Interview : Christophe Rouffet
Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Christophe Rouffet en février 2022.
Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?
Christophe Rouffet : Bonjour Rudy, ça va très bien. Enthousiaste et curieux de pouvoir intégrer ta collection de podcasts.
Les Secrets du Kayak : C’est Vincent Olla qui m’avait dit beaucoup de bien de toi, je suis donc content de t’avoir après tout ce temps. Comment as-tu découvert la pratique du kayak ?
Christophe Rouffet : J’ai un papa qui travaillait dans l’industrie, on a beaucoup déménagé jusqu’à ce qu’on habite à la périphérie de Troyes. Et juste à côté il y avait un club de canoë-kayak. On n’est pas resté longtemps, mais mon frère a essayé, il m’a motivé à y aller et j’ai attrapé le virus dès la première fois, je devais avoir 13 ans.
Auparavant j’avais fait de la voile, du tennis, et notre famille était assez outdoor, on faisait pas mal de randonnées et de ski de fond. Mais surtout en famille.
Ma première séance je m’en souviens, c’était dans une barquette pour m’initier, et au milieu de la séance, ils m’ont fait essayer un caps, c’était sympa et challengeant. Le club était ouvert quasiment tout le temps et il était à côté de chez moi, donc j’y ai passé tout mon temps libre du samedi et du mercredi et parfois le soir. Six mois, après on déménageait à Bordeaux.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe quand tu déménages à nouveau, tu as retrouvé un club à Bordeaux ?
Christophe Rouffet : Lors de ma deuxième compétition que j’avais faite à Charleville-Mézières pour le club de Troyes, quelqu’un de la ligue explique au club qu’il souhaite me sélectionner pour les régates de l’espoir. Donc arrivé à Bordeaux, il a fallu que je me débrouille pour préparer les championnats de France.
A Bordeaux, il y avait un club dynamique avec un CTD qui avait remis sur pieds le club. Moi j’arrive, je prends ce qu’il y avait, je dépoussière un vieux kayak et son accastillage, je me débrouille tout seul pour me préparer au mieux les championnats de France qui avaient lieu à Boulogne-sur-Mer.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que c’est courant au bout de six mois de pratique que de se sélectionner pour les championnats minime ?
Christophe Rouffet : Je ne pense pas. A l’époque, je ne connaissais pas les modalités de sélection. Je découvrait le kayak. A cet âge là, je faisais déjà ma taille adulte. J’étais grand pour l’époque : 1,75m et je n’ai pas grandi depuis.
Les Secrets du Kayak : Tu modifiais déjà l’accastillage d’un bateau ? Est-ce courant de le faire à 13-14 ans ?
Christophe Rouffet : C’est à dire que je suis bricoleur. J’avais les clés du club, je pouvais y aller quand je voulais, et il y avait plein de bateaux anciens, et moi j’adorais les tester que ce soit des kayaks ou des canoës. Qu’ils soient de descente, de slalom, ou de sprint.
Il y avait de vieux accastillages en bois et des périssoires. Les bateaux servaient peu. Donc comme il me fallait un bateau qui fonctionne bien et qui ne prenne pas l’eau, je me préparais au mieux.
Les Secrets du Kayak : Comment se sont passées pour toi les régates de l’espoir ?
Christophe Rouffet : Je n’avais jamais vu autant de monde sur une compétition. C’était à Boulogne-sur-Mer, j’ai gagné la série et fait dernier de la demie-finale.
Je me souviens être remonté le long du bassin à Boulogne avec la rage, je ne voulais plus jamais finir dernier d’une course. J’étais en minime deuxième année.
Les Secrets du Kayak : Ça te motive pour faire des compétitions cadet par la suite de manière plus intensive ?
Christophe Rouffet : Oui, l’hiver en aquitaine il y avait des animations types cross-kayak, des critériums, des descentes et des slaloms. Donc l’année suivante je fais toutes les compétions régionales et en course en ligne, j’étais un cran au dessus.
En slalom j’étais un cran en dessous, je n’arrivais pas à me sélectionner aux championnats de France puisqu’il fallait maîtriser les deux pour les cadets. Petit à petit, j’ai creusé la course en ligne.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passaient les entraînements à l’époque pour toi ?
Christophe Rouffet : Les entraînements, je les ai fait avec des gens comme Michel Boccara, il y avait de la dynamique mais c’était principalement des senior donc je m’entraînais plutôt seul sans savoir quoi faire.
Je lisais pour me conseiller sur l’entraînement, en terme de volume et de planification. J’ai aussi navigué en aérobie basse intensité avec un copain sur le lac de Bordeaux.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’avec le recul, il t’a manqué quelqu’un pour te conseiller techniquement à un âge où c’est crucial ?
Christophe Rouffet : Ça a été une quête technique perpétuelle, pas seulement pour moi. Je ne sais pas, je me suis construit autour de ma mobilité. Il me manquait sans doute un répertoire technique pour mes années junior pour faire de l’équipage, mais ça s’est bien passé.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe pour entrer en équipe junior ? Tu avais déjà cette idée de compétition et de performer plus loin ?
Christophe Rouffet : Non, il y avait plusieurs rencontres qui ont fait que ça m’a motivé. J’ai eu en face de moi des entraîneurs de l’équipe de France, des anciens champions, des entraîneurs de champions, ça m’a donné envie.
J’ai exploré toutes les pistes, les pagaies Wings arrivaient sur le marché. Et pour la préparation des Jeux de Seoul, une partie de l’équipe de France est venue s’entraîner à Bordeaux.
J’ai eu la chance d’ouvrir le club tôt le matin pour eux, et j’ai eu la chance de faire des séances avec eux. Ils étaient bienveillants, c’est là que la deuxième piqûre est arrivée à 16 ans. Mais je n’avais pas de jeunes de mon âge avec qui m’entraîner à Bordeaux.
Les Secrets du Kayak : En cadet, tu fais de bonnes performances en compétition ?
Christophe Rouffet : J’ai du faire cinquième en cadet 2 en championnat de France, c’était monstrueux, mais pour moi je préférais gagner. C’était Bertrand Oger (Lunéville) qui avait fait champion de France cadet, il me fallait le battre. Je me suis entraîné comme un dingue.
Il me fallait gagner en technique, apprendre à naviguer dans toutes les conditions. C’était un peu acrobatique. L’été je faisais beaucoup de jeux avec le bateau. Avec l’eau-vive, j’avais de bons appuis.
Je faisais pas mal de course à pieds le soir et du renforcement musculaire dans ma chambre tous les soirs.
Les Secrets du Kayak : Tu n’as pas eu de scolarité aménagée pour la pratique du kayak ?
Christophe Rouffet : Si, sur mon année de terminale je suis allé en sport étude à Caen, et c’est là que j’ai intégré les structures d’entraînement de la fédération.
Les Secrets du Kayak : Comment on faisait à l’époque pour intégrer un sport étude ?
Christophe Rouffet : Il y avait au mois de mars des tests qui permettaient de candidater auprès des responsables des structures d’entraînement. Moi je l’avais fait à 15 ans. C’était des tests de motricité, de détente verticale… et un test de 100m et de 2000m et un entretien.
Il y avait une visite médicale. Je n’avais pas souhaité à 15 ans y aller, mais pour la terminale j’avais fait vice champion de France en junior 1, et il me fallait passer le cap. Il y avait de grands noms à Caen.
Les Secrets du Kayak : Comment ça se passe à Caen, est-ce que d’avoir un entraîneur au jour le jour, tu fais des progrès énormes ?
Christophe Rouffet : Je fais champion de France de fond en premier titre. Ensuite Michel Larchevêque est parti sur l’organisation des championnats du Monde à Vaires-sur-Marne en 1991 et ça passait moins bien les relations avec son successeur.
Du coup, je suis moyen même si je suis en équipe junior. Je dois faire une médaille de bronze aux championnats de France de vitesse. Rien de plus.
Les Secrets du Kayak : Quel est ton plan pour performer plus ?
Christophe Rouffet : Après mon bac, je postule sur le pôle France de Dijon. Il y avait une belle équipe là bas. Je quitte la Normandie pour la Bourgogne.
On construit point par point les choses. Je m’étais engagé sur des études de médecine. J’essaie de composer sport et étude. Je ne mets pas tout dans le sport, je reste moyen et aux portes de l’équipe de France.
Avec le recul, je comprends que par mes études je cherchais en fait des billes pour mieux comprendre et mieux m’entraîner. C’est logique de ne pas avoir concrétisé.
Puis je suis parti en STAPS j’ai fait le DEUG en un an. Et là c’était les études pour le sport. J’ai pu vivre ma vie de monomaniaque de course en ligne. Je respire kayak je dors et vie kayak.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu arrêtes médecine pour entrer en STAPS ?
Christophe Rouffet : Je n’ai simplement pas réussi le concours, ni la première ni la deuxième année. Je m'étais donné les moyens de réussir, mais c’est que ce n’était pas pour moi.
En Staps, le but était d’en profiter. Le sport était au centre des études. On avait du temps pour s’entraîner. On pouvait faire des sorties de ski de fond, il y avait de bons coureurs à pieds, c’était du plein air et du bateau.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que ton volume d’entraînement a augmenté au fur et à mesure des années ?
Christophe Rouffet : Oui et surtout à la fin, parce que j’étais moins blessé ou moins malade.
J’ai pu réintégrer les équipes de France en 1993. En 1994, je fais partie du K4 pour les championnats du monde de Mexico.
Ça se passe super bien pour la préparation. On se débrouille pour se faire des stages l’été, on arrive aux championnats du monde mais on fait presque série remorque. Il a fallu aller aux championnats du monde pour se rendre compte qu’on n’avait pas le niveau.
Donc j’étais un peu amère. L’ambiance n’y était pas, chaque groupe se dénigrait. Mais j’ai appris beaucoup.
Les Secrets du Kayak : Quand tu rentres en équipe A, tu as accès à des stages auxquels tu n’avais pas accès ?
Christophe Rouffet : Ça permet de côtoyer les meilleurs français très régulièrement. Tous les 15 jours, on était en stage. En France, en Hongrie, en Afrique du Sud. Il y a des nations très rigoureuses dans leurs entraînements.
Tu es censé faire de l’aérobie, et en fait ça se transforme en course de fond. Ça permet de se former sur les coups en douce et comment bien se placer.
Les Secrets du Kayak : Tu as fini ta carrière quand Kersten Neuman est arrivé. Est-ce qu’avant lui vous faisiez le type de séance qu’il proposait ? Bien cadré ?
Christophe Rouffet : Avant 1992, c’était une organisation tournée autour du héros : Alain Lebas. A l’arrivée de Jacques, il a souhaité structurer un staff avec une vraie équipe d’encadrement. Une programmation a été mise en place construite et suggérée à tous les athlètes, inspirée des allemands. Avec des règles claires et précises.
Ça a permis ensuite à Kersten d’arriver sur un terrain déjà fertile pour la méthode allemande. Mais je pense qu’on n’a pas tout compris de ce qu’il a amené. Moi j’ai arrêté ma carrière à la fin des qualifications olympiques en 2000.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’à un moment tu te rapproches des meilleurs français ?
Christophe Rouffet : Je fais des médailles aux championnats de France dès 1994. J’étais un bon français, mais mauvais à l’international. Avec le recul, il m’a manqué de la force endurance. Pour moi, quand tu es en cadet c’est important d’en faire. Ceux qui en ont fait, ont une meilleure base pour faire des max ensuite.
Il faut avoir envie, être prêt et frais au moment de l’échéance terminale. Pour moi, j’en faisais trop même au moment de l’échéance terminale. C’est ce que j’ai tenté de mettre en place ensuite comme directeur de l’équipe de France, mettre en place des périodes de développement, des périodes de rappel de volume, et éviter de se désentraîner.
Et la coupure de bateau l’hiver, je la trouve intéressante pour développer la force sereinement. A l’époque, je ne me rendais pas compte de tout cela. C’était rare que ça aille bien au bon moment.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’à un moment tu fais des places à l’international ?
Christophe Rouffet : En 1996, quatrième en coupe du monde, 1997 quatrième aussi. A Halifax c‘était mes derniers championnats du monde, mais j’ai déclaré une appendicite là-bas. J’ai fait les courses, en K1 et K2 mais c’était fébrile.
Après 1997 arrive Kersten et les tests mis en place font que je suis loin du compte, je ne passe pas. Les jeunes arrivent et se retrouve dans le nouveau système.
En 2000, je ne passe pas les qualifications non plus. Donc je décide de travailler davantage pour une vie professionnelle.
Les Secrets du Kayak : Tu n’es pas pris alors que tu es bon sur le kayak, pourtant le sport c’est le kayak, pas la musculation ?
Christophe Rouffet : Effectivement, ça ne me faisait pas rigoler. L’enjeu, c’était la dynamique nationale. Le développement de la force endurance est une des clefs du succès. Aujourd’hui, je ne vois pas comment on pourrait revenir en arrière.
On croit que les gens ont comprit l’importance de la musculation, on avait décidé de retirer les tests, mais en fait ils avaient tous arrêté la musculation. Donc on les a remis dans les modalités de sélection.
Pour revenir à ma carrière en 2000, il y avait de beaux bateaux dont celui de Babak Amir-Tahmasseb, champion du monde sur le K1 1000, c’était pas la peine d’amener des gens pour faire série remorque. Je ne suis pas du tout aigris, j’en ai profité jusqu’au bout.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’a un moment tu t’orientes vers d’autres études pour travailler avec la fédération ?
Christophe Rouffet : J’ai fait Licence Staps pour être prof d’EPS, et au moment de la maîtrise, je me suis orienté sur la filière entraînement management. Puis j’ai fait le bataillon de Joinville en 1996, et je passe le concours de prof de sport.
C’était Hervé Madoré le DTN à l’époque qui m’avait mis sur des missions nationales. J’étais cadre technique et sportif de la fédération.
Les Secrets du Kayak : Quel était ton rôle au sein de la fédération ?
Christophe Rouffet : La première année, je dois fermer le pôle France de Lille et le transformer en pôle espoir. L’année d’après, sur deux ans je suis conseillé technique national pour le département de la fédération.
La différence entre le pôle France et le pôle espoir de Lille, c’est le replacement des entraîneurs. Il y avait un peu moins de sportifs là-bas, les stars du moment sont passées à autre chose, il y avait un manque de sportifs puisqu’ils restaient à Boulogne-sur-Mer ou à Saint-Laurent-Blangy.
Ma mission suivante était en 2000, Antoine Goetschy cherchait un directeur administratif et financier. J’avais fait les études pour, j’avais les ressources, donc je fonce. J’ai vraiment construit ma compétence professionnelle à ce moment là. J’ai appris beaucoup.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu continues à naviguer de temps en temps à ce moment là ?
Christophe Rouffet : Kersten m’avait demandé de ralentir l’entraînement. Je naviguais un peu, mais moins, ça n’avait plus de sens pour moi. Je n’avais pas vraiment le temps non plus.
Les Secrets du Kayak : Quand tu rentres à la fédération, c’est quoi ta mission de vie à ce moment là pour le kayak ?
Christophe Rouffet : Ma mission professionnelle était claire. C’était de prouver à toutes les personnes du siège fédéral que dans la course en ligne il y avait des personnes de qualité avec des ressources et des inspirations et du potentiel.
L’image du kayak était celle d’une discipline archaïque et poussiéreuse. Ils parlaient d’une ère du kayak que je ne connaissais pas. Pour moi, le kayak c’était du fun de la vitesse…
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que tu changes de poste ensuite?
Christophe Rouffet : Au bout d’un moment, c’était devenu insupportable l’ambiance et le fait que l’équipe de France ne fonctionne pas. Soit je m’impliquais, soit je partais. C’était Pascal Boucherit qui s’occupait de l’équipe de France. Donc c’est Antoine Goetschy qui reprend le poste de Pascal.
Le poste de DEF devient vacant. Donc je deviens directeur d’équipe sans jamais avoir été entraîneur dans une situation ou c’était la Bérézina de tous les côtés. On a participé aux JO d’Athènes aux forceps.
Lorsque je deviens DEF, à plusieurs niveaux j’avais des idées à développer. J’ai pu participer au bilan de l’olympiade d’Athènes, et je les ai mis devant le fait que rien qu’administrativement ils étaient débordés, sans compter le travail à faire avec les athlètes.
Il fallait libérer les entraîneurs de cette charge. Je voulais apporter de l’intelligence dans la préparation. J’ai partagé ma vision avec Olivier et Jean-Pascal.
Il y a eu des embûches comme avec Marie Delattre et Anne-Laure Viard qui ont frôlé l’élimination.
On a essayé de mettre en place une organisation soutenante et apprenante avec les athlètes. Une complicité globale s’installait. C’est quand chacun a commencé à apprendre des autres que la course en ligne a vraiment progressé. En tous les cas, verbalement j’en ai pris plein la tête le temps que ça fonctionne.
Ensuite à Zagreb, pas mal de bateaux ne faisaient que neuvième. A un moment donné il faut que tout le monde soit dans le même projet, il fallait que les athlètes deviennent pro et matures.
Après ce qui était dur pour les athlètes, c’est que systématiquement avant les championnats du monde, donc vers les championnats d’Europe, ils avaient un rappel de volume, de force. Ils n’encaissaient pas beaucoup le lactique.
Mais je savais que les bateaux seraient prêts pour les championnats du monde.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que de faire deux olympiades en tant que directeur de l’équipe de France, c’est ce que tu voulais ?
Christophe Rouffet : Depuis Jean-Claude Le Bihan, je dois avoir le record du nombre d’années passées auprès des équipes, ou bien est-ce Alain Lebas.
C’était un choix pour structurer les choses dans la continuité de ce qui était fait. Et l’olympiade de trop c’est celle où tu ne te fais plus chier, donc il faut passer la main avant la troisième.
Avec le recul, je suis fier de cette aventure. Jusqu’en 2009, la France est dans les premiers rôles. On commence à se méfier du maillot français.
J’ai un regret personnel, mon couple n’ayant pas tenu jusqu’à la fin de la première olympiade.
Lors de la deuxième, il y a eu des changement structurel en 2009 sur la gestion de la prime des entraîneurs, c’était de la responsabilité du président de décider. Ma proposition collective et collaborative n’a pas été retenue.
Puis les deux entraîneurs élites étaient sous ma responsabilité, puis ils sont passés sous la direction de leur pôle pour la deuxième olympiades.
Le kayak de descente pour mieux performer sort des pôles France de Nancy et de Vaires, ce qui a été sclérosant pour nous autres.
Donc 2009-2011, il n’y a plus d’équipes apprenantes et soutenantes. C’est devenu chacun pour son pôle. On sort de la dynamique de progression pour rentrer sur une dynamique de régression. Je n’ai pas du être assez convaincant et offensif sur les prises de décisions. Olivier Boivin n’était plus dans l’équipe et ça s’est ressenti.
Les Secrets du Kayak : Ça s’est joué au niveau politique en fait et ce sont les athlètes qui en ont pâtis ?
Christophe Rouffet : Moi je parle que des choses qui étaient sous mon contrôle, d’autres ne l’étaient pas.
Deuxième olympiade, c’était la guerre entre les présidents de la commission internationale de course en ligne et le président fédéral. Pour des raisons électorales. Ça s’est joué à plein d’endroits même au siège fédéral.
Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu penses que le fait qu’il y ait moins de cadres au sein de la fédération c’est une des raisons pour laquelle la course en ligne a du mal à performer ?
Christophe Rouffet : Ce n’est pas facilitant mais ce n’est pas le sujet, la performance se construit sur l’eau. C’est intéressant lorsqu’ils sont soutenus, jusque dans la cohérence des critères de sélection.
Aujourd’hui je travaille à l’INSEP sur tout ce qui est de la dimension mentale, on peut développer les modes de gestion mentale et du stress, mais si le mode de sélection est pourri, tu arrives aux JO cramé. Tout peut être facilitant ou limitant.
Les Secrets du Kayak : Tu as toujours eu une démarche de continuité par rapport à tes prédécesseurs, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Est-ce que quand tu arrêtes en 2012 tu es confiant pour ceux qui prennent ta relève et pour la réussite du kayak de course en ligne ?
Christophe Rouffet : Quand j’arrête en 2012, je suis rincé. Trop c’est trop. Je l’avais annoncé au début de l’olympiade, je n’avais plus l ‘énergie. C’est Vincent Olla qui a remporté l’appel d’offre, il a été structurant dans le staff de l’équipe de France lors des olympiades, chacun connaissait son job, je n’étais pas inquiet.
J’ai toujours eu confiance dans le potentiel des athlètes. En 2005, les athlètes de plus de 23 ans devaient selon moi, faire une finale de coupe du monde pour aller aux championnats du monde.
En 2012, on sort des JO sans médaille. Ça fait douche froide, je passe la main en me disant qu’ils ont tout ce qu’il faut pour réussir.
Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu fais par la suite ?
Christophe Rouffet : Je suis ensuite adjoint du DTN sur le haut niveau de la fédération donc directeur sportif adjoint. Sur la partie haut niveau on s’est réparti les tâches, j’étais avec le kayak-polo, la descente. Parfois avec la course en ligne et les jeux de la jeunesse. Piloter la partie administrative par la mise en liste, les modalités de sélection…
Je continuais à aider sur les sélections en course en ligne et en slalom. Je reste quatre ans sur le poste.
J’avais fait 20 ans à la FCCK et ensuite le seul poste qui pouvait m’intéresser c’était DTN, mais n’ayant pas les ressources pour le devenir j’avais besoin d’aller voir ailleurs. Je travaillais déjà pas mal avec l’INSEP, puis j’y ai postulé.
Les Secrets du Kayak : C’est quoi pour toi les ressources qu’il te manquait pour être DTN ?
Christophe Rouffet : C’était la disponibilité mentale. Pendant trente ans, ma maison c’était mon sac et mes pagaies. Tu pars 200 jours par an, je voulais profiter de mes proches, découvrir une vie normale.
Au début j’ai eu peur de m’ennuyer, mais non. J’ai travaillé avec les fédérations pour préparer les JO de Tokyo, le débriefing puis sur Pékin. On est sur de gros projets en ce moment. Je reste près des JO.
Les Secrets du Kayak : Quels sont tes projets pour aujourd’hui ?
Christophe Rouffet : Je souhaite transformer la façon de travailler sur les formations à l’INSEP.
Aujourd’hui, il faut inventer des services et des méthodologies. La façon dont on regarde le sport est trop dans l’intellectuel, à mon sens il faut aussi libérer le mouvement des individus et des organisations.
On est bloqué par des réflexes archaïques qui tendent vers la blessure, la stagnation... Il faut construire le kayak avec un profil psychomoteur de l’athlète, le tout en cohérence. C’est une approche systémique et opérationnelle de la performance humaine, ça m’anime.
Les Secrets du Kayak : Si tu pouvais remonter le temps, quel conseil te donnerais-tu ?
Christophe Rouffet : Écoute toi ! Garde ton esprit critique. Écoute toi d’abord, arrête de vouloir être le champion de l’entraînement. J’ai trop forcé au mauvais moment, je me blessais au moment des stages, c’était à celui qui faisait le plus de kilomètres, je suis tombé malade.
J’en faisais trop, trop de choses qui ne me faisaient pas rêver. J’ai voulu combler mon point faible, et à la fin je n’avais même plus de plaisir à m’entraîner.
J’ai eu peu de blessures, mais c’était des tendinites, une cheville tordue, un kyste sur le poignet. Des petites choses vites handicapantes.
Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a d'autres sujets que tu voulais aborder ?
Christophe Rouffet : L’essentiel a été dit, on pourrait en parler des heures. Mais oui il y en a un, celui de l’olympiade de 2005-2008.
L’équipe progresse, mais il y a aussi Antoine Goetschy l’ancien DTN de la FFCK qui devient secrétaire général de la fédération internationale. Les contrôles anti-dopage changent un peu, c’est à dire que les nations comme les bulgares ou les polonais y passaient et nous beaucoup moins.
Je pense que c’est pure spéculation de ma part, mais je pense que ça a aussi contribué à faire qu’on a pu gravir des marches sur l’échiquier international.
Les Secrets du Kayak : C’est vrai que c’est une question que je n’aborde pas souvent la question du dopage, venant du milieu de la musculation j’ai certains doutes sur des athlètes de l’international qui ont des physiques qui me laissent perplexes.
Christophe Rouffet : Parfois il y a des athlètes inexistants au cours d’une olympiade et d’un coup ils pointent le bout de leur nez, et passent pour les JO. Parfois il y a des doutes, mais ça fait partie du jeu, et je pense qu’on est capable en étant plus malin et en libérant le mouvement des sportifs et des équipes de faire des choses bien, et qui développent l’individu. Le dopage est de l’aliénation de l’individu.
Une dernière chose, pour toute la communauté de pagayeurs : il faut croire en nos sportifs et dans le potentiel de nos entraîneurs. Si on les prend pour des truffes ils vont rester sous la terre, prenons les pour des aigles !
Vous pouvez retrouver Christophe Rouffet sur son compte Linkedin.