Interview : Michael Fargier
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Michael Fargier en avril 2022.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Michael Fargier : Ça va bien je suis dans le Sud sous Fréjus. Il fait beau, tout va bien.
Les Secrets du Kayak : C’est un plaisir de t’avoir sur le podcast, comment as-tu commencé le kayak ?
Michael Fargier : Simplement vers 8-10 ans, j’habitais à 300m du club de kayak, je m’ennuyais l’été donc mes parents m’ont inscrit avec ma cousine au club.
Avant ça j’ai fait comme tout le monde un peu de football, mais j’ai surtout fait du BMX. En fait mon père faisait du motocross et souvent sur les courses il y avait des petites courses de vélo.
Les Secrets du Kayak : Quand tu as commencé le kayak, tu as commencé directement par de l’eau-vive ?
Michael Fargier : Moi je suis Ardéchois donc j’ai commencé par des esquimautages, un max de tour ; et mon club faisait surtout de la haute-rivière qu’on passait avec des bateaux courts. Ce sont des bateaux prévus pour la haute-rivière, plus larges et plus courts que la moyenne. Ils sont prévus pour faire du franchissement de rivière.
Les Secrets du Kayak : Quand tu as commencé le kayak, tu as fait d’autres activités sportives en parallèle ?
Michael Fargier : Je me suis concentré uniquement sur le kayak à partir de cadet, vers 13-14 ans. Mon parcours se résume à des rencontres et des opportunités. En Ardèche, j’ai pu bénéficier de la création du centre d’entraînement d’Aubenas. Une sorte de pôle espoir.
On avait les services d’un pôle espoir sur notre lieu de vie. C’est ce qui nous a permis de nous sélectionner aux championnats de France. On a fait des médailles en équipe avec le club. C’est parti assez vite.
Avant ça j’avais fait des petites compétitions départementales sur le plat. Mais j’étais adepte des efforts courts à l’époque et orienté davantage slalom.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui t’a fait passer sur la descente après ?
Michael Fargier : C’est la régularité. En slalom je n’étais pas régulier, et en slalom tu as des touches qui te coûtent 5 points de pénalités. Il valait mieux ne pas en faire.
En descente il y a moins d’incertitude, j’étais plus régulier dans les entraînements. Notre entraîneur était plus tourné vers la descente. Il y avait aussi Sabine à cette époque en Ardèche, on la voyait le mercredi, elle nous donnait des conseils. Il y avait une bonne dynamique.
Les Secrets du Kayak : Quand tu rentres au centre d’entraînement d’Aubenas, comment ça se structure les entraînements ?
Michael Fargier : Il y avait le mercredi et le soir après les cours. On se retrouvait sur un petit plan d’eau de 300m, on y faisait des tours, il y avait des portes en slalom et des rapides pour faire des exercices. Il y a même eu le projet du bassin semi-artificiel et en 1992 il y a eu une crue qui a emporté le bassin.
J’ai bénéficié d’une grosse dynamique locale. C’était tout petit mais on maîtrisait bien la gîte, les contrôles de dérapage, les relances... on pouvait sans doute se démotiver plus vite de tourner en rond, mais quand on est jeune il n’y a pas de problème.
On avait la chance d’avoir un entraîneur compétent. Il nous a amené plein de choses pour performer plus tard.
Les Secrets du Kayak : Tu dis que le club d’Aubenas fonctionnait comme un pôle, est-ce que cela veut dire que tu as pu bénéficier d’un pôle d’entraînement pour t’entraîner plus ?
Michael Fargier : Il y avait des petites ententes avec les lycées, et oui il y avait des ramassages mis à disposition comme on peut le retrouver dans un pôle espoir aujourd’hui.
Les Secrets du Kayak : Quel était ton projet ? Tu avais des ambitions de compétitions en kayak ?
Michael Fargier : Cadet 2 j’ai commencé à avoir une médaille de bronze en descente. Ça a commencé par là. Mais à ce moment là jusqu’à junior 2, moment où j’intègre le pôle national à Lyon, je m’entraînais sur ce plan d’eau.
On faisait des séances de 35-40min, on ne faisait pas 20km sur le plan d’eau. Quand il y avait un peu d’eau on pouvait remonter en rapide, ça permettait d’agrandir un peu le tour. Les changements de rythme permettent aussi de changer d’appui.
Nous, les descendeurs on cherchait vraiment à avoir une gamme d’appuis en fonction du courant, de la profondeur. Le but étant d’être capable de faire aller vite ton bateau. La descente permet d’avoir un changement de rythme, influencé par le profil de la rivière. Tu l’as aussi en mer mais en eau calme moins.
Les Secrets du Kayak : Combien de gammes d’appuis il faut selon toi ?
Michael Fargier : Il n’y a pas de combien, c’est plutôt avoir des styles adaptés en fonction du profil des rivières. Tu vas avoir des nuances plus ou moins verticalisées, plus ou moins allongées, et par rapport au touché d’eau faire durer ton appui.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu penses que de faire de la descente ou de l’eau-vive c’est un prérequis indispensable pour performer et avoir plus de registre en fonction des conditions ?
Michael Fargier : Ce sont les résultats qui parlent. Chez les descendeurs, il y en a pour qui ça a très bien marché. En France on a, par exemple, Arnaud Hybois qui a performé dans les deux disciplines.
Est-ce pour autant un prérequis, non. Ce n’est pas une tare non plus. En descente il y a de bons volumes d’entraînements. Par rapport à la course en ligne on a moins le registre musculaire. Il y a des sportifs qui sont bien passés de la descente à la course en ligne.
Après par exemple en Australie, ils n’ont pas de descente mais ils ont du surfski et ça fonctionne bien de passer du surfski à la course en ligne aussi.
Les Secrets du Kayak : Je te pose cette question par rapport à ma pratique. Je n’ai jamais fait d’eau-vive. Je me disais que peut être c’était une piste.
Michael Fargier : L’eau-vive ou le surfski, la mer va t’obliger à faire des petits changements en fonction de là où tu te positionnes sur la vague. La mer peut être un bon moyen de le travailler et de travailler le volume, faire des bornes pour changer un peu.
Les Secrets du Kayak : Pour revenir sur ton parcours, tu as ensuite intégré le centre à Lyon ?
Michael Fargier : En fait en junior je me suis sélectionné pour les championnats du monde junior. J’ai fait troisième. J’avais eu mon Bac, donc je suis parti à l’UFR Staps, c’était soit Grenoble soit Lyon. Pour le projet kayak, c’était mieux de faire Lyon. J’ai été pris à Lyon, il y avait une grosse dynamique descente.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qu’il y a eu comme changements en terme d’entraînement, entre les deux centres ?
Michael Fargier : Il y a eu une grosse dynamique à Lyon, tu arrives chez les grands. Tu passes un cap. On a surmultiplié les séances. En championnat de France en senior 1 je fais troisième, une surprise. Ça a été le début de ma carrière sportive en descente.
L’année d’après je me sélectionne pour les championnats du monde, puis l’année d’après je gagne la coupe du monde. C’est allé assez vite.
Les Secrets du Kayak : Je te parle d’entraînement parce que j’ai lu le livre “Danger Zone”, que tu dois connaître. Quand tu lis ce livre, on voit que les choses ont changé. Donc quand tu arrives à Lyon est-ce que les volumes d’entraînement ont augmenté, la qualité des séances a changé ?
Michael Fargier : Moi je pense que le volume a augmenté mais il y a eu l’émulation. Ça envoyait les entraînements. On était dans la quantité mais on avait un entraîneur qui nous suivait. Lyon stratégiquement c’est bien placé pour les stages dans les bassins alentours.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que à Aubenas de la même manière, il n’y avait pas de séances faciles ?
Michael Fargier : Je ne me souviens plus trop. Les séances étaient plus courtes. A Lyon, on se retrouvait on était nombreux. Il y avait un gros décalage entre les deux. J’ai du travailler le concept d’anti-fragilité, je ne me suis pas blessé. Avec du recul c’était assez brutal.
Les Secrets du Kayak : Tu disais avoir gagné la coupe du monde en descente, l’ensemble des championnats se passent bien. Est-ce qu’à ce moment tu te dis que tu veux devenir champion du monde de descente ?
Michael Fargier : Oui. Je suis de la même année que Bâbak, il gagne et moi je fais troisième à peu de choses. Je pense que en senior 1, j’ai eu un déclic technique et mental, et j’ai changé de vitesse de base. J’ai gagné à 19 ans les France, à 20 ans je fais mes premiers championnats du monde, à 21ans je gagne la coupe du monde. Mais j’ai arrêté tôt.
Les Secrets du Kayak : Et quand tu veux devenir champion du monde, que tu as ce déclic, est-ce que tu t’investis encore plus dans les séances ? Qu’est ce que tu fais de plus ?
Michael Fargier : Physiquement je ne me sentais pas trop dans le jeu. Il me fallait m’entraîner quand tu regardes les adversaires à l’époque. Et de l’autre côté je cherchais à gratter du temps sur chaque coup de pagaie, centième de seconde par centième. C’est ce qui m’a permis de progresser vite. Et j’étais capable d’aller loin dans l’effort. Je savais accepter la douleur.
Les championnats du monde à l’époque, ce n’était qu’en classique. Ce n’est qu’en 2002 que le sprint est arrivé aux championnats du monde. Et je ne deviens pas champion du monde, je fais deuxième.
On gagne en équipe ensuite. En 2000, je fais septième mais c’est l’année où je suis devenu prof de sport et que je travaillais.
Les Secrets du Kayak : A un moment tu as un peu perdu le truc pour devenir champion du monde ?
Michael Fargier : Oui, mais je me suis dispersé. Pour être champion du monde, il faut être centré sur la tache à accomplir.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu faisais des choses en dehors du bateau pour performer davantage ?
Michael Fargier : Dans mon parcours, j’ai eu la chance d’avoir René Même, le préparateur physique. Il nous a amené la musculation de façon assez variée. C’était assez sympa. Avec toutes les techniques assez pointues. Donc la musculation est assez bien passée. En course en ligne, ce n’était pas aussi varié.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu faisais de l’entraînement aérobique avec de la course à pieds en dehors du bateau ?
Michael Fargier : Au début non, mais oui ensuite avec du ski de fond.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu faisais attention à tout ce qu’il y avait autour de l’entraînement, l’alimentation, aller régulièrement chez le kiné, est-ce que tu avais un petit staff autour de toi ?
Michael Fargier : Sur Lyon oui, pas toutes les semaines mais presque, et René nous faisait un peu de micro-nutrition. J’étais en Staps en plus, il était calé, c’est une chance pour moi de l’avoir eu.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu arrêtes ta carrière d’athlète et que tu deviens entraîneur ?
Michael Fargier : Je ne suis pas devenu entraîneur de suite. Mais j’ai pesé le pour et le contre avant de savoir si je repartais pour une saison olympique, et quand les moins l’emportent tu te retrouves moins investi. Ça ne me plaisait plus. Je commençais à régresser.
Avec le travail, le plan d’eau le plus proche était à 17km, ce n’était plus jouable par rapport à mon niveau de motivation.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu arrêtes de naviguer même pour le plaisir ?
Michael Fargier : Encore le jeu des rencontres ! Je me suis retrouvé à partir dans les raids aventure. Je faisais pas mal de VTT, de Bicross. On m’a proposé ce raid, ça s’est bien passé et je suis parti sur ce type de carrière. J’habitais à Privas donc plutôt loin du plan d’eau. Je faisais du trail, de la course d’orientation, des activités terrestres pour préparer le raid. Ça se fait en équipe et c’est top pour voyager.
Nous descendeurs, nos courses sont dans les montagnes, faire un footing en montagne c’est fréquent. Ce côté nature aventure, longue distance, je l’ai fait de 2000 à 2007. Ensuite j’ai fait des gros raids. A ce moment là j’étais prof de sports en direction départementale jeunesse et sport en Ardèche. Donc je m’occupais des emplois jeunes.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui te pousse à devenir entraîneur ensuite ? Comment ça s’est passé ?
Michael Fargier : Les rencontres. Je suis parti en région parisienne. Le DTN de l’époque m’a proposé un poste sur le pôle France de Vaires-sur-Marne. Au début il y avait un pôle descente. Sur le pôle France ce sont principalement les sportifs qui passent pour une formation sur l’INSEP. On s’entraînait beaucoup à Champigny-sur-Marne.
Sur le pôle, on était quatre entraîneurs. J’étais intéressé par la recherche du détail, l’optimisation de la performance. En descente je connaissais beaucoup les sites, les rivières.
Les athlètes ont eu de bons résultats en junior, en kayak et en canoë. On fonctionnait sur la Marne, on faisait de la musculation à l’INSEP, on faisait des stages pour rechercher de l’eau-vive.
Les Secrets du Kayak : Tu parlais de musculation et on m’a beaucoup parlé de la musculation en déséquilibre que tu mettais en place. Est-ce que tu peux définir ce point là ? Quel retour tu en as eu ?
Michael Fargier : Ça part du principe de rechercher une gamme d’appuis. Ce qui compte c’est le concept de transmission. La force de la chaîne dépend de la résistance de son maillon le plus faible.
L’idée c’est d’avoir une panoplie de mouvements et d’angulation, et nous kayakistes sommes assis sur l’eau, c’est instable. Donc le but était de développer de la force et de la puissance sur un support instable. C’est parti de ce constat.
J’ai mis en place plein de stratagèmes et d’ateliers. Ça marchait bien, c’était nouveau, différent, c’était plutôt apprécié.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu faisais aussi des mouvements de tirage et de poussée en instabilité ?
Michael Fargier : Pas forcément. J’avais installé un système à base de cordes, avec une poulie en haut. Tu gérais ton instabilité. Comme toutes les méthodes c’était progressif. Il fallait que ça reste un outil pour performer dans le kayak, ne pas se disperser.
Quand tu es en stage tu peux aussi faire beaucoup de choses.
Le geste sportif est toujours demandeur d’adaptation de ta part dans le kayak. L’idée était de pouvoir amener la force là où tu le voulais.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait qu’après tu passes entraîneur de course en ligne ?
Michael Fargier : Le pôle descente s’est réduit donc on m’a proposé de passer entraîneur de course en ligne en restant entraîneur des quelques sportifs de descente qu’il y avait.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu avais déjà fait de la course en ligne auparavant ?
Michael Fargier : Oui, j’avais fait un peu de course en ligne. Je m’étais dit que c’était une possibilité sauf que mon petit gabarit a fait que je n’étais pas bon. Par contre, j’avais fait du marathon type Ardèche, ce n’est pas de la course en ligne de 500m ou de 1000m.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu changes ta manière d’entraîner entre les deux pratiques ?
Michael Fargier : Course en ligne je suis arrivé au moment un peu charnière, où il y a un changement dans le règlement avec l’arrivée du 200m aux JO. Et puis il y avait la possibilité de récolter des data de course.
En parallèle j’avais découvert la lettre des entraîneurs, et je tombe sur un article sur le mini-max. Je trouve quelqu’un qui me l’a prêté. Je suis rentré sur la course en ligne pour amené un peu de données chiffrés et d'objectifs. L’idée c’était de modéliser au max les particularités des 1000m 500m et 200m, et comment on peut être performant pour gratter des millimètres sur chaque appui, comment gagner du temps sur le retour aérien.
Le mini-max était intéressant sur les stratégies d’allure. Celui qui gagne c’est celui qui a la meilleure vitesse moyenne.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu peux mesurer la gîte du bateau, le comment il avance, est-ce qu’il y a des conclusions un peu universelles ?
Michael Fargier : Non, à mon niveau on s’en est servi sur les cadences, la vitesse, la distance par cycle. Sur les angulations, la gîte, le lacet, le dauphinage et le pitch, il y avait un max de données, il fallait aller à l’essentiel et je ne sais pas aujourd’hui où on en est.
Les Secrets du Kayak : Comment on entretient sa vitesse une fois qu’on a atteint son pic de vitesse ?
Michael Fargier : Passer sur un peu moins de charge dans l’appui et tenir la cadence. Trouver le compromis cadence et appui max. Ensuite il y avait une stratégie de se désynchroniser dans une partie de la course en équipage. Dans ce fonctionnement là, la phase aquatique était augmentée c’est à dire la phase d’accélération du bateau.
Pour les piges pour les JO, les athlètes étaient très serrés. On s’apercevait que même si le temps de la course était le même, dans la manière de pagayer il y avait un temps d’accélération plus long. Mais ils avaient aussi des formes de pagaies différentes. Donc difficile de bien cibler la chose.
Les Secrets du Kayak : Comment on fait en tant qu’entraîneur pour déterminer la meilleure pagaie pour son athlète ?
Michael Fargier : Tu es dans les sensations. C’est souvent l’athlète qui va te le dire. Ça dépend surtout des pagaies que tu as eu tôt, sur lesquelles tu as pu t’habituer. Nous on peut influencer sur les tailles.
Le mini-max avait le mérite d’amener des résultats objectifs. On s’inspirait aussi de la natation au sujet de l’indice de glisse. A vitesse égale celui qui a la cadence basse a un niveau supérieur à son collègue. Mais ce n’est pas révolutionnaire.
Mon but était de savoir comment optimiser l’accélération de mon kayak, comment je peux influencer et minimiser la décélération sur chaque coup de pagaie.
Il n’y a pas de conclusion, l’objectif était d’avoir une base de données.
Ce qu’il faut c’est être solide, être flex. Ce qui compte c’est le passage dans l’eau, la qualité de l’impulsion, la verticalité de la pagaie.
Les Secrets du Kayak : Combien de temps restes-tu à Vaires-sur-Marne ?
Michael Fargier : Je suis resté jusqu’en 2012. L’aventure prend fin par les Jeux et l'arrivée d'une nouvelle équipe. Mon côté poil à gratter ne convenait pas pour eux. Je suis parfois un peu trop franc.
Je me suis retrouvé à la fédération sur une position où je passe sur la formation des entraîneurs par la mise en place des DEJEPS. C’était intéressant.
J’ai fait ça deux ans. Et puis on est parti de la vie parisienne, et aujourd’hui on est à Fréjus.
Les Secrets du Kayak : Est-ce à ce moment là que tu te mets au surfski ?
Michael Fargier : Non c’était en région parisienne. La Normandie était à 2h30. C’était sympa. J’ai repris environ 10 ans après avoir arrêté le kayak. J’ai commencé avec un Nelo Ocean. La position était typée course en ligne. Il était confortable mais pas très stable. Le siège est un peu haut.
Par la suite j’ai fait des compétions dès lors que je n’étais plus entraîneur. Je n’ai pas performé plus que ça à mon niveau Master, j’étais entre 5-10ème français. La notion de progression est importante pour moi.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des points communs avec la descente ?
Michael Fargier : Sur le changement de rythme, l’adaptation, un peu. Les reconnaissances en descente ne sont pas limitées, donc tu connais par cœur le parcours. La mer c’est différent, tu as des flux, tu tiens compte de ta vitesse de déplacement et tu dois tenir compte de la vitesse des vagues et de leur période. Il y a un gros travail de lecture et d’anticipation.
En descente et en surfski, mes pagaies sont quasiment les mêmes. Athlète, j’avais fait une pagaie où l’objectif c’était d’enlever du poids du bateau, diminuer la traînée du bateau. J’avais fait une forme en haricot, mais je n’ai même pas couru les championnats du monde avec. Je l’ai réutilisé en surfski. Au niveau de la tenue en mains c’est spécial.
Les Secrets du Kayak : J’ai vu que tu faisais aussi du paddle à haut niveau ?
Michael Fargier : A Fréjus il n’y a pas de dynamique en surfski. Donc je me suis mis au paddle. Il y a énormément de transfert avec le kayak de mon point de vu. Tout est pareil sauf que tu es debout.
Il y a le challenge de la notion d’équilibre.
Le paddle tu es un peu plus dans le musculaire, en surfski tu vas être un peu plus dans le cardio. Le surfski pour le paddle permet de travailler symétriquement. En paddle tu as un bordé préférentiel. Je ne dirais pas au surfski qu’il faut faire du paddle pour performer.
Les Secrets du Kayak : Mais est-ce que ça aide pour l’équilibre ?
Michael Fargier : C’est différent, l’équilibre n’est pas le même. Tu restes debout, ce n’est pas les mêmes chaînes musculaires qui vont travailler, il faut de la sensibilité au niveau des fesses. Quand tu es debout tu as besoin de tes jambes, de tes chevilles pour t’équilibrer.
Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui tu t’entraînes comment, tu t’entraînes tous les jours ?
Michael Fargier : Non aujourd’hui je ne peux plus. Je m’entraîne deux à trois fois par semaine mais pas tout le temps. Mais j’ai rajouté du gainage à la maison, refaire de l’alignement, ça me fait du bien. Et j’ai l’impression que ça limite la perte de niveau lié à mon manque de pratique. J’alterne entre paddle et surfski.
Aujourd’hui je suis formateur au CREPS de Boulouris. Je forme le BPJEPS généraliste.
Les Secrets du Kayak : Tu dois chercher comment fonctionne les autres disciplines pour pouvoir les enseigner ?
Michael Fargier : Pas vraiment ce BPJEPS reste un incitateur à l’activité. Tu ne vas pas très loin. Ensuite j’ai des activités où j’ai des intervenants. C’est un diplôme très ouvert pour avoir une carte pro. C’est un diplôme pour un cursus court. On vit dans une belle région donc c’est assez cool.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça veut dire que l’entraînement doit être une compétition ?
Michael Fargier : Non mais l’entraînement doit comporter des séances qui comptent, dans lesquelles il faut être capable de reproduire des vitesses de déplacement et des situations qu’on va retrouver en course. Il n’y a pas la même pression ni les mêmes enjeux, mais il faut s’habituer à cette allure.
Les Secrets du Kayak : Tu parlais de fraîcheur mentale, mais c’est quoi pour toi ?
Michael Fargier : Quand tu es fatigué tu es moins disponible pour être au top, lucide, concentré, gainé, afin de contrôler et agir sur un max d’éléments. Quand tu es fatigué tu es plus dans le subi et ce n’est pas à ce moment là que tu fais tes meilleures perf.
La performance peut être liée à ce que tu fais à côté et à ton projet de vie aussi. Donc si tu ne dors pas bien, que tu n’es pas bien dans ta vie, tu as beau récupérer ça peut être compliqué aussi.
En tant qu’entraîneur, mon idée principale restait de rapprocher le bassin de la pagaie dans tout ce que j’ai pu travailler. Il faut maîtriser son mouvement d’où tout ce travail en déséquilibre et tous les exercices que j’ai pu mettre en place.
Les athlètes qui performent sont ceux qui se donnent le moyen d’atteindre leur rêve.
C’est le côté mental et la fraîcheur de l’athlète qui va permettre d’accepter la souffrance pour faire la différence. A cela va se rajouter la technique qui va permettre d’y arriver. Ça veut dire qu’à l’entraînement il faut être capable de se mettre dans cet état pour le faire en course.
Entraînement facile = course difficile.
Vous pouvez retrouver Michael Fargier sur son compte Facebook.