Interview : Alexandre Maulave

Ceci est une retranscription écrite du podcast enregistré avec Alexandre Maulave en mars 2022.

Les Secrets du Kayak - Comment vas-tu aujourd’hui ?

Alexandre Maulave : Salut ça va et toi ?

Les Secrets du Kayak : Ça va toujours. Aujourd’hui c’est un épisode un peu spécial pour les Secrets du Kayak, beaucoup ne te connaissent pas. Comment tu te présenterais ?

Alexandre Maulave : J’ai 25 ans, je suis jeune diplômé d’un master Staps en préparation physique fait à l’Université de Grenoble. Je me suis spécialisé dans la biomécanique, l’étude des mouvements. J’en ai fait mon domaine de compétence depuis que je travaille à MotionLab et auparavant aux USA.

Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce qui t’a amené à faire ce type d’étude, tu as l’air d’être un passionné de sport ?

Alexandre Maulave : Je n’ai pas fait de sport à haut niveau, mais j’ai presque tout essayé. Je suis passionné de toucher de nouvelles choses, de nouvelles sensations, me challenger.

L’école ne me passionnait pas, je n’étais pas bon. Je voyais mes potes monstrueux dans leur sport, faire partie des cinq meilleurs dans leur domaine. Ça m’a plu qu’ils puissent faire des choses que peu de gens peuvent faire.

C’est pourquoi j’ai voulu partir à la Fac en Staps pour travailler là dedans. J’ai été pris par la passion de mes études, j’ai trouvé des stages atypiques, j’ai osé, j’ai pris des risques et ça m’a réussi.

Les Secrets du Kayak : Qu’est-ce que tu as fait comme stages exactement ?

Alexandre Maulave : Après ma Licence je voulais faire un master, mais je n’avais aucun niveau en anglais. Je suis parti un an aux USA à Santa-Barbara, j’adore le basket, je suivais la NBA. J’ai mis tout mon argent dans une école pour apprendre l’anglais, je savais que tous les plus grands joueurs étaient là-bas.

L’idée était de se pointer, demander un stage pour observer. Je me suis fait refouler pendant trois semaines, et par pitié ils m’ont laissé le droit de regarder, pas le droit de sortir un téléphone, rien.

J’ai fait un mois là-bas, et quand je suis revenu en France ils m’ont au final envoyé un mail pour me dire que si j’avais besoin, ils voulaient bien me prendre en stage.

Mais je n’étais pas pris en master, mon dossier n’était pas bon. J’ai joué la carte du gros stage dans le NBA et au final j’ai été pris à Grenoble. Je suis reparti finir mes stages de première année là-bas.

Ils m’ont repris en master 2 pour m’envoyer à Atlanta dans le nouveau centre qu’ils avaient ouvert.

C’était les USA, la mentalité est différente, les moyens ne sont pas les mêmes. C’est dans les mœurs que de s’entraîner à 12 ans, notamment pour la musculation. Pour faire la différence il faut s’entraîner, mais il faut aussi avoir un peu de repos. En revanche, ils se marchent dessus ! Is sont tellement nombreux. J’ai rencontré les plus grosses stars que je pouvais imaginer rencontrer.

Les Secrets du Kayak : Comme tu étais stagiaire, tu as pu les approcher un peu et les aider dans leur préparation ou pas ?

Alexandre Maulave : Les deux premiers mois, non. Au début je ne devais faire que le testing, tu discutes un peu avec eux, tu leurs mets des capteurs sur le corps... ce sont des gens qui m’ont marqué, ils sont super gentils, ils sont comme toi.

Au final j’ai pu les aider, les coacher, analyser leurs mouvements, voir certaines progressions. Là où j’ai pris plus de plaisir, c’est en travaillant avec les jeunes qui veulent devenir pros. Les 15-16 ans qui crèvent d’envie de réussir. Au total j’ai fait un an et demi.

Les Secrets du Kayak : Tu ne pouvais pas te faire embaucher par la suite là-bas ?

Alexandre Maulave : Si mais le Covid est arrivé. Je l’ai vécu là-bas. On avait des autorisations pour que les joueurs aient le droit de continuer de s’entraîner. Je n’étais pas en confinement mais quand j’ai fait ma demande d’extension de visa, ça a été refusé.

Du coup au moment où je devais signer mon contrat, le Covid m’a obligé à rentrer. J’ai fait six mois de chômage, je ne connaissais rien en France. Je n’avais personne pour travailler. J’arrive à Evian, petite ville, pour te vendre il n’y avait pas pire.

Les Secrets du Kayak : Comment ça s’est passé pour rentrer à MotionLab ? Est-ce que tu pourrais expliquer ce qu’est MotionLab ?

Alexandre Maulave : Avant de rentrer en France, je ne connaissais pas cette entreprise. Dès que j’ai cherché, des CV ont été déposés, et j’ai reçu un appel ou un mail pour passer un entretien, en un mois j’ai été pris.

Pour moi, quand je suis arrivé c’était naissant, ça semblait prometteur, il y a un espace monumental, et on est qu’au début du développement.
Pour moi c’est un centre de performance de réhab, mais aussi de kinés pour la population en général. On utilise les techniques développées pour les athlètes auprès des populations en général. Tout le monde fait la même chose. C’est un Open Space, tu discutes avec le médecin, le kiné, tout se fait rapidement. Si tu poses cette question aux kinés ils t’apporteront une autre définition, ils ont plus de population générale que moi.

Les Secrets du Kayak : Donc toi tu coaches des athlètes qui veulent devenir meilleur dans leur sport ?

Alexandre Maulave : Oui, les trois quart ont entre 13-18 ans et ils ont faim. J’ose espérer que ce ne sont pas les parents qui les emmènent. Quand je discute avec les parents, sur comment ils ont trouvé MotionLab, c’est soit par des partenariats ou ils ont vu ce qu’on propose sur les réseaux.

Les jeunes si tu les écoutes, ils n’en font jamais assez. Ils s’entraînent tous les jours, pourtant ils en rajoutent toujours. Ce qui parfois jouent sur leur performances. Je calcule le nombre d’entraînements, la charge d’entraînement du mieux que je peux. Et en dehors de ça, ils en rajoutent le matin à 5h30 avant d’aller en cours. Ça me passionne.

Les Secrets du Kayak : Ça contraste avec le reste de la société, de dire que maintenant il faut du tout confort, à qui ont dit qu’il faut en faire le moins possible, qu’il faut marcher 30 min par jour, où parfois rien que cela c’est déjà compliqué, là c’est vraiment l’inverse que tu as.

Alexandre Maulave : Déjà de base, le sport pro ne me semble pas bon pour la santé. Ce ne sont pas eux qui ont le moins de problèmes. On parle de blessures, de parler de passer par des hauts et des bas monstrueux, la blessure est parfois mentale et non pas physique.

On est loin des 10 000 pas par jour. Et les parents en Suisse répondent bien à la demande de leurs enfants. Mon travail est d’éduquer à la fois les parents et les enfants, que vouloir être meilleur c’est bien mais il faut apprendre à récupérer.

Récupérer ça passe par tout, dormir assez, 8-9 h de sommeil c’est le top, ne pas rester sur les écrans avant d’aller se coucher. Je ne donne pas des ordres à qui-que-ce-soit, c’est possible que de demander à un jeune son téléphone le soir pour l’aider à s’endormir.

Il y en a beaucoup qui ne mangent pas assez. Ils n'ont jamais faim. Il faut manger suffisamment et sainement. Beaucoup mangent sainement. Sans doute parce qu’on est en Suisse et que c’est plus facile. Beaucoup de parents se plaignent que leur enfant ne mange pas assez. J’ai des bases en nutrition mais on a une nutritionniste, donc je préfère déléguer ce que je maîtrise beaucoup moins. Certains venaient à jeun, à 14 ans, tu as le temps de voir et de changer si tu veux perdre du poids.

Les Secrets du Kayak : Comment tu fais avec ces jeunes qui veulent devenir pro très très vite alors qu’il faut avoir une vision sur le long terme ?

Alexandre Maulave : Ce n’est pas de leur faute, c’est parce qu’ils sont bons, super appétant, ils sont plus grands, plus forts, ils ont un gap énorme par rapport à tous ceux qui sont derrière.

Techniquement, ils sont meilleurs que les autres donc on leur donne de la place dans les équipes plus élevées, donc ils jouent avec des jeunes plus vieux qu’eux. Tu peux jouer avec des élites ou au dessus de ton niveau, mais ce n’est pas une raison pour que le gamin joue tous les matchs avec son équipe. Il doit jouer avec son niveau d’âge, et pas tout le match.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que ça t’arrive de demander à tes athlètes de se préserver, est-ce que tu as la main dessus ?

Alexandre Maulave : Non je ne me permettrais même pas.

Je n’ai pas envie de rentrer en guerre avec aucun coach, j’essaie de leur faire comprendre que je suis de leur côté. J’aurais plus tendance à questionner les parents pour savoir si l’enfant est toujours en forme, s’il a des douleurs, s’il se plaint, s’il a des baisses de notes à l’école etc. en fonction de leur réponse mon conseil est de questionner le coach en le lui disant pour trouver le bon compromis.

L’enfant voit son coach quatre fois par semaine, moi je les vois que deux fois par semaine. Je connais ma place.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a d’autres choses que tu conseillerais pour la récupération ?

Alexandre Maulave : Non, pas vraiment. Ils font tous une demi-heure avant chaque entraînement de pistolet de massage, de rouleaux de massage etc. je ne suis pas contre ces choses là, c’est des gadgets qui, si ça te fait du bien, tant mieux.

Je connais des athlètes qui n’en ont jamais utilisé et qui n’ont jamais été blessé pour autant et qui surperforment par rapport à ceux qui l’utilisent. Certains ont suffisamment de mobilité pour ne pas devoir faire stretching. Chacun fait comme il veut, mais moi je n’en mets pas dans mes plans d’entraînement. Mais si tu le fais et que tu te sens mieux je suis content.

Les Secrets du Kayak : On dit souvent que la récupération commence par un bon échauffement, c’est quoi un bon échauffement ?

Alexandre Maulave : Ici on va dire que la séance dure 1h30 max, parce que je ne veux pas griller les étapes. Certains athlètes auront besoin de mobilité, d’échauffement.

Ma vision des choses : je ne m’étire pas, je pense que je suis relativement mobile. Je vais pouvoir faire tous les exercices de mobilité passive ou active. J’ai assez d’extension thoracique. Pour moi il y a une différence entre la mobilité, tu utilises ce que tu sais maîtriser. Par contre un étirement pour avoir de l’amplitude articulaire et de sur-étirer, je ne suis pas certain que ça aide dans la performance.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’on peut dire que la mobilité est un développement de la force ?

Alexandre Maulave : Oui c’est lié. Je travaille beaucoup sur les hanches. En faisant un FRC, tu vas avoir des gens qui auront assez de force pour tirer leur genoux en l’air, soit ils ont pas de force et ça redescend jusqu’en bas. En terme de mobilité certains en ont peut être moins, mais parce qu’ils n’ont pas assez de force pour tenir le mouvement ou la posture.

Les Secrets du Kayak : Moi cela me semble tout de même être un gage de prévention d’avoir cette capacité à utiliser l’amplitude avec un certain confort pour éviter la blessure.

Alexandre Maulave : Oui à un minimum. Quand tu fais des tests passifs de mobilité de hanche, de cheville et d’épaules, si tu es bloqué passivement tu ne vas pas y aller activement. Donc c’est certains !

Tu dois être assez souple pour développer ta force. Ça permet aussi de résister aux imprévus générateur de blessures dans un mouvement.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que c’est ça pour toi le but de l’échauffement ? Préparer un imprévu ? Se renforcer dans des situations qui pourraient arriver ?

Alexandre Maulave : Ça dépend, je vais utiliser différents types d’échauffement suivant les jours. Ça va être des gammes athlétiques avec un peu d’iso avant. Des fois, on va aller sur de l’activation neuro-musculaire avec de la mobilité... Il n’y a pas un seul échauffement possible.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a un retour au calme qui est fait ? Dans le cadre du BPJEPS on nous fait insister sur le temps du retour au calme et du mode parasympathique. Qu’est-ce qu’il en est entre ce que tu vois, et ce que tu fais faire ?

Alexandre Maulave : Quand j’ai le temps pour chacun, ils savent que quand on a terminé on s’allonge sur le sol. Mais encore une fois ici on est rarement au calme, mais ils vont s’allonger sur le ventre les genoux pliés, les yeux fermés, mains sur le ventre et je leur demande de faire des inspirations, tranquilles.

Mais c’est parce que ce sont des petits excités, dès que je tourne le dos, ils prennent un ballon pour partir sur le synthétique. Ça a sa place, peut être que je devrais le faire tout le temps, je suis preneurs de conseils et de technique sur cette approche.

Les Secrets du Kayak : Que faut-il développer en fonction de l’âge que l’on a ? Personnellement j’ai l’impression que j’ai loupé pas mal de choses durant l’enfance et l’adolescence. Je me suis spécialisé un peu trop tôt dans la musculation, et je rencontre pas mal de problèmes dès que j’attaque une nouvelle activité physique. Quelles sont les priorités en fonction des différents âges ?

Alexandre Maulave : Pour ma part, je vais repréciser le contexte. Moi mes jeunes, je les ai une fois par semaine pendant la saison. La hors-saison va arriver pour beaucoup de sports, je vais les avoir plus deux ou trois fois par semaine. Pendant ces phases de hors-saison, je vais avoir davantage le temps nécessaire pour aborder les filières énergétiques ou l’aérobie.

Leurs coachs les ont jusqu’à quatre fois dans la semaine donc ils ont le temps de faire différentes choses cardio. Moi je vais m’attacher à développer la coordination, le rythme, par les gammes athlétiques mais sur des choses faciles, mais pas si facile quand tu les regardes.

Je vais leur apprendre à sprinter, comment bien se placer, pourquoi faire ci ou ça. Tous les petits détails qui leur permettent de se sentir rapide, ultra rapidement.

Je vais aussi travailler sur la progression de tous les mouvements fondamentaux en musculation. Tu n’apprends pas à squatter en faisant un backsquat. Ils sont jeunes donc j’ai des progressions pour chaque exercice comme avec un gobelet box-squat, puis un gobelet squat, et ensuite progresser vers un front squat…

Les Secrets du Kayak : Souvent on pense que les mouvement au poids du corps sont moins dangereux, pourtant on fait démarrer les jeunes par des tractions, par des pompes, qu’en penses-tu ?

Alexandre Maulave : Il y a beaucoup de jeunes qui me disent devoir passer leurs tests physiques, notamment faire des tractions, des pompes. En toute honnêteté, je trouve plus dur de faire une bonne pompe ou une bonne traction, que de faire un développé au sol avec des haltères en prise neutre.

Et ils doivent faire plus de 80 pompes ! Pourquoi ne pas commencer par les poulies pour les tractions ? Progresser en prise neutre…

Les Secrets du Kayak : Tu préconises de ne pas avoir peur de régresser le mouvement pour permettre une progression ensuite. Qu’on a besoin de fondamentaux et qu’on se surestime, qu’on n’accepte pas de régresser pour mieux progresser.

Alexandre Maulave : C’est clairement ça. A se demander si les coachs les regarde faire ! Tu vois bien qu’ils ne peuvent pas faire. Pourtant je n’ai pas tant d’expérience que cela.

Les Secrets du Kayak : Oui mais tu as déjà fait de la musculation, donc tu sais ce qu’est une traction, tu sais ce qu’est que d’activer le grand dorsal et la cage …

Alexandre Maulave : Et donc le problème serait que les mecs qui les entraînent n’auraient jamais fait de musculation ?

Les Secrets du Kayak : Moi je pense que c’est le cas.

Alexandre Maulave : Là les mecs ils ont arrêté le sport pendant deux mois, est-ce que la première chose qu’ils vont faire c’est de se dire « allez, traction c’est parti ! » Ben non, il va falloir recommencer petit, en ayant mal partout, donc si toi tu as mal, le gamin il va galérer aussi. Sauf qu’il ne va pas le dire parce qu’il n’a pas envie de se faire sortir de l’équipe.

Les Secrets du Kayak : C’est quoi pour toi les mouvements fondamentaux en musculation qu’on doit apprendre ?

Alexandre Maulave : Tous les mouvements pour bien se placer. Donc les hanches avec le squat, soulevé de terre jambes tendues, j’utilise le stick pour qu’il reste en contact avec. Pour moi, ils doivent déjà sentir les bons muscles et garder le dos droit. Ce n’est pas inné pour eux, ils faut les aider à y penser.

Ils font ces exercices sans en avoir ni la force ni la stabilité et donc ils n’ont pas le bon mouvement. Il ne faut pas avoir peur d’aller chercher la régression car tu vas avoir énormément de résultats dans ces régressions.

J’essaie de leur poser beaucoup de questions pour savoir ce qu’ils ressentent et ils vont d’eux même corriger le mouvement super rapidement. Ils vont être super contents et motivés parce qu’ils progressent vite.

De plus faire de l’unilatéral ou du bilatéral, je pense que les deux ont leur place. Si je prends l’exemple d’un saut sur une boxe à une jambe, je sais très bien que l’impulsion au sol est clairement différente qu’avec un saut à deux jambes. Ça change les composantes force-vitesse, et c’est pour cela qu’il faut faire les deux. Mais tu ne commences pas par de l’unilatéral, à mon sens c’est trop dur.

Donc on fait aussi tout ce qui est tirage horizontal, vertical, poussée horizontale et verticale. Tout ce qui est porté comme marcher avec des kettelbell. Moi j’ai mis des progressions dans tout ça. Ensuite il va y avoir tout ce qui est le gainage, tout ce qui va être le tonus musculaire au niveau du tronc.

Tu dois garder un tonus musculaire, tu dois le travailler. Tu peux passer sur la planche et ses variantes qui sont la base. Ensuite tu passes sur du gainage dynamique, et ensuite tu peux faire de l’anti-inclinaison, de l’anti-flexion, de l’anti-extension et après tu passes sur des mouvements un peu plus complexes, tout ce qui est rotation, flexion, inclinaison.

Les Secrets du Kayak : Auparavant, on diabolisait tout ce qui touchait le mouvement de flexion et de rotation de la colonne vertébrale, mais tu as expliqué les prérequis pour y parvenir .

Alexandre Maulave : Je vois parfaitement ce que tu veux dire, à vouloir tout stabiliser en fait on a une approche que partielle de la chose, ce n’est que le début. Il se passe des choses dans le corps, et nos anciennes visions du mouvement ne sont pas forcément les bonnes.

Les Secrets du Kayak : Si un jeune de douze ans nous écoute, que doit-il travailler en priorité ? Serait-ce la coordination en premier ?

Alexandre Maulave : Ça va être assez variable. Ils ne grandissent pas tous à la même allure. Ça joue sur leur coordination la vitesse à laquelle ils grandissent, certains grandissent vite et perdent en coordination. Pour moi savoir bien bouger c’est fondamental.

Un jeune de 12 ans avec moi, c’est développer l’envie d’aller à la salle et apprécier d’avoir un plan d’entraînement. Ensuite vers 13-14 ans savoir faire les fondamentaux. Puis développer cette force, ils veulent tous être plus puissant mais ils pensent que ça se fait en claquant des doigts.

Il va falloir prendre un peu de masse, il faut prendre en compte la charge de leurs entraînements aussi.

Les Secrets du Kayak : A partir de quand tu vas chercher à développer la force ?

Alexandre Maulave : Développer la force réelle dans tous les patrons moteurs, je vais utiliser davantage de méthode avec les 14-15 ans. Mais il n’y a pas de bonne réponse. Si le gars commence avec moi à 15 ans, il ne saura rien faire, donc il faut faire de la régression sur le programme de nos 12-13 ans sachant qu’ils ont un bagage de force plus grand donc ils vont progresser plus vite.

Pour moi, il n’est pas trop tard pour faire de la coordination. On a des gens de 20-40 ans qui viennent prendre des cours de technique de course athlétique pour mieux se servir de leurs pieds. Pour moi, il n’est jamais trop tard, mais c’est beaucoup plus facile quand tu es jeune.

Pour moi 12-15 ans ce sont les bons âges pour développer de la vitesse et des aptitudes. La réactivité neurologique aussi se développe beaucoup à ces âges.

Les Secrets du Kayak : On avait tendance à penser que la musculation était dangereuse pour les jeunes, que ça empêche de grandir etc. Quel est le consensus aujourd’hui sur la question ? Est-ce qu’il y a une limite à ne pas dépasser ?

Alexandre Maulave : Il faut que le jeune fasse ce qu’il est capable de faire. Je ne pense pas qu’il y ait de problème. Toi tu as commencé jeune, tu ne te posais pas de questions. Là ils ne font pas que de la musculation, il faut qu’ils soient capables de performer aussi dans leur sport.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a un intérêt quand tu es jeune que de varier les mouvements pour leur apprentissage ? Dans le kayak c’est souvent les mêmes exercices, il n’y a pas trop de variété.

Alexandre Maulave : Oui, mais déjà sans parler d’apprentissage au bout d’un moment tu vas stagner, donc toujours faire la même chose ce n’est pas forcément bon, à cela peut se rajouter l’ennui.

Tu peux varier tellement de choses en réalité, il y a tellement d’exercice, c’est l’usage de l’exercice que tu fais qui doit varier, tout comme la charge. L’échauffement aussi doit varier.

Les Secrets du Kayak : J’ai une question sur l’aérobie. On me disait à l’époque que c’est à 14 ans qu’on se fait la caisse. Quel est le consensus aujourd’hui là dessus ? Il y a t-il un âge privilégié pour développer sa caisse aérobie ?

Alexandre Maulave : Je ne veux pas dire de bêtises, mais ça doit être bien plus jeune que ça pour moi vers 12-13 ans. Tu le vois dans ton sport, un coach doit se rendre compte à savoir si son athlète est éclaté au niveau du cardio à la fin de son match, est-ce que du coup tu n’as pas meilleur temps de lui faire un petit entraînement pour lui pour améliorer ça ? Et comment ? Ça dépend qui et quand ? Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas développer le cardio en pleine saison.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu entraînes des filles aussi ? Est-ce qu’il y a une différence dans l’entraînement entre les deux ?

Alexandre Maulave : Oui, à 12-13 ans les hormones montent, elles sont différentes chez les filles. Tu le vois assez rapidement d’une semaine à une autre. Les jeunes filles qui viennent font du foot avec moi.

Et ça va être des changements de mood plus rapides. Il va y avoir l’impact des règles, elles ont plus vites des douleurs. Je ne suis pas certain que ce soit parce que ce sont des filles, mais plutôt parce qu’elles sont bonnes dans ce qu’elles font, et que chez les femmes ils y a moins de joueurs et que du coup elles jouent tout le temps partout.

Elles sont deux fois plus bonnes que les gars. Les pathologies sont souvent au niveau des hanches et des genoux. C’est là où je vais faire plus de prévention, et différencier mes entraînements.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que toi tu fais du travail de prévention et réduction de blessure avec des joueurs sur-sollicités ?

Alexandre Maulave : Clairement avec les filles. On va être sur des efforts différents qu’avec les garçons. On va faire plus d’iso. On a des protocoles pour les pathologies, notamment ce qui touche les genoux.

Elles idolâtrent aussi beaucoup les femmes du fitness, on va faire en sorte qu’elles se sentent bien dans leur corps. On va travailler le haut du corps aussi, ce qui peut rendre le gainage compliqué si tu n’as pas de haut.

Être faible du haut du corps peut entraîner des pathologies sur le bas du corps. Il y a une différence entre les deux genres, mais le mouvement de musculation sera le même. Donc la méthode reste la même.

Mais je vais leur poser plus de questions. Leur état mental joue beaucoup aussi, leurs histoire avec les garçons, ça peut plomber la séance. Tu essaies de leur parler, elles se livrent un peu, on va s’adapter, on va essayer de leur parler plus même de tout et n’importe quoi.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu trouves qu’il y a une différence d’implication entre les gars et les filles ?

Alexandre Maulave : Oui les filles, elles en veulent à fond. Elles savent qu’elles sont fortes dans leur sport, elles se donnent à fond, impliquées et rigoureuses. Elle vont plus essayer de comprendre et te dire ce qui ne va pas. Les gars ne vont rien dire, de peur que tu parles au coach ou aux parents.

Par contre la compétition entre les filles, il n’y en a pas une qui veut se laisser faire. Entre gars, ce n’est pas le même délire. Ils ne sont pas dans le défi physique mais plus dans le jeu. Elles veulent être plus fortes et plus rapides.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a des tests que tu utilises en particulier pour mesurer les progrès en dehors des régressions-progressions que tu vois sur les mouvements ? Est-ce que tu testes des choses ? Comment tu détermines la priorité de travail chez un jeune ? Qu’est-ce que tu utilises comme tests ?

Alexandre Maulave : Ici on a la chance d’avoir du bon matériel, mais je penses que tu peux faire sans. J’utilise beaucoup les plateformes de force. Au tout début ce sont des tests de sauts un CMJ, parfois un IMTP sur la taille et la force.

Je fais des tests de sprints, de changements de directions, tout dépend du sport aussi. J’ai des tests de mobilité passive : cheville, quadriceps, ischios, rotation interne et externe de hanches, rotation épaule, extension thoracique, et après ça sera tout ce qui touche la force des fléchisseurs de la hanche, la force des adducteurs, et des abducteurs. C’est un appareil de mesure le Vald. C’est comme des capteurs de pression. Je veux juste voir s’ils ont des douleurs.

Moi je vais mettre du suivi la dedans. Je fais une fois par mois un test du saut. Chaque séance, je teste quelque chose. C’est une séance de PPG, je l’intègre dans ma séance pour le faire régulièrement.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu vas utiliser des capteurs de vitesse à l’échauffement pour déterminer dans quelle forme ils sont ? J’avais tester le Beast, un capteur. Ça montrait que quand je n’avançait pas, il ne fallait pas faire de la force. Mais je ne l’ai testé que sur moi.

Alexandre Maulave : Moi j’utilise pas mal le RSI, ils l’ont comparé avec un grip test ou avec du sprint sur 10-20m et ça nous disait quand le gars était dans le rouge mais à chaque séance il nous faisait péter un personal best, il ne se blessait pas forcément donc...

Donc pour déterminer s’il est en forme ou pas je discute avec lui. J’ai un questionnaire avant chaque séance et je leur demande leur état de fatigue avant chaque entraînement, leur temps et la qualité de sommeil, est-ce qu’ils ont des douleurs et en fin de séance, je fais un RPE.

Plus tu commences tôt, plus ils intériorisent leur état, plus les résultats vont avoir du sens.

Les Secrets du Kayak : Est-ce que tu mesures la variabilité cardiaque pour déterminer la forme ?

Alexandre Maulave : Non parce que je n’ai pas le temps de le faire. Mais je pense qu’il y a des pistes là dessus. J’aime bien toutes les pistes, mais je n’ai pas le temps ou le matériel. Et avoir un million de données n’est pas intéressant, tu ne t’en sors plus.

J’aimerais bien plus utiliser le profil force-vitesse sur piste en horizontal. Pour étudier s’il y a un impact avec la fatigue. Je sais qu’il y a des gens qui travaillent dessus. Je leurs mets les cellules pour les mettre en compétitions avec eux même sinon ils seront toujours sous-max.

Chose que j’aimerais aussi, on a un gymaware que je n’utilise pas assez, j’aimerais l’utiliser plus. J’aimerai que mes athlètes plus avancés l’utilisent plus. Je trouve que le retour est vraiment motivant.

Les Secrets du Kayak : Pour conclure, j’ai l’impression qu’il vaut mieux en faire moins que trop, mieux vaut faire plus facile que trop dur sur le choix des mouvements, et mieux vaut ne pas avoir peur de développer sa coordination peu importe l’âge. Ensuite l’apprentissage des mouvements, et seulement après de travailler sa force et sa vitesse ?

Alexandre Maulave : Non, la vitesse plus tôt. Ce n’est pas de développer la force qui doit être fait plus tard, c’est développer la force dans tous les types de contraction qui peut arriver plus tard vers 15-16 ans. Tu ne peux pas faire avec n’importe qui, il faut un certain niveau. Il faut qu’ils aient intégré les mouvements. En attendant ça ne m’empêchera pas d’utiliser des méthodes pour avoir plus de force ou prendre plus de masse.

Les Secrets du Kayak : Est-ce qu’il y a un ordre dans l’apprentissage des différentes force concentrique, excentrique, isométrique, c’est quoi les prérequis ? Est-ce qu’il y a un certain ordre à respecter ?

Alexandre Maulave : C’est une bonne question, si tu as l’opportunité de travailler les trois dans la même semaine, fais le. En revanche, si tu n’as plus qu’une séance dans la semaine, j’aurais tendance à travailler l’excentrique au début, puis progressivement travailler sur la vitesse de la barre.

Donc du moins traumatisant au plus traumatisant, donc d’abord de la lenteur avant de mettre de la vitesse et plus lourd. Un mouvement lent ou stoppé tu peux facilement se corriger, l’apprentissage moteur se fait beaucoup mieux.

Vous pouvez retrouver Alexandre Maulave sur son compte Linkedin

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