Interview : Christophe Begat

Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Christophe Begat en mars 2022.

Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?

Christophe Begat : Bonjour Rudy, très bien merci !

Les Secrets du Kayak : Je suis toujours très enthousiaste d’être contacté pour avoir des personnes qui veulent passer sur le podcast parce que c’est signe d’avoir des choses à raconter. Donc c’est un vrai plaisir que de t’avoir sur le podcast.

Christophe Begat : J’ai découvert ton travail il y a peu de temps, je suis tombé sur le podcast de Maxence Barouh par hasard. Comme je me tiens un peu informé de l’actualité du kayak, je me suis toujours demandé s’il était le fils de François Barouh, un de mes inspirateurs. En l’écoutant ça me l’a confirmé, j’ai trouvé intéressant son histoire du kayak.

Je me suis pris au jeu d’écouter celui de Nicolas Maillotte parce que je l’ai connu lorsque j’ai été à Dijon, en tant que président du club pendant deux ans. C’était intéressant de savoir ce qu’il est devenu ensuite.

Puis j’ai écouté avec attention Sabine Kleinhenz, une personne qui m’a beaucoup intéressé dans son approche du kayak. Ensuite j’ai enchaîné avec d’autres comme Boccara, Boucherit…, des personnes de mon époque.

C’était super de revenir un peu en arrière et d’être curieux de leur parcours. Donc quand tu m’as contacté j’étais très motivé pour apporter mon témoignage.

Les Secrets du Kayak : Pour ceux qui ne te connaissent pas, quand et comment as-tu commencé le kayak ?

Christophe Begat : Ça remonte en 1974 j’étais dans la Marne, mon père avait changé de lieu de travail, il y avait une très grosse sucrerie Béghin-Say à l’époque, un gros pôle d’emploi.

Pour les enfants, faire du sport il y avait un club de judo et un club de kayak. Donc on a essayé le kayak avec mon frère, au club de Sillery. Le club est ensuite devenu célèbre puisque pas mal de monde a accédé à l’équipe de France de course en ligne. Des licenciés sont allés aux JO et aux coupes du monde.

J’avais 11 ans quand j’ai commencé. J’avais la chance d’avoir comme entraîneur officieux François Barouh. Il faisait son service militaire au bataillon de Joinville. Quand il revenait pendant ses permissions au club, il revenait avec des programmes d’entraînement. C’était génial. On n’avait pas de bases à l’époque, c’était sympa. Il nous a ramené un cadre dans l’entraînement.

Au début, le club était basé sur la rivière. On allait faire de la course en ligne sur un canal. Les bateaux de l’époque, c’était des CAPS d’initiation.

On touchait un peu à tout. Et François et ses parents aimaient nous emmener sur des compétitions. Rapidement, on s’est pris au jeu avec toute l’ambiance qui allait avec. Ensuite on s’est rendu compte qu’on avait une bonne plate forme d’entraînement avec le canal notamment par la densité de l’eau par rapport à la rivière. La navigation n’y était pas si simple.

On faisait nos premières compétitions avec les stars de l’époque. On a fait des qualifications et un peu par hasard on s’est retrouvé qualifié pour les championnats de France à Vichy en 1976. J’avais 13 ans.

C’était impressionnant, la rivière était artificielle avec une énorme infrastructure, le bassin était hyper large pour neuf lignes d’eau. C’était l’année des JO de Montréal donc il y avait les athlètes senior comme Alain Lebas, hyper préparé, ce qui a donné lieu à des finales mémorables !

Cette ambiance de haut niveau en compétition de course en ligne m’a marqué ! Et cette année là j’ai gagné la course du championnat de France minime 1. C’était un peu la surprise.

François m’expliquait que l’histoire retiendrait les gens qui étaient sur les podiums ce jour là. Ça m’a marqué, quand tu es jeune, tu n’as pas d’ambition. Mais quand tu fais de la compétition, c’est pour être sur le podium.

Cette année là on avait fait de bons résultats, mon frère Michel avait fait médaille de bronze en minime 2. Il y avait une base de jeunes prêts à en découdre dans notre club. Tous les entraînements devenaient des compétitions. C’était infernal.

Nous avant d’arriver au club, on avait 17km à faire en vélo, ce qu’on faisait à fond la caisse. Une fois arrivé au club, on était à fond la caisse avec tous les jeunes et ensuite on faisait la partie de foot classique avant de se séparer, et on repartait faire nos trois étapes du tour de France à vélo pour rentrer à la maison. Le soir on dormait bien.

Les Secrets du Kayak : Donc en fait dès le début tu avais un petit truc en plus pour gagner. Est-ce que par la suite tu as continué à performer pendant ces jeunes années ?

Christophe Begat : Par rapport aux autres j’étais explosif, je pagayais très vite. J’avançais plus rapidement, j’étais hyper compétitif sur des distances de sprint. Mais sur des courses de fond, c’était la catastrophe.

Par rapport au parcours de Pascal que j’ai bien connu, moi c’était très tôt que j’ai eu la chance de performer. J’ai eu une carrière très courte mais j’ai eu cette chance très jeune.

En 1977, j’étais minime 2 j’étais dans les trois premiers. J’avais fait des courses sous des grêlons, et en fait plus les conditions étaient difficiles plus on était motivé.

C’était familial, on était logé par la famille Barouh, on n’avait pas de douche ou de structure, juste des barres pour poser des bateaux. C’était compliqué mais c’était comme ça.

Les Secrets du Kayak : Comment se sont passées tes années cadet ?

Christophe Begat : En minime ,1 quand je gagne c’était Denis Morere qui faisait troisième. Je l’évoque parce que c’est quelqu’un qui était du club de Mulhouse, avec qui on a fait un parcours jusque senior, et la rivalité faisait qu’on se retrouvait toujours à la fin sur le podium. On était les grands frères ennemis sur les bassins. Ça donne une motivation supplémentaire. Il m’a aidé à progresser.

En minime 2 à Vichy il y avait une crue, la finale a été reportée, j’avais fait deuxième et Denis Morere était premier. On a fait quelque courses « internationales » en France, entre nous, les allemands qui venaient, et les luxembourgeois aussi.

1978, quand je passe cadet je ne suis plus en CAPS, tu passes en bateau de course en ligne et j’ai souvenir de ma première course de fond à Mantes la Jolie, le bassin de Patrick Lefoulon. La course fait que je termine dans le top cinq. Comme j’étais le plus jeune cadet on ne m’y attendait pas, encore moins sur une course de fond.

Ensuite il y a eu Auxerre, première course de sprint de la saison en mai avec seulement six lignes d’eau. Donc c’est un rendez-vous important. On avait des pagaies en bois. Ce jour là mon frère m’a prêté sa pagaie qu’il venait d’acheter, beaucoup plus légère, j’ai fait la finale avec et je termine quatrième. J’ai senti la différence. C’est là où j’ai compris que le matériel peut apporter une différence sur la performance. Il a fallu que je trouve la même, je ne pouvais plus revenir en arrière.

Du coup j’ai eu mes premières sélections en équipe de France, en 1979 les championnats du monde junior approchaient. Il y avait une surveillance pour voir qui pourrait potentiellement aller aux championnats du monde à venir. Je me retrouve sélectionné pour ma première compétition officielle internationale, à Gand en Belgique. Et en finale je casse ma barre à pieds. Donc je fais dernier de la finale.

Le Bihan m’a fait comprendre que ce n’était pas une excuse mais que c’était aussi à moi de m’assurer que j’ai le matériel pour performer. On n’attend pas de toi d’être le meilleur physiquement, mais on attend aussi de toi d’avoir le matériel qui te convient, que tu entretiens, et auquel tu dois veiller au bon état de fonctionnement.

Ma deuxième compétition était à Boulogne-sur-Mer, un bassin assez large et éventé. Il y avait des anglais et je finis troisième français. Aux championnats de France, je devais être dans les trois premiers. Je fais une qualification à l’arrache, mon ambition de podium était mal partie. En fait j’accède en finale et je fais troisième. Et Denis Morere gagne à nouveau.

On fait quatrième en K2 et on gagne en K4. Pourtant on n’était pas favoris du tout. Le fond, le K1 3000m au bout de 500m, j’ai déssalé ! Donc le fond ce n’était pas mon truc du tout.

Les Secrets du Kayak : A ce moment là comment tu t’entraînais ? Deux séances par semaine ou beaucoup plus ?

Christophe Begat : Dans notre village c’était le mercredi après-midi, le samedi et le dimanche. Je faisais partie des jeunes qui ne faisaient pas trop de sport à côté. Je n’aimais pas courir, on faisait pas mal de vélo pour se déplacer, du foot. Pourtant j’avais un bon exemple avec mon frère, très doué en course à pieds. Il avait fait le marathon de Paris en 3h20 à 17ans. Je ne m’y suis mis que quand j’ai commencé à comprendre que ça apportait beaucoup en terme de condition physique.

A partir de 1980n François Barouh n’était plus autant disponible pour nous entraîner, il était retenu auprès de l’équipe nationale pour les Jeux de Moscou. On ne l’a pas beaucoup vu et on n’a pas eu vraiment d’encadrement, ni d’entraînement bien spécifique.

Dans les cadets 2, on était deux avec Denis Morere à pouvoir prétendre aller aux championnats du monde. Moi je ne m’entraînais pas beaucoup l’hiver, et le stage qu’on a fait à Mâcon c’était avec l’équipe junior, et l’équipe de France B.

C’était le premier stage pour moi encadré. Devoir se lever à 6h du matin pour aller courir ce n’était pas un truc pour lequel j’avais l’habitude. Mais au bout de deux semaines, tu en ressens les effets.

Mais comme je n’avais rien fait de l’hiver c’était l’enfer pour moi. J’étais complètement à la rue. C’était l’humiliation.

Et pendant la saison je suis remonté régulièrement dans le classement. Je n’ai pas été qualifié pour les championnat du monde, Denis oui. Et aux championnat de France je gagne en K1 devant Denis.

L’équipe de France organisait une équipe parallèle internationale pour aller faire une course marathon en Espagne. On était content de ne pas être allé en Finlande pour les championnats du monde, on a fait des courses épiques en Espagne en 1979. C’était des courses de folie. Il y avait François Barouh avec nous, Didier Vavasseur, et le partenaire du club de Dijon de Boccara, Patrick Genestier. En deux semaines, j’ai amélioré ma technique comme jamais je n’aurais pu le faire.

Fin 1979, je gagne sur des courses de fond devant Vavasseur, donc c’était une bonne année.

Donc 1980, François Barouh part à l’INSEP. On s’est retrouvé un peu orphelin. C’était une année un peu sans résultat.

C’est l’année où j’ai aussi découvert la rivalité entre les français et les italiens. On était bien placé et dans un virage, les italiens étaient en train de plier notre gouvernail. On est parti à la ramasse. Ça faisait parti du fun des courses de fond, on ne le savait pas. Tu te nourris des expériences de compétitions au fur et à mesure. C’est pour cela que démarrer tôt la compétition c’est quand même pas mal.

Il y avait quand même un sujet que je n’avais pas anticipé, c’est que quand ça t’arrive, d’être propulsé sur les podiums et que tu es gamin, tu peux rapidement prendre la grosse tête. J’avoue que je l’ai eu sur un court moment. Les gens te ramènent vite fait à la réalité. Ces expériences te permettent jeune de te différencier, donc tu es décalé avec les jeunes de ton village. Ce sont des passages qui font partie de la vie d’un athlète, il vaut mieux éviter que cela n’arrive.

Les Secrets du Kayak : L’ego est aussi une force à cet âge. Si tu crois en toi, tu va plus te donner les moyens de réussir. Il y a quand même du pour et du contre avec l’ego ?

Christophe Begat : Dans l’écosystème de ton sport, c’est important d’en avoir. Mais il faut aussi savoir ne pas le transposer quand tu es dans un environnement différent. En prenant la grosse tête, il y a des amis d’enfance auxquels je ne parlais plus, parce qu’ils ne m’intéressaient plus parce qu’ils ne faisaient pas de kayak. C’était nul de ma part. J’ai repris contact longtemps après, et ils m’en ont parlé.

Quand je suis passé en 1981 aux championnats du monde junior, c’était l’année du BAC.

Les Secrets du Kayak : Il n’y avait pas de sport étude à ton époque ?

Christophe Begat : Il y en avait un à Besançon, j’ai été approché pour y aller. Boccara l’a fait il me semble. Il y en avait un autre à Rouen je crois.

Les responsables m’avaient expliqué que la priorité c’était le sport et du coup ils ne me mettaient pas la pression pour les études, quitte à ne pas forcément faire un BAC C parce que ça limitait le temps pour s’entraîner.

A l’époque, j’étais partagé entre le kayak et le travail. Je ne savais pas quelle place laisser au kayak pour mon avenir. Je n’étais pas encore prêt donc je n’y suis pas allé. Ça m’a permis de découvrir la gestion du temps, me faire un programme pour optimiser mes trajets, mes entraînements, l’école…

L’objectif c’était de passer le BAC et les championnats du monde junior. On commençait à faire pas mal de stages donc il y avait un encadrement. Dès les premiers stages, je suis monté en équipage avec Christian Gentil, on avait le même style, on a eu de super sensations ensemble. On avait la même glisse, le même appui, il y avait une osmose. On est resté ensemble pour les stages. Aux championnats de France de Mulhouse au mois de mai il y avait eu les piges, j’étais qualifié pour les championnats.

Ensuite on est parti deux semaines en Pologne, on montait en puissance. On ne pouvait pas prétendre aller en finale contre les pays de l’Europe de l’Est.

En Allemagne on a voulu se tester sur une course avant les championnats et on s’est fait éliminer dès les séries, on a merdé en changeant de ligne d’eau. On ne s’en était pas rendu compte. On était vert ! Notre entraîneur nous a dit qu’il préférait qu’on se fasse éliminer là, plutôt qu’aux championnats du monde pour les même raisons. Ça fait partie de l’expérience des courses en compétition.

Aux championnats du monde on a fait le K2 avec Christian Gentil et le K4 avec Jean-François Montagu et Jean-Pierre Bourdillat. Quelques anecdotes, chaque nation était hébergée dans des hangars, deux nations ensemble. Donc on était avec les allemands de l’Est, les dieux du kayak en course en ligne. Mais en fait on ne pouvait pas leur parler. Le hangar était divisé en deux. Il y avait des personnes de la sécurité Est allemande juste pour s’assurer que tu ne discutes pas avec eux.

C’était pareil avec les Russes. Tu voyais dans les yeux des jeunes que eux voulaient venir nous parler. Ça ne pouvait pas se faire.

Une autre expérience, il avait un bateau bleu, en fait les premiers bateaux plastiques de compétition hyper rigide. C’était la première fois qu’on voyait un bateau qui n’était pas un bateau en bois dans les compétitions internationales.

Une autre encore, avec Christian Gentil on a eu exactement le même problème technique que Boccara et Boucherit. Les gens s’entraînaient devant les hangars à bateaux avant la course. Et tu y avais une horloge qui indiquait l’heure. On a fait notre série, on s’échauffait en regardant l’heure pour aller au départ de la course. Et à un moment donné tu as le K2 féminin qui arrive à fond la caisse pour nous informer que le départ de notre course est annoncé. Et là on regarde l’heure, l’horloge s’était arrêtée. On était resté sur cette aiguille. On était à 200m du départ de la course, on est parti en sprint, on s’aligne tout juste quand le départ est donné. On était en hyper stress, on a failli louper le départ, et on finit juste à l’arrache pour se qualifier pour les repêchages.

C’est pour cela que lorsque j’ai appris pour Boccara et Boucherit, mon avis c’était que malheureusement ça pouvait arriver, et qu’il faut juste espérer que cela ne t’arrive pas.

Les Secrets du Kayak : On sent que tu revis à fond ta passion du kayak en racontant tout cela. Est-ce que tu regrettes d’avoir privilégier tes études au kayak avec le recul ?

Christophe Begat : C’est une bonne question.

L’année suivante en première année de senior, je m’entraîne davantage. On avait une bonne base compétitive au club. Début 1982 je reçois un courrier de la jeunesse et des sports qui me dit que je fais partie de la liste officielle des athlètes de haut niveau et que je suis pré qualifié pour les JO de Los Angeles en 1984.

La même année je rentre en maths sup ! Et là il faut combiner les deux. Je ne voulais lâcher ni l’un ni l’autre. C’était les Jeux à ne pas manquer. La réalité c’est que le kayak n’apportait aucune rémunération.

Les classes préparatoires aux grandes écoles, tu travailles beaucoup. La première année j’ai combiné les deux, mais ensuite ce n’était plus possible. J’ai ralenti au niveau du kayak.

Ce que tu as accumulé dans le passé c’est aussi un équilibre entre les deux pratiques. Quand tu as une pratique qui n’est plus là, ça a été une catastrophe, l’équilibre était rompu. Je n’étais pas bien dans ma peau, manque de concentration…

L’année d’après j’ai commencé à refaire un peu de sport. Mais je n’étais plus capable de revenir en équipe de France A.

En tous les cas pour te répondre je n’ai pas de regrets. J’ai rencontré des gens supers sympas, j’ai eu de très bonnes expériences, d’autres douloureuses.

J’étais ensuite entré dans une école d’ingénieurs à Grenoble, j’y ai découvert la famille Brissaud qui était à fond dans l’eau-vive. J’avais beaucoup d’admiration pour eux et leur condition physique. Naturellement ils faisaient du ski de fond, du vélo, de la course à pieds... Nous à l’époque au kayak ce n’était pas le cas. Tu avais quelques personnes qui étaient bons. Mais ça restait des individualités.

Ça m’avait impressionné, tout comme lorsque j’ai rencontré Sabine Kleinhenz qui venait juste d’Allemagne, dans une ambiance compétitive de natation et qui découvre le kayak. Elle challengeait tout : le matériel... Il lui fallait le meilleur pour être la meilleure.

Nous à l’époque on s‘entraînait comme un mouton. La rencontrer ça m’a fait réfléchir, et ça m’a servit ensuite.

Je fais ma première course de ski de fond, avec un peu une tête de haut niveau. Pour moi j’étais athlète de haut niveau donc même avec un dossard merdique, parce qu’on ne me connaissait pas, je me suis mis devant. Et paf, départ de la course et au bout de 500m j’étais atomisé. Ce n’était pas mon sport, je n’avais pas la condition physique, ni la technique. Je suis tombé de haut !

L’exercice c’est de se reconstruire. Et du coup ma mentalité a changé lorsque je faisais du sport, je ne cherchais plus à être dans le haut niveau, mais je cherchais à progresser dans ce nouveau sport. J’ai fait du ski de fond, du triathlon. L’idée c’était comment s’entraîner pour progresser ?

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu as continué la pratique du kayak ?

Christophe Begat : J’ai eu la chance d’avoir une épouse très sportive. Je l’ai initié au kayak et elle a adoré. On en a fait profiter nos enfants aussi. Aujourd’hui on a un pied-à-terre à Embrun. Dans les Hautes-Alpes. C’est un terrain de jeu formidable. J’ai une multitude de kayaks. J’ai un surfski, des bateaux de course en ligne, on a un peu de tout.

Dans mon parcours, on est parti en 2000 à Dijon, j’avais refait un peu de kayak mais dans le triathlon vert : kayak-vtt-course à pieds. C’était sympa. Je faisais des courses à droite et à gauche. Ma fille aussi.

On nous avait demandé de reprendre la présidence du club de Dijon. Il y avait plus de 200 licenciés. On l’a fait, c’était intéressant. On a découvert les nouveaux matériaux, les programmes d’entraînement à disposition, l’existence d’infrastructures pour les athlètes de haut-niveau.

On a voyagé dans pas mal de pays donc on n’a pas toujours fait du kayak. On a vécu à pleins d’endroits différents mais à Singapour j’ai acheté un surfski, et j’ai bien aimé, ça se rapprochait de la course en ligne. C’était sympa. C’était une pratique davantage fitness que compétition.

Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui fait que durant toutes ces années, tu es resté connecté au kayak ?

Christophe Begat : J’avais toujours l’abonnement du Canoe-Kayak magazine, j’adorais le parcourir. Ça me permettait de continuer à prendre des informations sur des personnes que j’avais connu.

Ensuite on a acheté une maison à Embrun, on y a retrouvé des amis qui avaient fait du kayak. On est régulièrement en contact avec la famille de Daniel Legras.

C’est mon sport de base. J’ai gardé une hygiène de pratique de sport toute ma vie. Pour moi c’était important. Tout comme en Asie, on a fait des courses de trail et quand tu mets un dossard, tu sens que ça te fait du bien.

Les Secrets du Kayak : Je reste convaincu que quand on aime ce qu’on fait on va plus loin que lorsqu’on le fait par défaut.

Christophe Begat : Mais d’un autre côté les gens que j’ai côtoyais dans mes études me disaient : tu te démerdes bien en maths sup, pourquoi tu ne vas pas en maths spé ! C’est pareil ça s’applique.

Ensuite ça vient aussi des gens qui te conseillent. C’est comme dans le monde professionnel, il y a des choses que tu feras bien et d’autres moins bien. Ce qui important c’est de savoir ce que ça t’a apporté. Qu’est-ce que tu as retenu de tes échecs ? Ils apportent énormément que ce soit dans le sport ou la vie professionnelle.

Aujourd’hui je travaille dans une entreprise du CAC40. L’objectif n’est pas une tare, il faut décrocher l’objectif comme au kayak. Il faut monter sur le podium. Il faut être meilleur que ses concurrents du marché. Ce sont des valeurs que j’ai eu la chance de connaître jeune, ça m’a beaucoup apporté dans ma vie personnelle et professionnelle. Je n’ai rien à regretter.

J’ai rencontré des gens vraiment sympas. Le kayak progresse parce qu’il y a beaucoup de gens bénévoles, et ça il ne faut pas l’oublier, il faut le souligner. Sans eux pour découvrir la compétition, tu ne progresses pas. Ils s’occupent de tout, les inscriptions, la logistique, les déplacements, c’est un truc de fou. Je suis reconnaissant de tout cela.

Le jour où je rentrerai en France j’espère pouvoir apporter du temps à un club, de kayak ou pas. Mais être dans un écosystème où tu peux aider les gens bénévolement.

Les Secrets du Kayak : Si tu devais te donner un conseil, ou donner un conseil à un jeune quel serait-il ?

Christophe Begat : Moi je pense qu’il ne faut pas hésiter à aller dans une infrastructure, dans un club pour essayer. Il ne faut pas sous estimer l’ambiance d’un club, l’entraînement aux compétitions. Plus tôt un jeune peut le faire et mieux c’est. Il ne faut pas hésiter.

Il faut sortir dehors, respirer, marcher. J’ai des souvenirs de senteurs, d’odeurs particulières, ce sont des choses qui te restent.

Tu y rencontres des gens intéressants. Il faut être curieux. Moi je ne l’étais pas assez. Tu t’aperçois plus tard que c’est important, ça aide à comprendre les choses. Moi qui vit depuis vingt ans à l’étranger, on a cette faiblesse en France que de ne pas être assez curieux.

J’en profite pour saluer le club de Sillery : tous mes vœux de succès à cette joyeuse équipe de Sillery, et j’espère qu’on verra de nouveaux athlètes de ce club dans les compétitions internationales.

Vous pouvez contacter Christophe Bégat sur son compte Linkedin.

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