Interview : Bernard Bregeon
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Bernard Bregeon en avril 2022.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Bernard Bregeon : Très bien, merci.
Les Secrets du Kayak : Quel est le premier souvenir de kayak que tu peux te remémorer ?
Bernard Bregeon : J’étais nageur à l’époque et mon club de Boulogne-Billancourt venait faire des séances d’esquimautage à la piscine. J’ai sympathisé avec quelque gars qui m’ont proposé de faire un tour, et j’ai accepté.
Au départ, j’étais un petit nageur. Mais j’ai touché à tout comme beaucoup d’enfants, sans être performant dans une discipline. C’était plus par amitié que j’ai fait du kayak que par la connaissance de la discipline.
Les Secrets du Kayak : Cela veut dire que la première chose que tu as appris, c’est l’esquimautage ?
Bernard Bregeon : Ça devait être dans mes premiers apprentissages avec le kayak polo. Ensuite je me suis rendu au ponton, au club dans les six mois qui ont suivi. Je devais avoir 12 ou 13 ans.
Les Secrets du Kayak : Tu n’as pas commencé de suite par la course en ligne ?
Bernard Bregeon : Non mais rapidement c’est venu. J’en ai fait sans faire de compétition, dans des bateaux faciles.
Je n’étais pas du tout bon, j’ai commencé plus tard. Mes premières compétitions c’était en cadet.
Les gars du club avant moi étaient performants, moi je suis arrivé pendant un creux d’athlètes moins performants. On faisait du kayak pour s’amuser.
Les Secrets du Kayak : A cette époque tu faisais combien de séances par semaine ?
Bernard Bregeon : Le mercredi après midi, le samedi après-midi. Parfois quelques dimanches. En cadet on devait courir un peu l’hiver quand le plan d’eau était moins praticable. On naviguait tout simplement, on se tirait la bourre sur notre tour de bateau.
Les Secrets du Kayak : Comment ça s’est passé pour progresser et atteindre le haut niveau ?
Bernard Bregeon : Comment, je ne sais pas. Mais après junior 1 c’était plus intensif. Tout de suite il y a eu de bons résultats, j’ai fait les championnats d’Europe junior, aux France ça a bien marché aussi. C’était plus sérieux.
Les premières compétitions et les stages étaient plus présents à cette période. J’ai vraiment évolué entre junior 1 et junior 2.
Tout s’est fait de fil en aiguille, c’est à ce moment où j’ai eu mes premières médailles.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ton entraînement change drastiquement de ce fait là ?
Bernard Bregeon : Entre mon début et ma fin de carrière on n'a jamais eu d’entraîneur, on a toujours été autodidacte, on se faisait nos plans d’entraînement tout seul, même en équipe nationale. On a eu des personnes qui géraient juste la logistique.
On continuait à avoir toujours le même type d’entraînement tout au cours de l’année. Un peu comme en vélo, on avait juste des rituels, et tu essayais de larguer les copains. Ce n’était que vers mars-avril où on essayait de faire des entraînements structurés.
On avait juste les piges de mars avec une épreuve de course à pieds, donc on courait un peu pour se préparer. C’était un peu la carotte pour être pris pour le premier stage.
C’est après ce premier stage qu’on fait des choses chronométriques.
De junior 2 à senior 1, je suivais un plan d’entraînement structuré que je m’étais fait et que j’ai ensuite partagé autour de moi. Avec des entraînements réfléchis.
Les Secrets du Kayak : Comment tu en arrives à enrichir tes connaissances en entraînement ? Tu as fait des études sur le sujet ? Tu étais aussi autodidacte en lisant des livres ?
Bernard Bregeon : Je crois que je n’ai pas beaucoup lu. Les bases physio sont arrivées bien plus tard mais ça ne m’a pas aidé. Je crois que j’ai été autodidacte. J’avais envie de tester un mélange de toutes sortes d’entraînements pour être sur de ne rien manquer.
Ensuite ça s’est bien structuré sur une combinaison de trois semaines dès senior 1. J’avais fait un plan d’entraînement sur 21 jours. Celui qui voulait se joindre à mon plan le pouvait, mais je ne faisais pas le plan des autres, je suivais le miens uniquement. Ça s’est fait progressivement sur un an.
Les Secrets du Kayak : A ce moment là, tu avais des études aménagées ?
Bernard Bregeon : Je ne suis pas allé en sport-étude et c’est un tort. C’était vraiment une bonne structure à l’époque. Je suis resté sur Paris, c’était galère au lycée pour s’entraîner. Et quand je suis passé en études supérieures de kiné j’ai eu des horaires aménagés. Avec l’INSEP et l’école il y avait une entente. Donc c’était mieux.
Les Secrets du Kayak : L’hiver tu faisais de l’aérobie. Est-ce comme il y avait les tests, tu t’es mis à la course à pieds et à la musculation ?
Bernard Bregeon : Je pense que la musculation on l’a commencé tardivement en dernière année junior. La course à pieds je n’étais pas bon, je ne faisais que le minimum requis. C’était par nécessité, pas par plaisir. Ensuite j’ai couru par plaisir.
Les Secrets du Kayak : Sur les plans d’entraînement que tu te faisais, est-ce qu’il y a des erreurs que tu as pu faire, et que tu ne referais pas ?
Bernard Bregeon : Ce n’est pas facile à dire. Je ne suis pas proche du milieu fédéral, on faisait tout tout seul à notre époque. Parfois on était pris en main par une structure fédérale mais c’était tard, sur les stages terminaux. On devait s’occuper de tout.
Mon regret c’est de ne pas avoir eu des gens autour de nous pour nous aider sur certains points logistiques. On aurait du s’occuper du principal : s’entraîner.
Mais je n’ai aucun regret. On avait juste besoin de gens pour prendre en charge le relais de certaines choses. On était une époque où on satisfaisait certains résultats parce qu’on avait l’impression de se battre contre les pays de l’Est, c’est à dire que nous pays de l’Ouest les gens pas chargés, contre les gens des pays de l’Est chargés.
C’était la bagarre contre les pays de l’Est très fort à cette époque.
Les Secrets du Kayak : Tu t’entraînais seul au club, ou bien il y avait des gens qui te tiraient un peu ?
Bernard Bregeon : Seul ça arrivait. Mais il y avait des entraînements que tu ne pouvais pas louper, avec forcément un peu de monde. Il y avait les deux.
Notre club était extra en terme d’ambiance, de logistique, il y avait une émulation, un esprit d’équipe. Je suis arrivé à la fin d’un cycle, et en fait on a remonté toute une équipe.
On était entre nous, on n’avait pas de mentor, juste une grande bande de copains. On connaissait nos niveaux, pas de mensonge, on se connaissait. Je préférais m’entraîner là qu’à Joinville.
Les Secrets du Kayak : Rapidement tu as eu des médailles en senior à l’international ? C’était une surprise pour toi ?
Bernard Bregeon : Tu t’entraînes pour ça, donc ce n’était pas une surprise. Quand tu vas sur une compétition internationale, tu sais ce que tu vaux. Tu n’arrives pas aux JO comme tu vas gagner au loto. Tu y vas parce que tu as fait ce qu’il fallait pour y aller.
Le meilleur sélectionneur d’une équipe, c’est l’athlète. Les médailles tu en fais, tu es préparé à en faire. Il y a toujours une part d’incertitude, de réussite. Sur une carrière ça s’équilibre. Personne n’est chanceux.
Tu ne peux pas être sur de rien. Parfois on montait et on savait qu’on n’était pas médaillable. Je n’ai jamais été surpris, ça s’est bien déroulé. Parfois ça se passe moins bien.
Ensuite j’ai commencé tard le kayak, je ne pouvais pas être performant tôt. C’est un sport de maturité. Et ce n’est pas parce que tu commences tôt que tu perdures dans la discipline. On peut très bien être fort à trente ans, sur le tard.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que les Jeux Olympiques étaient un objectif pour toi ?
Bernard Bregeon : Ça le devient, mais pas du jour au lendemain. Il y a toute une gradation dans les compétition, et ensuite vient la sélection. Non tu n’y penses pas au début. Tu montes les marches petit à petit. Tu n’es pas projeté du jour au lendemain comme ça. C’est progressif, et quand tu es dedans ça se fait naturellement.
Après tu as des gens qui en rêvent toute leur vie, et pour eux c’est un Graal. Nous on n’a pas fait beaucoup d’effort pour cela. C’était la suite logique de notre carrière.
Les Secrets du Kayak : L’objectif quand tu t’entraînais, c’était d’être performant pour la compétition suivante ? C’était du court terme ?
Bernard Bregeon : Au début oui. Mais une fois que tu fais les JO ou les championnats du monde l’objectif est bien précis. Tout ce que tu fais n’est qu’une préparation pour les Jeux. On n’avait pas de problème pour se sélectionner. A partir des années 1982-1983, l’objectif c’était la performance lors des compétitions internationales pour être performant le jour J aux JO.
Les Secrets du Kayak : Comment s’est construit le K2 avec Patrick Lefoulon ? Qui a décidé que vous ferez un K2 ?
Bernard Bregeon : Avec Patrick, les meilleurs se mettent ensemble pour la performance. J’étais de la génération d’après. Il n’y avait pas de copinage au début. Tu peux devenir ami ensuite. Il était un laborieux de l’entraînement. J’ai appris à l’apprécier en naviguant avec lui.
Peu de personnes montaient ensemble par amitié. C’est très changeant le kayak, d’une année à l’autre tu peux changer d’équipier pour la recherche de la performance. En France c’est l’athlète qui choisi sont équipage. Le sélectionneur fera un travail en amont.
Les Secrets du Kayak : Comment se passent les JO de Los Angeles pour toi ?
Bernard Bregeon : Déçu du K1 500m puisque je ne fais que troisième. Si je pouvais je changerais plein de choses, mais si ça se trouve le résultat serait encore moins bon. C’était le seul matin avec vent de face. J’aurais peut être dû aller un tout petit peu plus vite. C’est bizarre parce que souvent quand tu remontes ce sont les autres qui s’effondrent. J’aurai du juste partir une seconde plus vite certainement.
Au K2 1000m on aurait pu faire deuxième comme on a fait ou bien sixième, on avait eu de la chance parce qu’on était à côté des canadiens qui nous ont bien tiré pour la course. On a fini deuxième dans leur élan.
Ma médaille de bronze était en dessous de ce que j’aurais pu faire, notre médaille d’argent au dessus de nos objectifs.
Les Secrets du Kayak : A ton époque, tu avais des pagaies plates en bois ?
Bernard Bregeon : Oui, que des pagaies bois à 90 %. je pagayais très très long à l’époque, voir 2,24m. Les Wings sont arrivées bien plus tard, nous étions principalement en Struer.
Je pagayais sur une pagaie légèrement plus longue. Je cherchais à développer la force avec la pagaie. En moyenne les pagaies étaient à 2,20m.
Les Secrets du Kayak : Tu ressors motivé des JO de Los Angeles pour ceux de Séoul ?
Bernard Bregeon : Hyper motivé, non. Je pense d’abord aux autres championnats du monde. Je savais qu’avec Patrick c’était la dernière année, mes objectifs étaient donc annuel. Je savais que je serai sélectionné. On était un peu choyé et protégé pour les sélections à l’époque.
Ça s’est toujours bien passé en général. En 1985 j’étais bien mieux qu’en 1984, j’étais content. En général ça se passe bien ensuite.
En 1987 je suis tombé malade aux championnats du monde, je n’étais pas médaillable, j’en ai profité pour changer mon entraînement. Je n’étais pas du tout dans le coup.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des choses qui ont changé dans ton entraînement au fil du temps ?
Bernard Bregeon : Oui, on passe de l’entraînement de volume à gogo, à un entraînement plus qualitatif. On faisait moins de kilomètres. On montait en bateau en ayant un plan d’entraînement, un objectif pour la séance, tout l’inverse de ce qu’on faisait avant.
Et quand je revenais dans mon club, on faisait une sortie longue en groupe. Tout était structuré entre le bateau et la musculation.
On avait eu la chance d’avoir eu des étrangers qui étaient venus s’entraîner avec nous, ça nous a permis de structurer un peu plus les entraînements.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu étais fort en musculation ? Était-ce grâce à ta pagaie longue ?
Bernard Bregeon : J’étais dans les bons de l’époque, en rapport poids-puissance. En plus j’aimais ça. Je pense que j’avais de bonnes barres. C’était de la musculation DC, Tirage Barre.
On ne pariait pas sur moi, je n’avais pas le profil type de quelqu’un qui gagne au kayak avec un poids de forme de seulement 68kg.
Je suis hors gabarit. Je ne l’ai jamais expliqué, j’avais envie de performer, ne rien lâcher. Je crois même qu’au niveau de la ligue parisienne, on m’avait dit que je n’étais pas fait pour le kayak.
Ça ne m’a pas empêché d’aller au sommet mondial. Le poids n’est pas un handicap pour le bateau, il vaut mieux être plus imposant.
Je ne sais pas si un gabarit comme le mien peut encore passer aujourd’hui, mais je pense que tout peut exister.
Vu mon classement dans l’équipe de France, on ne pouvait pas me virer par rapport à ma taille.
Les Secrets du Kayak : Tu as voulu reformer un K2 par la suite ?
Bernard Bregeon : Je l’ai fait avec Olivier Lasak. Il était très fort sur le 500m. Mais un jour nous étions forts, puis l’autre mauvais. Ça n’a pas été constant. On s’est bien entendu, mais on pouvait être très bon et très mauvais sans comprendre pourquoi.
Avant les JO de Séoul on a changé l’ordre de nos places dans le bateau. Ça m’a défavorisé pour le K1 aux JO. Mais ça ne nous a pas aidé. On a cherché, on a pas compris. L’ambiance des Jeux était compliquée également. On ne m’a pas laissé le choix de faire ce que je voulais pour une histoire d’argent.
Et plein de choses qui font qu’il y avait une mauvaise ambiance. Donc pas de performance, pas d’ambiance, pas de résultat. Mauvaise olympiade.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi quand on monte en K2 derrière, ça pénalise pour le K1 ensuite ?
Bernard Bregeon : Parce qu’on s’adapte au geste du mec devant. Quand tu es devant, tu restes avec ton geste de K1. J’ai senti que d’être derrière ce n’était pas bon pour le K1. Si j’avais été entraîneur, je n’aurais jamais mis un mec du K1 derrière dans un K2, même s’il avait un gros gabarit.
Mais avec Olivier, c’est juste la sauce qui n’a pas prise.
A contrario quand je faisais du K4 j’aimais bien être en deuxième pour me délaisser un peu parce que c’est beaucoup de contraintes que d’être devant. Mais sinon de mon point de vue, c’est mieux d’être devant.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu arrêtes le kayak de haut niveau ?
Bernard Bregeon : Je ne sais pas si tu es assez proche de la course en ligne, mais en 1992 je suis en procès contre la fédération. Donc j’arrête, ça m’a déçu, d’être le meilleur et de ne pas aller aux JO c’est très décevant. C’est arrivé à d’autres athlètes. Quand ça t’arrive à toi… ça laisse des traces.
Ça s’est fait naturellement. Je n’avais plus aucune relation avec le milieu du kayak, je n’étais pas entraîneur, je n’avais pas d’ambition de projet professionnel dans le kayak, donc ça ne m’a rien coûté que d’arrêter le haut niveau.
J’ai poursuivi l’activité au club, mais plus pour donner un coup de main. Ensuite j’en ai fait dans le domaine du sauvetage côtier plus pour l’ambiance. J’avais fait le tour de la question. Il faut savoir s’arrêter au bon moment.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu travaillais en même temps en tant que kiné ?
Bernard Bregeon : Je travaillais depuis les quatre dernières années, je fonctionnais assez bien pour tout concilier. J’avais trouvé une convention avec un centre de rééducation qui me détachait du temps. Je n’ai pas eu de soucis pour partir à l’étranger quand j’en ai eu besoin.
La chance que j’avais c’est qu’on nous laissait beaucoup de liberté pour l’entraînement. On partait s’entraîner à l’étranger, on n'était pas obligé de faire les stages avec l’équipe de France. On ne faisait que les stages terminaux avec l’équipe de France.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a eu des étrangers qui t’ont marqué ?
Bernard Bregeon : Ah oui. Il y en a qui étaient impressionnants. Je n’ai pas eu de mentor dans mon club, mais oui il y avait pas mal de noms qui revenaient. Je suis allé m’entraîner avec les Néo-Zélandais, j’ai vu leurs entraînements et leur façon de fonctionner. Ça donne des idées et d’autres façons de voir les choses.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qu’ils faisaient de différent de toi ?
Bernard Bregeon : Ils n’avaient qu’une seule vitesse, tous les entraînements se faisaient à fond, au maximum des possibilités. Un entraînement très tôt le matin et très tard le soir pour avoir un maximum de récupération. Tu n’as jamais le droit de prendre une vague. Tu vaux ce que tu vaux au moment T.
Nous on avait du mal à vouloir connaître sa valeur, et vouloir s’arracher à 100% de ses moyens du jour. Il y a du mauvais aussi parce que c’est traumatisant de s’entraîner de la sorte, et mentalement aussi. Mais ils savent se faire mal.
Les Secrets du Kayak : Tu n’as jamais voulu devenir entraîneur ?
Bernard Bregeon : Le DTN de l’époque avait voulu faire une réunion pour me permettre de devenir entraîneur. Je rentre dans son jeu et je lui explique que c’est le boulot de DTN qui m'intéresserait. Et là je l’ai vu moins sourire.
Non. J’aurais aimé le faire mais j’étais trop en froid avec la fédération. J’ai quand même eu un statut de micro-entraîneur. Je distribuais beaucoup de plans d’entraînement. Mais j’avais envie de voir autre chose.
Je pense que ça peut être un travail très intéressant. Mais pas avec ce que j’ai vécu autour de moi. Si j’avais voulu faire quelque chose, ça aurait été pour avoir une vue globale de la discipline.
Les Secrets du Kayak : Tu dis avoir fait un peu de sauvetage côtier ? Est-ce que tu as touché à d’autres pratiques dans le kayak ?
Bernard Bregeon : J’ai fait du kayak-polo une fois ou deux pour rigoler. De la descente j’y ai touché un peu mais j’ai été super mauvais. En patrouille je n’étais pas mauvais. Mais tout seul je ne savais pas lire les lignes, je devais sans cesse réparer mon bateau. On n’était pas assez fins en navigation. Et slalom c’est une discipline vraiment différente, j’en ai fait comme ça sans plus.
En revanche après le kayak j’ai fait beaucoup de raids multi-activités, j’en ai fait pendant dix ans. En parallèle je faisais aussi du kayak en club. J’ai fait d’autres activités, et depuis 15 ans je me suis mis au golf.
De temps en temps je remonte dans un kayak quand l’envie me prend. Mais il a fallu que je m’arrête dans les compétitions. Ça devenait de plus en plus difficile.
Ce n’est pas facile l’après kayak de haut niveau, de continuer à faire du kayak parce que tu n’as pas les mêmes résultats, tu perds des secondes au fil des années. C’est plus facile de démarrer une nouvelle discipline, car même si tu n’es pas bon, tu te vois progresser.
Mais ça m’arrive de naviguer pour le plaisir.
Les Secrets du Kayak : Ta femme pratique aussi le kayak, elle a été une force pour toi durant ta carrière ?
Bernard Bregeon : On s’est connu dans le milieu du kayak, on a fait les JO ensemble. On s’est entraîné ensemble. Nos deux carrières n’auraient pas été possibles si on les avait faites individuellement. On partait ensemble à l’étranger. C’était limite une obligation pour avoir une carrière telle qu’on l’a eu.
On bougeait beaucoup, on a eu de bonnes conditions d’entraînement parce qu’on se les a crées. Si elle n’avait pas été kayakiste, ça aurait été très compliqué.
C’est agréable de pouvoir s’entraîner ensemble, on parle de la même chose, la même passion, c’est important. Si elle n’avait pas été là, ça aurait été très compliqué de faire une carrière longue de kayakiste.
Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui tu es kiné, tu as ton propre cabinet ?
Bernard Bregeon : Oui depuis trente ans, dans le sud de la France quand on a décidé avec ma femme d’arrêter le bateau et de bouger.
A Biscarrosse c’est un endroit super pour naviguer 360 jours par an. Il y a deux grands lacs qui se rejoignent par un canal. Il ne gèle quasiment jamais et on est protégé du vent.
Le seul problème c’est que la course en ligne n’est pas faite pour le sud de la France. Trop de logistique pour remonter pour les compétitions qui se passent essentiellement dans le nord. C’est un bon endroit mais seulement pour s’entraîner.
C’est sympa de discuter de tout et de rien sur le kayak. On pourrait discuter encore des heures, les anecdotes sont inépuisables. C’est dur de résumer 15 ans de carrière sportive en une heure. Ça me fait penser aux discussions d’apéro quand tu commences à 19h et qu’il est trois heures du matin. Tu peux venir à Biscarrosse avec grand plaisir !