sur des rivières dans les Alpes du Sud sur la Durance.
Les Secrets du Kayak : Combien de fois tu t’entraînais au club ?
René Tregaro : A l’époque, trois quatre fois par semaine. Aujourd’hui les gars s’entraînent deux fois par jour. Ça n’a plus rien à voir.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu faisais comme études en parallèle ?
René Tregaro : J’ai fait deux métiers dans ma vie. Le premier, j’étais mécanicien sur machine comptable. Je réparais les ancêtres des ordinateurs. Je faisais les administrations, les PTT, la sécurité sociale. Je devais dépanner les machines. J’avais eu le choix après ma formation d’aller soit en Bretagne soit à Annecy. J’ai choisi Rennes. Les collègues me charriaient en me disant que ça aurait été bien mieux à Annecy. Oui mais je suis breton.
Pendant que je faisais du canoë, on m’a proposé de faire CTR. J’ai dit pourquoi pas mais en Bretagne. Je suis allé en formation à l’INSEP à Paris pendant trois ans. Je suis sorti avec le professorat de sport et je suis devenu CTR.
Nous étions une vingtaine de CTR. On se réunissait une fois par an pour se mettre d’accord sur une politique à suivre. Par exemple, une année il fallait créer des clubs. On avait des outils comme des films pour le faire. On faisait des animations, construire des bateaux le temps d’un week-end. On faisait ça aussi pour faire des pagaies en bois.
Les Secrets du Kayak : Tu as été champion du Monde ?
René Tregaro : Oui en équipe à Bourg-Saint-Maurice. C’était super. Trois bateaux contre trois bateaux. C’est un super bassin d’autant plus. Un des plus beau d’Europe même.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que pour toi, champion du monde est un aboutissement ?
René Tregaro : En tous les cas, ça a été un tournant. Ça a changé ma vie, je suis devenu professionnel du canoë-kayak. Quand j’ai commencé mon travail de CTR, j’ai arrêté de m’entraîner. Mon épouse a eu un enfant, ce qui nous a bien occupé.
Gillette Tregaro : D’avoir notre enfant a été drôle, on a raté une sélection parce que la rivière était froide et j’avais mes problèmes féminins, à cette époque là les protections d’aujourd’hui n’existaient pas. On n’a pas fait ce qu’il fallait.
René avait un examen final à passer donc voilà. Très en forme en avril, en juin je suis enceinte, notre enfant est venu neuf mois après. Mais je ne regrette pas. J’avais 21 ans. Et notre deuxième, c’était huit ans après. Et quand on s’entraîne, on n'est pas très féconde. J’ai arrêté l’entraînement et hop, le bébé est arrivé.
Les Secrets du Kayak : Ça paraît logique que si tu t’entraînes, toute ton énergie va dans l’entraînement, ce qui ne favorise pas la fécondité.
Gillette Tregaro : Et il paraît qu’on fait des filles dans ce cas là. On était les meilleurs français en individuel mais champions du monde seulement en équipe.
La descente demande beaucoup d’énergie, quand tu es épuisé ,tu n’as pas les mêmes réactions que lorsque tu t’entraînes. On manquait d’entraînement pour l’international.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu faisais dans la vie Gillette ?
Gillette Tregaro : Pionne à mi temps puis prof histoire-géo. J’ai failli faire prof de gym, mais je ne regrette pas. Comme ça, on a monté un club et je m’en suis occupé.
Les Secrets du Kayak : Comment s’est passée la création du club ?
René Tregaro : On a changé de club à ce moment là. On habitait à Rennes, Rohan était à 100km. Et le maire nous a fait une réception lorsqu’il a su qu’on était champions du monde. Il nous a proposé de faire un club à St-Grégoire. Oui pourquoi pas ! C’est devenu un beau club aujourd’hui.
Les Secrets du Kayak : Comment vous avez fait pour avoir des adhérents au début ? Grâce à votre titre ?
Gillette Tregaro : C’est la fête qui les a amenés.
René Tregaro : Il y avait une fête nautique où on faisait Rennes VS Saint-Grégoire mais avec n’importe quoi : comme une baignoire, des bateaux construits par les gens, etc. Nous on l’a fait en canoë. Quand on est arrivé on a fait une petite animation avec nos canoës, et on a commencé le club avec les jeunes intéressés.
Gillette Tregaro : On leur a prêté nos bateaux, et René étais CTR. Son travail était de développer les clubs.
René Tregaro : Quand j’ai commencé mon travail de CTR, il devait y avoir 20 clubs en Bretagne. Et quand je suis parti il y en avait 80.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passait à Saint-Grégoire, c’est vous deux qui faisiez les entraînements ?
René Tregaro : Oui.
Gillette Tregaro : Quand il est devenu CTR, il m’a laissé. Je leur apprenais à pagayer. J’ai appris à des jeunes, qui ont eux ensuite ont appris à d’autres jeunes et ainsi de suite.
Les Secrets du Kayak : Le club a tout de suite marché ?
René Tregaro : Oui. On allait sur les petites courses et nos jeunes se faisaient remarquer de suite.
Gillette Tregaro : Un jour on avait lancé un défi à des C10, des étudiants STAPS, et on était avec nos cadets. Un adulte devant, un derrière. Le départ des autres était cool. Nous on était sur un bon rythme pour lancer la machine, et une fois qu’on était devant, à chaque fois qu’on les sentait remonter, on remettait de la cadence. Les enfants étaient ravis d’avoir battu les grands. Nos jeunes avaient l’esprit de compétition.
Les Secrets du Kayak : Vous veniez de la descente, mais aujourd’hui à Saint-Grégoire il y a beaucoup de course en ligne. Comment s’est faite la transition ?
René Tregaro : Ça s’est fait petit à petit. Notre site ne se prête pas à d’autres activités. Ni le slalom ou la descente. Naturellement, les bateaux de course en ligne sont arrivés et nos jeunes sont allés là où ils étaient forts.
Gillette Tregaro : Ils ont quand même été champions de France de canoë par équipe. Le club a gagné une année la coupe de France d’eau-vive, et de slalom et la descente.
Les Secrets du Kayak : Comment on s’entraîne pour de l’eau-vive quand on est sur un canal ?
René Tregaro : On allait sur des rivières, mais c’était insuffisant.
Gillette Tregaro : On se déplaçait beaucoup !
Les Secrets du Kayak : Vous avez fait un peu de kayak pour former les jeunes ?
René Tregaro : Quand j’ai été formé à l’INSEP, je me suis mis au kayak. C’était un peu obligatoire. J’ai appris la technique pour la transmettre à d’autres. J’ai été entraîneur de l’équipe de France de kayak, en descente pendant cinq ans. J’étais entraîneur adjoint du kayak de descente. J’ai eu des gens comme Claude Benezit, j’ai eu le père Estanguet. Je faisais leur planification, je surveillais leur technique.
Gillette Tregaro : On organisait des chronos intermédiaires.
René Tregaro : Moi, je ne donnais pas des conseils à des champions du monde, mais j’étais bon pour les mettre en condition de course.
Les Secrets du Kayak : Vous avez fait un peu de course en ligne sur le bassin de Saint Grégoire ?
René Tregaro : Oui j’ai essayé. On faisait un aller retour à Rennes, donc ça faisait faire 10km. C’est un canal magnifique.
Gillette Tregaro : Le canal est très étroit, tu ne peux mettre que trois bateaux maximum. L’ambiance y est extraordinaire, c’est très vert.
Les Secrets du Kayak : Comment s’est passée la suite du club, tu es CTR en même temps ?
René Tregaro : Oui. On s’est entraîné jusqu’au bout. Aujourd’hui c’est fini, il y a trois personnes qui s’occupent du club, avec deux entraîneurs. On a environ 220 personnes au club.
Gillette Tregaro : Yann était un élève avant d’être entraîneur au club. C’est vraiment familial. Pendant que les enfants naviguaient, les mamans faisaient leur footing. On a une quantité de famille qui pratiquent.
René Tregaro : En gros, il y a un classement club de course en ligne, de vitesse. Nous on est troisième, on est un club correct pour un petit budget, mais on a beaucoup de bénévoles.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe pour avoir du budget pour faire tourner un club ?
René Tregaro : On avait des sponsors privés, tu as la commune qui aide bien. Ensuite, tu as des aides par le département et la région. En général, tu fais l’année comme cela.
Gillette Tregaro : Le département est en train de bouder en ce moment. Ils ont de plus en plus de charges sur d’autres budgets, au détriment des aides qu’on avait avant.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que les cotisations peuvent suffire pour faire tourner le club ?
René Tregaro : Non.
Gillette Tregaro : Non, on ne veut pas de cotisations élevées. La cotisation coûte 180€. On veut que tout le monde puisse venir sans problème d’argent. On préfère se faire appuyer par notre réseau pour trouver des sponsors, que d’augmenter nos prix.
René Tregaro : Pour l’exemple, un jour on se fait faire offrir une bière par le tenant du bar. Le gars nous dit vouloir aider le club. Donc pour une bière, on a eu 3000€ d’aide pour l’année.
Gillette Tregaro : On bénéficie d’une aura, on est des éducateurs, c’est notre image qui leur plaît. Ce n’est pas du pur business, ils nous rendent service, nous font notre pub auprès des parents. Ça nous met un peu la pression parfois.
Les Secrets du Kayak : C’était voulu d’ouvrir un club familial ?
René Tregaro : Oui, c’est notre manière d’être. Très famille.
Gillette Tregaro : Nos origines sont vraiment familiales, le canoë pour nous c’est la famille.
Les Secrets du Kayak : Vous auriez pensé que le club durerait plus de 50 ans ?
René Tregaro : On n’avait pas pensé à ça. Il est encore plus vivant qu’il y a 50 ans.
Gillette Tregaro : Ce qui a aidé au développement, c’est le fait qu’on ait eu des jeunes athlètes de haut niveau. Au départ on n’aimait pas trop, comme ils n’étaient pas formés chez nous, on pensait qu’ils n’avaient pas la même mentalité. On est tombé sur des gens bien. C’est par les équipages qu’on a développé notre club, et c’est comme cela qu’on a eu nos sponsors.
René Tregaro : On a eu deux athlètes sélectionnés pour les JO de Pékin. L’année d’avant, j’avais été voir un promoteur immobilier pour nous aider.
Les Secrets du Kayak : Comment on fait pour attirer les jeunes ? Tu avais des techniques quand tu as ouvert les clubs ?
René Tregaro : Pour attirer les jeunes, je regardais si un site s’y prêtait. A cet endroit là, j’essayais de démarcher les groupements de jeunes pour développer l’activité kayak. J’y allais avec une remorque avec 10 kayaks et on faisait une démonstration. Il y avait des tas de jeunes qui venaient essayer.
Gillette Tregaro : La jeunesse et sport nous aidait en prêtant des bateaux pour les jeunes aux associations qui se créaient. En ce moment le budget diminue de façon catastrophique pour les comités.
Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui ça marche encore d’attirer les jeunes de cette façon ? Aujourd’hui comment viennent les jeunes à Saint-Grégoire ?
René Tregaro : L’école a des créneaux. Ils viennent avec leur prof, et beaucoup restent chez nous.
Gillette Tregaro : Avec les portes ouvertes aussi, on leur demande de venir avec un copain ou une copine. C’est difficile d’avoir des filles. A Saint-Grégoire les jeunes sont très gâtés. Il existe beaucoup d’associations sportives. Il y a une concurrence entre nous. Nous les enfants doivent aimer l’eau. On a un joli club, propre, et c’est un atout.
Les Secrets du Kayak : Comment fait-on pour fidéliser les gens ?
Gillette Tregaro : Nous aussi, on connaît un turn-over. Mais pas tant que cela, on est polyvalent. On peut les amener en haut niveau en course en ligne, en polo et en mer.
René Tregaro : On a différents groupes. Tous les mois, une sortie est organisée, les sorties clubs sont très appréciées. Dans les années 1990, on a eu la chance d’aller à Tahiti, donc j’ai découvert la pirogue. En France, j’ai construit une pirogue à 6 places. On en fait souvent.
Gillette Tregaro : Et il y a des compétitions de pirogues qui se font en même temps que la compétition d’Ocean Racing. Quand on part en pirogue, et notamment en mer, il est important de respecter son bordé. Pour être efficace en cas de contrainte difficile.
René Tregaro : J’ai construis plusieurs pirogues, on démoulait les pièces pour les assembler. On faisait ça avec des étudiants de l’école d’architecture de Paris la Villette.
Gillette Tregaro : Tu m’as demandé comment on fait pour développer un club ? Quand on en est arrivé à faire nos bateaux. C’est le Général de Gaulle qui a développé la Jeunesse et Sport. L’État payait les bateaux, les cadres, et pour les bâtiments c’était les communes.
René Tregaro : C’est après 1964 que la Fédération s’est développée, le DTN de l’époque a eu pour mission de créer les CAPS. C’était des clubs à part pour donner du matériel, un cadre, la fédération le matériel, et la ville mettait à disposition un bâtiment.
Gillette Tregaro : René a eu des collègues extras qui se sont lancés dans l’encadrement.
Les Secrets du Kayak : Vous ne vous êtes jamais lassé du kayak ?
René Tregaro : Tu remarqueras que je connais beaucoup de monde. Mais ça fait plus de 50 ans que je fais les championnats de France.
Gillette Tregaro : Je suis la plus vieille pratiquante de kayak, j’ai commencé à 13 ans.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi avoir transmis le club, et pourquoi ne pas continuer ?
Gillette Tregaro : Au début, c’était facile de tenir le club. On n’a jamais été surbooké. On avait eu des aides, avec des cadres payés par l’état pour nous aider. Heureusement, autrement on n’aurait jamais pu tenir.
René Tregaro : On avait un cadre par département, un cadre de jeunesse et sport. Avec cette équipe, ça a permis de lancer la ligue. On a créé une vie importante qui vit encore aujourd’hui. Maya a fait un livre remarquable sur la vie du club, ça retrace toute l’histoire du club.
Gillette Tregaro : Elle a fait un reportage par année en retrouvant des choses importantes qui se sont passées.
Les Secrets du Kayak : Il existait des magazines de canoë-kayak à l’époque ?
René Tregaro : Il y avait La Rivière, qui décryptait les rivières de France.
Gillette Tregaro : Il n’existe plus. C’est grâce à cet ouvrage qu’on a découvert plein d’endroits pour emmener les jeunes.
Les Secrets du Kayak : Comment tu as commencé le canoë Gillette ?
Gillette Tregaro : C’est mon instituteur, et avec des amis on a créé une association. J’ai essayé et ça m’a plu de suite.
René Tregaro : C’était une association qui s’occupait de tout le département. On a eu parfois jusqu’à 500 coureurs sur le départ de course. 500 bateaux. Aujourd’hui, on en a à peine 100.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi ça a diminué à ton avis ?
Gillette Tregaro : J’ai été à la commission descente de la fédération, je peux t’en parler. Avant, la descente était ouverte à tout le monde. Et là ils ont supprimé les monoplaces. Il y avait pour les cadets des monotypes obligatoires pour eux faire court. Un peu comme des CAPS. On pouvait fabriquer des moules, c’était facile et pas cher. Tu pouvais avoir un bateau pour presque rien. Tu ne peux pas créer un club si tu n’as pas de matériel. Notre idée était de pouvoir créer des bateaux.
René Tregaro : Pas mal de fois, j’ai fabriqué un bateau avec les clubs pour leur apprendre à le faire. Et quand je partais le dimanche soir, on démoulait le bateau et je leur laissais, c’était leur premier bateau. Tous les gars étaient là et voulaient fabriquer leur bateau.
Gillette Tregaro : Le déclin a commencé par le slalom, les athlètes avaient des beaux bateaux bien chers, et ils voulaient les revendre. Les cadets étaient une clientèle intéressante. Le monotype a été abandonné. Idem pour la descente ensuite. Moralité, les bateaux sont trop chers. On a essayé de faire intervenir la fédération, mais je n’ai pas eu la majorité. C’est trop cher la descente. Entre le bateau que tu casses et les déplacements...
Les Secrets du Kayak : Mais les déplacements se faisaient à la bonne franquette ?
Gillette Tregaro : Oui, mais c’est de suite loin. C’était dur de trouver des endroits pour faire des sélectifs assez prêts pour tout le monde. Après les gens se sont lassés, trop d’individualisme. Et pour un club ça coûte très cher la descente.
René Tregaro : Moi je reconnais aimer beaucoup la course en ligne, pour l’ambiance, son côté moins aléatoire en comparaison au slalom. Quand tu es le meilleur, tu gagnes. Nous notre club est sur le bord d’un canal, ça correspond mieux à notre emplacement.
Gillette Tregaro : Yann cherche quand même à les changer régulièrement de site d’entraînement. Pour découvrir d’autres sites, d’autres techniques. On a une animation régionale et départementale remarquable. Et également pour les tout petits. On a une politique qui cherche à garder les enfants au club.
René Tregaro : On les emmène faire du slalom, de la descente, pour savoir tout faire.
Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui vous êtes toujours investis dans le club ?
Gillette Tregaro : Oui l’esprit de Saint-Grégoire tu le retrouveras toujours et dans d’autres clubs, c’est l’esprit de la Bretagne. Les bretons ont quelque chose de particulier, on aime la vie associative. Il y a beaucoup d’associations, et on est content de se retrouver même si on est concurrents.
René Tregaro : Le secret de la réussite, c’est l’équipe d’encadrement de copains qu’on était.
Gillette Tregaro : A un moment, tous les bénévoles étaient partis ils en avaient marre. On a créé avec d’autres personnes un bureau et petit à petit on a trouvé des bénévoles qui sont toujours bénévoles aujourd’hui.
Les Secrets du Kayak : Vos enfants ont fait du canoë-kayak ?
René Tregaro : Ils en ont fait. Surtout la grande qui a été CTR, la petite beaucoup moins.
Gillette Tregaro : Elle n’aimait ni perdre, ni s’entraîner. On n’avait pas une vie de famille banale.
Les Secrets du Kayak : Les petits enfants font du canoë-kayak ?
René Tregaro : Ils voudraient en faire, mais ils n’ont pas eu la chance de tomber dans une ville permettant de proposer les infrastructures nécessaires.
Gillette Tregaro : Ce n’est pas facile de gérer des petits. Mais quand tu as des poussins, des benjamins, parfois tu peux recruter les parents.
Voilà l’histoire de la famille Tregaro. On a reçu bien plus que ce qu’on a donné. On ne regrette pas le temps passé pour cela. On est heureux. C’est plus qu’un club, c’est une famille.
Vous pouvez contacter René et Gillette Trégaro via le site du club de Saint Grégoire.