Interview : Mathieu Goubel
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Mathieu Goubel en décembre 2021.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Mathieu Goubel : Très bien merci Rudy. Je suis ravi de participer à ce podcast, j’en ai écouté pas mal. Je trouve que tu fais un beau travail d’exploration de notre historique et de la performance dans le canoë-kayak. Je t’en remercie.
Les Secrets du Kayak : J’ai une question un peu « drôle » : je constate que tu es du nord comme beaucoup de kayakistes et de céistes. De ce que j’ai compris lorsqu’on commence le canoë, on tombe très souvent à l’eau. Je me demandais donc comment cela se fait-il qu’on commence par le canoë dans le Nord ?
Mathieu Goubel : Je n’ai pas commencé par le canoë pour ma part. J’ai commencé par le kayak, et jusque benjamin je faisais des compétitions régionales. Je suis passé canoë parce que je suis issu d’un club avec une culture canoë énorme, le club de Boulogne-sur-Mer. A l’époque, on avait des grands champions de canoës. Donc j’ai voulu faire comme les grands.
J’ai commencé le kayak à l’âge de dix ans. J’étais déjà grand et bien costaud. Vers 16-17 ans, j’ai bien grandi et au fil du temps je me suis épaissi.
Je suis l'enfant né d’une prof d’EPS et d’un père kiné sportif. Donc petit, j’ai fait pas mal de gymnastique et de natation. J’étais de caractère turbulent. On m’a proposé d’essayer le canoë. L’idée d’être dans la nature, les grands espaces, faire ce qu’on voulait, ça me plaisait.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu t’es rapidement distingué par rapport aux autres, ne serait-ce par ton gabarit ?
Mathieu Goubel : Je ne sais pas trop. Je n’étais pas en mode sport de compétition. Je voulais me dépenser avec des copains. On allait faire de la mer, de la rivière tous les mercredi et samedi.
J’étais un peu plus grand que les autres, mais les compétitions n’étaient pas ma motivation première.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu penses que d’avoir fait un peu d’eau-vive ça t’a aidé par la suite ?
Mathieu Goubel : Je n’en ai pas fait beaucoup, mais j’ai touché à tous les milieux. La polyvalence permet de passer des caps à un moment donné où tu es bloqué par la technique ou ton aisance. Ça permet d’acquérir une coordination et une stabilité qui t’aide.
Ma première séance de canoë c’était en benjamin 2, il y avait Sylvain Hoyer et Régis Scotté, on essayait de faire comme les grands. J’ai fait couler le bateau. On l’a récupéré avec un grappin.
C’était un vieux bateau en résine. C’était en fin de compte des séances de kayak-canoë-natation. Donc avec les copains on faisait tout le temps du canoë. Ensuite, j’ai fait du canoë de course en ligne.
Les Secrets du Kayak : Comment s’est passé ta progression en terme de canoë ? Combien de temps tu as mis pour tenir dans un vrai canoë ?
Mathieu Goubel : Tout de suite, je suis passé dans un canoë Delta. C’est dur au début, on s’y habitue.
On faisait beaucoup de kayak-polo. Au début l’entraînement, je suivais la dynamique du club jusqu’à mes 15 ans. J’aimais bien faire les compétitions, j’ai fait les championnats de France minimes. On a fait des médailles en C4. On faisait tous les podiums.
Mon équipier c’était Anthony Soyez, entraîneur de canoë aujourd’hui. On avait une grosse dynamique de pagayeurs et on n'était pas mauvais.
Les Secrets du Kayak : Pourquoi le C4 a disparu ? Quelles étaient les distances en C4 ?
Mathieu Goubel : Au niveau français, il y a encore du C4. Le C4 c’est comme en kayak, l’équipage c’est magique. On a des grosses sensations de vitesse et une collaboration entre équipiers.
Au niveau international ce qui pêche, c’est que ce n’est pas olympique. Du coup c’est dur d’inscrire des bateaux.
En C4, deux personnes pagayent à droite et deux à gauche en alternance. Les places sont comme en K4. Quand j’étais senior il y avait de belles courses de C4.
En 1999 j’ai eu la chance d’avoir été sélectionné pour courir les championnats du monde en C4 avec Sylvain Hoyer, Yannick Lavigne et Jean-Gilles Grare.
J’ai passé un été avec eux où j’ai beaucoup appris, et on a fait les championnats du monde avec une médaille à la clé.
Les Secrets du Kayak : A partir de quand tu as pris goût à la compétition ?
Mathieu Goubel : C’est quand j’étais cadet 1 j’ai fait une finale B, j’étais dégoûté. L’année suivante j’ai tout gagné, et ensuite j’ai pu intégrer la section sportive au lycée Mariette, Didier Hoyer s’est occupé de nous et j’ai vraiment accroché.
J’avais l’envie de progresser, il y avait une bonne émulation, et on a eu une culture de l’entraînement par notre entraîneur.
En junior 1, je fais les championnats du monde mais on n’était pas au niveau. Puis en junior 2, j’ai tout gagné. Aux championnats d’Europe, j’ai été en galère avec un gros vent de gauche contre un croate. Mais il faut aussi savoir faire avec les conditions.
Il n’y a pas de tests pour te dire si tu te places par la droite ou la gauche, tu fais comme tu le sens.
Les Secrets du Kayak : Tu es multidisciplines, est-ce que tu continues à t’entraîner en dehors du bateau ?
Mathieu Goubel : Dans notre sport ,pour être fort il faut développer des compétences venues d’autres sports. A côté du canoë, je fais de la course à pieds, de la musculation, de la natation, du vélo. J’adore faire du sport.
Les Secrets du Kayak : Tu fais quelles études parallèlement à ta carrière ?
Mathieu Goubel : Ma première année de STAPS, je l’ai faite à Boulogne, et ensuite je suis allé à Vaires-sur-Marne à l’INSEP en 2000. Je fais Licence, Maîtrise, BE1 BE2 et je fais le concours de professeur de sport que j’obtiens en 2006.
J’ai fait toutes les formations sportives possibles.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui change quand tu entres à l’INSEP ?
Mathieu Goubel : A Boulogne, ce n’était qu’une section sportive. Moi je pensais que je ferais tout à Boulogne. L’entraîneur a voulu me donner de l’autonomie, au début je l’ai eu dur. Ensuite je me suis organisé.
Compliqué de s’entraîner deux fois par jour avec le STAPS. Ensuite d’aller à Paris et d’être suivi par un entraîneur, intégrer le groupe avec les canoë français etc, c’était une réelle plus-value. Il fallait que je bouge pour progresser.
Mais je n’ai pas retrouvé de suite l’émulation que j’avais à Boulogne. C’est venu par la suite. En 2001, Didier Hoyer et d’anciens collègues de Boulogne sont arrivés à l’INSEP et les entraînements envoyaient du lourd.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que toutes les séances étaient dures ou pas ?
Mathieu Goubel : On faisait beaucoup de séances dures. On avait la culture de s’entraîner dur et fort. Pouvoir m’engager fort sur chaque séance c’était mon point fort.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui change en terme de contenu d’entraînement entre Didier Hoyer et Fredéric Loyer ?
Mathieu Goubel : On avait la culture de Kersten Neuman, avec des plans d’entraînement allemand, même si avant lui on faisait déjà plus ou moins la même chose, le vocabulaire en moins.
Les Secrets du Kayak : Tu as mis un peu de temps à avoir tes première médailles ?
Mathieu Goubel : Il y a toujours eu des moments sympas sans médaille. En 2004, je fais huitième aux championnats d’Europe, j’ai failli partir aux JO mais je n’ai pas été sélectionné. Il n’y avait qu’une place aux rattrapages.
Le groupe de l’INSEP s’est dissout, tout le monde est parti dans son coin. Je me suis recentré sur moi, une nouvelle équipe d’entraîneur est arrivée avec Christophe Rouffet, François During, Jean-Pascal Crochet et Olivier Boivin.
On a refait du boulot de base. Je me suis concentré sur la technique. En 2007 ça commence à être pas mal, et en 2008 je suis champion d’Europe.
Les effets bénéfiques du travail ne se manifestent pas en instantané, mais souvent l’année suivante.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qu’il te manquait techniquement ? Qu’as tu travaillé ?
Mathieu Goubel : Essentiellement, la coordination et l’avancement avec les jambes. Synchroniser l’accroche dans l’eau et le travail des jambes. Au canoë, tes hanches sont libres donc le mouvement est plus complexe qu’en kayak.
Cette coordination se joue vraiment à pas grand-chose, il faut le faire au bon moment avec la bonne force, et il faut que les jambes assument l’appui que tu mets dans la pagaie. Je mettais trop de force avec le haut du corps et toute l’énergie ne se transmettait pas dans mon bateau. Ça m’a demandé beaucoup de travail.
Les Secrets du Kayak : Dans le kayak il y a le débat que de travailler les jambes ou pas. En canoë tu n’as pas le choix. Est-ce que tu étais fort en musculation ? As tu travaillé à avoir un niveau de force homogène ?
Mathieu Goubel : Non, je n’ai pas cherché à développer les jambes. Je ne voulais pas mettre lourd sur les barres pour ne pas me blesser mais j’en ai toujours fait. Je courais, je faisais du vélo, je n’étais pas focus en haltéro. J’ai davantage fait du travail spécifique et de la technique.
Les Secrets du Kayak : Tu as fait du travail d’éducatif comme il en existe en kayak ?
Mathieu Goubel : Oui j’en connais plein, et j’en fais toujours autant. Je continue de faire du canoë. J’adore mon sport. Je continue à naviguer quand je peux deux à trois fois par semaine.
J’ai conservé mes bateaux, mes pagaies. J’aime toujours monter en stage avec les athlètes. Même si je ne vais plus aussi vite. J’ai perdu la coordination sur la cadence.
Les Secrets du Kayak : Comment se passe pour toi les Jeux de 2008 ?
Mathieu Goubel : Avec mon collègue Bertrand, on a continué à bien s’entraîner, avec William Tchamba et Olivier Boivin. On arrive aux championnats d’Europe. Je voulais récupérer le quota. J’abordais les JO comme un jeu, faire du mieux que je pouvais sans pression. Juste faire la meilleure performance possible.
J’ai préféré faire le 500m parce qu’on a la culture du 500m en France, c’est ensuite que j’ai appris à progresser sur le 1000m.
J’avais pas mal côtoyé les anciens athlètes qui ont fait les JO. Donc quand j’arrive aux JO c’était une compétition comme une autre.
Les Secrets du Kayak : Tu finis quatrième, tu étais loin du troisième ?
Mathieu Goubel : Quand tu regardes de près, c’était clair que je n’étais pas à la photo finish sur le podium. Faire quatrième alors que l’année d’avant j’étais deuxième de la finale B ! J’avais fait un bon temps, et donc je passe quatrième aux Jeux, c’était fort.
Les Secrets du Kayak : Souvent c’est d’une déception que renaît la motivation et l'envie de t’investir ! Tu arrives tout de même à te remotiver ensuite ?
Mathieu Goubel : Oui tout de suite ! Je n’avais pas envie de faire de pause. J’ai fait une coupure mais dans ma tête j’étais déjà réengagé. L’année 2009 c’est ma meilleure saison. J’ai fait trois médailles aux championnats du monde.
Il y existait le relais on n’avait pas à se préparer c’était la médaille qui finissait bien la compétition pour moi. Je fais vice champion du monde cette année là aussi.
Jusque 2012, je suis allé chercher un maximum de médailles. Je m’investis toujours à fond. Il y a des moments ça marche d’autres ça ne marche pas, sans que je puisse l’expliquer.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’en 2008 tu identifies des points à travailler encore pour continuer de monter en niveau ?
Mathieu Goubel : Oui comme les protocoles de course, la construction de la course, économiser de l’énergie pour avoir de bons résultats. Essayer d’être un métronome dans la gestion de mon énergie.
J’avais une cadence type que j’essayais de tenir jusqu’à la fin. Je comptais mes coups de pagaie, ça me permet de savoir où j’en suis mais ça demande une énorme concentration. Ca va jusqu’à visualiser ton coup de pagaie.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu mettais des choses en place autour de l’entraînement pour essayer de mieux performer ?
Mathieu Goubel : Je ne me faisais pas aider sur ce genre de chose. J’essayais de le faire moi même. A chaque fois que j’allais voir un préparateur mental, ça ne me faisait pas sens, ça ne m’apportait pas grand-chose. J’aurais certainement dû creuser un peu plus.
Mais au travers de mon cursus de formation, la construction de chacun de mes coups, savoir ce que je faisais, à quel moment, quel muscle était sollicité, ... je n’ai pas de regret à ce sujet. Ça faisait parti de mon entraînement.
Je m’entraînais beaucoup, j’allais voir le kiné. Après pour l’alimentation je faisais attention d’avoir quelque chose d’équilibré. Pour moi c’était du carburant que je mettais dans mon corps. Je n’allais pas voir de personnes extérieures à mon staff.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as déjà eu des blessures, des douleurs à l’entraînement ?
Mathieu Goubel : Je n’ai jamais été blessé dans ma carrière, j’ai juste eu un problème de genou suite au cartilage. Je n’ai quasiment jamais dû m’arrêter de m’entraîner à cause d’un pépin. Je faisais beaucoup de musculation et du renforcement. Je voulais être solide.
J’ai dû avoir une tendinite, c’est tout. J’aimais bien faire de la perf en musculation que ce soit des circuits de force endurance, de la puissance ou de la force max.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y avait des tests pour les céistes ?
Mathieu Goubel : Non c’était les mêmes tests que pour le kayak. J’étais plutôt bon il me semble. Avec Kersten, j’étais tout de suite dans les meilleurs.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe après 2009 ?
Mathieu Goubel : Bien. Un truc qui m’a bien aidé dans ma performance, c’est aussi le fait que j’ai eu le concours de prof de sport en 2006, ça m’a libéré dans la tête. J’étais nommé dans Les-Hauts-de-France, j’étais détaché entre 80-90 % pour m’entraîner.
La pression sociale en moins, être certain d’avoir un travail derrière, ça m’a permis de vraiment me concentrer sur l’entraînement.
Le travail a payé jusque 2009 et ensuite 2010-2011 j’engrange des médailles et je prépare comme ça les JO de 2012. L’équipe autour de moi était un peu compliqué. Olivier Boivin a arrêté en 2008, c’est François During qui m’a suivi, mais je suis parti m’entraîner à Lille.
Je m’entraîne beaucoup tout seul sauf quand je pars en stage. En 2012, il y a Anthony Soyez qui vient compléter l’équipe en tant que consultant. Je voulais un entraîneur spécifique canoë. Mais mon staff était assez réduit.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu penses que c’est important d’avoir un entraîneur spécifique à la discipline ?
Mathieu Goubel : Oui à fond. Mais moi, le travail fait avec François était super. Tout ce qui est accompagnement spécifique de la préparation à la performance, il est fort pour s’occuper de ça.
Mais tous les deux, on reconnaissait que parfois un entraîneur spécifique de kayak ne pouvait pas voir certaines choses dans le canoë, notamment quand on parle de la finesse du coup de pagaie.
Les Secrets du Kayak : Du coup ça fait quoi de se faire entraîner par son pote ?
Mathieu Goubel : Moi j’étais à l’écoute de ce qu’on peut m’apporter. Même si je sais faire mon entraînement parfois j’ai besoin de l’avis extérieur pour me dire ce qu’il voit.
J’avais besoin de quelqu’un qui prend du recul pour moi et qui puisse me guider. Le fait que ce soit mon pote j’avais confiance en lui, et les idées étaient pertinentes.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe les Jeux de Londres ?
Mathieu Goubel : Compliqué car je suis parti des championnats du monde sans le quota. C’est un moment qui n’est jamais simple pour le staff dans les choix à faire. On nous a annoncé qu’on ferait les rattrapages en biplace. Donc mon projet mono-simple est passé à la trappe.
J’ai du donc former un équipage, je l’ai fait avec Mathieu Beugnet avec qui j’avais déjà fait des championnats du monde en C2. Ça été très dur de choisir entre lui et William Tchamba.
Je continue de préparer le C1. On fait les sélections équipe de France, je gagne tout. J’ai donc demandé de faire le rattrapage en mono. Je récupère mon quota avant les rattrapages.
Je fait quand même les rattrapages avec Mathieu et on fait deuxième, il n’y avait qu’une place. Donc pas de quota ouvert en C2. Mais j’étais pris en C1. C’est cette partie politique du sport que je n’aime pas. Je n’en veux pas au gens, chacun a fait comme il pouvait.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ta femme fait du canoë-kayak ? Elle était d’un soutien sans faille ?
Mathieu Goubel : J’ai une femme en or. Elle n’est pas compétitrice, elle aime le sport, elle m’a toujours encouragé, accompagné. C’est grâce aussi à elle que j’ai pu durer aussi longtemps.
Les Secrets du Kayak : Quand tu vas à Londres, tu y vas dans quel but ?
Mathieu Goubel : J’y vais pour gagner. Après ce passage compliqué, je suis reparti dans mon projet de mono. Je fais des médailles en coupe du monde, je fais vice champion d’Europe sur le 1000m, je gagne le C1 5000m. Le projet était clair pour les JO.
Toutes les phases de qualification se passent parfaitement. Et au moment de la finale, je pars pour gagner. La course part, le tempo, la cadence tout se passe bien, sauf que l’allemand accélère, je ne veux pas le laisser passer.
Je le connais par cœur, je me crispe, mais je n’arrive pas à me relâcher pour finir la course et donc je finis cinquième. Je devais juste aller chercher la victoire. Mais je ne regrette rien.
Ensuite je fais le 200m, ce n’était pas prévu, j’y suis allé les mains dans les poches. Et ça se passe très bien. Je gagne ma série, je me sélectionne en finale et je fais septième mais requalifié sixième alors que je n’étais pas sprinter. Pour le 200m, mes coups de pagaie n’étaient pas optimisés.
Après les JO de Londres, je n’ai pas eu ce que je voulais donc j’envisageais les suivants. J’avais le soutien de mon épouse pour aller chercher les JO 2016 mais j’étais aussi sur un projet de famille. Et je voulais aussi transmettre mon savoir aux jeunes. J’avais toujours autant la motivation.
2013-2014, je fais encore des médailles sur les grands rendez-vous.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu arrêtes, puisque tout se passe bien ?
Mathieu Goubel : Tout se passe bien mais en 2015 il faut passer les quotas, je fais la place juste avant, donc rattrapage. Mais je voulais être fort pour les JO.
Tout l’hiver je m’entraînes fort, notamment avec Attila Vajda un hongrois plusieurs fois champion du monde. On fait un stage au Portugal où à chaque séance c’était la guerre. J’arrive aux sélections pour les JO et juste avant on apprend qu’on perd le quota comme en 2012. On récupère le quotas que j’avais fait à la redistribution. Et je me suis fait battre par deux fois par Adrien. J’étais cuit, dégoûté, donc je ne suis pas parti aux JO.
J’étais content pour Adrien, il le méritait. Il fait les coupes du monde, et je fais en sorte de lui donner toutes les billes pour progresser vite.
Après 2016, je me suis posé la question de refaire une saison pour me refocaliser. Pour les gens, ça semblait évident que je m’arrête. Moi je suis allé quand même aux sélections, et j’ai gagné.
On a mis en place une politique d’équipage catastrophique sur les coupes du monde. Derrière, je fais les championnats d’Europe. Je prends un peu de recul pour savoir ce que je veux. Je me suis arrêté aux championnat d’Europe.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu te voyais encore progresser durant ces années là ?
Mathieu Goubel : Non. En 2016, j’avais envie d’être bon, il me fallait optimiser les secondes. Mais en 2017, je me suis rendu compte que le prix à payer pour y arriver, je n’étais plus prêt à le payer.
Faire du sport je pouvais toujours en faire mais je n’avais plus la mentalité pour aller chercher des médailles. Mais j’ai arrêté après avoir gagné mes sélections, j’étais content.
Les Secrets du Kayak : Tu parlais d’un stage avec Vajda au Portugal. As-tu fait d’autres stages avec les étrangers ? Qu’est-ce tu en as retenu ?
Mathieu Goubel : J’ai fait plusieurs stages en Floride avec les canadiens, avec Attila, et des allemands. Les cultures de l’entraînement ne sont pas les mêmes que les nôtres, et j’y ai trouvé de l’émulation parce qu’en France je n’en avais pas beaucoup. Moi j’aime me bagarrer. J’étais considéré comme quelqu’un qui jouait le jeu tout le temps.
J’en retiens des moments de vie de haut niveau dans des endroits super sympa. La construction de la saison restait la même, mais celle des séances était différente. Il y avait peu de séance d’EB1. Le travail était induit par le temps de travail et le temps de récupération.
Au début c’était compliqué, je pensais que ça serait tranquille, j’ai eu un petit choc culturel puis je m’y suis fait.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu fais comme reconversion professionnelle suite à ta retraite dans le kayak ?
Mathieu Goubel : Depuis 2006 j’étais conseiller technique des Hauts-de-France. Je peux remercier le monde du canoë-kayak de la région. A partir de 2017 je prends les fonctions de CT et j’intègre le staff équipe de France. Donc pour les championnats du Monde de 2018, c’est moi l’entraîneur des canoës.
J’intervenais sur les stages et les échéances. J’étais en contact avec les entraîneurs des structures pour préparer les athlètes. C’est quelque chose que je voulais faire, ça s’est inscrit dans la continuité de mes projets. J’ai fait ça un an, puis c’est Anthony Soyez qui a repris le poste. Je suis parti sur les équipes jeunes hommes et dames.
Aujourd’hui, je passe à 100 % entraîneur des para-olympiques. On veut développer un projet collectif et non pas des individualités. Créer de l’émulation. Il y a des entraîneurs référents. Même si on a trois athlètes affiliés, on se retrouve à gérer aussi les trois autres.
La préparation des paralympiques est assez spécifique, on met tout en place pour qu’ils puissent se préparer pour les prochaines olympiades dans les meilleures conditions possibles pour naviguer, embarquer et s’entraîner. On mise sur le collectif pour progresser. Il y a 154 jours de stages prévus cette année.
Les Secrets du Kayak : Y avait-il d’autres sujet que tu voulais aborder ?
Mathieu Goubel : Je pense qu’on a fait le tour de ma carrière. Je ne regrette rien. On peut toujours faire mieux, peut être qu’il y avait d’autres outils qui auraient pu me servir.
En tous les cas, je me suis éclaté dans ma carrière, j’ai rencontré plein de gens. J’ai duré jusqu’à 37 ans et maintenant j’ai envie de partager mon expérience avec les athlètes, qu’ils s’amusent pour progresser.
Et je me suis mis au jujitsu brésilien. J’avais envie d’essayer un nouveau sport. Je progresse bien et j’aime beaucoup leur culture du respect de l’adversaire. Et l’été je fais de la chasse sous-marine, aller sous l’eau, apprendre à se contrôler c’est vraiment sympa.
Je reste attaché au kayak, quand on me sollicite je réponds toujours avec un grand plaisir.
Vous pouvez retrouver Mathieu Goubel sur son compte Instagram.