Interview : Maxence Barouh

Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Maxence Barouh en décembre 2021.

Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?

Maxence Barouh : Salut Rudy, ça va bien malgré le temps gris à Toulouse, mais comme je suis en récupération je suis à la maison au chaud. Je viens de finir un bloc de trois semaines de développement donc je recharge les batteries.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que l’entraînement de descente se planifie comme l’entraînement de course en ligne avec trois semaines de développement et une semaine de récupération relative ?

Maxence Barouh : Oui, je fais de la descente de rivière. Ça dépend des périodes et de ce qu’on cherche à travailler. La semaine de récupération c’est beaucoup, moi je prends plutôt quatre à cinq jours avec des séances, sinon c’est trop long pour moi.

Les Secrets du Kayak : Comment as-tu commencé le kayak ?

Maxence Barouh : J’avais dix ou onze ans. Dans mon collège, il y avait Pierre Troubady qui était en C2. Il faisait déjà du kayak, j’ai commencé à Marsac-sur-L’isle en Dordogne. Un petit club de kayak, mais un gros club dans le monde de la descente de rivière ! Il y a beaucoup de compétiteurs depuis plusieurs générations.

Avant ça, je faisais du judo et du tennis. Je suis issu d’une famille très sportive. Mon père avait fait les JO de Los Angeles en kayak en 1984. Ma mère avait fait de l’athlétisme sur 800m. Elle a fait trois fois championne de France senior.

J’ai été obligé de faire du sport. Donc j’ai fait du judo, mais je n’aimais pas me battre, et en tennis j’étais mauvais perdant. Je ne m’épanouissais pas beaucoup. J’ai voulu arrêté et je ne savais pas quoi faire comme sport. Mon père m’a proposé de tester le kayak. Et depuis je suis resté dans le même club depuis 15 ans.

Les Secrets du Kayak : Tu as démarré directement par de la descente ? Ça marche comment pour démarrer ?

Maxence Barouh : Les premières séances lors de la première année j’ai testé toute les pratiques en kayak. Je suis passé des bateaux plastiques aux bateaux slalom, ensuite aux bateaux de rivière.

Si tu arrives à bien tenir sur un bateau sur le plat, alors peut-être tu pourras monter dans un bateau de course en ligne. Le bateau de descente, c’est déjà un CAPS à la base.

Ta pratique s’oriente plutôt sur celle que te propose ton club. On avait des entraîneurs et des compétiteurs qui s’y connaissaient très bien en descente. Je n’ai pas fait beaucoup de course en ligne, juste pour faire les régates de l’espoir. Je n’étais vraiment pas doué, ça ne m’a pas donné envie de poursuivre.

Je ne me considère pas comme quelqu’un de talentueux. Même en descente, je n’étais pas très fort non plus. Je me rappelle de la course sur le lac de Kir à Dijon, je fais ma course de 500m et à la fin je regarde autour de moi et je vois un petit blond ! On est à égalité, il doit rester 100m de course. Je me mets la dépouille pour ne pas être dernier.

En fait, c’était Paul Jean ! Un peu mon grand rival en descente.

Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu te prends au jeu du kayak alors que tu es très « moyen » ? C’est ton père qui t’a encouragé ?

Maxence Barouh : J’ai du commencer en benjamin 2 le kayak. Je pense que j’ai continué parce que les gens n’étaient pas très fort, personne ne dominait au club. Moi j’étais tout petit tout frêle alors que mes concurrents étaient mieux formés, plus costaud.

On me mettait facilement 50 secondes dans la course. Je me faisais exploser. Mais dans ma région, ça m’arrivait de gagner des courses. J’ai pris goût à la victoire. Je suis passé à l’étape supérieure même si on me battait, je devais gagner ! Mais je ne m’en donnais pas les moyens.

J’ai mis longtemps avant de m’entraîner sérieusement. Jusqu’à ce que je sois cadet 2, je « m’entraînais » deux fois par semaine. C’était un jeu, du loisir. Rien de sérieux. Mais ces victoires m’ont donné envie de gagner. J’étais insouciant.

J’ai commencé à m’entraîner sérieusement c’était avant les France en 2011. Cette année là, ils avaient eu lieu deux fois, ça devait être en préparation pour les championnats du monde en 2012 à Bourg Saint Maurice. Je n’ai pas brillé.

L’année d’après j’étais en seconde, je n’avais pas d’examen à passer, j’étais en vacances avant tout le monde. J’en ai profité pour aller faire du kayak et préparer les France. Je suis passé à deux séances par jour pendant un mois, et d’un coup j’ai progressé, je suis passé sixième aux France alors que j’étais au préalable dans le top 20.

C’est là où j’ai eu quelques soucis de pression mentale qui sont apparus.

A deux séances par jour, je me suis greffé au groupe géré par Olivier Mauras qui est toujours mon entraîneur aujourd’hui. Il préparait les jeunes en équipe junior aux championnats de France. Il savait préparer les athlètes pour les échéances nationales et internationales.

Je montais dans un bateau de descente calé pour moi, je progressais dans le matériel. J’attaquais les premières séances techniques et d’intensité et de vitesse. Je faisais des circuit-training avec des gens qui s’entraînaient vraiment.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a une progression dans les bateaux de descente qui va de pair avec ton évolution ? Qu’est-ce qui change entre ton premier bateau et ton niveau ?

Maxence Barouh : Tu ne peux pas commencer par la Rolls Royce des bateaux quand tu commences. Tu commences avec un bateau adapté à ton gabarit. Il n’y a pas de tailles différentes dans les bateaux, ce sont les formes qui vont changer. C’est à toi de t’adapter.

Quand tu es petit, tu vas être sur des bateaux un peu plus plats, qui ne vont pas trop jouer sur les gîtes, très simples à tenir. Ce ne sont pas des CAPS, c’est entre le CAPS et le bateau de course en ligne.

A l’époque mon bateau était en Kevlar, c’est une matière qui se déforme sans trop casser, idéal quand tu tapes un caillou. Si on te donne des bijoux, tu fais pleurer les entraîneurs.

Par la suite plus tu progresses, plus les bateaux vont te permettre de jouer sur les gîtes, soit avoir un peu plus de glisse sur le plat.

Mon bateau suivant glissait un peu plus, tournait un peu plus, et avait plus de volume, donc dans les vagues tu es moins submersible. C’était toujours des bateaux prêtés par le club. En cadet 2, j’ai eu un bateau un peu plus nerveux sur le plat, un Kepler, un bateau réputé en international, Arnaud Hybois en avait un.

Ensuite en junior 2, je suis passé dans des bateaux fabriqués par mon entraîneur, toujours en Kévlar carbone. J’ai mis beaucoup de temps pour naviguer proprement sans exploser un bateau.

Les Secrets du Kayak : Après ce mois intensif, tu continues sur ce rythme intensif d’entraînement ou bien tu reprends un rythme plus soft ?

Maxence Barouh : Ça va être un entre-deux. Ma sixième place était une satisfaction en rapport avec l’entraînement. Ça m’a vraiment apporté une plus-value. J’étais fier mais en sprint, alors que c’était ma pratique de prédilection, là où j‘avais davantage de facilité, j’ai eu une complète désillusion !

J’ai fait une belle erreur, mais je me rend compte que c’est possible, mais avec le stress j’ai fait un échec cuisant, je fais dans les derniers.

Je suis quelqu’un qui se rabaisse facilement, je me détruis de l’intérieur en me disant que je suis nul. Ça m’a fait mal de voir que je pouvais être très bon mais aussi très nul. Donc je me suis entraîné « un peu plus » entre trois à quatre fois par semaine au cumulé.

Quand je montais sur l’eau, c’était pour progresser. J’ai découvert les circuit-training en musculation, avec des tractions... Je n’étais pas talentueux physiquement ou techniquement.

De plus, je n’ai jamais aimé la course à pieds, comme je ne pratiquais pas, j’étais très nul. Et c’est le sport où tu te confrontes directement à toi même et ta condition physique. Ton corps te fait vite comprendre que tu n’as pas d’endurance.

Donc moi je n’en faisais pas. Si bien que pour les tests espoir, pour le 5000m je le faisais en 24min. C’est là où les autres m’ont fait comprendre que je ne pouvais pas espérer être bon au kayak si je ne savais pas courir. J’ai été forcé de m’y mettre un peu. L’année d’après, j’ai fait mieux de quatre minutes.

C’est en année de junior 1 où j’ai pris conscience de ce que je devais faire pour performer. Ce n’était pas qu’en faisant du kayak que je pouvais progresser.

Les Secrets du Kayak : Quels sont les moyens que tu te donnes vraiment pour performer ?

Maxence Barouh : La première réelle étape, c’est quand j’ai intégré le pôle espoir de Pau fin 2012.

C’est un pôle qui avait sorti beaucoup d’athlètes médaillés en descente. C’est Franck Peyrical qui nous entraînait. Il a formé Manon Hostens, Antoine Dématéis, Quentin Hostens, Antoine Sudrie.

Il fallait que j’aille au pôle pour gagner. Et je m’entraîne au moins une fois par jour en étant encadré à chaque séance.

C’était le point de départ pour toujours chercher à faire mieux. Donc on fait kayak, course à pieds, musculation, avec des séances de VMA sur pistes, du travail de puissance et de l’endurance de force.

Tout cela forge le mental. Tous ces efforts, moi j’aime bien les partager en groupe. C’est une grosse plus-value dans le développement personnel. On l’a bien vu lors du stage qu’on a effectué ensemble, il faisait –6 °C les conditions étaient tellement complexes qu’on ne peut pas se donner à 100% mais à la fin tu as le sourire parce que ce qu’on a fait on l’a partagé avec les copains. On n’a pas besoin de voyager trop loin pour en profiter ensemble.

Les Secrets du Kayak : Quand tu rentres en pôle espoir, tu deviens meilleur ?

Maxence Barouh : Oui plus ou mois en 2013, je rentre en équipe de France junior en descente. Donc j’en ai l’impression, mais quand je me compare à l’international ou comme avec Paul Jean qui dominait la discipline en descente, j’étais loin du niveau.

En plus de ça lors du championnat du Monde en Autriche j’ai attrapé la leptospirose, la même maladie que Pascal Boucherit mais en moins grave que lui. J’étais tellement fatigué par la maladie, mais je voulais absolument faire le championnat.

Mais même si j’avais été en bon état de forme, je n’aurais pas pu prétendre faire l’équivalent de Paul. Je n’étais pas numéro un à l’international en junior même si j’avais progressé.

Les Secrets du Kayak : Tu as tout de même un beau parcours, arrives-tu à un moment à être fier de ce que tu as fait ?

Maxence Barouh : Je reste un éternel insatisfait. C’est une force mais aussi une faiblesse. Je travail dessus avec des préparateurs mentaux. Pour moi, on peut toujours faire mieux. C’est une arme à double tranchant. Ça me freine dans mon plaisir personnel et dans mes préparations.

Je vais avoir tendance à voir les points négatifs au lieu de profiter de l’instant. Je travaille dessus. Et c’était déjà le cas à l’époque mais je ne le savais pas. J’étais en équipe de France mais je n’étais pas premier. C’est ce qui m’a motivé pour avancer.

Les Secrets du Kayak : Tu restes au pôle espoir, en tant qu’insatisfait comment t’entraînes-tu pour atteindre ton objectif ?

Maxence Barouh : En kayak une fois que tu passes les 18 ans tu passes en senior, et donc tu n’as plus accès au pôle espoir. Moi je suis entré en équipe de France junior, j’avais accès au pôle France soit à Cesson-Sévigné soit à Toulouse. Mais on aurait pu me demander d’aller à Lille c’était pareil.

Je faisais le choix de progresser dans un pôle France, je n’ai pas réfléchi, j’ai saisi l’occasion. J’ai pris le pôle de Cesson-Sévigné, j’étais entraîné par Nicolas Laly qui a fait sortir de grands champions. Pour moi c’était une chance énorme. J’y suis resté cinq ans.

Tu passes un pallier supplémentaire en pole France senior. Tu fais deux séances par jour avec trois séances minimum de musculation dans la semaine, deux courses à pieds dans la semaine sans compter les petits bonus.

Forcément je progresse. Et le coach te suit en bateau moteur pour t’encadrer et te motiver. C’est un tout autre standing, on te pousse à être meilleur. D’années en années, tu apprends sur toi et sur l’entraînement. La motivation plus tu l’entraînes plus elle grandit, plus ça va t’aider.

Les Secrets du Kayak : C’est quoi l’investissement pour toi ?

Maxence Barouh : Dans mon projet de sportif, j’étais investi. Toutes les démarches effectuées prouvent cette motivation interne à la performance.

La réelle question pour moi, c’est qu’est-ce que le haut niveau ? Ma perception du haut niveau n’a fait qu’évoluer avec un investissement sur tous les points que tu vas pouvoir toucher et utiliser en kayak.

Comme tu le soulignes toi-même dans ton travail, ça peut passer par le sommeil, la nutrition, la course à pieds, la musculation, le kayak, la préparation mentale, ton entourage familial ou autre.

Tout ce que tu vas pouvoir toucher dans ta vie sont des paramètres pour être meilleur en kayak. Plus jeune j’étais moins à cheval sur tout cela. Tout ça te permettra au final de gagner des secondes, des centièmes…

Les Secrets du Kayak : Aujourd’hui sur quoi tu t’investis le plus pour continuer à progresser ?

Maxence Barouh : J’aimerais dire tout ! Je pense que c’est compliqué de retirer les œillères que tu peux te mettre. Je suis quelqu’un d’introspectif. Je fais régulièrement des autos-bilan. C’est compliqué d’avoir un retour objectif sur soi même.

Je fais essentiellement du kayak pour développer la qualité physique et technique pour être prêt de manière optimale pour les sélections aux championnats du Monde.

La nutrition est un facteur sur lequel j’arrive après des années à jouer dessus. Je peux très facilement prendre du poids si je ne fais pas attention. Quand tu arrives sur une course et que tu as deux kilos de trop à tirer, tu te tires une balle dans le pieds.

J’ai fait pas mal de tests en préparant les championnats de France. Aujourd’hui, je me connais parfaitement pour perdre ou gagner du poids.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu aurais encore des pistes d’amélioration à creuser pour continuer à performer ? Moi je constate qu’en musculation quand tu reprends les barèmes de l’ICF tu as un très bon niveau de force. Est-ce qu’il y a des axes de travail que tu n’as pas encore testé ?

Maxence Barouh : Il y a des choses sur lesquelles je ne vais pas pouvoir jouer beaucoup plus comme la nutrition, sauf au niveau de la nutrition pendant l’entraînement. Edwin Lucas met pas mal en évidence la nutrition intra-séance, l’hydratation etc.

Pour moi quand tu arrives affûté sur une course, tu n’as plus de kilos à perdre, sinon tu vas perdre du muscle.

L’éternel insatisfait que je suis va te répondre qu’il faut que je développe mon potentiel en course à pieds et en musculation. Le haut niveau de performance, je me compare à certains athlètes qui poussent plus en musculation et qui sont meilleurs en course à pieds. Donc le but, c’est de me développer davantage pour être meilleur en kayak.

Je pense aussi que le plus compliqué en kayak, c’est la technique. C’est un sport de glisse, et comme on a déjà pu en parler le but c’est de faire avancer ton bateau par la pagaie mais aussi en transmettant de la force que tu créé dans l’eau et dans le bateau pour maximiser l’avancement.

Quand tu regardes des vidéos, et surtout en course en ligne, ce n’est pas toujours le plus musclé qui va gagner. Je pense que certains ont des finesses techniques très élevées ce qui fait qu’ils ont un avancement énorme.

Pour moi, c’est le plus important que d‘avoir une justesse dans la précision de tout ce qui peut faire avancer le bateau. Je dois optimiser la technique en kayak.

Les Secrets du Kayak : Moi je trouve que tu es déjà bon en course à pieds, en musculation, est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer que tu t’ouvres à un autre sport dans lequel tu débutes dans le but d’avoir par la suite une progression qui te permette d’avoir d’autres billes dans ton fusil ?

Maxence Barouh : C’est intéressant que de s’ouvrir à d’autres sports qui peuvent apporter des outils transférables pour le kayak. Tout cela ne peut être que théorique jusqu’à ce qu’on essaie.

La natation par exemple, je ne suis pas excellent mais je ne suis pas mauvais non plus. Je n’en fais pas énormément parce que pour moi ce n’est pas le sport qui va me faire progresser le plus pour le kayak.

En natation, tu as un appui dans l’eau qui va être mou. Ça ne vas pas trop m’intéresser pour le côté choc et glisse dans l’eau. Mais à l’inverse pour la respiration et la ventilation ça peut être intéressant.

Pour moi la course à pieds est importante pour le travail de la VO2, d’aérobie et le travail de gainage de la chaîne musculaire pour retransmettre la force de ton corps pour avancer. C’est le travail que je recherche dans le kayak.

Dans le même ordre d’idée je fais du ski de fond, mais pas énormément. C’est plutôt une opportunité sportive pour développer la charge aérobie dans la saison hivernale et pour nous faire sortir du kayak, pour renouveler la motivation avec la reprise en janvier.

On fait des sortie longues pour favoriser l’aérobie basse intensité, le travail respiratoire, les échanges gazeux... ça te fait du bien que de revenir ensuite dans ton élément. Mais pour moi ce n’est pas en une semaine de ski de fond que tu développes des habilités en ski ou même aérobie. On ne fait que gratter la surface de ce qu’on pourrait développer.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu penses que le haut niveau passe aussi par le fait de comprendre ce qu’on fait ?

Maxence Barouh : J’ai fait licence STAPS et un DEJEPS kayak. Je comprends assez bien ce que je fais et pourquoi. Pour moi, c’est un prérequis pour ma pratique personnelle.

Mais je pense que tu n’as pas forcément besoin de comprendre ce que tu fais pour réussir. Il y a des types d’athlètes qui vont fonctionner comme une machine. Le haut niveau c’est croire à fond en ce que tu fais, mais il faut que ce soit bien fait.

Ce n’est pas en mangeant des burgers et en faisant n’importe quoi tous les jours que ça fonctionne. Quand tu as un plan d’entraînement réfléchi et adapté, croire en ce que tu fais à fond c’est la clé de la performance.

Dans ma pratique en revanche, j’ai besoin de comprendre ce que je fais. Je ne peux pas me lancer en me disant «  je pense que ça va le faire ». Il me faudra toujours un objectif pour chaque séance et pour que toutes les actions mises en place aient du sens.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu es suivi par un préparateur mental, un kiné, un ostéopathe régulièrement, par des personnes qui vont t’aider à prendre soin de toi ?

Maxence Barouh : En kiné et ostéopathe oui, je suis suivi par Caroline Leprunier qui pratique à Toulouse. Qui s’occupe beaucoup de kayakistes, qui est la compagne d’Edwin Lucas. Donc on fait d’une pierre de coup avec nutritionniste et kiné. Elle me suit depuis trois ans.

Quand j’ai des questions, je lui fais un message pour lui demander des conseils afin de ne pas perdre de temps.

En suivi mental je suis accompagné par Nathalie Gatineau, qui a fait des études en psychologie, c’est de l’accompagnement mental. J’avais aussi fait un suivi psychologique avec Hugo Cailhol.

Les Secrets du Kayak : Cette saison est réussie pour toi, tu es champion d’Europe, vainqueur en coupe du Monde, quels sont les objectifs qui te rendraient satisfait ?

Maxence Barouh : Devenir champion du Monde à Treignac ça me plairait. C’est l’objectif. Je suis champion d’Europe en classique donc j’en suis assez fier. Mais quelques jours après, je suis vice-champion d’Europe en sprint, donc j’arrive à jouer sur les deux tableaux.

Mais je reste un éternel insatisfait. Et cette année, je suis enfin monté sur le podium aux championnats du Monde de sprint.

Cette année à Treignac aux championnats du monde, il va y avoir les deux distances, je veux gagner la classique et le sprint. J’ai le physique et la technique pour y parvenir. Et cette rivière je la connais bien, je la pratiquais plus jeune avec mon père, j’y ai déjà nagé huit fois.

C’était mon premier stage en eau-vive. Rien est gagné, il y a des sélections équipe de France très relevées. En France, on est connu pour faire des championnats du Monde de grandes envergures. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le vivre en France.

Les Secrets du Kayak : Quelles sont les raisons pour lesquelles tu fais un peu de course en ligne ? Tu pourrais rester sur ton bateau de descente sur le plat ?

Maxence Barouh : Ma pratique de haut niveau et l’ensemble de ma carrière est basée sur le plaisir, peu importe que ce soit pour le bateau, faire un trail... forcément il y a des moments moins plaisants que d’autres.

Je pars sur ce plaisir pour faire toutes sortes de disciplines de kayak. Mais en course en ligne, je trouve deux facteurs importants qui m’ont beaucoup aidé en 2018 parce que tu es dans un bateau beaucoup plus fin, plus instable qui va demander plus de proprioception gestuelle pour rester à plat et bien glisser.

Donc le travail postural est important. Tu es aussi plus haut dans le siège, la posture va être plus engagée, tu vas développer de plus gros leviers avec de grosses pales.

En course en ligne le bateau engrange bien plus de vitesse qu’en descente. Avec une vitesse plus haute, je vais avoir plus de mal à mettre en place une technique qui va me permettre d’avancer à chaque appui comparé au kayak de descente.

Pour moi, la transmission et la chaîne musculaire est plus complexe en course en ligne. En slalom, je vais retrouver deux choses qui se complètent. Le jeu avec le corps, activer des dissociations musculaires pour faire appuyer le bateau. Tu y appliques des principes physiques que tu n’as forcément en course en ligne ou en descente.

En slalom, le travail de l’appui est hyper intéressant pour la descente. Rentrer dans un contre-courant pour t’en sortir, ton seul appui c’est ta pagaie. Tu vas travailler différents types d’appuis sans sortir ta pagaie de l’eau. Pour moi c’est une plus-value.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu vas aussi vite en kayak de descente qu’en kayak de course en ligne comparé à la même fréquence de coup de pagaie ?

Maxence Barouh : Oui, le but c’est d’aller plus vite en kayak de course en ligne. Il y a une époque ce n’était pas le cas. Sur une séance d’EB1 en ligne, je peux gagner entre 0,5-1 km/h. Il y a des athlètes qui peuvent monter jusqu’à 14km/h en terme de vitesse.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des sujets que tu voulais aborder ?

Maxence Barouh : Je ne sais pas. Je me suis laissé guidé par tes questions.

Je n’ai pas répondu à l’après Treignac. Si je suis champion du monde, est-ce que je m’arrête ? Non. Je m’épanouis trop pour arrêter le kayak. Mais je me laisse l’opportunité du choix. Il faut déjà que je sois champion du monde.

Peut-être que je pourrais m’essayer à la course en ligne, c’est une discipline différente, j’affectionne plutôt bien les courses d’équipage. De là à dire que je ferais les Jeux, c’est trop loin et abstrait pour moi.

Ma ligne de conduite c’est on fait les choses bien sinon on ne les fait pas.

Moi j’écoute bien tous tes podcasts et je suis assez honoré d’en faire partie !

J’espère revenir un jour pour un acte 2 pour faire un débriefing après carrière ;)

Vous pouvez retrouver Maxence Barouh sur son compte instagram.

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