Interview : Nicolas Maillotte

Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Nicolas Maillote en décembre 2021.

Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?

Nicolas Maillotte : Ça va très bien après des fêtes de fin d’année passées en famille. J’ai un peu trop mangé, bien bu comme un bon français.

Les Secrets du Kayak : Cela fait un moment que je te cours après, je suis bien content de t’avoir sur le podcast. J’aimerais revenir sur ton parcours. Comment as-tu commencé ?

Nicolas Maillotte : J’ai commencé le kayak par dépit. J’ai développé une culture sportive grâce à mes grands-parents. Je faisais du vélo, de la natation, du tennis, du foot en club. Et à seize ans, le médecin m’a dit que le sport c’était fini.

J’avais grandi trop vite, les genoux coinçaient. Moi arrêter le sport ? Ce n’était pas possible. Il a fallu trouver une discipline où on utilise moins les jambes.

J’ai commencé à 16-17 ans le kayak. Donc dur au début, j’ai commencé par la rivière, j’étais sur le secteur de Dijon, le CNBD. Pas mal de sportifs sont partis dans le club concurrent de Dijon quand je suis arrivé.

Il ne restait que des personnes pour pratiquer le loisir, et Yoann Anton qui faisait de la course en ligne. Un céiste de moins de 23 ans, très fort. Je le voyais s’entraîner comme un fou.

Donc j’ai commencé sur des bateaux stables, et je me suis entraîné à fond pendant deux ans, il m’a inspiré. Je me suis entraîné autant que lui que ce soit en course à pieds, en musculation, et en bateau. J’y ai pris beaucoup de plaisir.

Les problèmes de genoux se sont estompés petit à petit. Quand j’ai commencé le kayak j’étais grand, mince, longiligne.

J’ai développé une culture de l’entraînement. Je me suis dit que je ferai de la compétition quand je serai prêt.

A l’issue des deux ans j’ai changé de club, je suis allé dans l’autre club, suite à la fermeture du mien. C’était un club géant, il y avait tous les champions. J’ai commencé avec Frédéric Pinaton qui m’a apporté beaucoup de technique.

J’ai commencé à m’entraîner avec des champions le week-end, je tenais le rythme. J’ai progressé rapidement, j’avais déjà beaucoup d’acquis. Je voyais les champions s’entraîner au pôle France avec Bruno Bicocchi, et un jour je lui demande comment on fait pour rentrer au pôle.

Donc je me suis davantage entraîné pour être sélectionné aux championnats de France. Il y avait les championnats de France N1 pour les 18 premiers français, et après les N2.

Mon objectif c’était de faire dans les trois premiers des championnats de France N2. Je fais la compétition en K1 je fais troisième, j’étais sorti de nul part. En septembre 2000, j’ai intégré le pôle France de Dijon.

Les Secrets du Kayak : Tu avais une grosse base de gainage, de coordination. Aujourd’hui les études mettent en avant ces qualités et cette multidisciplinarité qu’il faut avoir enfant pour développer plein de compétences différentes, tu en es le reflet penses-tu ?

Nicolas Maillotte : Oui, et je ne suis pas le seul. Mais ça a toujours été un vecteur de réussite pour moi, et même en tant qu’entraîneur. Transmettre cette notion d’être multi-facettes; c’est important.

Faire de la musculation , de la course à pieds, du gainage, de la coordination, de la gym sont des choses que les jeunes doivent faire avant de faire du spécifique et non pas que du bateau. Chacun des points travaillés est important pour la technique en bateau.

Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe quand tu entres au pôle France, tu continues de progresser à toute vitesse ?

Nicolas Maillotte : Quand je rentre au pôle France je fais un choix. A la base j’avais fait un choix de BAC technique. Ma voie était tracée en BTS électro technique. Mais là il me fallait aménager du temps, donc je suis passé en STAPS. La première année a été compliquée. Il m’a fallu me mettre à niveau en deux années de licence 1.

Je m’entraînais beaucoup, trois fois par jour pendant le STAPS. Au point que j’étais tellement euphorique et enthousiaste que je ne me posais pas la question de la récupération.

Ensuit, je passe l’année suivante en N1. J’avais la chance d’avoir des partenaires d’entraînement, des grands noms, qui m’ont vite pris sous leur aile pour m’aider. J’intègre l’équipe de France de moins de 23 ans de suite.

Tout se goupillait bien. Bruno m’a beaucoup apporté, j’étais bien entouré. Il m’a apporté de la rigueur, de la sérénité psychologique, comment ne pas s’éparpiller, il m’a organisé mon temps et ma progression.

Les Secrets du Kayak : Tu es pris en U23, tu fais des compétitions internationales ?

Nicolas Maillotte : Oui, cette année là c’était la première année des championnats d’Europe de moins de 23 ans et c’était à Boulogne-sur-Mer. Il y avait aussi les championnats de France équipage et N2, au même endroit.

Cette année là j’ai du faire premier ou deuxième, j’ai fait le K1 1000m, je passe en finale et je fais dernier. J’étais déjà content d’en être là. J’ai aussi fait le K4 500m et on a fait quatrième de la finale A.

Les Secrets du Kayak : C’est le rêve éveillé ton parcours ?

Nicolas Maillotte : Je suis content et fier de mon parcours. C’est ce que j’ai essayé de transmettre, l’importance d’avoir un objectif à long terme.

Les Secrets du Kayak : Ensuite tu entres en équipe de France senior ?

Nicolas Maillotte : Oui en 2002. J’étais meilleur sur le 1000m, j’ai toujours fait quatrième en K1 sur 1000m et 6ème au 500m. Donc je fais les championnats du monde à Séville en K4 au devant du bateau. Il y avait des gens comme Philippe Aubertin, Sébastien Mayer, des grands noms, j’étais fier. On gagne la finale B.

Ensuite on est allé faire les sélections pour Athènes, mais il n’y a pas eu beaucoup de quotas. Je me suis aperçu que j’étais toujours à la recherche de l’excellence, j’avais soif d’expérience, comprendre le sens des choses, je voulais devenir entraîneur !

J’ai fait mes études STAPS management. En 2004, je pars sur le pôle de Vaires pour passer la formation du professorat de sport à l’Insep. C’était pour progresser dans l’entraînement et devenir entraîneur.

En 2006 j’arrête ma carrière, j’étais en déclin après deux ans en formation. J’avais mis toute mon énergie dedans. Le DTN m’a proposé de devenir entraîneur sur le pôle France à Nancy.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que c’est toi qui était demandeur d’explication pour donner du sens à ce qu’il te demandait de faire, ou bien est-ce lui qui te l’expliquait de lui même.

Nicolas Maillotte : C’était un peu des deux, mais cela venait souvent de moi. Je devais le barber avec ça parce que je voulais comprendre tout ce que je faisais. Je voulais vraiment comprendre les choses, et j’étais en STAPS donc je voulais confronter mes connaissances du terrain à la théorie de la Fac.

Les Secrets du Kayak : Quand tu pars à Nancy tu as des regrets sur ta carrière d’athlète, des choses que tu aurais aimé changer ?

Nicolas Maillotte : Non, je ne crois pas. J’ai vécu ce que je devais vivre, j’ai eu de supers entraîneurs, j’ai eu de supers athlètes. Je n’ai pas de regrets.

Les Secrets du Kayak : Entraîner à Nancy c’était ta première expérience, ou bien avais-tu déjà entraîné auparavant ?

Nicolas Maillotte : Je n’avais jamais entraîné, j’étais accompagné d’Alban Richard, encore un grand nom. C’était une personne ressource, j’étais davantage son adjoint qu’entraîneur sur le pôle de Nancy.

Les athlètes y étaient jeunes. J’ai appris mon métier à travers sa vision, et mon vécu. Ma chance c’était d’avoir été athlète de haut niveau juste avant, les athlètes buvaient mes paroles. Alban nous avait déjà entraîné donc je connaissais son état d’esprit, on partageait la même vision de l’entraînement, la même rigueur, le travail, le volume.

On avait une dizaine d’athlètes à gérer, on était sur un pôle fraîchement mis en place. La filière était basée pour le slalom, la descente et la course en ligne. C’était une grande première que de travailler sur du multi activités. Pour moi échanger avec des entraîneurs de ces disciplines, ça a été enrichissant et ça m’a servi toute ma carrière.

Pour moi le slalom, c’est la culture de la gagne, ils ramenaient des médailles tout le temps. Je voulais comprendre pourquoi eux ils y arrivaient et pas nous, par leur préparation, par le discours des entraîneurs.

Ils avaient démystifié le fait de gagner. Leur état d’esprit est un modèle à reproduire. Avec cet état d’esprit ça a donné du résultat, les équipes juniors ont remporté des médailles.

Les Secrets du Kayak : Tu as aussi la mission de recruter des athlètes de partout en France ?

Nicolas Maillotte : Moi je n’ai jamais été partisan d’être un VRP des pôles. C’est plutôt les athlètes qui viennent vers nous pour chercher un accompagnement, une dynamique d’entraînement.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’en devenant entraîneur, tu continues à monter un peu sur l’eau ?

Nicolas Maillotte : A Nancy, on continuait à faire de la PPG avec les athlètes et Alban. Au début je continuais le bateau mais j’ai vite régressé, et la course en ligne pour moi on se fait vite moins plaisir. Psychologiquement ça faisait mal, je n’y voyais plus d’utilité.

On se challengeait avec Alban en musculation. Pour moi, la performance c’était fini. Aujourd’hui, je ne fait quasiment plus de sport. Je n’ai pas perdu mon idéalisme d’excellence et comme je n’ai plus vingt ans, ça ne va pas assez vite. Depuis deux ans je n’ai plus navigué, et je me sens bien comme ça .

Je fais encore du vélo de route, mon beau frère veut m’emmener sur des compétitions, mais moi je dis non. Pour moi il faut être entraîné, je n’aime pas l’échec. J’aime gagner. Et au fond de moi j’entraîne pour faire gagner, mais c’est plutôt accompagner les athlètes pour qu’ils gagnent.

Je suis resté trois ans à Nancy, et en parallèle j’entraînais les jeunes sur les stages de l’équipe de France junior. Ils ont moins de stages que les senior, c’était surtout l’été qu’on les voyait.

Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu pars de Nancy ?

Nicolas Maillotte : Je pars de Nancy en 2008. Le DTN m’informe qu’une place au pôle de Rennes va se libérer, c’était le départ d’Olivier Boivin. C’était l’occasion de créer ma propre dynamique d’entraînement sur Rennes. Je lui ai dis oui, j’ai pris la relève.

C’était un entraîneur olympique, le pôle était laissé un peu à l’abandon. Pas mal d’athlètes sont partis. L’objectif c’était de recréer une dynamique de course en ligne sur ce pôle. Là j’étais l’entraîneur en chef. En plus le pôle espoir était rattaché au pôle France. J’avais Gwenael Granger avec moi en charge du pôle espoir.

Quand je suis arrivé à Rennes, c’était l’anarchie totale. Je me concentrais sur la création d’un groupe avant d’entraîner. Pour moi, sans ça on ne pouvait rien commencer. On avait un kayak homme, et deux trois filles, et deux canoës. J’ai voulu créer une dynamique fille en priorité.

Un an après il y a eu des jeunes espoirs qui sont arrivés. Là l’émulation était crée. Donc j’ai commencé à mettre en place l’entraînement.

La méthode Maillotte à cette époque là, je pouvais faire des séance de 8h du matin à 22h le soir pendant quatre ans. Je suis parti du projet de l’athlète avec beaucoup d’individualisation.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que les projets étaient différents ?

Nicolas Maillotte : A long terme l’objectif était le même, mais les objectifs à court terme sont différents. Ils n’ont pas tous le même âge, pas les mêmes attentes, pas les mêmes besoins techniques, etc.

Oui il y a un groupe, mais la progression est différente. L’objectif était de faire avancer tout le monde, et qu’ils s’entraînent ensemble le plus possible.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu planifies l’entraînement sur l’année ou sur une olympiade ?

Nicolas Maillotte : Il y avait beaucoup de travail, rien n’était gagné, les filles étaient fortes jeunes, c’était impossible de leur dire qu’elles iraient aux JO à venir dans les trois ans. Pour moi on n’a pas les dates à l’avance donc c’est compliqué de planifier sur quatre ans.

Souvent en période hivernale on fait de l’aérobie, on peut faire trois semaines de travail et une semaine de récup. Mais parfois la planification pouvait se faire sur un mois. A la reprise de la saison et avec les reprises de course, on planifie à deux semaines.

Les Secrets du Kayak : Tu parles d’aérobie, tu précisais que dans ton cas personnel, ta base d’aérobie t’avais aidé pour la suite. Aujourd’hui j’ai l’impression que la place de l’aérobie est moins mise en avant ?

Nicolas Maillotte : Ma vision c’est qu’il en manque aux athlètes. A mon époque, avoir une grosse base aérobie c’était important. On en faisait beaucoup.

Ensuite le 200m est arrivé, on a fait le choix, force étant de constater qu’on était moins bon que les autres, on a recentré davantage sur du sprint, donc du plus court et moins d’aérobie.

On allait vite sur 200m mais on avait du mal à finir les courses. Ça a péché. On a remis de l’aérobie, et là je trouve que ces dernières années il y en a moins.

Pour moi c’est important l’aérobie, faire des kilomètres c’est aussi automatiser sa technique.

Les Secrets du Kayak : Dans les lectures de l’ICF que j’ai pu faire, ils parlent souvent du test 2000m. Quand les tests ont sauté il y a eu moins d’entraînement aérobie ?

Nicolas Maillotte : Moi j’ai toujours été partisan de ces tests. D’autres préféraient faire confiance aux athlètes estimant qu’on n’en avait plus besoin. Pour les élites je suis d’accord. Mais les jeunes ont beaucoup régressés.

Les athlètes aujourd’hui ne courent plus, ils ne font plus de long. Je pense que ça n’a pas été retranscris de la bonne façon chez les jeunes. C ‘est une erreur de notre part de ne pas avoir conserver ces tests pour les jeunes.

Ça leur montrait que l’entraînement PPG est important tout comme l’entraînement sur le bateau est important.

Les Secrets du Kayak : Moi je trouvais que ça donnait cette obligation de la multidisciplinarité. Ça t’obligeait à être bon dans plein de domaines. Tu peux te contenter de faire du bateau, mais ça a des limite pour aller plus haut.

Nicolas Maillotte : Moi je les vois les limites, c’est certain. Mais ces tests là servaient à valider aussi une période d’entraînement et c’est motivant. Je me souviens d’un de mes objectifs de gagner des tests hivernaux.

A la clef, il y avait un stage en Guadeloupe de bateau avec l’équipe de France senior. J’étais déjà fort en course et en musculation mais j’étais motivé, j’ai encore fait mieux et j’ai gagné les tests. C’était un objectif de saison pour moi. C’était un passage important.

En tous les cas quand les tests ont disparu, moi j’ai continué à les faire faire à mes athlètes que j’entraînais.

Les Secrets du Kayak : Tu as pris le parti d’entraîner les filles à Rennes, j’ai tendance à penser qu’on n’entraîne pas les femmes de la même façon qu’un homme.

Nicolas Maillotte : Ça c’est sur. Je n’ai pas de préférence, mais c’est complètement différent. Je les ai toujours entraîné avec un peu de distance. Il y avait beaucoup de jalousie parce qu’elles demandent toujours de l’attention.

Il faut leur parler de façon équitable sinon c’est mal perçu. Donc je faisais toujours attention. Ce que j’aimais bien chez les filles, c’est qu’elles veulent comprendre ce qu’elles font. Elles sont moins parti prenante dans leur projet, je leur explique elles appliquent.

Les gars souvent, c’est eux qui expriment leurs idées d’entraînement sur ce qu’ils veulent développer, je donne mon avis, il y a un échange.

Les Secrets du Kayak : Ne penses-tu pas que c’est une erreur d’être dans l’attente d’une proposition d’entraînement ?

Nicolas Maillotte : Oui, ça peut être une erreur. Mais pour moi ceux qui font ça, ils ont peu d’expérience dans l’entraînement et ils ont une totale confiance dans l’entraîneur. Moi les athlètes, je les poussais à être autonome et acteur de leur projet.

Les Secrets du Kayak : A Rennes, est-ce que les athlètes performent rapidement ?

Nicolas Maillotte : Oui, certains étaient déjà en progression, mais ce n’est pas moi qui les ai fait performer. Il a fallu assurer c’est certain, je sortais de formation en gros. Et puis moi je n’avais jamais fait de canoë, il a fallu les entraîner aussi d’autant plus qu’ils allaient aux JO.

Mais je les remercie parce que ce sont eux qui m’ont appris comment entraîner des canoës. C’était une collaboration avec eux.

Pour les filles, Léa a intégré de suite les équipes de France junior. Sarah Guyot et Sarah Troël ont intégré l’équipe moins de 23 ans. Elles ont vite passé le cap de l’équipe de France, dans les meilleures. Mais il a encore fallu travailler longtemps pour qu’elles progressent encore plus.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des choses qui ont changé dans l’entraînement au fil du temps à Rennes ? Est-ce que tu as modifié certains aspects de l’entraînement ?

Nicolas Maillotte : C’est mon comportement qui a changé. J’étais tout le temps dans l’excellence, dans la performance, le volume d’entraînement. Certains athlètes en ont fait les frais, je faisais vite le tri entre ceux qui progresseraient et ceux qui allaient moins vite. Le groupe était important.

Quand je suis arrivé à Rennes, j’étais à l’écoute des athlètes, mais j’étais beaucoup directif, rigoureux. Il y avait de l’anarchie sur place, j’étais intransigeant et ensuite je me suis assoupli. J’étais davantage bienveillant, plus à l’écoute de l’athlète.

A un moment, on tombe tous dans un confort et mettre un peu de rigueur c’est pas mal.

Il n’y avait pas vraiment eu de conflit, je ne leur ai jamais vendu du rêve ou menti sur un chrono. Il y avait une confiance entre nous. Ils ne remettaient pas en question ce que je faisais. Ensuite c’était davantage de l’accompagnement.

Les Secrets du Kayak : Tu changes de pôle une troisième fois ?

Nicolas Maillotte : Ma logique d’entraîneur était d’amener de la performance, toujours être auprès des meilleurs, faire du partage d’expérience avec d’autres sports.

Donc j’ai fait une olympiade à Rennes et après les JO de Londres j’ai voulu aller à Paris. Je voulais rejoindre François During. Pour moi c’est l’entraîneur en haut de la pyramide. C’était mon modèle.

Ça me permettrait d’être sur un pôle olympique, apprendre à ses cotés et travailler à l’Insep donc de travailler avec des entraîneurs d’autres disciplines olympiques pour progresser encore dans l’entraînement.

Donc j’ai eu tout ces échanges, je me suis rapproché des scientifiques de l’Insep qui m’ont permis d’évoluer et de me questionner sur l’entraînement. J’ai aussi fait venir des athlètes à Vaires.

On a pu travailler sur l’hypoxie, sur la taille des pagaies... Ça évitait de tomber dans la routine, et de m’ouvrir à d’autres pratiques.

C’est dur en France d’être initiateur de changement, on n’a pas cette culture. C’est compliqué.

Les Secrets du Kayak : Moi je suis très surpris, si je devais partir aux JO, je ferais comme Cyril j’essayerais tout le matériel possible pour voir ce qui me correspondrait le mieux. Je ferais le plus de tests possibles. Pour toi faut-il plus privilégier l’appui que la fréquence ?

Nicolas Maillotte : Alors Cyril, je le côtoie tous les jours comme Sébastien Jouve, ils font partie des meilleurs et ils font ça : tester un maximum de matériel, mais ça a ses limites. A un moment où un autre, il faut que ce soit réglé. Mais eux encore avant la vieille de la course ou le jour même ils changent la pagaie. Ce n’était pas convenu.

Donc quand tu es entraîneur et que tu essaies de tout cadrer ou presque, être certain d’avoir le bon matériel pour ta performance, et eux ils changent tout ! Pour moi ça a ses limites. Et des anecdotes comme ça, il y en a beaucoup.

Donc pour la répondre à la fréquence idéale et la taille de la pagaie, pendant longtemps j’ai privilégié les grosses pagaies avec un gros appui plutôt que la vélocité. Maintenant si tu peux faire les deux : grosse pagaie et vélocité, c’est le combo gagnant.

La conjoncture qui fait que nos athlètes avaient du mal à finir une course, c’est qu’ils avaient tendance à réduire leur pagaie pour pouvoir finir les courses. C’est un peu une triche sur le matériel pour compenser un manque d’aérobie.

Les Secrets du Kayak : Ton expérience à Vaires était mieux qu’à Rennes ?

Nicolas Maillotte : C’était un autre challenge et puis il y avait un projet familial, il me fallait me rapprocher pour pouvoir faire les aller-retour chez moi tous les jours. J’avais l’impression d’avoir une vie familiale à Vaires.

Toutes mes années d’entraîneur, j’avais l’impression d’être en stage ou en compétition toute l’année. Soit ta compagne comprend mais s’agace à un moment donné, soit elle est du milieu et elle comprend mieux et ça va mieux. C’est un choix de vie que je ne regrette pas.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a eu des stages avec des équipes étrangères qui t’ont marqués ?

Nicolas Maillotte : Oui, qui m’ont marqué ? On avait un partage avec les équipes roumaines, on faisait des échanges. Ça m’a marqué de voir une autre culture.

Ce qui m’a marqué et qui pour moi était primordial c’était à Temples-sur-Lot avec des Néo-zélandaises. On a pu faire des séances en commun, ça me paraissait important de faire cette confrontation. Leur différence était qu’elles avaient une leader et une culture de la gagne qu’elle nous ont véhiculé à ce moment là. Les filles ont fait de super résultats cette année là. Ça a cassé leurs croyances qu’elles étaient meilleures que nous.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’aujourd’hui ça ne te manque pas d’entraîner ? On sent une certaine passion en t’écoutant.

Nicolas Maillotte : J’entraîne toujours. Je suis toujours référent. Je viens de passer trois ans au conseil départemental de l’Yonne, dans mon contrat il y avait l’entraînement de Cyril. Ils m’ont dégagé du temps pour lui. Les filles je les ai entraîné pendant plus de dix ans. Je suis resté au contact des athlètes.

Les Secrets du Kayak : J’ai l’impression que pour beaucoup, par défaut, on s’entraîne avec l’entraîneur national nommé et qu’il n’y a pas ce choix de l’entraîneur.

Nicolas Maillotte : Non je ne le pense pas. Ceux qui vont dans des pôles s’entraînent avec les entraîneurs nationaux, mais ceux qui restent dans les clubs peuvent s’entraîner avec leur entraîneur.

Mais l’entraîneur du quotidien ne viendra pas sur les championnats ni les coupes du monde, et pour moi c’est un frein. Tu as besoin d’avoir ton entraîneur du quotidien le jour de l’échéance.

Moi aujourd’hui, je suis là pour rassurer et remettre l’athlète dans le chemin de la performance.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’aujourd’hui, tu as des regrets sur ta carrière d’entraîneur ? Des choses que tu aurais voulu faire autrement ?

Nicolas Maillotte : Non, tout ce que j’ai fait je ne le regrette pas. J’ai arrêté après les jeux de Rio en 2017. J’ai fait une année encore avec les filles, mais je n’ai jamais été référent du kayak dame sauf la dernière année.

J’ai l’impression qu’il y avait un bon groupe. Ça présageait de bonnes performances, mon seul regret c’est que j’aurais bien aimé voir ce que j’aurais pu apporter pour leur performance. Autrement aucun regret.

Aujourd’hui, j’ai eu l’opportunité d’être CTR de Bourgogne-Franche-Comté, je reviens à la fédération après trois ans d’absence. Je les remercie au passage. Donc je suis là pour développer le kayak dans la région.

Je fais la formation des cadres, je suis coordinateur du pôle espoir sur Dijon et je développe les clubs pour augmenter le nombre de licences. Je suis vraiment motivé par ce poste. Je suis encore en déplacement mais à la journée. C’est intéressant.

Je garde un pied dans l’entraînement car on veut créer une dynamique sur le pôle de Dijon. Moi je vais accompagner l’entraîneur dans sa prise de poste, mais c’est elle la maître à bord de ce pôle.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu voulais aborder d’autres points ?

Nicolas Maillotte : Non. En tous les cas me mettre en avant je n’aime pas vraiment, c’est un bon exercice pour moi et je t’en remercie.

Je remercie aussi Sarah qui m’a poussé à faire ce podcast et je remercie tous les athlètes que j’ai entraîné et les entraîneurs avec qui j’ai pu collaborer et qui m’ont apporté beaucoup dans ma vie.

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