Interview : Xavier Fleuriot
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Xavier Fleuriot en avril 2022.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Xavier Fleuriot : Je te remercie, ça va très bien. Je n’étais pas aux sélections kayak hier, j’ai pris mon nouveau poste en tant que directeur de la performance de la fédération française de danse en septembre. Il y avait le championnat de France de danse hier à Mulhouse.
Les Secrets du Kayak : Comment as-tu découvert le kayak ?
Xavier Fleuriot : A la base, je voulais faire de l’aviron. Comme beaucoup, je me suis cherché dans d’autres sports avant ça. Il me fallait une activité moins stressante et plus physique que le tennis de table.
J’habitais proche de la Seine, il n’y avait pas de club d’aviron mais j’avais un camarade de classe qui faisait du kayak. J’ai commencé en quatrième. Ça été une révélation. J’ai pris ma première licence en 1982.
Ce qui m’a plu c’est cette liberté, être seul maître à bord, tout dépendait de moi. Les premières séances étaient douloureuses. On naviguait entre copains, on se débrouillait. J’étais rageux de ne pas réussir à suivre les copains, ça m’a forgé. Je me suis abandonné à cette activité entièrement.
Les Secrets du Kayak : A cette époque les entraînements c’était à quelle fréquence ?
Xavier Fleuriot : On s’entraînait tous les jours, il n’y avait pas de limite, c’était un petit club. On avait les clés, on était autonome. Pas d’entraîneur, la liberté de venir quand je le voulais. Ça m’a permis de me révéler à moi même, de me positionner sur une ambition et des envies. Tout dépendait de moi.
Mes limites c’était le week-end, j’étais obligé de partir avec les parents. J’ai fait beaucoup de bateau, donc j’ai progressé vite. J’étais plutôt vieux par rapport aux autres, j’ai commencé plus tard. Mais j’y ai mis beaucoup d’engagement. Je voulais gagner des courses.
J’ai commencé dans un genre de bouchon, un kayak de base de l’époque. Rapidement j’ai pris des bateaux de descente. J’ai ensuite progressé sur un bateau rapide, directeur. Je faisais beaucoup de descente. J’avais un entourage de descendeurs.
De temps en temps je faisais de la course en ligne sur un CAPS, ensuite je suis passé sur des bateaux instables. J’ai navigué entre la descente et la course en ligne.
J’avais envie de me former sur plein de choses, je savais que je voudrais entraîner. Jusqu’en senior, j’étais autant descendeur que course en ligne.
Les Secrets du Kayak : Comment on fait de la descente à Vernon ? Existait-il des stages ?
Xavier Fleuriot : On avait des stages régulièrement sur les rivières les plus proches ou en Normandie. On faisait beaucoup de kilomètres. Je voulais être un champion, gagner des courses. En descente ça me plaisait mais il me manquait des choses pour gagner.
J’avais fait les championnats de France en cadet 2, pour débutants. Tu pouvais participer aux régates de l’espoir. Tout le monde avait le même bateau, ça permettait de se battre avec des gens de même niveaux. J’y ai fait deux fois deuxième. J’ai trouvé ça génial, c’était ma voie.
J’ai essayé de continuer en descente, on avait de grands noms à Vernon, j’ai fait le championnat de France descente, j’y ai fait 8-9ème. Mais il a fallu choisir en senior, je n’étais pas assez fort pour gagner les deux. Le choix s’est fait géographiquement.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui a fait que tu voulais être champion dès ton plus jeune âge ?
Xavier Fleuriot : Bonne question. Je suis convaincu qu’il y a des gens qui ont ça en eux. J’ai voulu être un grand champion mais je ne l’ai pas été. Certainement pas assez d’investissement nécessaire.
J’adore l’activité sportive, ça permet de se mesurer dans le respect de ce que sont les athlètes. Ce n’est pas pour autant que j’ai l’impression d’avoir raté quelque chose. Ça permet de se connecter avec ce qu’on est, pour moi c’est le premier enseignement que j’ai pu en tirer.
Je ne vis pas dans le fantasme, mais dans la réalité. On a la satisfaction d’avoir poussé son curseur avec les conditions du moment.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu n’es pas devenu champion ?
Xavier Fleuriot : C’est moi même. Aujourd’hui j’ai eu le temps de réfléchir sur ce que j’ai fait, j’ai mené beaucoup de choses dans ma vie. Je suis devenu moniteur très vite, puis élu au comité régional de Normandie, président d’ailleurs, j’avais 25 ans.
J’avais des activités parallèles que je menais de front. J’avais des idées, envie de faire des choses dans ce domaine. A 18 ans, j’étais représentant des athlètes à l’échelle régionale. Donc ça à toujours fait partie de ma vie, et c’était en décalage par rapport à des gens qui faisaient du haut niveau. Je ne me suis pas assez investi pour ça.
C’est un choix personnel pour lequel je suis fier. Je suis reconnaissant de l’activité sportive pour ce qu’elle t’apporte. Il n’arrive rien par hasard.
Je ne savais pas quel métier je ferais, mais je savais que je ne voulais pas travailler dans le sport, pour moi ce n’était pas un métier. Je voulais faire des choses, construire des choses. J’avais fait une filière technique.
J’avais une petite carrière sportive, j’ai découvert des gens incroyables. On a créé des amitiés profondes. Je me suis lancé comme professeur. Je me suis retrouvé avec mes enseignants qui sont devenus mes collègues. Et au final ça a duré peu, en même temps je préparais les JO de Barcelone mais ça n’a pas marché.
Finalement, je deviens président du comité régional de Normandie et le DTN de l’époque, Hervé Madoré, est venu me chercher pour devenir cadre en course en ligne pour la fédération. J’avais un poste magnifique, je venais de me marier, un salaire confortable. J’ai accepté le poste et donc de perdre 25% de mon salaire pour partir à Caen, devenir responsable de la Direction Sport Étude, avec une possibilité de rentrer au professorat de sport à l’INSEP si je passais le concours.
Encore aujourd’hui avec le recul, je me demande ce qui m’a motivé à partir dans cette voie.
Les Secrets du Kayak : Peut-être voulais-tu apporter ce que toi tu n’avais pas eu quand tu étais athlète aux jeunes ?
Xavier Fleuriot : Certainement. C’est possible. J’avoue que je ne suis pas allé jusque là. Je l’ai fait, je n’avais pas de diplôme de sport, il a fallu passer le brevet de sport en urgence. Je passe le diplôme en candidat libre, à l’arrache, avec une dérogation.
Mon passé d’eau-vive m’a bien aidé. J’avais un bagage suite à mes jeunes années. J’avais ma carte professionnelle. J’ai fait l’encadrement de très bons athlètes. Ça été un vrai challenge. Ça touché le haut niveau. Ça m’a fait grandir, me positionner sur ma propre pratique.
A la fin de l’année il y avait le concours de prof de sport, j’ai été reçu et je suis renté à l’INSEP pour deux ans de formation pour le concours final de professorat de sport que j’ai eu en 1996. En sortant de là j’ai eu un poste direct, et en Normandie. C’était le schéma idéal. Je suis devenu le CTR de Normandie.
Sachant que j’étais impliqué au sein de la fédération en tant qu’entraîneur avec Frédéric Loyer, José Ruiz et François During. On s’est retrouvés aux JO d’Atlanta, on faisait un travail sur la captation d’images vidéo et de données data sur les fréquences de pagayage, des chronos intermédiaires. Toute une étude statistique qui permettait aux entraîneurs et aux athlètes d’adapter leurs stratégies. J’étais pleinement investi.
Les Secrets du Kayak : Comment vous étiez entraînés à Vernon, vous étiez encadrés ?
Xavier Fleuriot : Il n’y avait pas de cadre dans le club. Il y avait des compétiteurs de très bon niveau. Mon mentor c’était Francis Letord, champion du monde de descente en 1981 en C2, il a un parcours hallucinant et c’était Hervé Madoré son coéquipier.
L’autre c’est Pascal Boucherit. C’est Francis qui a éclairé ma voie, mon passage en kayak. Il m’a montré ce qui était possible. Pascal, pareil je me suis beaucoup entraîné avec lui, c’était un éclaireur et un ami. Il est un puis sans fond d’humanisme. Son chemin est formidable, je suis admirateur de son parcours.
Les vrais champions, ceux qui gagnent des médailles d’or au plus haut niveau, ils doivent être centrés sur eux même pour sortir quelque chose d’exceptionnel. Ils sont souvent centrés sur eux-même et sont souvent individualistes. Et il y a quelques champions hors normes avec ce supplément d’âme, et ce sentiment de partage et de collaboration. Ils sont rares.
Tu as raison de faire référence à mon envie de transmettre quelque chose, une espèce de stratégie de construction, finalement les projets de performances beaucoup en parlent, peu savent de quoi il en retourne, et encore moins peu de personnes savent comment ça se construit.
Les gens ont beaucoup de visions égocentriques. Et quand l’entraîneur met son ego au dessus de celui de l’athlète, il y a un souci. Et c’est malheureusement commun. Je le vois aujourd’hui dans la danse également. Christophe Rouffet le précise, l’athlète est au centre du projet. Je me suis approprié ses propos, mais tout le monde est d’accord avec ça.
Dans la réalité, ce n’est pas ce qu’il se passe. Moi j’ai un projet de mise en œuvre pour déployer des moyens pour le projet des athlètes, mais si eux les athlètes n’ont pas pour projet d’être champion, moi je ne vois pas ce que j’aurais pu faire. Comme le disait Pascal, qui fait quoi ? Qui est responsable de quoi ? Je suis responsable de l’administratif.
Aujourd’hui je ne suis pas danseur, ce n’est pas moi qui vais danser. Je suis là pour accompagner les projets. Il faut donner du sens, et je remercie les gens qui m’ont accompagné pour donner du sens à mes actions.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’en tant qu’athlète tu as déjà été confronté à des entraîneurs qui faisaient passer leurs intérêts avant les tiens ?
Xavier Fleuriot : Oui, c’est presque du quotidien. En haut niveau on est dans le bal des ego. Sans ego tu ne peux pas réussir, c’est vrai. J’ai fait un master en management à l’INSEP qui a bouleversé beaucoup de choses dans ma vie dans tous les domaines.
J’ai fait la connaissance d’une personne spécialiste dans le marketing, qui précise que dans un projet le premier destructeur de valeur c’est l’ego. Peu importe le projet. Ça se retranscrit dans tous les domaines.
A l’époque tout le monde connaissait le nom de l’entraîneur de l’athlète, c’était l’athlète de tel entraîneur. Aujourd’hui tout le monde s’en fout, personne ne connaît l’entraîneur de l’athlète. C’est dans l’athlétisme que la voie a été montrée. Aujourd’hui on est dans une belle ère, les entraîneurs ont complètement été effacés.
L’ego de l’entraîneur, on s’en fout. On se doit de comprendre la complexité et les paramètres qui régissent la performance de l’athlète, avec humilité et détachement.
Les Secrets du Kayak : Comment tu fais pour gérer des athlètes qui veulent devenir champion, qui le disent, mais qui dans leurs actes ne font rien de ce qu’il faut pour le devenir ? Comment leur insuffler les fondamentaux ?
Xavier Fleuriot : A l’époque où j’encadrais le marathon, j’ai essayé de me poser les bonnes questions. C’était une activité non-olympique, on avait des athlètes qui venaient par défaut, on avait quelques descendeurs talentueux, des athlètes de course en ligne qui ne perçaient pas et qui venaient en marathon. Et on avait des résultats médiocres voir mauvais, avec de temps en temps des coups d’éclat.
Il fallait aborder le projet différemment. Comment faire en sorte qu’ils soient pleinement engagés dans ce projet et pas simplement en étant là par défaut. J’ai beaucoup travaillé dessus, et aussi avec Pascal sans qu’il soit à la fédération à ce moment là. Je voulais qu’ils réfléchissent à leur projet.
Mes espérances ont été décuplées, les athlètes se sont sentis concernés, et en clair les athlètes n’avaient pas le choix. C’était soit la course en ligne soit le marathon. Certains ont fait le choix du marathon, et la suite les a servi.
Il fallait mettre toutes les chances de son côté et ne pas être les athlètes ratés de la course en ligne qui essaient d’exister. Il leur fallait être déterminés pour exprimer leur potentiel. Ils m’ont ravi, c’est un grand bonheur que d’avoir connu ça. Simplement en donnant du sens à sa pratique on arrive à exprimer un potentiel. C’est la seule clé.
Les Secrets du Kayak : Jusqu’à quel niveau tu es allé avant de prendre ta retraite ?
Xavier Fleuriot : J’étais un petit athlète international. J’ai surtout été coach entraîneur sur quatre olympiades. J’ai eu une partie intéressante en tant que consultant France Télévision pendant trois olympiades, et aussi sur Eurosport, ça m’a bien plu.
Ça me permettait de prendre un peu de hauteur et de mesurer à quel point on était loin du compte, et de la représentation réelle de notre sport au niveau des média. Ça m’a permis de prendre un peu de distance avec le monde du kayak, et ça m’a permis de comprendre les éléments pour les mettre en perspective, et au final ma nomination en tant que directeur de l’équipe de France en marathon puis en en course en ligne reste cohérente.
J’avais tout ces bagages pour être dans la mise à disposition du projet des athlètes, à définir et à poser par eux. On est des instruments au service du projet de performance.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a un poste que tu aurais aimé avoir, mais que tu n’as pas eu l’occasion d’avoir ?
Xavier Fleuriot : Non, j’ai ardemment voulu celui de directeur de l’équipe de France, je me sentais manager dans l’âme, et mon cheminement de carrière fait que j’avais certainement des choses à proposer, et rapidement je me suis senti incompétent en tant qu’entraîneur.
Je le dis avec une grande sincérité, c’est François During qui a apporté beaucoup à l’équipe de France. J’ai vu l’équipe de Kersten Neuman, il avait un palmarès en tant qu’entraîneur, la France le voulait, très bien.
Moi, jeune entraîneur, je le vois arriver, on fait les premiers entraînements en Normandie, un stage de trois semaines. C’était inédit. Il ne parlait pas un mot de français, il parlait peu anglais. On faisait faire beaucoup de kilomètres aux athlètes. Pour lui on ne devait pas donner de conseils techniques, les athlètes de l’équipe de France selon lui devaient connaître la technique, sinon c’est qu’on les avaient mal sélectionnés.
Et là j’ai mesuré le décalage qu’il y avait entre l’Allemagne et nous. Je me suis rendu compte à quel point il avait raison. C’est lui qui a ensuite motivé ma carrière. Pour lui le rôle de l’entraîneur, c’est de vérifier que l’athlète a suivi le plan qu’on leur a fait. Mais moi je ne me voyais pas faire des heures en bateau moteur pour vérifier les chronos.
On est resté en très bon terme, et il m’a donné du sens sur ce que je voulais faire. Je me suis retrouvé à la mise en œuvre du premier système de départ automatique créé en 1991. J’étais jeune cadre et athlète à ce moment là. Je me suis naturellement retrouvé technicien.
Rapidement je me suis retrouvé à la fédération pour la mise en place des bassins. C’était un retour à mon parcours de ma jeunesse. Les bassins étaient bien montés, fiables, et ça participait efficacement au projet de performance. J’ai adoré ça.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu quittes le milieu du kayak ?
Xavier Fleuriot : Beaucoup de choses. Tout d’abord le changement d’équipe fédérale de 2016. Le projet ne me correspondait pas. L’histoire me donne raison puisque je ne croyais pas à la pertinence du projet. Il y a eu une nouvelle organisation, un nouvel organigramme et finalement le résultat renforce l’idée que je m’en faisais à savoir un manque de pertinence.
Beaucoup de perte de collègues. C’est la vie démocratique de la fédération, c’est comme ça. Pour moi et Pascal ça ne pouvait pas marcher, ça allait être difficile à gérer et ça aurait joué sur ma motivation.
Et à titre personnel, avec ma femme on s’est découvert des âmes de danseur. C’est ce partage à deux qui m’a motivé pour la danse. J’ai eu la chance de participer à un championnat de danse, et je me projetais déjà avant devoir quitter le kayak. Il y avait eu un appel d’offre. J’ai postulé, et j’ai eu le poste sur le breaking, une discipline qui n’était même pas présente au sein de la fédération de danse.
Et j’adore ce que je fais. Tout est similaire avec ce que je pouvais faire en tant que cadre dans le kayak. Je suis fier de participer à cette aventure. Ça m’a permis de me remettre en question sur mes projets et mes a priori. Je n’ai pas de nostalgie du kayak même si je reste attentif à ce qu’il s’y passe.
Dans la danse, je dois prouver tous les jours que je suis pertinent dans ce que je fais, j’apporte des arguments et je donne du sens aux choses.
Les Secrets du Kayak : Lors du changement de l’équipe en 2016 tu ne te reconnais pas là dedans, moi j’ai l’impression au fil des podcasts que dès qu’il y a du changement, on ne s’appuie pas sur ce qui a pu être fait auparavant. Selon toi, qu’est-ce qu’il convient de faire pour faire en sorte de performer ? Quelles sont les erreurs à ne pas reproduire pour toi ? Que faudrait-il mettre en place pour une construction pérenne ?
Xavier Fleuriot : Je crois que tu as tout compris. L’activité sportive du kayak est singulière, il y a un manque de recul et de vision d’elle même. On est dans une valse des ego. On préfère la terre brûlée à la construction. Je fais partie des anciens, j’ai vu différents systèmes, et je vois bien que l’histoire se répète.
A un moment donné si on ne prend pas de recul voir ce qui fonctionne ou pas, on prend le risque de reproduire les erreurs du passé. Dans la danse, je me rends compte à quel point le culturel et l’artistique prennent le pas sur les égos.
Dans le sport, des personnalités vivent pour elles-mêmes et autour d’elles-mêmes, sans prendre en compte l’histoire de ce sport. C’est un peu triste. Rien que ton travail est fondamental, le travail que tu fais sur la culture du kayak est importante.
Une des forces des kayakistes de slalom, quand tu discutes avec eux : la culture du slalom, le partage et la transmission des savoirs étaient bien présente jusqu’en 2016.
De tout temps, qu’on gagne ou qu’on perde, personne ne sait expliquer pourquoi. Il n’y a aucune analyse en réalité. C’est dommage. Pour moi on gagne parce qu’on bâti sur les générations précédentes. Regarde tous les talents qu’on a pu avoir sur les générations précédentes… Ils ont tout reposé sur leur talent, et finalement le travail n’a pas été à la hauteur et n’a pas tenu compte de la réalité de la génération précédente, des niveaux de volumes nécessaires. Il y a eu un trou de deux olympiades pour mettre les gens devant l’évidence, les remettre sur les rails du travail. En France, on est à la recherche de l’être exceptionnel.
Les Secrets du Kayak : On ne met pas en avant la culture de l’effort. Pour moi, le talent ce n’est que de la répétition. On ne le met jamais en avant. C’est le travail qui fait gagner à la fin. On minimise ce travail.
Xavier Fleuriot : Tu as raison, en France on est beaucoup dans la perception. A l’époque, on avait des gens talentueux mais aussi des gens qui faisaient des heures et des heures d’entraînement. La différence entre les deux, c’est qu’il y en a qui ont gagné. La performance de haut niveau ne souffre pas de médiocrité, elle est forcément quelque chose d’absolu, et malheureusement on est passé à côté.
Mais certains n’étaient pas courageux. Et puis il y a eu l’arrivé des nouveaux matériels, de nouvelles techniques. Aujourd’hui les choses sont normées. Il a fallu passer par aller chercher une ressource extérieure pour aller ramener quelque chose à la France et faire un espèce d’électrochoc. Ça a été le travail de Kersten. Il a amené la notion du travail, de la répétition, des entraînements mornes et répétitifs.
Pour certains athlètes ils en perdent le goût, la passion du kayak, mais c’est intéressant. Il a apporté la réalité du travail, il a remis la course en ligne dans les rails. Et il a réussi à enfanter une génération qui a été productive en terme de résultats.
C’est Hervé Madoré qui est allé le chercher. Le kayak demande d’avoir une préparation physique solide, avec des fondamentaux et un volume d’entraînement important. Si on ne veut pas faire ça, il ne faut pas faire de course en ligne.
Les Secrets du Kayak : C’est aussi la société actuelle qui est dans la recherche du plaisir et du bonheur à tout instant. On perd cette notion de travail, que ce qui doit être fait doit être fait. Je le vois dans le milieu de la musculation, l’évolution des mentalités.
Xavier Fleuriot : Tu parles de l’alimentation aussi et c’est un bon exemple, c’était le sujet il y a quelque temps. Aujourd’hui c’est la préparation mentale. On est exactement dans le même sujet. Je suis confronté tous les jours à des genre d’offre de préparateurs mentaux.
Je n’arrête pas de leur dire que rien que le terme c’est impropre. On accompagne un projet et une personne. On parle de l’âme humaine. Pour moi c’est un abus de langage. Ce n’est pas une recette de cuisine.
Il faut veiller, accepter la complexité, accepter que des choses fonctionnent ou pas. Tu peux le voir dans d’autres sports, même si tu y mets toutes les ressources financières ou autres, parfois ça ne fonctionne pas.
L’humain reste à la barre. Il y a tellement d’interactions à prendre en compte. On parle de l’humain et de la transmission de l’humanité à l’humanité.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu fais encore un peu de kayak aujourd’hui ?
Xavier Fleuriot : J’ai repris, ma dernière compétition c’était les championnats de France en 2016 en vétéran. C’était un vrai bonheur, ma dernière course. Depuis j’ai coupé et j’ai repris il y a quelques mois, et j’avoue que ça me manque.
Je m’étais dit que je devais faire autre chose en arrêtant le kayak, et je m’étais mis à faire du vélo. J’ai fait des compétitions de VTT. Ça m’a permis de passer le cap, j’étais un anonyme parmi des anonymes. Mes intérêts n’étaient plus d’aller chercher la gagne.
Et là l’envie de faire du bateau me revient. Ça me donne du plaisir. Et en fait c’est comme le vélo, ça revient. J’adore.
Je te remercie de m’avoir permis de me replonger dans ces années là. C’est presque quarante ans de ma vie. C’est une grande émotion. Je te remercie de m’avoir sollicité et de la bienveillance de tes questions et de ton propos. Bravo pour ce que tu fais.
C’est comme cela qu’on construit l’avenir, en ressassant le passé. En le posant, en l’analysant pour un avenir meilleur. Je viendrai naviguer avec toi au mois de Mai. Je viendrai te défier !
Vous pouvez retrouver Xavier Fleuriot sur Facebook.