Interview : Olivier Marchand

Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Olivier Marchand en mai 2022.

Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?

Olivier Marchand : Bonjour Rudy, très bien.

Les Secrets du Kayak : C’est un plaisir d’échanger avec des anciens athlètes de haut niveau, et des personnes qui sont toujours dans le milieu du kayak et du canoë. Comment as-tu découvert le canoë ?

Olivier Marchand : Souvent, on commence par le kayak. Ma première expérience, c’était en kayak de mer en colonie de vacances. On essayait des embarcations de tous types. A la rentrée, avec mon frère on s’est inscrit à Pontivy. En club, j’ai fait du CAPS, un an après j’ai fait du canoë.

Les Secrets du Kayak : Comment se sont passées tes premières compétitions de kayak en CAPS ?

Olivier Marchand : Moyen. C’était assez stable, c’était la résistance et la technique qui ont été laborieux. Je devais faire un contre la montre, je n’en ai pas de souvenir particulier, on s’amusait bien.

Les Secrets du Kayak : Pourquoi le canoë ensuite ?

Olivier Marchand : Pontivy est un club de canoë. Ils aiment bien la bivalence pour que tout le monde sache manœuvrer les deux types de navigation. Il y a le jeu de la stabilité, de la direction. Une fois qu’on commence à aller droit et qu’on tire sur le bateau, c’est là où tu commences à vraiment pagayer. Ce sont des étapes que tu n’as pas en kayak, qui reste plus stable. En canoë, il n’y a pas de barre de direction.

Il existe aussi un genre de CAPS en canoë, une sorte de baignoire sur l’eau, pour tomber de là, il faut y aller. Si tu te tiens en arrière dans le bateau tu t’affales, et tu n’as pas la bonne stabilité. Il faut bien tenir sur ses jambes. C’est l’étape d’après qui est plus compliquée, la coque est en V, le bateau a plus tendance à se mettre sur la gîte. Il y a plus de baignade à ce moment là.

Moi j’ai fait du canoë en minime 1 et c’était parti. L’objectif était pour le club de faire les régates de l’espoir. On s’est préparé tranquillement. C’était à Belfort, on campait au bord du bassin. C’était simple, rustique mais sympa.

Les Secrets du Kayak : Pourquoi avoir choisi le canoë au kayak ?

Olivier Marchand : Le défi de tenir sur une embarcation moins stable. On est plus haut sur un canoë, on est plus libre dans les positions. Tu te crées tes propres calages pour la navigation. En kayak c’était beaucoup plus difficile de trouver les bons réglages. En canoë, c’était beaucoup plus simple.

Les Secrets du Kayak : Comment ça s’est passé tes premiers championnats de France ?

Olivier Marchand : Laborieux ! On est tombé à l’eau en C2. On a fait une course C4 500m je ne me souviens plus du résultat. C’était le déclencheur pour en vouloir plus.

Avant ça c’était pour s’amuser, sans volonté de nous pousser mais juste nous donner envie de pratiquer. On ne voyait pas le côté compétition.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’à ton jeune âge, tu mets des choses en place pour performer plus ?

Olivier Marchand : On s’entraînait deux séances par semaine, et quelques dimanches. Ce qui était super, c’était la progression qui se faisait très vite.

En minime 1, tu tiens à peine en bateau, et l’année d’après je fais deuxième aux régates de l’espoir. Tu envoies de la cadence et du rythme, tu n’es plus hésitant sur ta gestuelle, tu peux faire varier ton rythme et faire de la stratégie.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’au club de Pontivy, il y avait des athlètes de l’équipe de France ?

Olivier Marchand : Oui, à cette époque en 1992 c’était les JO de Barcelone, et il y avait Olivier Boivin qui a fait sa médaille, on le supportait tous. C’était énorme. A son retour c’était la grande fête.

Il y avait Claudine Leroux qui commençait à s’occuper de nous. On avait quand même des modèles dans notre entourage. Il y avait une dynamique et une culture sportive. On nous avait emmené voir le championnat du monde à Vaires-sur-Marne, c’était génial. On campait à côté et on pouvait approcher les athlètes. Ça fait des souvenirs un peu spectaculaires.

Les Secrets du Kayak : Tu te mets à rêver de l’équipe de France, et de faire les JO ?

Olivier Marchand : Non même pas. Je pense que j’étais dans le top trois français, mais je ne me l’imaginais pas. Le but était de progresser. Pour être en équipe de France, il fallait se confronter aux juniors, et il y avait un petit fossé. Il y avait encore une marche à franchir.

J’ai du faire un peu plus d’entraînements le soir, un peu de PPG, de course à pieds à la maison.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu es passé par un cursus sport étude ?

Olivier Marchand : Non, ça aurait été à Rennes et je n’en ai pas eu l’idée. Les pôles espoirs n’étaient pas trop développés. La dynamique Bretagne était à Pontivy. Donc on était au bon endroit au bon moment. On avait un bon encadrement avec Claudine qui faisait aussi les séances avec nous. Et on avait Jean-Pierre Lafont, CTR qui sur son temps libre s’occupait du club, tout comme aujourd’hui.

Le sport étude aurait pu aider sur certains points. J’ai réussi à concilier les études et les entraînements qui devenaient plus intensifs. Je pouvais m’entraîner presque tous les jours dès la troisième. Et en seconde, on était un groupe d’athlètes à s’entraîner ensemble, le midi on avait un créneau de deux heures, on allait à la piscine, on déjeunait et on repartait en cours. Pareil, dès qu’on avait un trou de deux heures.

Avec du recul on peut s’entraîner dans un club, à partir du moment où le volume horaire est quasiment le même, c’est une autre organisation. On s’entraîne sur des heures décalées. C’est de la motivation intrinsèque. Le tout est d’avoir un bon site d’accueil et un lycée proche du club.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu penses qu’il faut performer jeune pour performer plus tard ?

Olivier Marchand : On peut performer tôt ou tard. Mais il faut que le bagage physiologique soit présent assez tôt. Il faut de bonnes capacités d’aérobie, de résistance, d’endurance à l’effort, avoir le goût de l’effort. La culture de l’effort doit être là tôt pour moi. On peut venir plus tard sur le haut niveau en canoë et en kayak. On a de bons exemples tel que Maxime Beaumont, il est devenu fort en vieillissant.

Les Secrets du Kayak : C’est quoi la culture de l’effort et comment l’apprendre ?

Olivier Marchand : Elle est liée à l’encadrement, l’entourage familiale. Le goût de l’effort, c’est aussi de faire d’autres sports, moi c’était les sports de glisse. Il faut aussi aimer l’activité que l’on fait. On peut donner le goût à l’activité en faisant passer des caps.

Ce que tu apprends à l’initiation n’est pas la réalité de l’activité. Il faut accepter de passer par des étapes laborieuses pour se faire plaisir ensuite. A partir du moment où tu progresses, c’est là où tu prends goût à ce que tu fais.

Les Secrets du Kayak : En junior, tu es sélectionné en équipe de France, c’est une surprise ?

Olivier Marchand : Oui. En cadet, j’étais dans les deux trois premiers. Pour junior, je voyais ça de loin, l’échéance se passait au Japon, j’ai tout fait pour y arriver mais sans y croire. Aux sélections pour l’équipe de France un seul C2 pouvait être pris. On ne passe pas, on fait le monoplace et je gagne. Ça s’est joué au centième. J’étais le meilleur mais je n’allais pas aux championnats du monde.

A l’issue des piges j’échangeais avec Olivier Boivin, il a prospecté pour que le meilleur C1 soit pris dans les trois catégories. J’ai appris que j’étais pris bien plus tard. Mais si je n’avais rien fait il ne se serait rien passé. Olivier a été beaucoup pour cela. Donc oui ça été une surprise.

On a embarqué sans plus de préparation que cela. On n'a pas fait de stage ni de préparation. Tu découvrais tout sur le terrain.

Les Secrets du Kayak : C’était comment ces premiers championnats du monde ?

Olivier Marchand : C’était au Japon, une autre culture. On est parti dix jours, on a eu le temps de se poser là bas. C’était sur le lac Motosu au parc du Mont-Fuji, au milieu de nul part. Un endroit magnifique. Super accueil, l’hôtel au top style européen. En arrivant à l’hôtel on se déchausse, ils nous regardent bizarrement, on remet les chaussures à l’occidental. On pensait être complètement dépaysé.

On n’a pas voyagé avec nos bateaux, c’est un fabricant qui a fourni tout le parc à bateaux. On a eu le temps de se caler dedans, du matériel tout neuf, mieux que le miens. Et on s’est lancé, je faisais le 500m et le 1000m.

Ça se passe bien, j’enchaîne les courses. Je passe en finale sur le 1000m. Sur la finale, j’ai tout donné et je finis sixième en junior 1. C’était inattendu.

Finalement, j’ai fait la meilleure performance de tout le collectif, alors qu’on ne voulait pas me prendre. Il faut tout donner, sans se poser de question.

Les Secrets du Kayak : Comment se passe la suite pour toi en junior 2 ?

Olivier Marchand : Je ne gagnais pas les France mais les sélections équipe. Ça continue bien. C’était les championnats d’Europe en Pologne, on a eu un stage hivernal de ski. Mais c’est tout. Juste l’échéance terminale. On avait un bon effectif, et un bon collectif. La fédération avait mis les moyens. On avait une préparation en Allemagne juste avant l’échéance. Je fais 9 ème en C1.

J’accède facilement à la finale mais j’ai subit la finale, en plus c’était l’année du BAC.

Dans une organisation individuelle, il faut s’entourer. Le club était un peu plus désertique, mais j’avais ma motivation intrinsèque. On avait les séances club du mercredi et samedi, le reste je le faisais tout seul, mais avec une programmation faite par Claudine.

Les Secrets du Kayak : Tes études supérieures se sont faites en fonction de tes ambitions en canoë ?

Olivier Marchand : Oui, ça a joué. Je me suis orienté par défaut sur le Staps. Je suis passé ensuite d’entraînements club à des entraînements pôle France à Vaires-sur-Marne, hébergement à l’Insep. Donc 7j/7 et 24h/24 à l’Insep. Je ne rentrais pas souvent à Pontivy, il fallait 7 heures de route.

La structure de l’Insep protège. On faisait tout sur place, et pour aller à Vaires c’était en navette. On faisait trois entraînements par jour dès senior 1.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que le changement d’entraîneurs et d’environnement te font passer un cap supplémentaire ?

Olivier Marchand : Oui il y a une progression, mais non j’ai davantage servi de partenaire d’entraînement qu’autre chose. Il y avait un groupe qui était assez fort. L’entraînement n’est pas centré sur toi. J’ai pas mal subit mais ça se passait bien.

Mais il n’y avait pas de personnalisation de l’entraînement. Le rythme n’était pas du tout adapté à ma situation. Je rentre quand même en jeune moins de 23 ans mais les performances n’ont pas décollé.

Un hiver je me suis cassé le poignet, bref j’ai cumulé de la fatigue et perdu l’envie. On peut se professionnaliser et garder un côté ludique, mais moi je me suis trop éloigné de la structure club. Tout s’est bien passé mais je n’étais pas dans les meilleurs par rapport à mes années junior. Ce n’est pas que l’entraînement, ça vient de moi aussi. Ça manquait de vie et de dynamique.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’à un moment tu retrouves cette dynamique qui te refait progresser ?

Olivier Marchand : Non pas tant que cela. J’ai fait 5 ans à Vaires-sur-Marne, ça ne m’a pas fait décoller. Pourtant, on faisait beaucoup de stages que ce soit de ski, ou à Séville. J’étais trop dans un gros moule. Ensuite je suis parti à Angers en pôle, j’étais en couple avec ma femme. On cherchait à partir de Paris, le choix de sa scolarité s’est orienté sur Angers. J’y ai fait deux ans, et à 24 ans j’ai arrêté ce parcours. Il a fallu gagner à manger.

A Angers c’était bien, j’ai eu Fred Loyer, il était à Vaires on s’est rejoint à Angers, il a essayé des choses nouvelles. Mais financièrement ça n’allait plus, on ne vivait pas du sport, j’ai fait quelques petits jobs d’été. Mais ce n’était pas suffisant.

Je finissais mes études de Staps. J’étais en filière entraînement sportif. J’ai travaillé au club à Angers, ils étaient prêts à me détacher du temps, mais faire les deux en même temps c’était compliqué pour moi et j’avais la certitude d’être un bon entraîneur.

J’ai continué à faire les France.

Les Secrets du Kayak : Tu n’as pas de regrets d’avoir quitté Pontivy ? Si tu pouvais revenir en arrière qu’est-ce que tu changerais ?

Olivier Marchand : Beaucoup de choses. Découvrir d’autres ambiances d’entraînement, à l’étranger, c’est important. En France, on est convaincu de bien faire alors que les autres font mieux. C’est ce que j’ai fait pour un de mes jeunes, je l’ai envoyé au Canada côté anglophone. Il s’entraînait beaucoup. Il s’est aperçu qu’en France il performait facilement mais que pour réussir à l’international ce n’était pas pareil. Malheureusement il a vite arrêté après cela.

On entraîne nos jeunes pas que pour en faire des champions, mais aussi pour les expériences de vie. On est là pour donner le goût de l’activité, le goût de l’effort, toutes les valeurs nécessaires dans le travail plus tard. Apprendre à se donner les moyens d’y arriver. Pour moi un club, une fédération, une association sportive ça sert à cela. La persévérance est hyper importante.

Moi je suis content d’avoir vécu ça. Je n’ai pas été le meilleur mondial mais j’ai beaucoup appris. J’ai essayé de transmettre cela à Angers à l’époque.

Les Secrets du Kayak : Pendant combien de temps tu as été entraîneur ?

Olivier Marchand : Pendant 4 ans à Angers, ensuite ma femme a eu son concours, on a bougé en Sarthe. J’ai entraîné le club à Tours mais pas à temps plein. Ça ne collait pas vraiment, je faisais un temps plein sur un mi-temps. Il y avait une incompréhension entre ce qu’on attendait de moi et ce que je faisais.

L’entraînement club, ce n’est pas si simple. Il faut savoir faire plein de métiers en un seul métier. Dans le milieu associatif tu as le salarié, l’expert, puis après ce sont des bénévoles qui tous ne connaissent pas l’activité du kayak professionnel. Donc il peut y avoir des incompréhensions entre le dirigeant de club et les salariés. Ce qui fait qu’on a souvent du mal de trouver des gens qualifiés pour encadrer les clubs.

Donc j’ai renoncé à entraîner. Il faut être disponible le soir, les vacances, les week-end. On venait d’avoir notre premier enfant, puis notre deuxième donc j’ai changé de voie.

Je suis reparti à la FAC pour une année en alternance, licence pro dans le bâtiment, dans l’écoconstruction. J’ai fait un gros stage dans la construction de bâtiment sportif. La boîte ne pouvait pas m’embaucher à temps plein. Ensuite j’ai dérivé vers le Télécom dans un bureau d’étude, je suis reparti de zéro. Maintenant je m’occupe de tout le déploiement fibre optique d’une zone.

Je travaille comme j’entraînais, je mets beaucoup de pédagogie dans le travail, j’aime bien transmettre et accompagner, adapter le travail par rapport à la personne qu’on a en face.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’aujourd’hui tu continues à faire du canoë ?

Olivier Marchand : Oui, je suis de plus en plus mauvais et réjouis à flâner sur l’eau. Je comprends la frustration que de ne plus savoir naviguer à grande vitesse comme au temps où on est en haut niveau. Mais c’est dommage d’avoir fait tant d’années de sport, d’être bon dans un domaine, et de tout lâcher.

J’ai lâché beaucoup de fois mais je suis revenu avec des choses en moins. Il faut l’accepter ce qui permet d’avoir plus de plaisir, de passer plus de bon temps. On peut voir les choses autrement. J’ai toujours continué la course à pieds, le ski de fond. Je fais toujours une ou deux activités par semaine. Je fais du sport avec mes enfants. On essaye de redonner le goût du sport aux enfants. C’est un cycle qui se poursuit.

Je suis toujours allé là où il y avait de l’eau plate, donc j’ai toujours eu tendance à aller glisser sur l’eau.

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