Interview : Maxime Richard
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Maxime Richard en février 2022.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Maxime Richard : Super bien merci !
Les Secrets du Kayak : Je fais partie des premiers à te suivre sur les réseaux, je t’avais écrit il y a très longtemps parce que tu t’entraînais sur un ergomètre Webba, très peu de monde s’entraîne dessus et je voulais avoir ton avis sur le sujet.
Maxime Richard : Mon retour était positif, c’est une machine qui m’a beaucoup aidé, qui fait bien le boulot. C’est l’une des premières marques à avoir fait l’adaptation par un siège rotatif. Moi personnellement, je ne l’ai pas utilisé.
Les Secrets du Kayak : J’ai cru voir que toi tu avais commencé le sport en étant gardien de foot ?
Maxime Richard : Oui, dans une petite école de village, avec un club pas très loin. J’avais 6-7 ans. Et j’ai commencé le kayak progressivement. Je faisais les deux pendant environ trois ans. Et le dilemme du choix du stage s’est posé, c’était soit foot soit kayak. Vers mes 8-9 ans j’ai progressivement décroché du foot au profit du kayak.
Les Secrets du Kayak : C’est ton père qui faisait du kayak à la base ?
Maxime Richard : Oui, c’est un sport de famille, mon grand-père a transmis le virus à mon père qui me l’a ensuite transmis. Aujourd’hui, ça fait plus de 25 ans que je pratique.
J’ai des souvenirs de mes débuts mais je ne sais pas si ce sont de vrais souvenirs. La première fois c’était sur le lac du Verdon mais j’étais trop petit pour aller vers un vrai kayak. On avait donc trouver une vieille planche de surf cassée, qu’on a coupée.
Et c’est comme ça que j’ai fait mes premiers mètres sur l’eau.
Les Secrets du Kayak : Quand tu as commencé le kayak, tu avais des ambitions sportives ?
Maxime Richard : Pas aux premiers coups de pagaie, mais c’est arrivé très tôt vers mes 8-10 ans. Je m’entraînais assez régulièrement. Ma première compétition, c’était les championnats de Belgique longue distance sur le canal de Seneffe.
C’était la bagarre avec Laurens Pannecouke qui avait fait les JO en 2012 avec en K2 Oliver Cauwenbergh. J’en ai un vrai souvenir.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe l’organisation des clubs en Belgique ?
Maxime Richard : C’est un peu différent par rapport à la France, on a des clubs mais pas forcément des entraîneurs de club ou des regroupements de club les mercredi ou samedi. Il y en a, mais pour moi c’était des rendez-vous avec les copains.
C’était mon père qui encadrait tout cela. Il a géré le petit groupe. Il avait un très bon niveau national, il avait été champion de Belgique à la fois en course en ligne comme en descente de rivière.
Il avait un bon niveau international, il a été en sélection pour les championnats d’Europe et du Monde. Il aurait pu participer aux JO mais il s’était blessé juste avant. Il n’a pas fait de podiums sur des grands championnats à l’international.
Il s’entraînait avec Jean-Pierre Burny qui a été quatre fois champion du monde, avec Gaëtan Rys qui avait fait les JO. Il y avait un petit noyau d’athlètes au club à Anseremme. Ça s’entraînait fort avec beaucoup de volume.
Les Secrets du Kayak : Comment tu ressentais les entraînements réalisés par ton père ?
Maxime Richard : Je n’ai pas de souvenir qu’il y ait eu du favoritisme, je pense qu’il y a eu une implication qui restera différente quoiqu’il arrive. Quand on était sur l’eau on avait un petit groupe qui fonctionnait bien. Peu être que dans certains cas son implication était différente.
A 7-8 ans on devait naviguer trois quatre fois par semaine sur l’eau, et dès cadet à 12 ans je faisais déjà des calepins d’entraînements, je naviguais environ six fois par semaine.
On devait faire entre 70 et 85 km par semaine. Il ne faut pas comparer la distance à la course en ligne. Il y a du courant, ça pousse. Il faut distinguer les kilomètres réalisés et le temps de travail. Ce n’est vraiment pas gigantesque.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi t’être dirigé vers la descente au début ?
Maxime Richard : Je pense que c’était dû à la dynamique du club. Les premières années on faisait autant de descente que de course en ligne. On faisait de la course en ligne de avril à septembre. Je me suis progressivement tourné vers la descente de rivière, c’est ce qui m’amusait le plus.
Il y avait davantage de stages à l’international. Pour mes premières sélections en international, d’office c’était de la descente de rivière.
Je n’ai pas spécialement performé à 12-14 ans. J’avais de bons résultats une année sur deux. Ça se jouait énormément au physique. Certains étaient déjà grand, avec davantage de force. Généralement mes premières années de changement de catégorie je ne brillais pas, mais ça allait mieux la deuxième année.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passait à l’école pour toi ?
Maxime Richard : Bien, de mon point de vue. Je n’avais pas de difficulté à l’école, je n’avais pas beaucoup de devoirs, je faisais en sorte d’être un minimum attentif en cours pour pouvoir aller au sport dès que la journée de classe était terminée. J’ai eu de bons résultats jusqu’au secondaire.
A 12-14 ans je ne pensais pas vivre du kayak, je voulais simplement en faire. Comme tous les enfants j’ai voulu être pompier, vétérinaire, pilote d’avion etc. Mais je n’avais pas un métier en particulier qui m’intéressait.
Quand j’ai commencé à grandir et que j’ai eu mes premières sélections en équipe nationale junior ou bien même vers mes 18 ans, tous mes choix ont été dirigés par le sport. J’étais à fond dans mon projet sportif, je ne me posais pas la question de quel métier je ferais une fois adulte.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’en Belgique, ça existe les fonctionnements de pôle espoir ? Est-ce que tu en as bénéficié ?
Maxime Richard : On a une équivalence liée à un statut. Si on fait partie d’une équipe nationale, du moins coté francophone, on peut bénéficier d’un statut de jeune talent ou d’espoir sportif ou de SHN (sportif de haut niveau). Ça permet de libérer du temps supplémentaire à l’école.
Il y a aussi des écoles du sport avec de la préparation générale. Mais lorsque j’étais jeune, ça a été différent. Si je devais rater l’école pour partir en stage, l’école était compréhensive. Pour partir en compétition, pas de problème non plus. Et lors des heures d’éducation physique, je pouvais aller courir et faire quelque chose de différent mais sur décision personnelle de l’encadrant. Aujourd’hui pour les jeunes qui sont en équipe nationale, il y a vraiment des statuts plus carrés.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand as-tu fait d’autres activités en dehors du bateau ?
Maxime Richard : Un peu avant les années junior donc vers 14-15 ans. J’ai toujours couru, je faisais des cross pour l’école. Et ensuite j’ai fait de la musculation très tranquillement avec des haltères et des poids adaptés.
Les Secrets du Kayak : Comment se passe ta première compétition internationale ?
Maxime Richard : Ma première compétition internationale, ça devait être les pré-championnats d’Europe sur le Chalaux en 2004.
Mais en fait ce qui a été un passage très important pour moi, ça a été le premier stage international, celui où on s’est retrouvé sur une autre rivière que ce qu’on faisait en Belgique. C’est là que j’ai pris conscience de toutes les possibilités de notre sport, en France et dans les autres pays.
Et la deuxième étape ça a été les premières compétitions internationales où on arrive avec d’autres ambiances, plus de monde. C’était impressionnant, je me souviens avoir vu courir les équipes jeunes des autres pays.
Les Secrets du Kayak : Ça t’a motivé davantage pour gagner ?
Maxime Richard : Non, j’étais déjà super motivé. Mais ça m’a rassuré, je me suis vraiment senti à ma place, et aussi ça m’a rassuré quant à l’implication que je mettais dans le sport. Ça m’a permis de rester davantage motivé.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’à un moment tu t’es dit que ton objectif serait de devenir champion du monde ?
Maxime Richard : Oui je me le suis dit très très tôt, vers 10-11 ans. C’était mon rêve d’enfant, puis un objectif.
Les Secrets du Kayak : A ce moment là enfant, tu as une idée de ce qu’il faut mettre en place pour y parvenir ?
Maxime Richard : Non pas du tout, c’est complètement abstrait. Je n’avais pas de temps de référence, je ne savais même pas qui était champion du monde cette année là. C’est plus en discutant avec mon père, lorsqu’il me montrait de vieilles médailles ou encore des photos de compétitions que je me suis dis que c’est ce que j’avais envie de faire.
Mais je ne m’entraîne pas encore suffisamment et je ne suis pas encore assez grand pour comprendre ce que ça implique. Ça arrive progressivement. Et même lors de mes premières sélections internationales, ce n’est pas encore clair. Ça viendra après mes années junior.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu mets en place pour devenir champion du monde ?
Maxime Richard : Pour être numéro un, il faut y mettre de la motivation et de l’implication. Au delà d’un planning d’entraînement, il faut comprendre. J’avais la chance d’avoir un entraîneur à la maison en qui j'avais totalement confiance.
On comprenait comment ça fonctionnait avec moi, et ensuite le but c’était de faire du volume. Faire de la musculation, de la préparation physique générale et le tout de façon intelligente. Ce n’est pas celui qui fait le plus d’heures sur l’eau qui va le plus vite. Je pense que c’est un tout.
L’implication pour moi c’est comprendre ce qu’il faut mettre en place pour arriver à son objectif. Et tout faire pour le mettre en place. Il ne suffit pas de s’entraîner 10 heures par semaine, il faut comprendre qu’il faut s’entraîner plutôt 25 heures par semaine si on veut que ça fonctionne.
Il faut mettre en place ce dont on a besoin pour y arriver. Et ce n’est pas toujours facile de savoir ce qu’il faut faire pour y arriver. Mais j’avais la chance d’avoir mon père pour cela.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu t’entraînais seul, ou bien dans une structure d’entraînement privée ? Est-ce que tu avais des partenaires d’entraînement ? Un préparateur physique attitré ? Un préparateur mental et un kiné qui te suivaient ? Comment tu organisais toute cette implication pour atteindre ton objectif ?
Maxime Richard : Il y a des périodes dans ma carrière où je me suis retrouvé tout seul à l’entraînement. Parce qu’en fait, j’ai eu un contrat par la fédération via le ministère des sports.
J’avais des horaires d’entraînements différents des autres personnes du club. Eux s’entraînaient après l’école ou après le travail. Ça n’a donc pas toujours été facile.
Autour de cela c’est mon père qui était l’entraîneur principal mais il y avait des kinés, des tests en PPG, et en musculation, et sur ergomètre, un maximum de choses et d’analyses et d’avis complémentaires censés pour qu’on ait le bagage suffisant pour maximiser la performance.
On était majoritairement à deux, mais on discutait beaucoup avec la cellule mise à disposition pour les athlètes sous contrat et qui font des tests de laboratoire sur machines spécifiques.
Les Secrets du Kayak : Pour ces tests, en France pour les JO d’Atlanta il y a Kersten Neumann, qui est arrivé en France pour entraîner et qui a fait pas mal de tests de PPG, de musculation, de course à pieds. Est-ce qu’en Belgique vous avez aussi ce type de tests ?
Maxime Richard : On n’a pas vraiment d’équivalences similaires du moins côté francophone en kayak. On l’a fait pour nous, on s’est créé une base de données qu’on a adapté à nos besoins. On a mis nous même en place des équivalences qui nous permettaient de voir où on en était par rapport aux années précédentes et pour programmer la suite. Mais pas de façon généralisée comme en France. C’était plus spécifique et individualisé sur moi.
Je faisais de tests en musculation sur de la force max et en explosivité, et en puissance sur de la poussée et des tractions, mais aussi sur des sauts en hauteur.
Après on faisait des tests de base sur ergomètre sous forme de paliers. Et on a eu des tests d’adaptation en chambre hypoxique. Des tests en isocinétique, sur les jambes et les bras afin de contrôler les déséquilibres musculaires.
Ensuite c’était tout ce qui touchait la diète, le poids de corps, savoir où tu en étais en masse graisseuse. On le faisait une ou deux fois par an pour adapter la préparation.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu te souviens de ta VO2max ?
Maxime Richard : On en a ressorti un papier avec Nicolas Benoît qui est responsable du centre où on fait les tests sur ergomètre, qui date de 2010 et j’étais à 55 en période hivernale. On a comparé ça avec celle d’un petit jeune qui démarrait bien et qui a fait son test.
Les Secrets du Kayak : Quand tu deviens champion du monde, comment tu vis l’événement et comment tu restes motivé ensuite ?
Maxime Richard : C’était en 2010 en Espagne, je gagne le sprint, ça a été un vrai soulagement. Ça prouvait que c’était possible.
Après j’ai eu un objectif un peu différent, j’avais 22 ans il me fallait continuer. Ce qui m’a aidé c’était de faire un peu plus de course en ligne, parce que c’était un objectif conclu avec la fédération et le ministère des sports. J’avais envie de pouvoir confirmer la chose. 2011-2012 je les aient passées à faire de la course en ligne.
En 2012, je fais les sélections à Poznan, je n’avais pas décroché le quota en 2011. Mon bateau partait par la route, moi deux jours plus tard en avion. Et le conducteur de la remorque nous informe avoir eu un petit problème. Mon bateau n’était pas attaché, il s’est envolé sur l’autoroute, il s’est explosé en deux.
Ce n’était pas une super bonne nouvelle. On a appelé NELO, ils n’en avaient pas d’autres pour moi, ils ont essayé de m’en trouver un. Au final sur place, on m’a trouvé un bateau mais ce n’était pas le même modèle ni la même taille. Mentalement, ça été très dur.
Mais quoiqu’il arrive mon bateau était cassé et je m’étais entraîné, donc j’ai fait ce que j’ai pu et finalement ça a même mieux fonctionné que ce que ça aurait du. J’ai fait une très bonne course et j’ai décroché mon quota.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi s’aligner en 200m en course en ligne et pas sur le 1000m alors que tu faisais beaucoup de volume ?
Maxime Richard : En gros, quand le 200m est passé olympique pour moi c’était une mauvaise nouvelle. Parce que j’ai toujours été fan du 500m.
En 2009 en K2n on est champion d’Europe moins de 23 ans sur 1000m , vice champion d’Europe moins de 23 ans sur 500m. Le 500m c’était proche du temps en sprint de descente de rivière, donc j’aimais beaucoup. Malheureusement, le 200m l’a remplacé.
On avait des gens forts impliqués sur le 1000m, j’aimais le côté impardonnable du 200m et on s’est positionné dessus. C’était un choix. Est-ce qu’on aurait du rester sur le 1000m, on n’aura jamais la réponse. Les deux distances me convenaient.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe les Jeux pour toi ?
Maxime Richard : Je suis désolé de le dire mais je n’y suis pas allé en mode rêve olympique. Je me suis vraiment construit en tant qu’athlète, j’ai été porté par la descente de rivière et les championnats du monde qui sont ultimes en descente de rivière.
Mon rêve, c’était être champion du monde et non pas olympique. C’est devenu un objectif que dans le but d’y faire quelque chose de sympa. Je suis content de les avoir fait. Mais pour moi une participation n’est pas un objectif final, et ma prestation en tant qu’athlète aux JO elle était bonne mais pas ouf.
J’ai vécu les JO plutôt bien, mais j’ai surtout un sentiment de déception de la performance et non pas que de bonheur d’y avoir participé.
Les Secrets du Kayak : C’est pour cela qu’après tu te remets davantage à la descente ?
Maxime Richard : Je pense que pour beaucoup d’athlètes l’année post olympique est difficile à vivre. Mais je savais qu’en 2013 je basculerais sur la descente de rivière. La fédération m’a donné carte blanche, j’ai fait que de la rivière et je me suis focalisé sur les championnats du monde de 2013. Ca m’a fait du bien.
Les Secrets du Kayak : Tu confirmes ton statut de champion du monde, et tu gagnes en sprint ?
Maxime Richard : Oui, c’était une année que pour le sprint, ça s’est passé en Slovénie dans le club du seul kayakiste actuel à avoir cinq titres de champion du monde !
Donc c’était super de pouvoir y être après la médaille d’or de 2010. Et c’est l’opportunité de se confronter au rival installé depuis deux ans. C’est un bon souvenir.
Les Secrets du Kayak : On voit que tu performes davantage en sprint que en classique, est-ce que tu as une explication ?
Maxime Richard : C’était parce que la dynamique d’entraînement était plus axée sprint que classique. Donc nous on faisait le choix du sprint. Et ça avait davantage de sens avec la combinaison de la course en ligne sur le 500m.
Comme depuis toujours j’adorais ça, on a mis toute l’implication sur le sprint.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’aujourd’hui ton implication a changé par rapport au sprint envers la classique ou pas du tout ?
Maxime Richard : Aujourd’hui c’est un peu différent. Mais, en 2016 lorsque j’ai fait le doublé sprint classique sur les championnats du monde, on est dans l’optique que quand je peux aller chercher des vitesses max en descente, que la forme soit présente, et avec la période hivernale, on sait qu’on peut faire un gros résultat sur les deux descentes à condition que ce ne soit pas une classique de 18 minutes, qu'elle soit courte.
Mais il faut aussi que le sprint ne soit pas court mais sur une durée d'au moins 1 minute. Donc dès 2016 on sait qu’on peut avoir un objectif sur les deux distances.
Aujourd’hui en 2022, c’est différent puisque je n’ai pas fait de volume cet hiver.
Je sais que je peux avoir une bonne vitesse max, mais je pense que je vais faire moins de compétitions internationales cette saison. J’ai des projets différents qui font que je vais mettre moins d’implication, et faire moins d’entraînements. Je continue à aller sur l’eau.
Les Secrets du Kayak : Je voulais voir comment tu vivais aujourd’hui. Moi je t’ai connu au début sur les réseaux avec des supers photos, même exceptionnelles, tu étais sponsorisé par Redbull. Comment ça marche pour être sponsorisé par la fédération quand tu es athlète de haut niveau ? Est-ce que tu as des obligations pour avoir un contrat ?
Maxime Richard : On n’a pas de travail à prester. On a des possibilités de contrat avec l’armée. Moi j’ai eu la chance d’avoir un contrat demandé par la fédération au ministère des sports grâce aux résultats de ma première année chez les senior.
J’ai fait un podium de coupe du monde de descente de rivière, je rentrais dans les candidats à qui on pouvait le proposer. Un dossier se crée. Le ministère décide de l’accorder ou pas. C’est un contrat du premier janvier au 31 décembre.
Il y a des objectifs de résultats à prester. Tant qu’on valide à chaque saison les objectifs sportifs le contrat peut se prolonger. Si on n'y parvient pas, ils analysent pour essayer de comprendre. Moi, ça a duré douze ans.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça te permet de vivre normalement ?
Maxime Richard : Oui sans stress, il faut quand même faire ses résultats. Moi je l’ai vécu comme une chance, une opportunité. C’était à moi de tout faire pour que ça se prolonge. On ne bosse pas à la mine.
J’ai eu des saisons compliquées où je n’ai pas fait les minimas et où ça s’est quand même prolongé. Ça paie les factures, les stages d’entraînement sont remboursés, les compétitions sont aux frais de la fédération.
On ne gagne pas beaucoup d’argent mais on n’en dépense pas beaucoup non plus.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe pour te faire sponsoriser par Redbull ?
Maxime Richard : C’est grâce à mon titre de champion du monde en 2010 que j’ai pu être en contact avec eux. C’est eux qui vont vers les athlètes. C’est dans les bureaux Redbull Belgique que ça se décide. Il faut que l’athlète et la discipline correspondent à leur recherche. Ils sont venus vers moi pour me proposer un contrat.
On n’a pas d’obligation de résultats. Il y a aussi des contrats avec des obligations d’objectif mais ça se discute avec eux, c’est un partenariat, ça va dans les deux sens. Ce sont des contrats à l’année.
On discute des envies, ça peut se prolonger sur les autres années. Au niveau du contenu photos vidéos, c’est par envie de ma part de montrer le côté visuel du sport. On pratique un sport nature et visuel ça me fait plaisir de le partager.
Pour les photos, ce sont des copains qui ont du matériel pro adapté. Pour mes vidéos, je mets une GoPro Max, peu importe ce que j’ai filmé je choisis ce que j’exporte à la fin. Soit je la pose sur le casque, ou bien je l’ai en bouche, ou bien je la pose sur le bateau. J’essaie de proposer un peu de contenu dans le but de partager quelque chose que je trouve cool.
Les Secrets du Kayak : Tu es récemment devenu papa. Quels sont tes projets aujourd’hui ?
Maxime Richard : Oui on a eu un petit garçon, ça nous a changé la vie.
Moi j’ai toujours besoin de faire du kayak et de me sentir athlète. Donc même si je m’entraîne moins, je continue. J’ai besoin de me sentir performant. Par contre j’ai fait moins de volume cet hiver, ça ne sert à rien de se mentir et d’aller chercher un résultat international.
Par respect pour la discipline. Donc je vais essayer d’avoir des projets un peu plus visuels. Avoir un projet un peu plus d’aventure. Ce sont des projets prenants et intéressants.
J’entraîne aussi un petit peu. J’ai été libéré à 100 % de tout travail avec la fédération. Depuis deux ans mon contrat a évolué avec la fédération, je fais des missions pour eux. Ce sont des missions de développement, d’entraînement ou de détection.
Je serai sur la réserve même si je ne participe pas pour accompagner le groupe. Je m’occupe de leur faire une planification d’entraînement, je passe dans certains clubs une fois par mois pour organiser des stages…
Les Secrets du Kayak : Cela te semble être ce sur quoi tu vas te tourner à l’avenir ?
Maxime Richard : Cela fait deux ans que c’est prenant, j’ai envie de continuer à le faire. Ça peut être une belle opportunité que de rendre aux autres ce que le sport a pu m’apporter. Pourquoi pas inspirer les gens aussi ?
Mais j’ai besoin d’avoir mes projets à moi. Comme celui que je t’ai développé. Toute cette année 2022 je vais continuer à avoir des missions par la fédération et j’espère encore pour quelques années. Mais ça me tient aussi à cœur d’avoir mes projets.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu ferais différemment si tu devais te parler au passé ?
Maxime Richard : C’est une question que je ne me pose pas beaucoup parce que je n’ai pas envie d’avoir des regrets. J’ai toujours assumer mes choix, de ne pas avoir de regrets.
Par contre si je pouvais me parler en arrière, j’ai eu des passes difficiles. Où je me suis enfermé dans une dynamique qui ne m’a pas correspondu et où je me suis mis des objectifs qui ne m’ont pas spécialement rendu heureux en tant qu’athlète et en tant que personne.
Je pense que j’aurais eu besoin d’un accompagnement en psychologie du sport, et je le conseille à tous les jeunes de le faire. Et cela même dans les années où tout va bien.
J’ai vécu chaque année au maximum.
Vous pouvez retrouver Maxime Richard sur son compte Instagram.